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LA GUADELOUPE

je doucement, je connais cette proclamation ; le gouverneur s'y défend au contraire avec indignation d'avoir jamais caressé pareil projet. — Ah ! Missieu vous êtes un « béké de France » vous, avec ceux d'ici ça fait deux ; et vous ne les connaissez pas ceux-là. Quand ils

disent une

chose, ces hypocrites, il faut immédiatement comprendre le contraire. — Fort bien, interrompisje, cette optique me manque en effet; mais enfin dites-moi : depuis quinze ans votre parti n'était-il pas au pouvoir ici ? par ses créatures n'occupaitil pas toutes les places ? Il baisse aujourd'hui, que voulez-vous la roue tourne, chacun son tour. — Eh Missieu, répliqua-t-il, mais nous sommes d'honnêtes gens nous, et ces places nous les méritons au moins. — Tout parti vaincu tient le même langage », luidis-je, et je le quittai. Rentrant chez moi je songeai. Décidément, d'un climat à un autre, les ressorts de la politique ne changent guère. Ils sont rares ceux qui peuvent écrire comme un pamphlétaire célèbre : « Au lieu de dire à celui que j'essayais de renverser : — Ote-toi de là que je m'y mette —, j'ai toute ma vie pratiqué cette autre maxime : « Ote-toi de là que je ne m'y mette pas ! »

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Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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