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DE FORT-DE-FRANCE A SAINT-PIERRE

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l'Aima et que, par les fenêtres, on aperçoit la masse imposante du plus pointu des pitons qui, d'un trait, sans ressaut du profil, s'élance jusqu'à la nue, on a bien l'impression de la grande montagne dont on ne viole point sans péril la hautaine solitude. Point de glaciers ni d'avalanches, mais des histoires légendaires vous sont contées de disciplinaires évadés ou de chasseurs égarés dans ces bois, dont jamais plus on n'a entendu parler soit qu'ils aient trouvé la mort au fond des précipices ou que les serpents, jadis nombreux en ces parages, aient attaqué l'imprudent, qui venait les troubler en leur retraite lointaine. Aujourd'hui même que les serpents ont à peu près disparu, ces montagnes ne sont guère visitées que par les charbonniers et les coupeurs de choux-palmistes. De rares touristes en ont fait l'ascension, malgré la proximité de Fort-de-France et il n'existe pas de sentier frayé pour gagner le sommet. De l'Aima aux Deux-Choux où vit dans la solitude l'agent forestier chargé du triage, la route montueuse serpente au pied des pitons et la vue est bornée mais imposante. Le silence impressionnant des futaies qui croisent leur sombre ramure au-dessus du chemin ajoute à la solennité du spectacle, et le moindre craquement de branche, la mélodie presque humaine des quelques notes du siffleur des montagnes font tressaillir le voyageur. Le paysage aux Deux-Choux se modifie. Du haut d'un tertre, la vue plonge au fond de vallées sauvages d'où l'on entend gronder les torrents. C'est de toutes parts une ruée de croupes hérissées, un bouleversement prodigieux des terres, un chaos de précipices que la route va côtoyer. A mesure cependant que l'on avance vers le Fonds-Saint-Denis, les lignes se simplifient et s'harmonisent. On tourne le dos aux à-pic vertigineux des pitons et parmi le ruissellement des cascades on voit apparaître les premières chaumières. Le Fonds-Saint-Denis n'est qu'un pauvre village, mais le site en est ravissant. Pour bien en admirer la beauté, il faut grimper jusqu'à l'observatoire tout proche du Morne-des-Cadets. De là, l'oeil découvre un panorama sans rival dans l'île. A vos pieds, un échiquier de jardins et de pelouses s'incline verdoyant aux deux flancs de la vallée où écume la rivière du Carbet; plus loin, le Morne-Vert arrondit son ballon humide, et derrière les monts voisins, la mer des Antilles flamboie au soleil. De l'autre côté, c'est la masse formidable des pitons et le contrefort puissant qui MADININA

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Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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