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MADININA,

REINE

DES

ANTILLES

Vers quinze ans, on juge l'éducation de Yeyette terminée, et elle rentre aux Trois-Ilets. Est-elle dès ce moment coquette? Faut-il retenir quelque chose de l'histoire étrange de cet Anglais qui, dans sa prime jeunesse, aurait connu et aimé Joséphine, qui reste fidèle à ce souvenir, au point de ne vouloir jamais se marier et qui, en 1814, possesseur d'une grosse fortune et parvenu au grade de général, écrivit à l'Impératrice qui se souvint de lui et le fit inviter à dîner à la Malmaison. Mais au jour fixé, Joséphine était malade, alitée, mourante et l'Anglais ne la revit jamais. En ce temps, Joséphine n'est point arrivée à la beauté. Une belle peau, de beaux yeux, de jolies extrémités, mais le corps lourd et sans grâce, la taille épaisse, une figure large sans traits, un nez relevé et commun, rien encore de ce qui fera sa séduction et explique son triomphe. Son esprit n'est guère cultivé, mais au couvent elle doit une écriture assez élégante et une orthographe qui, à ce moment, n'est guère plus incorrecte que celle de ses contemporaines. Elle a un filet de voix et chante en s'accompagnant de sa guitare. Elle danse médiocrement n'ayant eu qu'un mauvais maître, mais ne demanderait qu'à apprendre. D'ailleurs, fort douce de caractère, toute soumise à ses parents, toute aimable, toute prête à obliger, à s'empresser même, n'était sa paresse native, son bonheur à se tenir étendue et à rêver. (Frédéric MASSON.) A quoi rêvait-elle? Pensait-elle à la promenade à cheval faite la veille avec un jeune officier français, le capitaine Tercier, qui lui fait une cour assidue et qu'elle doit retrouver le lendemain à la messe de la cathédrale à Fort-Royal? Non, car elle ne l'aimait pas plus que ce jeune Anglais rencontré un jour sur la savane de Fort-Royal, et qu'elle a revu ce matin encore sur la plage des Trois-Ilets, assistant à la rentrée des pêcheurs dont les pirogues étaient pleines de beaux poissons rouges. Non, Yeyette rêve à la France lointaine, à ce Paris où habite sa tante Renaudin, et où les belles créoles ont tant de succès. Ce sont elles qui, avec leurs madras, leurs mousselines et leurs robes légères imposent maintenant la mode. Plusieurs d'entre elles ont épousé des messieurs très riches qui les comblent de joyaux et de bijoux. Et

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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