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LA

JAMAÏQUE.

dins, soit en arrachant les provisions, soit en les faisant fouler aux pieds des bœufs. Les travailleurs ont été alors forcés de se chercher une nouvelle retraite en passant sur d'autres habitations, ou en achetant de petites propriétés sur les montagnes voisines. Ces actes d'une violence brutale, nous en avons souvent entendu le récit, et parfois nous avons eu la douleur d'en être témoins. Un sentiment de charité nous porterait à croire qu'ils ont été rares, du moins comparativement; mais il n'en est pas ainsi : on a doublé et triplé les loyers, on les a même quadruplés sur la décision arbitraire du maître, on les a même exigés per capita du mari, de la femme et de chacun des enfants, comme une pénalité propre à les forcer au travail, et, dans beaucoup de cas, on a mis le comble aux vexations déjà employées dans ce but, par la saisie des meubles et effets, et par l'emprisonnement des personnes. Il est pénible de le dire, mais il n'est que trop vrai qu'il n'y a pas un seul point de l'île où ce système n'ait été mis en pratique. Qui ne voit que tout cela ne ressemble que trop à l'esclavage, dont l'essence même est le travail forcé? De là, des mécontentements, des cœurs ulcérés et la désertion des habitations, conséquences naturelles de toute violation de la justice; c'est là aussi qu'il faut chercher la principale explication

Un hiver aux Antilles en 1839-40  

Auteur : Joseph-John Gurney / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Ant...

Un hiver aux Antilles en 1839-40  

Auteur : Joseph-John Gurney / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Ant...

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