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MADININA,

REINE DES ANTILLES

comme elle par d'anciens volcans; sa masse est imposante : elle s'étale de l'est à l'ouest, depuis la mer des Caraïbes jusqu'à l'Atlantique, elle s'appuie au nord et au sud sur de nombreux contreforts et son ascension est assez facile. Avant l'éruption de 1902, elle avait été faite par de nombreux touristes, et tous furent unanimes à reconnaître qu'une végétation intense recouvrait les contreforts de la montagne. « C'est, dit Garaud, un vrai paradis que cette forêt qui enveloppe une partie de la montagne. Dans son Paradou, Zola n'a rien rêvé de plus riche, de plus débordant (1). » La même observation a été faite par Lafcadio Hearn qui, dans son ouvrage intitulé : Conte des Tropiques, rapporte ses impressions sur une ascension de la Montagne Pelée, faite en 1892. Nous pénétrons dans les « grands bois », dans les forêts vierges. Vus à la jumelle, de Saint-Pierre, ces bois présentent simplement l'aspect d'une bande de mousse ceignant le volcan et suivant tous ses replis dont les ciêtes feuillues s'entremêlent. Mais en y pénétrant, on se trouve tout de suite dans un crépuscule vert, parmi de hauts troncs qui s'élèvent partout comme d'immenses piliers enguirlandés de vignes; les espaces entre les arbres sont occupés par des lianes et des plantes parasitaires dont certaines, monstrueuses, sont de véritables arbres parasites qui grimpent à tous les angles ou retombent du haut des faîtes les plus élevés pour prendre racine. L'effet produit ressemble, dans la lumière atténuée, à d'innombrables câbles et cordages noirs de grosseurs différentes, tendus raides du sol aux cimes des arbres et de branches en branches, comme les agrès d'un navire. Il y a ici des essences très rares et remarquables : acomats, courbarils, balatas, ceibas ou fromagers, acajous, gommiers. Des centaines ont été abattus par les charbonniers, mais la forêt est encore grandiose.

Nous grimpons. Nous suivons une trace plutôt qu'un sentier; aucune terre visible, rien que du détritus végétal par-dessus lequel des racines se sont tissées en une résille serrée. Le pied ne se pose jamais sur une surface (1) Op. cit.

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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