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LA MONTAGNE PELEE ET LA CATASTROPHE DU

8

MAI

1902

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nations violentes se firent entendre et un véritable feu d'artifice se produisit. Pendant plusieurs minutes, on aperçut dans la direction de Saint-Pierre des jets lumineux et des gerbes d'étincelles; on eût dit un formidable incendie dévorant l'île entière. Vers minuit, tout rentra dans le calme, mais le lendemain matin, le nuage ne s'était pas dissipé et l'on se demanda anxieusement si l'île tout entière n'avait pas été engloutie. Ce nouveau désastre donna lieu à un véritable exode; nombreux furent ceux qui abandonnèrent l'île natale pour se réfugier soit à la Guadeloupe, soit à Sainte-Lucie; d'autres se rendirent en France où beaucoup d'entre eux s'établirent définitivement. L'éruption du 30 août 1902 ne fut pas la dernière; il y en eut plusieurs autres à la fin de la même année, mais elles diminuèrent peu à peu de violence et cette décroissance finit par ramener le calme dans les esprits; ceux qui, malgré tout, n'avaient pas voulu abandonner leur pays, reprirent confiance et se remirent au travail. Le volcan lui-même prit un aspect débonnaire; l'ancien cratère de l'Étang sec fut obstrué par un dôme de laves (1) dépourvu d'ouverture permanente, c'est-à-dire de cratère, mais des flancs duquel s'ouvraient des fentes éphémères d'où partaient les nuées ardentes; pendant plusieurs mois on vit apparaître, au sommet du dôme, une sorte d'aiguille de lave ayant la forme d'un doigt. La nuit ce doigt gigantesque apparaissait incandescent et se voyait de très loin, on eût dit un énorme fanal placé à dessein au-dessus de la Montagne Pelée pour indiquer aux voyageurs attardés l'emplacement exact du monstre. A la longue, cette aiguille fut détruite par les explosions des nuées ardentes, puis elle s'effrita morceau par morceau. Aujourd'hui le dôme a pris la forme des montagnes volcaniques et ne diffère en rien du (1) Les laves de la Montagne Pelée, comme aussi celles qui dominent dans tous les volcans éteints de la Martinique, sont ce que les lithologistes appellent aujourd'hui des dacitoïdes (partie des roches nommées antérieurement andésites et labradorites).

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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