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LA MONTAGNE PELEE ET LA CATASTROPHE DU

8

MAI 1902

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Saint-Pierre, signala que du sommet de la Montagne Pelée s'échappaient des torrents de fumée; à midi cinquante, il se trouvait sur l'habitation Périnelle, lorsqu'il aperçut une masse énorme et fumante de boue épaisse et de gros blocs de rochers qui, partant du sommet de la montagne, se dirigea vers la mer avec une vitesse considérable. Cette énorme coulée de boue chaude, ravageant tout ce qui se trouvait sur son passage détruisit l'usine Guérin, faisant pour la première fois des victimes, au nombre de trente. « L'arrivée subite de cette masse dans la mer provoqua sur la rade de Saint-Pierre, pendant quelques minutes, des oscillations d'une amplitude de plus de 20 mètres, qui affolèrent la population avant même qu'elle se fût rendu compte de la catastrophe. L'affolement redoubla lorsque les faits exacts furent connus. » (Rapport du gouvernement intérimaire au Ministre des Colonies.) Dans l'après-midi du 5, le gouverneur Mouttet qui s'était rendu sur les lieux du sinistre, s'efforça de rassurer la population; pour lui, et pour beaucoup d'autres, le gros danger était passé; si une nouvelle éruption se produisait, les laves et les boues qui seraient émises suivraient la vallée de la Rivière Blanche et se répandraient dans la mer, et le soir du 7 mai, on pouvait lire dans le principal journal de la localité Les Colonies cette phrase rassurante : « Le volcan de la Montagne Pelée n'offre pas plus de danger pour Saint-Pierre que le Vésuve pour Naples. » La catastrophe du lendemain devait donner à cette optimiste conclusion officielle le plus cruel et le plus tragique des démentis. En effet, le 8 mai 1902, jour de l'Ascension, à huit heures cinq du matin, se produisit l'épouvantable cataclysme qui, en quelques secondes, anéantit la ville de Saint-Pierre et ses trente mille habitants. Voici ce qu'observa un des rares témoins oculaires, M. Georges-Marie Sainte, qui se trouvait en rade de Saint-Pierre sur la goélette Gabrielle. A sept heures cinquante-cinq, un grondement formidable se fit entendre dans la montagne, comme si une déchirure monstrueuse s'y opérait de

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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