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MADININA,

REINE DES ANTILLES

rale, mais la source principale est à quelques cent mètres de la rive droite. Le bain y est agréable. L'eau dont la température est de 370 semble d'autant plus chaude que l'air ambiant est frais. Acidulée, ferrugineuse, elle se rapproche assez par sa composition des eaux du Mont-Dore; les malades atteints d'anémie, de cachexie paludéenne, de rhumatismes se trouvent bien de son usage. Si modeste qu'il soit, l'établissement est très fréquenté; les clients y viennent nombreux le dimanche, et, pendant les grandes vacances, tous les appartements sont occupés par des familles qui recherchent en ce site paisible le repos de la nature autant que les vertus curatives des eaux. Au delà d'Absalon, la route de la Trace entre dans une région à peu près déserte, occupée par les grands bois du domaine de la colonie et de quelques particuliers. C'est le nœud hydrographique du bassin de Fort-deFrance. A droite, s'élève le Plateau Larcher; à gauche, la vallée Dumauzé se perd au pied des Pitons. Une végétation puissante couvre les croupes inférieures de la montagne, mais à une certaine altitude, l'arbre ne croît plus et les parois escarpées des pics ne sont tapissées que de mousses et de fougères naines. Le profil des trois pitons change d'aspect à chaque tournant de la route, comme si, par crainte de la monotonie, ils s'ingéniaient à varier leurs poses. Soudain, après le quatorzième kilomètre, en pleine région montagneuse, voici que la mer se montre brusquement, jalouse qu'en son île on puisse un instant l'oublier. A droite, par la trouée du Robert, l'Atlantique écume contre ses récifs madréporiques; à gauche, la paisible mer des Antilles dort sous le ciel bleu. Dans ce cadre pittoresque, le camp militaire de Colson éparpille ses blanches constructions et ajoute l'élément humain à ce tableau. Mais le camp est généralement désert depuis que l'effectif de la garnison a été considérablement réduit et l'on ne rencontre guère de monde avant le village de la Médaille. C'est encore un quartier de sinistrés qui se vide peu à peu; perdu dans la montagne, loin de tout centre important, il était mal placé pour prospérer et ses habitants sont en majeure partie retournés au Fonds-Saint-Denis d'où les éruptions les avaient chassés. Tout ce parcours jusqu'au refuge de l'Aima est très beau; le regard se heurte partout à des monts vigoureux qui préparent l'essor des trois pitons dressant à plus de 1.200 mètres leurs pyramides aiguës. Lorsque après avoir passé à gué la rivière Blanche dont la mince nappe limpide traverse la route sur un cassis pavé, on entre dans la maison de

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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