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DE FORT-DE-FRANCE A SAINT-PIERRE

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ont regagné la zone évacuée; elles préfèrent les champs fertiles du Nord, où elles vivaient jadis heureuses, au sol résistant de Tivoli qu'elles ont arrosé de larmes amères. Le quartier devient maintenant un lieu de villégiature pour les citadins, attrayant par sa rivière et son jardin d'essai. La route jusqu'à Balata est bordée de villas, de maisonnettes et de cases. Vers le neuvième kilomètre, par-dessus les plaines et les coteaux, on aperçoit à droite l'Océan Atlantique et le sable blanc des îlots du Robert. Quand les lames déferlent, les grondements du Loup-Garou, le plus lointain de ces hauts-fonds, nous parviennent sur la brise encore imprégnée de senteurs marines. Enfin l'on arrive au plateau où se dresse le camp militaire. L'emplacement en est très bien choisi. Le voisinage de la montagne et des forêts y entretient même en été une température fort agréable; les nuits sont délicieusement fraîches, et l'air si pur, si léger, qu'à le respirer seulement on se sent heureux de vivre. Du bord du plateau, un panorama ravissant s'étend sous les yeux; au premier plan, c'est la basse vallée que termine la ville, puis la vaste rade en son miroir d'argent reflète l'image des îlots et des collines qui la bornent au sud. A l'horizon, par les jours clairs, l'île anglaise de Sainte-Lucie découvre ses pitons en pains de sucre. Après le camp de Balata, la route se déroule en palier sur deux kilomètres, la voiture glisse sans cahot et sans bruit sur le tuf. Voici bientôt, à gauche, le chemin déclive qui conduit à l'établissement thermal d'Absalon, et à l'un des sites les plus pittoresques des environs de Fort-de-France. Partout, du fond de l'entonnoir où gît la « Fontaine », on n'aperçoit que la végétation intense des forêts tropicales, comblant la vallée, escaladant les flancs abrupts des monts voisins, posant l'aigrette d'or d'une touffe de bambous mûrs parmi le feuillage vert sombre, jetant ailleurs des taches claires de balisiers où saignent cent fleurs vermeilles, abritant la grâce frêle des fougères arborescentes sous la ramure altière des colosses sylvestres, suspendant en tous sens les lianes et les parasites où volètent, sifflent, bruissent, bourdonnent un essaim d'oiseaux et d'insectes. Sous ce fouillis, la rivière murmure, froide et claire, de cascatelle en cascade. Tout près du pont, pour franchir un rocher qui barre son lit, elle resserre ses eaux en un goulet étroit, puis s'élance en une chute de huit mètres dans un bassin étroit de pierre aux parois en surplomb. Dans le lit même de la rivière, on trouve par endroits de l'eau miné-

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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