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MADININA, REINE DES ANTILLES

caux ont prétendu y trouver certaines traces de la langue caraïbe; c'est possible car les rares Caraïbes qui vivent encore à la Dominique emploient couramment certains termes qui rappellent le langage en question, mais ce que l'on ne peut nier, c'est que la grande majorité des mots créoles provient d'une déformation ou d'une abréviation des mots français. Jugez-en. En français, on dit actuellement : donne-moi un verre; au XVIIe siècle, on aurait dit : baillez-moi un verre. Le créole dit aujourd'hui : ba moin an vè. Il est difficile de ne pas reconnaître l'origine française de ces quatre mots. ba est une abréviation de baillez. moin n'est que le mot moi auquel — pour faciliter la prononciation et diminuer l'effort des lèvres — on a ajouté le suffixe ». an n'est que l'équivalent de un. C'est l'article indéfini qui reste toujours invariable ; on dira an vè pour désigner un objet masculin comme le verre, mais on dira également an poule sans se soucier si poule est du masculin ou du féminin. Dans le mot vè, on reconnaît facilement le mot verre auquel on a supprimé la terminaison. Les pronoms personnels sont au nombre de six, comme en français. Moin, ou, i, nous, zôte, yo sont les synonymes de : Je, tu, il, nous, vous, ils. Je suis venu se dira : moin vini Tu es venu : ou vini Il est venu : i vini Nous sommes venus : nous vini Vous êtes venus : zôte vini Ils sont venus : yo vini. On remarquera que le verbe être, comme le verbe avoir, se supprime le plus souvent; cette suppression, cette abréviation du langage

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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