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PROPOS DE CHASSE

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sionne de véritables brûlures, comme celles produites par une solution concentrée d'acide sulfurique. On conçoit volontiers l'action nocive de ce liquide sur la conjonctive, et il en résulte des troubles graves qui peuvent entraîner la cécité. Voilà pourquoi les créoles redoutent particulièrement le voisinage du mancenillier; c'est la véritable raison pour laquelle il ne faut pas s'asseoir, pour « chasser » le carmeau, à l'ombre de cet arbre néfaste sur lequel aucun oiseau ne se pose jamais. La « chasse » au carmeau n'est pas si facile qu'on le croit. On n'utilise pas des cartouches à plomb qui déchiqueteraient l'animal et lui enlèveraient toute valeur culinaire; on se sert d'un fusil à balles, ce qui explique la difficulté que l'on éprouve à tuer un carmeau. Ce poisson, lorsqu'il est adulte, a environ quarante centimètres de long et se rapproche, par sa couleur, du mulet; il appartient, d'ailleurs, à la même famille, celle des « mugilidés ». Il a l'habitude de venir nager à la surface de l'eau, mais, contrairement à la carpe des étangs de Chantilly, il ne s'immobilise pas pour se chauffer paresseusement au soleil. Son passage est toujours rapide, et on ne le distingue que très vaguement. Il faut avoir de bons yeux pour le découvrir sous la ride que provoque son passage et il faut surtout beaucoup d'adresse pour lui loger une balle dans la tête juste au moment où il passe à votre portée. Le plus difficile, c'est ensuite d'aller chercher l'animal qui, blessé mortellement, vient flotter à la surface de l'eau. On pourrait à la rigueur utiliser un chien. Mais à Sainte-Anne, ceux qui vont chasser le carmeau dans l'étang des Salines se font accompagner par un jeune noir. Celui-ci, dès qu'il voit apparaître à la surface de l'eau le corps inerte du poisson, se jette dans l'étang et va, à la nage, chercher le « gibier » à écailles. C'est d'ordinaire une belle pièce de quatre à cinq livres qui fait les délices des fins gourmets. Comme on le voit, celui qui aime la chasse peut, à la Martinique, se livrer à son sport favori; mais ce ne sera pas sans fatigues, qu'il s'agisse de poursuivre le cabri sauvage à travers les rochers de la Cara-

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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