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LA MONTAGNE PELÉE ET LA CATASTROPHE DU

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MAI 1902

unie, mais sur le dos des racines, et celles-ci sont recouvertes comme toutes les branches, le long du chemin, d'une mousse visqueuse, glissante com e de la glace. A moins d'avoir l'habitude de se promener dans ces b picaux, on risque de tomber à chaque instant.

La route devient sans cesse plus raide et fait de nombreux tours et détours. Nous parvenons à une deuxième savane où il nous faut marcher sur des pierres noires et pointues qui ressemblent à des scories; ensuite, des petits bois encore plus rabougris et une autre clairière. A gauche, la crête nue du volcan apparaît comme un précipice pointu, rouge foncé, strié de vert au-dessus d'un abîme étroit, mais terrifiant; nous sommes presque au niveau du cratère, mais il nous faut faire un long détour pour y parvenir à travers une désolation d'arbustes nains. Tout à coup, nous parvenons à une profonde crevasse d'environ trente pouces de large, à moitié cachée par le fouillis des feuilles : la Fente. C'est une fissure volcanique qui sépare toute la crête et qui est « sans fond ». Et dans la crainte d'un faux pas, les guides insistent pour nous tenir les mains pendant que nous la franchissons. Heureusement, il ne se présente plus de crevasses semblables; par contre, il y a des bourbiers, des scories et des racines en masse. Les moins désagréables sont encore les bourbiers où nous enfonçons jusqu'aux genoux dans une boue noire ou grise. Ensuite, le sentier redescend vers la pleine lumière; nous nous trouvons à l'étang, dans le cratère éteint des Trois-Palmistes... L'étang mesure environ 200 mètres d'un bord à l'autre, il est presque circulaire, peut-être est-il grossi par les pluies extraordinaires qui sont tombées cet été. Notre guide nous dit que la petite croix de fer qui sort de l'eau était à sec l'année dernière. A présent, il n'y a qu'une étroite bande d'herbe sur laquelle nous nous reposons entre l'eau et les murs du cratère. Le lac est parfaitement clair avec un fond de vase jaunâtre qui repose, selon les recherches faites en 1851, sur une masse de pierre ponce mêlée à certains endroits de sable ferrugineux. Nous nous déshabillons pour un plongeon. Bien que situé à 5.000 pieds d'altitude, cette eau est moins froide que celle de la Roxelane ou des autres rivières des côtes du nord-ouest et du nord-est. Elle' a un goût frais et agréable comme de la rosée. En nageant vers le milieu du lac, on est surpris de sentir l'eau qui s'attiédit sensible-

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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