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LA GUADELOUPE

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Départ du député sortant. — La ville lui étant en grande partie hostile, sans qu'elle sache exactement pourquoi, ce n'est pas celui d'un triomphateur. Une foule houleuse de nègres, de mulâtres se presse dans la rue,face à sa maison. Quelques hourras; on agite des drapeaux tricolores. D'autres citoyens, nombreux ceux-ci, partisans du candidat adverse sans nul doute, pour manifester leurs sentiments hostiles soufflent à perdre haleine en de gros coquillages roses qu'ils tiennent à deux mains assujettis solidement devant leurs lèvres. J'admire cet enthousiasme, cette ferveur politique. Certes, il faut en avoir, et beaucoup, pour sortir de son logis à cette heure matinale, et venir, en pleine rue, pousser à qui mieux mieux les notes discordantes de cette assourdissante musique. Hourras, cris, coups de sifflet, horrible cacophonie : c'est le député qui sort. Haut, mince, digne, la taille encore allongée par un interminable haut de forme, il salue d'un geste noble. Il porte un frac, s'il vous plaît, et cela, me dit-on, pour témoigner de la déférence à ses électeurs, pour leur montrer combien il se sent honoré d'être leur élu, afin que toute sa personne, attitude, gestes, costume proclame en quelle estime il les tient ; et surtout qu'une comparaison s'impose

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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