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LA

JAMAÏQUE.

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qu'on le leur payât chaque semaine et en espèces. Mais il était dans la malheureuse destinée de cette colonie d'être en proie à de graves embarras et à de fâcheux tiraillements pour cette affaire de loyers, dont on a prématurément et imprudemment fatigué les esprits de la population noire, le lendemain même de l'établissement de la liberté absolue. Si, au lieu de cette précipitation, on avait donné à l'usage des loyers le temps de s'établir graduellement et d'après les principes qui règlent ordinairement les affaires des hommes, il n'est nullement douteux que les travailleurs de la Jamaïque n'eussent montré aussi peu de disposition à l'inquiétude et au désordre que ceux d'Antigoa et de la Dominique. Dans l'état actuel des choses, on a imprudemment, sur une grande partie des propriétés de cette île, mêlé la question du loyer avec celle du travail. S'est-il élevé quelque mésintelligence entre le gérant et les nègres relativement au travail, quant à sa durée ou à sa valeur, la menace de chasser le nègre de son habitation s'est aussitôt fait entendre, et, dans beaucoup de cas, on a eu recours à la violence la plus sauvage pour mettre cette menace à exécution. On a enlevé les toitures des chaumières; on les a même démolies de fond en comble, on a rasé les cocotiers et les arbres à pain ; on a dévasté les jar-

Un hiver aux Antilles en 1839-40  

Auteur : Joseph-John Gurney / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Ant...

Un hiver aux Antilles en 1839-40  

Auteur : Joseph-John Gurney / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Ant...

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