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LA

JAMAÏQUE.

en face de la Grande-Maison; nous n'avions jamais vu une plus belle race de nègres, des hommes de meilleure mine. Nous les haranguâmes avec franchise, dune manière simple et claire, sur les devoirs inhérents à leur état de travailleurs libres, et la plupart se montrèrent sensibles à nos exhortations. Nous avions de fortes raisons pour croire que les embarras dont souffrait cette habitation provenaient de l'administration dure et peu judicieuse de quelques-uns des précédents inspecteurs. Depuis, nous avons appris du fondé de pouvoir que ces embarras ont été écartés, et, pour nous servir de son expression, que ses gens travaillent de tout cœur. La soirée était avancée, et sous la conduite de notre ami Ramsay, nous reprîmes la route de Spanishtown. Je ne puis me défendre d'insérer ici une anecdote qu'il nous raconta et qui peint l'esprit et les mœurs de ce peuple. C'était avant l'époque de la liberté : i) nourrissait dans son jardin un pluvier apprivoisé; un

coup de fusil se fait en-

tendre, et l'on voit l'oiseau effrayé plonger son long bec et cacher sa tête dans le sable. Un jeune nègre, qui vint à passer par là, s'arrête, et, après avoir rêvé le plus triste,

quelques instants de l'air

dit tout bas, mais cependant assez faut donc

haut pour être entendu : « Hélas ! il

que chaque petite chose connaisse sa peine. »

Un hiver aux Antilles en 1839-40  

Auteur : Joseph-John Gurney / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Ant...

Un hiver aux Antilles en 1839-40  

Auteur : Joseph-John Gurney / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Ant...

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