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MADININA, REINE DES ANTILLES

en même temps que les autres passagers. Ce serait, paraît-il, dans la baie de Biscaye que le navire qui portait Mlle du Buc de Rivery fut atteint d'une voie d'eau et commença à couler; les passagers furent heureusement recueillis par un bateau espagnol qui se rendait à Majorque. Mais en vue de cette île, ce navire fut à son tour capturé par des corsaires qui firent prisonniers tous les passagers et les emmenèrent en captivité à Alger. Aimée et sa fidèle Zorah étaient du nombre. Une légende, que certains auteurs considèrent comme une réalité, veut que la jeune fille se fit remarquer par sa beauté et par son charme; aussi, les corsaires se décidèrent-ils à l'offrir comme esclave au dey d'Alger lui-même, le vieux Baba Mohamed ben Osman, alors âgé de soixante-quatorze ans. Ce dernier, lorsqu'il vit la jeune fille, la trouva si jolie qu'il résolut, sur-le-champ, de l'envoyer à Constantinople et de l'offrir en cadeau au Commandeur des Croyants, en signe de fidélité et de reconnaissance. Aimée et son inséparable Zorah partirent donc pour la capitale turque. Que devint-elle dans la suite? Je reproduis textuellement un document semi-officiel rédigé à Paris, le 6 février 1821, par M. Marlet, beau-frère de la jeune captive et adressé à l'ambassade de France à Constantinople, dans les archives de laquelle il fut retrouvé : MUe Aimée du Buc, ma belle-sœur, née à la Martinique, fut élevée à Nantes aux Dames de la Visitation... Rappelée dans la colonie par ses parents avant la Révolution, elle eut le désagrément d'être prise par un corsaire barbaresque et après plusieurs incidents que le vulgaire aurait pu considérer comme fâcheux pour la belle créole, mais qui, dans l'ordre de sa destinée, n'étaient qu'un acheminement vers sa grandeur future, elle fut placée au sérail, et bientôt, sans doute, sa beauté, les avantages d'une éducation très soignée la firent distinguer par le Sultan alors régnant qui en fit la Sultane favorite. Depuis lors, le voile le plus impénétrable fut tiré sur les destinées d'une personne qui nous était aussi chère, jusqu'à ce que, enfin, les journaux de Londres, par voie de l'ambassade anglaise, en donnèrent les détails les plus positifs. Ils annon-

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

Madinina "Reine des Antilles"  

Auteur : William Dufougeré / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Anti...

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