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AUX ANTILLES

tée, des contrats de travail bien établis, une religion dont on ne scrutait point les dogmes. Maintenant tout a changé. Ces larges pièces humides, désertes le disent ; toute sonore de son grand vide, cette vaste salle à manger le proclame. Nous y sommes cinq à dîner ce soir. Les proportions en étaient établies pour des repas de trente couverts. La révolution politique d'abord, la révolution économique ensuite opéra cette transformation. Puis vinrent les grands paquebots dont on voit d'ici les hautes cheminées et les mâts glisser rapidement sur la haute mer. Ils achevèrent le bouleversement. Jadis, au temps des lentes navigations à voile, on naissait, on vivait en ces lieux; on y mourait aussi.Tout au plus,par existence, risquait-on un voyage en France. Maintenant, avec les vapeurs, on part, on arrive à heure fixe : on ne se soucie plus des distances. Tout grand propriétaire s'en va en Europe, y passe chaque année plusieurs mois, revient, puis repart. Ces vastes habitations des planteurs d'autrefois ne sont plus que des pied-à-terre, des annexes de l'usine, des hôtelleries de passage, l'endroit où l'on vient faire ses comptes, surveiller la marche des affaires. On n'y dort plus, on n'y vit plus : on y campe, et l'on y travaille.

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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