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L'ARRIVÉE A FORT-DE-FRANCE

et de fort beaux colliers d'or. Que signifiait donc tout ce luxe que l'on n'observe pas d'ordinaire à l'arrivée des paquebots? Ce fut un enseigne de vaisseau qui nous renseigna. « Ce sont des blanchisseuses qui viennent chercher votre linge; vous pouvez avoir en elles toute confiance; elles Vous rapporteront demain, parfaitement blanchi, le linge que vous leur donnerez aujourd'hui; l'expérience leur ayant démontré que ce sont toujours les plus jolies et les mieux habillées qui ont le plus de clients, elles font assaut de coquetterie et revêtent pour la circonstance leurs plus beaux atours. » Sans la présence à la coupée d'un factionnaire de service, le Jeanne-d'Arc aurait certainement été envahi par les marchands de toute sorte, mais la consigne était formelle : personne ne devait monter à bord. Une exception fut cependant faite en faveur des blanchisseuses officielles qui durent montrer à l'officier de service la carte spéciale qui leur avait été délivrée par le service de la Marine. J'eus l'occasion de voir de près ces belles filles brunes qui portent de façon si élégante ce costume spécial qui rappelle quelque peu les robes de l'époque Directoire. Quelques-unes d'entre elles étaient toutes jeunes et avaient de fort beaux cheveux que retenait un petit mouchoir de soie rappelant la coiffure des Arlésiennes; d'autres, d'apparence plus âgée, avaient sur la tête une sorte de bonnet d'étoffe plissée, colorée partiellement en jaune, et terminée par deux pointes qui se dressaient vers le ciel. J'ai su plus tard que pour ce couvre-chef spécial, on utilisait une étoffe indienne désignée sous le nom de « madras » et que la teinte jaune était obtenue avec une solution de jaune de chrome que l'on déposait avec un pinceau dans l'interstice des rayures qui ornent le madras. Cette coiffure est spéciale à la Martinique et diffère, paraît-il, totalement du bonnet porté par les femmes de la Guadeloupe et par celles de la Guyane qui ont à peu près le même costume que les Martiniquaises. Toutes ces femmes étaient chaussées de façon impeccable; la MADININA

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Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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