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LA CHRONIQUE

S

salut à toi le vacancier,

Je t’avais presque oublié tellement été rime avec farniente intégral. J’ai deux mois de vacances pour tester les plages, dormir 10 heures par nuit, enchainer les apéros, lire quelques romans, écouter du son, voir des expos et finir les fonds de rosé devant l’aube naissante. Bref, me gratter la droite sans trop déranger la gauche, voilà l’essence du programme… Je te sens déjà t’offusquer, te raidir face à cet intolérable « branleur » que j’incarne. Et pourtant je t’assure que deux mois (oui, tu as bien lu deux mois, d’une traite , sans la moindre interruption) ça passe si vite… C’est au bout de trois semaines que tu atteins vraiment ton rythme de croisière. Tu oublies le temps, les heures. Les jours s’enchainent dans une forme de quiétude bienveillante. Le plaisir se

fait dogme. Tu décroches en douceur bercé par la chaleur estivale. Pour tout te dire si je pouvais rester dans cet état total de distraction, ad vitam æternam, je signe de suite. J’ai toujours adoré les grandes vacances et la sensation de liberté qu’elles offrent. Petit, je partais tous les ans dans les mêmes endroits et j’aimais ça. Car je retrouvais mes copains d’été à usage unique, des lieux familiers que j’avais partiellement apprivoisés mais dont il restait toujours une part de mystère. En juillet, mon grand-père remplissait le coffre de la 404 pour rejoindre ses Pyrénées avec moi qui ne perdais pas une miette des paysages défilant le long de l’asphalte hurlant. En août, j’embarquais dans la mini de ma mère pour découvrir, fesse à l’air (je t’ai déjà parlé de mon enfance naturiste) les plages méditerranéennes. Adulte, depuis trois étés je refais le

même schéma avec mes enfants, j’ai juste remplacé les Pyrénées par la Bretagne. Et j’ai acheté des Birks. Une paire de Birkenstock modèle arizona en cuir huilé couleur havane, et le pire est, que je les kiffe. Tu vas me dire à juste titre qu’on s’en tape ? Tu as raison. Mais l’autre jour j’imaginais le tableau estival suivant : moi, à poil juste vêtu de mes Birks sortant de ma méhari pour aller à la plage à Formentera…. Apocalyptique. Le gamin rebelle qui allait sur le sable avec ses Converse ou ses Rangos n’aurait jamais imaginé en arriver là : porter des spartiates allemandes et ressembler à un prof ou un curé, mais surtout reproduire le même schéma que ses parents. Même en vacances il y a certaines lois d’attraction auxquelles on n’échappe pas. Ps : Bon je vous laisse, il ne me reste plus que cinq semaines de congés payés. WWW.GAZE.IM

FOCUS MAGAZINE 86  

SOMMAIRE Couverture : Clément Dezelus Archi & Design : Carlo de Carli / Tristan Auer / NK Design Studio Evasion : Biarritz + guide urbain /...

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