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LA GUADELOUPE

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de vastes corbeilles. De leurs mains levées elles en allègent le poids. Elles marchent très droites ainsi ; et leur corps prend la forme gracieuse d'une amphore dont leurs bras nus forment les anses. Quand à l'extrémité du chemin, blanches sur le fond touffu des feuilles vertes, on les voit se détacher, s'avancer à pas lents,toujours, involontairement, des souvenirs classiques se lèvent -dans la mémoire; l'esprit évoque certaines figures bibliques souveraines et calmes autrefois entrevues ou rêvées. Mais ces gens s'approchent, vous croisent : leur visage apparaît; l'illusion se dissipe. Décidément ils diffèrent par trop de notre esthétique ces hommes. Avec leur nez camard, leurs grosses lèvres avançantes, ils se trouvent situés trop loin de notre idéal... Et c'est ainsi durant trois heures, jusqu'au retour. La route se prolonge, se tord, monte, descend, au milieu du même somptueux paysage, d'une superbe et calme monotonie. Parfois, sous de hauts palmiers, apparaissent des villages, agglomérations de cabanes faites de planches noires, imbriquées comme des tuiles, au toit couvert de cannes et de palmes sèches. Parfois aussi, à quelque détour du chemin, rapi-

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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