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Avant que ne s'achevât l'année 1828, tout commençait à fonctionner régulièrement. La maison qu'on destinait à mère Javouhey et qui ressemblait à une guinguette du faubourg Saint-Marceau, prenait meilleure figure. Tout près d'une chapelle improvisée, quatre fois plus belle que celle de Cayenne. quinze maisons, meublées simplement sous la direction de Louis Javouhey, neveu de la mère, s'élevait un vaste bâtiment à deux étages, de cent vingt pieds do long, susceptible de recevoir, quand les besoins l'exigeraient, un nouveau flot de religieuses. La Colonie possédait son école, où l'on faisait classe pour les petits enfants, classe pour 1es sœurs converses, et puis deux heures par jour, classe pour les jeunes colons, pour les Frères, comme mère Javouhey les appelait. Elle possédait son hôpital, où deux sœurs étaient employées, elle possédait ses ateliers, ses scieries, où l'on allait débiter les bois superbes de toutes couleurs, qu'offraient les forêts vierges du voisinage; elle p o s sédait ses cultures de bananes, de manioc, sous la direction de Pierre Javouhey, le frère, venu tout de suite rejoindre la mère: et dans les prairies paissaient déjà deux cents tètes de bétail, q u ' o n espérait porter à mille.

Cinq à six a n n é e s avaient suffi pour jeter les bases d'une petite colonie, qui devait suivre sa destinée, pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui : la deuxième ville de la colonie, après un siècle de développement, toujours avec le concours, sinon la protection, des s œ u r s de St Joseph, qui ont continué l'exploitation de leurs champs de cannes à sucre et persisté dans la fabrication de leur délicieuse liqueur : le rhum de Mana. P e n d a n t q u e la m è r e J a v o u e y bâtissait Mana et créait ses c h a m p s de c u l t u r e de d e n r é e s v i v r i è r e s et de c a n n e s à s u c r e , les p l a n t e u r s de l'Ile de Cayenne et de la région d u T o u r de l'Ile et de la Comté développaient la c u l t u r e du c a c a o , du café, du r o u c o u , du colon et des riches aromates de l'lnde, poivre, girofle, cannelle, non seulement s u r les terres h a u t e s de cette partie très m o n t a g n e u s e de la colonie, mais encore d a n s les terres basses d u littoral, gagnées sur les palétuviers et la m e r , n o t a m m e n t sur les bords du canal Torcy, où de savants travaux h y d r a u l i q u e s , préconisés jadis par l'ingénieur suisse Guisan — drainage irrigation, digues, écluses — préservaient les p r o p r i é t é s d'habitation et leurs c h a m p s de l'inondation maritime. C'est à cette

Annuaire de la Guyane Française et du territoire de l'Inini pour l'année 1936  

Auteur : Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles et de la Guyane...

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