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BRÉSIL. P R O V I N C E D E G O Y À Z . Voici encore

une immense province centrale dont il n'eût pas été possible de donner la description, même la plus sommaire, il y a seulement vingt ans. En 1727, Rocha Pitta parle bien des événements tragiques qui arrivèrent de son temps au Mato-Grosso , mais il se tait sur le pays de Goyaz, et les historiens con­ temporains imitent son silence. Il n'en est pas de même aujourd'hui. Néan­ moins, en ce qui concerne les mœurs locales, c'est encore des étrangers que nous viennent les renseignements les plusprécieux. Il y a une dizaine d'années environ, M. Natterer, qui employa sept ans à parcourir les solitudes du Brésil, visita le pays de Goyaz avec son fidèle compagnon, le chasseur Sochor, avant de pénétrer dans le Mato-Grosso. Plu­ sieurs voyageurs l'ont imité, et de précieux renseignements géographi­ ques ont été obtenus. Les documents les plus certains pour la France, ceux auxquels des travaux antécédents as­ surent une supériorité réelle, doivent nous venir d'un voyageur auquel la topographie et l'histoire naturelle du Brésil ont les plus grandes obligations. Si nous éprouvons un regret, c'est de n'avoir pu mettre à profit, pour cette partie de notre notice, les savantes recherches de M. Auguste de SaintHilaire. Essayons de recourir à quel­ ques documents historiques fort som­ maires, mais dont l'authenticité est du moins reconnue. Le pays de Goyaz tire son nom d'une nation indienne qui n'existe plus. C'est la province la plus centrale du Brésil, et il suffit de jeter un coup d'ccil sur ses limites naturelles pour s'en assu­ rer. Située entre le 6° et le 21° de latitude non nord de la province de Mato-Grosso, et de réserver le sud pour une description sé­ parée. Il eût fallu, en adoptant ce plan, répé­ ter certaines généralités ; nous avons pré­ fère continuer la description, sans l'inter­ rompre, à une subdivision qui eût pu gêner le lecteur. C'est ainsi que nous nous som­ mes vus contraints à parler des Guaycourous de la frontière, quand il nous restait a mentionner tant de tribus du centre.

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s u d , elle est bornée au nord par les provinces de Para et de Maranham ; à l'ouest, elle a le pays de Cuyaba; au sud, c'est le district de Camapuania. Ainsi que la province de San-Paulo, à l'orient, une chaîne de montagnes la sépare de Minas-Geraes et du sertào de Pernambuco. Depuis le coniluent de l'Araguaya avec le Tucantins, jus­ qu'à celui du Rio-Pardo avec le Paranna, elle n'a pas moins de deux cents lieues de longueur, sur une largeur proportionnée. Quelques géographes ajoutent même cent lieues de plus à cet immense territoire, que se parta­ ge" aujourd'hui la faible population de cent soixante-quinze mille habi­ tants; et encore faut-il supposer un accroissement considérable dans les naissances, puisque, d'après le recen­ sement de 1804, le dénombrement ne s'élevait qu'à cinquante mille cinq cent trente-neuf individus. DÉCOUVERTE

BARTHOLOMEU

DES

MINES

BUENNO.

D'OR.

L'histoire

de la découverte présente un fait assez curieux. On ne sait trop vers quelle époque un Pauliste, nommé Manuel Correa, s'avança des plaines de P i ratininga jusque dans ce désert. Il en rapporta de l'or qu'il avait tiré des subies au moyen d'un plat d'étain; c'était sur les bords du Rio dos Aracis. Cet or fut employé plus pieusement peut-être que n'en agissaient d'ordi­ naire les Paulistes à cette époque. Il contribua à orner le diadème de No­ tre-Dame da Penha, au bourg de S o rocaba. Nous passerions sous silence ce fait assez peu notable en lui-même, s'il n'avait pas les résultats les plus impor­ tants pour les découvertes ultérieures. D e l'or a été trouvé dans le désert par un Pauliste; un autre Pauliste part surle-champ sur ses traces pour chercher aventure. Cette fois c'est Bartholomeu Buenno, le hardi certanista, qui se met en marche. Il emmène avec lui son fils, un enfant de douze ans ; et au bout de quelque temps les deux voyageurs arri­ vent à l'endroit où s'est élevée depuis Villa Boa : ils y trouvent établis les Indiens de la nation goya. Les femmes


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L'UNIVERS.

portaient des pépites d'or comme ornement; mais, moins industrieuses que les Guaycourous, elles en faisaient usage telles qu'on les avait tirées du torrent. Nos aventuriers retournent à SaintPaul ; e t , pendant longtemps, ils sem­ blent avoir oublié la -nation goya, ainsi que les ornements de leurs fem­ mes , comme chose de trop faible va­ leur. Le père meurt, c'était l'époque où l'on venait de découvrir les mines de Cuyaba; le goût des explorations aventureuses se renouvelle chez le fils par l'appât d'un gain immense. Bartholomeu Buenno s'enfonce dans le désert ; il se met en quête de la nation goya; mais, pendant trois a n s , il la cherche en vain, et cependant il lui a fallu souffrir des fatigues inouïes ; il lui a fallu endurer toutes les misères du désert. Au bout de ce temps, il arrive à Saint-Paul, ayant cherché inutilement le pays enchanté; et ce qu'il y a de pis, c'est qu'il a perdu ja plus grande partie de son monde. Si l'on fait attention que Bartholonieu Buenno n'avait pas moins de cin­ quante ans alors, et qu'une quarantaine d'années s'étaient écoulées depuis qu'il avait accompagné son père, on sera moins surpris du peu de succès de sa course aventureuse. C'était un homme d'une probité reconnue, dit la chro­ nique. Le gouverneur n'hésita pas à l'envoyer de nouveau dans le sertäo; e t , chose merveilleuse, cette fois, après avoir surmonté des obstacles plus grands peut-être que ceux qu'il avait rencontrés dans son premier voyage, il arriva à deux lieues de l'en­ droit où s'est élevée depuis la capitale. L à , deux vieux Indiens sont faits pri­ sonniers : on les a reconnus comme appartenant à la nation goya; cela suf­ fit au certanista. Interrogés sur l'en­ droit où ont dù camper jadis les hom­ mes blancs, les deux vieillards s'offrent à servir de guide aux étrangers; et,au bout de quelques heures, Buenno peut reconnaître les lieux qu'il a visités jadis avec son père. La découverte n'est plus douteuse; les essais que l'on fait sur les lieux prouvent son importance.

Buenno retourne a Saint-Paul; mais c'est cette fois, c'est pour recevoir les félicitations générales, et revenir à la petite colonie avec le titre de capitào mor régent. Bartholomeu Buenno, que les In­ diens avaient surnommé Anhangadeira, ou le vieux diable, me paraît offrir le type parfait de ces Paulistes rusés et infatigables, auxquels aucun trésor ne restait caché dans le désert. Il n'hésite jamais dans ses résolutions, et il invente chaque jour de nouveaux stratagèmes pour en assurer le suc­ cès. Craint-il quelque trahison des In­ diens, comme cela arrive presque tou­ jours dans les nouvelles colonies, il va au-devant du danger, aussi fautil convenir qu'une observation bien stricte du droit des gens ne lui sert pas toujours de guide dans sa con­ duite. Les femmes d'une tribu sont enlevées, et non-seulement les Indiens abandonnent leurs projets de révolte, mais ils indiquent de nouveaux sables aurifères plus abondants que les an­ ciens. Ces richesses lui paraissent-elles insuffisantes; soupçonne-t-il l'exis­ tence de mines qu'on lui veut cacher, une ruse plus innocente que la pre­ mière les lui fait bientôt découvrir. A l'imitation d'un aventurier français, M. de Tissonet, qui voyageait à SaintDomingue, il se contente de faire brûler un peu de tafia dans un plat d'etain ; et il déclare aux sauvages épouvantés que, s'ils persistent dans leur silence, une flamme bleuâtre, mais dévorante, va bientôt parcourir leurs fleuves, et qu'après les avoir taris , on lui verra incendier les forêts. Il est bon de le dire néanmoins, quels que soient les moyens qu'il emploie, on ne cite pas de sa part d'actes vrai­ ment cruels; et telle est bientôt la réputation acquise par les mines de Goyaz, qu'une foule de Paulistes ne veulent plus s'exposer aux périls de la route qui conduit dans le Mato-Grosso, et viennent se fixer dans la province qui l'avoisine. C H E R T E PRODIGIEUSE DES DEN­ R É E S . L'affluence devint telle au bout

de deux ans, qu'une espèce de lamine


BRÉSIL. se déclara, et que les vivres envoyés de Saint-Paul furent insuffisants. On vit se renouveler alors ce qui a eu lieu, en Amérique, dans tous les pays où les mines sont exploitées. Les colons, qui avaient pris en apparence le chemin le plus lent pour s'enrichir, furent pré­ cisément ceux qui marchèrent d'une manière directe a la fortune. Vers cette époque, toutes les denrées obtenues par l'agriculture se vendaient, dans l'étendue du m o t , au poids de l'or. U n alqueire de maïs coûtait de six à sept octaves en valeur métallique. La même mesure de farine de manioc trouvait des acheteurs à dix octaves. Une va­ che laitière, qui arriva une des premiè­ res dans ce pays où tant de bestiaux se sont multipliés, coûta deux livres de pépites; un porc se vendit dans la même proportion. Une livre de sucre était cotée à deux octaves. Il résulta de cet état de choses que les commerçants et les agriculteurs eurent bientôt à leur disposition des capitaux beaucoup plus considérables que ceux dont pouvaient disposer les mineurs eux-mêmes. P R O D U I T S D E S M I N E S . Comme dans tous les pays de mines qui font partie du Brésil, l'or de Goyaz est répandu à la surface de la terre, et s'obtient par le lavage des terrains aurifères. Selon Cazal, plusieurs mineurs, frappés de la diminution trop évidente des riches­ ses métalliques de la province, pensent que les vraies mines sont encore in­ tactes, et qu'il suffira, pour les décou­ vrir, de mettre les montagnes en ex­ ploitation. C'est une observation, sans aucun doute, qui n'échappera pas à la société anglo-brésilienne fondée de­ puis peu; et le pays de Goyaz doit conquérir de nouveau, en fort peu d'années, son ancienne réputation. Depuis quelque temps, du reste, la province de Goyaz attire singulièrement l'attention des spéculateurs étrangers. La beauté des diamants qui se trouVent dans le Rio-Cayapos et le RioClaro, ses cristaux et même ses pierres fines, les mines d'or inexploitées qu'on Suppose exister dans ses déserts, l'a­ bondance du minerai de fer, et peut*tïe même des autres métaux, tout

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fait présumer que des richesses incal­ culables pourraient être déversées de cette province dans le reste du Brésil. Cependant, comme dans tous les pays de mines qui appartiennent à l'empire, les premiers travaux d'ex­ ploitation ont été plus considérables qu'ils ne le sont aujourd'hui. Peut-être seulement la contrebande était-elle moins active qu'elle l'est de nos jours. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'im­ pôt connu sous le nom de quint n'a jamais été plus considérable qu'en 1 7 5 3 ; il se monta à cent soixante - neuf mille quatre - vingts octaves. Il est vrai qu'à cette épo­ que l'or se ramassait encore abon­ damment à la superficie de la terre, et sans exiger de grands travaux. Dixneuf ans auparavant, lors des grandes découvertes de Manoel Rodrigues, on trouva, entre autres richesses, un lingot qui pesait quarante-trois livres portugaises de seize onces, et qui fut offert en présent à don Joào V. Il disparut du cabinet d'histoire naturelle de Lisbonne lors de l'entrée des Fran­ çais. Depuis, d'autres découvertes im­ portantes du même genre ont été faites ; mais les habitants n'en ont pas moins senti la nécessité de se livrer à l'agri­ culture , et surtout à l'éducation des bestiaux. Quand on pense à l'immensité de ce territoire, à sa faible population , aux communications que peuvent ouvrir l'Araguaya, le Piloens, le Rio-Claro et le Cayàpos , on n'hésite pas à recon­ naître que cette immense province de­ vrait être, avec Alato-Grosso, le but des expéditions coloniales que médi­ tent la plupart des États européens. Il suffirait peut-être, pour les rendre avantageuses, de s'entendre avec le Brésil. D E S C R I P T I O N D U P A Y S . Goyaz est peu montueux ; la face du pays est ce­ pendant inégale. Quelques grandes fo­ rêts vierges s'élèvent sur les rives des fleuves ; mais , en général, la plus grande partie de la province est cou­ verte de cette végétation peu élevée, que l'on désigne sous le nom de carasquenos et de calingas, et qui caracté-


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L'UNIVERS.

rise si bien diverses portions du sertào de Minas. P A S T E U R S . La facilité que présente le territoire de Goyaz pour l'éducation des bêtes à cornes est cause de la direc­ tion particulière que prennent les ha­ bitants , dans la portion voisine de Minas surtout. Ils sont vaqueiros, et leur industrie principale consiste à en­ lacer un bœuf, ou à réunir de temps à autre dans le coralles immenses trou­ peaux du d é s e r t , afin de les marquer de l'empreinte qui doit les faire recon­ n a î t r e . Ils doivent également donner quelques soins, mais dans les enclos , aux vaches qui viennent de mettre bas. Les pasteurs de Goyaz ne sont pas moins célèbres par leur habileté que les autres habitants du sertào ; et ce que nous savons de leurs coutumes et de leurs habitudes prouve assez qu'ils ne leur sont point inférieurs en courage. On doit aisément se figurer ce que peut ê t r e , sous le rapport mo­ ral et intellectuel, cette population d'une province si reculée, qu'on la considère, au Brésil m ê m e , comme un immense désert. U n e seule phrase du voyageur le plus exact qui ait écrit sur l'intérieur du Brésil fera comprendre suffisam­ m e n t de quels efforts bienveillants de la part du gouvernement brésilien les habitants de Goyaz ont besoin aujour­ d'hui. « Il est dans cette province, dit M. Auguste de Saint-Hilaire, des des­ cendants de P o r t u g a i s , q u i , réfugiés dans les d é s e r t s , y perdent jusqu'aux éléments de la civilisation, les idées religieuses, l'habitude de contracter des unions légitimes, la connaissance de la monnaie et l'usage du sel. » C'est bien de ces hommes dont on peut r é ­ péter ce que dit le savant écrivain à propos du sertào de Minas : « J'ai vu u n e grossière incrédulité se glisser jusque dans le désert; si l'on n'y prend g a r d e , elle achèvera d'abrutir des hommes qui ont un si grand besoin de morale et de civilisation, et ils fini­ r o n t par tomber dans un état pire que celui des Indiens. » Il y aurait néanmoins peu d'exacti­ tude à appliquer ce p o r t r a i t , dont plu­

sieurs autres écrivains reconnaissent la fidélité, aux bourgades. Quelques efforts ont été faits pour répandre l'instruction dans la capitale, qui of­ fre une population fort différente de celle dont nous avons essayé de faire comprendre les habitudes errantes et les mœurs agrestes. C A P I T A L E D U P A Y S G O Y A Z . Villa B o a , connue jadis sous le nom d'Arrayal de S a n t a - A n n a , gît par les 16° 2 0 ' de latitude australe, et le 3 2 9 ° 10' 5 0 " de longitude du méridien de l'île de Fer; elle se trouve placée par consé­ quent au centre de l'empire. Elle fut fondée en 1 7 3 9 ; c'est la résidence du gouverneur et d'un évêque in partibus, de même que celle de l'ouvidor de la comarca. Elle est située dans un lieu bas, sur les bords du Rio-Vermelho, qui la divise en deux faubourgs à peu près égaux. Ses édifices sont g r a n d s , mais ils n'ont ni élégance ni beaucoup de solidité; outre la cathédrale, il y a cinq églises. Il y a une fonderie pour l'or. On remarque à Villa Boa une prome­ nade publique; ce qui n'existe pas dans toutes les villes de l'intérieur du Bré­ sil. La population entière est évaluée à huit mille habitants. En 1 8 1 8 , précisément à l'époque où Mato-Grosso et Villa Real de Cuayba étaient élevés à cette dignité, on con­ férait le t i t r e de cidade à Villa Boa. Outre San-Joào das duas B a r r a s , qui est le chef-lieu d'une comarca, il y a dans le pays de Goyaz une vingtaine de bourgades ou de villas. M a i s , après la capitale, Meia-Ponte est l'établisse­ ment le plus considérable du pays; c'est une villa fondée en 1 7 3 1 , et qui renferme quelques édifices d'utilité pu­ blique. L e s espèces de caravanes qui viennent de Villa Boa ou de Cuyaba, et qui se dirigent vers R i o , San-Paulet Bahia, font une station à Meia-Ponte, et poursuivent ensuite leur voyage. DIVISIONS ACTUELLES ET S I O N S N A T U R E L L E S . Depuis un

DIVI­

décret de 1 8 0 9 , et nous ne pensons pas que les choses aient changé, toute la pro­ vince de Goyaz est divisée en deux comarcas : celle de San-Joào das duas

Barras, dont San-Joao da Palma est


BRÉSIL. le chef-lieu, et celle de Villa B o a , qui dépend de la capitale. Ceci, comme le dit un habile géographe, est propre­ ment la division civile. P o u r se former une idée de la grande division natu­ relle que présente le p a y s , il faut tirer une ligne partant de l'embouchure du Paranahyba, et suivant son lit jus­ qu'au confluent du Rio-Anicuns; en­ suite, et en r e m o n t a n t le Rio dos Bois jusqu'à sa naissance, on coupera le Rio das P e d r a s , et on le prolongera jusqu'au Rio das Almas, qui continue son cours avec le Maranham et le Tucantins. Alors on aura deux portions territoriales, divisées un peu inégale­ ment il est v r a i , (celle de l'est et celle du couchant), mais que l'on admet déjà dans quelques descriptions. Quoique la partie occidentale soit plus considé­ rable, ces divisions pourront être sub­ divisées elles-mêmes en trois grands districts. La partie orientale compren­ dra les pays du Rio das Velhas, du Parannan et du Tocantins ; la partie occidentale aura en partage G o y a z , Cayapoina et la Nova-Beira. On pense qu'un j o u r la politique intérieure adop­ tera ce projet soumis à l'administra­ tion. M I N A S - G E R A E S . En 1 5 7 3 , nous le rappelons ici, à peu près vers l'époque où les Aymorès portaient la désola­ tion dans tous les établissements du littoral, et où on ignorait encore quel­ les étaient les nations qui existaient dans les vastes forêts dont on ne con­ naissait que la lisière, un homme d'une rare intrépidité, Sebastiào Fer­ nandez T o u r i n h o , partit de P o r t o Seguro. Il osa remonter le Rio-Doce, visita quelques régions de l'intérieur, et gagna enfin le Jiquitinhonha, par lequel il descendit vers l'Océan (*). Dès le jour où ce voyage étonnant se trouva accompli, le pays de Minas fut décou­ vert; mais cela ne veut pas dire que l'existence de ses immenses richesses métalliques fut seulement soupçonnée. En ces temps aventureux, un pre­ mier voyage était toujours le signal de plusieurs autres expéditions : on vou(*) Prononcez Jiquouitignogna.

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lait voir les déserts q u ' u n autre avait parcourus ; et il faut convenir que les lieux habités par les Européens n'en différaient pas assez essentiellement pour qu'on redoutât beaucoup de sem­ blables incursions. Fernandez Tou­ rinho avait, dit-on, découvert une mine d'émeraude. Dès le seizième siè­ cle, un autre a v e n t u r i e r , Antonio Dias A d o r n o , résolut d'aller s'assurer de ce fait important : il rassembla cent cinquante blancs et quatre cents I n ­ d i e n s , remonta le Rio-Cricaré , et s'en revint sur le bord de la mer, par le chemin qu'avait suivi son prédéces­ seur. Plus t a r d , un certain Marcos d'Azevedo l'imita, et il pénétra j u s ­ qu'à la lagoa Vupabassu, dans ce pays que les Indiens nommaient le G r a n d L a c , espèce de terre enchantée qu'on a vainement cherchée depuis, et qu'on suppose être située dans la partie occi­ dentale de Porto-Seguro. Ajoutons quelques faits. Ce qui paraît certain dans l'histoire si curieuse des pre­ mières explorations, c'est que Marcos d'Azevedo rapporta réellement des émeraudes et de l'argent, et qu'il périt dans une prison pour s'être refusé à faire connaître les lieux qui renfer­ maient de telles richesses. Quelques an­ nées plus t a r d , un h o m m e d'une pro­ digieuse é n e r g i e , F e r n a n d o Dias P a e s , obtenait la permission de faire des recherches à ses frais ; e t , malgré son âge avancé, il explorait la plus grande partie de cette vaste c o n t r é e , il y tra­ çait les premiers chemins. P u i s , aban­ donné par les siens au milieu des grandes forêts, il y périssait à 80 ans, sans avoir découvert les richesses qu'il y cherchait, mais ayant plus fait pour les Brésiliens, par son infatigable cou­ r a g e , que ceux, p e u t - ê t r e , qui devaient recueillir le fruit de ses immenses tra­ vaux (*). (*) Nous avons essayé de faire coïncider ici deux récits différents, adoptés cependant tour à tour par des écrivains dignes de con­ fiance: Southey et Pizarro admettent l'ex­ pédition d'Azevedo comme étant la pre­ mière ; Ayres de Cazal n'en dit qu'un mot, et il fait honneur du premier voyage à Tourinho. On peut fort bien supposer que


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L'UNIVERS.

A cette époque, les riches émeraudes du Pérou étaient, parmi les tré­ sors de l'Amérique du Su d , ce qui préoccupait les esprits. Tous les aven­ turiers qui se mettaient en marche dans le désert, s'en allaient à la re­ cherche de la serra das esmeraldas c'était comme cette pierre de promis­ sion que cherchaient les philosophes hermétiques, qu'on ne voyait jamais, et qui taisait accomplir néanmoins en chimie les plus étonnantes dé­ couvertes. On ne retrouva pas les mi­ nes d'émeraudes, en quête desquelles on s'était mis en courant tant de ris­ ques. Mais en 1 6 9 3 , un Pauliste de T h a u b a t é , Antonio Rodríguez , péné­ tra dans le sertào de Cuyaté avec cin­ quante h o m m e s ; e t , bien qu'on ignore quel était son projet en s avançant si loin dans le désert, on sait qu'il gagna l'Océan après avoir traversé la capi­ tainerie de Porto-Seguro , et qu'il pré­ senta à la chambre municipale de cette ville trois octaves de poudre d'or : c'étaient les premières valeurs métalli­ ques qui attestassent la richesse du d é s e r t , o u , si on l'aime mieux, de ce vaste pays intérieur, auquel on n'avait pas encore imposé un nom. Peu de temps après avoir accompli sa découverte, Antonio Rodríguez m o u r u t dans son pays ; mais il avait un parent auquel il pouvait léguer sans crainte ses renseignements, et par conséquent l'accomplissement de ses projets. Ce successeur, c'était le père du célèbre Bartholomeu B u e n n o , que ses excursions lointaines et ses entre­ prises audacieuses avaient r é d u i t , dito n , à la pauvreté. Aussitôt son cousin m o r t , et se sentant muni d'excellentes instructions, le hardi Pauliste se mit en marche, accompagné seulement de quelques aventuriers qu'il était par­ venu à réunir. Ceci se passait en 1 6 9 4 . U n vague récit des richesses du sertâo circulait sans doute habituellement dès cette époque à Saint-Paul; car, tan­ dis que notre chef de bandeira était les deux voyages ont été entrepris à deux époques qui ne seraient pas extrêmement

éloignées l'une de l'autre.

déjà dans les forêts, le capitaine Ma­ nuel Garcia, accompagné du colonel Salvador Fernandez et de quelques bandeirantes, prenait la résolution d'entreprendre les mêmes recherches. Il rencontra Buenno et sa troupe dans la montagne d'Itaberava, à huit lieues au sud de Villa R i c a , et il revint le premier dans son pays, après avoir recueilli huit octaves d'or seulement. Cette dernière découverte néanmoins détermina le gouvernement à établir par anticipation une fonderie à Villa de T h a u b a t é , en raison probablement de l'espoir qu'inspiraient les découver­ tes à venir. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à partir de cette époque , une prodigieuse impulsion se fait sentir parmi les certanistas, et qu'elle en­ traîne au pays des mines tous les hom­ mes doués de quelque énergie. Ce ne sont plus des esclaves, des hordes in­ diennes qu'ils vont chercher, c'est de l'or, et le pays de Minas est nommé. GUERRES

DES FORASTEROS ET DES

On ne s'attend pas sans doute à ce que nous fassions ici le ré­ cit des expéditions plus ou moins heureuses qui se succédèrent à Minas, des projets plus ou moins gigantesques qui entraînaient vers les portions igno­ rées du sertào quelques nouveaux aven­ t u r i e r s ; nous nous contenterons de dire q u e , dès 1 6 9 9 , 1 7 0 0 et 1 7 0 1 , les mines d'Ouro-Preto étaient découver­ t e s , et que ces importantes exploita­ tions , mises en pleine activité, furent bientôt suivies d'une foule d'autres Durant cette première période de l'histoire de Minas , une lutte san­ glante commence, et elle a lieu pour la possession exclusive de tant de trésors. R e g a r d é s , avec juste raison, comme les premiers explorateurs du pays , les Paulistes s'en croyaient les maîtres; et en effet les nombreu­ ses caravanes qui se dirigeaient sans cesse vers S a i n t - P a u l , ou qui con­ duisaient des nouveaux explorateurs dans les mines, se composaient exclu­ sivement d'habitants de Piratininga. Dans la nouvelle division territo­ riale qui avait été établie, on regar­ dait les mines comme une simple PAULISTES.


BRÉSIL.

comarca de Saint-Paul. Villa R i c a , Mariaua, Sabara, Caete, San-Joâo del Rey, San-Jozé s'élevèrent successive­ ment, et ils eurent des Paulistes pour fondateurs. U n jour cependant, on vit arriver, des campagnes qu'arrosent le Rio-Preto et le Parahyba, de nouveaux bandeirantes qui prétendaient exploi­ ter à leur tour ce riche territoire. Conduits par un Européen d'une sin­ gulière énergie, les forasteros (les étrangers ), c'est le nom qu'on leur donna d'abord, eurent à lutter contre les prétentions de ceux qui les avaient précédés. Ils se contentèrent d'abord de répondre ,par une dénomination ironique aux termes dédaigneux dont on se servait en les interpellant ; et l'épithète d'embnabas, qui répond s peu près au surnom de bas de cuir, dont un romancier moderne a créé le type avec tant de bonheur, la dénomination d'embuabas, disons-nous, servit à dé­ signer parmi eux les Paulistes. Deux partis se formèrent cependant. Les forasteros et leurs rivaux en vinrent aux mains, et le fleuve sur lequel se livra la bataille mérita deux fois le sur­ nom de Rio das Mortes qu'il a toujours conservé depuis (*). Ce fut le chef des forasteros, Manoel Nunez Viana, qui remporta la victoire. Les Paulistes furent mis en fuite, et le titre de gouverneur de la province fut pris par celui qui en avait chassé les premiers explorateurs. Sa prospérité fut de courte durée. Après avoir résisté au capitaine général de Rio de Janeiro, don Fernandez Martins Mascarenhas, qui marcha contre lui, et qui fut contraint de se retirer, il trouva dans le gouverneur de SanSalvador un homme énergique et ha­ bile, qui mit fin à la lutte. Après, bien (*) Un écrivain qui recherche curieuse­ ment les origines pense que le Rio das Mortes avait déjà reçu le nom qu'il porte, à la suite d'un combat livré aux Indiens, qui laissèrent beaucoup de monde sur le champ de bataille. Beauchamp , dont, il est vrai, on ne peut guère invoquer le témoi­ gnage , pense que le nom de Rio das Mortes fut imposé au fleuve qu'à l'issue de la grande bataille.

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des efforts, Antonio d'Albuquerque parvint à pacifier le pays des Mines. Les rebelles obtinrent néanmoins leur pardon, et ils contribuèrent à aug­ menter la population de cette capitai­ nerie encore déserte. Viana , qui s'était vu un moment le maître absolu du plus riche territoire de ces contrées, fut jeté dans les prisons de Bahia, et ce fut là qu'il mourut. M I N A S RECONNU COMME C A P I T A I ­ N E R I E . On commençait à comprendre

l'importance dont pouvait être ce pays fertile pour la métropole. Ce ne fut toutefois qu'en 1 7 2 1 qu'il forma une capitainerie à part. Don Lourenço d'Almeïda fut son premier capitaine général. T R O U B L E S A M I N A S . Mais le temps des courses aventureuses était passé , les mines étaient en pleine exploita­ tion. Les habitants, que l'on con­ naissait dès cette époque sous le nom de Mineiros, payaient loyalement au roi la cinquième partie ou le quint des trésors qu'ils découvraient. De temps à autre, de nouvelles mines étaient ouvertes, d'anciens lavages étaient abandonnés, des villas s'é­ levaient, de grandes cultures com­ mençaient même à se former aux lieux où l'on ne pouvait plus se livrer uni­ quement au lavage des sables aurifères ; les capitaines généraux gouvernaient paisiblement une population qui gran­ dissait peu à peu, et dont nul événe­ ment politique ne venait troubler l'heureuse tranquillité. Qui croirait que la révolution française dût avoir quel­ que retentissement dans ces régions éloignées. En 1793, ce besoin vague d'indépendance, qui s'est manifesté depuis parmi toutes les populations du nouveau m o n d e , se faisait sentir à Minas-Geraes, et excitait au plus haut degré les craintes du gouvernement. Avant la fin du dix-huitième siècle, on buvait déjà dans un festin à la liberté future du Brésil; e t , si le chef d'un prétendu complot payait de sa tête quelques paroles généreuses mais pré­ maturées , si un poète rempli de charme mourait dans l'exil pour avoir partagé ses vœux, c'est peut-être de ce


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L'UNIVERS.

temps qu'on a surnommé l'inconfidencia (*) das Minas, qu'il faudra dater un jour pour ce pays l'aurore de sa liberté. Depuis cette époque mémorable, dont le souvenir dure encore à Minas, nul événement de quelque importance politique ne vint troubler la tranquillité de l'intérieur jusqu'en l'année 1820. Séparé du littoral par des campagnes encore désertes, beaucoup moins en contact que Rio de Janeiro , San-Salvador et P e r n a m b u c o , avec certains éléments politiques, on aurait pu sup­ poser que le pays de Minas, après avoir pris part au mouvement d'indépen­ dance générale, rentrerait dans son état de tranquillité habituelle; il n'en fut pas ainsi, et il y eut un moment où cette belle province fut sur le point de séparer ses intérêts de ceux du reste de l'empire. Grâce à l'activité prodigieu­ se que don Pedro développa dans cette circonstance, ce mouvement partiel se trouva immédiatement réprimé. Au­ jourd'hui , forte des principes d'une ad­ ministration plus rationnelle, heureuse d'avoir conquis l'abolition de certains d r o i t s , ou t o u t au moins de les avoir vu modifier, la belle province de Minas sent en elle-même d'immenses élé­ ments de prospérité, et elle les met à profit. Ses intérêts particuliers d'ail­ leurs ne sauraient être mieux repré­ sentés qu'ils ne le sont à la chambre législative. L e député qu'on a sur­ n o m m é l'Adams et le Franklin du Brésil, Vasconcellos, porte la parole en son n o m , et défend ses préroga­ tives. SITUATION ACTUELLE DU P A Y S . CA­ R A C T È R E D E S M I N E I R O S . ISSUS pour

la plupart de ces anciens Paulistes si renommés par leur courage, moins mélangés en général avec la race noire que la plupart des populations du lit(*) On imposa ce nom d'inconfidencia en raison des soupçons qu'excitèrent alors à Rio et dans la métropole les idées des Mineiros, chez lesquels on put reconnaître dès cette époque la transmission de certaines idées indépendantes qu'ils avaient reçues des Paulistes,

t o r a l , soumis à un climat plus tem­ péré que celui du bord de la m e r , fa­ vorisés par l'abondance du sol et par la richesse de ses productions, les Mineiros forment pour ainsi dire une population à part dans la population brésilienne. Non-seulement elle se dis­ tingue par sa sagacité naturelle, par sa franchise, par ses habitudes d'hospi­ talité, m a i s , après Rio de Janeiro, nulle contrée dans ce vaste empire ne pré­ sente réunis, mieux que Minas, tant d'é­ léments propres à développer un mouve­ ment industriel favorable, et cela grâce à un sens d r o i t , à une perspicacité peu commune. Les lavages d'or sont aban­ donnés aujourd'hui à l'industrie étran­ gère ; mais l'agriculture nationale fait, d i t - o n , quelques progrès. Le con­ tact avec les étrangers qui accourent de toutes parts dans l'intérieur, ne peut manquer d'avoir d'excellents résul­ t a t s , et l'établissement spontané des mines de fer signale, sans aucun doute, une ère nouvelle pour l'amélioration de certains a r t s . Toutefois, si une plus favorable situation matérielle influe comparativement sur le moral des Mineiros, si d'heureuses dispositions naturelles ont suppléé jusqu'à présent au manque d'efforts vraiment actifs, il reste aujourd'hui encore bien des progrès à faire, bien des abus à extir­ per. Le voyageur qui a visité cette province avec le plus de fruit pour les étrangers et pour les nationaux euxmêmes , celui qui a mis dans ses re­ marques tout à la fois le plus de tolérance affectueuse et de sérieuses observations, M. de Saint-Hilaire, se plaint amèrement d'un relâchement ex­ t r ê m e dans la conduite du clergé, et, par contre-coup peut-être, dans celle de la population. Selon lui, on est devenu indifférent sur les devoirs les plus es­ sentiels : les fautes contre les mœurs sont à peine aujourd'hui des fautes. L a religion est restée sans morale, et l'on n'a conservé d'elle que les prati­ ques extérieures (*). Spix et Martius, (*) Voyage au Brésil, t. I , p. 179 de la première relation. Nous aimons d'autant mieux invoquer dans ces sortes de matières


BRÉSIL. Walsh même, ne se montrent pas moins sévères; e t , tout en regardant les Mineiros comme appelés à jouer un rôle important dans l'empire, ils sont frappés du degré d'ignorance, de l'in­ souciant abandon, disons plus, de la corruption générale qui gâte leurs plus belles qualités. Quant à nous , à qui les bornes de ce livre ne permettent pas de traiter avec toute l'étendue qu'elles le mériteraient, de semblables ques­ tions, nous nous contenterons de les signaler au moraliste et à l'historien ; et nous allons nous hâter d'étudier la situation matérielle du pays, afin de reconnaître, s'il se p e u t , dans son état actuel, les causes futures de sa prospérité. DESCRIPTION LA P R O V I N C E .

GÉOGRAPHIQUE

DE

La province de Minas-

le témoignage del'auteur que nous citons ici, que ses opinions morales et religieuses ne sau­ raient être l'objet d'un doute lorsqu'il parle du clergé brésilien ; il est évident que ses expressions s'adressent aux hommes et non au ministère. Non-seulement à Minas, mais encore dans toute l'étendue de l'empire, la réforme morale ne pourra s'opérer pendant longtemps que par le concours du clergé. Mais qu'attendre sous ce rapport d'un pays dont on peut dire : « Être prêtre, c'est une sorte de métier, et les ecclésiastiques euxmêmes trouvent tout naturel de considérer ainsi le sacerdoce dont ils sont revêtus. » Après avoir rappelé les efforts d'un ancien evêque de Mariana pour établir la pureté du culte et pour multiplier les moyens d'instruction, le même écrivain ajoute que sans doute les éléments d'une utile réforme ne sont pas tout à fait anéantis , mais qu'il faudrait, pour amener cette réforme com­ plète , du temps et une extrême prudence. « Aucun peuple n'a plus de penchant que les Mineiros à devenir religieux, continue M. de Saint-Hilaire , et même à l'être sans fanatisme. Tout à la fois spirituels et réflé­ chis , ils sont naturellement portes aux pen­ sées graves. Leur v i e , peu occupée, favorise encore cette propension, et leur caractère aimant les dispose à une piété douce. En général les Mineiros ont été heureusement doués par la Providence ; qu'on leur donne de bonnes institutions, et l'on pourra tout attendre d'eux. » ( loc. cit.)

333

Geraes présente à peu près la forme d'un c a r r é ; elle est située entre les 1 3 et 2 3 degrés 2 7 ' de latitude s u d , et E

E

e n t r e les 3 2 8

E

et 3 3 6

E

degrés de longi­

tude. On lui donne cent douze lieues brésiliennes du nord au s u d , s u r e n ­ viron quatre-vingts de largeur de l'est à l'ouest. A u n o r d , elle confine avec les provinces de Babia et de P e r n a m b u c o ; au levant, le pays d'EspiritoSanto forme ses limites, et lui permet de communiquer avec la côte orientale; au s u d , Rio de Janeiro et Saint-Paul présentent encore un débouché pour ses productions, et enfin , vers l'occi­ d e n t , elle s'unit avec la province si peu connue de Goyaz. Comme le dit Ayres de Cazal, auquel nous n'em­ pruntons pas ici néanmoins tous nos renseignements géographiques, aucune province ne présente des eaux d'irri­ gation aussi abondantes. U n e grande partie des rivières qui arrosent MinasGeraes prennent naissance dans LA la chaîne da Mantiqueira, puis elles vont grossir l'Océan p a r quatre ca­ naux naturels : le Rio-Doce et le Jiquitinhonha qui reçoivent plusieurs af­ fluents , et vont se perdre sur la côte o r i e n t a l e ; le R i o San-Francisco qui coule au nord , et enfin le Rio-Grande qu'on voit se diriger vers l'occident. Il y a peu d'années encore, les quatre grands fleuves arrosaient autant de comarcas séparées. Aujourd'hui on en compte cinq ; ce sont R i o das Mortes et Villa Rica vers le s u d ; à l'est, le Serro do F r i o ; au c e n t r e , Sabara; et enfin, à l'ouest, P a r a c a t u . POPULATION. PRODUCTION. A G R I ­

CULTURE. Après ces données géograhiques assez arides, mais indispensales, nous le dirons volontiers avec un savant voyageur : « S'il existe u n pays qui jamais puisse se passer du reste du m o n d e , ce sera certainement LA province des Mines. » Nous ajou­ terons cependant avec M . de SaintH i l a i r e , q u e , pour parvenir à cet heureux résultat, il faudra nécessaire­ ment « que ses ressources innombra­ bles soient mises à profit par u n e population moins faible. » Elle ne comp­ tait, il y a quelques a n n é e s , vers 1 8 1 7 ,

p


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L'UNIVERS.

guère que six cent mille habitants « Mais il était prouvé aussi qu'elle avait presque doublé dans l'espace des qua­ rante-quatre dernières années. On l'a dit avec raison: « la province de Minas-Geraes n'est pas riche seu­ lement de ses métaux et des diamants, elle l'est encore de ses gras pâturages, de ses belles forêts et de son territoire fertile, q u i , suivant les lieux et les h a u t e u r s , peut produire la vigne, le sucre et le café, le chanvre et le coton, le manioc, le froment et le seigle, la m a n g u e , la pêche, la ligue et la ba­ nane. » Rien n'est plus varié, comme on le voit par cette seule phrase, que l'agri­ culture de la belle province dont nous avons réservé la description pour clore cette notice. Cependant ne craignons pas de le d i r e , un vice radical et pro­ fond s'oppose encore chez les Mineiros aux progrès de cet a r t , le plus indis­ pensable de t o u s , et il a produit pour l'avenir les résultats les plus déplora­ bles. Comme dans le reste du Brésil, les plantations nouvelles se font tou­ j o u r s aux dépens des forêts ; les cen­ dres des nouveaux défrichés sont le seul moyen que l'on emploie pour ferti­ liser la terre : l'usage des engrais est à peu près inconnu. 11 résulte de cette manière de procéder, que dans quel­ ques districts la pénurie des bois se fait vivement s e n t i r , et q u e , lorsque la terre a été épuisée par quelques moissons, il faut abattre de nouvelles forêts. P R I X D E S T E R R E S . Une lieue carrée de terrain sur les bords du San-Francisco ne vaut que 100,000 ou 200,000 r e i s , 625 ou 1,250 fr. ; un quart de lieue de bonne t e r r e , situé dans cer­ tains cantons de Minas, se vendait, il y a dix a n s , 500,000 reis, 3,125 fr. Ces prix augmentaient, on le suppose b i e n , dans les endroits très-fertiles ou très-peuplés au bord de la mer. Nous regrettons de ne pas avoir pu rassem­ bler de plus nombreux documents sur cet objet ; mais nous croyons faire plaisir au lecteur en citant une note de M. de Saint-Hilaire, où ce voyageur compare les prix des terres de l'inté­

rieur avec ceux de quelques-unes de nos terres en France. « On peut évaluer à 60 fr. l'hectare des plus mauvaises terres de la Sologne, pays renommé par sa stérilité; par conséquent, il suffirait de cinquante-deux hectares de ces terres pour acquérir un quart de lieue carrée à Salgado , le pays le plus cultivé peut-être de la province des M i n e s ; et pour ces cinquante-deux hectares on aurait environ de trois à cinq lieues carrées sur les bords du San-Francisco. En vendant un seul arpent des bonnes terres de la Beauce, évalué à environ 1,200 fr., on pour­ rait devenir propriétaire d'une ou deux lieues sur les bords du San-Francisco. Enfin l'on acquerrait plus de deux à quatre lieues sur le même fleuve , avec u n hectare planté en muscat dans lé canton de Lunel ou celui de Frontignan.» C E S S I O N S D E T E R R A I N S . P o u r encou­ rager la culture des parties désertes, le gouvernement accorde une exemp­ tion d'impôt à ceux qui entrent dans les forêts afin d'y former des défri­ chés. Jadis la terre était au premier occupant : « Plus d'une fois le premier qui a voulu former quelque établisse­ ment, est m o n t é , m'a-t-on d i t , sur une colline, rapporte M. de SaintHilaire. Il s'est écrié : La terre que je découvre m'appartient! et ces proprié­ tés gigantesques ont été en quelque sorte consacrées par le temps. » On appelle sesmaria, du mot sesmar, p a r t a g e r , les terres qui n'ont point de propriétaires, et que le gouvernement peut concéder à qui bon lui semble. On n'accorde plus guère à la fois qu'une étendue de terrain d'une demi-lieue de longueur, surtout dans les Mines; mais il y a des sesmarias infiniment plus considérables. Les frais indispensables pour les obtenir peuvent s'élever à 100,000 r e i s , 625 fr. On doit commen­ cer la culture d'une sesmaria qu'on a obtenue, dans l'année même où elle a été concédée; sinon elle retourne au gouvernement. Il ne faut pas croire, dit le voyageur déjà c i t é , que la pos­ session d'une sesmaria donne d'autres droits que celui de la cultiver ; pour


BRÉSIL. pouvoir tirer l'or de la t e r r e , il est nécessaire d'obtenir un titre particu­ lier que délivre l'officier public dési­ gné sous le nom de quarda-mor. On pouvait naguère, et l'on peut peut-être encore obtenir de ces permissions pour chercher des métaux précieux sur le terrain cultivé par un autre. L e culti­ vateur doit être indemnisé. L'étendue de terrain cédée par le guarda-mor porte le nom de data; cet officier civil accorde la date sur une simple requête, et le titre qu'il délivre n'a pas besoin d'être confirmé par le gouvernement. OBSTACLES QUI S'OPPOSENT A U X P R O G R È S D E L ' A G R I C U L T U R E . Ces obs­

tacles sont faciles à d é t r u i r e , puisqu'ils viennent surtout de l'exubérance de la végétation ou de certains préjugés dont l'expérience finira par triompher. Au premier r a n g , il faut mettre cette idée si fausse, et qui a exercé une in­ fluence si déplorable en E u r o p e , que la terre a besoin de repos. En général, les cultivateurs brésiliens imaginent que la cendre des bois vierges est le seul engrais convenable ; qu'après cinq à six récoltes, la terre la plus fertile est épuisée, et ils vont brûler de nou­ veaux bois pour obtenir de nouvelles moissons. On parviendra aussi t r è s difficilement à introduire l'usage de nouveaux instruments aratoires. Dans beaucoup de terrains de l'intérieur, un nouvel obstacle est venu depuis une cinquantaine d'années s'opposer aux progrès de l'agriculture : une graminée, désignée sous le n o m de capim gordura (tristegis glutinosa), envahit d'immenses portions de t e r r a i n , et s'oppose en apparence à toute culture ; cependant M. de Saint-Hilairea prouvé, par des exemples certains, qu'un peu d'activité ou de persévérance pouvait vaincre cet obstacle. La capim gordura ne peut malheureusement pas être employée comme f o u r r a g e ; elle en­ graisse les bestiaux, mais elle les affai­ blit. On pense que c'est un religieux, nommé Frey L u i z , qui l'introduisit dans les Mines avec l'intention d'être utile à ses compatriotes ; d'autres per­ sonnes affirment qu'un muletier, qui

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en avait chargé momentanément ses bêtes de somme sur le bord de m e r , l'a ensuite répandue dans l'intérieur, où son incroyable multiplication est devenue un véritable fléau. Au nom­ bre des obstacles qui s'opposent à la prospérité de l'agriculture, on peut, dans certains c a n t o n s , compter les fourmis, comme on compte les saute­ relles au Paraguay, et leur mode de destruction pourrait devenir l'objet de quelques recherches du plus haut in­ térêt. LÉGISLATION

DES

MINÉS.

Ce

fut

en 1695 que les Paulistes envoyèrent au roi don P e d r o I I les premiers échan­ tillons de minerais d'or trouvés à Minas-Geraes ; il ne paraît pas qu'à cette époque on ait donné d'autre soin à l'extraction du métal, que de n o m m e r u n provedor du quint (directeur de l'impôt). L'exploitation fut laissée li­ bre aux explorateurs. Ce fut six ans après qu'on forma une administration, et qu'on ouvrit des r o u t e s , afin que l'impôt fût plus complétement payé à la couronne. Déjà, en 1713, la popu­ lation s'était engagée à payer au fisc royal un impôt annuel de 30 arrobas d'or. Ce règlement fut en vigueur j u s ­ qu'en 1716. L a population de Minas s'étant singulièrement accrue, il fut décidé, en 1 7 1 9 , qu'une fonderie royale serait établie pour que tout l'or trouvé à Minas y fût fondu, et qu'on prélevât exactement le quint. En 1735, u n gouverneur changea la forme de l'impôt, et établit la capitation ; ce qui amenait infailliblement la ruine de. tous ceux qui ne recueillaient pas d'or. Cette capitation ne fut abolie qu'en 1751. M. d'Eschwege a d m e t , comme cause de décadence, deux points prin­ cipaux, savoir : l'abandon illimité aux habitants des mines d ' o r , sans inspec­ tion de leurs travaux ; p u i s , l'absence absolue de lois sur ces mines. L e quint royal monta pour l ' o r , à Minas-Geraes, jusqu'à 118 a r r o b a s , et cela en 1 7 5 3 . Malgré l'augmentation de la population, ce rapport a été tel­ lement en d i m i n u a n t , q u e , vers 1815, les mines ne rendaient au gouverne­ m e n t guère plus de 2 0 arrobas-


L'UNIVERS.

336

D u r e s t e , la législation des mines est trop compliquée pour recevoir ici tous les éclaircissements nécessaires. PROCÉDÉS

EMPLOYÉS

POUR

RE­

Nul voyageur n'a mieux expliqué les divers procédés de minération adoptés au Brésil que M. Au­ guste de Saint-Hilaire ; nul n'a mieux fait connaître la manière imparfaite dont ils se sont pratiqués de tous temps chez les descendants des colons brésiliens ; c'est donc à lui que nous empruntons les détails que l'on va lire, parce qu'il nous eût été impossible de le résumer sans altérer des faits po­ sitifs, et presque partout mal repro­ duits. « Ce que les Mineiros entendent le m i e u x , c'est la manière d'amener l'eau dans les lieux où le lavage de l'or la rend nécessaire. D'ailleurs, l'art d'exploiter les mines n'est chez eux qu'une rou­ tine imparfaite et aveugle Sans prévoyance pour l'avenir, ils jettent d a n s les vallées la terre des montagnes; ils recouvrent avec les débris des la­ vages des terrains qui n'ont point été encore exploités, et qui eux-mêmes con­ tiennent une grande quantité d ' o r ; ils encombrent le lit des rivières de sable et de cailloux, et souvent ils com­ promettent l'existence de leurs es­ claves. « On distingue en général au Brésil deux modes principaux de minération, mot qui indique l'exploitation des mi­ nes d'or, considérée d'après la nature de leur gisement. Ces deux modes sont la minération des montagnes (mineraçào de morro) et la minération de casealhao (mineraçao de cascalhao). T o u t e minière en exploitation se dé­ signe sous le nom de lavra; et l'on peut distinguer les lavras d'après leur mode de minération. « Quand il s'agit de la minération des m o n t a g n e s , c'est-à-dire, lorsque l'or n'est pas sorti de son gisement natu­ rel ( E s c h w e g e ) , les m i n e u r s , dans leur langage, reconnaissent deux sor­ tes de formation : celle de sable (formaçâo de area) et celle de pierre (formaçâo de pedra), suivant que le métal précieux se trouve renfermé CUEILLIR L'OR.

dans des matières divisées ou compac. t e s , quelle que soit d'ailleurs la nature de ces matières. « L'or se r e n c o n t r e , soit à la surface, soit dans l'intérieur des mornes, tantôt en poudre, en grains ou en paillettes, tantôt en lames peu épaisses et plus ou moins grandes, très-rare­ ment en morceaux d'un volume consi­ dérable ; l'or est ou disséminé dans sa matrice, ou disposé en veines ou liions. Cette matrice est très-ordinairement du fer, et la poudre fine à laquelle celui-ci se trouve souvent réduit porte le nom d'esmeril. Les veines ou filons reposent sur un lit appelé piçarra, qui quelquefois contient lui-même une poudre d'or extrêmement fine aisé­ ment emportée par l'eau. « Deux méthodes sont mises en usage pour extraire des montagnes les substances aurifères : l'une, que l'on appelle la minération de talho aberto (travail à ciel o u v e r t ) , consiste à cou­ per les mornes perpendiculairement au s o l , jusqu'à ce que l'on arrive à l'or qu'ils contiennent dans leur sein ; ou­ vrir des galeries, afin de suivre les filons dans l'intérieur des montagnes, constitue la seconde méthode, appelée mineraçâo de mina. On pourrait être tenté dè faire aux mineurs brésiliens u n reproche d'employer le travail à ciel ouvert ; mais on doit considérer q u e , dans certaines localités, le man­ que de bois ne leur permet pas de creuser des voûtes souterraines, qu'il faudrait, pour la sûreté des travailleurs, soutenir avec des étais. « Lorsque les matières qui renfer­ ment de l'or ont été extraites de la m i n i è r e , il est nécessaire de les briser avant d'exécuter l'opération du lavage. J'ai vu employer à cet effet deux pro­ cédés différents, dont l'un consiste à faire écraser le minerai par des es­ claves armés de masses de fer, et l'au­ tre à le soumettre à des bocards ana­ logues à ceux qui sont en usage chez les Européens. « Les mineurs se servent de trois outils principaux, l ' a l a v a n c a . le cavadeira et Yalmocafre. L'alavanca est une barre de fer d'environ trois a


BRÉSIL. quatre pieds de longueur, terminée d'un côté par un coin, et de l'autre par un pic en pyramide quadrangulaire ; l'ex­ trémité en forme de coin sert à dé­ tacher le minerai, et l'autre s'emploie quand il est d u r . Le cavadeira est une langue de fer droite, tranchante à l'extrémité, et d'environ trois ou quatre pouces de large ; on en fait usage pour creuser la terre à la par­ tie supérieure des galeries, et la p r é ­ parer à recevoir les revêtements à mesure qu'on avance dans la mine. Enfin on designe sous le nom d'almocafre une pioche aplatie et courbée, dont la largeur diminue de la base à l'extrémité, qui est arrondie ; les m i ­ neurs s'en servent pour rassembler le minerai et le mettre dans les sébiles (carumbé) destinées à le transporter : on ne connaît pas la pelle, avec laquelle on se donnerait moins de peine en per­ dant moins de temps. » Les grandes exploitations des envi­ rons de Villa R i c a , le lavage d'un mine­ rai d'or près de la montagne d'Itacolumi, représentés ici d'après des vues prises sur les lieux mêmes, aideront, mieux que nous ne le pourrions faire sans d o u t e , à la complete intelligence de ces renseignements précieux. COMPAGNIE ANGLAISE DES MINES.

Depuis que le savant voyageur a eu occasion d'exposer les procédés si sim­ ples que nous venons de citer d'après lui, on peut le d i r e , une ère nouvelle a commencé pour les mines d'or du Brésil. Grâce à un décret de l'empe­ reur don P e d r o , maintenu par le nouveau g o u v e r n e m e n t , une compa­ gnie anglo-brésilienne s'est établie à Minas-Geraes pour l'exploitation des sables aurifères. Si l'on s'en rapporte à quelques voyageurs anglais, rien ne serait plus étrange que les contes bi­ zarres qu'on entendit circuler parmi le peuple à l'arrivée de cette compa­ gnie. Ne pouvant croire sans doute à la possibilité d'employer des moyens mécaniques plus efficaces que ceux dont on avait fait usage, les bons la­ cadores aimaient mieux attribuer aux nouveaux mineurs un pouvoir surna­ turel , que d'examiner rationnellement 22° Livraison.

(BRÉSIL.)

337

leur manière de procéder : les u n s crurent un moment que l'optique per­ fectionnée leur avait fourni les moyens de découvrir les filons métalliques jusque dans les entrailles de la terre ; les autres affirmaient qu'on avait en Europe le pouvoir de transporter en quelques instants les fleuves au som­ met des collines, et que tout était simplifié alors dans certaines exploi­ tations réputées impossibles. Ce qu'il y a de certain , c'est que la compagnie s'est établie d'abord à San-Jozé, près du Rio das Mortes , sur un territoire travaillé depuis l'origine des mines, et q u e , grâce à l'avantage de ses procédés, elle s'est trouvée immédiatement en bénéfice. Aujourd'hui l'établissement principal de la compagnie des mines est à Congo Soco ; e t , sous l'adminis­ tration d'un des plus célèbres voya­ geurs de cette époque, le capitaine Lyons , il marche vers un tel état de prospérité, que l'on peut prévoir u n changement complet dans le système d'exploitation adopté même par les nationaux C O N G O S o c o . C'est à environ q u a ­ rante lieues au nord de Villa Rica q u e l'on rencontre le district de Congo Soco, destiné à devenir plus célèbre peut-être qu'aucun des établissements fondés jadis à Minas-Geraes. Il est situé dans une belle vallée, pouvant avoir q u a t r e nulles de long et deux de large. S u r un des côtés se développe une chaîne de collines aurifères couvertes de forêts; de l'autre, ce sont encore des collines, des vallées et des pâturages. Dans le lointain, on aperçoit des montagnes plus élevées, qui semblent l'entourer d'une barrière circulaire. Au centre de la vallée coule un ruisseau. C'est seulement dans le sol que baigne ce t o r r e n t qu'on s'avisa primitivement de chercher de l'or : les rives de ce cours d'eau portent les traces d'an­ ciennes exploitations. Il paraît que le premier mineur qui s'établit dans ce district fut un P o r t u ­ gais nommé Bethencourt. Il com­ m e n ç a , vers l'année 1740, à creuser le sol de ses propres mains ; en peu de temps il amassa une fortune considé22


338

L'UNIVERS.

r a b l e , qu'il laissa à son neveu, Manoel Camara. Celui-ci transmit sa propriété à ses enfants : mais, par des habitudes d'indolence et de dissipation fort com­ munes aux Mineiros, Congo Soco cessa d'être productif entre leurs mains ; si bien que la propriété entière fut ache­ t é e , il y a vingt-cinq ans environ, par un capitao m o r , nommé José Alvez, qui ne la paya que la très-modique somme de neuf mille cruzades. Le nouveau propriétaire était plus actif et surtout plus industrieux que ses prédécesseurs. A la première ins­ pection , il lui parut probable que l'on n'avait pas été encore à la source réelle des richesses, que le bruit pu­ blic disait épuisées. Il chercha à la base des collines, et un j o u r , après diverses perquisitions, il trouva un gros fragment d'or enchâssé dans une pierre micacée ferrugineuse. Dès cet i n s t a n t , il acquit la pleine certitude que ses prévisions ne l'avaient point t r o m p é ; et, dans ce district même, en déblayant la surface, il découvrit une grande quantité de riche minerai. La colline fut mise en exploitation ; et telle fut l'abondance des produits, qu'un village se forma immédiatement sur l'emplacement désert de Congo Soco. Il ne se composa d'abord que de pauvres gens qui venaient laver le minerai rejeté par le propriétaire; ils y trouvaient encore un profit raison­ nable, si bien que l'établissement pré­ senta bientôt un aspect de réelle pros­ périté. En 1818, les travaux commencèrent à être poussés d'après un système mieux entendu ; les produits arrivèrent à un chiffre jusqu'alors imprévu; si bien que l'on affirme qu'en 1824 le capi­ taine Jozé Alvez ne recueillit pas moins de 480 livres d'or. La compagnie im­ périale des mines du Brésil, formée en A n g l e t e r r e , entendit nécessairement parler des magnifiques résultats de cette exploitation. En conséquence, elle n'hésita pas à envoyer M. Edward Oxenford avec plusieurs mineurs ha­ biles pour les examiner. Ceci se passait en 1825, et le rapport fut des plus favorables ; on put même y consigner

que les mines de Congo Soco avaient été exploitées avec plus d'habileté qu'on n'en met d'ordinaire dans les travaux de minération au Brésil. Outre cela, les expériences faites en présence de M. Tregoning, excellent mineur pra­ tique, avaient donné des résultats plus surprenants peut-être qu'on n'eut osé d'abord l'espérer. Il n'en fallut pas davantage pour provoquer une déci­ sion. Ainsi que nous venons de le dire, les personnes déléguées par la compa­ gnie ayant été à même de faire leur r a p p o r t , et cela d'après un examen de visu, des propositions furent faites sur-le-champ au propriétaire. Les prétentions du capitaine Alvez paru­ rent un peu exagérées ; car il ne de­ mandait pas moins de quatre-vingt-dix mille livres sterling, o u , si on l'aime mieux, un million de cruzades. Après quelques d é b a t s , on conclut enfin à soixante-dix mille livres sterling. Une pétition fut alors présentée à l'empe­ reur pour qu'il sanctionnât de nou­ veau, par son agrément, la licence obtenue en 1824. Ce fut à cette épo­ que que la compagnie prit le titre d'Association impériale des mines du Brésil. ÉBOULEMENT IMMENSE. TRADITION D E S M I N E U R S . P R O F I T S DE LA COMPA­ G N I E A N G L A I S E . L E M É T A L SAUVA­

GE. La nouvelle société ne s'en est pas tenue uniquement au district de Congo Soco; elle a dirigé ses entrepri­ ses sur plusieurs p o i n t s , tels que In­ ficionado , Catas-Altas et AntonioPereira. La dernière de ces localités est située à huit milles de Villa Rica, dans la montagne do Ouro-Preto, et une histoire fort tragique se lie à son ancienne exploitation. Il y a vingtcinq à trente a n s , l'ancien propriétaire, Antonio Pereira, avait fait ouvrir une galerie dans la montagne; mais il avait malheureusement négligé de faire disoser des étais pour la soutenir. Au out de quelque t e m p s , les ouvriers tombèrent sur une veine si riche que l'or qu'on put en extraire en une heure montait déjà à des sommes considera­ bles. P a r les ordres du maître, ses

p


BRÉSIL. nombreux esclaves continuèrent les travaux toute la n u i t ; m a i s , au lever du j o u r , lorsque Antonio Pereira vint sur les lieux inspecter la nouvelle ex­ cavation, il ne trouva plus de traces ni des esclaves ni des trésors : un écoulement, facile à prévenir, avait tout englouti. D e nombreux efforts ont été faits depuis, et des sommes consi­ dérables ont été dépensées pour dé­ couvrir le gisement du filon auquel se rattache cette tradition malheureuse; mais toutes les dépenses ont été inu­ tiles , et c'est peut-être à l'association anglaise qu'est réservée la découverte de ce trésor enfoui sous des monceaux de cadavres. Les travaux des mines de Congo Soco sont loin d'avoir trompé l'espoir de la compagnie. Le dernier rapport qui nous soit parvenu faisait m o n t e r , pour les six premiers mois de 1829, les résultats de l'extraction à 2,037 liv., 4 onces 15 g r a i n s ; et les nouvelles adressées en A n g l e t e r r e , ne laissent pas de doutes s u r l'amélioration crois­ sante des diverses exploitations. Ceci est d'autant plus remarquable q u e , dans toutes les autres régions de l'A­ mérique du S u d , la compagnie e s t , dit-on, en perte. A ces détails, puisés aux meilleures s o u r c e s , nous ajoute­ rons seulement que l'or de Congo Soco n'est pas aussi pur que celui de SanJozé, il ne dépasse point e n effet dixneuf c a r a t s , et celui du premier éta­ blissement s'élève jusqu'à vingt-trois, pour ne pas dire davantage. Nous n'entrerons pas ici dans de plus l o n g s détails sur la nature de l'or des m i n e s du Brésil, s u r ses teintes diverses", sur son mélange assez fré­ quent avec le platine ou avec d'autres Minéraux. Nous r e n v e r r o n s , pour une foule d'anecdotes racontées à ce sujet, au mémoire que M. Ménèzes de Drumniond a fait insérer, il y a quelques a n n é e s , d a n s le Journal des Voyages, et qui se basait en partie s u r d e s ren­ s e i g n e m e n t s fournis par le savant Andrada. C'est l à , entre autres choses c u r i e u s e s , que l ' o n peut voir comment un f o n d e u r inhabile du gouvernement, De pouvant parvenir à former en lingot

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u n e certaine poudre grisâtre qui lui était apportée par un paysan, lui d é ­ clara fort sérieusement que son mine­ rai était un métal sauvage ; le lavrador désappointé répétait avec a m e r t u m e qu'il était fort triste de renoncer à ses espérances , qu'il avait découvert une quantité prodigieuse de ce métal grisâ­ t r e , et de quoi enrichir, disait-il, u n e foule de pauvres diables comme lui. Plus t a r d , et quand un essayeur habile eut fondu la prétendue poudre inatta­ quable au f e u , il se trouva que c'était de l'or mêlé à du platine ; mais le p r o ­ priétaire ne se montra plus. Nous n'ajouterons plus qu'un m o t . On a beaucoup écrit dernièrement s u r les mines du Brésil, e t un savant m é ­ moire a été publié même à ce sujet par l'académie de Lisbonne. Disons-le bien, comme moyen d'industrie particulière, la recherche de l'or est un fléau réel pour les classes les plus laborieuses; et ce n'est pas sans une surprise d o u ­ loureuse q u ' o n peut lire l'histoire de ces pauvres bateadores, qui rêvent toujours leur fortune au bord d ' u n t o r r e n t , et q u i doivent se contenter cependant chaque pour de la modique somme de quinze a vingt sous. Il serait bon sans doute de j o i n d r e à t o u s ces détails des faits positifs s u r les produits généraux des diverses ex­ ploitations. T o u t en renvoyant pour cet article aux ouvrages spéciaux, nous dirons que des recherches de MM.Ward, Eschwege, Mollien, et de celles de quel­ ques autres v o y a g e u r s , il résulte que l'Amérique n ' a produit, de 1809 à 1829 inclusivement, que 2,018,419,200 f., et qu'à ce chiffre il faudrait ajouter pour le Brésil 4,110,000 f. Aux personnes curieuses de semblables recherches, d u r e s t e , nous n o u s contenterons d'indi­ quer le livre de M. W . Jacob, s u r la consommation des métaux précieux. PRÉVISION DUSTRIELLE.

D'AMÉLIORATION IN­ L'établissement de la

compagnie d e s mines dans l'intérieur du Brésil n ' a u r a pas pour unique avan­ tage de faire connaître un meilleur mode d'exploitation des richesses mé­ talliques : peu à peu un village, com­ posé presque uniquement d ' A n g l a i s , 22.


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L'UNIVERS.

s'est formé à Congo Soco. Les préju­ gés religieux qui existaient contre des étrangers d'une communion différente diminuent chaque jour : avec la gé­ nération nouvelle ils auront disparu complètement. Il est impossible qu'un contact immédiat avec des hommes instruits et industrieux n'exerce pas à la longue son influence. On peut tout attendre de l'imagination prompte, de l'esprit actif qui caractérise les Mineiros; et pour cela, il suffit de lire les détails que nous offre le Voyage de Walsh. DISTRICT

D E S D I A M A N T S . C'est

un préjugé assez généralement ré­ pandu en Europe, que le diamant ne se trouve au Brésil que dans la pro­ vince de Minas-Geraes ; il en existe à Minas-Novas, à Goyaz et au MatoGrosso, où ils sont d'un poids fort peu élevé, mais où ils se font remar­ quer parla pureté de leur eau. II est probable aussi que plusieurs districts inexplorés de ces provinces renferment des gisements inconnus; et il pourrait se faire même que ces gisements fus­ sent plus abondants que ceux qui ont été découverts. Alors, grâce au nou­ vel ordre de choses établi, il y aurait diminution dans les prix auxquels montent encore aujourd'hui ces pierres en Europe. Il y a quelques années, M. Ménèzes de Drummond faisait mon­ ter la totalité des superficies déclarées diamantines à trente-cinq lieues car­ rées. Jusqu'à présent, l'exploitation la plus considérable de ce genre, celle dont le gouvernement a tiré les béné­ fices les plus réels, est confinée dans le Serro do Frio, que l'on désigne aussi, à Minas, sous le nom d ' a r r a y a l Diaviantino, ou de district Diamantin. On l'a dit avec raison, le district des Diamants forme, en quelque sorte, un État séparé au milieu de l'empire. Non-seulement la nature l'a entouré de bornes gigantesques, e t , en l'envi­ ronnant de roches presque inaccessi­ bles , elle l'a caché longtemps aux premiers explorateurs; mars des règle­ ments, tracés de la main même de Pombal, lui ont donné, vers le milieu du dix-huitième sièele, une législation

bien différente de celle qui régit les autres comarcas (*). Deux clauses seu­ lement en feront connaître le carac­ tère, et en diront plus au lecteur que toutes les explications. Le directeur des mines, dès qu'il entrait en fonc­ t i o n , recevait, par ces règlements, des pouvoirs tellement absolus, que le gouverneur de la province lui - même ne pouvait se rendre dans le district soumis à son administration sans un consentement positif. En même temps, et d'après le rapport du directeur, tout homme libre qui était convaincu d'avoir fait la contrebande, non-seu­ lement voyait ses biens confisqués au profit de l'État, mais encore était en­ voyé, pour dix ans, à la côte d'Afrique. Pour quelques individus, c'était une peine équivalente à la peine de mort. A S P E C T D E L'ARRA Y AL D I A M A N T I N . C L I M A T . É T Y M O L O G I E I N D I E N N E DU NOM D E T i j u c o . D E S C R I P T I O N DE L ' A R R A Y A L . V I E R G E N O I R E , COM­ MERCE A L I M E N T E P A R LA CONTRE­

BANDE. Le district Diamantin est un des plus élevés de la province des Mines, et il n'occupe pas tout le terri­ toire du Serro do Frio, dont il n'est, à proprement parler, qu'une enclave. Selon l'observateur qui nous inspire le plus de confiance, l'arrayal comprend un espace à peu près circulaire, d'en­ viron douze lieues decirconférence(**). (*) Il s'agil ici des règlements encore en usage, il y a une vingtaine d'aimées : ceux qui émanaient directement de Pombal avaient été déjà modifiés. C'est ainsi qu'autrefois la population du Serro do Frio était limitée à un certain nombre d'individus, et qu'un noir rencontré avec un Almocafre pouvait être envoyé aux. galères. Le nombre des marchands était également borné, et l'on ne pouvait point creuser les fondations d'une maison nouvelle sans la présence de certains officiers civils. (**) Manoel Ayres de Cazal donne au dis­ trict Diamantin une étendue de seize lieues carrées du nord au sud , sur huit de large de l'est à l'ouest. Un voyageur Anglais lui en accorde vingt de longueur sur neuf de large; mais ces contradictions proviennent en partie de la différence qui existe entre la legoa et la lieue marine, et elles sont dues aussi au peu de certitude des anciens rapports.


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BRÉSIL. On n'aurait qu'une idée bien fausse de ce riche t e r r i t o i r e , si on s'attendait à y rencontrer la végétation abondante que l'on admire dans le reste de la pro­ vince. Des pics gigantesques, affectant souvent une forme pyramidale, des ro­ chers sourcilleux, que sillonnent une foule de ruisseaux ; presque partout des terrains sablonneux et stériles ; au lieu d'imposantes f o r ê t s , u n e végéta­ tion curieuse et variée, et qui atteste d'ailleurs, par son aspect chétif, la pauvreté du s o l , voilà, en quelques mots, les traits distinctifs du paysage. Le nom qui a été imposé aux mon­ tagnes environnantes rappelle assez que sa température est moins chaude que celle des régions voisines. Des rafales humides et froides s'y font sou­ vent sentir; e t , si l'horticulture avait fait jusqu'à présent plus d'efforts, la plupart des fruits d'Europe pourraient prospérer aux alentours de la capitale. En nommant Tijuco, nous avons nommé la capitale du district ; le nom indien qui désigne encore aujourd'hui cet a r r a y a l , a une signification tout analogue à l'ancienne dénomination de Lutèce, en dépit de l'extrême diffé­ rence du climat et des localités. Tijuco, dans la lingoa géral, signifiait un lieu fangeux. Depuis sa fondation néan­ moins , le terrain marécageux des alen­ tours s'est desséché, et c'est une des bourgades les plus propres de l'intérieur. Malgré l'importance du district où il s'est élevé, nonobstant même sa population c r o i s s a n t e , qui monte déjà à cinq ou six mille âmes, cet établisse­ ment n'a que le titre de village ou d'arrayal (*). Les rues en sont larges, très-propres, assez mal pavées; mais les jardins se sont multipliés à tel point, qu'il n'y a guère d'habitation Particulière qui n'ait le sien. On y cul(*) Tijuco est situé par le 13° 14'3"lat. sud, et est élevé à 3715 pieds au-dessus du niveau de la m e r ; l'air qu'on y respire est extrèmement pur. Le terme moyen de la cha­ leur est de 21 à 22°. La capitale du district Diamantin est à huit lieues au nord-est de Marianna , à trente-deux lieues de Sahara, à trente lieues au sud-est de Fanado, et à huit lieues nord-ouest de Villa do Principe.

t i v e plusieurs arbres des tropiques e t quelques fruits d ' E u r o p e . Tel est l'effet charmant que produisent, s u r les t e i n ­ tes grisâtres et austères des montagnes, c e s jardins plantés en a m p h i t h é â t r e , que les voyageurs rappellent tous avec admiration la première impression que leur a causée l'ensemble de la bour­ gade. On remarque plusieurs é g l i s e s à Tijuco; m a i s , comme dans les autres villes d e l'intérieur, il n ' a été permis à aucun ordre religieux de s'établir, e t les couvents y sont ignorés. Une des églises présente une circonstance assez curieuse, dont nous avons été t é m o i n s , du r e s t e , dans plusieurs autres endroits du Brésil. La Vierge qui se voit s u r le m a î t r e - a u t e l de N o t r e - D a m e du R o s a i r e , est n o i r e , et s u r les autels latéraux on a placé des saints nègres. Les Indiens ( q u e nous le sachions d u moins) n'ont pas encore obtenu u n semblable privilège, ou p e u t - ê t r e ne l'ont-ils pas réclamé. L'arrayal de Tijuco est richement approvisionné de marchandises d'Eu­ r o p e ; e t , ce qui paraîtra sans doute étrange, les objets provenant des manu­ factures anglaises et françaises, y sont à un tout aussi bon marché que dans les villes maritimes. U n e circonstance fort simple explique ce fait. Les con­ trebandiers qui passent en fraude du diamant trouvent un bénéfice t r o p réel dans les échanges qu'ils font j o u r ­ nellement, pour ne pas céder, au prix le plus raisonnable, les marchandises qu ils rapportent du littoral. C'est à cet avantage, ou , pour mieux d i r e , à ces échanges illicites, que se borne le commerce intérieur de Tijuco. Comme le territoire des environs est stérile, ou que l'on ne s'occupe point de sa culture, la bourgade est approvisionnée par les pays circonvoisins, dans u n rayon de dix à douze lieues, et la vie y est beaucoup plus chère que dans les autres villes de Minas-Geraes. DIRECTEUR MINISTRATION

DES MINES.

SON A D ­

INTÉRIEURE.

TijUCO

est le séjour habituel du directeur g é ­ néral des mines et des principaux offi­ ciers qui composent l'administration ; il résulte de l a réunion de ces hommes


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L'UNIVERS.

instruits une politesse sans affecta­ tion, un ton de bonne compagnie que remarquent tous les voyageurs qui ar­ rivent à l'arrayal. L'instruction com­ mence à y être fort répandue; et, parmi les jeunes étudiants que le Brésil en­ voie chaque année en France pour y suivre nos cours, il y en a plusieurs qui appartiennent à cette ville centrale, et qui s'y sont fait remarquer. L'in­ tendant général, M. Manoel Ferreira da Camara Bethencourt e S a , j o u i t , comme minéralogiste, d'une réputa­ tion vraiment européenne ; et c'est à lui que l'on doit la plupart des amélio­ rations qui se sont manifestées, depuis quelques années, dans le régime inté­ rieur de Tijuco. DES

DIAMANTS

ET

D E LEUR

EX­

Quand on a lu les divers voyageurs qui signalent l'existence du diamant au Brésil, on s'aperçoit qu'il en est de cette importante découverte comme de presque toutes celles qui ont eu quelque renommée. Son ori­ gine est environnée d'un certain va­ gue qui ne se dissipera jamais com­ plétement , et néanmoins elle ne remonte pas au delà des premières an­ nées du dix-huitième siècle. Méconnut-on longtemps la valeur celle des premières pierres qui avaient été dé­ couvertes , par des mineurs , dans les petits ruisseaux de Milho Verde et de Saint - Gonçales (*)? S'en servit-on , comme on le d i t , en guise de jetons pour marquer les points au jeu du voltarete? Un ouvidor, qui avait ré­ sidé longtemps à Goa, vint-il au Serro do Frio à cette époque, et fut-il le premier à reconnaître la valeur de ces diamants, dont il lit passer une cer­ taine quantité en Hollande? Ce sont autant de questions que l'on se fait jour­ nellement dans le pays même; autant de faits que raconte la tradition, mais u'elle ne peut affirmer. Ce qu'il y a e certain, c'est que, selon les écri­ vains les plus dignes de confiance, Bernardo Fonseca Lobo fut le premier qui découvrit des diamants dans le PLOITATION.

Q

(*) Voy. un article du Temps, publié en l832.

Serro do Frio (*). Le titre assez mince de capitâo-mor de Villa do Principe,et la propriété de l'office de notaire dans cette bourgade , voila toutes les récom­ penses que l'on jugea convenable d'ac­ corder à celui qui venait de jeter tant de millions dans les coffres du roi de Portugal. Selon Ayres de Cazal, cette grande découverte aurait eu lieu en 1729. Cependant une circonstance rapportée par un voyageur dont nous avons déjà invoqué le témoignage, ex­ pliquerait cette ingratitude apparente. On ignora d'abord quelle était la véri­ table nature des diamants trouvés par Lobo. L'ouvidor, dont nous avons déjà parlé fut le premier qui signala leur prix. Lorsqu'en l'année 1729 le gou­ verneur de Minas-Geraes, don Lourenço d'Almeida, fit un premier envoi de ces cailloux transparents, qu'il con­ sidérait, disait-il, comme des diamants, on le confirma dans ses conjectures, en lui apprenant toutefois que deux envois semblables avaient été faits à Lisbonne depuis quelques aimées, et qu'ils provenaient des contrées sou­ mises à son administration. Ce ne fut u'à partir du 8 février 1730, que les diamants du Brésil furent considérés comme propriété royale; avec cette réserve, cependant, qu'il fut permis à tout le monde de s'occuper de leur re­ cherche, moyennant un droit de capitation, qui devait être payé par chaque nègre employé à ce travail. Sans mul­ tiplier ici des détails arides qui fati­ gueraient le lecteur, nous dirons qu'en 1735 l'extraction du diamant fut af­ fermée , et qu'elle ne rapporta d'abord que huit cent soixante-deux mille cinq cents francs au gouvernement. Lors­ que Pombal prit les rênes du gouver­ nement, il comprit rapidement de quelle ressource pouvait être pour la couronne une exploitation qui avait reçu encore si peu de développementComme nous l'avons déjà dit, il traça de sa propre main les règlements ri­ gides qui devaient gouverner à l'ave­ nir le district Diamantin ; et sa vo(*) Aug. de Saint-Hilaire ; Southey, Hislory of Brazil.


BRÉSIL. lonté inflexible entoura ce pays d'une ligne d'obstacles plus insurmontable encore que les barrières naturelles dont il se trouve environné : c'est à partir de cette époque seulement que l'on commença à encourir les peines les plus graves en essayant de frauder les droits. ABONDANCE DÉCBOISSANTE DU DIA­ MANT.

CONTREBANDE

DONT

IL

EST

Vers le mi­ lieu du X V I I I siècle, telle était encore l'abondance du diamant, qu'on le trou­ vait , sans exécuter de grands travaux, sur le revers des montagnes, ou dans le lit des moindres ruisseaux. A cette époque, des hommes aventureux , aux­ quels on donnait le nom de Garimpeiro.s, ou de Grimpeurs , ne craignaient pas de gravir journellement les mon­ tagnes presque inaccessibles qui en­ tourent le Serro do Frio. En franchis­ sant mille obstacles, en s'exposant ainsi à toute la rigueur des lois, ils parvenaient quelquefois à se procurer des pierres d'une immense valeur, qui pouvaient les dédommager de la vie errante et des privations de toute es­ pèce auxquelles nécessairement ils se condamnaient durant plusieurs mois. A cette époque , le gouvernement luimême se procurait les valeurs les plus précieuses sans bouleverser tout le sol. Aujourd'hui, il n'y aurait plus aucun bénéfice à chercher dans les montagnes à Garimpar, comme on disait alors; la race des Garimneiros a disparu,ou elle s'est réfugiée clans les contrées dé­ sertes de Cuyaba et de Mato-Grosso; il n'existe plus que des contrebandiers, et encore est-il assez rare qu'ils fassent une vraie fortune. L'extraction du diamant exige donc de grands travaux. Les différentes par­ ties du sol où l'on opère sont dési­ gnées sous le nom de Serviços. Mais, comme on l'a d i t , l'exploitation des terres diamantines devient chaque jour plus difficile; e t , comme le tait très-bien observer M. Auguste de SaintHilaire, « on peut attribuer cette rareté des pierres tout à la fois à la négli­ gence et à l'activité des fermiers. Tan­ dis qu'ils étaient maîtres de l'exploita­ L'OBJET. S O N E X T R A C T I O N . e

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t i o n , ils ont fait des recherches dans les terrains et les ruisseaux les plus riches, dans ceux qui présentaient le moins de difficulté; comme les mi­ neurs des environs de Villa R i c a , ils ont encombré le lit des ruisseaux du résidu des lavages; e t , pour trouver le cascalhao, il faut souvent aujour­ d'hui enlever une couche épaisse de sable et de rochers. » Si le travail des mines de diamants est pénible , il est assez simple ; il con­ siste en deux opérations fort distinctes, l'accumulation du cascalhao et le lava­ ge. La première de ces opérations sefait généralement durant la saison chaude, a l'époque où le lit des rivières et des torrents est à sec, et où le sable diamantin peut s'extraire aisément. De temps à autre, et au moyen de barrages considérables, le Jiquitinhonha (*) est détourné de son l i t , et on en tire une quantité énorme de cascalhao, dont on forme des masses pyramidales des­ tinées au lavage de plusieurs mois. D'autres fois, on se contente d'extraire le caillou diamantin des gupiaras, c'est-à-dire, des pentes qui s'étendent sur le bord des ruisseaux, ou des ruis­ seaux eux-mêmes. Le travail des gu­ piaras peut se faire dans tous les temps et durant toutes les saisons. Quand l'époque des pluies est arri­ vée , commence l'opération du lavage. Elle s'exécute de deux manières diffé­ rentes : en plein air, quand l'extraction doit être de courte durée; sous des hangars, lorsque le travail doit se prolonger, et que l'action du soleil pourrait compromettre la santé des noirs. Ces hangars o n t , selon les u n s , de quarante-huit à cinquante palmes de longueur; selon d'autres, on leur donne une centaine de pieds, (*) Les procédés usités dans cette circons­ tance, ont été décrits d'une manière dé­ taillée par John Mawe, voyageur anglais, qui parcourait l'intérieur du Brésil vers 1 8 1 2 , mais que l'on accuse à juste raison d'avoir commis de grandes inexactitudes. Indépendamment de son voyage en I vol. i n - 4 , il a publié un livre spécial sur le diamant.


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L'UNIVERS.

sur une largeur de cinquante. Mawe leur accorde un tiers de p l u s ; ces légères contradictions sont sans impor­ tance réelle; d'ailleurs ces constructions éphémères o n t pu varier selon la va­ leur des exploitations. Voici comment un voyageur qui donnait ces détails il y a environ trois a n s , décrit la dispo­ sition des lieux, et la manière dont se doivent pratiquer les recherches. « Audessous du hangar coule un petit conduit d'eau qui occupe un des côtés, et de l'autre se trouve un parquet dont les planches, longues de seize pieds , atteignent aux deux bouts du h a n g a r . Ces planches sont légèrement inclinées, et au bout de chacune d'elles se trouvent des baquets au fond desquels on jette le cascalhao qui doit être exploité. » Nous l'avouerons n é a n m o i n s , ce récit très-succinct, dif­ fère un peu de la description donnée par John M a w e , il y a une vingtaine d'années (*). Des baquets auraient été substitués aux compartiments, formant des espèces de caisses, où l'eau était introduite par la partie supérieure. D a n s tous les c a s , il est indispensable de rappeler que des siéges, élevés et sans d o s , sont disposés le long du han­ gar, de manière à ce que des officiers subalternes, auxquels on donne le nom de feitores, puissent surveiller les nègres du service. Ces rigides inspec­ teurs se sont-ils installés à leur place, un nègre entre dans chaque canal, o u , (*) M. Aug. de Saint-Hilaire, qui voya­ geait dans le district Diamantin en 1817 , dit que sous chaque hangar sont vingt-quatre canaux placés à côté les uns des autres, et qu'une même planche sert à deux canaux différents. Ces canaux sont légèrement in­ clinés; chacun d'eux a deux palmes de large à sa partie la plus haute, et va en s'élargissant un peu depuis celte partie jusqu'à l'ex­ trémité inférieure. Un conduit en bois où l'eau coule sans cesse, se trouve placé per­ pendiculairement à l'extrémité supérieure des vingt-quatre canaux , et il est assez raproché d'eux pour que l'un de ses côtés erine cette même extrémité. L'eau passe par un trou du conduit dans chaque canal, et, à l'aide d'un bondon, on ferme cette ou­ verture quand on le juge convenable.

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si on l'aime m i e u x , dans chaque cais­ son. Il est muni de son alavenca,le corps penché en avant; il remue forte­ ment le cascalhao ; puis , quand la terre mêlée au caillou est complétement délayée , il enlève à la main les pierres les plus g r o s s e s , et c'est alors seule­ ment qu'il cherche le diamant. John Mawe niait que les noirs fussent con­ traints d'entrer nus sous le hangar; et il affirmait que de son temps on leur permettait de se revêtir d'un ca­ leçon et d'une chemise. Nous ignorons si les règlements ont pris depuis une rigueur inaccoutumée; mais un voya­ geur français qui nous inspire une tout autre confiance, affirme que les noirs travailleurs sont complétement nus , et qu'on leur permet tout au plus l'usage d'un gilet sans poche et sans doublure, dans les temps les plus froids. Les vols de diamants n'en sont pas moins fréquents ; et telle e s t , sous ce r a p p o r t , l'habileté des n o i r s , qu'un directeur qui voulut s'assurer de la manière dont les diamants bruts pou­ vaient être soustraits, promit la liberté à celui qui en détournerait un devant lui. Il ne quitta plus des regards le travailleur, et il put s'assurer, par sa propre expérience, que la surveillance la plus attentive échouait devant une telle dextérité. Le devoir le plus indis­ pensable d'un feitor est de ne pas dé­ tourner un seul moment les yeux des huit noirs qui sont désignés pour être l'objet de sa surveillance. Si on l'in­ t e r r o g e , il peut r é p o n d r e , mais ce doit être sans tourner la tête. Aussitôt qu'un noir a découvert un diamant, il frappe dans ses m a i n s , le montre au feitor, et va le déposer dans une grande sébile, ou batea, suspendue au milieu du hangar. Le noir qui est assez heureux pour rencontrer une pierre du epoidsde dix-sept carats , e s t acheté par le gouvernement à son maître, et il reçoit sa liberté, en conservant toutefois le privilegede travailler pour l'administra­ tion. C'est également l'administration qui se charge alors de lui payer direc­ tement le prix de son labeur. La décou­ verte d'une pierre moins considérable entraîne aussi après elle le don de li-

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BRÉSIL. berté, mais c'est avec certaines r e s ­ trictions. Diverses primes enfin sont distribuées progressivement, selon la valeur des p i e r r e s , jusqu'à la plus mince des récompenses, qui consiste dans une prise de tabac. Malgré ces priviléges, malgré les précau­ tions bizarres que l'on emploie à l'égard de certains noirs soupçonnés de receler des d i a m a n t s , une fraude active se fait continuellement parmi les noirs employés au service (*). Ces ouvriers infidèles vendent à vil prix aux contrabandistas les diamants qu'ils ont pu dérober; e t , ce qu'il y a de plus bizarre sans d o u t e , c'est qu'en habiles voleurs ils trouvent moyen de tromper ceux des contre­ bandiers eux-mêmes qui ne sont pas encore assez rusés pour découvrir leur fraude. Des morceaux de cristal usés d'une certaine manière , et secoués parmi des grains de plomb, acquièrent, grâce à cette opération si simple, un tel aspect, qu'on les prendrait pour des diamants bruts. Une fois munis des pierres qu'ils o n t achetées en fraude, et qu'ils se procurent ordinairement dans les cabarets, les contrabandistas, ui ont remplacé la race audacieuse des Garimpeiros, sont bien loin d'avoir échappé à tous les risques qu'ils savent devoir courir en entreprenant un sem­ blable trafic; mais souvent les noirs qui leur ont vendu des diamants les cachent dans leurs propres cabanes ; et la fraude devient plus facile encore, lorsque c'est aux feitores e u x - m ê m e s qu'ils n'ont pas craint de s'adresser. Les ré­ cits qui nous o n t été faits au Brésil, sur les stratagèmes employés par les Garimpeiros ou par les contrabandistas, afin d'échapper aux surveillants du dis­ trict Diamantin , formeraient à eux seuls un long chapitre. Tantôt c'est u n cavalier jouissant d'une certaine ré­ putation d'opulence, qui cache habi-

(*) Telle est celle entre autres, qui con­ siste à enfermer un nègre et à le soumettre a cette reclusion, jusqu'à ce qu'il ait restitué trois cailloux qu'on lui a fait avaler. Si nous rapportions ici tous les récits qui circulent à ce sujet, le chapitre deviendrait un livre.

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lement des pierres d'un poids consi­ dérable dans la cuisse du pauvre animal, dont il se sert comme m o n t u r e , et qui se voit prié poliment de céder la b ê t e , pour ne point donner lieu à un esclan­ dre désagréable; une autre fois, c'est un noir stylé par son m a î t r e , q u i , au m o ­ m e n t de passer les dernières barrières de l'arrayal, allume son cigare avec le tison enflammé qui recèle la pierre précieuse; une autre fois encore, ce sont des pigeons messagers qui pas­ sent par-dessus les montagnes. Il est probable qu'il y eut de tout t e m p s , dans ces r é c i t s , une part laissée à l'imagination. On aimait à animer, par des circonstances curieuses, la vie déjà fort aventureuse des Garimpeiros. Au­ jourd'hui l'existence du contrabandista offre beaucoup moins d'événements. « Le contrebandier qui s'est hasardé à aller acheter des diamants dans les services, dit M. de S a i n t - H i l a i r e , trouve principalement le débit de ces pierres chez les boutiquiers de Tijuco et de Villa do Principe. Souvent aussi des marchands viennent de Bio de Ja­ neiro avec des étoffes, de la mercerie, et d'autres objets , afin d'avoir un mo­ tif plausible; mais leur but véritable est d'acheter des diamants. A Tijuco, le contrebandier ne revend que sur le pied de vingt francs les petits dia­ mants qu'il a été acheter directement des nègres ; m a i s , à Villa do P r i n c i p e , on lui donne déjà vingt-cinq francs de ces pierres, parce qu'il n'a pu sortir du district sans courir de plus grands risques. Comme les nègres vendent in­ distinctement tous les diamants qu'ils d é r o b e n t , sans faire aucune différence pour la grosseur, c'est sur ceux qui ont le plus de volume que le contre­ bandier fait ses principaux béné­ fices. » On a u r a , du r e s t e , u n e idée de la diminution qui s'est opérée dans les produits du lavage, en se rappelant qu'on a employé jadis 3,000 nègres à ce genre d'exploitation, et qu'il y a une vingtaine d'années on n'en admettait plus que le tiers. Selon le savant Freyr e s s , dont les travaux ne sont guère connus qu'en Allemagne, il faudrait


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L'UNIVERS.

porter encore à 2,000 esclaves le nom­ bre de noirs qui sont employés à l'ex­ traction des pierres fines et des dia­ mants. L'administration intérieure est assez compliquée : outre l'intendant général, il y a l'ouvidor, ou fiscal, qui vient immédiatement. Les officiers de l'administrationdiamantine(officiaes da contadoria), les deux trésoriers (caixas), les teneurs de livres (guarda livros ) et sept commis composent le reste de la hiérarchie bureaucratique. Les af­ faires de haute important sont sou­ mises à un conseil qui prenait, naguère encore, le titre de junte royale des diamants, et qui était présidé par l'in­ tendant (*). Les administrateurs envoient tous les diamants qui ont été trouvés dans les divers services, à Tijuco. Il y a trois clefs au t r é s o r ; l'une reste en­ tre les mains de l'intendant, les deux autres sont remises à des employés supérieurs. U n ordre extrême préside au pèsement des pierres , à la manière dont on les inscrit sur les registres of­ ficiels, en indiquant les services d'où elles proviennent. Chaque mois, les ad­ ministrateurs particuliers font leur envoi au trésor général. On n'expédie annuellement pour Rio de Janeiro que les diamants qui ont été réunis dans le courant de l'année précédente. « Voici, dit M. de Saint-Hilaire, ce qui se passe à cet égard. On a douze tamis percés de trous dont la grandeur va en dimi­ nuant depuis le premier jusqu'au der­ nier, et l'on passe successivement tous les diamants à travers ces tamis. Les plus gros diamants restent sur le tamis percé des trous les plus larges, et ainsi de suite jusqu'aux plus petits, qui res­ tent sur le tamis le plus fin. De cette manière on a douze lots de diamants, que l'on enveloppe de papier, et que l'on met ensuite dans des sacs. On dé­ pose ces sacs dans une caisse, sur la­ quelle l'intendant, le fiscal et le pre­ mier trésorier mettent leur cachet. La caisse part accompagnée d'un employé choisi par l'intendant, de deux soldats (*) Second voyage au Brésil, T.I, p. 24.

du régiment de cavalerie de la pro­ vince, et de quatre hommes à pied (pédestres). Arrivée à Villa Rica, elle est présentée au général, q u i , sans l'ouvrir, y appose également son ca­ chet; e t , lorsque cette formalité est remplie, le convoi se remet en marche pour la capitale (*).» U n e de nos gravu­ res indique quel est l'aspect de la ca­ ravane lorsqu'elle se dirige sur Rio. Selon M. F r e y r e s s , qui a fait un long séjour dans l'intérieur, le revenu annuel des terres diamantines monte aujourd'hui à cent vingt-cinq onces. D'après un autre voyageur, de 1807 à 1817, le district des Diamants four­ n i t , année moyenne, dix-huit mille carats , en admettant toutefois , com­ me le fait remarquer M. Auguste de Saint-Hilaire, que le carat, portugais est de cinq pour cent moins fort que le carat français. D'après d'autres do­ c u m e n t s , il faudrait estimer le revenu général de ces mines de vingt-cinq à trente mille carats. Aujourd'hui l'esti­ mation de M. de Saint-Hilaire nous paraît la plus probable. Dans cette hy­ pothèse, ce serait de l'époque de la dé­ couverte qu'il faudrait baser son ap­ préciation ; et sans doute que, dans ce calcul, le produit des années antérieu­ res devrait compenser la faiblesse du revenu des temps qui vinrent ensuite. L E D I A M A N T D E L ' A B A Ë T É . Le plus gros diamant de l'univers, celui que R o m e de l'isle estimait à la somme prodigieuse de sept milliards cinq cents millions, a été obtenu des mines du Brésil; mais ce ne fut pas l'adminis­ tration qui le trouva, et des circons­ tances assez curieuses se rattachent à l'histoire de sa découverte. Trois Brésiliens avaient été con­ d a m n é s , on ignore pour quel délit, à un exil perpétuel dans la portion la plus reculée du Sertào de Minas. An­ tonio de Souza, Jozé-Félix Gomez et Thomas de Souza, car la tradition nous a conservé leurs n o m s , errèrent longtemps dans l'intérieur, sur les confins de Goyaz, cherchant sans cesse, au fond des vallées ou dans le lit des (*) Second voyage au Brésil, t. I , p.


BRÉSIL. torrents, quelque trésor ignoré qui les mît à même de demander leur grâce. Se berçaient-ils, comme on l'a dit sou­ vent, de l'espérance qu'ils parvien­ draient à découvrir un jour quelque riche mine d'or, entreprirent-ils quel­ ques travaux, ou le hasard eut-il seul part à leur bonne f o r t u n e , c'est ce qu'on n'a jamais pu complétement éclaircir. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'après avoir erré durant six ans sans rien découvrir, nos exilés arrivèrent dans le nord-ouest, sur les bords d'une petite rivière qu'on nomme l'Abaëté, et qui est située à quatre-vingt-dix lieues environ du Serro do Frio. La tradition raconte qu'ils ne cherchaient que de l'or dans le lit desséché de ce ruisseau, lorsqu'ils trouvèrent un dia­ mant qui pesait près d'une once. Mal­ gré l'incertitude qu'ils conservaient sur la valeur réelle de cette pierre, pré­ cisément à cause de sa grosseur, ils éprouvèrent une joie facile à compren­ dre. Ils se confièrent d'abord à un curé, qui les accompagna sur-le-champ à Villa Bica,et qui remit le diamant de l'Abaëté au gouverneur général des mines. Là, tous les doutes que l'on avait manifestés d'abord se renouvelèrent; mais ils fu­ rent promptement dissipés. P a r les ordres du gouverneur, une commission spéciale s'assembla ; e t , après un sé­ rieux examen, il fut décidé que cette pierre était le plus riche présent que le Brésil eût encore fait à la couronne de Portugal. Les trois malfaiteurs reçu­ rent alors des lettres de grâce provi­ soires, et le curé partit immédiatement pour Lisbonne avec le riche dépôt qu'il avait reçu aux frontières de Goyaz. Là, le fameux diamant de l'Abaëté excita une admiration plus vive encore peutêtre que celle qu'on avait ressentie à Minas : les points de comparaison existaient pour les joailliers. C'était décidément le plus gros diamant qui existât dans aucun trésor royal. L'ec­ clésiastique en recueillit, dit-on, plus d'un privilége. Quant à Félix Gomez et à ses compagnons , l'histoire ne dit pas qu'on leur ait accordé la moindre récompense. On sait seulement que les lettres de grâce du gouverneur de Villa

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Rica furent ratifiées. On envoya surle-champ un destacamento (un poste) sur les bords de l'Abaëté, et cette ri­ vière fut mise immédiatement en ex­ ploitation; m a i s , jusqu'à p r é s e n t , on n'en a obtenu que des pierres d'une grosseur fort ordinaire, ou d'une eau qui n'a rien de remarquable. Quelque magnifique que puisse être un diamant tel que celui dont nous parlons ici, on sent combien il est dif­ ficile de l'utiliser d'une manière con­ venable, même dans un costume d'ap­ parat. Jean V I , qui avait la passion des pierres précieuses, l'avait fait per­ cer, et il le portait suspendu à son cou dans les j o u r s de cérémonie. PIERRES D E C O U L E U R . La recherche des autres pierres précieuses du Brésil n'est nullement soumise au régime ri­ goureux qui frappe le district Diamantin. Tout le monde peut se livrer libre­ ment à ce genre d'exploitation; e t , selon M. F r e y r e s , l'extraction de la topaze jaune rapporterait à elle seule une valeur de trente mille florins (*). Ce qu'il y a d'assuré, c'est que le prix que les mineurs attribuent sur les lieux mêmes aux pierres de couleur qu'ils viennent de découvrir, est en général fort exagéré. Quand ils se rendent dans les grands marchés du littoral, tels que Rio de J a n e i r o , Pernambuco et SanSalvador, ils éprouvent souvent un dé­ sappointement complet en voyant qu'on leur offre à acheter des pierres brutes, dont le prix est fort inférieur à celui qu'ils se croyaient en droit d'exiger sur les lieux mêmes d'exploitation. 11 y a, dans le commerce des cristaux colo­ rés et des pierres fines, un encombre­ ment qui se fait sentir jusqu'en Eu­ rope. Si l'on en croit quelques rapports, un genre de fraude, inconnu jusqu'a­ l o r s , se serait introduit dans le com­ merce des pierres précieuses du Brésil : (*) Le savant M. Warden cite un ouvrage manuscrit de Lastarria, qui évalue à plus de 700,000 pesos fuertes ou dollars, le revenu des mines de diamants, chrysolithes, topazes, rubis, améthystes et hyacinthes, découvertes, depuis 1 7 3 0 , dans le Rio das Caravellas et le Serro do Frio.


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L'UNIVERS.

des topazes blanches auraient été tail­ lées dans l'intérieur même par un lapi­ daire français ; et tel est l'éclat de la pierre et l'habileté de la mise en œuvre, que ces topazes auraient été mises dans le commerce comme de véritables dia­ mants. Autant les pierres de valeur secon­ d a i r e , telles que les topazes j a u n e s , les a m é t h y s t e s , les aigues-marines, sont abondantes au B r é s i l , puisqu'il y a des lots qui ne se vendent guère plus de deux francs la livre, autant les pier­ res d'un haut prix sont vraiment ra­ res. Cependant M. Ménèzes de D r u m mond(*) affirme,dans ses curieux détails sur les mines du Brésil, que, dans la rivière Ita-Marandimba, que l'on voit couler en grande partie sur le terri­ toire de Minas-Novas, il y a abondance d'émeraudes; et, d'après la même au­ t o r i t é , le Rio-Ita-Miju roulerait dans ses eaux des topazes blanches et des sa­ phirs (**). On sent qu'ici les noms des localités pourraient être singulière­ ment multipliés,puisque les géographies brésiliennes contiennent à ce sujet de nombreuses nomenclatures. L'espèce d'Eldorado que nous avons entendu dé­ signer tour à tour sous les noms d ' A viericanos et de Rio das très Americanas, jouissait naguère d'une grande célé­ brité, grâce à l'abondance de ses pierres précieuses. Mais, outre que ce lieu est encore exposé aux incursions des sau­ vages, et que ses solitudes sont com­ plétement dénuées de ressources, il s'en faut bien qu'on puisse s'y procu­ rer aujourd'hui des richesses capables de dédommager de leurs fatigues ceux qui osent y pénétrer. Les mineurs eux(*) Voy. l'ancien Journal des voyages, t. 33 , 34 et 36. Nous le répétons, ces ar­ ticles intéressants se basent en partie sur les observations de deux savants minéralogistes brésiliens, les frères Andrada. (**) On comprend aisément que la collec­ tion de pierres précieuses appartenant à la couronne de Portugal, pouvait être une des plus belles qui existassent au monde, si ce n'était la première. Dans sa description du Brésil, M. Henderson ne craint pas de l'évaluer à deux millions de livres sterling.

mêmes ont presque abandonné son ex­ ploitation. Parmi les pierres d'un prix élevé qui ont été trouvées à Minas dans ces der­ nières années, on cite une aigue-marine d'une teinte admirable. Elle fut offerte au roi Jean VI par un habitant nommé Vieira; et, à cette époque, on ne l'évalua pas à moins de cent mille francs. N O U V E A U X D É T A I L S SUR LES MINES

D E F E R . Voici en quelques pages, et réu­ nis d'une manière aussi rapide qu'il nous a été possible de le faire, ce qu'on a écrit de plus positif, durant ces der­ niers t e m p s , sur les richesses mineralogiques du Brésil; mais ce q u i , bien plus que les métaux précieux, doit être une source inépuisable de prospérité pour le pays, ce sont ces mines de fer, qui n'ont pas leurs pareilles dans le m o n d e , et dont la métropole jalouse ne défendit l'exploitation que parce qu'elle y voyait un de ces moyens de­ cisifs d'indépendance qui font conqué­ rir tous les autres. I c i , l'opinion des plus habiles minéralogistes pratiques est sans réplique. Selon un rapport presque officiel de M. Von Eschwege, des chaînes de montagnes entières sont couvertes de fer micacé magnétique, spéculaire et rouge. Aussi est-on moins surpris, quand on a lu les descriptions données par ce savant, de voir dans les meilleurs Voyages, tels que ceux des Salut-Hilaire, des Spix et Martius, que le minerai rend de quatre-vingthuit à quatre-vingt-dix pour cent dans les usines de Minas-Geraes. On l'a déjà d i t , le monde entier pourrait être ap­ provisionné de fer par cette province centrale, sans qu'une diminution sen­ sible se fît remarquer dans la quantité de minerai dont elle pourrait alimenter les fonderies. Il en est de même de la province de Saint-Paul ; et l'esprit aime à se reporter vers cette époque où les mines immenses de Gaspar Soares, de Bomfim, de Sorocaba, étant en pleine exploitation, toutes les pré­ visions des économistes commence­ ront à se réaliser. Des constructions immenses s'élèveront, des routes en fer traverseront des lieux aujourd'hui


BRÉSIL. inhabités, d ' i m m e n s e s s o l i t u d e s s e p e u ­ pleront, e t l'on c o m p r e n d r a s e u l e m e n t alors ce qu'il y a d e vrai d a n s c e s p a ­ roles un peu e n t h o u s i a s t e s d'un p u bliciste brésilien : « L'exploitation d u fer, d i s a i t , il y a quelques a n n é e s , u n des rédacteurs dé l ' I n v e s t i g a d o r , f o r m e une ère d e g l o i r e et d e prospérité pour le Brésil ; e t c'est quand c e t t e exploitation aura reçu t o u t s o n d é v e ­ loppement q u ' o n Je verra s'avancer au rang d e s g r a n d e s n a t i o n s . » S e l o n Je m ê m e é c r i v a i n , la liberté d'ouvrir enfin l e s m i n e s d e f e r , é t a i t s a n s c o n ­ tredit le p l u s g r a n d a v a n t a g e q u e l'on e û t tiré d e l'arrivée d u roi d a n s ces c o n t r é e s , e t il aurait voulu q u ' u n e pyramide g i g a n t e s q u e , f o r m é e du p r e ­ mier métal qu'auraient livré l e s u s i n e s à l'industrie, s'élevât s u r la m o n t a g n e d'où o n l'aurait t i r é . C e m o n u m e n t devait a t t e s t e r n o n - s e u l e m e n t au Bré­ sil, mais aux â g e s les p l u s l o i n t a i n s , l'époque m é m o r a b l e où c o m m e n c è r e n t les p r e m i e r s travaux d ' e x p l o i t a t i o n . O n n'a p a s m i s à e x é c u t i o n c e projet t o u t patriotique; m a i s u n e croix i m m e n s e , faite u n i q u e m e n t en f e r , a é t é é l e v é e s o l e n n e l l e m e n t au s o m m e t d u Garassoava, p o u r c o n s t a t e r l'origine d ' u n e industrie n o u v e l l e . Malgré sa s i m p l i ­ cité, c'est bien c e r t a i n e m e n t aujour­ d'hui un d e s m o n u m e n t s d u Brésil auxquels s e r a t t a c h e n t l e s s o u v e n i r s les plus p r é c i e u x . Bien qu'il s o i t q u e s t i o n déjà du m i ­ nerai d e fer d a n s le précieux R o t e i r o du B r é s i l , q u e j ' a t t r i b u e à F r a n c i s c o d ' A c u n h a , et q u i r e m o n t e à 1 5 8 7 , si l'on s'en r a p p o r t e à la t r a d i t i o n , c e seraient d e s n o i r s du p a y s de Mina, en A f r i q u e , q u i l e s p r e m i e r s a u r a i e n t reconnu l'existence d e c e m i n é r a l , e t auraient fait p e n s e r à s o n e x t r a c t i o n . Ce qui paraît p l u s p o s i t i f , e t c e q u e nous a v o n s déjà e u o c c a s i o n de rappe­ ler d a n s u n d e n o s o u v r a g e s s u r le B r é s i l , c'est q u e c'est à M . d a Camara qu'appartient la g l o i r e d'avoir m i s le premier le fer e n e x p l o i t a t i o n à MinasGeraes. En 1 8 1 8 , Jean V I appela quel­ ques m i n e u r s s u é d o i s , s o u s la d i r e c ­ tion d u c o l o n e l Frédéric V a r n a g e m . l e s t r a v a u x d e c e t h o m m e habile f u r e n t

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c o u r o n n é s d'un plein s u c c è s ; d e n o m ­ breux m i n e u r s v i n r e n t plus tard d u nord d e l'Europe p o u r s'établir e n dif­ férentes parties d u B r é s i l ; e t , d a n s quelques localités, les Anglais eux-mê­ m e s o n t é t é forcés de c o n v e n i r q u e l e métal extrait d e s c o n t r é e s c e n t r a l e s égalait en b o n t é celui q u ' o n p o u v a i t obtenir des mines d'Angleterre. L ' é ­ p o q u e s a n s d o u t e n'est p a s é l o i g n é e o ù l'on refusera d e croire q u e les p e i n e s les plus f o r t e s a i e n t pu frapper, à l'abri d e l o i s , ceux qui s e l i v r a i e n t , m ê m e s e c r è t e m e n t , a l'extraction du f e r . C'était le t e m p s où les plus s i m p l e s u s t e n s i l e s n é c e s s a i r e s au travail d e s m i n e s d'or, arrivaient à g r a n d s frais de Lisbonne. Malheureusement les pa­ g e s qui a t t e s t e n t de s e m b l a b l e s a c t e s d'ineptie n e s o n t q u e t r o p f r é q u e n t e s d a n s l'histoire de l ' A m é r i q u e ; e t , lors­ q u ' o n pourra d o n n e r enfin le récit d e s c a u s e s qui o n t a m e n é la liberté g é n é ­ r a l e , il faudra voir, en d é p i t d e la f u ­ t i l i t é d e c e r t a i n s d é t a i l s , les c a u s e s réelles d'indépendance d a n s ces m i s é ­ rables t r a c a s s e r i e s . G r â c e à l'histoire c o n t e m p o r a i n e , elles s e r o n t là c o m m e d'irrécusables d o c u m e n t s d e l'esprit d e v e r t i g e qui d o m i n a i t la m é t r o p o l e . MŒURS

E T C O S T U M E S . Malgré l ' i n ­

t é r ê t qui s'attache n a t u r e l l e m e n t a u x riches produits d e l'intérieur, et qui n o u s a e n g a g é à d o n n e r quelque d é ­ veloppement à cette portion de notre l i v r e , le pays d e Minas offre au v o y a ­ g e u r e t à l'historien bien d'autres s u ­ j e t s d ' o b s e r v a t i o n . Placé a u c e n t r e d e l ' p m p i r e , e t , p a r cela m ê m e , e n c o n ­ t a c t m o i n s i m m é d i a t a v e c les E u r o ­ p é e n s , les vieilles m œ u r s p o r t u g a i s e s s'y s o n t c o n s e r v é e s , e n partie d u m o i n s , d a n s leur n a ï v e t é p r i m i t i v e ; ceci e s t remarquable s u r t o u t d a n s le c o s t u m e et d a n s c e r t a i n e s h a b i t u d e s l o c a l e s . T a n d i s q u e l e s g e n s riches d e R i o e t de S a n - S a l v a d o r s u i v e n t l e s m o d e s d e P a r i s o u de L o n d r e s , à Villa B i c a , à Sahara , à M a r i a n n a , il n'est p a s rare d e v o i r d e s vieillards qui rap­ pellent , par quelques p o r t i o n s d e leur costume du m o i n s , les modes du d i x s e p t i è m e s i è c l e ; le c h a p e a u à l a r g e s b o r d s , le grand m a n t e a u , les guêtres


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L ' U N I V E R S .

de cuir; e t , s'il est à cheval, la selle et les éperons moresques : tout cela donne encore au Mineiro un aspect particulier. qui le distingue des autres habitants du Brésil. Il en est de même d e s femmes : comme à Saint-Paul, elles portent le chapeau de feutre; écuyeres habiles, elles ne redoutent ni l'allure d'un cheval ombrageux, qu'elles montent souvent à la manière des hom­ mes , ni les ravins nombreux ou les catingas, dont Minas est entrecoupé. L a seja, qui roule assez rapidement dans les rues de Rio de J a n e i r o , la cadeira qui t r a n s p o r t e , à San-Salvador et à Pernambueo, les élégantes d'un quartier dans un a u t r e ; le hamac suspendu qui forme la litière habi­ tuelle d'une habitante de Maranham, tout cela n'est pas complétement in­ connu à Minas sans doute; mais ces divers moyens de transport seraient d'un usage prodigieusement difficile dans des vallées interrompues sans cesse par le travail des diverses ex­ ploitations , ou sur des routes pré­ tendues royales, telles que celle d'Itambé à Villa do Principe, par exemple, qui porte cette pompeuse dénomination, et dont on a peine quelquefois à retrouver les traces; fût-ce donc sur cette estrada real qui conduit de Villa Rica d'Ouro Preto à Tijuco, on va généralement à cheval, ou bien à dos de mulet. Dans les ha­ bitations reculées, l'antique char aux roues massives et au bruit formidable, tel qu'on en rencontre encore à R i o , fait l'office de char-à-banc ; il n'est pas rare d'atteler des bœufs à cette voiture toute patriarcale ; e t , le dimanche, c'est souvent de cette façon que des familles entières se rendent à la villa, voire même à l'arrayal, où le service divin est célébré. VILLES TÉRIEUR.

ET ROUROADES

DE

L'IN­

Malgré une population en­ core assez faible,comparée à son éten­ d u e , la province de Minas-Geraes ren­ ferme plusieurs villes, qui sont loin d'être sans intérêt pour le voyageur, quand bien même il aurait visité les plus belles cités du littoral ; au besoin, et outre la capitale, il suffirait de

citer San-Jozé du R i o das Mortes, q u i , bien qu'elle n'ait été bâtie qu'en 1718, est une des villes les plus an­ ciennes de la province ; déjà on pour­ rait presque dire que l'établissement des mineurs anglais, dirigé par M. Milw a r d , lui a donné une physionerie nouvelle. Toujours ensuivant la route qui conduit de la province de Rio de Janeiro dans l'intérieur, San-Joào del Rey nous apparaîtra, bâtie à la base de la montagne du Bûcheron (Serra do Lenheiro), et traversée par le RioL i m p o , qui a emprunté le nom qu'il porte à la pureté de ses eaux ; à quelques lieues de San-Joào del Rey, la ville propre et opulente, toujours dans la comarca du Rio das Mortes, ce seraient Queluz , San-Carlos de Jacuhy, Santa-Maria de Baependy, Campanha, Barbacena, Tamandua, toutes bourgades plus ou moins florissantes, et qui prendront un jour de l'impor­ tance. Si c'était le district Diamantin que nous visitions, après avoir jeté un coup d'oeil sur Tijuco, avec ses jardins verdoyants et ses grands rochers à pic , ce serait Villa do Principe qui de­ vrait nous arrêter quelques moments. Villa do Principe, en effet, est la ca­ pitale de la comarca, et l'on ne compte pas moins de cent six legoas de la à Rio de Janeiro. Forcés de visiter un moment la comarca de Sabarà , la ville de Sabarà elle-même mériterait, plus que toute autre peut-être, d'exciter notre intérêt. Située près de la rive droite du R i o das Velhas, dans l'en­ droit où il reçoit la petite rivière de Sabarà (la rivière des Chèvres, en lan­ gue guarani ) , cette ville est assez grande, et ne manque pas d'opulence. On l'a bâtie dans une vallée environ­ née de montagnes; e t , comme tant de villes de Minas-Geraes, sa première splendeur s'est évanouie avec l'épuise­ ment de ses mines. Cependant c'est encore une cité populeuse et florissante; et ses habitants se distinguent autant par leur instruction que par leur ex­ quise politesse. Dans notre excursion rapide, Caeté, l'ancienne Villa-Nova da R a i n h a , ne saurait être omise. En ef­ fet sa célébrité a commencé avec


BRÉSIL.

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l'histoire du pays des Mines; et ce fut que se trouvent les caisses publiques là que s'alluma la guerre civile entre et que s'assemble la j u n t e du t r é s o r . les Paulistes et les forasteros. C a e t é , Il y a à Villa Rica deux hospices : si remarquable par ses rues spacieuses, l'hospice civil est fort mal entretenu ; mais désertes, puisque ses habitants ont l'hospice militaire se fait remarquer au fui dès qu'ils n'ont plus trouvé de l'or, Contraire par sa propreté et par sa bonne Caeté ou Cahyté, qui ne compte plus administration. Au dire de Walsh , le guère que 3 à 4 mille â m e s , s'enor­ quartier de l'aristocratie , celui des gueillit d'une église plus belle et plus fonctionnaires publics , est réellement vaste peut-être qu'aucune de celles du fort beau. Avec ses églises qui se dé­ Brésil. Pitangui, P a r a c a t u , ont eu une tachent sur la verdure des montagnes, destinée analogue à celle de cette ville ses fontaines ornées de sculptures, ses déchue; mais ce qu'il y a de plus triste jardins plantés en éminence, elle offre à dire, sans d o u t e , c'est que c'est le encore sans doute l'aspect d'une cité sort, en partie du moins, qu'a subi la opulente, mais près de cinq cents mai­ sons inhabitées font assez compren­ ville la plus célèbre de la province. dre sa misère. On ne voit dans cette C I D A D E I M P E R I A L DE V I L L A RICA D'OURO P R E T O , capitale des M i n e s , capitale aucune promenade publique , est située a 80 lieues de Rio de Janeiro, aucun cabinet littéraire, aucun café par les 20° 25' 30" de latitude , et les_ supportable; on y trouve néanmoins 334° 2' 12" de long. Les mines d'ouro une salle de spectacle qui passe, je crois, preto ( or noir ) , qui lui donnèrent pour le plus ancien théâtre du Brésil. naissance, furent découvertes en IG99, Si l'on en excepte , dit M. de Saint1700 et 1701 ; mais elle ne fut érigée H i l a i r e , la manufacture de p o u d r e , en ville qu'en 1711. Villa R i c a est bâ­ qui appartient au gouvernement, et tie dans une position bien défavorable, une fabrique de faïence, qui a été éta­ si l'on examine son éloignement de blie depuis un petit nombre d'années toute rivière navigable et la stérilité à peu de distance de Villa Rica , il de son t e r r i t o i r e ; c'est ce qui fait que n'existe, dans cette ville et dans son cette ville, si florissante au temps des voisinage, aucune espèce de manufac­ mines , n'offre plus que l'aspect de la t u r e . Nous pensons cependant qu'il a décadence. M. de Saint-Hilaire dit qu'il dit s'opérer dans l'industrie de cette est extrêmement difficile de donner ville quelques améliorations. Le com­ une idée très-exacte de cette capitale , merce qui existe entre Villa Rica et à cause de son peu de régularité ; elle Rio de Janeiro se fait à dos de mulets: est bâtie sur une suite de mornes qui la route qui établit des communica­ bordent le Rio d'Ouro Preto. On compte tions entre ces deux villes passe pour a Villa Rica environ deux mille mai­ la meilleure du Brésil. La capitale de sons , quinze ou seize chapelles, deux Minas renfermait jadis vingt mille églises paroissiales : celle de Nossa- âmes ; on ne lui en accorde mainte­ Senhora da Conceiçâo, connue gé­ nant guère plus de sept ou huit mille : néralement sous le nom d'église do car les v o y a g e u r s , d'accord sur la Rio de Ouro P r e t o , est a n c i e n n e , déchéance de cette ville , ne le sont et a une longueur d'environ cinquante- point sur sa population. C'est la rési­ cinq pas ; on y voit quelques ta­ dence d'une administration assez nom­ bleaux supportables. L'hôtel du gou­ breuse; outre la garde nationale établie verneur, connu sous le nom de Pala­ aujourd'hui dans toutes les villes du cio , est l'édifice le plus considérable; B r é s i l , Villa Rica entretient un régi­ ce n'est qu'une masse de bâtiments m e n t à ses frais. lourds et de mauvais goût. L'hôtel de L e dernier voyageur accrédité qui ville (casa da cámara) n'est point ait fait un c o u r t séjour à Villa R i c a , d'une meilleure architecture. L'hôtel W a l s h , dit qu'il y a une imprimerie, et du trésor (casa da fazenda) est re­ que l'on y publie un journal intitulé marquable par son étendue ; c'est là l'Universal; mais là s'arrête ce qui


352

L'UNIVERS.

peut propager l'instruction publique, et il n'existe pas encore de bibliothèque. Au dire du même écrivain , à l'épo­ que où commença à se manifester l'é­ puisement des mines, Villa Rica offrit la preuve déplorable du danger qu'il y a à épuiser le sol par des exploitations mal entendues. Percées pour ainsi dire à j o u r , comme une ruche d'abeilles, les collines du voisinage n'offraient plus à leur superficie de terre végétale, tandis que de leur côté les lavages ne rendaient plus rien. La culture ne pou­ vait plus s'opérer sur l'emplacement de ces mines délaissées. Villa Rica de­ vint alors l'asile d'une foule de spécu­ lateurs ruinés et de gens sans aveu. Les vols et les assassinats se multi­ plièrent d'une manière effrayante. On va jusqu'à affirmer que tous les cri­ mes révélés dans le cours d'un an , par les journaux de telle ou telle contrée européenne, ne pourraient se compa­ rer en aucune manière à ceux dont les rues ténébreuses de Villa Rica étaient témoins. Peu à peu cependant une police active s'établit, les m œ u r s s'a­ méliorèrent , et Villa Rica est renom­ mée aujourd'hui par l'urbanité de ses habitants. S I É G E D E L ' É V É C H É . A quinze lieues environ de là, Marianna, la ville epis­ copale, Mariannopolis, comme l'ap­ pelle un peu pompeusement le patriarchede lagéographiebrésilienne, s'étend sur la rive droite du Ribeirào do Carmo. Cette petite ville, qui a pris son nom de la femme de Jean V, et qui peut avoir quatre ou cinq mille aines de population , est le centre d'un mou­ vement intellectuel malheureusement déjà fort ralenti. Le séminaire, si peu­ plé autrefois, tombe, dit-on,en r u i n e ; e t , bien que Marianna porte le titre de cidade, il n'est que trop évident que la crise funeste qui se fait sentir sur presque toute l'étendue de Minas ne l'a point non plus épargnée. CLERGÉ

DU

PAYS DE

MINAS.

OB­

S E R V A T I O N S S U R LA D Î M E AU B R É S I L .

A Marianna, chef-lieu d'une justice, en même temps que c'est un évêché, M. Auguste de Saint-Hilaire a eu oc­ casion de faire des observations sur le

clergé de Minas; e t , après avoir re­ marqué que le gouvernement avait in­ terdit l'entrée de cette province aux corporations religieuses, il ne peut s'empêcher de signaler une foule d'abus qu'on remarque dans le clergé sécu­ lier. Là , comme dans toute l'étendue du Brésil, les prêtres ne perçoivent plus la d î m e , qu'ils ont cédée jadis au gouvernement moyennant un revenu annuel d'environ douze cent cinquante francs, payable à chaque curé. Grâce à l'accroissement de la population et de l'industrie, le gouvernement, au bout d'un certain nombre d'années, obtint d'énormes bénéfices; mais le traitement des curés ne suffisait plus, parce qu'ils se voyaient contraints à faire desservir certaines succursales. Bientôt un arrangement, connu sous le nom

de constitution

de B a h i a , ac­

corda aux pasteurs quarante reis (vingtcinq centimes) pour chaque proprié­ taire et pour sa femme, et vingt reis (douze centimes et demi), pour chaque tête d'esclave ; cet impôt avait été vo­ lontaire. L e clergé néanmoins ne tarda pas à élever d'autres prétentions. « Sous prétexte, dit notre auteur, d'être in­ demnisé de la confession pascale, pré­ texte que les catholiques européens auront heureusement quelque peine à concevoir, les curés parvinrent à intro­ duire l'usage de se faire payer trois cents reis (un francquatre-vingt-quinze centimes) par chaque communiant. Un ecclésiastique charitable n'exigera rien des indigents; mais on a vu des curés, on ose à peine le dire, qui, au moment de donner la communion dans le temps de P â q u e s , suspendaient cet acte so­ lennel pour demander à des hommes pauvres la rétribution accoutumée. C'est sans doute de cette manière que certaines cures rapportent jusqu'à neuf mille cruzades. » On le voit, on ne saurait trop féli­ citer l'auteur du Voyage à Minas de ce qu'en ne s'éloignant pas un seul ins­ tant d'un ton de modération qui donne une nouvelle autorité à ses paroles, il a signale de monstrueux abus, qui s'op­ posent , comme il le prouve, à la pros­ périté du pays.


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BRÉSIL. « L a confession, continue-t-il, est celle de toutes les fonctions sacerdo­ tales qui prend aux prêtres le plus de temps, et j'ai vu cinq nègres expédiés en un quart d'heure. Si les ecclésiasti­ ques disent leur bréviaire, il faut que ce soit bien secrètement; car il ne m'est arrivé qu'une seule fois d'en sur­ prendre un remplissant ce devoir. Être prêtre, c'est une sorte de métier, et les ecclésiastiques eux-mêmes trouvent tout naturel de considérer ainsi le sa­ cerdoce. » M. de Saint-Hilaire, dans lequel ce­ pendant l'esprit religieux semble do­ miner, ajoute les derniers traits à ce tableau de l'état moral du clergé des Mines, en disant qu'il n'est pas sans exemple de voir des ecclésiastiques s'a­ donner ( à la lettre) au commerce, et même vendre en boutique. « Au reste, si les prêtres sont loin d'être exempts de torts, on doit se plaire à reconnaî­ tre qu'ils n'y ajoutent point celui de l'hypocrisie. Ils se montrent tels qu'ils sont, et ne cherchent nullement à en imposer par de graves discours ou par un extérieur austère. Hors des vil­ les, leur costume ne diffère nullement de celui des laïques, et personne n'est étonné de voir un curé avec des bot­ tes, une culotte de nankin et une veste d'indienne verte ou rose. » Nous ajouterons à ce tableau bizarre que nous avons vu nous-même, aux environs de San-Salvador, un curé taisant danser ses paroissiens au son de la guitare, sans que personne en fût scandalisé. M . de Saint-Hilaire, en provoquant des réformes importantes, veut qu'elles soient faites avec une ex­ trême prudence. TERMO

DE

MINAS-NOVAS.

Une

seule phrase fait assez comprendre l'importance qui s'attache à cette vaste contrée, encore inconnue il y a un siècle, et sur laquelle on n'a possédé, durant longtemps, que les renseignements les plus incomplets et surtout les plus vagues. « Le pays de Minas-Novas, comme le dit M . de Saint-Hilaire, diffère, par son aspect et par sa végétation, de tout ce qu'a pu observer l'explorateur qui vient de 23

E

Livraison.

(BRÉSIL.)

parcourir une partie du littoral et le pays des Mines. » Nous ajouterons que, par sa position centrale, ses grandes forêts désertes, sa population encore r a r e , ce termo est devenu l'asile de plusieurs tribus, qui cherchent à con­ server leur indépendance , et que sous ce r a p p o r t , de même que sous celui de l'importance agricole , il mérite le plus sérieux examen. Si quelques es­ sais fructueux de civilisation peuvent être tentés sur les nations indiennes, c'est bien dans ce pays q u i , par ses moyens de communication, se trouve en relation directe avec la côte orien­ tale et Rio de J a n e i r o , qu'on doit les m e t t r e à exécution. Malheureusement ces efforts, toujours louables, ne sau­ raient plus porter que sur des hordes à moitié d é t r u i t e s , appartenant pour la plupart à la race des Tapuyas, et se montrant par conséquent plus r e ­ belles et plus sauvages que les nations descendant des Tupis. Le termo de Minas-Novas, qui for­ me aujourd'hui une c o m a r c a , n'a pas moins de cent cinquante lieues de lon­ gueur sur quatre-vingt-six de large. M a i s , ce que l'on aura peine à c r o i r e , c'est que ce vaste territoire ne r e n ­ ferme qu'une faible population de soixante mille â m e s , que les géogra­ phes se trouveraient encore avoir beau­ coup exagérée, si l'on s'en rapportait au consciencieux P i z a r r o . Il y a dix ans environ, l'auteur de la statistique la plus complète du Brésil ne faisait monter qu'à vingt-sept mille âmes le total des habitants disséminés d a n s cette vaste solitude. Comme cela est arrivé pour toutes les contrées de l'intérieur, ce fut la recherche de l'or qui lit découvrir M i ­ nas-Novas. Cet événement arriva en 1726 ou 1727, et ce fut encore à des Paulistes, conduits par Sebastiào L e m e do P r a d o , que l'on dut ce nouvel ac­ croissement de territoire. Trois ans a p r è s , on bâtissait sur les bords d u Rio - Fanado, ou plutôt Falhado, u n e petite ville qui allait devenir la ca­ pitale, et on lui imposait la dénomi­ nation un peu pompeuse de Villa de Nosso-Sentior de Bom Successo das 23


354

L'UNIVERS.

Minas-Novas do Arassuahy. L'éta­ blissement prospéra, la ville s'accrut; m a i s , par bonheur pour ceux qui ont à écrire l'histoire de ces contrées, on réserva pour le style de chancelle­ rie , le premier nom imposé par les fondateurs, et l'on se contenta d'ap­ peler la nouvelle capitale villa do Fanado. C'est même sous ce nom qu'elle commence à acquérir une cer­ taine célébrité en raison de la fertilité extrême du territoire qui l'environne, et de son entrepôt de coton. Villa do Fanado n'est encore qu'une petite ville assez riante, pouvant con­ tenir deux ou trois mille habitants; mais il est diflicile de dire où s'arrê­ tera sa prospérité croissante : car plu­ sieurs écrivains, et entre autres M. de Saint-Hilaire, regardent le termo de Minas-Novas comme un des plus favo­ rablement situés pour le commerce qui existent, depuis que la route par eau sur le Jiquitihonha a été ouverte, et qu'elle permet une assez prompte communication avec la côte orientale. Quoique le territoire de Minas-No­ vas soit riche en lavages d'or, que l'on puisse s'y procurer des pierres de couleur en plus grande abondance peut-être que dans les autres provinces, et qu'il y ait même des diamants dont il serait difficile au gouvernement dese réserver exclusivement l'exploitation, les habitants ont eu le bon esprit de se livrer ardemment à l'agriculture; et aujourd'hui leurs cotons ont acquis une assez grande célébrité dans les différents ports de l'Europe, pour qu'on les compare à ceux des Alagoas et du Maranham. La multitude des plantations de cotonniers et l'abon­ dance de leurs produits ont développé même un genre d'industrie qu'on ne trouve que dans un bien petit nombre de localités au Brésil, et qui cependant, depuis l'abolition des priviléges, de­ vrait avoir reçu un grand développe­ ment dans la plupart des grandes vil­ les. Depuis plusieurs années, on fabri­ que à Villa do Fanado des tissus grossiers, et principalement des cou­ v e r t u r e s , qui sont expédiés pour Rio de Janeiro et pour Bahia. Fidèle à

habitude

notre de rappeler, en parlant d'un lieu, le genre de culture qui as­ sure sa prospérité, nous allons entre­ tenir le lecteur du cotonnier et de ses produits. CULTURE

DU

COTONNIER

S U R LE

L I T T O R A L E T D A N S MINAS N O V A S ( * ) .

Nous l'avons déjà dit au commence­ ment de cette notice, le coton est cul­ tivé depuis le nord du Brésil jusqu'aux délicieux plateaux de Campos-Geraes, à la base de la Serra das F u m a s , et cette culture s'étend dans le sud , jus­ qu'au 30 d e g r é ; mais il paraît que c'est dans la région non pluvieuse que le coton se plaît le mieux, et qu'il at­ teint l'âge de dix à quatorze ans. Dans les régions plus rapprochées de la côte, il acquiert une végétation trop vive, une constitution pléthorique qui l'épuisé plus promptement. Pour planter le cotonnier, il faut commencer par bien nettoyer le ter­ rain, c'est-à-dire, par abattre les arbres sans arracher les racines (**), détruire et briller les broussailles; cela se fait de septembre à décembre. U n e fois le terrain nettoyé, quatre nègres font des trous de quatre pouces tout au plus; des femmes qui les suivent y mettent la g r a i n e , et la recouvrent légèrement avec la main ou le pied. Au bout de huit à dix j o u r s , le jeune arbuste paraît, et il faut sarcler; car les lois de la végétation sont aussi fa­ vorables aux plantes que nous n'utili­ sons pas qu'à celles dont nous faisons usage. Aussitôt que le cotonnier a atteint deux pieds à deux pieds et d e m i , on coupe les bourgeons qui sont à l'ex­ trémité de ses branches, et l'on enlève surtout celui de la branche principale. Cette opération a pour but de faire re­ fluer la séve et de faire étaler la plante, et l'on évite une croissance de quinze à dix-huit pieds , qui serait fort incom­ mode pour la récolte. Cette opération, faite dans un âge si tendre , ne suffie

(*) Ces détails agricoles sont en partie extraits des Notes dominicales. (**) Si on les laisse en terre, ce n'est que pour se donner moins de travail.


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BRÉSIL. rait pas ; il faut la répéter deux à trois fois, à mesure que l'arbuste s'élève. Il y a , au reste , là-dessus des contro­ verses sur lesquelles la seule expérience peut éclairer. Lorsque les cotonniers ont produit pendant trois ou quatre années consé­ cutives, leurs branchages sont débili­ tés, et ne donnent que des fruits rares et petits. Il faut les receper, c'est-àdire en couper le t r o n c , et renouveler l'arbuste pour ainsi dire ; c'est ce qu'on appelle la descotacao: l'arbre pousse de nouvelles branches plus vigoureuses, qui rapportent autant que des plants nouveaux. Je crois que cette opération se fait vers le mois de juin. Je n'ai pas besoin de dire que les sarclages doivent être répétés d'autant plus f r é q u e m m e n t , que les pluies ont donné plus d'activité à la végétation: sarcler est l'ouvrage habituel des es­ claves ; on ne sarcle jamais assez. On recommande spécialement aussi de dé­ truire les reptiles dangereux qui se multiplieraient dans les broussailles, et qui feraient périr les esclaves au moment de la récolte. Il n'est pas r a r e , dans u n seul sarclage de douze à quinze arpents , de t u e r une douzaine de ser­ pents à sonnettes. Les nègres veillent a n'être pas surpris par le reptile; e t , aussitôt qu'ils l'aperçoivent, ils lui cassent les vertèbres avec une simple baguette. Dans nos pays b o r é a u x , la végéta­ tion suit rigoureusement les lois de la température, et l'ordredessaisons, fon­ dées sur celles-ci, permet de connaître l'époque des récoltes à quelques semai­ nes près. Dans cette région équatoriale, la température est en tout temps p r o ­ pre à la v é g é t a t i o n : on c i t e r a , pour exemple, le raisin dont il se fait au Brésil deux à trois récoltes dans une année. Chaque mois est donc à peu près également propre à semer et à recueillir. Les pluies seules engagent a planter dans un temps plutôt que dans un a u t r e . Ce serait donc eu égard au temps des pluies qu'on pourrait à peu près Juger de la récolte du coton. Mais elles sont inconstantes ; tous les cantons

ne les reçoivent pas en même t e m p s . Quoiqu'il n'en soit pas de même dans l'intérieur et à Minas-Novas, on peut presque dire q u e , dans la province de Pernambuco, on récolte du coton toute l'année. Le fruit du cotonnier pousse t o u j o u r s , mais il ne mûrit que quand il n'y a pas de pluie; aussi voit-on des cotonniers, qui ont donné une récolte en décembre et j a n v i e r , en produire encore une nouvelle en m a i , pour peu que la saison ait été sèche après les premières pluies de janvier. Telle est la difficulté des c o m m u n i ­ cations dans l'intérieur, que la majeure partie des cotons ne peut être t r a n s ­ portée que sur des chevaux ou en des­ cendant les fleuves. En employant ce dernier moyen , ils subissent de n o m ­ breuses a v a r i e s ; aussi préfère-t-on la voie des caravanes. Malheureusement, et cela ne saurait être a u t r e m e n t dans un pays privé de routes , les arrivages se font avec une extrême lenteur, et il n'est pas r a r e de voir des convois qui ont mis plusieurs mois à se rendre au bord de la m e r . Sur le littoral, et grâce à la permanence de récoltes, les entrées se succèdent pendant toute l'année. U n des grands bienfaits de la culture du cotonnier est que tous ses fruits ne mûrissent pas à la fois ; on voit s u r l'arbre le b o u t o n , la fleur et la capsule. L e c u l t i v a t e u r , visitant son c h a m p , aperçoit-il des capsules qui commen­ cent à s'ouvrir, il y envoie immédiate­ ment ses n è g r e s ; chacun de ceux-ci est muni d'une corbeille qui peut con­ tenir une arroba (*) de capsules ; trois doigts seulement doivent être employés à faire cette cueillette, et il doit veil­ ler s u r t o u t à briser la tige sans t r o p ébranler l'arbre. Le commandeur, a r m é d'un fouet, surveille cette o p é r a t i o n , et punit les négligences. Aussitôt que le champ a commencé ainsi à blanchir, on peut y envoyer les nègres tous les m a t i n s ; de nouvelles capsules se s o n t o u v e r t e s , et l'on recueille ainsi à peu près plusieurs j o u r s pendant plusieurs mois. La quantité à recueillir devient si r é g u l i è r e , qu'il y a des planteurs (*) Quatorze kilogrammes et demi. 23.


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L'UNIVERS.

qui fixent une tâche à chaque esclave, punissant d'une férule le pauvre diable, pour chaque livre apportée de moins que le tarif, et lui donnant une légère bonification quand ce tarif est excédé. Il y a des nègres libres qui cueillent, le coton à dix reis (cinq liards par arroba) ; ils y gagnent peu , mais ils se r e t i r e n t , d i t - o n , sur les vols qu'ils peuvent com­ mettre. Quand les capsules sont recueillies , on les fait sécher au soleil. Si on les emmagasinait avant qu'elles fussent bien sèches, il se produirait une pe­ tite fermentation qui ferait jaunir le coton. U n e fois sèches et emmagasinées, les capsules , avant d'être nettoyées, ont beaucoup à craindre des r a t s , qui sont très-friands de la g r a i n e , et q u i , pour l'atteindre, déchirent les fibres du coton. Le meilleur moyen de pré­ venir ce dommage, est de les couvrir d'une toile, s u r laquelle on étend de vieilles graines. Les rats s'en tiennent alors à la provision qui leur est r é ­ servée. A Minas-Novas, le semis du coton­ nier se fait ordinairement en octobre; e t , ce qu'il y a d'assez remarquable, c'est qu'on est dans l'usage de jeter des grains de maïs dans le trou où l'on n'a déposé qu'une semence de cotonnier. La croissance de l'un ne nuit pas au développement de l'autre, tant s'en faut. Dans cette région , les cotonniers ne persistent guère que cinq ou six ans. On évalue à trois mois le temps que dure la récolte: elle commence à partir du mois de m a i , et c'est au mois d'août qu'elle finit dans l'intérieur. Le coton a plus d'un ennemi ; mais c'est surtout une certaine chenille arpenteuse qui dévore ses feuilles, et qui lui fait le plus de tort. Il s'agit maintenant d'indiquer com­ m e n t on débarrasse le coton de sa graine et de son enveloppe: c'est ce que les cultivateurs appellent descaroçar.- Autrefois cette opération se fai­ sait à la main , avec une perte de temps infinie. Aujourd'hui on fait passer le coton entre deux baguettes d'un pied de long, sur environ six lignes de dia­

mètre. U n nègre leur donne un mou­ vement giratoire opposé, au moyen d'une roue d'abatage; un autre pré­ sente le coton en graines, qui livre sa laine aux cylindres, tandis que sa graine tombe à t e r r e . Cette machine ne nettoie par jour que deux a r r o b a s , vingt-neuf à trente kilogrammes de coton en graines, d'où provient le quart en coton net. La lenteur de ce travail a nécessité l'invention de machines plus expéditives : dans les grands ateliers , on en a qui sont mues par des animaux , et qui nettoient cent vingt-huit arrobas de m a t i è r e , d'où proviennent trente et un de coton net. Sur le littoral, le coton nettoyé est mis dans des sacs de quatre et demi à cinq et six arrobas ; l'usage veut que l'on n'emploie que trois varas d'em­ ballage pour chaque s a c , de sorte que le poids dépend de l'ensacheur. A Mi­ nas-Novas, dit M. de S a i n t - H i l a i r e , le coton en laine et les couvertures s'emballent dans des espèces de sacs ou de boîtes (boroacas ou bruacas), faites avec des cuirs de bœuf écrus. On emploie un ou deux cuirs pour fa­ briquer ces boites. On fait les coutures avec des lanières qui sont également de c u i r , et l'on met toujours les poils en dehors. Ces boîtes sont carrées sur leurs faces, et ont quatre palmes de l a r g e , avec autant de hauteur; mais leur épaisseur n'est que de deux palmes. Elles se ferment avec un couvercle qui retombe comme un portefeuille. Les uns ensachent à la m a i n , en foulant le coton avec leurs bras et un pilon, les autres en suspendant les sacs à quatre cordes, et pressant avec le pilon et leur propre poids ; c'est ce que nous appelons en France balles en pelotes : mais un homme ne peut guère faire de cette manière qu'un sac par jour. POPULATION

DE

MINAS-NOVAS.

Nous avons dit qu'à Minas-Novas on manufacturait une partie des cotons sur les lieux ; ce qui peut faire croire à l'augmentation rapide de cette in­ dustrie naissante, c'est l'accroissement progressif que l'on voit s'effectuer


B R É S I L .

357

dans la population. Tandis q u e , d a n s habitent la lisière des f o r ê t s , et s'il y l'excellent Voyage autour du m o n d e , a amélioration dans l'état moral des de M. de F r e y c i n e t , un observateur habitants de Minas, ces hordes e r r a n t e s constate le peu d e fécondité des femmes doivent nécessairement y participer. de Rio de J a n e i r o , tous les explora­ OR DE MINAS-INOVAS. FIERRES teurs qui pénètrent dans le sertäo de P R É C I E U S E S . F A I B L E S A V A N T A G E S Minas sont frappés du cas contraire. Q U E P R É S E N T E L E U R R E C H E R C H E . I I Il est très-commun de rencontrer, dans paraît qu'à l'époque où les habitants les Campos-Geraes et dans Minas-No- de Minas-Novas se livraient à l'exploi­ vas, des femmes qui o n t douze ou tation des sables aurifères , l'or qu'ils quinze enfants. On affirma m ê m e , il recueillaient était remarquable par s o n y a une vingtaine d'années , à un voya­ extrême pureté. Il est probable q u e geur, qu'il existait, à Villa do F a n a d o , cette circonstance n'échappera pas à trois maisons qui formaient à elles la Compagnie anglaise, qui a établi le seules un total de cent individus. Il siége de ses principales opérations à semble donc q u e , dans ces contrées Congo Soco. On doit souhaiter q u e reculées et d é s e r t e s , l'augmentation cette population, toute agricole, aban­ de la population s'élève en raison du donne les chances de la minération à besoin politique et social. C'est u n e des étrangers qui t i e n n e n t à leur dis­ grande loi providentielle, qui n'est pas position les ressources de l'industrie restée inaperçue des observateurs; e t e u r o p é e n n e , et qu'elle persiste d a n s l'accroissement rapide des habitants de la voie qu'elle semble avoir adoptée. l'Amérique du Nord se présente à la L e sol de Minas-Novas e s t tellement pensée comme un exemple remarquable v a r i é ; il p r é s e n t e , selon les directions du fait que nous signalons. d i v e r s e s , une telle succession de fo­ Il suffit de j e t e r un coup d'ceil s u r r ê t s , de pâturages et de terrains p r o ­ la position géographique d e ce dis­ pres aux cultures les plus différen­ trict , et de se rappeler combien doi­ tes (*), qu'on doit faire des vœux p o u r vent être rares encore les c o m m u n i ­ que des travaux agricoles, si bien com­ cations avec la capitale (Villa do m e n c é s , ne soient plus i n t e r r o m p u s Fanado n'est pas à moins de deux cents pour la vaine recherche d e s filons m é ­ lieues de R i o ) , pour se figurer ce que talliques et des pierres précieuses. Sans peut être en général la faible population de Minas-Novas. Elle se compose pres­ que entièrement de gens de couleur, (*) «Ce pays peut être divisé, d'après sa ou de colons nouvellement établis, végétation naturelle et l'élévation de ses dif­ qui viennent t e n t e r la fortune s u r férentes parties, eu quatre régions fort iné­ ce territoire encore peu exploité. Bien gales, niais très-distinctes: à l'orient, celle que ces hommes laborieux se fas­ des forêts s'étend sur la frontière, du s u d sent r e m a r q u e r par leur caractère hos­ ouest au nord-est ; après elle vient la région pitalier, affectueux, ennemi des que­ des Carrascos , qui est fort élevée, et où le relles , il y a en eux une sorte de r u s ­ froid se fait sentir dans les mois de juin e t ticité g r o s s i è r e , qui les rend bien de juillet; la région des Catingas, beaucoup différents des habitants de Minas-Ge- plus chaude et si propre à la culture des raes; on les représente du reste comme cotonniers, est située sur les bords de l'Arassuaby , et entre cette rivière et le Jiquitinétant fort disposés à faire tous les honha; enfin la région des Campos, peutsacrifices pécuniaires nécessaires à la être plus chaude encore, se trouve com­ prospérité publique, et il est probable prise entre le Jiquitinhonha et le San-Fran­ qu'avant peu d'années des moyens cisco. Cette dernière est très - propre à plus faciles d'instruction a u r o n t r e ­ l'éducation des bestiaux, et fait partie de médié à u n état de choses q u e signa­ l'immense contrée que l'on appelle, à cause lent tous les voyageurs. Déjà la popu­ de sa faible population, le sertâo ou désert.» lation indienne de ce district se mêle Ang. de Saint-Hilaire, Voyage au Brésil, plus fréquemment avec les colons qui première relation, t. I I , p . 3 .


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L'UNIVERS.

gnifique émeraude, d'une chrysolithe, ou même d'une aigue-marine qui dé­ passe les dimensions ordinaires, peut enrichir tout à coup celui qui l'a faite. Mais, dans ces contrées désertes, l'es­ poir de rencontrer un semblable tré­ sor est tout à fait semblable à celui qu'inspiraient à la population labo­ rieuse nos jeux de hasard , avoués na­ guère encore par le gouvernement ; c'est le quine à la loterie, qui a ruiné t a n t d'individus. Il ne faut pas oublier qu'à Minas, les chercheurs detopazes et d'améthystes sont souvent les hommes les plus pauvres, et qu'un homme qui iasse misérablement sa journée à laver e sable aurifère d'un ruisseau , doit se trouver heureux quand il a gagné une somme équivalente à vingt-cinq sous. Il n'en est pas de même des agricul­ t e u r s ; et, si leur fortune est médiocre, ils vivent au moins dans une sorte d'abondance. P L A N T E S U T I L E S . P a r la disposition du sol et la diversité de son exposi­ t i o n , le district de Minas-Novas pré­ sente une variété de plantes médicinales, plus grande peut-être que dans aucune a u t r e province. Les v e r t u s , plus ou moins énergiques de quelques - unes d'entre elles, ont été révélées aux co­ lons par les indigènes e u x - m ê m e s ; mais souvent aussi ces vertus ont été exagérées , ou bien leurs effets ont été observés sous l'empire de certains préjugés qu'il importe aujourd'hui de détruire. C'était donc un vœu fort sage que celui qui était émis dernière­ m e n t par un de nos voyageurs les plus accrédités, et qui consistait à ce que des botanistes éclairés fussent envoyés sur les lieux m ê m e s , nonseulement pour observer les végétaux signalés à l'intérêt public, mais pour constater leur action comme médi­ c a m e n t s , et pour recueillir les tradi­ tions qui en ont fait adopter l'usage. C'est le seul moyen d'obtenir une matière médicale complète du Brésil, à laquelle les naturalistes français et allemands ont si activement travaillé dans ces dernières années. T o u t le monde sait d'ailleurs que dans ces fo­ rêts désertes un champ immense est

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laissé à l'observation en cette circons­ tance. Ce ne sont pas seulement les Indiens qui ont enseigné les colons, et il est de tradition constante aujour­ d'hui , que c'est au guara , au loup du Brésil, que l'on doit la connaissance des vertus curatives de l'ipécacuana. S A U V A G E S D E M I N A S - N O V A S . Parmi les débris de nations indiennes qui errent encore dans les grandes forêts de l'Est, ou que l'on a commencé à réunir en villages, il faut compter sur­ t o u t , avec les Botocoudos, les Macunis et les Malalis. Les premiers nous ont déjà occupé lorsque nous avons décrit la côte orientale; les deux autres of­ frent quelques traits caractéristiques vraiment curieux à observer. Ainsi que nous l'avons déjà fait re­ marquer, ces deux peuples n'appar­ tiennent pas à la grande nation des T u p i s , qui dominaient la côte. Bien qu'ils se soient fait la guerre j a d i s , et qu'ils parlent un idiome différent, comme cela arrive si souvent aujour­ d ' h u i , sous l'influence brésilienne, ils ont formé une sorte de confédération, où l'on distinguait naguère quelques restes des P a n h a i n e s , des Copoxos et des Monoxos. Ils avaient d'abord formé un village florissant à Porto de S a n t a - C r u z , lorsqu'il y a une ving­ taine d'années une maladie épidémique enleva une partie de cette population naissante. Aujourd'hui la tribu des Macunis habite un lieu qu'on nomme Alto dos Bois, et elle est toujours en guerre avec les Botocoudos. Lorsque ces Indiens se présentérent, en 1787, dans l'aidée qu'ils occupent mainte­ nant , et où il n'existait que trois co­ lons, ils allaient complétement nus, et n'avaient aucune idée de la civilisa­ tion européenne. Depuis, ils sont entrés en de fréquents rapports avec les ha­ bitants de Minas , et ils ont été bapti­ sés; mais le respect vraiment religieux qu'ils conservent pour leurs ancêtres est sans doute la cause du peu de pro­ grès qu'ils ont fait dans l'état social. L e u r grossièreté frappe tous les voya­ g e u r s ; e t , bien qu'ils répètent machi­ nalement, soir et matin, leurs prières en portugais, on ne saurait dire qu'ils


BRÉSIL. aient la moindre idée des devoirs qu'impose la religion chrétienne. Bien différents de ce que sont aujourd'hui les Botocoudos, dont on a fréquem­ ment occasion de signaler la p r o b i t é , ils sont fort enclins au v o l , et l'adul­ tère leur parait une faute assez légère, pour q u e , moyennant le moindre pré­ sent, un mari laisse partager ses droits aux é t r a n g e r s . Ce que ces Indiens ont emprunté aux colons, c'est l'usage de se vêtir. Les hommes portent un caleçon et une c h e m i s e ; les femmes ont rem­ placé par une jupe de coton la simple corde dont elles se ceignaient les reins ; quelquefois elles joignent à ce vête­ ment si exigu une chemise. M. de Saint-Hilaire, qui a bien observé ces Indiens, vante leur industrie, et rappelle qu'ils mettent leur a m o u r - p r o p r e à surpasser les Portugais dans ce qu'ils entreprennent. Mais, comme il le dit aussi, ils sont i n c o n s t a n t s , mobiles, paresseux, et ils n'ont rien perdu de l'imprévoyance qui caractérise les hommes des forêts. « Ils n'amassent ja­ mais d'argent ; souvent ils mangent leur maïs avant qu'il soit m û r , ou ils consomment en peu de mois la provi­ sion qui aurait pu leur servir pour une année entière. Plusieurs élèvent des poules, et il leur arrive de les tuer toutes à la fois, ou bien, s'ils ont des cochons, ils n'attendent pas que la femelle mette b a s , mais ils l'éventrent pour dévorer les petits. Manger et se livrer aux plaisirs de l'amour, c'est à peu près là ce qui occupe toute leur pensée. « Eh b i e n , qui le croirait ? ces hommes qui semblent si complétement dominés par les plaisirs sensuels, ces pauvres Indiens dégénérés, dont la race va s'é­ t e i n d r e , ont une sensibilité a r d e n t e , et qu'on ne trouve pas toujours chez les peuples les plus civilisés. On a vu chez les Macunis des pères mourir de dou­ leur après la m o r t de leurs enfants. Et ce fait rappelle ce qui arriva à Salvador Gilii sur les bords de l'Orenoque, où il remarqua un Indien qui avait planté un bosquet de bananiers sur la tombe de sa fille, et qui chaque jour allait y pleurer. Chez les M a c u n i s , lorsque

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la tribu est assemblée, et que l'on vient à rappeler l'histoire des ancêtres, des larmes abondantes témoignent du sou­ venir de tendresse qui se rattache à leur mémoire. Tel est le respect que l'on a , chez cette peuplade, pour tout ce qui vient des temps anciens , qu'on a vu naguère encore les guerriers qui la composent refuser de faire à leurs armes de chasse un changement qui les eût améliorées, parce qu'ils craignaient d'offenser en agissant ainsi la mémoire de leurs pères. Mais que dire d'une horde qui ne comptait déjà plus qu'une centaine d'individus il y a environ vingt a n s , et dont la popu­ lation a dû aller toujours en dimi­ n u a n t ? le seul vœu que l'on puisse émettre à leur é g a r d , c'est celui qui a été déjà fait tant de fois. T r o p peu nombreux pour former un corps de nation dont on s'occupe spécialement, il est vivement à d é s i r e r , pour les M a c u n i s , qu'ils sentent la nécessité de former des alliances avec les h o m ­ mes et les femmes de couleur. Cela ne s'applique pas uniquement à ces I n ­ diens. Sur bien des points de MinasNovas, c'est le seul moyen de faire pas­ ser dans la population active les restes de t a n t de nations qui menacent a u ­ jourd'hui de s ' é t e i n d r e , et cela p e u t être avant la fin du siècle. M A L A L I S . Il en est à peu près des Malalis comme de leurs anciens alliés, ils sont aujourd'hui bien peu nom­ breux. Poursuivis par les Botocoudos, ils vinrent chercher un asile près des P o r t u g a i s , et ils commencèrent à se livrer à l ' a g r i c u l t u r e ; l'épidémie de 1814 en enleva un grand n o m b r e , et ceux qui y résistèrent n'échappèrent à cette cruelle maladie qu'en aban­ d o n n a n t le village qu'ils avaient fondé avec les P a n h a m e s et surtout les Mon o x o s , dont ils se disent les descen­ d a n t s . Ces pauvres Indiens ont con­ servé dans leur aidée la maison du conseil, en souvenir de leur ancienne indépendance. Néanmoins ils dépen­ dent complétement des Brésiliens, dont ils se trouvent environnés. Catéchises depuis quelques années,comme les Machacalis et t a n t d'autres tribus, on les


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dit chrétiens, et ils vont à confesse ; mais leurs idées sur la religion sont bien étranges sans doute, et elles don­ nent une opinion bien triste de ce que peuvent ê t r e , chez la plupart des na­ tions indiennes, les prétendus prin­ cipes qu'on est parvenu à leur incul­ quer. Interrogés par un voyageur sur le nom de D i e u , ils le désignèrent sous le nom de Tupan; puis, quand on vint à leur faire également quelques questions sur saint Antoine, le patron de leur village, ils ne surent pas trou­ ver u n e autre dénomination pour le désigner et probablement aussi pour caractériser son pouvoir. D A T A Q U A R A C O N S I D É R É COMME ALI­ M E N T . On se rappelle probablement

plaies, qui se cicatrisent avec une ex­ trême promptitude. P A N H A M E . Nous ne quitterons pas les Indiens de cette partie de MinasNovas sans rappeler un fait curieux, c'est q u e , dans le voisinage des Malalis, M. de Saint-Hilaire rencontra un homme de la race des Panhames, qui ne portait sur sa physionomie aucun des traits de la race indienne , et dont la figure au contraire semblait offrir ce caractère de bonne foi naïve qui appartient à quelques paysans français. Il est fâcheux qu'un plus grand nombre d'individus appartenant à la même h o r d e , n'aient pas permis de multi­ plier les observations, et de savoir s'il n'y avait pas là un type à p a r t , qui se reproduit chez toute la nation.

ce que nous avons dit, au commence­ m e n t de cette notice, du bicho da taquara qui procure aux Malalis un sommeil extatique. Il paraît que l'u­ sage immodéré de cet insecte pro­ duit sur la constitution des sauvages, les effets les plus délétères, et que l'ex­ cès des boissons enivrantes lui serait moins fatal que celui de cette étrange substance. C'est probablement par un tremblement nerveux général, et par l'engourdissement de tous les sens, que les Malalis payent l'ivresse prolongée que leur procure cet insecte. Aux dé­ tails que nous avons déjà donnés nous ajouterons que le bicho da taquara ne sert pas uniquement à l'usage au­ quel l'emploient les Indiens de Minas; quand on a eu le soin d'arracher la tête et le tube intestinal, il fournit une graisse tres-fine, que l'on recueille dans des vases, et dont on se sert pour l'as­ saisonnement de certains mets. L o r s ­ qu'on peut surmonter une répugnance fort naturelle, et qu'on se décide à le manger cru, il a, d i t - o n , le goût de la crème la plus délicate; e t , sous ce r a p p o r t , on peut le comparer à cer­ taines larves du murichi d o n t , au rap­ port de Leblond, les Guaraons de l'Orénoque font leur nourriture la plus recherchée. Séché et réduit en p o u d r e , le bicho da taquara acquiert des qua­ lités curatives, vraiment précieuses, et l'on s'en sert alors pour guérir les

C ' e s t ce dernier pays que l'on appelle proverbialement le jardin du Brésil; mais, pourqu'il paraisse mériter ce nom au voyageur européen, il ne faut pas que celui-ci le parcoure durant la sai­ son des sécheresses ; c'est à l'époque où l'hivernage vient de rendre sa première fraîcheur à la t e r r e , c'est au temps où des graminées abondantes couvrent les riantes élévations qui font onduler la campagne, et lorsque de beaux arbres isolés surgissent de loin en loin pour se parer de fleurs et de f r u i t s , que les campos peuvent mériter ce nom. Dans l'autre saison, et lorsque le soleil a brûlé la t e r r e , ce sont des pâturages désolés, dont rien n'interrompt la mé­ lancolie. On l'a dit avec une grande vérité d'expression : « C'est toute la tristesse de nos hivers avec un ciel brillant et les feux de l'été. » Qu'est-ce donc en réalité que cette région qu'on appelle le d é s e r t , dans un pays qui offre encore lui-même de si vastes solitudes. Le sertao de Mi­ nas ( c a r chaque province a le sien) forme à peu près la moitié de cette grande contrée. Quoique ses limites soient assez vagues, il s'étend environ depuis le 13° jusque vers le 21° de la­ titude. Après avoir embrassé, au midi, une faible portion de la comarca du Rio das M o r t e s , à l'orient il englobe une partie considérable des districts

N O U V E A U X DÉTAILS SUR LE

BICHO

SERTAO DE MINAS,CAMPOS-GERAES.


BRÉSIL. de Sabara et du Serro do F r i o ; à l'ouest, toute la comarca de P a r a c a t u , située au couchant du fleuve San-Francisco, peut être regardée comme faisant partie du sertao. « A u s s i , comme le dit un voyageur, il ne faut pas croire que le sertao soit borné a la seule province de Minas-Geraes, il se prolonge dans celle de Bahia. » Qu'on lise le prince de N e u w i e d , Spix et Martius , M. Auguste de SaintHilaire, tous les auteurs enfin q u i , dans ces derniers t e m p s , ont visité l'intérieur du B r é s i l , ils sont unani­ mes dans leur opinion sur le sertao et sur ses habitants. Cette vaste con­ trée, entourée de m o n t a g n e s , mais qui n'offre, dans son étendue, que des élévations peu considérables , présente presque partout la même physiono­ mie. Ce n'est guère qu'en s'avançant vers le Rio San - Francisco qu'elle change un peu de caractère. De pau­ vres villages, établis de loin en l o i n , et fort peu peuplés, quelques rares fazendas, où l'on s'occupe de l'agricul­ ture, un assez grand nombre de c o r a e s , espèces d'enclos grossiers où l'on réu­ nit les bestiaux lorsqu'on veut les marquer du fer chaud qui porte le chiffre du propriétaire, ou bien lors­ qu'on veut les abattre ; voilà à peu près tout ce qui atteste le travail des nommes. Des pâturages sans fin, cou­ verts d'une assez belle espèce de bes­ tiaux , dont on prend soin à p e i n e , quelques animaux sauvages parcou­ rant le d é s e r t , voilà ce que le voya­ geur r e n c o n t r e , pendant des semaines entières, d u r a n t une marche monotone. H A B I T A N T S D U S E B T A O . A U milieu des populations de l'intérieur, les sertanejos, les pasteurs du d é s e r t , ont essentiellement une physionomie à part, et qui rappelle celle des habi­ tants de l'intérieur de Pernambuco , que déjà nous avons fait connaître. On s'accorde à les peindre comme étant généralement hospitaliers, g é n é r e u x , on parle même de leurs m œ u r s bien­ veillantes; mais aussi tous les voya­ geurs qui les visitent sont frappés en arrivant chez eux d'une paresse qui pa­ ralyse les plus heureuses qualités. Nulle

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instruction ne les vient chercher dans leurs déserts, et ils finissent par se t r o u ­ ver étrangers aux plus simples notions de la morale et de la religion ; e n un m o t , une profonde indifférence pour tout ce qui existe au delà de leur solitude est le trait distinctif de leur caractère. Discuter serait pour eux une fatigue, et cette fatigue de la simple conversation, ils ne sauraient la prendre. Aussi un voyageur qui les a visités a-t-il dit éloquemmént, « qu'il avait v u , avec une sorte d'effroi, une grossière incrédulité se glisser parmi ces pasteurs du désert.» L e manque de croyance religieuse, chez ces hommes i g n o r a n t s , ne les garantit point des superstitions les plus bizarres ; et, si le sertao de Minas n'est point le pays des pratiques minutieuses du c u l t e , comme certaines parties du B r é s i l , c'est le pays des devins et des s o r ­ ciers. Il y a une vingtaine d ' a n n é e s , c'était un noir qui était, dans ces con­ t r é e s , le prophète en c r é d i t , et sa ruse savait m e t t r e à profit, pour s'en­ r i c h i r , tout le pouvoir imaginaire que lui prêtaient ses grossiers voisins. E n dépit de cet esprit de fainéantise, et même de la corruption qui l'accom­ pagne , les sertanejos ont les facultés les plus remarquables ; e t , avec quel­ ques s o i n s , il serait aisé de t o u r n e r leur intelligence vers les travaux in­ dustriels , ou même vers ceux qui exi­ gent une sérieuse contention d'esprit. Espérons que le g o u v e r n e m e n t , qui s'occupe en ce m o m e n t , d'une manière active , de l'établissement des écoles p r i m a i r e s , n'oubliera pas le sertao de Minas, et qu'on ne trouvera plus, d a n s ces solitudes, des hommes q u i , p a r leur ignorance absolue des choses les plus simples , feraient d o u t e r s'ils d e s ­ cendent primitivement d ' u n e souche européenne. En effet, il est des ser­ tanejos qui pourraient ê t r e , au besoin, confondus avec les hordes les plus grossières. Il n'y a plus néanmoins d'Indiens dans le désert. Le manque presque absolu de forêts les a repoussés vers d'autres lieux. On remarque peu de dans sertao

noirs ; ici, comme

le

de


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L'UNIVERS.

P e r n a m b u c o , l'insouciance inhérente à leur r a c e , fait craindre en général de leur confier les troupeaux. Les blancs de race pure sont également fort rares; qu'iraient-ils faire dans ces lieux recu­ lés? Les sertanejos se composent pour la plupart de gens de couleur, parmi lesquels sans doute il serait facile de reconnaître quelques-uns de ces mam a l u c o s , q u i accompagnèrent les pre­ miers Paulistes, et qui se sont mêlés depuis à d'autres métis. Ce qu'il y a de positif, c'est que ces hommes qui descendent de races si différentes , et qui durent accueillir dans l'origine une foule d'aventuriers que leurs délits avaient entraînés dans le désert, se sont adoucis peu à peu. Jadis les crimes étaient si fréquents, et ils étaient si rarement p u n i s , que les sertanejos avaient une réputation redoutable parmi toutes les populations de l'inté­ r i e u r . Aujourd'hui les meurtres sont d'une rareté extrême. S i , comme tous les pasteurs de l'Amérique méridio­ nale, le sertanejo ne sort de son habi­ tation qu'à cheval et toujours a r m é , c'est plutôt afin de poursuivre le gi­ bier qui erre dans ses c a m p o s , que p o u r se défendre. En effet, il existe peu de contrées dans le Brésil aussi abondantes que le sertào en oiseaux rares et en mammifères. C H A S S E AU C E R F . P R É P A R A T I O N S I N G U L I È R E D E S P E A U X . I c i , les Cerfs

de la grandeespèce sont communs, et les sertanejos ont dans tout l'intérieur une renommée de chasseurs au veado (c'est le nom brésilien de cet a n i m a l ) , que ne dément jamais leur habileté; tantôt ils le forcent avec le secours de leurs chiens ; d'autres fois, mettant en usage une ruse empruntée sans doute aux I n d i e n s , ils marchent à quatre pattes le long d'un ruisseau, en se couvrant de feuillage, et ils parviennent ainsi près de leur proie, qu'ils peuvent ajus­ t e r à loisir. On l'a déjà v u , les peaux de cerf sont devenus un objet de pre­ mière nécessité dans le sertào ; c'est avec elles que les pasteurs cavaliers font ce vêtement de cuir qui leur donne un aspect si original, et qui les garantit si bien des blessures dange­

reuses qu'ils se feraient dans les halliers, sans cette espèce d'armure com­ plete. P o u r donner aux peaux la sou­ plesse nécessaire, ils se servent d'un moyen qui n'est guère employé dans nos mégisseries d'Europe : ils les frot­ tent à plusieurs reprises avec de la cer­ velle , et elles finissent par acquérir, au moyen de cette opération, une douceur au toucher, qui les ferait singulière­ m e n t rechercher dans nos villes si elles étaient mieux connues. L'expérience néanmoins ayant appris, dans le sertào, que les peaux préparées de cette ma­ nière ne duraient guère plus d'un an, on leur donne un bain de suif, avant de les préparer, d'après le procéde que nous venons de faire connaître. Après qu'il a donné quelques soins à ses troupeaux, qu'il les a marqués d'une marque particulière dans le cor a l , qu'il s'est e m p a r é , au moyen du laço, des jeunes chevaux destinés au c o m m e r c e , la grande occupation du sertanejo, c'est donc la chasse, c'est l'art de se procurer de belles peaux, qu'il emploie pour l u i - m ê m e , ou dont il trouve un débit assuré dans les pays environnants. Aussi près de chaque ha­ bitation, voit-on de grands cuirs de bœuf, attachés de manière à remplacer les cuves dans lesquelles on commence chez nous les opérations de la mégis­ serie. Là on voit préparer indistinc­ t e m e n t , et par des procédes fort grossiers, les peaux appartenant aux animaux les plus différents. C'est du sertäo que viennent quelquefois ces belles peaux de serpent sucuriu, dont on fait des bottes ou des selles, et qui conservent, malgré l'opération du tan­ n a g e , la trace en relief des écailles sy­ métriquement rangées. MANIÈRE

DE

VIVRE

DES

HABI­

T A N T S DU SEBTAO. Malgré la fertilité de la t e r r e , il ne faut jamais s'atten­ dre à trouver près de l'habitation du sertanejo un jardin où il pourrait faire croître la plupart des légumes qui viennent dans l'intérieur du Brésil. Dans plusieurs localités,la nourriture générale se compose uniquement de farine de manioc trempée dans du lait, car on est convaincu que le maïs pro-


BRÉSIL. duit des maladies de peau ; dans d'au­ t r e s , les bestiaux sont assez abondants pour qu'on se nourrisse uniquement de viande, en y joignant les petits hari­ cots noirs qui jouent un rôle si im­ portant dans l'économie intérieure du Brésil. P a r t o u t le sertâo fournit en abondance des fruits sauvages, parmi lesquels il faut compter celui du pal­ mier b o r i t y ; et il arrive plus d'une fois q u e , dans les lieux isolés, ce soit à peu près l'unique ressource du pasteur. On a si souvent rapporté avec quelle adresse les Guauchos et les Peons des Pampas savaient faire usage du laço ou des bolas pour s'emparer des bes­ tiaux; on les a si fréquemment repré­ sentés comme soumettant sans efforts les chevaux de leurs vastes d é s e r t s , au moyen d'une course forcée qui les dompte infailliblement, que nous omet­ tons ici ce qui a été dit a u t r e p a r t sur ce sujet avec tous les détails dési­ rables. Nous nous contenterons de rappeler q u e , si les sertanejos sont d'une habileté peu commune a jeter le laço, ils ne font pas usage des bolas ; d'autre p a r t , la configuration du sol et l'abondance de la végétation les obligent a une garde plus active et sou­ vent plus difficile que celle à laquelle sont contraints les Guauchos. A r m é s de la longue lance dont nous avons parlé en décrivant le pays de G o y a z , ils risquent quelquefois leur vie en poursuivant les bestiaux au milieu des Catingas ou même parmi les bois isolés des Campos. Comme les pasteurs du Pérou , comme ceux d u Chili et des P a m p a s , les sertanejos du Brésil ont leurs yarabis, leurs tristes, leurs chants d'amour, qu'ils répètent dans la soli­ tude ; ces modinhas mélancoliques que pourraient leur envier les habi­ tants de S a i n t - P a u l , ils les ont em­ pruntées sans doute aux heureux habi­ tants des vallées de Piratminga. Ils ont aussi leurs chants des p â t u r a g e s ; et nous l'avouerons, une fois qu'on les a e n t e n d u s , il nous semble difficile d'ou­ blier cette poésie sauvage, rêvée dans le désert. C'est parce que nous avons

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écouté avec u n e émotion profonde u n de ces pasteurs exilés , que nous avons essayé de peindre déjà dans un autre ouvrage une poésie que nul ne s'oc­ cupe de recueillir, et qui est marquée cependant par une inspiration puis­ sante (*). L e s Campos - Geraes touchent au s e r t à o , o u , pour mieux d i r e , ils en font p a r t i e ; et nous ne quitterons pas l'intérieur du Brésil sans en dire en­ core quelques m o t s . Mais ici un voya­ geur qui excelle a peindre en t r a i t s ra­ pides l'aspect du paysage nous servira de guide. « L e t e r r a i n s'abaisse de plus en plus jusqu'à I l h a , dit le prince de Neuwied, et les arbrisseaux diminuent aussi de h a u t e u r dans la même p r o ­ p o r t i o n , jusqu'à ce que l'on arrive à la vue des Campos-Geraes, qui se pré­ sentent comme un monde nouveau. Des plaines immenses, entièrement dé­ nuées de f o r ê t s , ou bien des collines à pente douce , qui se prolongent en chaînes, et qui sont couvertes d'herbe sèche et haute et d'arbrisseaux épars, se développent à perte de vue. Ces c a m p o s , qui s'étendent jusqu'au Rio San-Francisco, jusqu'à P e r n a m b u c o , à Goyaz et au delà, sont coupés dans différentes directions par des vallées où naissent des rivières qui, de ce pla­ teau élevé, descendent vers la m e r . L a plus remarquable est le Rio SanF r a n c i s c o ; il prend sa source dans la Serra da C a n a s t r a , que l'on peut r e ­ garder comme formant la limite entre les capitaineries de Minas-Geracs et de Goyaz. D a n s les vallées qui coupent cette chaîne et ces plateaux n u s , les bords des rivières et des ruisseaux sont garnis de forêts; des bois isolés se trouvent aussi cachés dans ces en­ foncements , surtout en approchant des frontières de Minas-Geraes. Ce genre de forêts est un des principaux t r a i t s caractéristiques de ces campagnes (*) Voyez les Scènes de la nature sous les tropiques, et de leur influenee sur la poésie. Voyez aussi , relativement au génie poétique des Brésiliens, notre Résumé de l'histoire littéraire du Portugal et du Brésil.


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découvertes. On s'imagine quelquefois avoir devant soi une plaine continue, et tout à coup on se trouve sur les bords d'une vallée étroite profondé­ ment escarpée, l'on entend un ruis­ seau m u r m u r e r au fond, et l'œil plonge sur les cimes d'une forêt dont les ar­ b r e s , embellis par des fleurs variées, garnissent ses rives. I c i , dans la sai­ son froide, le ciel est constamment c o u v e r t , le vent continuel; dans la saison sèche, la chaleur est d'une ar­ deur étouffante, toute l'herbe est des­ séchée, le sol brûlant, l'eau manque entièrement. Cette description prouve que les Campos - Geraes du Brésil oriental, quoique dépourvus de forêts et généralement unis , diffèrent cepen­ dant des steppes de l'ancien et du nouveau monde, dont M. de Humboldt a fait une peinture si belle et si fidèle.» POPULATION DES CAMPOS-GERAES.

La population des Campos-Geraes offre, on le pense b i e n , une grande analogie avec celle du sertâo de Minas. Comme elle, elle s'occupe de l'agri­ culture , et elle se livre presque ex­ clusivement à l'éducation des bestiaux. Les habitants des Campos ont adopté plus spécialement le nom de Faqueiros. De même que les pasteurs dont nous avons déjà p a r l é , ils vont vêtus de cuir, et ils nourrissent peut-être un plus grand nombre de chevaux que dans le voisinage de Minas. S'il donne une idée assez favorable des soins qu'ils apportent à ce genre d'occupation, et du courage qu'ils déploient dans les oc­ casions où il est nécessaire de garan­ tir leurs troupeaux de l'atteinte des bêtes féroces, le prince de Neuwied ne fait p a s , il faut en convenir, un tableau bien attrayant de leurs qualités intel­ lectuelles. Sans d o u t e , et nous ai­ mons à le c r o i r e , quelques heureux changements se sont opères à cet égard ; m a i s , en 1 8 1 6 , le voyageur dont nous reproduisons ici le témoignage ne pou­ vait pas trouver d'expressions assez énergiques pour peindre l'état moral des Vaqueiros. « La nature a n i m é e , é c r i v a i t - i l , toujours belle, toujours active et variée, offre ici un contraste frappant avec la grande masse des ha­

bitants, qui sont aussi grossiers et aussi ignorants que le bétail auquel ils don­ nent leurs soins assidus, et qui est l'u­ nique objet de leurs pensées. » Grâce à l'innombrable quantité d'ani­ maux et d'oiseaux de toute espèce qu'ils renferment, les Campos-Geraes Seront longtemps encore le lieu de pro­ mission des naturalistes. Sans doute les Vaqueiros ont eu le temps de se fa­ miliariser, par la vue du m o i n s , avec les étrangers que l'amour de la science entraîne dans leurs déserts; mais rien ne saurait exprimer la surprise que leur firent éprouver les premiers sa­ vants qui y pénétrèrent. Ils les accablè­ rent des questions les plus étranges; et, si la vue des livres et des armes donnè­ r e n t promptement une idée assez avan­ tageuse de l'industrie européenne, ils ne purent s'empêcher d'observer d'une voix unanime , qu'il fallait nécessaire­ ment qu'il y eût en ce monde inconnu, bien des hommes étranges, puisqu'il s'en trouvait d'assez singuliers pour aller affronter des périls réels, dans le seul but de trouver « de petits insectes, que l'on maudit dans les Campos, et de petites plantes bonnes tout au plus à donner aux vaches. » B E S T I A U X . M A N I È R E D O N T I L S SONT U T I L I S É S . Bien que les Campos-Geraes

soient fort éloignés d'offrir les nom­ breux troupeaux sauvages que l'on ren­ contre dans les LIanos et les Pampas, le prince de Neuwied trace encore un ta­ bleau curieux de leur aspect. « C'est, ditil , un coup d'œil intéressant que celui de ces pâturages immenses, couverts de bœufs et de chevaux, entre lesquels se promènent tranquillement toutes sortes de gros oiseaux. Les taureaux , pleins du sentiment de leur f o r ce, exercent leur domination sur les troupeaux. Chacun a son t e r r a i n , qu'il défend en mugissant. La tête baissée, et frap­ pant la terre du pied, il appelle au combat son voisin, qui est son rival. Quelquefois, ces fiers animaux se ren­ contrent , se battent pendant des heures entières. Le vaincu cède le champ au vainqueur. Le bétail du sertâo est de grosseur médiocre, charnu et robuste. Les taureaux ont les cornes plus gros-


BRÉSIL. ses que ceux d ' E u r o p e , et le flocon du bout de la queue extrêmement touffu ; leur couleur est brun-noir ou gris-jaunâtre sale. » Un a u t r e voya­ geur fait r e m a r q u e r que le pis des vaches du sertâo est infiniment plus petit que celui des bêtes à cornes de la même espèce que nous élevons; elles donnent aussi un lait moins abondant. On fait r a r e m e n t du beurre dans le sertâo ; mais on prépare des fromages analogues à ceux de Hollande, qui commencent à être recherchés, et qui sans doute seraient plus c o m m u n s , si le sel devenait plus abondant. Quant à la carne secca, ou viande sèche du sertâo, elle se prépare sans sel, et après qu'elle a été coupée par lanières ; c'est sans doute la raison pour laquelle elle prend à la longue un goût si nau­ séabond ; son plus ou moins de qua­ lité dépend de la manière dont elle a été exposée à l'air. Quelques personnes prétendent que la dessiccation déve­ loppe, dans ces viandes de bœuf, de l'acide p r u s s i q u e , et que l'usage peut en être dangereux. Les nombreuses populations qui s'en nourrissent ne paraissent pas en être incommodées. Les sécheresses, au surplus , en ont singulièrement diminué l'exportation; et, comme nous l'avons fait voir en citant le voyage de M . Arsène Isa­ belle, presque tout le tassau que l'on consomme sur le littoral est expé­ dié des charqueadas de Rio-Grande do Sul. Tous les ans encore néanmoins, on voit p a r t i r des C a m p o s - G e r a e s de nombreuses troupes de bœufs qui se dirigent principalement sur la capitale de Babia ; ces nombreux troupeaux , ces boiadas sans fin, que dirigent d'ha­ biles p a s t e u r s , offrent souvent des profits considérables ; car il n'est pas rare d'acheter dix à douze francs cha­ que tête de b é t a i l , et de la r e v e n d r e , rendue à sa destination, cinquante-six à soixante francs. Les cavalnadas, les troupeaux de chevaux, offrent en­ core des résultats plus i m p o r t a n t s . NATIONS INDIENNES HABITANT LES CONFINS D E M I N A S . L E S CAMAC A N S - M O N G O Y O S . Rien n'est plus com­

mun , dans l'histoire du B r é s i l , que de

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voir un peuple qui a dominé jadis u n p a y s , forcé à abandonner cette con­ t r é e , pour se réfugier dans des forêts souvent fort éloignées des lieux qu'il occupait j a d i s : c'est ce qui est arrivé aux Camacans-Mongoyos. Bien que cette nation n'appartînt pas à la race dominatrice des T u p i s , elle p o u s s a i t , dit-on, ses incursions jusqu'à quatorze lieues de San-Salvador, dans les belles plaines de Cachoeira. Vaincue p a r un conquistador, elle vint se réfugier dans un lieu que l'on désignait sous le nom tfarrayal da Conquista. L à , elle vivait en apparence sous la protection des Portugais ; mais une tragédie san­ glante, qui allait achever la ruine des t r i ­ b u s , n e t a r d a p a s à se t r a m e r en silence. L a vérité nous oblige à dire q u e , cette fois, les premiers actes de violence fu­ rent exercés par les Indiens. D e temps à a u t r e , on s'apercevait que quelques soldatsdu détachement disparaissaient. On était néanmoins bien loin d'accuser les Camacans de ces fréquentes déser­ t i o n s ; une circonstance nouvelle vint tout expliquer. U n soldat p o r t u g a i s , qui avait suivi un de ces sauvages dans la f o r ê t , se vit à l'improviste assailli par son perfide compagnon ; et il eût indubitablement p é r i , s'il ne se fût senti capable d'opposer u n e force et une adresse peu communes aux tenta­ tives de l'assassin. Dès lors le sort des prétendus déserteurs ne fut plus dou­ teux ; et la représaille qu'on tira du crime des Mongoyos fut terrible. On peut même dire q u e , venant de des­ cendants d ' E u r o p é e n s , elle surpassa en cruauté l'action des sauvages euxmêmes. Invités par le chef du quartel à une fête, ils s'y rendirent avec u n e sécurité complète, et la plupart d'entre eux furent impitoyablement massacrés. Après cet acte s a n g l a n t , qui confon­ dait l'innocent avec le coupable, les restes de la tribu prirent la résolution de fuir encore plus avant dans l'in­ térieur. Il existe, au fond de ces fo­ rêts profondes, un lieu solitaire que les Portugais ont nommé la montagne du Nouveau Monde (serra do Mondo Novo) : ce fut l à , dans un coin de la fo­ r ê t que l'on appelle Giboya, du n o m


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L'UNIVERS.

de quelque serpent gigantesque, que les Camacans formèrent un village, où ils espéraient trouver l'indépendance, et où bientôt on sut les découvrir. Reste d'une nation puissante, cette peuplade conserve, à l'abri de ses an­ tiques forêts, quelques-uns des traits originaux qui caractérisaient la sousrace des Tapuyas; mais elle sem­ ble aussi s'être tansmis traditionnelle­ ment quelques-unes des habitudes des Tupis. De nomade qu'elle était, une né­ cessité impérieuse l'a contrainte à se fixer dans un lieu fort circonscrit, et là elle se livre à l'agriculture; son temps se passe dans les travaux qu'exige la vie des forêts, et dans les fêtes que les an­ ciens usages avaient consacrées. C'est ainsi que l'on voit persister, parmi ces I n d i e n s , une coutume que nous avons signalée parmi les Tapuyas, et qui con­ sistait à porter un tronc d'arbre énorme, en courant vers un but désigné, et en se défendant contre une foule d'assail­ lants. Les Camacans-Mongoyos ont adopté, en partie du moins, l'usage des vête­ m e n t s ; mais il en est encore peu qui joignent cette espèce de luxe aux or­ nements bizarres que l'usage a consa­ crés. Les femmes sont d'une habileté extrême à hier le coton; elles ont pour vêtementjournalier une espèce dejupe due à leur industrie et q u i , sans couvrir complétement leur nudité, sert au moins à la voiler. C'est une ceinture d'où pendent une multitude de cordelettes colorées, assez semblables aux filets dont on fait usage en Europe pour ga­ r a n t i r les chevaux de la piqûre des in­ sectes. Ce léger vêtement tombe jus­ qu'aux genoux, et n'empêche point qu'on ne distingue les peintures dont les femmes aiment encore à s ' o r n e r , ainsi que les h o m m e s , surtout dans les jours de solennité. La teinte bleuâ­ t r e du genipa, le rouge orangé du roc o u , ne sont pas les seules couleurs qu'elles emploient dans ces occasions ; elles obtiennent de l'écorce d'un arbre dont le nom nous est inconnu, une teinture d'un beau brun rouge, qu'el­ les appellent catua, et qui sert à va­ rier les peintures sans lesquelles une

fête serait, à leurs y e u x , incomplète. I N D U S T R I E D E S C A M A C A N S . FLÈ­ CHES DE PARURE. SCEPTRE DES CHEFS. BONNETS EN PLUMES. Les

Camacans-Mongoyos ne dorment pas dans des hamacs, à la manière des Puris et de tant d'autres nations ; ils s'é­ tendent nus sur des espèces de lits gros­ siers , recouverts de morceaux d'étoup e , et ils se reposent réunis autour d'un feu qui brûle toujours dans la ca­ bane. Cela ne veut pas dire néanmoins qu'ils soient moins industrieux que les descendants dégénérés des peuples Tupis. Leur poterie d'argile grise est faite avec assez d'habileté. Les femmes tissent avec une rare ad resse des espèces de sacs ou de filets, que les hommes portent toujours à la chasse, et qu'elles teignent de plusieurs couleurs. Les armes des guerriers ont plus d'élé­ gance que l'on n'en remarque d'ordi­ naire chez les autres tribus de Ta­ puyas. Leur arc (couang), fait avec le bois du brauna, est d'une belle teinte foncée, et reçoit un poli admirable; leurs flèches sont travaillées avec le plus grand s o i n , et il y en a même une espèce que l'on nomme flèches de parure, qui offrent une telle délicatesse dans le travail, un soin si minutieux dans la manière dont les différentes parties sont ajustées, que celui qui a décrit ces armes pour la première fois ne trouve point facilement d'expres­ sions pour peindre l'étonnement que lui causa leur perfection. Mais où se déploie encore tout le luxe industrieux des Camacans, c'est dans le sceptre si bien poli que l'on remettait jadis entre les mains du cap i t ä o , c'est dans le charo, ce bonnet de plumes qui forme une espèce de couronne dont les chefs se parent en­ core durant les jours de fêtes, et qui rappelle les plus beaux ouvrages que l'on ait recueillis, en ce genre, sur les bords de l'Amazone. DANSES G O Y O S . Il

DES

CAMACANS-MON­

faut bien l'avouer, chez ces pauvres sauvages décimés par les g u e r r e s , chez cette nation jadis puis­ s a n t e , toute prête à s'anéantir, et qui sent bien que ses forêts ne la preser-


BRÉSIL. 367 qu'il doit rendre , à remplacer ces jambières de graines retentissantes d ' h a o u a i , d o n t , au rapport de Thevet et de Lery, les anciens peuples de la côte animaient toujours leurs fêtes. Si la musique des Mongoyos est bi­ z a r r e , leur danse ne l'est pas m o i n s , et elle n'a de c o m m u n avec celle des Tupis que son étrange monotonie. C'est cependant celle que l'on remar­ que parmi les Coroados de M i n a s , avec lesquels ce peuple a plus d'une analogie. « Quatre individus , se t e ­ nant un peu p e n c h é s , s'avancent, e t , à pas m e s u r é s , décrivent un cercle en se t e n a n t les u n s derrière les a u t r e s . Tous répètent avec peu de m o d u l a t i o n s : Hoi, hoï, hé, hé, hé, et l'un d'eux accompagne ce cri du bruit de son ins­ t r u m e n t , qui est alternativement plus fort et plus d o u x , selon sa fantaisie, ou plutôt selon le mode que l'usage a consacré. Il paraît que c'est à la suite de ces danses g é n é r a l e s , où l'on doit s'enivrer fréquemment, que l'on voit commencer ces luttes difficiles, mais conservées d'âge en âge par la tradition d u r a n t lesquelles un t r o n c d'arbre est porté avec effort jusqu'à ce que l'on succombe à la fatigue, ou bien que l'on arrive à u n but désigné où les femmes attendent le vainqueur. Ces courses finissent quelquefois d'une ma­ nière funeste. L e s guerriers qui o n t couru n'hésitent p a s , quoique tout en sueur, à se précipiter d a n s quelque lac du voisinage, ou dans un fleuve, et il s'ensuit des pleurésies mortelles, auxquelles ils sont bien loin de pou­ voir remédier, car leur moyen curatif le plus efficace c o n s i s t e , comme chez les T u p i s , en fumigations de t a b a c . Si l'on ajoute à ce prétendu remède les paroles sacramentelles que p r o ­ nonce le Piaye de la t r i b u , et dont lui seul se reserve l'intelligence, on aura une idée complète de leurs pratiques (*) L'idole des Tupinambas, o u , si on l'aime mieux, l'instrument religieux de ces médicales. veront pas longtemps du sort que les blancs lui r é s e r v e n t , une insouciance toute caractéristique préside à la plu­ part des actions de la vie. Les fêtes jouent encore le plus grand rôle parmi eux, c'est peut-être même t o u t ce qui reste de leurs vieilles idées religieu­ ses; c'est du moins ce qui leur fait sentir encore leur nationalité prête à s'éteindre. Chez les Camacans, comme jadis chez les Tupinambas , on prépare le caouin par l'opération dégoûtante de la mastication ; m a i s , au lieu de le laisser fermenter dans ces longues jar­ res dont parle Lery, et que l'on dési­ gnait sous le nom de cunarins, c'est dans un tronc de b a r r i g u d o , creusé exprès pour cet usage, que la précieuse liqueur est déposée ; et ce qu'il y a de remarquable sans d o u t e , c'est que la nature du vase ne s'oppose pas à ce que le caouin soit chauffé. Sa partie inférieure est fixée dans un trou creusé enterre, etlefeu estallumé par-dessous. On s'est paré de brillantes peintu­ res, les hommes sont sillonnés de lon­ gues raies noires , les femmes se sont tracé a u - d e s s u s du sein des demilunes destinées sans doute à rappeler ces espèces de hausse-cols en o s , dont parle L e r y ; les t r o u s qu'on s'est faits aux oreilles ont reçu de longues plu­ mes bariolées ; ceux qui doivent con­ duire la danse se sont orné la tête de leurs diadèmes de plumes. T o u t à coup le son du maraca (*) se fait e n t e n d r e , et un b r u i t retentissant lui répond : c'est l'herenehedioca qui marque la mesure, et peut-être n'existe-t-il p a s , parmi les nations américaines, d'ins­ trument plus bizarre. Il se compose de sabots de tapir attachés en deux paquets à des cordons qui permettent de i'agiter, et il pourrait bien être destiné, par la n a t u r e même des sons

peuples , existe chez les Mongoyos , mais on le désigne parmi eux sous le nom de kekkiekh. Celle onomatopée se reproduisait dans une autre partie de l'Américpie, chez les habitants de la Floride, par exemple, dans la dénomination du chichi koueh, qui n'était autre chose que le maraca.

Dans le cas où la maladie résiste à ces étranges r e m è d e s , le patient reste abso­ lument dépourvu de tout secours. Sa m o r t n'en est pas moins accompagnée d'un deuil g é n é r a l , d u r a n t lequel on pousse d'horribles lamentations. Cette


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L'UNIVERS.

douleur officielle se termine par des fu­ nérailles analogues à celles que l'on remarque chez une foule de tribus. Ce qui caractérise celle des Mongoyos, c'est que le guerrier le plus regretté est celui que l'on pleure dans sa ca­ bane , jusqu'à ce que les membres tombent en putréfaction. Confié enfin à la t e r r e , et toujours environné des armes et des ustensiles qui doivent l'ai­ der à faire le voyage du pays des âmes, un bûcher s'élève sur sa tombe, et on l'allume pour chasser les mauvais génies. A-t-on des idées bien nettes sur la mythologie des Camacans-Mongoyos? Est-il vrai qu'ils déifient les âmes des m o r t s , et qu'ils en fassent des divini­ tés tutélaires ou redoutables ? C'est ce que plusieurs ouvrages s'accordent à dire. Par une croyance assez analo­ gue à celle des A r a u c a n s , q u i , durant les tempêtes, croient voir les âmes des morts combattre dans le ciel, ils pensent que l'on doit attribuer les o r a g e s , et probablement l'apparition des météores terribles, aux mânes des guerriers i r r i t é s , et ils sont convain­ cus qu'un homme qui emporte avec lui quelque idée de haine peut venir se venger sous la forme du jaguar. Cette idée grossière de métempsycose n'appartient pas à eux seuls en Amé­ rique , et on la retrouve sur les bords de l'Orénoque. Connus de tout temps par leur bravoure , les Camacans sont employés aujourd'hui avec succès con­ tre les hordes de Botocoudos que l'on n'a pas pu faire entrer dans une voie de civilisation, et on les fait marcher également contre les P a t a c h o s , leurs ennemis invétérés. Au rapport de M. D e b r e t , qui a donné une excellente figure d'un des chefs de t r i b u , les Camacans-Mon­ goyos déploient une rare habileté et une vigueur peu commune dans la ma­ nière dont ils se servent de nos haches de fer; et ce serait à eux qu'il faudrait appliquer ce que dit M. Azeredo Coutinho de l'habileté des Indiens em­ ployés dans l'exploitation des forêts. M E N I E N S . Il ne faut pas confondre avec les vrais Camacans - Mongoyos ,

une tribu hybride qui erre sur les bords du Belmonte , et qui porte aujourd'hui le nom de Meniens. Elle des­ cend en effet de cette nation puissantemais ses alliances fréquentes avec les noirs des plantations d'alentour, ont changé chez elle jusqu'aux caractères physiques de la race. L E S C O R O A D O S . Voici encore une nation importante dont on ne peut plus étudier que les débris disséminés sur différentes parties de la province, et jusque dans les contrées du sud. Les Coroados, auxquels ce nom a été imposé à cause de la manière dont quelques-uns d'entre eux rasent leur chevelure, les Coroados ne sont autre chose que les descendants de ces fa­ meux Goaytakazes, dont nous avons parlé à propos du riche territoire de C a m p o s , et qui jouent un rôle si im­ portant sur la côte orientale durant le dix-septième siècle. C'est dans les anciens a u t e u r s , dans Lery , dans Vasconcellos, dans le manuscrit de Paulo do P o r t o , que l'on doit étu­ dier l'origine de ces I n d i e n s , dont l'histoire est si curieuse. Les Goayta­ kazes ou Ouctacazes, dont on a si fréquemment altéré le nom véritable, appartenaient, selon toute probabilité, et d'après des caractères physiologi­ q u e s , à la s o u s - r a c e des Tapuyas; m a i s , par les habitudes, par les cou­ tumes qui leur étaient propres , ces sauvages différaient essentiellement des Tapuyas proprement dits. On pour­ rait même supposer qu'ils formaient un grand peuple intermédiaire entre les Tupis et leurs ennemis naturels. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'ils se sub­ divisaient eux-mêmes en plusieurs tri­ bus, qui necessèrent, même après l'arrivéedes Européens, de se faire uneguerre implacable. Le territoire qu'occupaient ces Indiens, les campos d'Ouctakazes, si fertiles aujourd'hui et qui présen­ tent une population agricole si active, devaient, par leur configuration natu­ relle, donner un caractère particulier aux habitudes de ces Indiens. N'étant jamais arrêtés dans leurs marches par les grandes forêts, et ne pouvant pas faire cette guerre de ruses et d'embu-


BRÉSIL. ches, qu'on r e m a r q u e chez tous les sauvages, ils s'étaient accoutumés à combattre en rase campagne ; et tel était l'acharnement qu'ils mettaient dans ces espèces de batailles rangées , que les expressions semblent manquer aux anciens historiens pour donner une juste idée des grandes mêlées où des hordes entières s'anéantissaient. Au rapport de ces anciennes relations, lors même qu'on se trouvait hors des temps de guerre, l'aspect du Goaytakaz était redoutable. L ' h o m m e appartenant à cette race était d'une taille élevée, sa force musculaire paraissait prodi­ gieuse; des circonstances toutes lo­ cales imprimaient à sa manière d'être un caractère particulier. N e crai­ gnant pas comme les autres Indiens les accidents continuels qui se succè­ dent au milieu des grands b o i s , il laissait croître ses cheveux, et il est probable qu'il attachait quelque idée de suprématie à la longueur de sa che­ velure. Si ce que l'on en raconte est v r a i , les habitudes d'anthropophagie de ce peuple, sa c o u t u m e de dévorer les chairs saignantes et de boire le sang de ses ennemis, devaient le rendre r e ­ doutable aux nations qui l'environ­ naient (*). On n'a que des idées fort con­ fuses sur les traditions mythologiques de ces Indiens , mais il est probable qu'elles étaient analogues à celles des autres Tapuyas. U n e coutume toute­ fois distinguait les Goaytakazes des autres t r i b u s , c'était le genre de sé­ pulture qu'ils donnaient à leurs g u e r ­ riers. Aujourd'hui e n c o r e , lorsque l'on r e n c o n t r e dans les campos quel­ ques-unes de ces grandes u r n e s funé­ raires qui portaient le n o m de camucis et qui renferment toujours la momie d'un guerrier revêtu de ses ornements et environné de ses a r m e s , (*) Voy. Vasconcellos, Noticias do Brazil. Le récit de l'écrivain jésuite est fort adouci dans cette notice: on sera tenté néanmoins de croire à l'exagération. Cependant, l'au­ teur avait été à même de bien étudier le caractère des bordes tapuyas, puisqu'il vi­ vait au milieu d'elles. 24

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Livraison.

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on est assuré qu'on a devant soi la tombe d'un ancien guerrier goayta­ k a z . Au rapport de M. D e b r e t , qui a reproduit avec bonheur l'aspect d ' u n de ces anciens m o n u m e n t s , l'urne qui renfermait ces restes v é n é r é s , était enfouie profondément au pied de quel­ que grand a r b r e , et c'est toujours là que le hasard peut encore les faire dé­ couvrir. Avec des voisins aussi redoutables que les G o a y t a k a z e s , toute chance d'é­ tablissement devait être difficile; c'est ce qu'éprouvèrent cruellement les pre­ miers concessionnaires, P e d r o de Goes da Silva, et Gil de Goes qu'on vit lui succéder. L o n g t e m p s t o u t e espérance de paix durable parut impossible, et u n e grande bataille fut livrée à ces Indiens vers 1630. Les plus intrépides succombèrent ; les autres espérèrent trouver un asile dans les forêts d e Minas. Ce fut là qu'ils se réfugièrent ; ils s'incorporèrent les C o r o p o s , qu'ils parvinrent à subjuguer; m a i s , perdant sans doute l'espoir de r e t o u r n e r d a n s leurs belles campagnes , et contraints de vivre dans des bois é p a i s , ils cou­ pèrent la longue chevelure qui les avait distingués des autres n a t i o n s , et bien qu'ils eussent conservé scrupuleuse­ m e n t leur ancien n o m , ce fut alors que les Portugais leur imposèrent celui de Coroados, ou d'Indiens couronnés. Les Coroados ont certainement perdu de leur férocité primitive; mais ils ont perdu aussi de leur valeur et de l'intelligence que l'on r e m a r q u a i t jadis en eux. T o u s les voyageurs qui les ont visités sont u n a n i m e s dans la description qu'ils nous font de leur hébétement farouche et de leur s o m ­ b r e indifférence pour t o u t ce qui les environne. « Il est difficile d'imaginer, disent M M . Spix et M a r t i u s , en p a r ­ lant des Coroados du pays de M i n a s , que cette nation si guerrière et si e n ­ t r e p r e n a n t e , ait pu ê t r e , en si peu d ' a n n é e s , réduite à un si petit n o m b r e d'individus. Elle est parvenue à un tel degré de dégénération et d'insigni­ fiance , qu'elle est devenue bien plutôt un objet de pitié que d'intérêt h i s t o ­ rique. »

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L'UNIVERS.

Quoi qu'il en s o i t , d e g r a n d s efforts o n t été f a i t s d a n s le d i x - h u i t i è m e s i è ­ c l e pour civiliser l e s G o a y t a k a z e s ; il e n e s t qui parmi eux se s o n t f o n d u s d a n s la population de C a m p o s , et l ' h o n n e u r d e leur pacification appartient à u n prê­ t r e c o u r a g e u x . E n 1 7 5 7 , l'abbé A n g e l o P a s s a n h a n e c r a i g n i t pas d'aller les trouver dans leurs f o r ê t s , où aucun d e s c e n d a n t d e s c o l o n s n'avait p é n é ­ t r é , et l ' a n n é e s u i v a n t e u n e paix du­ r a b l e fut c o n c l u e . L e s C o r o a d o s d e ­ v i n r e n t a s s e z f r a n c h e m e n t l e s alliés d e s B r é s i l i e n s pour les aider d a n s leurs g u e r r e s c o n t r e les B o t o c o u d o s . D i s p e r s é s s u r différents p o i n t s , tels q u e S a n - F i d e l i s , Alclea da P e d r a , le Rio-Bonito, Minas, Saint-Paul même, les C o r o a d o s n e s o n t plus n u l l e m e n t à c r a i n d r e pour les d e s c e n d a n t s d e s E u ­ r o p é e n s ; m a i s il n e faut pas croire q u e leur a b a i s s e m e n t les e m p ê c h e d e c o m p r e n d r e l'excès d e leur m i s è r e . E n 1 8 1 8 , M . de S a i n t - H i l a i r e a y a n t été v i s i t e r la t r i b u du R i o - B o n i t o , qui s'est alliée a v e c l e s Tampruns et les Gasaricons, l'un d'entre e u x , n o m m é B u r é , s'avança v e r s M. d ' A l m e i d a qui a c c o m p a g n a i t le v o y a g e u r , et il lui parla ainsi : « C e t t e ferre e s t à n o u s , et « c e s o n t l e s b l a n c s qui la c o u v r e n t . « D e p u i s la m o r t de n o t r e g r a n d capi« taine , on nous chasse dé tous côtes, « e t n o u s n ' a v o n s pas m ê m e a s s e z de « place pour p o u v o i r r e p o s e r n o t r e « t ê t e . D i t e s au roi q u e les b l a n c s « n o u s t r a i t e n t c o m m e d e s c h i e n s , et « priez-le d e n o u s f a i r e d o n n e r d u ter« r a i n pour q u e n o u s y p u i s s i o n s bâtir « u n village. » Ce d i s c o u r s d'un p a u v r e s a u v a g e n'est que l ' e x p r e s s i o n t r o p r é e l l e des m i s è r e s d'une r a c e e n t i è r e . P U B I S . P a r m i les n a t i o n s i n d i e n n e s qui o n t c h e r c h é u n asile dans l e s soli­ t u d e s de M i n a s - G e r a e s , il en e s t u n e q u i appartient à la race a n t i q u e des T a p u y a s , et q u e l'on c o n s i d è r e , avec j u s t e r a i s o n , c o m m e u n e des p e u p l a d e s l e s plus s a u v a g e s de l ' A m é r i q u e m é r i ­ d i o n a l e . N é a n m o i n s il y a p e u t - ê t r e quel­ q u e e x a g é r a t i o n d a n s l'opinion d e s é c r i ­ v a i n s qui r e g a r d e n t c e s Indiens c o m m e l e s p l u s barbares d e s i n d i g è n e s , après

l e s B o t o c o u d o s . L e s P u r i s , que l'ancien v o y a g e u r K n i v e t d é s i g n a i t s o u s la dé­ n o m i n a t i o n d e Portes, erraient jadis à c e n t l i e u e s d e s c ô t e s . O n prétend que l e n o m qu'ils p o r t e n t signifie littérale­ m e n t b r i g a n d , et qu'il l e u r a é t é im­ p o s é par les C o r o a d o s , a u x q u e l s ils l'appliquent à leur t o u r . Aujourd'hui, i l s f o r m e n t p l u s i e u r s t r i b u s , d o n t les u n e s s o n t e r r a n t e s , t a n d i s que les au­ t r e s se s o n t c o n v e r t i e s . Il y a une v i n g t a i n e d ' a n n é e s s e u l e m e n t , la nation e n t i è r e p o u v a i t se m o n t e r à quatre m i l l e i n d i v i d u s . A u c o m m e n c e m e n t du s i è c l e , c e s s a u v a g e s é t a i e n t e n c o r e des e n n e m i s f o r t r e d o u t a b l e s p o u r les Bré­ s i l i e n s ; o n n e c o m p t a i t pas moins d e c e n t q u a r a n t e - q u a t r e f a z e n d a s qui a v a i e n t é t é d é v a s t é e s par e u x . L e RioD o c e , les rives s e p t e n t r i o n a l e s du Par a h y b a , S a n - F i d e l i s , le t e r r i t o i r e ar­ r o s é par le R i o - P o m b a , d a n s M i n a s , s o n t les principaux e n d r o i t s exposés à leurs incursions. M. M a r t i u s fait o b s e r v e r a v e c raison q u e , l o r s q u ' o n d e m a n d e à u n Indien d u Brésil le n o m d e sa t r i b u , il ne m a n q u e p a s , e n v o u s r é p o n d a n t , de c i t e r le n o m de la p e u p l a d e a v e c la­ q u e l l e il e s t e n g u e r r e . L e s belliqueux P u r i s s o n t , s o u s ce r a p p o r t , e n c o r e plus i m p l a c a b l e s q u e bien d'autres I n d i e n s ; n o n - s e u l e m e n t ils se s o n t déclarés les e n n e m i s irréconciliables des Botocou­ d o s , m a i s ils a t t a q u e n t s a n s c e s s e les d e s c e n d a n t s d e s G o a y t a k a z e s ; e t , avec l e s a n n é e s , leur h a i n e s'est si p e u adou­ c i e , q u ' o n les a a c c u s é s , n a g u è r e encore, d'être a n t h r o p o p h a g e s . C e c i , toute­ f o i s , n e s a u r a i t e x c u s e r les horribles t r a i t e m e n t s d o n t ils f u r e n t j a d i s les v i c t i m e s . O n peut c o n s u l t e r à ce sujet M . d ' E s c h w e g e , qui s ' e x p r i m e de la m a n i è r e la plus é n e r g i q u e . Selon toutes p r o b a b i l i t é s , ceux d e s P u r i s qui n e s'é­ t a i e n t pas e n c o r e r é u n i s e n a l d e a s vers 1 8 1 8 , se s o n t aujourd'hui beaucoup m o d i f i é s , e t il est à croire que leurs c é r é m o n i e s c a r a c t é r i s t i q u e s , que leurs u s a g e s g u e r r i e r s se s o n t é t e i n t s , en p a r t i e d u m o i n s , si c e n'est c o m p l é t e ­ ment. D e l'avis de t o u s les v o y a g e u r s qui o n t o b s e r v é c e s t r i b u s i n d i e n n e s dans


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B R É S I L .

leur d é c a d e n c e , ce qui persiste le plus chez elles, ce sont les d a n s e s , où, a défaut de ces grandes assemblées, qui se renouvelaient si fréquemment jadis, et des convocations guerrières qui s'y faisaient, on remet en honneur quelque antique tradition nationale, quelque vieux souvenir des dogmes sanguinaires prêts à disparaître. L o r s ­ que ce peuple existe à peine comme nation, les danses des P u r i s sont ce qu'elles étaient j a d i s , g r a v e s , mélanco­ liques, empreintes de ce caractère fu­ nèbre qui accompagne la plupart des fêtes solennelles chez les A m é r i c a i n s . Quant à la g u e r r e , rien de ce qui la rendait redoutable de la part des P u r i s n'existe aujourd'hui. Traqués dans leurs forêts, comme les Botocoudos et les Patachos , à l'exemple des descendants des T u p i n i q u i n s , chez lesquels on r e ­ trouverait peut-être leurs anciens vain­ queurs, ils se v e r r o n t obligés d'embras­ ser quelque grossière industrie ; ils ou­ blieront jusqu'à leur langage. Mais avant que s'éteigne ainsi une population en­ tière, nous avons voulu retracer par la gravure un de ses usages militaires, un de ces combats particuliers q u i , bien loin de ressembler à la lutte g r o ­ tesque des Botocoudos, offre comme un souvenir des temps héroïques ; nous ferons observer seulement q u e , bien que les P u r i s soient fort a r r i é r é s , com­ parés à d'autres Indiens, dans une cer­ taine industrie essentiellement propre au sauvage, on ne doit pas s'étonner de trouver parmi eux l'emploi du bou­ clier. Ce n'est pas aux P o r t u g a i s des temps de la découverte qu'ils ont e m ­ prunté cette a r m e défensive, et l'on peut se convaincre dans Lery que l'u­ sage des targes de peau de tapir était familier aux Tupinambas et aux T a moyos. D u r a n t leur voyage, MM. Spix et Martius ont acquis la certitude que es P u r i s se servaient du bouclier dans leurs combats singuliers, et c'est à leur savant voyage que nous avons em­ prunté la planche que nous offrons ici. Aujourd'hui, sans d o u t e , il ne reste plus que quelques guerriers de la nation des P u r i s , et ils peuvent dire comme les Coroados : « Cette t e r r e

était à n o u s , et cependant nos enfants n'y trouvent pas même un asile. » Ainsi finit ce grand drame com­ mencé il y a plus de trois siècles, et qui s'est accompli lentement sur toute l'étendue de l'Amérique. Disons-le ce­ p e n d a n t , le gouvernement brésilien, devenu plus p a t e r n e l , s'enquiert cha­ que j o u r avec plus de sollicitude de ces nations malheureuses , dont il lui sera demandé u n compte sévère dans l'histoire. Il faut bien le d i r e , cette pitié est trop t a r d i v e , et si la race in­ dienne ne s'éteint pas complétement, elle a perdu son individualité, elle se confond déjà s u r plusieurs points avec celle des dominateurs. Soumis à cette grande loi qui livre désormais à u n e race envahissante, mais civilisatrice, toute l'étendue du nouveau m o n d e , le Brésil se couvre d'un peuple n o u v e a u , q u i , chaque j o u r , tend à devenir plus h o m o g è n e , et q u i , ayant emprunté à chaque variété de l'espèce humaine quelques-unes de ses qualités et de ses défauts, cherche maintenant son équi­ libre. D e nos j o u r s , l'issue de la lutte n'est plus d o u t e u s e , et le triomphe d'une civilisation indépendante est dé­ sormais assuré. SITUATION D U BRÉSIL EN 1837.

Ce

qu'il faut maintenant au Brésil, c'est l'échange facile de ses immenses ri­ chesses , c'est la multiplication des rou­ tes (*), c'est l'accroissement de la po(*) Les Brésiliens eux-mêmes sont chaque jour plus convaincus de cet axiome d'éco­ nomie politique qui regarde les roules connue le premier agent de la civilisation. U n éco­ nomiste brésilien instruit, M.Torres Homem, a dit récemment : « D'innombrables entrepri­ ses d'une utilité directe, pleines de vie, ne peuvent point se réaliser parmi nous, vu que bien au delà des économies faites, monte la demande des fonds productifs. Pourquoi n'ouvrons-nous point des voies rapides de communications entre les capitales des pro­ vinces? pourquoi ne rendons-nous pas nos fleuves navigables ? pourquoi ne raccourcis­ sons-nous pas les distances des provinces maritimes par la navigation à la vapeur? Voy. Nitheroy, Revista brasiliense. Paris, 1836. Selon toute apparence, cette feuille pleine d'intérêt doit être publiée par la suite à R i o . 24.


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L'UNIVERS.

pulation. Qu'on jette un coup d'œil sur la c a r t e , et qu'on examine la direction des montagnes, l'admirable embran­ chement des fleuves, qu'on lise les vieux historiens et les calculs de la sta­ tistique moderne, et l'on s'assurera bientôt que, s'il n'est guère de contrées où la nature ait plus fait pour les rap­ ports futurs des provinces entre elles, il n'en est guère non plus aussi où les progrès de ces populations naissantes aient été plus rapides et plus marqués. De grands vices existent sans doute encoredans l'administration de ce pays, et surtout dans certaines comarcas éloignées du foyer central de la civili­ sation, de grands défauts sont inhé­ rents à certaines parties de la popu­ lation , un manque d'énergie vrai­ ment déplorable se fait sentir dans quelques-uns de ces travaux qui exi­ geraient le concours réuni de tous ; mais, en exceptant de nos calculs les États-Unis, nulle part on ne voit se ma­ nifester à un degré aussi remarquable le besoin de l'instruction, le louable désir des améliorations gouvernemen­ t a l e s ; nulle part peut-être, et cela grâce aux efforts soutenus de la nou­ velle administration, les moyens d'ins­ truction primaire ne sont répandus en si grand nombre. U n des voyageurs les plus estimés parmi les voyageurs modernes l'a dit : « Vous ne voyez pas à Rio de Janeiro une seule rue un peu considérable où il n'y ait quelques éco­ les ouvertes immédiatement à toute la population libre, et où les enfants, à quelque nuance de couleur qu'ils ap­ partiennent, ne puissent recevoir une égale instruction. » S'il existe donc encore aujourd'hui de notables abus dans ces contrées, on pourrait en dire ce que lord Brougham disait naguère de l'obscurantisme qui règne dans cer­ taines contrées de l'Europe : Le maître d'école y mettra bon ordre. M a i s , quelque consolantes qu'elles Outre les réflexions sur le crédit public, dont nous donnons ici un court fragment, nous signalerons plusieurs articles de MM. Magalhaens et Araujo Porto-Alègre, qui font vive­ ment désirer la continuation d'un tel recueil.

soient, ce n'est pas ici le lieu de dé­ velopper des théories d'avenir; l'espace nous serait refusé pour cela, ce livre est un livre de faits , et si on veut bien lui reconnaître quelque utilité, c'est à cette circonstance qu'il l'empruntera. On ne saurait se le dissimuler, malgré la publication récente d'excellents ou­ v r a g e s , malgré la disposition du pu­ blic à les accueillir, ce beau pays est encore bien faiblement apprécié. Il va plus; le Brésil est ignore du Brésil luim ê m e , e t , comme l'a dit un savant écrivain: à Rio de Janeiro, on ne con­ naît que R i o , et l'on méprise un peu trop ce qui n'est point Rio. Avant tout d o n c , il est de la plus haute importance que les documents qui constituent l'histoire soient enfin rassemblés. Pour que les théories journalières soient u t i l e s , il faut leur offrir une base, ou pour mieux dire un point de départ. Que ceci nous serve d'excuse, si nous ne nous arrê­ tons pas plus longtemps aux brillantes considérations que pourraient nous suggérer, dès à présent, certains pro­ grès , ou même de légitimes espérances inspirées par la nature du sol, parle caractère progressif des habitants, etpar la disposition du pays. A cette tâche de l'histoire philosophique nous préférons celle qui a pour but de cons­ tater les événements accomplis pour ainsi dire sous nos y e u x , et qui néan­ moins sont ignores du plus grand nombre. D'ailleurs nous osons croire que la lecture attentive de ce tra­ vail mettra chacun à même de tirer de l'ensemble certaines déductions;, qu'il serait peut-être oiseux d'offrir i c i , puisqu'elles se présentent d'ellesmêmes à la pensée. Immédiatement après l'abdication de D . P e d r o , qui eut lieu le 27 avril 1821, un conseil de régence provisoire, composé de trois membres , fut cons­ titué (*). Son administration ne dura (*) Ce premier conseil de régence nomme par le sénat, était composé de MM. Vergueiro, Francisco de Lima et du marquis de Caravellas. Voyez à ce sujet un ouvrage fort récemment publié en Angleterre et in­ titulé : The history of Brazil from the period


BRÉSIL.

pas longtemps; on vit bientôt lui suc­ céder un a u t r e conseil de r é g e n c e , composé également de trois membres, et qui devait, d i s a i t - o n , tenir les rênes du gouvernement d u r a n t toute la mi­ norité du j e u n e empereur Bientôt néanmoins les deux chambres j u g è r e n t convenable de concentrer t o u s les pou­ voirs de la régence entre les mains d'un seul m e m b r e , auquel les fonc­ tions seraient dévolues pour quelques années ; un a u t r e régent devant ê t r e nommé à l'expiration de ce t e r m e , pour gouverner encore d u r a n t q u a t r e ans, j u s q u ' à ce que le j e u n e empereur ait atteint sa majorité. L e régent ac­ tuel est le P . Diogo A n t o n i o Feijo , évêque de Marianna et s é n a t e u r ; il occupait le ministère de la justice sous la triple r é g e n c e , mais il se trouvait absent de la capitale lors de l'abdica­ tion d e D . P e d r o . Le jeune empereur est né le 2 décembre 1825. Sa tutelle a été conof the arrivai

of thc Braganza

1 8 0 8 , to the abdication

family

in

of D. Pedro the

first in 1831 , compiled front state documents and other original sources forming a continuation to Southey's history of that country, by JOHN ARMITAGE , esq. London, 1836 , 2

vol. in-8. L'auteur a été sur les lieux, et il a puisé, dit-on, ses documents chez un des hommes d'Etat les plus distingués du Bré­ sil. Grâce à ce livre , trop peu connu en France, et aux documents officiels publiés par M. de Montglave , sous le titre de Correspondance de D.Pedro, auxquels on doit join­ dre les excellentes considérations d'Angliviel Labaumelle, l'histoire du Brésil, durant les dix dernières a n n é e s , peut être facilement eclaircie. Bien qu'il ait paru en 1 8 3 6 , le livre de.M. Armitage s'arrête à l'abdication de D. Pedro. Il nous a donc fallu recourir a d'autres sources pour conduire notre tra­ vail jusqu'à l'époque actuelle , et c'est à des nationaux remplis d'instruction et d'obligeance, ainsi qu'au savant auteur de la N o ­ tice sur Amerigo Vespuci, que nous devons les documents présentés dans ces dernières pages. Pour ne point trop multiplier ici les détails arides, nous renvoyons, pour tout ce qui est relatif aux monnaies actuelles, aux poids et mesures , e t c . , etc., à notre Histoire géographique du Brésil, 2 vol. i n - 1 8 , faisant partie de la Bibliothèque populaire.

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fiée au marquis d ' I t a n h a e m ; mais il était question naguère au Brésil de l'émanciper à l'âge de douze a n s , et de lui donner une part active aux affai­ res : n é a n m o i n s , d'après la constitu­ tion brésilienne il n ' a u r a atteint sa majorité qu'à dix-huit a n s . Le soin de son éducation a été r e m i s entre les mains d'un h o m m e fort r e s p e c t a b l e , du P . F . P e d r o , célèbre au Brésil par ses connaissances spéciales en ma­ thématiques, qui lui avaient valu u n e chaire à l'académie militaire de R i o de J a n e i r o . Sous sa direction le j e u n e empereur r e ç o i t , dit-on , l'instruction la plus libérale, e t , o u t r e ses études classiques , on lui fait suivre des c o u r s d'anglais et de français. L'étude du dessin et de la musique fait aussi partie de son éducation. Les deux jeu­ nes princesses sont également élevées avec le plus grand soin (*). Nous avons déjà dit plus h a u t , que le pouvoir législatif se composait de deux c h a m b r e s , le sénat et la chambre des députés. L e s s é n a t e u r s sont élus à vie par les p r o v i n c e s , et ils sont au nombre de cinquante - q u a t r e . Trois places auxquelles il n'a pas encore été p o u r v u , se t r o u v e n t vacantes. L a chambre des députés se compose de cinq cent q u a r a n t e - h u i t m e m b r e s ; (*) Dona Januaria est née le 11 mars 1 8 2 2 , et elle a été reconnue princesse héritière le 31 mai 1836. Dona Fraucisca est née le 2 août 1 8 2 4 . En 1 8 3 7 , l'aristocratie brésilienne se com­ pose ainsi qu'il suit : il y a dans toute l'éten­ due de l'empire 1 6 marquis, 6 comtes, 1 9 vicomtes, 2 0 barons, et 13 dames qui con­ servent les titres de leurs maris décédés. La noblesse n'est point héréditaire. La maison de l'empereur se compose de 2 5 5 employés. Le corps diplomatique est composé de la ma­ nière suivante : il y a deux envoyés extraor­ dinaires, un résidant près la cour de France, l'autre près la cour d'Angleterre; vien­ nent ensuite un résident en Autriche, et de simples chargés d'affaires en Portugal, en Espagne, en Belgique, près des villes anséalkpies, en Prusse, à R o m e , à Naples, à Florence, etc. Dans le nouveau m o n d e , on en compte trois, résidant aux États-Unis, à Buénos-Ayres et à Monte-Video. Les secré­ taires et les attachés sont au nombre de 1 8 .


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L'UNIVERS.

m a i s , s'il faut encore en croire les dernières nouvelles qui nous soient parvenues, il y aurait une telle langueurdans les travaux législatifs, que, fauta de la présence des m e m b r e s , aucune question i m p o r t a n t e , aucun projet de loi, n'auraient pu être discu­ tés en 1836. Le pouvoir exécutif est confié à six ministres qui o n t , dans leurs attribu­ tions , l'intérieur, les affaires étran­ g è r e s , la justice, la marine, et enfin les finances. Le pouvoir judiciaire a subi d'im­ portantes modifications; il se compose aujourd'hui de sept cours de justice divisées ainsi qu'il suit : le tribunal suprême de justice compte seize mem­ bres et un président, le conseil de guerre trois membres et un président, le tribunal de la relacào de Rio de Janeiro 22 membres et un p r é s i d e n t , puis le nombre des juges va ensuite diminuant selon l'importance des pro­ vinces; c'est ainsi que les relacôes de b a h i a , de Pernambuco et de Maranh à o , n'ont plus que seize, douze et huit m e m b r e s , avec chacune un prési­ dent. On trouve en général une amélio­ ration réelle dans l'exécution des lois. L e jury brésilien ne compte pas moins de mille quatre cent quatrevingts membres. Les dix-huit provinces de l'empire sont administrées par autant de prési­ dents qui ont le titre de présidentes de provincias. Nous avons déjà parlé de l'extrême difficulté qu'il y avait à établir d'une manière positive le total de la popu­ lation brésilienne; cependant, si l'on s'en rapporte à M. Armitage qui cite à ce propos le journal l'Aurore, elle s'élèverait aujourd'hui à un peu plus de cinq millions d'habitants , sur les­ quels il faudrait compter environ deux millions d'esclaves. Ce chiffre, comme on le voit, est trop peu différent de celui que nous avions adopté autre part, pour ne point l'admettre ici (*). (*) Rien n'est étrange comme jadis les opinions qui ont été émises à ce sujet. Les éditeurs d'un Dictionnaire de Delan

Grâce à une disposition naturelle, dont plusieurs voyageurs ont constaté les heureux effets, le nombre des ha­ bitants semble augmenter au Brésil, en raison de la solitude de certaines localités, et l'on a remarqué que la fécondité des femmes de l'intérieur promettait à ces lieux reculés un fu­ t u r accroissement de population plus rapide que sur le littoral (*). C'est en examinant, dans nos archi­ ves de la m a r i n e , le plan de Rio de Ja­ neiro, que dressa un ingénieur français, précisément dans la première année du dix-huitième siècle (**), qu'on peut dine , public il y a une vingtaine d'an­ nées, ont été jusqu'à donner libéralement 3o,5oo,ooo habitants au Brésil. L'Aurora, que nous avons citée, procède par pro­ vince, et elle fait monter par approximation le total de la population libre à 3,035,000 habitants. Depuis l'exécution des lois ré­ pressives , l'introduction des noirs est néces­ sairement moins considérable. Quant à l'émi­ gration, elle est toujours active, et nous som­ mes assez heureux pour pouvoir présenter ici la liste de ceux des étrangers qui sont entrés à Rio de Janeiro seulement de 1835 à 1836. Portugais Français Espagnols Piémontais Anglais Américains-Espagn. D e Malte Allemands .. Italiens Génois Suisses Américains Prussiens Autrichiens

1918 315 147 27 71 16 18 5o 38 19 58 15 41 7

De Brème Danois Hambourgeois Ecossais Russes Habitants de Maroc. Belges Hanovriens Hongrois Romains Napolitains Hollandais Irlandais

Total

6 16 26 2 6 2 6 16 1 1 1 3 3

2,829

B r é s i l i e n s q u i se s o n t p r é s e n t é s à la p o l i c e avec des passe-ports, 702.

(*) Le Brésil, considéré dans sa totalité, compte près de trente habitants par mille carré. S'il en avait cent par mille c a r r é , il renfermerait 14 millions; s'il arrivait à en avoir mille par mille c a r r é , sa population serait de 140 millions. Or, les États-Unis dans leur totalité ont actuellement près de cent habitants par mille c a r i é ; et les provinces de la NouvelleAngleterre en ont bien plus de mille. (**) Voyâge manuscrit de Beauchên e Gouin, 3 vol. in-fol, Cette précieuse relation, à peine


BRÉSIL. se convaincre du prodigieux accroisse­ ment que celte ville importante a subi. En 1 8 3 0 , le n o m b r e des maisons ha­ bitées ne s'élevait pas à moins de quinze mille six cent vingt-trois, et ce chif­ fre présente d'autant plus d'exactitude, que M. W a l s h avait pris la peine de les compter. O n évalue à cent qua­ tre-vingt mille le nombre des habi­ tants (*), et sur cette population, mal­ heureusement peu en r a p p o r t avec le reste de l'empire, il ne faudrait compter que vingt-quatre mille trois cents es­ claves. L e n o m b r e des magasins et des boutiques s'est augmenté dans une règle proportionnelle : il se m o n t e aujourd'hui à trois mille deux c e n t s , tandis que l'on ne compte pas moins de trois cent soixante-deux v o i t u r e s , et quatre cent vingt bateaux destinés au service du p o r t et des h a b i t a n t s . Quoique nous ne possédions q u ' u n nombre assez restreint de documents sur la consommation a n n u e l l e , nous savons qu'en 1 8 3 5 on pouvait éva­ luer à t r e n t e mille trois cent soixante le n o m b r e de bœufs qui avaient été abattus dans la ville. Les revenus de la Camara sont assez considérables, puisqu'ils s'élèvent à 8 8 3 , 1 0 1 , 7 3 8 r e i s ; m a i s , comme nous l'avons déjà fait observer, ce qui a sin­ gulièrement accru le degré d'impor­ tance auquel est parvenue cette ville durant les dernières a n n é e s , ce sont les établissements d'instruction publi­ que que l'on y a multipliés. Les écoles, désignées sous le nom de primeiras letras, sont aujourd'hui au n o m b r e de onze à Rio, et elles étaient fréquen­ tées, il y a u n ou deux a n s , p a r neuf cent quarante et un élèves. Nous avons décrit le M u s é e ; n o u s avons fait connaître la Bibliothèque (**); connue, existe à la bibliothèque de la ma­ rine à Paris. Il y a de nombreuses figures, et le texte a été rédigé par l'ingénieur D u plessis. (*) Et non deux cent soixante mille, comme on nous l'a l'ait dire dans la première partie, par une faute d'impression, facile du reste à corriger. (**) Son administration se compose au-

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nous avons essayé de donner une idée du Jardin b o t a n i q u e ; nous ajouterons qu'il existe u n e Académie de marine, où les cours de mathématiques sont faits par quatre professeurs et leurs substi­ t u t s . L'Académie militaire continue éga­ lement à poursuivre ses enseignements; m a i s , en 1 8 3 6 , ils étaient fort peu sui­ vis. L'Académie de médecine p r e n d , au c o n t r a i r e , u n certain accroissement; administrée par un directeur spécial, l'enseignement y est confié à q u a t o r z e professeurs, et l'année dernière on n ' y comptait pas moins de cent q u a r a n t e neuf élèves (*). C'est à S a i n t - P a u l , c o m m e nous l'avons déjà d i t , qu'a été établie l'École de droit ; elle compte un directeur, et neuf professeurs p o u r les cinq chaires qui y ont été i n s t i t u é e s , et la durée des cours est de cinq ans. J u s q u ' à p r é s e n t , la totalité des élèves qui y ont pris leurs g r a d e s , s'est éle­ vée à cent soixante-dix-sept, sur les­ quels l'année dernière en a fourni qua­ r a n t e et un. O n fait également un cours de droit à O l i n d a ; mais cinq profes­ seurs et un directeur seulement y sont e n t r e t e n u s , et, comme à Rio de J a n e i r o , les cours d u r e n t cinq a n s . Nous avons déjà parlé de cette École des BeauxA r t s , qui e m p r u n t e son origine à la F r a n c e . C'est naturellement à R i o de Janeiro qu'elle doit avoir son siège : elle compte neuf professeurs et un direc­ t e u r . E n 1 8 3 5 , soixante-quinze élèves suivaient ses cours. Nous ne parlerons ici ni de la l i t t é r a t u r e , ni de l'étude de la m u s i q u e , t r o p peu d'espace nous est réservé. Toutefois l'impulsion a été r a ­ pide, les œuvres se sont multipliées, et n o u s nous voyons contraints de réserver, pour un ouvrage spécial, l'ap­ préciation du mouvement intellectuel; qu'il nous suffise de dire q u e nos p i è ­ ces m o d e r n e s , traduites habilement, sont jouées aujourd'hui à Rio de J a ­ n e i r o , et q u ' u n jeune p o ë t e , M . Mag a l h a e n s , qui a déjà réalisé parmi jourd'hui d'un conservateur et de neuf em­ ployés. (*) La faculté de Bahia se compose éga­ lement d'un directeur et de quatorze pro­ fesseurs.


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L'UNIVERS

n o u s bien des espérances promet de donner une impulsion toute originale à la poésie dramatique de son pays. Nous avons déjà fait remarquer com­ bien en peu d'années la presse pério­ dique avait acquis de puissance dans cette partie du nouveau monde. Ce qu'on peut lui reprocher sans doute, c'est un étrange abus de l'attaque per­ sonnelle dans la discussion; mais des n o m s , tels que ceux des Evarista Ferreira da Veiga, des Vasconcellos, des J a n u a r i o , sont un sûr garant du ta­ lent qui y est déployé. Si ce livre n'était pas avant tout destiné à faire connaître le Brésil sous son aspect historique et pittoresque, si nous ne craignions de fatiguer l'es­ p r i t de nos lecteurs par l'accumulation de chiffres déjà trop n o m b r e u x , nous d i r i o n s , qu'à part les fluctuations po­ litiques, dont l'influence n'est que pas­ sagère , le commerce du Brésil à tou­ j o u r s été croissant; de 1835 à 1836 seulement, le nombre des bâtiments qui sont venus mouiller dans le port de Rio de J a n e i r o , ne s'est pas élevé à moins de seize cent dix-huit. Sur ce n o m b r e , il n'y en avait que trente-six appartenant à la France ; mais l'An­ gleterre en comptait cent soixantequatorze , et les Etats-Unis cent vingtdeux. Une preuve positive que les mouvements politiques qui ont séparé

violemment le Brésil de la mère patrie, ne doivent pas avoir de suites graves dans les relations déjà amicales des deux pays, c'est que le nombre de navires portugais montait au moins à cent soixante-treize. Quant à ce qui touche spécialement notre commerce, on peut dire aujourd'hui, que les ex­ portations de la France pour le Brésil ne s'élèvent pas à moins de 27,000,000, tandis que les importations de ce pays sont un peu moins considérables, puis­ qu'elles ne montent qu'à 2 0 , 0 0 0 , 0 0 0 de francs. Tout en annonçant la pacification définitive des provinces, les dernières nouvelles qui nous sont parvenues, ne cessent de signaler des troubles sérieux, qui se manifestent dans RioGrande do S u l , et qui semblent at­ tester un désir croissant de séparation. Placés si loin du théâtre des nouveaux événements, il nous est bien difficile, sans d o u t e , d'en apprécier les causes et d'en signaler les conséquences : néan­ moins, nous ne saurions trop le répéter, aujourd'hui, l'union pour le Brésil, c'est la force : tenter de s'éloigner de ce principe politique, qui n'aura peutêtre point toujours la même significa­ tion et la même i m p o r t a n c e , c'est retarder une ère de prospérité et d'in­ dustrie dont les Brésiliens saluent déjà l'aurore.

FIN.


TABLE DES MATIERES CONTENUES D A N S LA P A R T I E D E CE V O L U M E C O N S A C R É E A U BRÉSIL.

Abaëté ( d i a m a n t d e l ' ) . A qui est d u e sa d é c o u v e r t e ; e s t c o n s i d é r é c o m m e le p l u s g r o s d i a m a n t d e l ' u n i v e r s , 346 e t s u i v . A c a d é m i e . D é t a i l s s u r la f o r m a t i o n d e c e l l e c r é é e a u B r é s i l e n 1816, ro3 e t s u i v . Agriculture. État d e l ' a g r i c u l t u r e a u x e n v i r o n s d e R i o , 147 e t s u i v . ; c e l l e d e B a h i a , 240. Alagoas ( p r o v i n c i a d o s ) . Ses l i m i t e s ; s i t u a t i o n g é o ­ g r a p h i q u e d e sa c a p i t a l e ; p r o d u i t s a g r i c o l e s d e s a l e n t o u r s d e c e t t e v i l l e , 247. Aldea. D é s i g n a t i o n d e c e m o t , 88. Alvares ( P e d r o , o u P e d r a l v e z C a b r a l , a m i r a l p o r ­ tugais). E p o q u e de son expédition vers l'Inde; n o m b r e d e s v o i l e s c o m p o s a n t s a flotte; l i e u o ù il d é b a r q u e , 1 e t 2. — R é s u l t a t d e s o n e x p é d i t i o n , i b i d . — S a c o n d u i t e e n v e r s l e s I n d i e n s , 4. Alvarez C o r r e a ( D i o g o , n a v i g a t e u r p o r t u g a i s ) . R é c i t i n t é r e s s a n t d e s e s a v e n t u r e s d a n s l e B r é s i l , 35 et s u i v . Amazone (fleuve d e l ' A m é r i q u e d u S u d ) . V o y a g e e x é c u t é s u r c e fleuve, 288 e t s u i v . — S a d e s c r i p ­ t i o n , 290 e t s u i v . — E x a m e n d e s p o p u l a t i o n s i n d i e n n e s q u i h a b i t e n t s e s b o r d s , 294 e t s u i v . — l e u r s idées r e l i g i e u s e s ; espèces de génies qu'ils a d m e t t e n t , 295 e t s u i v . — I n d i e n s c o m p l é t e m e n t s a u v a g e s q u ' o n r e n c o n t r e d a n s c e s c o n t r é e s , 296 et s u i v . — F ê t e s e t m a s c a r a d e s e n u s a g e c h e z c e s p e u p l e s , 298 e t s u i v . — É t a t p r é s e n t d e s b o r d s d u fleuve, 300 e t s u i v . — R é c o l t e d e s œ u f s de t o r t u e , e t d u c a o u t c h o u c , 301 s u i v . — I d é e d e s g r a n d e s f o r ê t s d e l ' A m a z o n i e ; 301 e t s u i v . Amazones. D i s s e r t a t i o n s u r l'existence de ces f e m m e s b e l l i q u e u s e s , 300. Amazonie. Idée des grandes forêts de cette con­ t r é e , 302 e t s u i v . Anchieta ( J o s e p h , missionnaire d u B r é s i l ) . Lieu où il e s t i n h u m é ; t i t r e q u e lui m é r i t è r e n t s e s e f f o r t s en f a v e u r d e la c i v i l i s a t i o n b r é s i l i e n n e ; t é m o i ­ g n a g e d e v é n é r a t i o n et d ' a m o u r q u e lui d o n n e n t les p o p u l a t i o n s d e ces c o n t r é e s l o r s d e ses funé­ r a i l l e s , 2o3 e t s u i v . — C e q u ' o n r a c o n t a i t d e s e s v e r t u s e t d e s a s a i n t e t é , 204. — Dieu e t d a t e d e sa n a i s s a n c e ; sa f a m i l l e ; s o n g o û t p o u r l ' é t u d e ; o r d r e d a n s l e q u e l il e n t r e ; p a s s e au Brésil d a n s l e b u t d ' y c o n v e r t i r l e s I n d i e n s ; sa m o r t , i b i d . à la n o t e . Animaux domestiques. Aperçu de ceux q u ' o n élève a u B r é s i l , 72. Animaux sauvages. Aperçu de ceux qu'on rencon­ t r e a u B r é s i l , 68 e t s u i v . A n t a o u t a p i r . D é t a i l s s u r c e t a n i m a l , 68. A n t h r o p o p h a g i e . E t a i t en u s a g e c h e z les i n d i g è n e s d u B r é s i l , 27 e t s u i v . A r a c a t i ( c a p i t a l e d e la p r o v i n c e d e C i a r a ) . S a s i t u a t i o n ; idée d e cette v i l l e ; ses e n v i r o n s ; son p o r t ; c o m m e r c e q u ' o n y f a i t , 277. A r r a y a l . E x p l i c a t i o n d e ce m o t , 88. Artistes français. K p o q u e de l e u r établissement a u B r é s i l , 103. — N o m s d e c e u x q u i s e f i x è r e n t d a n s c e t t e c o n t r é e , i b i d . à la n o t e .

Avati ou Abati. N o m g é n é r i q u e des espèces de m a i s e n u s a g e c h e z l e s T u p i n a m b a s , 17. Aymorès (tribu sauvage du Brésil). Mœurs et m a ­ n i è r e d e v i v r e d e c e s I n d i e n s , 209 e t s u i v . — T e r ­ r e u r qu'ils i n s p i r e n t dans les établissements de P o r t o - S e g u r o , 210 e t s u i v . V o y . B o t o c o u d o s . A y p i . G e n r e d e m a n i o c , 17. B a h i a ( p r o v i n c e d e ) . N o t i c e h i s t o r i q u e et g é o g r a ­ p h i q u e s u r c e t t e c o n t r é e , 23o e t s u i v . B a n d e i r a . C e q u e l e s P a u l i s t e s d é s i g n a i e n t p a r ce n o m a u B r é s i l , 186. B a r o ( R o u l o x , v o y a g e u r d u XVII s i è c l e ) S o n s é j o u r c h e z les T a p u y a s , 7 , a u t e x t e e t à la n o t e . Battas (peuple de l'Asie). U s a g e cruel qu'ils obser­ v a i e n t e n v e r s l e u r s v i e i l l a r d s , 9. B i b l i o t h è q u e s . D é t a i l s s u r celles d e Rio de J a n e i r o , 118 e t s u i v . ; c e l l e d e B a h i a , 2.35. B i c h o d o p é ( i n s e c t e d u B r é s i l ) . Détails s u r ses q u a l i t é s n u i s i b l e s ; m o y e n s d e s ' e n d é l i v r e r , 84. Bicho de t a q u a r a . Avidité q u e les Indiens Malalis m o n t r e n t p o u r c e t i n s e c t e ; s i n g u l i e r effet q u ' i l p r o d u i t s u r l e u r e s p r i t d è s q u ' i l s en o n t m a n g é ; g r a i s s e q u ' i l s en o b t i e n n e n t , 8 3 . — D é t a i l s s u r ce v e r considéré c o m m e aliment , 360. Bogres (Indiens du S u d ) . C o u t u m e qu'ils observent e n v e r s l e u r s b l e s s é s s u r l e c h a m p d e b a t a i l l e , 9. B o i s d u B r é s i l , 64 ; p r i v i l é g e d o n t i l e s t l ' o b j e t , 268 ; d ' é b é n i s t e r i e e t d e c o n s t r u c t i o n , 60 e t à l a n o t e . Botocoudos ( t r i b u sauvage du Brésil). Portrait de c e s I n d i e n s ; l e u r o r i g i n e , 209 e t s u i v . — L i e u x qu'ils occupent; raison du n o m qu'on leur d o n n e ; l e u r v é r i t a b l e d é n o m i n a t i o n c o m m e p e u p l e , 211. C a r a c t è r e s q u i les d i s t i n g u e n t des a u t r e s n a t i o n s i n d i e n n e s , 212 e t s u i v . — L e u r m a n i è r e d e v i v r e , 214. — A n i m a u x e t v é g é t a u x d o n t ils s e n o u r ­ r i s s e n t ; s t r u c t u r e d e l e u r s h a b i t a t i o n s , 216. — Description de l e u r s c o m b a t s s i n g u l i e r s ; ce q u e s o n t l e s g u e r r e s d e t r i b u s , 217 e t s u i v . — D é ­ t a i l s s u r les l u t t e s q u ' i l s o n t à s o u t e n i r c o n t r e l e s e x p é d i t i o n s d e s s o l d a d o s d a c o n q u i s t a , 218 e t suiv. — Dissertation sur leurs habitudes d'an­ t h r o p o p h a g i e , 219 e t s u i v . — L e u r r e l i g i o n , 2 2 1 . — P r i n c i p e s d ' a p r è s lesquels ils se g o u v e r n e n t , ibid. et suiv. — E x p o s é de leur i d i o m e ; leurs c h a n ­ s o n s , 222 e t s u i v . — F ê t e s e t d i v e r t i s s e m e n t s d e s B o t o c o u d o s , 223 e t s u i v . — I d é e d e l e u r s c h a n t s ; cérémonies de leurs funérailles; modifications q u ' o n t s u b i e s l e u r s m œ u r s , 224 e t s u i v . B o u c a n . N o m d o n n é p a r les T u p i n a m b a s a u m o y e n d e c o n s e r v e r le g i b i e r e t l e p o i s s o n , 18. B o u r s e . B e a u t é d e celle de R i o d e J a n e i r o ; é v é n e ­ m e n t s p o l i t i q u e s q u i y o n t l i e u , 108 e t s u i v . Brant (Filisberto Caldeira, marquis de Barbac e n a ) . R ô l e q u ' i l j o u e a u B r é s i l , 155 e t s u i v . B r é s i l . C i r c o n s t a n c e q u i le d o n n e à la c o u r o n n e d e P o r t u g a l ; p a r q u i il e s t d ' a b o r d d é c o u v e r t ; d ' o ù l u i v i e n t s o n n o m , 2 et s u i v . à la n o t e . — D é t a i l s s u r s e s h a b i t a n t s , 3 et s u i v . — P r e m i è r e s r a c e s q u i le p e u p l e n t , 5 et suiv. — P r o d u c t i o n s q u ' y r é c o l ­ taient les T u p i n a m b a s ; espèces d ' a n i m a u x q n ' o n y


TABLE DES MATIERES

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trouvait alors, 1 7 . — Tribus diverses qui entourent l a n a t i o n d e s T u p i n a m b a s , 32 e t s u i v . — P r e m i è r e s e x p l o r a t i o n s d e ce p a y s , 3 3 e t s u i v . — É p o q u e d ' o ù d a t e sa p r e m i è r e c o l o n i s a t i o n , 3 4 . — N a v i ­ g a t e u r s q u i d i r i g e n t des e x p é d i t i o n s v e r s ses cô­ t e s , 3 5 . — Tradition intéressante de cette con­ t r é e , ibid. et suiv. — Ses divisions en capitaine­ ries , 38 et suiv. — Premier établissement français q u i s ' y f o r m e , 42 et s u i v . — I n f l u e n c e q u ' y e x e r ­ c e n t les j é s u i t e s , 44 , 4 5 . — O c c u p a t i o n d u p a y s p a r les H o l l a n d a i s ; s c è n e s q u i s'y p a s s e n t à d a t e r d e c e t t e é p o q u e , 4 7 et s u i v . — A s p e c t g é ­ n é r a l d u B r é s i l , 51 , 5 2 , 5 8 e t s u i v . — S a s i t u a ­ t i o n g é o g r a p h i q u e ; son é t e n d u e en lieues c a r r é e s , 52 e t s u i v . — S a p o p u l a t i o n , 5 3 . — L i m i t e s d e cet e m p i r e , i b i d . a u t e x t e et à la n o t e . — S y s ­ t è m e d e ses m o n t a g n e s , 5 3 e t s u i v . — S e s fleuves, 5 4 e t s u i v . — S e s l a c s , 5 6 . — S o n c l i m a t ; ses s a i s o n s , i b i d . et s u i v . — A p e r ç u de ses richesses minéralogiques , 57. — Pierres précieuses q u ' o n y t r o u v e , i b i d . — C o u p d ' œ i l s u r sa v é g é t a t i o n , 58 et suiv. — S e s a n i m a u x s a u v a g e s et d o m e s t i ­ q u e s , 68 et suiv. — C é t a c é s , 7 2 . — O i s e a u x , i b i d . et su i v . — R e p t i l e s , 77 e t suiv. — P o i s s o n s , 7 9 et suiv. — C o q u i l l a g e s , 8 0 . — I n s e c t e s , ibid. e t s u i v . — Divisions actuelles d u B r é s i l , 85 et s u i v . — I d é e d e sa s i t u a t i o n i n d u s t r i e l l e a u c o m ­ m e n c e m e n t d u XIX siècle , 9 9 e t s u i v . — D a t e d u d é c r e t a u q u e l il d o i t l e d é v e l o p p e m e n t d e s a p r o s ­ p é r i t é , 100. — É p o q u e de son érection en r o y a u ­ m e ; j o i e q u e le p e u p l e m a n i f e s t e à cette n o u v e l l e , 1 0 2 . — É t a b l i s s e m e n t des a r t i s t e s f r a n ç a i s d a n s cette c o n t r é e ; résultat de leur a r r i v é e , ibid et s u i v . — É t a t d e s o n i n d u s t r i e p a r t i c u l i è r e , 115 et s u i v . — Ses é t a b l i s s e m e n t s scientifiques et l i t ­ téraires , 1 1 6 et suiv. — Q u e l q u e s - u n s de ses usa­ g e s , 120 e t s u i v . — D i v e r s i t é d e s c o u t u m e s l o ­ c a l e s s e l o n les h a b i t a n t s ; a t t r i b u t i o n s d e d i v e r s e s classes , 1 2 2 et suiv. — Fêtes religieuses , 129 ct s u i v . , 134 à 138 e t 1 4 1 e t s u i v . — F u n é r a i l l e s , 138 c t s u i v . — S i t u a t i o n o ù s ' y t r o u v e n t l e s n è ­ g r e s , I42 e t s u i v . — M u l â t r e s e t h o m m e s d e c o u ­ l e u r , 1 4 7 - — C o u p d ' œ i l g é n é r a l s u r ses p r o v i n ­ c e s , 158 et s u i v . — A r i d i t é d e c e r t a i n e s c o n t r é e s , 2 7 1 , sa s i t u a t i o n p o l i t i q u e en 1837 , 3 6 9 . e

Brésilien. Ce qui le c a r a c t é r i s e c o m p a r é à l ' h a b i ­ t a n t d e P a r i s , 1 2 7 et s u i v . Brésilienne. C o m p a r é e à la F r a n ç a i s e , 178. B u g r e s ou Bogres ( race indienne du B r é s i l , aux e n v i r o n s d e S a i n t e - C a t h e r i n e ) . C a r a c t è r e de c e p e u p l e ; s e s m œ u r s ; a r m e s d o n t il s e s e r t ; sa manière de c o m b a t t r e , 177. — Pas qu'ils o n t f a i t v e r s la c i v i l i s a t i o n , i b i d . e t s u i v . — S o l ­ l i c i t u d e d u g o u v e r n e m e n t p o u r c e u x q u e l ' o n fait p r i s o n n i e r s , 178. Cabral (l'edralvez). Voyez Alvarez (Pedro). C a c a o t i e r . Sa c u l t u r e a u B r é s i l , 6 6 . C a c h i a s (ville d u P i a u h y ) . N o m s o u s l e q u e l o n la d é s i g n a i t a u t r e f o i s ; sa p o p u l a t i o n ; ce q u i fait s a richesse principale, 279. C a f i e r . E p o q u e o ù il c o m m e n c e à ê t r e c u l t i v é a u B r é s i l , 66. Calabar (Fernandez , mulâtre du Brésil). Célébrité d o n t y j o u i t sa m é m o i r e ; h i s t o r i q u e de s a vie ; sa m o r t , 247 et s u i v . C a m a c a n s - M o n g o y o s (nations indiennes habitant l e s c o n f i n s d e M i n a s ) . R a i s o n s q u i les o n t f a i t s e r é f u g i e r d a n s ces l i e u x é c a r t é s , 3 6 5 et s u i v . — Usages qu'ils ont a d o p t é s ; leur industrie; ta­ b l e a u de leurs fêtes et de l e u r s d a n s e s , 3 6 6 et s u i v . — D e u i l et f u n é r a i l l e s , 3 6 7 et s u i v . — L e u r s

idées r e l i g i e u s e s ; b r a v o u r e q u ' i l s m o n t r e n t dans l e s c o m b a t s ; h a b i l e t é avec l a q u e l l e ils se servent d e nos h a c h e s ; n e d o i v e n t p o i n t être confondus a v e c les M e n i e n s , 3 6 8 . C a m a m u ( v i l l e d e l ' a n c i e n n e p r o v i n c e d ' I l h e o s au B r é s i l ) . B e a u t é d e s a b a i e ; s a s i t u a t i o n , ?.3o. C a m c r a n . R ô l e q u ' i l j o u e a u B r é s i l l o r s d e la lutte d e s P o r t u g a i s c o n t r e les H o l l a n d a i s , 5 0 . ^ a m i n h a ( P e d r o V a s d e , l ' u n d e s é c r i v a i n s de la f l o t t e p o r t u g a i s e q u i d é c o u v r e le B r é s i l en 1 5 0 0 ) . — C e q u ' i l r a c o n t e d e l ' a s p e c t d e c e p a y s et de ses h a b i t a n t s , 2 et s u i v . Z a m p o s dos G o a y t a k a z e s ( d i s t r i c t d e la province d ' È s p i r i t o - S a n t o ) . F e r t i l i t é d e s e s c h a m p s , 107. — C a r a c t è r e d e ses h a b i t a n t s ; é t e n d u e d e son ter­ r i t o i r e , 1 9 8 . — D i f f é r e n c e q u i d i s t i n g u e les p e u ­ p l e s d u l i t t o r a l , i b i d . — D é t a i l s h i s t o r i q u e s sur c e t t e c o n t r é e , 2 0 0 e t s u i v . — S a p o p u l a t i o n , 201 et suiv. — C u l t u r e , 202. C a m p o s - G e r a e s . S u r n o m q u ' a r e ç u ce p a y s , 3 6 o . — C o n t r é e d o n t il fait p a r t i e ; a s p e c t d e s o n p a y s a g e , 3 6 3 e t s u i v . — A n a l o g i e q u ' o f f r e la p o p u l a t i o n q u i l ' h a b i t e avec celle du S e r t ä o de M i n a s ; por­ t r a i t m o r a l et intellectuel de cette r a c e , 364. — I n n o m b r a b l e q u a n t i t é d ' a n i m a u x et d ' o i s e a u x que r e n f e r m e n t les C a i n p o s - G e r a e s ; i m m e n s e s p â t u ­ r a g e s ; b e s t i a u x q u i les o c c u p e n t , i b i d . e t s u i v . C a m u c i s . G r a n d s v a s e s d a n s l e s q u e l s les G u a y n a z e s e n t e r r a i e n t l e u r s chefs a u B r é s i l , 166. C a n n e à s u c r e . E s p è c e s q u i c r o i s s e n t a u B r é s i l , 66. C a n t o (Jozé B o r g e s d o , soldat brésilien). P a r t qu'il e u t d a n s la conquête de S a n - M i g u e l , 172. C a o u t c h o u c . Récolte q u ' o n en fait d a n s l'Amazonie, 301 et suiv. C a p F r i o ( b o u r g a d e d u Brésil). Sa s i t u a t i o n , 199. Capim G o r d u r a . Fléau de l'agricult. , 335. C a p i t a ë s d o M a t o . F o n c t i o n d e s p e r s o n n a g e s ainsi a p p e l é s ; é p o q u e de leur création , 146. C a r a . P l a n t e d o n t les r a c i n e s s e r v a i e n t à l a n o u r ­ r i t u r e d e s T u p i n a m b a s , 17. C a r a ï b e . C l a s s e d ' h o m m e s q u e d é s i g n e ce n o m chez l e s B r é s i l i e n s , 19. — L e u r s f o n c t i o n s a u milieu d e s f ê t e s , 24 — D a n s q u e l b u t ils m a s s a c r a i e n t l e u r s prisonniers ; dérivé q u e quelques écrivains d o n n e n t à l e u r n o m , 27 e t s u i v . a u t e x t e e t à la note. C a r a m o u r o u et Paraguassou l'Indienne. Tradition i n t é r e s s a n t e d u B r é s i l , 35 et s u i v . C a r i j o s . L e u r r a p p o r t a v e c les T u p i n a m b a s , 3 3 . C a r n a h u b a ( p a l m i e r à cire du Brésil) , 276. C a r n a v a l . S p e c t a c l e c u r i e u x q u ' i l offre a u B r é s i l , 132 e t s u i v . C a s a i ( M a n o e l A y r e s d e ) , e s t c o n s i d é r é c o m m e le p è r e d e la g é o g r a p h i e b r é s i l i e n n e ; a r e p r o d u i t l a r e l a t i o n d e la d é c o u v e r t e d u B r é s i l , c o n s e r v é e à l a t o u r d e s a r c h i v e s d e L i s b o n n e , 2 , à la n o t e — N o t i o n s q u ' o n lui d o i t s u r le M a t o - G r o s s o , 3 1 2 . C a t h a r i n a ( S a n t a - , province d u Brésil). Notice his­ t o r i q u e e t g é o g r a p h i q u e s u r c e t t e c o n t r é e , 172 e t s u i v . — R i c h e s s e s n a t u r e l l e s q u ' e l l e o f f r e , 173 e t s u i v . — I m p o r t a n c e d e la p è c h e q u ' e l l e f a i ­ s a i t d e la b a l e i n e , 174 — R e p t i l e s d a n g e r e u x q u i s'y t r o u v e n t , ibid. — Variété et magnificence d e ses i n s e c t e s , 1 7 5 . — Sa p o p u l a t i o n ; i m p o r ­ t a n c e d e s a b a i e ; a n t i q u i t é d e s f o r t i f i c a t i o n s ; sa c a p i t a l e , i b i d . et s u i v . — D é t a i l s s u r les p e u p l e s indigènes de cette p r o v i n c e , 177. C e n d r e s ( j o u r d e s ) . S p e c t a c l e c u r i e u x q u ' o f f r e sa c é r é m o n i e a u B r é s i l , 134 e t s u i v . C é t a c é s . L e u r p ê c h e s u r les c ô t e s d u B r é s i l , 7 2 . C h a m b r e représentative. Aperçu des événements


C O N T E N U E S DANS C E V O L U M I q u i se p a s s è r e n t a u B r é s i l l o r s d e s p r e m i è r e s d é ­ l i b é r a t i o n s d e c e t t e a s s e m b l é e , 109 e t s u i v . C h a r r u a s ( t r i b u i n d i e n n e ) . S e s m œ u r s , 168. Chasse. D é t a i l s s u r celle q u e l ' o n fait d a n s l ' i n t é ­ rieur du Brésil a u x a n i m a u x s a u v a g e s , 69 et suiv. Chateaubriand. Citation de cet a u t e u r relative à l ' i n d i g è n e d e 1 A m é r i q u e , 53. C h e n i l l e . Effets s i n g u l i e r s q u e p r o d u i t s u r l e s I n ­ d i e n s M a l a l i s , c e l l e a p p e l é e bicho de taquara, 83. Chôlo. V a r i é t é d é s i g n é e a i n s i , 4 5 à la n o t e . Ciara ou S e a r a ( p r o v i n c e d e l ' e m p i r e d u B r é s i l ) . Son a r i d i t é ; ses l i m i t e s ; é t e n d u e d e s o n t e r r i t o i r e ; n e u v e q u i la t r a v e r s e , 275 e t s u i v . — Est restée longtemps i n c o n n u e ; événements a u x q u e l s elle a s e r v i d e t h é â t r e , 2 7 4 . — É p i d é m i e c a u s é e p a r la d i s e t t e e t p a r l ' u s a g e d u m i e l ; s e s t r o u ­ peaux de c h è v r e s , ibid. et suiv. — E n n e m i q u ' o n t à r e d o u t e r les b e s t i a u x , 2 7 5 . — C o u p d ' œ i l s u r la v é g é t a t i o n d e c e t t e c o n t r é e , 2 7 6 . — T r i b u s indiennes qui l ' h a b i t e n t , ibid. et s u i v . c i d a d e . D i s s e r t a t i o n s u r c e m o t , 88. Cité a u x a r m u r e s d ' o r . V o y a g e s e n t r e p r i s p a r l e s Espagnols p o u r chercher cette ville; résultat q u ' i l s o n t , 288 e t s u i v . Clerc ( D u , c a p i t a i n e d e la m a r i n e f r a n ç a i s e ) . R é s u l ­ t a t d e s o n e x p é d i t i o n à R i o d e J a n e i r o e n 1 7 1 0 , g6. C l i m a t . C e q u ' e s t c e l u i d u B r é s i l , 56. Coco d e P i a s s a b a . U t i l i t é d e c e t a r b r e d a n s l a p r o ­ vince dos Ilheos au B r é s i l , 2 2 8 . Coelho ( G o n ç a l o , n a v i g a t e u r p o r t u g a i s ) . R é s u l t a t de son e x p é d i t i o n a u B r é s i l , 3 4 . — T r a c e s q u ' i l a laissées d e s o n p a s s a g e d a n s ce p a y s , i b i d . Colibri. C l i m a t q u ' i l affectionne p a r t i c u l i è r e m e n t ; sa n o u r r i t u r e , 7 7 . — Différence q u i le d i s t i n g u e d e l ' o i s e a u - m o u c h e , i b i d . à la n o t e . Coligni ( d e , a m i r a l f r a n ç a i s ) . L i e u q u ' i l c h o i s i t a u Brésil p o u r f o n d e r u n é t a b l i s s e m e n t , 4 3 . Colomb ( C h r i s t o p h e , navigateur g é n o i s ) . D o u t e s u r l ' a n t é r i o r i t é d e sa d é c o u v e r t e , 6. — J u s t i c e qu'il rend à A m e r i g o V e s p u c c i , Colonie a l l e m a n d e . Détails h i s t o r i q u e s et g é o g r a ­ p h i q u e s s u r c e t é t a b l i s s e m e n t , 162 e t s u i v . Colons. S i t u a t i o n des p r e m i e r s q u i s'établirent a u B r é s i l ,44. C o m a r c a . E x p l i c a t i o n d e ce m o t , 8 8 . Compagnie anglaise des mines. Bruits absurdes qui circulent à son arrivée ; exploitation des mines d a n s la p r o v i n c e d e M i n a s - G e r a e s ; l i e u x o ù elle s ' é t a b l i t s u c c e s s i v e m e n t ; sa p r o s p é r i t é , 3 3 7 . — Profits q u ' e l l e r é a l i s e , 3 3 8 et s u i v . Congo Soco (district d e Minas-Geraes ) . Historique de sa f o n d a t i o n , 337 et suiv. — S e s m i n e s , ibid. C o n s t i t u t i o n . E x t r a i t d e celle d u B r é s i l , 1 5 2 . Coquillages et c r u s t a c é s . Détails s u r ceux q u e l'on t r o u v e "au B r é s i l , 8 0 . Coroados (nation indienne d u B r é s i l ) . Origine de son n o m ; p e u p l e d o n t elle d e s c e n d , 368 et s u i v . Coton. Son u s a g e c h e z les I n d i e n s ; sa c u l t u r e , G7. C o t o n n i e r . S a c u l t u r e a u B r é s i l s u r le l i t t o r a l e t d a n s M i n a s - N o v a s , 354 et s u i v . C o u t u m e s . D i v e r s i t é d e celles p a r t i c u l i è r e s à c h a q u e localité selon les h a b i t a n t s , 122 et suiv. C r a p a u d c o r n u . D é t a i l s s u r ce r e p t i l e h i d e u x q u ' o n rencontre au Brésil, 78. C u l t e . I d é e d e c e l u i d e s T u p i n a m b a s , 1 9 e t SUIT. Curibocas. Race q u ' o n désigne p a r ce n o m a u Bré­ sil , 4 5 à l a n o t e , C u y a b a (ville d u M a t o - G r o s s o ) . A n c i e n n e t é d e cet é t a b l i s s e m e n t ; r a n g qu'il occupe d a n s la divi­ sion e c c l é s i a s t i q u e ; sa p r o s p é r i t é ; s o n o r i g i n e ; sa s i t u a t i o n g é o g r a p h i q u e , 3 1 8 . — S o n c l i m a t , 3 1 9 .

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D i a m a n t . Lieux o ù on le t r o u v e ; é v a l u a t i o n d e l a totalité des superficies déclarées d i a m a n t i n e s ; district où cette exploitation d o n n e les b é n é ­ fices les p l u s r é e l s a u g o u v e r n e m e n t b r é s i l i e n , 3 4 o . — V a l e u r q u ' o n lui attribuait d a n s les commencements ; récompense qu'on accorde à c e l u i q u i le p r e m i e r e n f a i t l a d é c o u v e r t e ; é p o q u e o ù i l est d é c o u v e r t ; est c o n s i d é r é c o m m e p r o ­ priété royale ; droit q u ' o n imposait à ceux q u i s ' o c c u p a i e n t d e sa r e c h e r c h e ; d a t e d e l ' a n n é e o ù son extraction est affermée; sommes qu'elle r a p ­ p o r t e a u g o u v e r n e m e n t , 3 4 2 . — F a c i l i t é a v e c la­ q u e l l e on le t r o u v a i t a u t r e f o i s ; a b o n d a n c e d é ­ croissante q u e l'on r e m a r q u e ; travaux qu'exige s o n e x t r a c t i o n , 3 4 3 et s u i v . — Détails s u r les v o l s q u ' e n font l e s t r a v a i l l e u r s e t l e s c o n t r e b a n d i e r s ; n o m b r e des personnes employées autrefois au l a v a g e ; n o m b r e d e celles q u ' o n y e m p l o i e a u j o u r ­ d ' h u i , 345 et suiv. — Idée de l'administration intérieure des mines , 346. — Leur revenu général d ' a p r è s M. d e S a i n t - H i l a i r e ; q u e l e s t l e p l u s g r o s d i a m a n t c o n n u ; histoire de sa d é c o u v e r t e , ibid. D i a s ( H e n r i q u e ) . R ô l e q u ' i l j o u e l o r s d e la l u t t e d e s P o r t u g a i s c o n t r e les H o l l a n d a i s , 5 0 . D i m a n c h e . S o n o b s e r v a t i o n a u B r é s i l , 130. D i s t r i c t des D i a m a n t s . T o p o g r a p h i e et législation d e c e t t e r é g i o n , 340 et s u i v . — A s p e c t d e l ' A r r a y a l D i a m a n t i n , i b i d . e t s u i v . — S o n climat , 3 4 1 . — I d é e de l'administration i n t é r i e u r e ; revenu a n ­ n u e l des t e r r e s d i a m a n t i n e s , 346. D u g u a y - T r o u i n . S o n e x p é d i t i o n à Rio d e J a n e i r o en 1 7 1 1 , 96 et suiv. — Résultat qu'elle a , 9 7 . É d u c a t i o n des b e s t i a u x . O r i g i n e de cette i n d u s t r i e a u B r é s i l ; s o n i m p o r t a n c e , 163 e t s u i v . Etna ou Nandu (autruche du Brésil). Taille à laquelle il p a r v i e n t ; c h a s s e q u ' o n l u i f a i t , 7 2 e t s u i v . E m m a n u e l (roi d e P o r t u g a l ) . Circonstance qui m a r ­ q u e son r è g n e , 1 et suiv. E n g e n h o s . L e u r i m p o r t a n c e , 2 4 1 et s u i v . Esgaravatana (sarbacane des Indiens). Sa descrip­ t i o n ; son u s a g e , 3 1 0 . E s p i r i t o - S a n t o ( p r o v i n c e d u B r é s i l ) . C o u p d'oeil s u r la situation d e cette c o n t r é e , 198. — Son t e r r i ­ t o i r e , 2o3. — Bourgades qu'elle renferme, ibid. E x é c u t i o n s . D é t a i l s s u r celles q u i e u r e n t lieu a u B r é ­ sil l o r s de la r é v o l u t i o n d e P e r n a m b u c o , 2 6 5 . F e m m e s . S o r t d e celles d e s T u p i n a m b a s , 2 2 . F e r n a n d o d e N o r o n h a ( î l e d e la p r o v i n c e d e P a r a h y b a ) . S o n é t e n d u e , sa d e s t i n a t i o n , 2 7 1 . F ê t e s . C a r a c t è r e d e c e l l e s d e s T u p i n a m b a s , 2 3 et s u i v . F ê t e s locales. D é t a i l s s u r celles o b s e r v é e s a u Brésil, 1 2 9 et suiv. F ê t e s religieuses. L e u r p o m p e à R i o , 129 et suiv. F i è v r e s . R a v a g e s q u ' e l l e s font s u r les b o r d s d u S a n Francisco , 246. F l e u v e s . Étal d e c e u x d u B r é s i l , 54 et s u i v . Fourmiller ( g r a n d ) ou t a m a n d u a cavallo ( q u a d r u ­ p è d e ) . T o r t q u ' o n a de le d é t r u i r e , 69. F o u r m i s . Ravages qu'elles font a u B r é s i l , 82. — F a i t r a p p o r t é à ce s u j e t , 202 et s u i v . — D é t a i l s s u r quelques-unes de leurs espèces, 8 3 . — Servent de nourriture à plusieurs populations, ibid. et 2o3. F r a n ç a i s . C o m m e n t ils é t a i e n t r e g a r d é s p a r l e s B r é ­ siliens , 3 9 - 4 1 . — P r e m i e r établissement qu'ils f o r m e n t chez e u x , 42 et s u i v . — L e u r e x p u l s i o n p a r les j é s u i t e s , 4 4 - — L e u r n o m b r e à R i o , 8 9 . Funérailles. S o l e n n i t é de celles des T u p i n a m b a s , 31 e t s u i v . — T a b l e a u d e c e l l e s p r a t i q u é e s a u B r é s i l , 138 e t s u i v . G o u v e r n e m e n t . Idée de celui d e s T u p i n a m b a s , 2 1 . — État actuel d u g o u v e r n e m e n t brésilien, 3 7 0 .


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TABLE

DES MATIÈRES

Goyaz ( p r o v i n c e d e ) . S o u r c e d e s n o t i o n s q u ' o n a s u r c e t t e c o n t r é e ; sa s i t u a t i o n g é o g r a p h i q u e ; s e s l i m i t e s ; son é t e n d u e ; sa p o p u l a t i o n , 32.5. — D é ­ c o u v e r t e de s e s m i n e s d'or, i b i d . et s u i v . — C h e r t é o ù s ' y t r o u v e n t l e s d e n r é e s , 326 et s u i v . — P r o ­ d u i t d e s e s m i n e s ; d e s c r i p t i o n d u p a y s , 327. — I n d u s t r i e p a r t i c u l i è r e d e s e s h a b i t a n t s ; sa c a p i ­ t a l e , 318. — D i v i s i o n s a c t u e l l e s et d i v i s i o n s n a ­ t u r e l l e s de la p r o v i n c e , i b i d . et s u i v . G r a m - p a r a o u B e l e m (cidade d e , v i l l e d e la p r o ­ v i n c e d e Para). L i e u o ù elle e s t b â t i e ; s a f o n d a ­ t i o n ; idée d e s o n i n t é r i e u r ; s a p o p u l a t i o n , 292.. Grottes du Mato-Grosso.— Curiosités qu'elles pré­ s e n t e n t , 3 1 7 et s u i v . G u a r a ( q u a d r u p è d e d u B r é s i l ) . D é t a i l s s u r cet a n i ­ mal s a u v a g e , 6 8 . — G u a r a , o i s e a u , 189. G u a r a n i s . Leur d e g r é d e c i v i l i s a t i o n , 167. — S o r t q u ' i l s o n t eu en 1 8 3 3 , 168. G n a y e o u r o u s ( I n d i e n s d u M a t o - G r o s s o ) . Idée d e ces p e u p l e s ; g u e r r e avec les P a u l i s l e s , 3 1 4 et s u i v — Leur h i s t o i r e , 320. — Leur a s p e c t e x t é ­ r i e u r , ibid et s u i v . — S o r t d e s f e m m e s ; l e u r s o c c u p a t i o n s ; m a n i è r e d o n t elles s e v ê t e n t , 321 et s u i v . — M o y e n s d e t r a n s p o r t d e s fiuaycourons; l e u r s m a r c h e s d a n s la c a m p a g n e , 322. — l e u r s h a b i t a t i o n s , ibid. e t s u i v . — Mature d e l e u r s idées r e l i g i e u s e s ; c r o y a n c e s é t r a n g e s d e s c h e f s , 32.3. — Différence e n t r e le l a n g a g e d e s h o m m e s et c e l u i d e s f e m m e s , 324 — A l l i a n c e e n 1791 a v e c les b r é s i l i e n s , i b i d . G u e r r e s . — Détails s u r c e l l e s d e s T u p i n a m b a s , 25 et s u i v . G u y a n e p o r t u g a i s e . Idée d e c e l l e c o n t r é e , 308. H a b i t a t i o n s . Ce q u ' e l l e s é t a i e n t c h e z les T u p i n a m ­ b a s , 15 et s u i v . H o l l a n d a i s Détails s u r la m a n i è r e d o n t ils s e r e n ­ d e n t maîtres d u B r é s i l , 1(7. — Influence q u e l e u r c o n q u ê t e a s u r l e d é v e l o p p e m e n t m o r a l et i n ­ d u s t r i e l de ce p a y s , 4 8 . — C e q u ' i l s d e v i e n n e n t a p r è s le rappel d u p r i n c e d e N a s s a u , 4 9 e t s u i v . — Epoque où i l s s o n t forcés d ' é v a c u e r l e u r s p o s ­ s e s s i o n s . 51. H o m m e s d e c o u l e u r . Leur s i t u a t i o n a u B r é s i l , 147. H o u c h a (chef de la h i é r a r c h i e d e s d é m o n s c h e z les T a p u y a s ) . Culte q u ' o n lui r e n d , 7. — D i s s e r t a ­ tion s u r celte d i v i n i t é , 8 . llheos (ancienne province dos ). Notice historique et t o p o g r a p h i q u e s u r cette c o n t r é e d u Brésil ; s e s r e s s o u r c e s ; m œ u r s d e s e s h a b i t a n t s ; l e u r tradi­ t i o n f a b u l e u s e , 226 et s u i v . — C o u p d'oeil s u r l ' h i s t o i r e naturelle d e la p r o v i n c e ; o s s e m e n t s fos­ s i l e s q u ' o n y t r o u v e , 228 e t s u i v . — A s p e c t d u p a y s c o m p a r a r e c e l u i qu'il offrait a u t r e f o i s , 229. Imprimerie. Epoque de son introduction à Rio de J a n e i r o , 100. I n d i e n s . R é v o l u t i o n q u i s ' o p è r e d a n s leurs m œ u r s , u n e f o i s s o u m i s , 197. — Caractère a c t u e l d u Cab o c l o , 198 et s u i v . Inis. Hamacs de coton des T u p i n a m b a s , 16. I n s e c t e s . Magnificence et v a r i é t é d e c e u x p a r t i c u ­ l i e r s a u B r é s i l , 80 et s u i v . Interprètes normands. Singularité d e leur v i e chez les Brésiliens , 43. Intrudo. V o y . Carnaval. l t a p a r i c a ( î l e d u g o l f e de B a h i a ) . S o n é t e n d u e ; s a f o r m e ; fertilité d e s o n t e r r o i r ; a r b r e s q u ' o n y c u l t i v e ; répartition d e ses h a b i t a n t s ; leur indus­ trie, 2 3 3 . J a c o b i n a (district d e l a p r o v i n c e d e B a h i a ) . Sa s i ­ tuation ; son é t e n d u e ; idée d e son territoire; s o n c l i m a t ; s e s r e s s o u r c e s , 243 et s u i v .

J a g u a r ( q u a d r u p è d e d u B r é s i l ) . D é t a i l s s u r cet ani. m a l s a u v a g e , 68. — C h a s s e q u ' o n lui f a i t , 6g. J a n g a d a . E m b a r c a t i o n en u s a g e a u B r é s i l , 256. J a r d i n b o t a n i q u e . I m p o r t a n c e de celui d e Rio-Jan e i r o , 116 e t s u i v . — S o m m e q u i était alloués à s o n e n t r e t i e n il y a q u e l q u e s a n n é e s , 118. J a r d i n p u b l i c . Celui de R i o d e J a n e i r o , 110 et suiv. — Celui d e B a h i a , 237.. J e a n VI ( r o i d e P o r t u g a l ) . D a t e de s o n arrivée au B r é s i l , 98. — J o i e q u e m a n i f e s t e n t l e s habitants d e R i o d e J a n e i r o lors d e s o n d é b a r q u e m e n t dans c e t t e v i l l e , 99. — D é c r e t q u ' i l rend en 1808, en f a v e u r d u d é v e l o p p e m e n t i n d u s t r i e l d u Brésil, 100. — E r i g e e n 1815 l e B r é s i l en r o y a u m e ; é p o q u e o ù il p r e n d le titre d e J e a n VI , 102. — D a t e de s o n s a c r e , 10g. — R e t o u r n e à Lisbonne en 1821, i b i d . J é s u i t e s . L e u r i n f l u e n c e s u r l e s c o l o n s d e la capi­ t a i n e r i e d e S a n - V i c e n t e ; r é s u l t a t q u ' e l l e a pour les Français, 4 4 - — M o y e n s qu'ils employaient p o u r c i v i l i s e r l e s I n d i e n s , 170 et s u i v . — Juge­ m e n t p o r t é s u r e u x , 183 e t 186, a u t e x t e et à la n o t e . — A m é l i o r a t i o n d o n t p l u s i e u r s c o n t r é e s du Brésil leur é t a i e n t r e d e v a b l e s , 198. J o r g e d o s I l h e o s ( S a n - , c a p i t a l e de la p r o v i n c e de c e n o m a u B r é s i l ) . Ce q u ' e l l e est a u j o u r d ' h u i ; ce q u ' e l l e a é t é ; é p o q u e d e sa f o n d a t i o n ; révolu­ t i o n s q u ' e l l e a s u b i e s , 229 e t s u i v . J o s e p h ( p r i n c e r o y a l de P o r t u g a l ) . E p o q u e où il t r a n s p o r t e la v i c e - r o y a u t é d u B r é s i l à R i o de Ja­ n e i r o , 98. L a c s . Quels s o n t c e u x d u B r é s i l , 5 6 . L a n g u e . C a r a c t è r e d e celle d e s T u p i n a m b a s , 2 0 et suiv. L a v r a d o r e s . D e s c r i p t i o n d e c e t t e c l a s s e d e g e n s au Brésil , 267 et s u i v . L e r y ( J e a n d e ) . V o y a g e u r i m p o r t a n t d u seizième s i è c l e ; c i t é , 13 , 15 , 25 , 31 , 64. e t s u i v . Lianes. Description de celles d u B r é s i l , 6 5 . Livera-pèime o u I v e r a - p è m e . M a s s u e d u sacrifice c h e z les i n d i g è n e s d u B r é s i l , 29. L o b o ( B e r n a r d o Fonseca ) . E s t le p r e m i e r qui dé­ c o u v r e d e s d i a m a n t s d a n s l e Cerro d o F r i o , 342. L o i s d e s T u p i n a m b a s , 2 1 ; c e l l e s a c t u e l l e s , 372. L u i z ( S a n - , v i l l e d e l'île d e M a r a n b a m ) . Epoque d e sa f o n d a t i o n ; s o n é t e n d u e ; s e s r u e s ; s e s mo­ n u m e n t s ; i n s t i t u t i o n s q u ' e l l e p o s s è d e ; d é t a i l s sur s o n p o r t et le c o m m e r c e q u i s ' y f a i t , 287. M a c a u h a n o u le m e s s a g e r d e s â m e s . C r o y a n c e des G u a y c o u r o u s t o u c h a n t c e t o i s e a u , 323. M a l a l l s . État d e c e p e u p l e , 359 et s u i v . Mamalucos. Individus qu'on désigne par ce n o m , 4 5 . — N o t i o n s s u r cette r a c e , 181 et s u i v . M a n a t i o u p e i x e b o i . T a i l l e à l a q u e l l e il parvient; e m p l o i q u ' o n e n f a i t , 71-72. M a n i o c ( p l a n t e d u B r é s i l ) . S a c u l t u r e ; particularité q u ' e l l e o f f r e , 202. M a n o a ( c i t é d e ) . Incertitude d e s o n e x i s t e n c e , 3o9 M a r a c a . I n s t r u m e n t s a c r é , 8. — A u t e u r s qui en p a r l e n t , i b i d . à la n o t e , 293. M a r a j o ( ile d e ) . S a d e s c r i p t i o n , 292 c l suiv. — I m p ô t q u ' e n t i r a i t le g o u v e r n e m e n t c h a q u e année 2g3. — P o p u l a t i o n s i n d i e n n e s q u i l'habitaient j a d i s ; titres q u ' e l l e s p r e n a i e n t ; n a t i o n s q u i vien­ n e n t s'y fixer s u c c e s s i v e m e n t , i b i d . e t s u i v . M a r a n b a m ( p r o v i n c e d u ) . H i s t o i r e d e s e s conces­ s i o n n a i r e s , 280 et s u i v . — E x p é d i t i o n d e s Fran­ ç a i s au M a r a n h a m , 281 et s u i v . — Etendue de c e t t e p r o v i n c e ; s e s p r o d u c t i o n s n a t u r e l l e s , 283 et s u i v . — D i v i s i o n s de s o n t e r r i t o i r e ; g u e r r e s que l e s T u p i n a m b a s y o n t e s s u y é e s , 284 et suiv. — I n d i e n s s a u v a g e s q u i l ' h a b i t e n t , 286 et s u i v .


CONTENUES DANS CE VOLUME. Maranham ( î l e d e ) . D i v i s i o n q u ' e l l e f o r m e d e la province d e c e n o m ; s o n é t e n d u e ; d i s t a n c e q u i la s é p a r e d u c o n t i n e n t ; sert d e r e f u g e a u x T u p i nambas ; é v é n e m e n t s q u i les e n e x p u l s e n t , 284 et suiv. — D e s c r i p t i o n de c e t t e î l e ; ville q u i y fut fondée a u XVIIe s i è c l e ; p r i n c i p a l e b r a n c h e du c o m m e r c e qui s e fait à M a r a n h a m , 287. Maria ( D o n a , reine d e P o r t u g a l et m è r e d e J e a n V I ) . Lieu o ù e l l e m e u r t ; s e s o b s è q u e s , 102. Mariages. L o i s q u i r é g i s s a i e n t c e u x d e s T u p i n a m b a s , 22. Marianna ( v i l l e é p i s c o p a l e d e s M i n e s ) . O r i g i n e d e son n o m ; sa p o p u l a t i o n ; état a c t u e l , 3 5 2 . Marlière ( G u i d o T h o m a s , F i a n ç a i s a u s e r v i c e d u Brésil). E t a b l i s s e m e n t qu'il f o r m e s u r l e s b o r d s du R i o - D o c e e n 1824 ; s e s e f f o r t s p o u r la c i v i l i ­ sation d e s I n d i e n s , 225, a u t e x t e e t à la n o t e . Mato-Grosso ( p r o v i n c e d u Brésil ) . G é o g r a p h e q u i l'a fait c o n n a î t r e ; s o n i m m e n s e é t e n d u e ; sa p o ­ pulation ; h i s t o i r e d e s a d é c o u v e r t e , 312 et s u i v . — Mines d ' o r , 3 1 3 . — N a t i o n s q u i l ' h a b i t e n t ; les l ' a u l i s t e s , 314 e t s u i v . — Etat d e la c u l ­ t u r e ; m u l t i p l i c a t i o n p r o d i g i e u s e d e s r a t s , 315. — Description d e cette contrée ; curiosités qu'on y r e n c o n t r e , 316 e t s u i v . — S e s g r o t t e s , 317 e t suiv. — Villes p r i n c i p a l e s , 318 e t s u i v . — P e u p l e s i n d i g è n e s , 319 et s u i v . — E x p l o i t a t i o n d e s p i e r ­ res p r é c i e u s e s e t d e s d i a m a n t s , i b i d . — R o u t e s qui c o n d u i s e n t d a n s c e t t e p r o v i n c e , 324. Meniens. I d é e d e c e p e u p l e a u B r é s i l , 3 6 8 . Miel d u B r é s i l . C o m p a r é à celui d e l ' E u r o p e ; q u a ­ lités v é n é n e u s e s d e q u e l q u e s e s p è c e s , 82. Minas-Geraes. D é c o u v e r t e de c e p a y s , 329 e t s u i v . -— G u e r r e s q u i o n t lieu à M i n a s entre les F o r a s ­ teros e t l e s P a u l i s t e s , 330 e t s u i v . — E p o q u e d e sa c o n s t i t u t i o n e n c a p i t a i n e r i e ; t r o u b l e s q u i s ' y m a n i f e s t e n t , 331 e t s u i v . — S a s i t u a t i o n a c t u e l l e ; caractères d e s M i n e i r o s , 332 e t s u i v . — D e s c r i p ­ tion g é o g r a p h i q u e d e la p r o v i n c e , 333.— Sa p o ­ pulation ; ses productions ; état d e son agricul­ ture , i b i d . e t s u i v . — Prix o ù y s o n t les t e r r e s ; c e s s i o n s d e t e r r a i n s , 334 et s u i v . — O b s t a c l e s qui s ' o p p o s e n t a u x p r o g r è s d e l ' a g r i c u l t u r e , 335. — Législation d e s mines , ibid. et suiv. — P r o ­ cédés e m p l o y é s p o u r recueillir l ' o r , 3 3 6 . — C o m ­ p a g n i e q u i s'est é t a b l i e d a n s c e t t e c o n t r é e p o u r l ' e x p l o i t a t i o n d e s m i n e s , 337 e t s u i v . — R i c h e s s e d e s e s m i n e s d e f e r , 348 et s u i v . — M œ u r s e t c o s t u m e s q u e l e s h a b i t a n t s y o n t c o n s e r v é s , 349 et suiv. — V i l l e s et b o u r g a d e s d e l ' i n t é r i e u r , 35o et s u i v . — S a c a p i l a l e , 3 5 1 . — État d u c l e r g é de Minas ; o b s e r v a t i o n s s u r la d î m e , 352 e t s u i v . M i n a s - N o v a s ( c o n t r é e d u B r é s i l ) . C a r a c t è r e q u i la distingue du p a y s d e s Mines; s o n é t e n d u e ; éva­ luation d e s e s h a b i t a n t s ; o r i g i n e d e s a d é c o u ­ v e r t e ; h i s t o r i q u e d e s o n d é v e l o p p e m e n t , 353 e t s u i v . — R i c h e s s e d e s o n territoire ; c u l t u r e d u c o ­ t o n n i e r , 354 e t s u i v . — Détails s u r sa p o p u l a t i o n , 3 5 6 e t s u i v . —- P u r e t é d e l ' o r q u ' o n y t r o u v e ; d i v i s i o n s q u e l e p a y s p o u r r a i t a v o i r , 357. — É t a t c o m p a r é d e la f o r t u n e d u c h e r c h e u r d ' o r e t d e l'agriculteur, 3 5 8 . — Variété d e ses plantes uti­ les; sauvages q u i l'habitent; leurs mœurs , ibid. et s u i v . Mines. D é c o u v e r t e d e s m i n e s d ' o r d a n s la p r o v i n c e d e M a t o - G r o s s o , 325 et s u i v . — P r o d u i t d e c e l l e s d e G o y a z , 327.— E x p l o i t a t i o n d e celles d e M i n a s G e r a e s ; l e u r l é g i s l a t i o n , 335 e t s u i v . — É b o u l e ment considérable arrivé dans u n e mine à A n t o n i o - P c r e i r a ; t r a d i t i o n à l a q u e l l e il d o n n e l i e u , 338 et s u i v , — R e v e n u général d e s m i n e s d e dia­

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m a n t s d u d i s t r i c t d e c e n o m , 346. — C o m m e r c e c o n s i d é r a b l e d e p i e r r e s d e c o u l e u r , 347 et s u i v . — L o c a l i t é s o ù o n l e s t r o u v e , 348. — R i c h e s s e d e s m i n e s d e fer d u B r é s i l , i b i d . e t s u i v . — É p o ­ q u e de la d é c o u v e r t e d e s m i n e s d ' O u r o p r e t o ( O r n o i r ) , d a n s l e v o i s i n a g e d e Villa-Rica , 351. M i n e s d e d i a m a n t s . C e l l e s d e T i j u c o , 97. M i n e s d e fer. R i c h e s s e d e c e l l e s d u B r é s i l , 348 e t suiv. M i n e s d'or. E x p l o i t a t i o n d e c e l l e s d e M i n a s - G e r a e s ; l e u r l é g i s l a t i o n , 335 et s u i v . Missions jésuitiques. Détails s u r c e s établissements a u B r é s i l , 169 et s u i v . — L e u r s n o m s ; p o p u l a ­ t i o n q u ' e l l e s a v a i e n t à l ' é p o q u e d e la c o n q u ê t e , 172. M o n t a g n e s . S y s t è m e d e c e l l e s d u Brésil, 53 et s u i v . M o r a d o r e s . — D e s c r i p t i o n d e c e t t e classe d e g e n s a u B r é s i l , 268. Mosquitos. Détails s u r leurs qualités nuisibles et sur les m o y e n s de s'en garantir, 8 4 . Moussacat. P e r s o n n a g e q u e désignait ce n o m chez l e s T u p i n a m b a s , 16. M u l â t r e s . L e u r s i t u a t i o n au B r é s i l , 147. M u n d r u c u s ( n a t i o n d e l ' A m a z o n i e ) . Genre d e v i e e t m œ u r s d e c e p e u p l e , 297 e t s u i v . — Chiffre a u q u e l o n p o r t e l e u r n o m b r e t o t a l , 298. M u r a s ( I n d i e n s s a u v a g e s d e s b o r d s de l ' A m a z o n e ) . G e n r e d e v i e e t m œ u r s d e c e s p e u p l e s , 296 et suiv. M u s é u m . É p o q u e d e l a f o n d a t i o n d e celui d e R i o J a n e i r o ; f o n d s a f f e c t é s a n n u e l l e m e n t à s o n entre» tien ; d é t a i l s s u r c e q u ' i l c o n t i e n t , 119 e t s u i v . Naissances. Cérémonies que pratiquaient les Tupin a m b a s à c e t t e o c c a s i o n , 23. Nassau (prince d e ) . É l o g e de s o n administration au Brésil, lors de l a c o n q u ê t e d e ce p a y s p a r les H o l l a n d a i s , 48 e t s u i v . — F a u t e q u ' i l c o m m e t e n 1637; il e s t r a p p e l é e n H o l l a n d e ; p a r q u i il est remplacé ; conséquences q u i résultent d e c e c h a n g e m e n t d ' a d m i n i s t r a t i o n , 49 et s u i v . Natal (capitale d e la province d e Rio-Graude d o N o r t e ) . Sa p o p u l a t i o n ; l i e u o ù elle e s t b â t i e ; fort q u i la d é f e n d ; a r m e s q u e l u i d o n n è r e n t l e s H o l l a n d a i s ; s o n t e r r i t o i r e , 270 e t s u i v . N è g r e s . Leur situation a u Brésil et p r i n c i p a l e m e n t à R i o - J a n e i r o , 142 et s u i v . Odonais (madame Godin des). Récit d e ses misères d a n s l e s forêts d e l ' A m a z o n i e , 302 et s u i v . OEufs d e t o r t u e . R é c o l t e q u ' o n e n fait s u r l e s b o r d s d e l ' A m a z o n e , 301. Oeyras (cité d , capitale du P i a u h y ) . Epoque de sa f o n d a t i o n ; l i e u o ù elle e s t b â t i e ; n o m b r e d e s e s h a b i t a n t s ; d i s t a n c e o ù elle s e t r o u v e d ' O l i n d a e t d e S a n - L u i z d e M a r a n h a m , 279. O i s e a u - m o u c h e . Différentes d é n o m i n a t i o n s q u e l u i ont données les Indiens ; contrée o ù on l e t r o u v e en grande q u a n t i t é ; n o m poétique par lequel les B r é s i l i e n s le d é s i g n e n t , 76. — Ce q u i c o n s t i t u e s a n o u r r i t u r e , 77. — D i f f é r e n c e q u i l e d i s t i n gue du colibri, ibid. à la note. Oiseaux. Détails s u r ceux q u ' o n rencontre a u B r é ­ s i l , 7 2 et s u i v . Olinda (ville de la prince de Pernambuco). S o n ori­ g i n e , 253 e t s u i v . — D i s t a n c e q u i la s é p a r e d e la Villa d o Recife ; é p o q u e o ù elle a été b â t i e ; sa p o s i t i o n ; é t a b l i s s e m e n t q u ' o n y r e m a r q u e , 258. Olivença (ville d e l'ancienne province d'Ilheos). Sa p o p u l a t i o n ; par q u i elle fut f o n d é e , 228. Or. Procédé e m p l o y é p o u r l e recueillir à M i n a s Geraes , 336. — S e s différents degrés d e p u r e t é ; s u b s t a n c e s a v e c l e s q u e l l e s o n l e trouve m ê l é , 339. — Q u a l i t é d e c e l u i d e M i n a s - N o v a s , 357. - -


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T A B L E DES M A T I È R E S

O r noir. É p o q u e de la d é c o u v e r t e d e s m i n e s q u i p o r t e n t ce n o m , 3 5 1 . Ô n v i d o r i a . E x p l i c a t i o n d e c e m o t , 88. P a g è s o u p i a c h e s . C l a s s e d ' h o m m e s q u e d é s i g n e ce n o m c h e z l e s B r é s i l i e n s , 19 e t s u i v . P a l m a r è s . O r i g i n e , p r o s p é r i t é et r u i n e d e c e l t e v i l l e , 248 e t s u i v . — S o n e m p l a c e m e n t , 251. P a n h a m e . T y p e particulier qu'offre cette race , 36o. P â q u e s . Solennités de ce j o u r a u B r é s i l , 138. P a r a (province d u Brésil). Q u a n d et c o m m e n t cette c o n t r é e f u t d é c o u v e r t e , 288. P a r a h y h a (district de l ' e m p i r e d u Brésil). Ce qu'il était autrefois ; son é t e n d u e ; sa s i t u a t i o n g é o g r a ­ p h i q u e ; son c l i m a t ; son t e r r i t o i r e ; fleuve q u i traverse cette p r o v i n c e , 270. P a r a h y h a ( v i l l e d e , c h e f - l i e u d e la p r o v i n c e d e c e n o m ) . Sa p o p u l a t i o n ; ses c o u v e n t s ; n o m q u e l u i a v a i e n t i m p o s é j a d i s l e s H o l l a n d a i s , 270. P a r e s s e u x . D é t a i l s s u r c e t a n i m a l , 70. P a r i m a ( l a c ) . I n c e r t i t u d e d e s o n e x i s t e n c e , 309. Paulistas ou Vicentistas. Colons q u ' o n d é s i g n a i t p a r ce n o m , 4 5 . — L e u r s m œ u r s , leur a c t i v i t é , i b i d . et suiv. — Rôle qu'ils j o u e n t dans l'histoire d u B r é s i l , 178 et s u i v . — E s p r i t d e n t ils s o n t a n i ­ m é s d è s le p r i n c i p e , 180. — L e u r o r i g i n e , 181 e t s u i v . — L e u r s i n c u r s i o n s d a n s l e s f o r ê t s , 184 et s u i v . — O b j e t d e l e u r s e x p é d i t i o n s , 186. — L e u r c a r a c t è r e a c t u e l , 187. — L e u r s v ê t e m e n t s ; u s a g e s q u i l e u r s o n t p a r t i c u l i e r s , 193. — M o u ­ v e m e n t imprimé à l e u r i n t e l l i g e n c e , 194Paulo ( S a n - , province du Brésil). Notice historique e t g é o g r a p h i q u e s u r cette contrée ; ses p r e m i e r s h a b i t a n t s , 178 e t s u i v . — E s q u i s s e d e l e u r c a ­ r a c t è r e , 1 8 4 et suiv. — L e u r s m œ u r s actuelles ; d e s c r i p t i o n p h y s i q u e d e la p r o v i n c e , 187 et s u i v . — C o u p d ' œ i l s u r s a z o o l o g i e , 189. — P o s s è d e l e p l u s ancien m o n u m e n t d u Brésil ; ce q u e c'est, 196 — S a p o p u l a t i o n ; d é t a i l s s u r les t r i b u s in­ d i e n n e s e n g l o b é e s d a n s son t e r r i t o i r e , ibid. et suiv. P a u l o ( S a n - , c i d a d e d e ) . N o t i c e s u r c e t t e v i l l e , 189 e t s u i v . — M o d e d e c o n s t r u c t i o n u s i t é , 190. — S e s édifices p u b l i c s ; s a p o p u l a t i o n ; m œ u r s e t u s a g e s q u ' o n y r e m a r q u e , 191.— O r i g i n a l i t é d e s d i v e r t i s s e m e n t s n a t i o n a u x , i b i d . e t s u i v . — Ce q u i c a r a c t é r i s e s e s h a b i t a n t s , 192. P a y a g o a s (nation indienne du Mato-Grosso). Idée d e c e p e u p l e ; g u e r r e q u ' i l s o u t i e n t c o n t r e les P a u l i s l e s , 314 e t s u i v . — S a v i e e r r a n t e , 324. Pécari ou Tajassou (espèce de cochon s a u v a g e ) . D é t a i l s s u r la c h a s s e q u ' o n l u i f a i t , 70. P è c h e d e la b a l e i n e . S a d e s c r i p t i o n , 237 et s u i v . Pedro ( D o n , e m p e r e u r du Brésil). E p o q u e de sa n a i s s a n c e ; s o n e n f a n c e ; s o n é d u c a t i o n ; âge q u ' i l a v a i t l o r s d e s o n a r r i v é e a u B r é s i l , 149. — S o n g o û t p o u r la m é c a n i q u e ; s o n t a l e n t c o m m e m u ­ s i c i e n ; i n c l i n a t i o n q u ' i l m o n t r a i t p o u r la c h a s s e ; s o n m a r i a g e ; influence q u ' e x e r c e n t s u r sa p o s i ­ t i o n les é v é n e m e n t s d e P e r n a m b u c o , 150 e t s u i v . — Son élévation à l'empire ; conduite qu'il tient s u r le t r ô n e , 151 e t s u i v . — E v é n e m e n t s q u i s e p a s s e n t s o u s s o n r è g n e , 154 e t s u i v . — S e c o n d m a r i a g e q u ' i l c o n t r a c t e en 1 8 2 9 , 155. —Con­ fiance q u ' i l a c c o r d e à E i l i s b e r t o , m a r q u i s d e B a r b a c e n a ; conséquences qui en résultent, ibid. et s u i v . — S o n a b d i c a t i o n ; s o n d é p a r t , 157. — L e t ­ t r e s qu'il écrit a v a n t de p a r t i r , ibid. et suiv. — D o n P e d r o I l , 371. Pedro (San-). Voy. Rio-Grande do Sul. P e r n a m b u c o ( p r o v i n c e d u B r é s i l ) . L u t t e d o n t elle est le t h é â t r e e n t r e les H o l l a n d a i s e t l e s P o r t u ­ g a i s , 50. — R a n g q u ' e l l e o c c u p e ; f e r t i l i t é d e s o n

t e r r i t o i r e ; a c t i v i t é d e ses h a b i t a n t s ; b e a u t é de son c l i m a t ; d é t a i l s h i s t o r i q u e s d e c e t t e c o n t r é e , 151 et s u i v . — A n t i q u i t é s q u ' o n y a t r o u v é e s , 252 et suiv. — H i é r a r c h i e q u i e x i s t e chez sa popula­ t i o n a g r i c o l e , 266 et s u i v . — S e r t a o d e P e r n a m . b u c o ; c o n s i d é r a t i o n s g é n é r a i e s ; p r o v i n c e s adja­ c e n t e s , 269 e t s u i v . P e r n a m b u c o (ville de). V o y . Recife (villa d o ) . P e r r o q u e t s . E s p è c e s d e ces o i s e a u x q u ' o n admire a u Brésil ; b e a u t é d e l e u r p l u m a g e ; l e u r éduca­ t i o n , 7 4 e t s u i v . — Ce q u e r a p p o r t e l ' h i s t o r i e n E e r y à c e t é g a r d , 7 5 . — U t i l i t é q u ' o n p e u t reti­ r e r de l e u r faculté d ' a p p r e n d r e à p a r l e r ; anecdote à ce s u j e t , i b i d . P i a u h y ( p r o v i n c e d u ) . I g n o r a n c e o ù l ' o n a é t é pen­ d a n t l o n g t e m p s e n E u r o p e s u r ce p a y s ; i d é e de son t e r r i t o i r e ; son é t e n d u e ; ses limites ; aspect q u ' i l p r é s e n t e ; fleuves q u i le t r a v e r s e n t ; p r o s p é ­ r i t é d e s t r o u p e a u x q u ' o n y é l è v e , 277. — Histoire d e s a d é c o u v e r t e , ibid. et suiv. — Exploration d e s v o y a g e u r s m o d e r n e s ; m i n e s d e sel q u i s'y t r o u v e n t ; m a n i è r e d o n t o n les e x p l o i t e , 278 et s u i v . — U s a g e a u q u e l les h a b i t a n t s f o n t s e r v i r le s e l , 279. — R o c h e s à i n s c r i p t i o n s h i é r o g l y p h i ­ q u e s , ibid. et suiv. P i e r r e s d e c o u l e u r . L e u r e x p l o i t a t i o n , 3 4 7 - — Com­ m e r c e c o n s i d é r a b l e q u i s ' e n f a i t , i b i d . e t suiv. — Localités o ù on les t r o u v e , 3 4 8 . P i e r r e s p r é c i e u s e s . V a l e u r d e c e l l e s d u B r é s i l , 57. P i n z o n ( V i c e n t e Y a n e z , n a v i g a t e u r e s p a g n o l ) . 11 a b o r d e les c ô t e s d u B r é s i l e t en p r e n d p o s s e s s i o n a u n o m d e la c o u r o n n e d e Castille ; considéra­ t i o n s s u r l ' i m p o r t a n c e d e s a d é c o u v e r t e , 2 e t suiv.P i r a n h a ( p o i s s o n d u B i o S a n - F r a n c i s c o ) , 246. P i t i g o a r a s ( n a t u r e l s d u B r é s i l ) . Affection qu'ils a v a i e n t p o u r les F r a n ç a i s , 3 3 . P l a n t e s a l i m e n t a i r e s . D é t a i l s s u r c e l l e s d u B r é s i l , 66. Poissons. Détails sur ceux particuliers au Brésil, 79 e t s u i v . P o m b a l ( m a r q u i s d e ) . E l o g e d e c e t h o m m e d ' E t a t , 98. P o r o r o r o c a . P h é n o m è n e q u ' o n a p p e l l e a i n s i à l'emb o u c l i u r e d u P a r a , 2g3. P o r t o - A l e g r e o u P o r t a l e g r e ( v i l l e d u B r é s i l ) . Dé­ t a i l s h i s t o r i q u e s et g é o g r a p h i q u e s , 160 e t s u i v . P o r t o - C a l v o ( b o u r g a d e d u p a y s d ' A l a g o a s ) . S a cé­ l é b r i t é d a n s les f a s t e s d u B r é s i l , 247. P o r t o - S e g u r o ( p r o v i n c e d u B r é s i l ) . C é l é b r i t é dont e l l e j o u i t d a n s les a n n a l e s b r é s i l i e n n e s ; e s p è c e d e discrédit d a n s lequel elle était t o m b é e ; avan­ t a g e d e sa s i t u a t i o n ; t e r r i t o i r e d o n t elle se comp o s e ; sa p o s i t i o n g é o g r a p h i q u e ; d é t a i l s h i s t o r i ­ q u e s s u r les é t a b l i s s e m e n t s q u i s ' y f o r m è r e n t , 204 e t s u i v . — A s p e c t d u p a y s ; m œ u r s d e ses h a b i t a n t s ; s e s f o r ê t s , 206. — S e s r i v i è r e s , 208 et s u i v . P o r t u g a i s . C o m m e n t ils é t a i e n t r e g a r d é s p a r les B r é s i l i e n s , 39 e t s u i v . P r i s o n n i e r s . S o r t q u ' i l s a v a i e n t chez les indigènes d u B r é s i l , 27 e t s u i v . P r o p r i é t é . C e q u ' e l l e é t a i t c h e z les T u p i n a m b a s , 21. — I m m e n s i t é d e c e r t a i n e s p r o p r i é t é s , 244P r o v i n c e s . É t a t de celles qui c o m p o s e n t les d i v i s i o n s a c t u e l l e s d u B r é s i l , 86 e t s u i v . — R é f l e x i o n s s u r ce m o d e d e d i v i s i o n , i b i d . 260. Puris. Nation du Brésil, 368. Q u a r t e l . D é s i g n a t i o n d e ce m o t , 88. Q u i l o m b o . Ce q u ' o n e n t e n d p a r cette e x p r e s s i o n a u B r é s i l , 248. R a c e a m é r i c a i n e . E r r e u r q u e p a r t a g e a i e n t s u r elle les h i s t o r i e n s d ' a u t r e f o i s , 5 ct suiv. — R é s u l t a t d e s o b s e r v a t i o n s m o d e r n e s à son é g a r d , 6 , 212-


CONTENUES DANS CE VOLUME. Ravet ou Cankerlat ( i n s e c t e d u B r é s i l ) . D é t a i l s s u r ses q u a l i t é s n u i s i b l e s , 8 3 et s u i v . Recife (Villa do). O r i g i n e de c e t t e c i t é ; s o n h i s t o i r e ; sa d e s c r i p t i o n , 2 5 4 e t s u i v . — I n c o m m o d i t é q u ' o n y éprouve ; détails sur son p o r t ; son c o m m e r c e , 256 et s u i v . — É t a t de l ' i n s t r u c t i o n p u b l i q u e dans cette v i l l e ; d i v e r t i s s e m e n t s q u i y s o n t u s i t é s , — Evénements qui se sont passés dans son sein , 258 et s u i v . Reconcave. I n t é r i e u r d e la b a i e d e S a n - S a l v a d o r , II. Reconcave ( p a r t i e d e la p r o v i n c e d e B a h i a ) . A s p e c t et fertilité d e s o n t e r r i t o i r e , 231 et s u i v . — C u l ­ ture qu'on y fait d e la c a n n e à s u c r e , 24°. — Culture d u t a b a c , 241Religion. Idée d e c e l l e des T u p i n a m b a s , 18 et s u i v . Reptiles. D é t a i l s s u r c e u x q u e l'on r e n c o n t r e a u Brésil , 77 et s u i v . Révolution. H i s t o r i q u e de c e l l e q u i s e m a n i f e s t a à P e r n a m b u c o , 2 5 8 et s u i v — N o m s et s o r t d e s p r i n c i p a u x i u s u r g é s , 265 et s u i v . Ribeiro ( A f f o n s o , e x i l é P o r t u g a i s ) . B u t q u e l e g o u ­ vernement p o r t u g a i s se p r o p o s e e n l ' e n v o y a n t chez les T u p i n i q u i n s , 4 . Rio de J a n e i r o ( p r o v i n c e du B r é s i l ) . N o t i c e h i s t o r i ­ que et t o p o g r a p h i q u e s u r s o n t e r r i t o i r e , 8 9 et s u i v . V o y . S e b a s t i ä o p o u r la d e s c r i p t i o n d e la c a p i t a l e . Rio-Grande. A n t h r o p o p h a g i e d e s n a t u r e l s d e c e t t e contrée ; p r a t i q u e d e cet u s a g e , 9 . Rio-Grande d o N o r t e ( p r o v i n c e d e l ' e m p i r e d u B r é ­ s i l ) . Sa s i t u a t i o n g é o g r a p h i q u e ; s o n é t e n d u e ; son t e r r i t o i r e , 2 7 0 . — A r i d i t é d u p a y s ; n é c e s ­ sité des c a r a v a n e s , 271 et s u i v . Rio-Grande d o S u l ( p r o v i n c e d u B r é s i l ) . N o t i c e h i s ­ t o r i q u e et g é o g r a p h i q u e s u r c e l t e p r o v i n c e , 158 et s u i v . — G e n r e d e c o m m e r c e a u q u e l elle d o i t sa p r o s p é r i t é , 1 6 5 . — I n c o n v é n i e n t s d e s a s i t u a t i o n ; sa p o p u l a t i o n ; s o u r c e d e p r o s p é r i t é f u t u r e q u e lui p r o m e t la n a v i g a t i o n à v a p e u r , 1 6 6 . Rio-Negro. V o y . Solimoens. Rio S a n - F r a n c i s c o ( f l e u v e d u B r é s i l ) . S o n i m p o r ­ tance ; d e s c r i p t i o n d e s o n c o u r s et d e s a s o u r c e , 245 et suiv. — S o n e m b o u c h u r e , 247. S a c c a l a g u a s . R a c e q u e ce n o m d é s i g n e a u B r é s i l , 4 5 à la n o t e . Saisons. Ordre de celles du Brésil , 56. S a l v a d o r ( S a n - , o u B a h i a , v i l l e d e la p r o v i n c e d e c e n o m et a n c i e n n e c a p i t a l e d u B r é s i l ) . E p o ­ q u e d e sa f o n d a t i o n ; s o n é t e n d u e ; sa d e s c r i p ­ t i o n , 233 et suiv. — Ses maisons r e l i g i e u s e s ; in­ d u s t r i e q u i la d i s t i n g u e ; s e s c o l l é g e s ; s a b i b l i o ­ t h è q u e , 235 et suiv. — Idée de son m o u v e m e n t i n t é r i e u r ; q u a r t i e r s q u e p r é f è r e n t les é t r a n g e r s ; l e u r d e s c r i p t i o n ; p è c h e d e lu b a l e i n e d a n s sa b a i e , 2 3 6 et s u i v . — S o n c o m m e r c e ; m œ u r s et u s a g e s des h a b i t a n t s ; é v é n e m e n t s p o l i t i q u e s d o n t e l l e a été le t h é â t r e , 239 e t s u i v . Salvador (San- , capitale du p a y s dos Goâytakazes). É t a t de c e t t e v i l l e ; d é v e l o p p e m e n t d e s o n c o m ­ m e r c e , 201, Santos ( v i l l e d e l a p r o v i n c e d e S a n - P a u l o a u B r é sil)- Sa s i t u a t i o n ; son p o r t , 194 et s u i v . — É v a l u a l i o n d e sa p o p u l a t i o n ; s o n c a r a c t è r e , 195. sebastianstas (secte d e s ) . Détails h i s t o r i q u e s sur l ' o r i g i n e d e c e t t e s e c t e , 130 e t s u i v . S e b a s t i â o de R i o d e J a n e i r o ( S a n - , c a p i t a l e d u B r é s i l ) . Ses n o m s d i v e r s ; é t y m o l o g i e d e c e l u i q u ' e l l e portait p a r m i les I n d i e n s , 93. — A s p e c t d e l a v i l l e , ibid. et s u i v . — C a r a c t è r e d u s o l o ù e l l e s e t r o u v e , 9 4 et s u i v . — Sa f o n d a t i o n p r i m i t i v e , 95 e t s u i v . — É p o q u e d e s o n é r e c t i o n en a r c h e v è ché 9 6 . — S i é g e s q u ' e l l e é p r o u v e en 1 7 1 0 e t

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1 7 1 1 , 9 6 et s u i v . — Q u e l s en sont les r é s u l t a t s , 9 7 . — Sa p r o s p é r i t é c r o i s s a n t e , ibid. — E p o q u e d e l ' a r r i v é e d e J e a n VI d a n s c e t t e v i l l e , 9 8 . — E t a b l i s s e m e n t s q u i s'y f o r m e n t , 1 0 0 , 103 et s u i v . — Ses p r i n c i p a u x édifices , 104 et s u i v . — Sa b o u r s e ; é v é n e m e n t s p o l i t i q u e s qui y o n t e u l i e u , 1 0 8 et s u i v . — D e s c r i p t i o n d e son j a r d i n p u b l i c , . 110 e t s u i v . — A s p e c t d e ses r u e s ; races d i v e r s e s a u x ­ q u e l l e s a p p a r t i e n n e n t ses h a b i t a n t s , m et suiv. — E t a t de s o n i n d u s t r i e p r o p r e , 115 e t s u i v . — Importance d e son jardin b o t a n i q u e , 1 1 6 et suiv. — S o m m e q u i était a l l o u é e à s o n e n t r e t i e n il y a quelques années , 118.— Ses bibliothèques , ibid. e t s u i v . — É p o q u e de la f o n d a t i o n d e s o n m u s é u m ; f o n d s affectés a n n u e l l e m e n t à son e n t r e t i e n ; d é t a i l s s u r c e q u ' i l c o n t i e n t , 1 1 9 e t s u i v . — E x p o s é de q u e l q u e s - u n s d e s u s a g e s d e cette v i l l e , 120 et s u i v . — S e s f ê t e s r e l i g i e u s e s , 129 et s u i v . , 134 à 1 3 8 , et 141 e t s u i v . — C u r i e u x s p e c t a c l e q u ' o f f r e s o n c a r n a v a l , 132 et s u i v . — P o m p e d e s funé­ r a i l l e s q u ' o n y p r a t i q u e , 1 3 8 et s u i v . — S i t u a t i o n d e s nègres d a n s c e t t e v i l l e , 1 4 2 et s u i v . — M u ­ l â t r e s et h o m m e s de c o u l e u r , 1 4 7 . Sébastien (saint , patron de Rio-Janciro). Vénéra­ t i o n q u e lui p o r t e n t les B r é s i l i e n s ; p o m p e q u i c a r a c t é r i s a i t sa f ê t e , 1 2 9 . S e n h o r d ' E u g e n h o . Ce q u e c ' e s t ; ses prérogati­ v e s ; ses p o s s e s s i o n s , 241 e t s u i v . — E s q u i s s e d e son portrait , 243. S e r e g i p e d'el R e y ( p r o v i n c e d e ) . Son é t e n d u e ; s o n h i s t o i r e ; s e s h a b i t a n t s , 2 4 4 et s u i v . S e r l a n e j o s ( p a s t e u r s des c o n t r é e s d e la p r o v i n c e d e Rio-Grande). Leur c o s t u m e ; leur genre de v i e ; l e u r s m œ u r s , 2 7 2 et s u i v . S e r t ä o de B a h i a . E t e n d u e p r o d i g i e u s e d e s a n c i e n n e s p r o p r i é t é s p a r t i c u l i è r e s d a n s ce t e r r i t o i r e , 244S e r t ä o de M i n a s . A p e r ç u d e c e t t e c o n t r é e ; sa p o ­ s i t i o n g é o g r a p h i q u e , 360 e t s u i v . — P h y s i o n o ­ m i e q u ' e l l e o f f r e , 3 6 1 . — T y p e et c a r a c t è r e d e s e s h a b i t a n t s , i b i d . et s u i v . — Leur h a b i l e t é p o u r l â c h a s s e a u cerf; singulière préparation qu'ils d o n n e n t a u x p e a u x ; m a n i è r e de v i v r e d e c e s p e u ­ p l e s , 362 et suiv. — Idée de leurs chants et de leur p o é s i e , 363. — Nations indiennes qui ha­ bitent ses confins , 3 6 5 . S e s m a r i a s o u c o n c e s s i o n s , 3 3 4 et s u i v . S i n g e s . L e u r s v a r i é t é s ; effet q u e p r o d u i s e n t l e u r s cris , 7 0 . — C h a s s e q u e l e u r font les I n d i e n s , 7 1 . S o l d a d o s da c o n q u i s t a . D é t a i l s sur l e u r s e x p é d i t i o n s c o n t r e les I n d i e n s , 2 1 8 e t s u i v . Solimoens ou Rio-Negro (province du Brésil). Eten­ d u e et l i m i t e s d e s o n t e r r i t o i r e ; fleuves q u i l e sillonnent ; dissertation sur l'origine du nom d e cette p r o v i n c e , 308. Soinboloros. Race que les E s p a g n o l s désignaient par ce n o m a u Brésil , 4 5 . S t a d e ou S t a d e n ( H a n s , v o y a g e u r a l l e m a n d ) Récit d e ses a v e n t u r e s chez les T u p i n a m b a s , 39 et s u i v . S u b s i s t a n c e . En q u o i c o n s i s t a i t c e l l e d e s T u p i n a m ­ b a s , 16 e t s u i v . S u c u r i u o u S u c u r i u b a . D é t a i l s c u r i e u x s u r ce r e p t i l e m o n s t r u e u x , 77 et s u i v . S u m é ( p e r s o n n a g e d i v i n d e s B r é s i l i e n s ) . Ce q u e d i t la t r a d i t i o n à s o n é g a r d , 19. Tabac. U s a g e qu'on en faisait au Brésil avant la d é c o u v e r t e ; d é t a i l s s u r sa c u l t u r e , 6 6 et s u i v . T a b a ï a r a s . P e u p l e s a n c i e n s d u B r é s i l ; titre q u ' i l s se d o n n a i e n t , 6. T a p u y a s ( n a t u r e l s d u B r é s i l ) . Leur o r i g i n e , 6 . — N o m b r e d e tribus dont se composait leur nation , ibid. e t s u i v . — S i g n i f i c a t i o n d e l e u r n o m ; l e u r


TABLE DES MATIÈRES

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p o r t r a i t ; état d e leur o r d r e social; leurs u s a g e s ; l e u r s c r o y a n c e s r e l i g i e u s e s , 7. e t s u i v . — S u r ­ n o m q u e p r e n d l ' u n e d e l e u r s t r i b u s , 8. — É t a i e n t a n t h r o p o p h a g e s , 9. — N o m b r e d e l a n g u e s d i f f é ­ r e n t e s q u ' i l s p a r l a i e n t , 10. — C e q u ' i l s d e v i e n ­ n e n t , 33. T a t o u ( q u a d r u p è d e d u B r é s i l ) . Détails s u r cette es­ p è c e d ' a n i m a l ; c h a s s e q u ' o n l u i fait , 70. T e m e n d a r é ( p e r s o n n a g e vénéré des B r é s i l i e n s ) . Ce q u e r a c o n t e l a t r a d i t i o n à s o n é g a r d , 19. T e r m o . E x p l i c a t i o n d e c e m o t , 88. Tijuco (capitale d u district des Diamants). E t y m o l o g i e i n d i e n n e d e s o n n o m ; sa p o p u l a t i o n ; s o n aspect intérieur; position géographique qu'elle o c c u p e ; particularité remarquable qu'offre u n e d e s e s églises; richesse de ses a p p r o v i s i o n n e m e n t s , 341. — E s t le s é j o u r h a b i t u e l d u d i r e c t e u r d e s m i n e s e t d e s p r i n c i p a u x officiers q u i c o m p o s e n t l ' a d m i n i s t r a t i o n , i b i d . — B o n t o n q u i y r è g n e , 342. T o c a r , m a l a d i e d e s b e s t i a u x , 164T o l l e n a r e (L. F . d e , a u t e u r d ' u n i n t é r e s s a n t m a n u s c r i t i n t i t u l é : Notes dominicales).— E m p r u n t fréquents fait à cet o u v r a g e p o u r l'histoire d u B r é s i l , 237,

259 , 267 , 268. T o u c a n ( o i s e a u d u B r é s i l ) . C a r a c t è r e q u i l e fait r e ­ m a r q u e r , 76. T r a v a u x . E n q u o i ils consistaient chez les T u p i n a m b a s , 23. T u p i n a m b a s (peuples dominateurs du Brésil). Leur é t a b l i s s e m e n t d a n s c e t t e c o n t r é e , 11 e t s u i v . — D i s s e r t a t i o n s u r l e u r n o m , 12. — L e u r s c a r a c t è r e s p h y s i q u e s , ibid. et suiv.— Leur aspect avec leur o r n e m e n t d e fête o u d a n s l e u r a p p a r e i l d e g u e r r e , 13 e t s u i v . — H a b i t a t i o n s q u ' i l s se c o n s t r u i s a i e n t , 15 e t s u i v . — L e u r s m o y e n s d e s u b s i s t a n c e , 16 e t s u i v . — L e u r r e l i g i o n , 18 e t s u i v . — L e u r c u l t e , 19 e t s u i v . — C e q u ' é t a i t l e u r l a n g u e , 20 et suiv. — Idée d e leur g o u v e r n e m e n t , 21. — D e la p r o p r i é t é c h e z e u x , d e s l o i s , i b i d . — S o r t d e l e u r s femmes ; coutumes q u i régissaient leurs m a r i a g e s , 22. — C é r é m o n i e s q u ' i l s pratiquaient à l ' o c c a s i o n d e s n a i s s a n c e s , 23. — E n q u o i c o n ­ s i s t a i e n t les t r a v a u x a u x q u e l s i l s se l i v r a i e n t ; d é t a i l s s u r l e u r s f ê t e s , i b i d . e t s u i v . — Comment i l s s e p r é p a r a i e n t à la g u e r r e ; t a b l e a u d e l e u r s m a r c h e s et d e l e u r s a t t a q u e s , 25 e t s u i v . — L e u r s c o m b a t s s u r m e r , 27.— S o r t q u ' i l s f a i s a i e n t

FIN

DE LA

TABLE

s u b i r à l e u r s p r i s o n n i e r s , i b i d . e t s u i v . — Carac­ t è r e d e l e u r a n t h r o p o p h a g i e , 3 0 . — L e u r moralité 3 r . — S o l e n n i t é d e l e u r s f u n é r a i l l e s , ibid. et s u i v . — L e u r s é j o u r d a n s l ' i l e d e M a r a n h a m ; lieu o ù i l s s e r e t i r e n t a p r è s l a g u e r r e , 284 e t s u i v . —. D é t a i l s s u r c e u x q u e les m i s s i o n n a i r e s c a p u c i n s de la cité d e S a i n t - L o u i s c o n d u i s i r e n t à P a r i s , 286. T u p i n i q u i n s . N a t u r e l s d u B r é s i l , 4. T u p i s . P e u p l e s a n c i e n s d u B r é s i l , 6. — I d é e de leur c i v i l i s a t i o n ; l e u r o r i g i n e ; m a r c h e d e l e u r émigra­ t i o n , 10 e t s u i v . — E x p l i c a t i o n d e l e u r n o m , 12. U s a g e s . Q u e l s sont, c e u x p r a t i q u é s a u B r é s i l , 120 e t s u i v . ; d e l a t a b l e , 125. V a m p i r e s ( c h a u v e s - s o u r i s d u B r é s i l ) . C u r i e u x dé­ t a i l s s u r c e s a n i m a u x , 275 e t s u i v . V a q u e i r o s ( h a b i t a n t s d e C a m p o s - G e r a e s ) . Portrait d e c e s p e u p l e s , 364- — C o m m e r c e c o n s i d é r a b l e q u ' i l s font d e s b e s t i a u x , 3 6 5 . V é g é t a t i o n . Celle d u B r é s i l , 58 et s u i v . V e n d r e d i s a i n t . C é r é m o n i e q u i c a r a c t é r i s e cette fête à R i o J a n e i r o , 135 e t s u i v . V e s p u c c i ( A m e r i g o , n a v i g a t e u r f l o r e n t i n ) . Ce qu'il r a c o n t e d e c e r t a i n s o r n e m e n t s d e s I n d i e n s ; épo­ q u e d e s o n e x p l o r a t i o n d e s c ô t e s d u B r é s i l ; date d e s o n r e t o u r à L i s b o n n e , 34, 193. V i c t o r i a ( v i l l a d a ) . C a p i t a l e d e la p r o v i n c e d'Espir i t o - S a u t o a u B r é s i l ) . S a s i t u a t i o n ; i d é e d e sa c o n s t r u c t i o n ; s e s m o n u m e n t s , 203. V i d a l . R ô l e q u ' i l j o u e a u B r é s i l l o r s d e l a l u t t e des P o r t u g a i s c o n t r e les H o l l a n d a i s , 50. V i e i r a ( F e r n a n d e z ) . R ô l e q u ' i l j o u e l o r s d e s guer­ r e s a v e c l e s H o l l a n d a i s , 50. V i l l a . D é s i g n a t i o n d e ce m o t , 88. V i l l a - B e l l a ( c a p i t a l e d e la p r o v i n c e d e M a t o - G r o s s o ) . S a p o s i t i o n ; i d é e d e s o n i n t é r i e u r ; p o i n t géogra­ p h i q u e q u ' e l l e o c c u p e ; s o n c l i m a t , 319. V i l l a - B o a , c a p i t a l e d e la p r o v i n c e d e G o y a z , 328. V i l l a - R i c a ( c a p i t a l e d e s M i n e s ) , S a s i t u a t i o n ; idée d e c e t t e v i l l e ; s a p o p u l a t i o n ; s o n é t a t a c t u e l , 351 e t Suiv. V i l l e g a g n o n ( d é l é g u é d e l ' a m i r a l C o l i g n i ) . S a con­ d u i t e ; n o m d o n t il est s t i g m a t i s é , 43. V i s i t e s . C e q u i l e s c a r a c t é r i s e a u B r é s i l , 127. W o u r a l i ( p o i s o n v é g é t a l d o n t s e s e r v e n t le I n d i e n s ) . M a n i è r e d e l e p r é p a r e r e t d e s ' e n s e r v i r , 311. Z o m b é o u Z o m b i , chef d u Q u i l o m b o d e P a l m a r è s ,

249-

DES

MATIÈRES.


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L'UNIVERS, ou

HISTOIRE ET DESCRIPTION DE TOUS

LES

PEUPLES,

D E L E U R S R E L I G I O N S , M O E U R S , C O U T U M E S , ETC.

COLOMBIE E T GUYANES, PAR

M. C. FAMIN.

L ' E S P A G N E avait fondé de vastes empires sur le continent des deux Amériques, d'abord par la force des armes, plus tard par la puissance de la religion. Après trois siècles d'o­ béissance, les provinces américaines ont secoué le joug de la métropole. Celles dont nous avons à nous o c c u ­ per étaient connues sous certaines dénominations dont quelques-unes rap­ pelaient les droits et les conquêtes de la mère-patrie : la Nouvelle-Grenade, le Venezuela ou province de Caracas , la Guyane espagnole, ont formé de nos jours la C O L O M B I E . Ce nom est un tribut de reconnaissance à la mé­ moire de l'immortel navigateur q u i , le premier, posa le pied sur cette par­ tie du continent américain. On ap­ préciera, d'ailleurs, l'embarras que nous devons éprouver en décrivant Une contrée où s'agitent encore, en Çe moment, les brandons de la guerre intestine, dont la division administra­ tive n'a rien de stable, et dont le nom lui-même est changé au moment où nous écrivons. La Colombie e s t , après l'empire brésilien, la plus vaste contrée de l'Amérique du sud. Elle a trois cents de nos lieues d'étendue en deçà de 1re

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(COLOMBIE.)

l'équateur et cent cinquante au-dela. Si les eaux de la mer venaient ja­ mais à se ruer sur le sol des deux Amériques, pour en balayer les par­ ties terreuses, on verrait à nu un squelette formé par un système unique de montagnes dont la crête s'étend de­ puis la partie la plus méridionale de la Patagonie, forme l'isthme de Panama et se perd dans les régions inconnues du pôle arctique. Cette c r ê t e , qui se déroule comme une longue chaîne de l'une à l'autre extrémité du nouveau m o n d e , c'est la Cordillère des Andes , dont les ramifications prennent diver­ ses dénominations. Ainsi, comme on le v o i t , nous n'admettons qu'un seul système pour le nouveau monde; et si nous adoptons les noms divers dont il a plu aux voyageurs et aux géogra­ phes de baptiser les points culminants de la Cordillère, c'est en nous réser­ vant, au besoin, le droit de ratta­ cher ces groupes à leur noyau com­ mun , que nous croyons pouvoir pla­ cer dans la Colombie, et précisément sous l'équateur, entre Quito et Cuença. Le pic du Chimborazo, dont la hau­ teur au-dessus du niveau de la m e r est d'environ 20,000 pieds, n'est pas le point le plus élevé des Andes (voy 1


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pl. 1 ) ; il le cède de 3,600 pieds au Névado de Sorato, et de 2,400 pieds au Nevado d'illimani (*), qui, l'un et l'au­ t r e , se trouvent dans le Pérou. On ne saurait parler de ces formidables élé­ vations de la Cordillère sans réveiller le souvenir des nobles travaux de M. de Humboldt. A 2° au sud de l'équateur, la Cor­ dillère se divise en trois branches , dont l'une passe dans l'Amérique sep­ tentrionale par l'isthme de Panama , et les deux autres vont aboutir à la m e r des Antilles, formant entre elles des vallées , ou des plateaux , dont la température varie selon les circon­ stances d'élévation ou de développe­ m e n t . Là sont les terres chaudes (tierras calientes), les tempérées (templeadas), les froides (frias), les sté­ riles ( paramos ) , et les régions des neiges ( nevados). A i n s i , en un seul j o u r , on peut passer d'une atmo­ sphère brûlante à une température gla­ ciale ; on peut éprouver au plus haut d e g r é , en quelques heures, (influence des quatre saisons de nos heureux cli­ m a t s . C'est l à , sans contredit, une des causes qui agissent le plus cruel­ lement sur l'existence des étrangers et m ê m e des naturels. Les flancs de ces puissantes collines sont tapissés par des forêts vierges, retraites sombres où se cache une re­ doutable population de reptiles géants et de bêtes fauves. Dans les bas-fonds s'étendent des plaines interminables, appelées Llanos dans le pays. Les Uanos de la Colombie sont de gran­ des solitudes où l'herbe s'élève jusqu'à une hauteur de 10 à 12 pieds; toute­ fois , pendant une partie de l'année , elles sont dépourvues de végétation. D a n s d'autres localités de l'Amérique on les nomme Savanes ou Pampas. Ces prairies désertes abondent dans la Basse-Guyane, dans le bassin de l'Orénoque et de l'Apuré, et dans cette partie méridionale de la NouvelleG r e n a d e , qui s'étend vers le fleuve (*) Le Nevado de Sorato a 7,696 mètres ; le Nevado d'illimani en a 7,315 , et le Chimborazo 6,532.

des Amazones, couvrant ainsi des con­ trées inconnues aux Européens. Quel­ ques-unes sont habitées par des In­ diens à demi civilisés ; les a u t r e s , et c'est la plus grande partie, ne sont traversées, à de longs intervalles, que par des caravanes de peuplades sau­ vages. M: de Humboldt estime à 29,000 lieues carrées la plaine du Guaviare-Orénoque. Depuis le mois de juin jusqu'à celui d'octobre, les Llanos sont inondés par des pluies continuelles qui les convertissent en autant de lacs b o u e u x , impraticables et pestilentiels. Au c o n t r a i r e , pen­ dant les mois de la belle saison , il est fort rare d'y voir un seul nuage. Dans certaines provinces , telles que le Cundinamarca, les pluies y sont remplacées par des brouillards froids et malsains. « D a n s les lieux élevés, « dit M. G. Mollien , on sème le fro« ment en m a r s ; vers le milieu de la « m o n t a g n e , le maïs en juillet; et « dans la vallée, en septembre. Les « récoltes se font ici en janvier, plus « haut en octobre , et près des para« mos en août. » Les paramos sont des solitudes situées à une grande élévation. La nature n'y a rien fait en faveur des h o m m e s ; t o u t y est empreint du sceau de sa colère ou de son indifférence. Surplombant des vallées fertiles, de chaudes r é g i o n s , les paramos sont stériles et glacés. Celui de Serinsa, dans le département de Boyaca, sur la route de Tunja à S o c o r r o , est le plus redoutable. Malheur au voyageur que l'ouragan a surpris dans le par a m o de Serinsa, s'il n'a pas pressenti le sort funeste qui le menace! Les nuées chargées de la tempête ar­ rivent avec tant de précipitation, qu'il n'y a plus d'espoir de leur échapper. Un vent glacial commence à faire enten­ dre dans les airs son sifflement si­ n i s t r e ; il redouble de violence, e t , en peu d ' i n s t a n t s , sa furie est portée à son comble. Le voyageur ne recon­ naît plus les traces du chemin ; ses mules effrayées s'enfuient au hasard et roulent dans les précipices. Plus l'infortuné avance et plus il s'égare.


COLOMBIE. Il t r o u v e , sur sa r o u t e , des croix élevées à la mémoire des voyageurs morts dans ces mêmes lieux, e t , à côté, quelques frailecon , dont les fleurs jaunâtres ressemblent à de pâ­ les lumières s u r des tiges d'ébène. Ces sinistres présages redoublent son épouvante; les vapeurs placées qui s'exhalent de t o u t e s parts engourdis­ sent ses membres , sa poitrine est haletante , sa v u e se trouble , e t , a u ­ tour de l u i , les ténèbres épaississent incessamment. S'il continue à f u i r , il a peu d'espoir d'échapper à la m o r t ; s'il s ' a r r ê t e , il est perdu. La C o l o m b i e , ainsi q u e nous l'a­ vons dit plus h a u t , renfermant s u r son t e r r i t o i r e le noyau du système des Andes , doit offrir plus que toute a u ­ tre contrée l'apparence d ' u n sol volcanisé. Dans t o u t e s les parties m o n ­ tagneuses de cet é t a t , on rencontre , en effet, de larges cicatrices qu'y ont im­ primées les anciens volcans. Les treinments de t e r r e y sont encore des phé­ nomènes fort c o m m u n s , s u r t o u t dans les départements de l'équateur , de la Cauca et de Cundinamarca. C'est là que se trouvent les montagnes ignivomes les plus élevées et les plus formi­ dables de tout le globe. Tels sont les volcans d ' A n t i s a n a , de Cotopaxi, de Sanguay, de P i c h i n c h a , de P a s t o , d e Sotara, de P u r a c é , du grand pic de Tolima et du paramo de Ruiz. L a plupart de ces volcans offrent une sé­ rie de pics qui s'élèvent jusqu'à la hauteur des neiges é t e r n e l l e s , tandis Que leur base se perd dans des vallées brûlées par les feux de la zone t o r r i d e . Ainsi, les montagnes neigeuses ser­ vent à tempérer lès ardeurs qui s'ex­ halent d'un sol e m b r a s é , et c'est à l'aide de ce contraste q u e la n a t u r e permet aux habitants des parties in­ termédiaires , dans les régions équatoriales, de jouir de la t e m p é r a t u r e et des productions de l'Europe. L ' A m é r i q u e , on le s a i t , est arrosée par les plus grands fleuves du monde. Nous ne rattacherons pas l ' a m a z o n e a la Colombie, et cependant, ce fleuve, formé p a r la réunion du vieux et du nouveau M a r a n n o n , passe s u r la partie

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la plus méridionale de son t e r r i t o i r e , dans la province de J a é n , et y reçoit de nombreux affluents. Cette contrée, à peu près inconnue aux E u r o p é e n s , est celle où se t r o u v e n t , en plus grande q u a n t i t é , des hordes d'Indiens indé­ pendants. L ' O r ê n o q u e , l'un des fleuves les plus considérables de l'Amérique m é r i ­ d i o n a l , appartient en entier à la Colombie. Il prend sa source dans les montagnes de la P a r i m a , au c œ u r de l'ancienne Guyane espagnole, décrit un demi-cercle dans la partie du s u d , r e m o n t e vers le n o r d , et va se j e t e r dans l'Océan a t l a n t i q u e , servant ainsi de ligne de démarcation entre la Guyane et l'ancienne capitainerie de Caracas. Les branches de son embou­ chure sont n o m b r e u s e s , et plusieurs navigables pour des navires de plus de 200 tonneaux. Quelques-uns des af­ fluents de l'Orénoque ne le cèdent en g r a n d e u r , ni au R h i n , ni au R h ô n e , ni à la L o i r e , ni au Tage ; ce s o n t : le V e n t u a r i , le Caura, le C a r o n i , le G u a v i a r e , le Meta et l'Apure. On a , depuis p e u , vérifié l'existence de la fameuse bifurcation de l'Orénoque. Ce grand fleuve étend u n de ses bras vers le Rio-Negro et c o m m u n i q u e a i n s i , au moyen de cet affluent, avec l'Amazone. I n d é p e n d a m m e n t de la célébrité que l'Orénoque s'est acquise par son i m ­ portance , par le prestige qui s'attache aux régions peu connues qu'il t r a v e r s e , par les m œ u r s des hordes sauvages qui errent s u r ses rives , e t , enfin, par les richesses qu'il fournit à l'histoire n a t u r e l l e , il a reçu encore une r e ­ n o m m é e historique de la fable du fa­ meux pays d ' E l - d o r a d o , qui a fait si long-temps le désespoir des voya­ geurs et des géographes. Il paraît que c'est dans la Parima, aux sources de l ' O r é n o q u e , qu'il faut chercher l'ori­ gine de cette prétendue m e r blanche, dont les flots roulaient un sable d ' o r et des cailloux de diamants, ainsi q u e de la ville de M a n o a , d o n t les palais étaient couverts de lames d'or massif, et de brillantes pierreries. Sans d o u t e , les matériaux précieux abondent dans cette partie du nouveau monde ; il 1.


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L'UNIVERS.

est certain, en o u t r e , que les premiers habitants de la Guyane et de la Co­ lombie étaient dans l'usage d'élever des temples à leurs divinités, sur le bord de certains l a c s , et que non-seu­ lement ils revêtaient les parois de ces édifices des plus riches offrandes, mais encore qu'ils jetaient dans le fond de ces mêmes lacs des pierre­ ries , des chaînes d'or et les produits les plus précieux de leur industrie. D e ce nombre est le lac de G u a t a v i t a , dans la province de Bogota : les E s ­ pagnols et les Anglais en ont retiré des objets d'un grand prix. Comme à l'époque des pluies , les llanos offrent l'aspect de lacs immenses que l'on chercherait vainement au retour de la belle saison, il n'est pas impossible que l'une de ces grandes inondations ait été prise pour une mer, par un voyageur peu instruit, qui l'aura bap­ tisée du nom de mer blanche. A ces circonstances, si on ajoute celle de la présence des roches micacées dans la province de l'Orénoque, on connaîtra probablement l'origine de cette tradi­ tion q u i , pendant trois siècles , a fait croire aux E u r o p é e n s , sur le témoi­ gnage exagéré de quelques voyageurs i g n o r a n t s , à l'existence de l'El-dorado, et a donné lieu à de désastreu­ ses expéditions. Après l'Orénoque, le Magdalena est le plus grand fleuve de la Colom­ bie. Il prend sa source dans la Cor­ dillère centrale, à quelques milles audessus de Neyvà, se dirige vers le nord en suivant toujours à peu près le même méridien , et se jette dans la mer des Antilles, entre Carthagène et Sainte-Marthe. Les voyageurs q u i , de la première de ces deux villes, veulent se rendre à Bogota, vont s'embarquer à Barrança et remontent le fleuve jusqu'à Honda. Si cette na­ vigation offre de grands avantages dans un pays où la civilisation a fait peu de chose pour les moyens de communication, elle n'est pas non plus exempte d'inconvénients , ni même de dangers. Les variations de l'atmosphère, qui devient, selon l'in­ fluence des v e n t s , ou glacée ou brû­

lante ; les myriades de moustiques dont les piqûres ne laissent aucun re­ pos ; le voisinage des caïmans et des tigres quand on reiàche sur ces rives désertes; la rapidité du courant, et les écueils qui barrent le passage, sont autant de circonstances qui justifie­ raient suffisamment les dégoûts du voyageur, sans qu'il fût nécessaire d'y joindre la paresse, l'ivrognerie et l'in­ subordination des Bogas, nègres ma­ riniers de la Magdalena. L ' A t r a t o , qui coule du nord au sud et se perd dans le golfe de Darien, et le San-Juan, qui se dirige dans le sens opposé et verse ses eaux dans le grand Océan, méritent d'être signalés par le projet conçu depuis long-temps de les réunir au moyen du canal de Raspadura, et d'ouvrir ainsi une com­ munication entre les deux Océans. C'est ici le lieu de faire remarquer que des cinq projets de canalisation qui ont été conçus pour fournir aux navigateurs la faculté de passer de l'une à l'autre mer, sans avoir à re­ douter les longueurs et les dangers d'une immense navigation autour du cap Horn, il en est trois qui appartien­ nent au sol de la Colombie, savoir : le canal de Raspadura , dont nous venons de parler, et qui n'est encore qu'un ravin à peine praticable pour les plus petites barques ; celui de Panama, qui est abandonné et doit être remplacé par un chemin de fer ; ce­ lui, enfin , de l'isthme de Darien, qui réunirait l'Atrato et le Rio-NapipiChaque province de la Colombie est, . en outre, sillonnée par des rivières sans nombre , dont quelques-unes offrent des particularités remarquables. Tel est le Pusambio, aux environs de Popayan, dont l'eau acide, dans laquelle les poissons ne peuvent vivre, lui a fait donner le surnom de Riovinagre. Les eaux qui descendent de la Cor­ dillère coulent sur des lits de gravier, et sont limpides, mais froides, et con­ tiennent, en o u t r e , des parcelles de métaux , ce qui leur vaut une réputa­ tion d'insalubrité. Les ponts en pierres sont rares dans toute la Colombie. On y supplée par


COLOMBIE. des ponts en bois, dont la grossière structure offre peu de s û r e t é , et par des ponts en cordes, que l'on n'emploie généralement que sur les rivières d'une grande largeur. Sur chaque bord s'élèvent de forts poteaux, au sommet desquels on arrive par des gradins, ou seulement à l'aide des inégalités du terrain. L à , six grands cables, tressés avec des sarments de l i a n e , sont jetés de l'une à l'autre r i v e , de manière à ce que quatre d'entre eux forment le plancher, et les deux autres les garderous ; sur les câbles du milieu on at­ tache de gros bâtons recouverts avec des branches d'arbres. Il serait impru­ dent de vouloir donner à ces ponts une trop grande tension: aussi formentils au-dessus de l'eau un arc dont les oscillations rendent le trajet souvent périlleux, et toujours effrayant. Les chevaux passent l'eau à la n a g e , ce qui les expose maintes fois à être atta­ qués par les alligators. Mais il en est d'autres d'une struc­ ture infiniment plus simple, et q u i , cependant, offrent peut-être moins de danger que les précédents : en certaines localités, on les nomme tarabites. La tarabite est un gros câble formé soit avec des cordes en liane, soit avec les fibres de l'agave, ou même des lanières de cuir; à elle seule elle constitue un pont. Le voyageur s'assied sur un m a n n e q u i n , ou sur un simple filet soutenu par plusieurs cordes dont les bouts , réu­ nis en faisceaux, sont attachés à un grand croc adapté à la tarabite. Des hommes et des chevaux, placés sur la rive opposée , tirent cet attelage au moyen d'une seconde corde (voy.pl. 4). Mais il arrive quelquefois que le voya­ geur est privé de ce secours ; il doit s'ai­ der alors des pieds et des mains pour achever ce périlleux funambulisme. (Voy.pl. 5.) Les lacs abondent sur toute la s u r ­ face de la Colombie, et il en est plu­ sieurs d'une vaste étendue. Leur n o m ­ bre est si considérable, qu'il serait impossible de les mentionner t o u s : quelques-uns même ne sont que des marais qui disparaissent après la sai­ son des pluies. Nous avons déjà parlé

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du lac G u a t a v i t a , du P a r i m e ; nous mentionnerons encore celui de Valenc i a , dans le Venezuela, remarquable p a r la belle culture de ses rivages. On concevra aisément, d'après ce que nous venons de dire , combien doit être varié le climat d'une contrée où les accidents du terrain offrent t a n t de contrastes ; où la force de la végétation entretient une si grande h u m i d i t é ; où l'enfoncement des val­ lées s e r t , en quelque s o r t e , de réser­ v o i r aux ardeurs du soleil équatorial ; o ù , enfin, les sommités volcaniques présentent éternellement des masses de neige. Les chaleurs suffocantes par leur continuité n'y sont p a s , toutefois, ce qu'on pourrait supposer. L e t h e r ­ m o m è t r e de R é a u m u r se s o u t i e n t , d a n s la plupart des localités les plus chaudes , e n t r e 2 8 et 30 d e g r é s , r a ­ r e m e n t il atteint le 34e. Quant au fa­ meux plateau de Bogota , il offre, grâce à son élévation, la t e m p é r a t u r e et les productions de la F r a n c e et de l'Alle­ m a g n e ; il s'élève à la même h a u t e u r , au-dessus du niveau de la m e r , que le sommet du mont Canigou, dans les Pyrénées. Tel e s t , en peu de m o t s , l'aspect de ce pays, dont les colons, espagnols, hollandais ou anglais, sont venus, t o u r à t o u r , fouiller les entrailles. L e u r avidité était en quelque sorte excu­ s a b l e , tant il semblait que les riches métaux et les pierres précieuses y avaient été prodigués par les mains généreuses de la nature ! Mais on est convaincu aujourd'hui que l'ancien m o n d e s'est exagéré la richesse m é ­ tallique du nouveau, dont l'impor­ t a n c e n'est réellement fondée que sur les produits de l'agriculture. La guerre de l'indépendance avait considéra­ blement ralenti les travaux ; des compagnies anglaises ont r e p r i s , en 1 8 2 4 , l'exploitation des mines aban­ données. On estime que les lavages de la Nouvelle-Grenade ont f o u r n i , dans les dernières années de p a i x , plus de 1 8 , 0 0 0 marcs d'or. L e Choco et Barbacoas offrent en abondance l'or et le platine ; la vallée de Santa-Rosa, d a n s la province d ' A n t i o q u i a , les


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L'UNIVERS.

Andes de Quindiù et de Guazum, près de Cuença, du mercure sulfuré. Il existe encore des filons aurifères ou argentifères sur plusieurs points du littoral de la province de Caracas. Le plateau de Rogota fournit du sel gemme et de la houille. Mariquita , Pamplona, Leyva possèdent des mines d ' a r g e n t ; le Cauca des mines d'or; Moniquira du minerai de cuivre; les environs de Sogamoso abondent en minerai de plomb, ceux de la Plata en minerai de fer. Les lavages de la Cordillère fournissent des é m e r a u d e s , des cornalines, des agates et autres pierres précieuses ; on trouve auprès de Muzo, dans le Cundinamarca, la plus riche mine d'émeraudes connue. Enfin, il existe au Rio-Hacha, de l'île de la Marguerite, ainsi que dans l'ar­ chipel de las Perlas, au golfe de Pa­ nama , des pêcheries de perles ; ces globules ne sont p a s , il est v r a i , d'une aussi belle couleur que ceux qui nous viennent de l'Orient, et en peu d'an­ nées ils prennent une teinte j a u n â t r e . En 1823, le congrès a cédé à une compagnie anglaise le privilége de cette pêche. On voit, dans l'archipel de las Perlas, un petit î l o t , nommé Cubagua; il fut jadis célèbre, notamment un siècle après la découverte du nouveau m o n d e , par la fécondité de sa pêche­ rie de perles. On assure que le pro­ duit s'en élevait annuellement à plus de huit cent mille dollars ( quatre millions de fr.). Les pêcheurs avaient élevé à Cubagua une ville opulente, le Nouveau-Cadix, dont on ne re­ trouve plus même les vestiges. Au­ jourd'hui cette mine d'huîtres perlifères est entièrement épuisée, et Cubagua est devenu un îlot désert et stérile. Les métaux précieux cachés dans le sein des montagnes forment des zones superposées les unes sur les a u t r e s , e t , par une heureuse disposition, les plus riches sont les plus à portée de l'homme. Au-dessus de l'or et du pla­ t i n e , vient la région de l'argent; celle du cuivre la domine, et se trouve elle-même dépassée par la zone du fer.

Les parties hétérogènes qui for­ ment le sol sur lequel s'appuie la Cordillère, contiennent des agréga­ tions de coquillage, e t , ça et là, quel­ ques débris de pétrifications animales appartenant à des genres disparus ou inconnus. Si la nature ici s'est montrée pro­ digue dans la dispensation des métaux précieux, elle n'a pas été moins géné­ reuse dans la distribution des richesses agricoles. Le cacaover cultivé ( theobromacacao) de la côte de Caracas a une grande renommée : cet arbre , qui abonde dans plusieurs autres provinces de la Colombie, appartient à la fa­ mille des malvacées ; il a le port d'un cerisier de moyenne taille, et se plaît surtout dans les terrains humides, riches et profonds. La Colombie en pos­ sède plusieurs espèces Th. sylvestris, guyanensis, bicolor; mais c'est le fruit du cacaoyer cultivé qui fournit ces précieuses amandes si recherchées dans le commerce pour la confection du chocolat. Les plantes médicinales y sont aussi variées qu'abondantes : nous nous bor­ nerons à mentionner plusieurs espèces de quinquina (chichona condaminea, cordifolia , lancifolia, oblongifolia, ovalifolia); la salsepareille, l'unonafébrifuge, le gaïac (guaiacum officinale ) ; le myroxilon peruifertim ( b a u m e du P é r o u ) ; l'ipécacuanha (cephalis ipecacuanha ) ; le sang-dra­ gon (pterocarpus draco); les strychnos, les jatropha, etc. A la tête des plantes les plus dignes d'arrêter l'attention des naturalistes, on peut faire figurer le mancenillier (hippomane-mancenilla). C'est sur­ t o u t aux environs de Bogota que se trouvent les plus beaux individus de ce genre. Chacune des parties de cet arbre distille un lait vénéneux, dont une seule g o u t t e , tombée sur le corps humain, suffit pour y produire une am­ poule douloureuse, qu'il faut ouvrir avec précaution et soigner comme une plaie. Ses émanations, chassées par le v e n t , portent au loin les maladies et la m o r t ; les oiseaux fuient son om-


COLOMBIE. brage perfide, et les poissons trouvent la m o r t dans les eaux qui baignent ses racines. Les Indiens se servent du suc du mancenillier pour empoisonner leurs Mèches ; ces armes conservent long-temps leur funeste propriété. L e bois de cet arbre e s t , dit o n , fort bon pour les constructions na­ vales. Les ouvriers chargés de le cou­ per prennent pour cela beaucoup de précautions : ils commencent par allumer un grand feu autour du t r o n c , afin de dessécher l'humeur vénéneuse qui en découle de toutes parts ; ils s'en approchent e n s u i t e , en ayant le soin de ne pas se t r o u v e r sous l'air de v e n t , et mettent devant leurs yeux une gaze très-line qui les préserve de tout contact avec cette plante redou­ table. Les Indiens et les nègres ont une grande confiance dans le suc des feuilles du guaco ( mikania-guaco) pour gué­ rir les morsures des reptiles venimeux ; et ici encore il faut reconnaître le soin de cette providence intelligente qui a mis le remède à coté du mal. Le docteur M u t i s , célèbre naturaliste de B o g o t a , ayant c o m m u n i q u é , il y a peu d'années , ce remède à plusieurs E u r o p é e n s , l'un d ' e u x , plein de zèle pour la science, consentit à en faire l'essai sur sa personne. II soumit sa main à la m o r s u r e d'un serpent re­ connu pour appartenir à l'espèce la plus malfaisante ; mais à peine les pre­ miers symptômes du venin commen­ çaient-ils à se manifester, qu'un nègre qui dirigeait l'opération se hâta d'ex­ primer sur la plaie le suc de quelques feuilles de guaco, e t , en peu d'in­ stants , le patient, parfaitement réta­ bli , se trouva en état de r e t o u r n e r à ses occupations. La flore colombienne possède en­ core le bananier (musa paradisiaca), l'ananas, le rocou (bixa orellana), les palmiers de toute espèce, le coco­ t i e r , le cirier (mirica cerifera), et le ceroxylon andicola, qui tous deux fournissent une cire propre à l'éclai­ rage. Sur les côtes de Cumana et de Vàlencia on trouve le cactus à coche­ nille, le n o p a l , l'agave americana et

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la vanille de T u r i a m o . Les forêts de la Cordillère abondent en bois de tein­ t u r e ; on y voit également l'acajou, le cedrela odorata, le peperonia, etc. P a r m i les plantes introduites ou améliorées par les E u r o p é e n s , nous mentionnerons la canne à s u c r e , le cafier, le cotonnier, l'indigotier et le tabac; on y cultive enfin, avec sucs è s , le riz et les autres céréales. Ce pays , couvert de vastes prairies , de forêts impénétrables pour le voya­ g e u r , de montagnes d'une h a u t e u r prodigieuse, doit offrir nécessairement une grande variété d'animaux de t o u t g e n r e , chacun vivant dans la région qui lui est propre. Nous ne parlerons pas des animaux domestiques, dont les Européens o n t introduit la majeure partie ; la nomenclature en serait aussi longue que fastidieuse. Nous nous hâtons d'aborder la liste de ces êtres plus h e u r e u x , sans d o u t e , qui vivent loin des lieux où l'homme a fixé sa d e m e u r e , toujours prêts à lui disputer ses titres à la royauté. Le tigre marche à leur t ê t e , et ses diverses espèces forment une formidable liste capable de faire pâlir d'effroi le plus intrépide chasseur : le couguard , le jaguar, l'once, la p a n t h è r e , le chattigre, le léopard et le tigre unicolore, qui glissent sans bruit dans les hautes graminées des llanos et des pampas, d'où ils s'élancent, la nuit, en pous­ sant d'affreux rugissements. Les eaux de l'Orénoque, celles de l'Amazone et du Magdalena servent de retraite à cette variété de l'espèce crocodile, connue sous le nom d'alli­ gators ou caïmans. L'alligator atteint une longueur de douze à treize pieds ; son ventre est d'un bleu nuancé de v e r t , et son dos n o i r â t r e . On voit ces reptiles flotter par b a n d e s , comme des troncs d'ar­ b r e s , sans paraître effarouchés par le passage des plus grandes embarcations. R a r e m e n t ils attaquent l'homme , ex­ cepté dans l'eau, où ils ont sur lui un grand a v a n t a g e , tandis que sur t e r r e la lenteur de leurs mouvements les met à la discrétion d'un ennemi plus agile et aussi brave. On a remarqué que les


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alligators de la Colombie sont deve­ nus plus voraces depuis que les neu­ ves de ce pays ont charrié t a n t de ca­ davres, dans la guerre de l'indépen­ dance. Mais bien long-temps aupara­ vant , les nègres avaient déjà pour principe de détruire promptement l'al­ ligator qui avait une fois fait un repas de chair h u m a i n e , et cela moins par esprit de vengeance que parce qu'ils sont convaincus que le m o n s t r e , une fois mis en goût, tentera audacieusem e n t de faire de nouvelles victimes. Dans les f o r ê t s , les arbres sont unis entre eux par des guirlandes de lianes, où se balancent de nombreuses tribus de singes : l'atèle, le lagotriche,les sagouins, les sapajous et les ta­ m a r i n s . La se cachent aussi plusieurs groupes de cette famille de quadru­ pèdes que l'homme sacrilie à ses be­ soins ou à sa curiosité : le fourmiller à l'élégante f o u r r u r e , le chinchilla, sorte d'écureuil qui habite les régions tempérées de la Cordillère, et dont la dépouille est si recherchée dans le commerce ; le c o a t i , le t a p i r , le bi­ zarre chlamyphoreou porte-manteau, et le tatou cuirassé ( armadilla ) . Sur le versant des Cordillères , on voit errer des troupeaux de lamas (camelus glauca). Ces animaux, avant que les Européens eussent multiplié la race des chevaux et celle des mulets, rendaient aux Américains les mêmes services que les Arabes reçoivent du chameau. Ils ont les allures de ce quadrupède sans en avoir la difformité. Patients et sobres, ils sont encore uti­ les en certains passages périlleux pour le transport des marchandises. Leur pas est lent et assuré , mais rien ne saurait les engager à accélérer leur marche. Insensibles aux coups comme aux bons t r a i t e m e n t s , ils se couchent quand on les presse t r o p , et se lais­ seraient tuer plutôt que de céder à la volonté de leur conducteur. ( Voy. pl. 1.) Les reptiles et les insectes sont un des principaux fléaux de ces belles contrées. Autour des troncs robus­ tes et larges se roulent des serpents g é a n t s , dont les yeux ont l'éclat et

la couleur du rubis : le boa constrictor, le crotale dryvas, ou serpent à sonnettes, l'acrochorde, l'erpéton lenticule, les couleuvres, et vingt autres espèces non moins à redou­ ter. Sous l'herbe des prairies et sous le chaume des toitures se cachent les scorpions , les acares, dont la pi­ qûre occasione la chute des cheveux , et ces millions de moustiques et de maringouins, qui n'épargnent ni le nègre, ni le blanc, ni l'Indien, ni l'Eu­ ropéen . Parmi les animaux malfaisants, le vampire sanguinaire vient réclamer l'une des premières places. Cette re­ doutable espèce de chauve-souris se cache le jour sous la toiture des ca­ banes ; elle en descend la nuit furtive­ m e n t , se glisse auprès de l'homme endormi , lui ouvre doucement la v e i n e , se repaît de son sang, et le fait ainsi passer, sans douleur, du sommeil à la m o r t . Dans cette succincte nomenclature, l'ornithologie aurait mérité peut-être la première place, par les richesses de ses détails. Sur les sommités neigeuses de la Cordillère, le condor étale son im­ mense envergure et décrit de grands cercles , ou se balance mollement sur le flanc des nuages. Tout d'un coup il s'arrête, le cou t e n d u , l'œil en feu, les ailes ployées. Il t o m b e , ou plutôt il se précipite avec la rapidité de la foudre, et disparaît dans les profon­ deurs de la vallée. Son œil perçant a découvert une proie, un cadavre dé­ g o û t a n t , fétide; car le condor par­ tage les goûts dépravés de la race ignoble des vautours. Il reparaît bien­ t ô t , étreignant dans ses serres les débris de ce hideux festin, et remonte aux solitudes éternelles où nul écho ne répétera ses cris de joie. L'aigle lui-même a fixé son séjour dans les régions inférieures. Plus loin, nous retrouvons les do­ maines où s'agitent et sautillent, se jouent et se pavanent de brillantes légions de perroquets , d'aras , d'ama­ zones , de cotingas j a u n e s , de tangaras é c a r l a t e s , de pitpits verts , de


COLOMBIE. colibris et d'oiseaux m o u c h e s , émeraudes, t o p a z e s , saphirs et rubis vi­ vants. L'or et l'azur , la pourpre et l'ébène voltigent et se reflètent sur le vert feuillage de la forêt. Enfin, les côtes poissonneuses de la Guayra sont peuplées de pélicans, ce cygne difforme, dont le bec prodidieux fournit la blague, sorte de po­ che fort recherchée par les fumeurs. Lorsque les habitants de l'ancien inonde eurent appris la route qui conduit au nouveau, ils r e n c o n t r è r e n t , dans les contrées que nous compre­ nons aujourd'hui sous le nom de Co­ lombie , deux sociétés d'hommes par­ faitement distinctes. La première était composée d'individus sauvages, féro­ ces , anthropophages, habitant les vastes plaines de Caracas, de C u m a n a , de l'Apure et de l'Orénoque. Ces po­ pulations malheureuses vivaient de fruits nés sans c u l t u r e , de pêche et de chasse. Dans la saison des inon­ dations, on les apercevait groupées dans le branchage des a r b r e s , où elles établissaient momentanément leur de­ meure , à l'imitation des singes. La difficulté de correspondre les divisait en une innombrable quantité de pe­ tites n a t i o n s , différant entre elles par les m œ u r s et le langage. Le plus célèbre d'entre ces peuples est celui des Caribes ou Caraïbes, dont on trouve les traces dans la Guyane et les Antilles. Les hommes qui formaient ce que nous pourrions appeler le second g r o u p e , vivaient dans un état social avancé comparable à celui des an­ ciens Egyptiens. Ils habitaient les parties montagneuses. C'est l'une des trois grandes nations civilisées que les Européens t r o u v è r e n t , à leur grande surprise, répandues s u r le sol améri­ cain, c'est celle des Muyscas ou Mozcas, dont l'histoire rentre dans le domaine de cette notice. Les Muyscas résidaient dans la province de Cundinamarca. Le pla­ teau de Bogota était le centre de leur puissance. L e u r s traditions fabuleuses suffiraient seules pour indiquer une société dont la formation remonte à

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la plus haute antiquité. L e u r s ancê­ t r e s existaient déjà, d i s e n t - i l s , et la lune ne servait pas encore de compa­ gne à la t e r r e . A cette é p o q u e , les habitants du plateau de Bogota vi­ vaient comme des barbares. Ils étaient n u s , ne connaissaient point l'art de l'agriculture , ne se nourrissaient que des aliments les plus grossiers, et se t r o u v a i e n t , en un m o t , plongés dans l'état le plus abject et le plus déplo­ rable. Tout d'un c o u p , un vieillard apparaît au milieu d'eux ; il venait des plaines situées à l'est de la Cor­ dillère de Chingosa. Il portait une longue barbe et des v ê t e m e n t s , ce qui fit supposer qu'il appartenait à une race différente. Cet h o m m e avait trois n o m s , mais celui de Bochica préva­ lut parmi les Muyscas. Il leur apprit à cultiver la t e r r e , à l a b o u r e r , a se­ m e r et à t i r e r de la récolte t o u t le p a r t i que peut y trouver l'industrie d'un peuple agricole. Cela fait, il leur enseigna encore l'art de se vêtir sui­ v a n t la différente t e m p é r a t u r e des s a i s o n s , à se bâtir des demeures so­ l i d e s , à se réunir p o u r vivre en so­ c i é t é , à se secourir et s'aider m u t u e l ­ lement. T a n t de bienfaits lui avaient a t t i r é la vénération publique, et rien n e se serait opposé à ce qu'il jouît d ' u n bonheur sans m é l a n g e , si ce n ' e û t été la malice de son épouse Huythaca. Cette méchante femme se livra à d'abominables sortilèges pour faire sortir de son lit la rivière F u n z h a . Alors toute la plaine de Bogota fut bouleversée par les e a u x ; la plupart des hommes et des animaux périrent d a n s ce d é l u g e , et le reste se réfugia s u r le sommet des plus hautes mon­ t a g n e s . Bochica, i n d i g n é , chassa loin de la terre cette indigne c o m p a g n e , ce qui veut dire qu'il la fit m o u r i r . L a tradition ajoute qu'elle devint la l u n e , t o u r n a n t sans cesse a u t o u r de la terre p o u r expier sa faute. Bochica brisa les rochers qui fermaient la val­ lée du côté de Canoas et de Tequendama , pour faciliter l'écoulement des eaux ; il rassembla les hommes dis­ p e r s é s , leur enseigna le culte du so­ leil , et m o u r u t plein de j o u r s et de


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gloire. Nous ferons r e m a r q u e r , en passant, que ce dernier acte de la )uissance de Bochica explique, clans a pensée des Muyscas, le phénomène de la célèbre cascade de Tequendania, où les eaux du Rio-Bogota se préci­ pitent d'une hauteur de 180 mètres environ. Ce culte du soleil et de la lune chez les aborigènes de ces contrées est encore attesté par des monuments d'un grand intérêt pour l'histoire. Tels sont les rochers de granit des solitu­ des de l'Orénoque, à Caycara, à Urbana, près du R i o - B r a n c h o et du Cassiquiare. On y voit des sculptures d'une haute antiquité, représentant, et presque a la manière des Egyptiens, les images du soleil, de la lune , ainsi que des serpents, des crocodiles, des t i g r e s , et divers instruments ou us­ tensiles de ménage. D'autres monuments déposent en­ core en laveur de l'ancien ne civilisa­ tion des peuples trouvés sur le sol de la Colombie. On v o i t , par exemple, aux environs de Cuença, dans le dé­ partement de l'Assuay, république de l ' é q u a t e u r , les magnifiques vestiges de la grande chaussée construite par les Incas, ou souverains du P é r o u , et la forteresse du Cânar, ou Ingapilca. C'est un m u r de très-grosses pierres de taille coupées en biseau, formant un ovale régulier dont le grand axe a plus de cent pieds de longueur. Au c e n t r e , se trouvent les ruines d'une petite maison dont l'âge égale celui de la forteresse. Ce monument est situé sur une plate-forme, au sommet d'une colline. Les environs de Latacunga, sur le versant du Cotopaxi, sont également célèbres par les restes de deux mo­ numents péruviens : le Panecillo et la Maison de L ' i n c a . Le Panecillo, ou pain de s u c r e , est un tumulus co­ nique qui a dû servir de sépulture à un grand personnage. La Maison de L ' i n c a est un vaste bâtiment carré où l'on voit encore quatre grandes portes extérieures semblables a celles des temples égyptiens , huit cham­ bres, dix-huit niches distribuées avec

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s y m é t r i e , et quelques cylindres ser­ vant à suspendre les armes. Les pier­ res y sont aussi taillées en biseau. Le gouvernement des Muyscas était une monarchie absolue. L'autorité de leur chef s u p r ê m e , le zaque, n'était tempérée que par celle du souverain pontife. Le premier résidait à Iroca, le second à Tanja. 11 y avait à Sogamoso un temple du soleil ou de Bochica, que les dévots allaient visiter en pèlerinage, et où l'on célébrait, tous les quinze a n s , un sacrifice hu­ main. La victime était un enfant en­ levé de force à la maison paternelle, dans un village du pays connu aujour­ d'hui sous le nom de San Juan de los llanos. C'était le guesa, ou l'errant, c'est-à-dire la créature sans asile; et cependant on l'élevait avec un grand soin dans le temple du soleil jusqu'à ce qu'il eût atteint l'âge de quinze ans. Cette période de quinze années forme l'indiction dite des Muyscas. Alors le guesa était promené processionnellement par le suna, nom donné à la route que Bochica avait suivie à l'époque où il vivait parmi les h o m m e s , et arrivait ainsi à la colonne qui servait à mesurer les ombres équinoxiales. Les xèques, ou prêtres, masqués à la manière des Egyptiens, figuraient le soleil, la l u n e , les sym­ boles du bien et du m a l , les grands reptiles, les eaux et les montagnes. Arrivée à l'extrémité du suna , la vic­ time était liée à une petite colonne, et tuée à coups de flèches. Les xèques recueillaient son sang dans des vases sacrés, et lui arrachaient le cœur pour l'offrir au soleil. Ce peuple est encore célèbre par l'usage des hiéroglyphes, et par son calendrier l u n a i r e , gravé sur une pierre dont la découverte ne date que de la fin du seizième siècle. On sait, d'ailleurs, qu'il avait trois sortes d'an­ n é e , e t , par conséquent, trois calen­ driers. La première année était ecclésiastique, et se composait de 37 lunes ; la seconde était civile, et se comp tait par 20 lunes ; la troisième, enfin, était l'année rurale de 12 à 13 lunes. Chez les Muyscas, les lunaisons se


COLOMBIE. divisaient par semaines de trois j o u r s . Après la découverte du nouveau m o n d e , diverses nations de notre con­ tinent se hâtèrent d'y envoyer des colonies. Les Anglais et les Français peuplèrent les cotes; les Castillans s'avancèrent jusqu'aux A n d e s , et osè­ rent même en franchir la chaîne. Ils virent dans le C u n d i n a m a r c a , sur le plateau de B o g o t a , et à Q u i t o , les traces d'une antique civilisation, et ils traitèrent avec ces peuples éclairés, qui se soumirent à e u x , pour former un empire florissant. L e s p r e m i e r s , au c o n t r a i r e , n'avaient rencontré que des peuplades farouches, que des hor­ des sauvages qui reculaient devant les nouveaux v e n u s , et refusaient la civilisation qui leur était offerte. P a r m i les capitaines célèbres que l'Espagne envoya dans ses nouvelles possessions de l ' A m é r i q u e , il faut ci­ ter Quésada et Gonzalès - Pizarre , frère du conquérant du P é r o u , gou­ verneur de Q u i t o , vers le milieu du seizième siècle. A dater de cette épo­ que, l'histoire de la Colombie se borne à quelques actes d'une guerre inté­ rieure , où les succès sont variés entre les Espagnols d'un c ô t é , les Portugais, les Anglais et les Indiens de l'autre. La fortune de l'Espagne l ' e m p o r t a , et ses droits s u r cette partie du nou­ veau monde fuient u n a n i m e m e n t re­ connus. Ce fut alors que s'établit la division politique q u i , à peu de m o ­ difications p r è s , a subsisté jusqu'en 1819. Les Espagnols appelèrent terre ferme de l'orient les provinces situées entre la mer des Antilles au nord, l'Orénoque et l'Apure au sud ; ils y établirent un gouverneur qui résidait à Caracas, et dont le titre était celui de capitaine général de la province de Venezuela. C'était lui qui présidait le grand con­ seil appelé real audiencia ; sa juridic­ tion était illimitée , et il n'était res­ ponsable de ses actions qu'envers le roi. C'était, en effet, le propre d'un gouvernement sage, d'accorder la plus grande étendue de pouvoir à un agent qui résidait t r o p loin de la mé­ tropole pour en attendre des instruc­

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tions utiles selon les exigences du m o m e n t , et qui avait à gouverner une colonie mal s o u m i s e , en présence de nombreux ennemis. A cette capitainerie générale était jointe la Guyane espagnole. Le t e r r i t o i r e compris entre l ' A p u r e et X Amazone de l'occident

fut appelé terre ferme ou Nouvelle Grenade, et

confiée à l'autorité d'un vice-roi dont la juridiction était la même que celle du capitaine général de Venezuela. Les provinces de P a n a m a et de D a r i e n , désignées seulement sous le nom de terre ferme, étaient comprises dans la vice-royauté de la Nouvelle Grenade. L e temps vint où l ' E s p a g n e , frap­ pée par celui de qui dépendait alors la destinée de tant de r o i s , reçut, en f r é m i s s a n t , le nouveau maître qui lui était imposé. Les Colombiens, trop fiers pour se courber à l'imitation de la métropole, résolurent alors de de­ m e u r e r fidèles à Ferdinand VII ; mais il ne faut pas perdre de vue que ce fut moins par attachement pour ce prince que par un sentiment d'or­ gueil , par un instinct de liberté. L e 19 avril 1810, u n e révolution soudaine éclate dans la ville de Ca­ r a c a s , où les insurgés établissent une j u n t e provisoire, chargée spécialement de veiller à la conservation des droits de Ferdinand VII P e u a p r è s , l'in­ surrection gagna les provinces voisi­ nes enclavées dans l'ancienne capitai­ nerie ; et dès l o r s , la j u n t e de Caracas sentit son incompétence à diriger la marche de l'insurrection ; elle se borna à inviter les provinces à lui envoyer des députés. Cette proposition fut généralement adoptée, et le con­ grès commença ses opérations. Les Vénézuéliens préférèrent d'a­ bord l'ancienne royauté à la nouvelle; mais bientôt ils jugèrent plus conve­ nable de se passer de l'une et de l'au­ t r e . A peine ces législateurs impro­ visés eurent-ils essayé du pouvoir, qu'ils éprouvèrent le besoin d'en per­ pétuer l'exercice à leur profit. L e 5 juillet 1811, le congrès déclare le V é ­ nezuela libre et indépendant , il le constitue republique. Cet acte mémo-


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rable rompait à jamais l'antique lien qui unissait la colonie à la métropole; mais , comme toutes les révolutions, s'il fit surgir quelques hommes à ta­ lents , il détruisit rapidement d'im­ menses espérances, et dévora sans pi­ tié plus d'une grande renommée. Trois h o m m e s , parmi ceux qui échappèrent à l'obscurité , ont droit ici à la première mention : San - Iago M a r i n o , Simon Bolivar, et Paëz. Le premier, jeune étudiant, brave et intelligent, passera en peu de mois par tous les grades militaires, et de­ viendra l'un des plus fermes soutiens de la république. Le second est digne de nous arrêter plus long-temps. Simon Bolivar, né à Caracas le 24 juillet 1783, était le plus jeune des fils de D . Juan-Vicente Bolivar y P o n t e , colonel de la milice des plaines d'Arag u a , homme riche et considéré. En­ voyé de bonne heure en E s p a g n e , pour y perfectionner son éducation , Simon ne tarda pas à se rendre à P a r i s , o ù , pendant plusieurs années, il mena une vie active et peut-être dissipée. D e l à , il se rendit en Italie, et acquit dans ses voyages la connaissance des langues française et italienne, l'expé­ rience du monde et l'usage de la bonne société. En repassant par Madrid , il y épousa la fille du marquis del Toro, et augmenta par cette alliance sa for­ tune déjà considérable. De retour à Caracas, il se retira dans une de ses t e r r e s , où il vécut pendant plusieurs années paisiblement, et l'on pourrait même dire obscurément, si ses ma­ nières distinguées, ses connaissances et son esprit ne lui eussent, dès cette époque, acquis une certaine renommée. Quelques biographes ont dit que Bo­ livar, dans ses voyages sur le conti­ nent de l'ancien m o n d e , rêvait déjà l'indépendance de sa patrie; mais le général Ducoudray - Holstein fait ob­ server avec raison que cette assertion ne repose sur aucun fondement. Il ne songeait alors qu'à ses plaisirs, e t , sans d o u t e , à son futur établissement. L a révolution le surprit dans sa re­ t r a i t e ; il en accepta sans hésitation

toutes les conséquences, et se mon­ tra digne de figurer à sa tête, quoiqu'il n'en eût pas prévu l'explosion. Bolivar était de petite taille, mais robuste et en état de supporter les plus grandes fatigues. Ses yeux larges, noirs et vifs, annonçaient une ame de feu ; il avait le nez aquilin et bien fait, le front haut comme les hommes de génie, le visage long et le teint brun. II joignait à la bravoure qui fait mé­ priser le danger, la prudence qui sait le mesurer pour le mieux combattre. P o r t é rapidement au premier gracie militaire, il e u t . comme Napoléon, l'art de distinguer les capacités et de les mettre chacune à sa place , et, comme lui encore, il eut le talent de ces mots heureux qui font oublier une grande infortune, ou qui paient, à peu de frais, un service éminent. Nous anticiperons sur la marche des événe­ ments , pour raconter succinctement une anecdote qui achèvera de faire connaître le héros de la Colombie. Après une victoire qui semblait dé­ cisive pour le sort de la république, le général invite à sa table les principaux chefs de l'armée libératrice; e t , parmi e u x , figurait un colonel anglais, plus riche en beaux faits d'armes qu'en es­ pèces sonnantes.— Comment donc, lui dit Bolivar en le voyant p a r a î t r e , il me semble, mon brave et cher colonel, que vous avez sur vous du linge bien sale. — G é n é r a l , répondit l'étranger d'un air confus et embarrassé, je dois vous avouer que je n'ai pas d'autre chemise que celle que je porte sur m o i . — J'y pourvoirai, dit Bolivar. Puis se tournant vers son intendant : — Allez, lui dit-il, chercher une che­ mise dans ma garde-robe, et donnezla au colonel. En recevant un pareil ordre, l'intendant manifesta une grande s u r p r i s e ; il ne bougeait p a s , mais il voulait parler et ne pouvait que bal­ butier quelques mots inintelligibles.— Mais allez d o n c , reprit le général; plus tôt vous serez de retour et plus tôt nous nous mettrons à table. Le fidèle serviteur fit alors un grand effort sur lui-même : — Vous savez bien, géné­ r a l , que vous n'avez que deux che-


COLOMBIE. mises ; l'une est en ce m o m e n t sur vos épaules, et l'autre est chez la blan­ chisseuse. Sur c e , l'assemblée poussa de grands éclats de r i r e . — Vous v o y e z , colonel, dit Bolivar, que je ne suis pas plus riche que vous. Si les braves de votre t r e m p e laissaient aux Espa­ gnols le temps de r e s p i r e r , nous au­ rions celui d'attendre nos bagages. Après Bolivar et M a r i n o , Paëz fut un des généraux les plus distingués de la révolution vénézuélienne. Paëz était fils d'un petit marchand de Valencia, dans le Venezuela. Il n'avait que dix-neuf ans lorsque son père lui confia quelques centaines de dollars et un bon c h e v a l , et l'envoya faire une t o u r n é e dans la province pour acheter diverses marchandises. En sortant de la ville, Paëz est assailli par deux cavaliers qui font mine de le vouloir dévaliser; mais le brave jeune homme montre un p i s t o l e t , le seul dont il se fût p o u r v u , déclarant aux bandits qu'il brûlera la cervelle au premier qui aura l'audace de porter la main sur lui ; et à peine cette me­ nace était-elle proférée, que déjà elle avait reçu son exécution. En voyant tomber son c a m a r a d e , l'autre voleur se sauva; mais Paëz profita mal de sa victoire. Épouvanté du m e u r t r e qu'il venait de c o m m e t t r e , et n'osant plus reparaître dans son p a y s , il s'enfuit à , Caracas, où il entra au service d'un gentilhomme qui avait de grands biens dans cette province. L e jeune fugitif n'eut pas de peine à gagner la confiance de son m a î t r e , qui en fit son inten­ d a n t ; il en remplissait les fonctions lorsque éclata la révolution. P a ë z en adopta les principes, avec une ardeur qui appela sur lui l'attention publique. Son intrépidité était plus fougueuse, plus irréfléchie, mais peut-être plus brillante que celle des généraux que nous venons de n o m m e r . Doué d'une force prodigieuse, il maniait la lance avec une grande habileté : à l'imitation de Murât et de Blùcher , sa bravoure l'entraînait souvent à des combats sin­ guliers à la manière antique. Il devint le favori de Bolivar, qui le poussa rapidement au grade de général; alors

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Paëz se mit à la tête des lanciers des plaines d ' A p u r é . Ces farouches Llane­ r o s , guidés par un tel chef, devinrent la t e r r e u r des armées espagnoles. L a guerre de l'indépendance eut u n e alternative de bons et de mauvais succès. Deux chefs espagnols, Boves et M o r a l e s , défendaient avec enthou­ siasme la cause de la royauté ; et d'a­ b o r d ils obtinrent de grands avanta­ ges. Les insurgés perdirent PuertoCabello, et furent contraints à accepter, à Victoria, une fâcheuse capitulation. Ce désastre amena m o m e n t a n é m e n t , la dissolution du congrès et l'anéan­ tissement de la république de Vene­ zuela. L'anarchie la plus complète succéda au calme éphémère que les chefs de la révolution avaient rêvé un i n s t a n t . P e u de patriotes se présen­ t a i e n t pour recevoir des o r d r e s , mais beaucoup aspiraient à en donner. Tou­ t e f o i s , la fortune de Bolivar r e t r o u v a bientôt son a s c e n d a n t ; le 4 août 1813, il fit une e n t r é e triomphale à Caracas, et prit le t i t r e de dictateur-libérateur des provinces occidentales de Venezuela ; son collègue Marino avait pris celui de dictateur des provinces orientales. Les royalistes ne t a r d è r e n t pas à reprendre une éclatante revanche : Boves avait organisé une division d'hommes de c o u l e u r , dont il excitait le courage par l'attrait du pillage. Cette bande furibonde m é r i t a , moins p a r la couleur des hommes qui la composaient que par leur férocité, le surnom de Légion infernale. Ce fut s u r t o u t a l'aide de ce corps que Boves réussit a battre si complète­ m e n t les deux dictateurs à la Puerta, que la cause de l'indépendance se t r o u v a plus gravement compromise qu'elle ne l'avait j a m a i s été. Le vain­ q u e u r se présenta aussitôt devant Ca­ r a c a s , et y entra avec une telle pré­ cipitation , que Bolivar et Marino n ' e u r e n t que le temps de se jeter dans u n e frêle b a r q u e , et de mettre le sa­ lut de la république à la discrétiou des éléments. Cet événement eut lieu le 17 juillet 1814. Nous venons de voir que le Véné-


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zuéla avait commencé sa révolution par la révolte du mois d'avril 1810; la Nouvelle-Grenade n'avait pas tardé à suivre cet exemple, e t , dès le mois de juillet s u i v a n t , une junte provi­ soire s'était établie à Santa-Fé di Bo­ gota. L'un de ses premiers actes fut d'inviter les provinces à envoyer des députés pour prendre part aux déli­ bérations du nouveau gouvernement. Quelques-unes obtempérèrent à cette i n v i t a t i o n , et concoururent ainsi à la formation d'une assemblée délibérante, qui s'arrogea le pouvoir législatif et exécutif. L e 27 novembre 1 8 1 1 , le congrès publia un acte fédéral et con­ stitutif en soixante-huit articles ; mais cet acte fut loin d'obtenir l'assenti­ m e n t général, et les provinces envi­ ronnantes, refusant même de le rece­ v o i r , élurent une nouvelle junte dite de Cundinamarca. En 1 8 1 2 , cette assemblée publia son projet de constitu­ tion , qui ne fut pas plus heureux que le précédent. L'anarchie était à son com­ ble, et le désordre, toujours croissant, ne put être a r r ê t é , même par un troi­ sième c o n g r è s , qui s'ouvrit à Tunja le 10 septembre 1814. Les bons esprits étaient las de cet état de choses ; les turbulents commençaient également à se lasser, et tous sentaient la nécessité de se réunir à Vénézuela, pour com­ battre l'ennemi commun. Les chefs des deux é t a t s , cédant à l'expression de ce vœu g é n é r a l , se mettent en communication. Bolivar et M a r i n o , rentrés sur le territoire de la p a t r i e , combattent pour Venezuela; Castillo, Cabal et Urdaneta agissent pour la Nouvelle-Grenade. Mais la dissension ne tarda pas à éclater entre les deux r é p u b l i q u e s , car elles avaient des moyens divers pour arriver au même but : la Nouvelle-Grenade était plus réservée, plus cauteleuse; elle discu­ tait fort habilement, il est v r a i , et s'entendait parfaitement à la forma­ tion des lois organiques, mais, sur les champs de bataille, elle le cédait à Vénézuela, dont l'ardeur et la bra­ voure ne connaissaient d'autre argu­ m e n t que celui de l'épée. A i n s i , les deux républiques naissantes, promp-

tement divisées, étaient sur le point de faire, l'une contre l ' a u t r e , le pre­ mier essai de leur liberté, lorsque la métropole leur envoya un redoutable adversaire dans le brave et lidèle Mo­ rillo. Ce général débarque à la tête de dix mille Espagnols, soldats d'élite; il renverse tout ce qui s'oppose à lui, grossit sa troupe d'une foule de mé­ contents, et y incorpore les débris des armées précédentes. 11 entre en vain­ queur à Caracas et à Carthagène, et force de nouveau Bolivar et Marino à chercher leur salut dans une prompte fuite. Ces deux illustres proscrits, retirés à H a ï t i , trouvent encore une fois une généreuse hospitalité auprès de Péthion. Le 3 mai 1816, Bolivar, que l'adversité ne peut a b a t t r e , repa­ raît de nouveau sur le territoire de Vénézuela, et prend le titre de chef suprême et capitaine-général des forces de Vénézuéla et de la NouvelleGrenade. Les p a t r i o t e s , reconnais­ sants de t a n t d'efforts, cherchent à faire oublier a leur général les mal­ heurs qui l'ont accablé; ils le reçoi­ vent avec les plus grands honneurs et lui donnent de brillantes fêtes. Le général A r i s m a n d y , gouverneur de Margarita , lui offre un roseau sur­ monté d'une tête d ' o r , emblème de l'autorité suprême dans un pays qui peut ployer sous le vent de l'advers i t é , mais qui ne rompra pas. Et ce­ pendant la fortune trahira encore une fois les armes de Bolivar! Le 16 juil­ let s u i v a n t , un lieutenant de Morillo lui fait éprouver une défaite si com­ p l è t e , q u e , pour la cinquième fois, le héros de la Colombie se voit con­ traint à se soustraire par la fuite à la colère des vainqueurs. C'en était fait de la république, si son défenseur n'eût pas eu l'âme aussi forte que son épée : l'une et l'autre semblaient se retremper dans le malheur. Boli­ var se montre de nouveau vers la fin de cette même a n n é e , et change en­ core une fois son t i t r e en celui de Libérateur. Celui-là, enfin, lui por­ tera bonheur ! Quelques succès ren­ dent à son parti l'énergie qui com-


COLOMBIE. mençait a lui manquer. La persévé­ rance du général triomphe de tous les obstacles, m ê m e des revers mili­ taires. Morillo e n t r a i t - i l vainqueur dans la capitale de Vénézuela, Boli­ var se montrait aussitôt dans la Nou­ velle-Grenade. L e général espagnol poussait-il ses soldats victorieux dans cette dernière province, le Colombien apparaissait au même instant dans le Vénézuela, et relevait le drapeau de la liberté plus haut que jamais. C'é­ tait beaucoup, dans une pareille situa­ tion, que de gagner du t e m p s , car la mère-patrie était alors déchirée par des factions qui ne lui permettaient pas de songer sérieusement à recon­ quérir les colonies. Enfin, en l'année 1818, Bolivar p u t songer à unir la politique à la g u e r r e ; il convoque un congres national à A n g o s t u r a , dans le département de l'Orénoque , et en reçoit le titre de président de la répu­ blique. Morillo veut enfin étouffer l h y d r e dans son repaire : il ordonne à un de ses lieutenants de marcher sur la ville m ê m e d'Angostura. Mais, de son c ô t é , Bolivar envoie son lieu­ tenant Marino au-devant des Espa­ gnols. Les deux partis se rencontrent a San-Diego ( 12 juin 1 8 1 9 ) ; la ba­ taille fut longue et opiniatre , et la victoire se décida enfin en faveur des indépendants. Morillo espère en vain venger l'affront l'ait aux armes espa­ gnoles ; Bolivar lui-même se charge de le désabuser. A la suite d'une ac­ tion des plus v i v e s , la vallée de Sogamoso voit s'anéantir la dernière armée de l'Espagne (7 août 1819). Le Colombien marche aussitôt s u r Cart h a g è n e , où il fait son entrée triom­ phale au milieu d'une population que la joie fait d é l i r e r ; et comme si ce n'était pas assez d'un si mémorable a v a n t a g e , les indépendants sont à ja­ mais délivrés du redoutable Morillo. Le roi d'Espagne a rappelé auprès de lui ce brave s e r v i t e u r , dont la forte épée peut seule encore soutenir le trône chancelant. La Colombie commence à respirer. Le c o n g r è s , assemblé à A n g o s t u r a , sous la présidence d'un intègre magis­

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t r a t , Antonio Z é a , décrète la loi fon­ damentale de l'union des deux états ( 1 7 décembre 1 8 ! 9 ) . Désormais la Nouvelle-Grenade et Venezuela for­ m e r o n t la république de Colombie. Peu après, un congrès général s'ouvre à Rosario de C u c u t a , et donne sa sanction à la loi de l'union. Le 24 juin 1 8 2 1 , Bolivar cueille de nouveaux lauriers à Carabobo, près de Valencia ; et cette mémorable vic­ toire lui rend toutes les villes qu'il avait précédemment perdues. Le con­ grès général veut alors lui décerner les honneurs de l'ovation, niais le vainqueur s'y soustrait avec une m o ­ destie qui relève singulièrement l'é­ clat de ses triomphes. 11 tente m ê m e de refuser l'autorité de la présidence, alléguant pour excuse qu'un homme comme lui était dangereux dans un gouvernement p o p u l a i r e , et qu'il dé­ sirait redevenir simple citoyen afin de rester l i b r e , et pour que tous les Colombiens le fussent également. Un an s'était à peine écoulé que déjà les Etats-Unis reconnaissaient l'indépendance de la Colombie. E n ­ hardis par ce puissant e n c o u r a g e m e n t , les Colombiens marchèrent de victoire en victoire, et, le 8 novembre 1 8 2 3 , la dernière garnison espagnole, celle de Puerto-Cabello, mit bas les a r m e s . Ce n'était pas assez que de rendre l'indépendance à la C o l o m b i e , il fal­ lait encore en assurer la durée en aidant les colonies voisines à se déli­ vrer de la domination espagnole. Bo­ livar, à la tête de t r o i s mille Colom­ biens, vole d a n s le H a u t - P é r o u ; mais nous ne le suivrons pas dans cette expédition, dont les détails doivent se trouver ailleurs. Il sera reçu avec acclamation p a r les Péruviens qui lui décerneront le pouvoir s u p r ê m e , e t , dans l'effusion de leur reconnaissance, appelleront du nom de Bolivia leur nouvelle république. L'année 1824 fut signalée par un événement d'une grande portée : l'An­ g l e t e r r e , qui avait vu d'un œil mécon­ tent l'entrée des Français en E s p a g n e , voulut prendre sa r e v a n c h e , et fit sa­ voir aux puissances continentales


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qu'elle reconnaissait l'indépendance de la Colombie. Depuis ce moment , les fluctuations de la politique r e m ­ placèrent, dans le sein de cette répu­ blique, les mouvements militaires, les hommes d'épée s'éclipsant peu à peu devant les publicistes et les ora­ teurs. Le parti qui ne voulait plus du libérateur commençait à se gros­ s i r ; on se demandait si Bolivar n'était pas un ambitieux qui voulait arriver au despotisme. Il y avait là , sans doute , exagération et ingratitude ; cependant il faudrait connaître bien peu le cœur humain pour ne pas croire que ce général ait p u , comme un au­ t r e , se laisser séduire par l'attrait du pouvoir, et q u e , voyant la liberté de­ venir , pour ses compatriotes, un instrument de discorde, il ait senti la nécessité de concentrer l'autorité dans ses mains et de garder en tutelle des enfants égarés. Lorsqu'au mois de juin 1826 ce libérateur rentra sur le territoire de la Colombie, il trouva que tous les éléments de l'anarchie étaient en ébullition, et que la république se mourait, assassinée par ses propres enfants. Alors il se dit q u e , pour sauver la liberté, il fallait la suspendre et as­ sumer le titre et l'autorité de dicta­ teur. L ' a r m é e , qui lui était dévouée, applaudit à cette détermination; mais le reste de la nation ne m o n t r a pas le même enthousiasme. Peu de mois après cet événement, les plénipotentiaires de la Colombie, du Mexique, de Guatémala et du P é ­ rou, s'assemblèrent à Panama, et con­ clurent un traité d'amitié et confé­ dération perpétuelles en paix et en guerre. De son coté, Bolivar avait promis de convoquer un congrès national à Ocana, à l'effet de réviser la consti­ tution ; m a i s , en réalité , il ne son­ geait qu'à faire sanctionner le pouvoir suprême déposé entre ses mains. Aussi les républicains tentèrent-ils un effort désespéré pour se soustraire à ce pro­ jet de despotisme. Une nuit ( 26 sep­ tembre 1828), le dictateur est éveillé par une épouvantable r u m e u r . Il ap­

prend que les sentinelles de son palais ont été égorgées, et que lui-même n'a pas de temps à p e r d r e , s'il veut échap­ per au fer des révoltés. Il ouvre alors une croisée, e t , d e m i - n u , il saute dans la rue et parvient à gagner une c a s e r n e , où il convoque toutes les troupes de la garnison. Il se met à leur tête et marche contre les rebel­ les , qu'il met promptement en fuite : plusieurs sont pris et exécutés immé­ diatement. S a n t a n d e r , vice-président du c o n g r è s , soupçonné d'être l'ame du complot, est jeté dans une prison d'état. Depuis ce m o m e n t , Bolivar pouvait songer à régner paisiblement, mais une guerre malheureuse, qu'il entre­ prit contre les P é r u v i e n s , fut le pre­ mier signal de ses revers. La dicta­ ture de Bolivia lui échappa , et son autorité allait recevoir d'autres échecs bien autrement sensibles. P a ë z , le brave P a ë z , son ancien lieutenant, son favori, appelle les Vénézuéliens à l'indépendance (1829). Une révolution éclate également à Q u i t o , où Florès demande la liberté pour les provinces de l'équateur. Deux partis se forment sur les débris de la constitution : celui des unitaires, qui veut le maintien de l'union des trois républiques, et celui des fédéralistes, qui demande leur séparation avec un système d'alliance. En vain Bolivar cherche à se roidir contre cet orage; il est renversé dans la poussière. En vain aussi veut-il se plier aux événe­ ments et en suivre le cours pour mieux en profiter; il se courbe pour ne plus se relever. Le congrès national s'était assem­ blé à Bogota. Bolivar lui envoie sa d é m i s s i o n , saisissant cette circon­ stance pour rappeler ses services et se plaindre des calomnies dont il est devenu l'objet. Le congrès feint d'hé­ s i t e r , puis il accepte, nomme pour son président Joachim Mosquera, et rappelle Santander, cet ennemi per­ sonnel du dictateur. C'en est fait du parti des unitaires! L'ancienne république colombienne a enfanté trois états indépendants : le


COLOMBIE. Vénézuela, dont le sort est confié à P a ë z , le capitaine des llaneros ; la Nouvelle-Grenade, qui obéit à Mos­ quera; et l ' E q u a t e u r , que le général Florès a appelé à l'indépendance. On le voit : désormais Bolivar sera déplacé p a r t o u t , ou plutôt il sera trop grand pour vivre sur ce champ mutilé. Sa patrie n'est plus de ce monde. Les grandes ombres de Guillaume T e l l , de W a s h i n g t o n , de Poniatowski et de Napoléon, viennent assister aux derniers moments du héros colom­ bien. Humilié dans sa gloire, froissé dans ses affections, plein de pitié pour une ingrate p a t r i e , Simon Boli­ var succombe à une maladie de lan­ gueur le 17 décembre 1 8 3 0 , à SanP é d r o , près de Santa-Marta. Il était âgé de quarante-sept ans. Nous continuerons à désigner, sous le nom de Colombie , la confédération des républiques de Vénézuela, de la Nouvelle-Grenade et de l'Équateur. On y compte douze grands départe­ ments , savoir : le C u n d i n a m a r c a , le Cauca , l'Isthme , le Magdaléna , le Boyaca, Vénézuela, le Zulia , l'Orén o q u e , le M a t u r i n , l'Équateur, le Guayaquil et l'Assuay. Trente-sept provinces sont comprises dans ces di­ vers départements. L e nombre des villes s'élève à quatre-vingt-quinze, celui des villages à cent cinquantequatre, celui des paroisses ou hameaux à 2 , 1 8 6 . La superficie totale du pays est d'environ 8 3 0 , 0 0 0 milles carrés de soixante au degré. L a population ne s'élève qu'à 2 , 6 0 0 , 0 0 0 habitants, dont 5 5 0 , 0 0 0 blancs et 2 , 0 5 0 , 0 0 0 hommes de couleur ; dans ce dernier chiffre sont compris 1 1 0 , 0 0 0 esclaves. Les Indiens des llanos n'ont reçu encore qu'une demi-civilisation. Ils sont chrétiens, mais la religion n'a pas adouci leur férocité naturelle. Leurs occupations se bornent à la garde de nombreux t r o u p e a u x , ou à la chasse des chevaux sauvages et des bêtes fauves. L e u r adresse à manier le lasso est vraiment remarquable. Le lasso est une corde d'environ t r e n t e pieds de long , qui se bifurque à son 2

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e x t r é m i t é , et s'adapte à deux petites houles en fer. Lorsque le chasseur se trouve à portée de sa proie, il fait tournoyer au-dessus de sa tête le lasso, ployé en forme de g a n s e , et le lance avec la roideur d'une fronde : les boules volent, s'entre-croisent et vont s a i s i r , dans sa fuite , la victime que le llanero a choisie. Quelquefois, courant à cheval à la poursuite d'un taureau sauvage, il le saisit par la q u e u e , le soulève vigoureusement, le r e n v e r s e , et met pied à terre sans lâ­ cher prise. L e s habitants des llanos de l'Apuré o n t acquis une grande réputation de bravoure dans la guerre de l'indépen­ dance, sous le commandement de Paëz, le Murat de la Colombie. Ils combat­ t e n t toujours à cheval, avec des lan­ ces d'une excessive longueur, et ce n'est pas leur unique trait de ressem­ blance avec les Cosaques de la m e r Noire. L e u r s chevaux sont de petite taille , mais robustes , vifs et légers à la c o u r s e ; les llaneros les montent à n u , et n'ont eux-mêmes pour tout vê­ t e m e n t qu'un simple caleçon. Quand il c o u r t , la lance en a r r ê t , le llanero se couche h o r i z o n t a l e m e n t , la tête en a v a n t , s u r le dos de son cheval ; il se précipite s u r son ennemi avec la rapidité de la f o u d r e , le frappe, et achève sa carrière sans paraître m ê m e ébranlé par ce choc violent. L e s lanciers des plaines d'Apuré étaient devenus la t e r r e u r des soldats espagnols. U n fait historique servira à faire connaître leur férocité et leur ignorance. L ' u n d'eux avait combattu u n hussard du régiment de F e r d i ­ nand ; l'ayant t e r r a s s é , il l'emmena captif pour le présenter à Paëz : — E t p o u r q u o i , lui dit sévèrement ce général, as-tu transgressé mes ordres? N'ai-je pas prescrit de tout t u e r , et de ne faire aucun prisonnier? — C'est v r a i , général ! répondit naïvement le llanero : a u s s i , j e n'hésiterai jamais à verser le sang d'un guerrier ; mais j e n'ai pu m e résoudre à tremper mes m a i n s dans celui d'un capucin. Il parlait de bonne f o i , ayant pris le hussard pour u n capucin, à cause 2


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de ses grandes moustaches. Paëz rit beaucoup de cette simplicité , et fit grâce au prisonnier, qui entra à son service. On calcule que le nombre des In­ diens indépendants, qui errent dans les forêts et les montagnes, s'élève à deux cent mille. Les géographes in­ diquent sur leurs cartes lés noms de ces peuplades indigènes, dont chaque village f o r m e , en quelque s o r t e , une nation qui diffère de ses voisins les plus rapprochés, par ses u s a g e s , et surtout par son langage. A u s s i , nulle contrée dans le monde n'offre-t-elle une plus grande variété de langues dans un espace donné. Une grande partie du pays, occupée par ces Américains indigènes , est en­ core inconnue aux Européens, et ce n'est que par quelques traits généraux que nous pouvons essayer de faire connaître la physionomie de la popu­ lation indépendante de la Colombie. N o u s continuerons à donner à ces peuples le nom d'Indiens, qu'ils re­ çurent des premiers navigateurs eu­ ropéens, à l'époque où ceux-ci suppo­ saient que l'Amérique confinait aux Indes orientales. Les nations les plus considérables s o n t , dans les provinces méridionales le la Colombie, celles qui appartien­ nent à la famille péruvienne, les Mornas, les Chunancas, les Papagua, etc. ; dans le bassin de l'Orénoque, les Guagivos, les Caribes ou Caraïbes, les Ottomaques; les Salivas dans les Missions; les Meypures, les Cabres dans les plaines de S a n - J u a n ; les Goahiros vers le golfe de Maracaybo; les Cunacunas dans l'isthme de Pa­ nama , etc. Les missionnaires ont eu peu de succès chez ces peuples, na­ turellement enclins à la paresse et à l'ivrognerie : quelquefois ils sont par­ venus , à l'aide du tafia et des liqueurs fortes, à former le noyau d'une tribu civilisée; mais au premier jour de di­ sette chacun de ces néophytes retour­ nait à ses forêts et à la vie sauvage. Les Indiens ont la peau cuivrée, et ils la teignent en rouge avec le rocou ; il paraît même que c'est en cela que

consistent toutes leurs idées de pu­ deur. U n e jeune fille n'oserait sortir de son carbet si elle n'avait la peau enduite de rocou ; mais , au moyen de cette opération, elle ne craint plus de se montrer dans un état complet de nudité, car on ne peut donner le nom de vêtement à un petit tablier, à peine large de trois pouces, qu'elle attache sur ses hanches. Les hommes vont également dépourvus de toute espèce de vêtements. Ces sauvages sont généralement imberbes ; ils por­ tent les cheveux longs et pendants sur le c o u , mais coupés, sur le front, à la manière de nos enfants de chœur. La polygamie chez eux est en usage : un Indien prend autant de femmes qu'il peut en nourrir. Les cousines appar­ tiennent à leurs cousins par droit de naissance, et ceux-ci les épousent dans l'âge le plus tendre. Le mariage se conclut sans autre formalité qu'une réunion de parents et d'amis , où l'on chante, l'on boit et l'on danse pen­ dant plusieurs jours ; l'inceste d'ailleurs est chose assez commune parmi eux. Leurs carbets consistent en quelques fourches surmontées d'un toit de paille, sous lequel ils suspendent leurs hamacs; et là, le suprême bonheur d'un Indien est de se balancer dou­ cement et de fumer un cigare enve­ loppé de l'écorce odorante du courimari. Lorsqu'une femme indienne est ac­ couchée , son mari la remplace dans le hamac, où il demeure étendu pen­ dant trois j o u r s , se plaignant de grandes douleurs, et recevant les vi­ sites de ses v o i s i n s , pendant que la pauvre femme continue à vaquer aux soins du ménage. Le troisième j o u r , le prétendu malade lait ses relevailles et va à la chasse. Chez la plupart de ces sauvages, on trouve établie la coutume barbare d'aplatir le crâne aux enfants nou­ veau-nés. L'anthropophagie n'est pas commune à toutes ces peuplades, mais elle n'y est pas rare. Elle existe principalement chez les Guagivos, qui errent le long du Méta jusqu'à son confluent avec l'Orénoque. Cette


COLOMBIE. peuplade féroce désole les établisse­ ments colombiens, dont elle enlève les femmes, les enfants et les bes­ tiaux. Les Caraïbes du continent amé­ ricain ne sont point anthropophages comme ceux des Antilles : cette na­ tion fournit les hommes les plus ro­ bustes et les plus grands du globe, si l'on en excepte les Patagons. Elle faisait autrefois avec les Européens le commerce des esclaves. De tous les usages qui caractérisent les peuplades que nous venons de nommer, il n'en est pas peut-être de plus bizarre que celui qui distingue les Ottomaques, nation qui vit dans l'angle formé par l'Apuré et l'Orénoque, dans le haut de la province de San-Juan de los-llanos : les Otto­ maques mangent de l'argile, et même, pendant plusieurs mois de l'année, ils n'ont pas d'autre nourriture. La religion de ces peuples est une sorte de dualisme; c'est le combat perpétuel du bon et du mauvais prin­ cipe. Ils ont des p r ê t r e s , ou jongleurs, qui gardent les idoles. Sur les bords de l'Orénoque, ces idoles sont rem­ placées par le botuto, ou trompette sacrée. Il est défendu aux f e m m e s , sous peine de m o r t , de voir le botuto. Ils ont une grande terreur du mau­ vais principe, ou diable, qu'ils ap­ pellent yrocan; c'est a lui qu'ils at­ tribuent les grandes tempêtes, que nous n o m m o n s , par corruption, ouragans.

Nous ne parlerons ici ni des nègres, ni des mulâtres de la Colombie : leur physionomie générale et leurs mœurs trouvent plus naturellement leur place dans les articles qui traitent de l'A­ frique. Les Métis, produits du blanc et de l'Américain, sont des êtres gé­ néralement faibles. Il n'en est pas de même des Zambi, nés du nègre et de l'Américain. Le Zambo, d'un brun-noir cuivré, est r o b u s t e , mais féroce, voleur, et peu susceptible de civilisation. Les descendants des colons euro­ péens q u i , les p r e m i e r s , émigrèrent dans cette partie de l'Amérique, ont conservé les traditions de l'orgueil

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castillan , et ils y joignent l'indolence naturelle aux habitants des pays équatoriaux. Les Colombiens sont spiri­ tuels , braves , mais présomptueux ; ils ont une grande confiance dans la supériorité de leurs soldats sur les troupes européennes, et ils n'hésitent pas à mettre Bolivar au-dessus de Napoléon. L'éducation publique est fort dé­ fectueuse, et l'éducation particulière généralement assez négligée. On compte quatre universités : Q u i t o , Bogota, Caracas et Mérida. L ' a g r i c u l t u r e , si l'on en excepte quelques localités, et surtout les en­ virons de Valencia, est dans un état déplorable. Quant aux manufactures, elles y sont dans l'enfonce. Depuis le triomphe de l'indépen dance, l'esclavage a été aboli, mais seulement pour ceux qui ont porté les a r m e s , ou qui peuvent payer 2 0 0 dollars (environ 1000 francs). Les hommes ont conservé le cos­ tume espagnol, c'est-à-dire l'habit eu­ ropéen, couvert du manteau castillan, sur lequel figure souvent une riche broderie. Les dames de la plaine ont modifié, assez maladroitement, l'élé­ gant costume des Andalouses par ce­ lui des Anglaises; elles ne sont r e ­ marquables que par leur petit chapeau de paille à bords retroussés, semblable en tout à un chapeau d'homme, mais orné de rubans et de fleurs. (Voy. la pl. 8 , n ° 6 . ) Le costume des dames de la Cor­ dillère est plus pittoresque; il a , du m o i n s , quelque chose de local qui plaît aux étrangers : il consiste en une jupe de soie noire, où la taille est indiquée sur les hanches plutôt qu'elle n'y est serrée. La tête est recouverte d'une sorte de mantille triangulaire en drap bleu, qui redescend jusqu'à la ceinture, et couvre les bras ordinai­ rement nus. A l'imitation de l'usage espagnol, ce vêtement cache la pres­ que totalité du visage, et ne laisse voir que le nez et les yeux, à moins qu'une heureuse maladresse, quelque­ fois provoquée par la coquetterie, ne la fasse s'entr'ouvrir plus que la 2.


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L'UNIVERS.

bienséance ne le comporte. Sur cette mantille est posé un chapeau de feutre à larges bords, semblable à peu près à celui des paysannes de la Provence. Les Colombiens sont sujets à de graves maladies. D e bonne heure ils commencent à se plaindre de douleurs rhumatismales; mais leurs véritables fléaux sont la fièvre jaune, la dyssenterie, le vomissement noir, et surtout la lèpre, el mal de la elefancia. La lèpre passe, en ce pays, pour une ma­ ladie incurable; aussi, à peine un in­ dividu en est-il atteint, qu'on l'ar­ rache à sa famille, quelque riche ou considérable qu'elle soit, pour le jeter dans un hospice spécial, appelé Léproserie , et là, privé de toute com­ munication avec l'extérieur, aban­ donné à la brutalité d'un impatient mercenaire , le malheureux se voit perdu sans ressource; le désespoir s'empare de lui, son mal redouble, et il succombe victime de l'ignorance et des préjugés de son pays. Parmi les léproseries les plus re­ nommées , c'est-à-dire parmi les bou­ cheries les mieux approvisionnées, il faut compter celles de Carthagène. Il nous reste à ajouter que, dans un grand nombre de localités de la Co­ lombie , les individus de l'un et de l'autre sexe sont sujets à la difformité connue sous le nom de goître. Les étrangers eux-mêmes, après quelque temps de séjour, n'en demeurent pas exempts. Les mœurs espagnoles se retrouvent fidèlement copiées en tout ce qui con­ cerne les pratiques extérieures de la religion. Le nombre des couvents de l'un et de l'autre sexe, les règles un peu relâchées de ces établissements, les allures mondaines des moines et des n o n e s , leurs écarts publics, tout y rappelle la métropole. Le costume des ecclésiastiques consiste habituelle­ ment en une robe noire, couverte du manteau espagnol, et en un chapeau à larges bords, orné de cordons et de glands. (Voy. la pl. 8 , n° 1.) B O G O T A n'est pas la ville la plus peuplée de la Colombie, mais elle en est la capitale, e t , à ce titre, elle

mérite la première mention. Sa population est d'environ 3 5 , 0 0 0 âmes. Les Espagnols la nommèrent Santa-Fé; les Colombiens l'appellent Bogota, et les cartographes lui donnent le nom de Santa-Fé-di-Bogota, o u , encore, Santa-Fé-di-Colombia. Le climat y est excessivement plu­ vieux ; et les tremblements de terre y sont si fréquents, qu'on en reconnaît les traces sur tous les édifices. On remarque la cathédrale, bâtie en 1 8 1 4 , quelques places publiques ornées de fontaines, le palais du sé­ nat , le musée d'histoire naturelle, et plusieurs couvents. Il y a un théâtre, un hôtel des monnaies, une univer­ sité, une école de médecine, une bi­ bliothèque, un observatoire, un jardin botanique et une académie. C'est dans les environs de Bogota, près de Fusagusa , que se trouvent les deux ponts naturels d'Incononzo : ce sont de grands rochers tombés au-dessus du torrent de la Summa-Paz, de ma­ nière à se soutenir mutuellement. Le plus élevé de ces ponts forme une arche d'environ 5 0 pieds de longueur, sur 4 0 de largeur. ( Voy. la pl. 3 . ) Parmi les sables que charrient les eaux descendues de la Cordillère, on trouve souvent des paillettes d'or, des pyrites ferrugineuses et des émeraudes. Quelques esclaves, dressés à ce travail, lavent ces sables pour en retirer les matières précieuses; et on a remarqué que les nègres étaient les plus habiles en ce genre d'occupation. Le Cundinamarca, dont Bogota est la principale ville, fournit les plus riches lavages d'or de la Colombie. C'est aussi dans ces mêmes locali­ t é s , près du village de Muzo, que se trouve une des plus riches mines d'émeraudes connues : on les appelle à tort émeraudes du Pérou; et c'est sous ce nom qu'on les expédie en Europe et même dans l'Orient. A Mariquita, dans la même pro­ vince , on voit des mines d'or et d'ar­ gent exploitées par une compagnie de capitalistes anglais. Ces insulaires ont le monopole de l'exploitation des mines de la Colombie; mais, jusqu'à pré-


COLOMBIE. sent, ils ont perdu leurs capitaux à ce genre d'industrie, il en a été de même de leurs premières opérations commerciales avec ces nouvelles ré­ publiques. Les guerres civiles, le peu de confiance dans la stabilité des in­ stitutions , et le défaut de connais­ sances locales, ont fait regretter amè­ rement aux Anglais la précipitation de leurs premières spéculations. Ainsi, on peut tirer de ce fait cette conclu­ sion , que les chambres de commerce de nos grandes villes s'étaient trop hâtées de reprocher au gouvernement français la lenteur qu'il mettait à éta­ blir des relations officielles avec les nou­ velles républiques de l'Amérique du sud. Sans doute cette lenteur pouvait tenir à des considérations politiques susceptibles d'être combattues sous d'autres rapports; mais il nous sera permis de dire que les résultats ma­ tériels, les seuls, à vrai d i r e , que se propose le commerce, ont justifié cette conduite, en préservant nos spécula­ teurs des pertes énormes que les An­ glais ont éprouvées. Enfin, c'est encore dans le Cundinamarca que l'on trouve l'usage sin­ gulier, et on pourrait dire b a r b a r e , de voyager à dos d'homme, comme ailleurs on voyage à dos de mulet. Les malheureux cargueros qui ser­ vent de monture à des voyageurs peu philanthropes, sont, pour la plupart, Indiens ou Métis. Vêtus légèrement, et armés d'un long b â t o n , ils voya­ gent pendant plusieurs jours consé­ cutifs , exposés à l'inclémence de la t e m p é r a t u r e , à travers un pays ro­ cailleux et bouleversé, portant sur leurs épaules un fardeau qui s'élève à huit arrobes ( environ 1 0 0 kilo­ grammes ). Deux courroies qui leur ceignent les épaules supportent une chaise sur laquelle le voyageur s'as­ sied , armé d'un large parasol ; et quand il trouve que sa monture va trop lentement, ou n'a pas le pied assez s û r , ni le t r o t assez doux, il ne craint pas de lui cingler un coup de cravache, ou de lui promener ses éperons sur le flanc ! ! ! ( Voy. la pl. 8 , n° 4 . )

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Cet usage déplorable est d'autant plus difficile à justifier, que le Cundinamarca fournit d'excellents mulets. Ces intelligents animaux ont le pied tellement s û r , que le voyageur n'a rien de mieux à faire, dans les pas­ sages périlleux , que de s'en rapporter à eux; il courrait même de grands dangers si la vue des précipices l'é­ pouvantait au point de vouloir con­ trarier la volonté de sa m o n t u r e . Sur la route de Honda à Bogota, les mau­ vais pas exercent à chaque instant la patience de l'homme et l'adresse des mulets. Tantôt ces courageux animaux gravissent ou descendent de roides escaliers taillés dans le roc ; tantôt ils s'avancent avec précaution sur le talus d'un rocher qui surplombe un affreux précipice ; ils y ramassent prudemment leurs quatre pieds, et s'élancent s u r la rive opposée, à la grande satisfac­ tion du cavalier, que la terreur a fait pâlir. (Voy. la pl. 6.) Nous ne quitterons pas la province de Bogota sans dire quelques mots des paysans du plateau. Ces I n d i e n s , à demi civilisés, n ' o n t , pour la p l u p a r t , d'autre vêtement qu'une sorte de man­ teau de drap qui leur couvre la t ê t e , se serre autour du cou et descend j u s ­ qu'à l'orteil. Les deux sexes posent sur ce vêtement un petit chapeau de paille, ou de feutre. Les hommes ont le menton garni d'une touffe de barbe assez semblable à celle des boucs ; leurs y e u x , petits et bridés comme ceux des Chinois, leur donnent un air de ressemblance avec ce dernier peu­ ple. Ils sont assez bons cultivateurs, et moins indolents que leurs compa­ triotes des basses régions. (Voy. la pl. 8 , n° 3.) QUITO , capitale du département de l'Equateur, e t , a u j o u r d ' h u i , de la r é ­ publique de ce n o m , est la ville la plus considérable de la Colombie, sa popu­ lation s'élevant au double de celle de Bogota. Quatre rues seulement y sont pavées ; les autres sont tortueuses et obscures. Cependant on y remarque quelques beaux édifices, des églises fort r i c h e s , des manufactures d'étoffes, de c o t o n , de lin et de flanelle ,


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L'UNIVERS.

une bibliothèque publique, une école normale et une université renommée. L'église des jésuites est d'une grande beauté : chacun des piliers qui en dé­ corent la façade est formé d'un seul bloc de pierre blanche, et n'a pas moins de trente pieds de haut. L'ar­ chitecte y a adopté l'ordre corinthien. Quito a acquis, en France, quel­ que célébrité par le séjour qu'y ont fait, en 1736, les académiciens en­ voyés par l'Académie des sciences de Paris pour mesurer un degré du mé­ ridien. Ces intrépides géomètres éle­ vèrent la croix qui devait leur servir de signal sur l'une descimes du Pichincha. Les environs de cette ville sont in­ téressants par la présence de plusieurs volcans, dont le moins élevé surpasse l'Etna de près de mille toises. A leur tête figure le formidable Cotopaxi, dont les flammes se sont élancées quel­ quefois à la hauteur prodigieuse de trois mille pieds au-dessus du cratère. En 1 7 4 8 , ses détonations portèrent la terreur jusqu'à Honda , c'est-à-dire à une distance de deux cents lieues. Vingt années après il vomit une telle quantité de cendres , que les habitants (les villes voisines durent se pourvoir de lanternes pour circuler dans les rues jusqu'à trois heures de l'après-midi. La cime majestueuse de l'Ilinissa est célèbre , dans cette même région, pour avoir été mesurée, à l'aide du baromètre, par Bouguer. Nous mentionnerons encore le volcan d'Antisana, la plus élevée de toutes les montagnes ignivomes du globe. Sur les flancs de ce volcan se trouve la métairie dite d'Antisana ; ce lieu habitable et habité est situé a environ douze mille pieds au-dessus du niveau de la mer. C A R A C A S est la capitale de la répu­ blique de Vénézuela. Sa population est , dit-on , de quarante-cinq mille ames. Elle est bâtie dans une vallée pittoresque , où quatre ruisseaux lim­ pides viennent lui porter le tribut de leurs ondes ; mais les hommes et les élé­ ments se sont conjurés pour anéantir les sources de sa propérité. U n affreux tremblement de terre la ruina en 1 8 1 2 ;

et les armées belligérantes se donnè­ rent dans ses murs plus d'un rendezv o u s , dont elle conservera long-temps les traces déplorables. Le commerce de Caracas est assez considérable ; il se fait par le port de la Guayra, petite ville de quatre mille ames. C A R T H A G È N E , première place forte de la Nouvelle-Grenade, est la station ordinaire de l'escadre colombienne. Les trois républiques peuvent armer quinze à vingt bâtiments de guerre, dont deux vaisseaux et trois frégates. Le commerce de Carthagène est assez étendu, c'est l'entrepôt de Pa­ nama. On y compte dix-huit mille habitants, dont la majeure partie se compose d'hommes de couleur, popu­ lation paresseuse, et cependant vive et emportée. Les blancs , ou ceux qui en prennent la dénomination , sont plus calmes et non moins ennemis du travail. Les femmes de couleur à Car­ thagène sont généralement grandes et bien faites ; les Indiennes elles-mêmes ne manquent pas d'agréments. Carthagène, que ses rues étroites et sombres, ses longues galeries , font ressembler à un cloître, possède une fontaine dont l'eau est passablement bonne. Cette ville a beaucoup souffert pendant la guerre de l'indépendance. C'est, d'ailleurs, un séjour malsain, où la fièvre jaune exerce souvent d'affreux ravages ; mais , pendant les grandes chaleurs, les étrangers et les principaux habitants se retirent à Turbaco, village indien, éloigné seu­ lement de quelques lieues. Turbaco est remarquable par ses volcans d'air. D e sourdes détonations, qui se succèdent à peu d'intervalles, donnent lieu à une éruption d'air et quelquefois à une éjection boueuse qui se dégage d'une série de petits cônes appelés dans le pays volcancitos. ( Voy. la pl. 2. ) La population de Panama, chef-lieu du département de l'Isthme, s'élève à dix mille ames. Cette ville recevait autrefois les métaux précieux que le Pérou destinait à l'Europe. Elle est encore célèbre par le projet de jonction


COLUMBIEN,

COLOMBIE ,


GUYANES. des deux Océans, et par le congrès qui s'y tint en 1826. | Le département de l'Isthme est gé­ néralement malsain. On y voit sur­ tout la petite ville de Portobello , sur­ nommée le tombeau des Européens. Maracaybo est une jolie et impor­ tante ville de 18 à 20 mille habitants, sur les bords du lac de ce n o m . Après ces villes, nous signalerons Cuença, dont les environs possèdent le redoutable paramo d'Assuay, ja­ lonné par les cadavres des voyageurs que les tempêtes annuelles y font pé­ r i r ; Cumana, ville de g u e r r e ; Guayaquil, remarquable par son chantier et son arsenal ; Popayan , flanqué par les grands volcans de Puracé et de Sofara ; Tunja , ancienne capitale des Muyscas ; Valencia, sur les bords pit­ toresques et salubres du lac Tacarigua ou Valencia; Loxa, qu'entourent de vastes forêts de quinquina ( cascarilla de Loxa) ; P a s t o , bâti au centre d'une ceinture de volcans et de soufrières ; P a m p l o n a , A n g o s t u r a , Quibdo et Mompox, qui ne sont pas moins dignes d'appeler l'attention du voyageur. Dans les vastes solitudes de l'Assuay, à quelques milles d e San-Jaen de Bracamoros, on trouve sur le ver­ sant de la Cordillère, dans le paramo de Chulucanas, les ruines d'une an­ cienne ville de ce n o m , remarquable par l'alignement de ses rues et la beauté de ses édifices. L a Colombie, telle qu'elle existait sous la domination espagnole, con­ sommait annuellement pour environ quinze millions de piastres ( de 5 tr. ) en marchandises étrangères. L'hôtel des monnaies de Bogota donne an­ nuellement un million cinq cent mille piastres; celui de Popayan un million. Les articles d'exportation consistent en métaux, pierres précieuses, cacao, s u c r e , café, tabac, coton, c u i r s , quinquina, bois de t e i n t u r e , indigo, f o u r r u r e s , etc. Malgré les savantes recherches des H u m b o l d t , des Mollien, des Thomp­ son , des Rengger et des Longchamp, la statistique commerciale de ce pays est peu connue : on ne pourrait pré­

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senter à ce sujet que des conjectures hasardées. Il est p é n i b l e , en terminant cette n o t i c e , d'avoir à émettre l'opinion que la Colombie, déchirée par une longue révolution , nourrissant s u r s o n sein une population composée des élé­ ments les plus hétérogènes, sera long­ temps encore bouleversée par les fléaux de la guerre et de la discorde. La civili­ s a t i o n , les sciences et les lettres ne sauraient recevoir aucun développe­ m e n t sous l'empire des circonstances fâcheuses qui pèsent encore sur ce beau et malheureux pays. GUYANES.

L a contrée comprise sous ce nom est une vaste portion du continent américain méridional. Ses limites na­ turelles sont : à l'est, l'Océan atlanti­ que ; au nord et au s u d , deux des plus grands fleuves du m o n d e , l'Orénoque et l'Amazone; à l'ouest, sa profon­ deur est indéterminée. En 1535, Diégo de Ortaz entreprit, le premier, d'entrer dans les bouches de l'Orénoque. Son zèle n'eut pas le sort qu'il méritait ; mais il ne renonça à son entreprise qu'après avoir perdu la majeure partie de ses vaisseaux et de ses compagnons. Ce désastre ne le rebuta pas, e t , dans un second voyage, il parvint à remonter le fleuve jusqu'à la rivière Méla. Vers cette même époque, Quésada, gouverneur de la Nouvelle-Grenade , envoya Antoine P e r r e o dans la Guyane. Cette expédition fut plus funeste en­ core que les précédentes. Les précau­ tions étaient si mal prises, ou les dan­ gers si formidables, que Perreo et ses gens y succombèrent tous. Gonzalès P i z a r r e , frère du fameux conquérant du P é r o u , séduit par les récits merveilleux qu'on lui faisait de l'El-dorado, se mit en tête de conqué­ r i r cette contrée fabuleuse ( nous en avons parlé à l'article Colombie). Il chargea de vivres et de provisions de t o u t e nature un léger brigantin qui naviguait sur une rivière que nous croyons être le Rio-Napo, et lui-même


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se mit en r o u t e par la Cordillère, suivi de 400 Espagnols et de 4000 I n d i e n s . L e navire étant entré dans un fleuve qui le conduisit loin de l'expédition, le commandant résolut d'abandonner P i z a r r e . Il se trouvait sur l ' A m a z o n e , qu'il descendit jusqu'à son embou­ c h u r e , d'où il fit voile pour l'Espagne. Privé de cet i m p o r t a n t s e c o u r s , P i z a r r e se trouva dans le dénûment le plus complet : ses c o m p a g n o n s , acca­ blés de lassitude, cédant à l'excès des souffrances et des b e s o i n s , menacè­ r e n t de se révolter. Force fut au chef de leur céder ; il opéra sa retraite et r e t o u r n a à Quito. P e u de temps après cet é v é n e m e n t , Diego de O r t a z , revenu avec des let­ t r e s de c o m m a n d e m e n t octroyées par Charles-Quint, fonda la ville de SaintThomas. Les Français commencèrent à visi­ t e r la Guyane dans les premières an­ nées qui suivirent la découverte de l'Amérique. Ils n'y étaient pas attirés par l'espoir d'en r e t i r e r de riches mé­ t a u x , mais par celui d'y fonder des établissements de commerce pour l'é­ change des marchandises ; ils en t i ­ raient n o t a m m e n t des bois de tein­ t u r e . En 1555, le chevalier de Villegag n o n , i m b u des opinions de C a l v i n , conçut le projet d'y établir une colonie de p r o t e s t a n t s ; mais il lui fallut user de ruse pour obtenir de H e n r i I I les secours dont il avait un besoin in­ dispensable. Ce p r i n c e , croyant agir dans l'intérêt d'une spéculation com­ merciale utile à la F r a n c e , accorda à Villegagnon trois vaisseaux bien équipés. L'aventureux calviniste se di­ rigea vers le Brésil, où les Portugais le reçurent hostilement, et le contrai­ gnirent à fuir dans la Guyane avec les débris de son expédition. E n 1624, une société de marchands qui faisaient le commerce des bois de t e i n t u r e , s'organisa à R o u e n , et en­ voya dans la Guvane une colonie d'a­ griculteurs qui s'établit sur les bords du Sinnamary, où elle prospéra mal. Mais il se forma bientôt après une nouvelle société, qui obtint des lettres patentes de Louis X I I I , pour faire à

elle seule le commerce de la Guyane, depuis l'Orénoque jusqu'à l'Amazone; elle prit le titre de Compagnie de la France équinoxiale. Les nouveaux co­ lons vinrent s'établir dans l'île de Cayenne; et nous dirons ici qu'il ne faut pas entendre par ce nom une terre qu'un bras de mer sépare du continent, mais seulement une partie du continent lui-même , enveloppée par les embranchements de la rivière Cayenne à son embouchure. Ils fon­ dèrent en outre un établissement sur les bords de la rivière Surinam. A cette époque, deux nations indi­ gènes de cette partie de la Guyane, les Caraïbes et les Galibis, se faisaient la guerre. Les Français, au lieu d'ob­ server une prudente neutralité, pri­ rent parti pour les Galibis, et en cela ils furent d'autant plus mal inspirés, que leurs alliés eurent le dessous; aussi se trouvèrent-ils enveloppés dans la vengeance des vainqueurs. Contraints à se réfugier dans l'intérieur des terres, ils furent assez heureux pour trouver une généreuse hospitalité chez les dé­ bris de leurs alliés vaincus. En 1643, une compagnie se forma de nouveau à R o u e n , sous les auspi­ ces de Poncet de Brétigny, devenu fameux par son ineptie et sa cruauté. Dirigée par un tel h o m m e , elle eut le sort qu'on aurait pu lui prédire : elle fut anéantie, et Brétigny mas­ sacré par les Indiens. Tant de désastres ne refroidirent pas le zèle des spéculateurs : une quatrième société s'organisa à Rouen, et prit éga­ lement le nom de Compagnie de la France équinoxiale. A sa tête figu­ raient l'abbé de Marivaux, docteur de Sorbonne, entraîné par son zèle pour la conversion des Indiens, Boiville, gentilhomme normand , qui devait avoir le commandement militaire de l'expédition , Levendangeur, et Laboulaie , intendant de la marine. Boi­ ville fut assassiné avant son arrivée à Cayenne; car, à peine sortis du port, les colons s'aperçurent que la discorde s'était embarquée avec eux et mena­ çait d'une ruine certaine leurs futurs établissements.


GUYANES. Après une alternative de bons et de mauvais succès dans la guerre que les nouveaux venus eurent à soutenir contre les naturels, ils défrichèrent tout le tour de la montagne du Cép e r o n , et y plantèrent des patates et du manioc, mais la colonie succomba bientôt sous les nouveaux revers qui vinrent l'assaillir. Cependant les Anglais, apprennant que les Français avaient évacué leur établissement de Surinam, y envoyè­ rent une colonie; les Hollandais la leur enlevèrent en 1 6 6 6 , et s'y établi­ rent définitivement par suite du traité de 1 6 6 8 . Là s'éleva la ville de Para­ maribo, devenue, peu après, la plus considérable de toute la Guyane. En voyant l'Espagne, la F r a n c e , la Hollande et l'Angleterre se disputer les nouvelles possessions américaines, les Portugais voulurent prendre part à ce banquet européen. En 1654 et an­ nées suivantes, ils établissent leur do­ mination sur les bords de l'Amazone. En 1713, la France leur cède, par le traité d'Utrecht, la partie méridionale de la Guyane située aux environs du cap Nord et du fleuve des Amazones. Posté­ rieurement à cette époque, ils tentent diverses incursions dans la partie fran­ çaise, et, n o t a m m e n t , en 1 7 2 3 , où ils plantèrent sur les bords de l'Oyapock un poteau surmonté des armes portugaises ; mais les Français accou­ r u r e n t aussitôt, renversèrent le poteau et foulèrent sous leurs pieds les armes du roi de Portugal. Colbert conçoit le plan d'une nou­ velle compagnie de la France équinoxiale, et Louis X I V goûte ce projet. Lefebvre de La Barre, ex-intendant du Bourbonnais, homme d'une grande capacité, se rend à Cayenne, suivi de 1200 cultivateurs et d'une force militaire imposante. Il chasse du pays les Hollandais qui s'y étaient établis sur les débris de nos établissements ; traite avec les Indiens, et commence la colonisation sous les plus favorables auspices. Bientôt, cependant, elle su­ bit les revers les plus fâcheux : la com­ pagnie de la France équinoxiale est réunie à celle des Indes occidentales,

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ce qui nécessite le rappel de Lefebvre de La Barre. Les Anglais et les Hol­ landais nous enlevèrent nos établisse­ ments , par le droit de la g u e r r e , et ce n'est qu'en 1674 que le vice-amiral, depuis maréchal d'Estrées, les fit ren­ t r e r en notre pouvoir. Depuis cette époque, le gouvernement français n'a Cessé de faire des efforts, plus où moins heureux, pour coloniser la Guyane. A l'exemple des Espagnols et des Portu­ gais, il fit venir, des côtes d'Afrique, des cargaisons de nègres , dans la per­ suasion que ces esclaves supporte­ raient mieux que les Européens l'in­ fluence de ce climat équatorial. Le récit des atrocités commises sur ces infor­ tunés a été si souvent présenté, qu'il serait superflu de le reproduire ici ; nous nous bornerons à dire que quel­ ques-uns de ces enfants de l'Afrique, échappés à la vigilance de leurs bour­ reaux , se retirèrent dans les forêts de la Guyane-Hollandaise, et parvin­ rent à former, dès l'année 1 7 6 6 , une république dite des Nègres-Marrons, dont il a fallu plus tard reconnaître l'indépendance. En 1763, la France y dirigea une expédition, devenue célèbre par le nombre des immigrants et par sa fu­ neste issue. Elle se composait en grande partie de Suisses et d'Alsa­ ciens, presque tous cultivateurs, mais dépourvus des instruments d'agricul­ ture les plus indispensables. Le gou­ verneur Turgot et l'intendant Chanvalon étaient chargés de la direction de cette importante entreprise. La mésintelligence , née de la jalousie , se mit bientôt entre e u x , et ce fut la première origine des revers qui al­ laient assaillir les colons. Ceux-ci, fatigués d'une longue t r a v e r s é e , échauffés par la mauvaise nourriture du vaisseau, furent jetés et abandon­ nés sur les sables de K o u r o u , sans abri contre la chaleur du jour et la fraîcheur des nuits. L a mauvaise qua­ lité des farines et de la viande qui leur furent distribuées, les piqûres des moustiques, la nostalgie, les maladies épidémiques et le désespoir eurent bientôt exterminé ces infortunés. Les


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derniers d'entre eux furent réduits à se nourrir de gros rats qu'ils achetaient jusqu'à trois francs pièce. Ils périrent t o u s , au nombre de 14,000! Turgot laissa un souvenir de lui à Cayenne ; il avait fait préparer un cimetière que les colons appellent encore aujour­ d'hui Jardin Turgot. Nous voici parvenus à l'époque la plus désastreuse de l'histoire guyannaise. La métropole, bouleversée par la grande révolution de 1789, était alors en proie aux factions intestines. Au d e h o r s , nos armées marchaient de triomphe en triomphe, et couvraient ainsi du manteau de la gloire les mi­ sères de la patrie ; mais la discorde et la jalousie siégeaient dans les conseils des chefs de la n a t i o n , et le peuple inconstant foulait aujourd'hui sous ses pieds ceux que la veille il avait portés au pouvoir. Depuis quelque t e m p s , il est v r a i , la guillotine n'était plus en permanence sur les places pu­ bliques, mais l'ère de la proscription avait commencé pour la malheureuse France. Cayenne fut désignée pour servir à la déportation de ceux que la mère patrie expulsait de son sein ; les déserts de la Guyane se peuplèrent momentanément de nobles et de prê­ tres déportés, ou d'hommes d'état devenus suspects aux dépositaires de l'autorité. Le monde entier a connu leurs souffrances. La plupart y péri­ r e n t . Mais la Providence ne permit pas que les arrêts de la déportation vinssent frapper les seuls innocents. D'odieuses victimes figurent aussi sur cette liste de mort : on y remarque Billaud-Varennes, et surtout l'infame Collot-d'Herbois. Ce monstre , qui avait contracté l'usage des liqueurs fortes pour exalter son imagination et s'enhardir au c r i m e , arrivé au terme de son exil, continua, sans avoir égard à l'influence du climat, à se livrer à tous les excès de la débauche et de l'in­ tempérance. Bientôt il tomba dange­ reusement malade, et une lièvre in­ flammatoire lui donna le délire. Une n u i t , se sentant dévoré par une soif a r d e n t e , il appelle le nègre chargé de le veiller. Celui-ci, à moitié

e n d o r m i , lui présente une bouteille d'eau-de-vie que le malade avale tout d'un trait. Son corps devint rouce et brûlant. On v o u l u t , d'après l'a­ vis des médecins, le transporter surle-champ à Cayenne, mais il y avait six lieues de m a r c h e , et il fallut faire intervenir la force armée pour con­ traindre les nègres à se charger de lui. Ces esclaves disaient, dans leur jar­ gon, qu'ils ne voulaient pas porter ce­ lui qui avait assassiné Dieu et les hommes. A Cayenne, Collot ayant dit au chirurgien Guisouf qui se trouvait auprès de lui, qu'il avait la fièvre et une sueur brûlante : Je le crois bien, répondit celui-ci, vous suez le crime. Collot se retourna et fondit en larmes. I! appelait, dit un témoin oculaire, la Vierge et Dieu à son secours. Le 7 juin 1796, abandonné des hommes et de D i e u , il vomit son ame impure avec des flots d'écume et de sang. Cependant une conspiration roya­ liste s'organisait sourdement en Franco, e t , chose r e m a r q u a b l e , elle trouvait des partisans dans les trois pouvoirs qui réglaient alors les destinées de la république : le conseil des anciens, celui des cinq-cents, et même le di­ rectoire ! o u , p e u t - ê t r e , est-il plus raisonnable de penser que la dissen­ sion s'étant introduite parmi les di­ r e c t e u r s , les membres les plus in­ fluents d'entre ceux-ci, B a r r a s , Larévellière-Lépeaux et Rewbell, furent heureux de trouver un prétexte pour se débarrasser de deux collègues qui leur portaient ombrage : Barthélémy et Carnot. Le général Pichegru était désigné comme l'ame du complot; il correspondait, disait-on, avec le prince de Condé. On ajoutait qu'Imbert-Colomès était le trésorier de Louis XVIII ; enfin, Lavilleheurnois et Brottier pas­ saient pour les agents secrets de la faction royaliste. Un coup d'état pouvait seul sauver la patrie en d a n g e r , et c'est la majo­ rité du directoire qui se chargea de ce soin : l'armée lui prêta son appui, et le général Augereau exécuta luimême l'arrestation de Pichegru. Le directeur Barthélémy fut pris chez


GUYANES. l u i , mais Carnot parvint à se sauver. Le lendemain, Boulay de la Meurthe déclara au conseil des anciens que désormais la déportation devait être le grand moyen de salut pour la r é ­ publique : « C'est par l à , d i t - i l , que « nous viendrons à bout de nous dé­ « barrasser des émigrés et des prêtres « qui ne veulent pas du régime de la « liberté. » A la suite de ce r a p p o r t , le conseil des anciens prit plusieurs résolutions, dont la seule qui doive nous occuper ici est celle qui con­ damnait à la déportation plus de soixante c o n s p i r a t e u r s , vrais ou sup­ posés , parmi lesquels on voit figurer le général P i c h e g r u , président du conseil des c i n q - c e n t s , M. de BarbéMarbois , député de la Moselle, le général W i l l o t , Boissy-d'Anglas, Bour­ don de l'Oise, R a m e l , commandant de la garde du directoire, ViennotVaublanc, P a s t o r e t , Siméon , Villaret.Toyeuse, T r o n ç o n - D u c o u d r a y , F o n t a n e s , Madier, Quatremère-de-Quincy, C a r n o t , Barthélémy, Portalis, I m b e r t Colomès, Camille J o r d a n , J o u r d a n des B o u c h e s - d u - R h ô n e , S u a r d , L a H a r p e , etc. Cette réaction est connue, dans nos fastes révolutionnaires, sous le nom de journée du 18 fructidor an Y ( 4 septembre 1797). Plusieurs de ces proscrits échap­ pèrent à la d é p o r t a t i o n , quelques-uns par le crédit de leurs a m i s , les autres par une prompte fuite : de ce nombre turent Boissy-d'Anglas, C a r n o t , P a s ­ toret , Siméon , Vaublanc , Villaret, L a Harpe, etc. Ceux qui ne purent se soustraire à l'arrêt fatal furent con­ duits à Rochefort et jetés à bord de la frégate la Vaillante, qui mit à la voile le 10 n o v e m b r e , se dirigeant vers Cayenne. La traversée dura 48 j o u r s , pendant lesquels les malheureux d é p o r t é s , entassés dans un entrepont f é t i d e , privés d'air et de lumière , n ' a y a n t , pour se n o u r r i r , que des ali­ ments malsains et peu abondants-, con­ tractèrent le germe des maladies qui devaient bientôt les décimer. Enfin , ils abordèrent à C a y e n n e , comme sur une terre promise, heureux d'échapper

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à ce navire m a u d i t , où ils avaient t a n t souffert. E t , en effet, l'accueil qu'ils reçurent d'abord de l'agent de la colonie, J e a n n e t , sembla leur p r o ­ m e t t r e quelque adoucissement à leurs m a u x ; mais cette illusion ne devait pas être de longue durée. Conduits à S i n n a m a r y , ils y trouvèrent les mêmes misères qui avaient assailli la colonie Turgot. Soumis à de rudes travaux sous un ciel d'airain, mal vêtus et mal n o u r r i s , ces infortunés furent r é d u i t s , en peu de j o u r s , à l'état le plus déplorable. Tronçon-Ducoudray, Bourdon de l'Oise, M u r i n a i s , Lavilleh e u r n o i s , Rovère , Brottier et vingt a u t r e s , ne purent résister à l'excès de la misère et du désespoir ; ils mou­ r u r e n t , les yeux t o u r n é s vers l'Eu­ rope , vers la F r a n c e . M a i s , hélas ! nul écho ne porta leur voix m o u r a n t e aux rivages de la p a t r i e , et leur der­ nier cri de détresse s'éteignit dans les solitudes muettes de K o u r o u et de Sinnamary. A l o r s , puisant une nouvelle énergie dans l'excès même de la m i s è r e , huit déportés tentèrent de s'évader. Dans la nuit du 3 au 4 juin 1 7 9 8 , Piche­ g r u , Barthélémy, Willot, Ramel, D e l a r u e , Dossonville, Aubry et Tellier se jetèrent dans une étroite pi­ r o g u e , o ù , sous la conduite d'un m a ­ telot américain, sans boussole, sans c a r t e s , et à peu près sans provisions, ils luttèrent pendant sept j o u r s et sept nuits contre tous les dangers d'une mer o r a g e u s e , sur une côte bordée de récifs. E n f i n , ils débarquèrent à la Guyane-Hollandaise, dont le gouver­ neur les accueillit avec une extrême bienveillance, leur prodigua les soins de l'hospitalité , et leur fournit les moyens de passer en Angleterre. M. de Barbé-Marbois, demeuré à Sinnamary avec ceux de ses compa­ gnons d'infortune qui avaient échappé à la m o r t , fut compris dans l'arrêté des consuls du 5 nivôse an V I I I , qui permit à un grand nombre de déportés politiques de r e n t r e r en F r a n c e . En 1 8 0 9 , les Hollandais s'empa­ rèrent de la Guyane-Française. L e sort des armes la fit tomber au pou-


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L'UNIVERS.

voir des P o r t u g a i s . Elle nous fut rendue en 1814. Nous y avons fait, depuis cette épo­ q u e , de nombreux essais de colonisa­ tion. Tantôt c'est un plan de colonie m i l i t a i r e , tantôt c'en est un de co­ lonie agricole : on veut faire de la Guyane u n arsenal d'approvisionne­ ment pour les bois de construction ; plus tard on abandonne cette i d é e ; on songe alors à dessécher les m a r a i s , à ouvrir les forêts ; mais bientôt on se r e b u t e , et on envoie un nouveau gou­ v e r n e u r , avec l'ordre de s o u m e t t r e u n nouveau projet. En 1820 on y intro­ duisit une colonie de Malais, m a i s tous y succombèrent. Tant de fluctuations entretiennent les misères de la colonie, et donnent beau jeu aux adversaires de la colo­ nisation , quelque peu fondées que soient leurs préventions. On a v u , par ce qui précède , que cinq nations européennes se sont dis­ puté le sol de la Guyane : ce sont les Espagnols, les P o r t u g a i s , les F r a n ­ ç a i s , les Hollandais et les Anglais. Après bien du sang inutilement r é panda , ces puissances ont fait ce qu'elles auraient pu exécuter depuis l o n g - t e m p s ; elles se sont partagé le territoire contesté. La Guyane - E s ­ pagnole a é t é , d e p u i s , enlevée à la métropole et annexée à la Colombie ; la partie portugaise a été réunie à l'empire du Brésil : nous n'avons donc à nous occuper ni de l ' u n e , ni de l'autre. La Guyane-Anglaise a environ 4 1 0 milles géométriques carrés. Stabroeck, aujourd'hui G e o r g e s - T o w n , en est la capitale. C'est la ville la plus impor­ tante des Guyanes pour l'étendue de son commerce : sa population est éva­ luée à 1 0 , 0 0 0 a m e s ; elle est située dans le gouvernement d'EsséquéboD é m é r a r i . La Nouvelle - A m s t e r d a m est le chef-lieu du gouvernement de Berbice : c'est une très-petite ville. Cette Guyane est arrosée par le P o u r a m o u n , l'Esséquébo, le D é m é r a r i , s u r les bords duquel est une colonie florissante, le Corentyn et le Berbice. L a Guyane-Hollandaise se trouve

placée entre la précédente et la fran­ çaise ; elle présente une superficie de 4 9 0 milles géométriques carrés. Pa­ ramaribo , clans le gouvernement de S u r i n a m , en est le chef-lieu. C'est la ville la plus grande et la plus peuplée de toutes les Guyanes ; elle ne compte pas moins de 2 0 , 0 0 0 habitants. Elle est située sur la rive gauche du fleuve S u r i n a m , à environ six lieues de son e m b o u c h u r e ; ses rues sont larges, alignées et ornées de délicieuses allées d'orangers et de citronniers. Sur la droite du S u r i n a m , on trouve le vil­ lage n o m m é S a v a n n a , exclusivement habité par des israélites. La plus grande partie de cette région est d'ail­ leurs occupée encore par des hordes d'Indiens i n d é p e n d a n t s , ou par trois républiques de nègres-marrons éta­ blies dans l'intérieur des t e r r e s , sous la sauvegarde des forêts et des fleuves : ce sont les républiques des Farameca, des Cottica et des A u k a . L e u r indé­ pendance a été reconnue. Trois grands fleuves baignent cette contrée : le M a r o n i , le Surinam et le Sarameca. Les a u t r e s , tels que le Cupanama et le N i k e r i , sont moins con­ sidérables. La C o m m e w y n e , principal affluent du S u r i n a m , coule au pied du F o r t - A m s t e r d a m , forteresse assez respectable. La Guyane-Française a 2 , 7 0 0 milles géométriques c a r r é s ; elle est bornée au sud par la rivière Oyapock et la baie de Vincent-Pinçon ; au n o r d , par la partie h o l l a n d a i s e , ayant ainsi une étendue de 120 lieues de c ô t e s , sur une profondeur indéterminée. Sa po­ pulation , en 1 8 3 1 , était de 23,000 h a b i t a n t s , dont 3 , 7 0 0 l i b r e s , et 19,300 esclaves ; dans ce nombre ne sont pas compris les Indiens indépendants. En cette m ê m e a n n é e , les importations s'élevèrent à 1 , 7 1 5 , 0 0 0 francs, et les exportations à 1 , 6 3 3 , 3 0 0 francs. Cette contrée est fertilisée par plu­ sieurs grands courants d'eau : le Ma­ roni , l'Oyapock, le K o u r o u , le Sinnainary et la Maria. L e u r s rives sont couvertes de ces immenses forêts vierges où la vie surabonde : l'homme ne saurait les o u v r i r , toutefois, sans


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GUYANES. de grandes précautions, à cause des vapeurs délétères qui s'en échappent. La culture d'une partie de cette con­ trée en assainirait le reste. Cayenne, chef-lieu de nos posses­ sions, est une petite ville de deux à trois mille h a b i t a n t s , dont les deux tiers sont gens de couleur. 11 y existe deux jardins botaniques de naturali­ sation, où l'on a importé des plantes utiles tirées des diverses parties du monde ancien. Les forêts de la Guyane abondent en reptiles d'une grosseur prodigieuse, dont le voisinage fait la terreur des habitants de cette contrée. Le capi­ taine Stedman raconte q u e , naviguant sur la Commewyne, il rencontra un serpent monstrueux : c'était un boa constriclor. Suivi de ses n è g r e s , il s'en approcha avec précaution, et le reptile ne parut nullement intimidé de cette démonstration hostile; mais une décharge de mousqueterie lui fit payer cher tant de sécurité. Cependant, comme l'ennemi n'était pas hors de combat, les nègres lui jetèrent un nœud coulant autour du c o u ; p u i s , faisant passer l'extrémité de la corde par les hautes branches d'un arbre voisin, ils l'enlevèrent après de grands efforts, et le tinrent ainsi suspendu pour l'éven­ trer et en recueillir l'huile. Le boa respirait encore et fouettait l'air par de redoutables oscillations. Il n'avait pas moins de vingt-deux pieds de long. U n n è g r e , le plus intrépide de la bande, n'hésite pas à se cramponner au reptile, et s'aidant des pieds et des mains à la manière des marins qui se hissent au bout d'un m a t , il atteint le cou de l'animal, lui plante son cou­ teau dans la g o r g e , et se laisse re­ tomber en le pourfendant ainsi dans toute sa longueur; puis il en arrache les intestins encore palpitants. L e capitaine Stedman ayant témoi­ gné sa surprise de la prodigieuse force de vitalité du m o n s t r e , les nègres affirmèrent qu'il n'expirerait pas avant le coucher du soleil, c'est-à-dire avant plusieurs h e u r e s , et cette prophétie s'accomplit exactement. (Voy. pl. 7.) Les couleuvres, l'amphisbène blanc,

l'erpéton lenticule, l'ophisaure et le. serpent à cornes sont communs dans la Guyane. A côté de ces terribles habitants des forêts guyannaises, on peut pla­ cer le camaïldor, ou grand serpent d'eau, qui attaque le caïman, l'enve­ loppe de ses longs replis, et ne le quitte qu'après l'avoir étouffé. On rencontre dans cette même con­ trée une assez grande quantité de ces bizarres mammifères si justement nommés paresseux. Les nègres de Cayenne appellent l'une de ces espè­ ces

unau-

cabrit,

c'est le

bradypus

didactylus de Linné. Pour les Hol­ landais de S u r i n a m , le second est l ' a ï - c h i e n - p a r e s s e u x (bradypus dactylus ? )

tri-

Cet animal est de la grosseur d'un chat angora. Son poil grisâtre est touffu et bouclé. Il est herbivore et passe des semaines entières perché sur le même arbre jusqu'à ce que , ne trouvant plus de Ieuilles à b r o u t e r , il se laisse tomber à terre plutôt qu'il n'y descend. Des tigres de la plus grande espèce régnent dans les mêmes localités; les singes y pullulent, et il n'est pas rare d'y rencontrer le fourmiller didactyle, le tatou (armadiila), une curieuse es­ pèce de pore-épic, le pécary, sorte de cochon sauvage, et le tapir. Les alligators infestent les fleuves et les grandes rivières; les bois sont peu­ plés de singes folâtres qui se balan­ cent et se poursuivent sur les guir­ landes de liane, de toucans au brillant p l u m a g e , de papegeais violets, ou perroquets de Cayenne, de callis , pe­ tites perruches de la grosseur d'un m o i n e a u , de courlious, d'agamis, de t a n g a r a s , de colibris et d'oiseauxmouches. Les Apicius de la Guyane recher­ chent avidement l'iguane (iguana delicatissima), sorte de lézard qui vit sur les arbres et dont la chair est un mets friand. L'entomologiste trouverait ici une abondante récolte; nous nous borne­ rons à mentionner parmi les insectes le prionus giganteus, que l'on trouve


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L'UNIVERS.

sur les bords de la Mana, et le fulgore-porte-lanterne. Le premier est le plus grand des insectes connus ; il atteint une longueur de neuf à dix pouces. Le fulgore-porte-lanterne est remarquable par sa propriété phos­ phorescente, à l'aide de laquelle on peut lire et écrire. On dirait que les ennemis les plus formidables de l'homme se sont donné rendez-vous dans la contrée que nous venons de décrire. Ce n'était pas as­ sez du boa, de l'alligator et des tigres, il fallait encore que le requin intestat les côtes de la Guyane. Nous mentionnerons encore le la­ mantin , prodigieux mammifère qui fréquente également les rivières et les lacs; le poisson-volant, innocente et faible espèce qui vit dans de conti­ nuelles alarmes, poursuivie sous les eaux par les requins, et dans les airs par les cormorans; et enfin le sucet remore (echineis rémora), qui n'a pas, comme le croyaient les anciens, le pouvoir d'arrêter les plus forts navi­ res , mais qui s'attache par la tête aux corps solides. Ce pays où la force de vitalité a reçu un si grand développement, doit offrir en abondance les plus remar­ quables productions du règne végétal. L'Européen se trouve saisi d'étonnement à la vue de ces sombres forêts où les colosses de la végétation sont enchaînés par des lianes robustes, enveloppés par les fougères et les plantes parasites, baignés par des tor­ rents et défendus par tout ce qu'une nature vierge peut offrir d'entraves aux conquêtes de l'homme. M. Noyer, député de Cayenne, a présenté une nombreuse nomenclature des plantes utiles qui croissent dans ces vastes forêts : les palmiers couronnés par un élégant panache, les bois de teinture, les bois de construction, les plantes médicinales , les fougères colossales et les plantes grasses y sont en majorité. Nous ne pouvons qu'indiquer rapide­ ment , parmi les plantes utiles, le quatele-lecythis d'Aublet, ou marmite de singe, la fève de Tonca, qui sert à parfumer le tabac, la pomme de can­

nelle , le counami, dont les Indiens se servent pour infecter l'eau des cri­ ques et enivrer les poissons, l'acajou, le rocouier, le bananier, le muscadier odorant et le tabac. Les naturels de la Guyane viennent au monde presque blancs ; en peu de jours ils prennent une couleur bistre clair, qui se transforme enfin en rouge, à l'aide du rocou dont ils se teignent. Ils sont fortement constitués et de taille moyenne. Leurs cheveux longs et noirs sont coupés à droit sur le front, et leur corps est bizarrement tatoué. Les femmes sont généralement bien faites, mais elles font boursouf11er leurs mollets d'une façon hideuse, en se serrant fortement la jambe avec des lanières de cuir. L'Indien de la Guyane ne manque ni d'adresse, ni d'intelligence; il est à regretter que son indolence natu­ relle a i t , jusqu'ici, résisté à toutes les tentatives de civilisation. Les Caraïbes et les Oyampis, qui forment les groupes les plus nom­ breux et les plus intéressants des abo­ rigènes de la Guyane, ornent habi­ tuellement leur tête de plumes de tou­ cans et de perroquets. (Voy.pl. 8,n°7.) Les Arrowankas

ou Aravaques,

qui

habitent sur les rives du Berbèce et du Surinam, paraissent appartenir à la famille caraïbe, et en former la branche la plus fertile en beaux indi­ vidus ; les femmes surtout y sont remarquables par des formes à la fois nobles et gracieuses (Yoy.pl. 8 , n° 8.) Cette nation a conservé quelques tra­ ditions mythologiques qui se rappor­ tent à un personnage aussi ancien qu'il est obscur, nommé Amalivaca. Les tribus caraïbes n'ont pas d'en­ nemis plus acharnés que les Cabres, peuplade guerrière et anthropophage qui, des plaines de San-Juan, s'étend jusqu'aux missions de l'Orénoque. Ces deux nations sont perpétuellement en état d'hostilité, et leurs rencontres sont empreintes d'un caractère de fé­ rocité que n'ont pu adoucir jusqu'ici les premiers germes du christianisme implantés chez elles. Les armes dont les Indiens se ser-


GUYANES. vent consistent en flèches empoison­ nées , en boutons, massues de bois dur taillées quadrangulairement, en tomahauks et en couteaux. Leurs arcs ont quelquefois une longueur de six pieds. L'adresse et la ruse suppléent à l'im­ perfection de ces moyens de destruc­ tion. Lorsqu'une tribu sauvage fait une expédition militaire, l'autorité du chef devient une suprématie illimitée ; celui qui tenterait de s'y soustraire serait aussitôt mis à m o r t , et sa chevelure or­ nerait la ceinture du grand chef. La troupe voyage habituellement de nuit; elle descend en silence la déclivité des collines, ou glisse furtivement sous les hautes herbes de la plaine. Les bois , les rivières ni les marais ne sont un obstacle à sa marche, elle a des res­ sources pour tout. Quand elle s'arrête, des sentinelles avancées veillent à sa sûreté avec un instinct qui surpasse les prévisions de l'homme civilisé. Tantôt grimpant à la cime des arbres les plus élevés, les gardiens jettent de longs regards sur l'horizon lointain, et rien ne saurait échapper à leur vue perçante et exercée; t a n t ô t , l'oreille appliquée contre la t e r r e , ils consul­ tent les plus légers frôlements de l'air et devinent ainsi la distance et la force de l'ennemi qui s'avance. Alors un cri perçant se fait e n t e n d r e , il fend les airs et pénètre jusqu'aux solitudes les plus reculées. L'alarme est au c a m p , la troupe se lève, elle arrive par sauts et par b o n d s , sans ordre apparent, mais non pas sans tactique, et cherche à s'animer au carnage par des cris assourdissants ou des chan­ sons belliqueuses. Au retour de l'expédition, les vain­ queurs seront reçus en dehors du vil­ lage par les femmes et les enfants qui s'empareront des prisonniers et les accableront d'outrages jusqu'au m o ­ ment peut-être où on les fera servir à un horrible festin. Cependant les guerriers procèdent au partage du b u t i n , et ce n'est pas sans de vives altercations q u i , quelquefois, se ter­ minent par des combats singuliers ; mais le plus souvent, les contesta­ tions particulières s'éteignent dans

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l'ivresse d'un banquet solennel où le vicou, le cachiri et d'autres liqueurs coulent à grands flots. Les danses succèdent au repas, car il est à r e ­ marquer que cet exercice a toujours été cher aux guerriers de tous les temps et de toutes les nations. Ils aiment également à entendre chanter leurs exploits, et les sauvages euxmêmes n'abandonnent pas ce privi­ lège. I c i , ils accompagnent leurs chants monotones et tristes avec des t a m b o u r s , de grossières mandolines , des flùtes en roseau imitant le syrinx des anciens, des cornets, des trom­ pettes et des instruments à grelots. Le lendemain, la peuplade reprend son apathie habituelle. Les hommes fument le courimari, et se balancent mollement dans leurs h a m a c s ; quel­ ques femmes pétrissent le manioc , préparent la cassave, polissent des dents de t i g r e s , de caïmans, des grai­ nes sauvages, et autres bijoux de leurs modestes écrins. D'autres font leur toilette et se teignent la peau avec le suc du rocouier. Les Waraones, qui vivent à l'em­ bouchure de l'Orénoque sur des îlots couverts de mangliers, construisent leurs carbets sur les a r b r e s ; usage commun à plusieurs peuplades du nord qui échappent ainsi aux inondations. La langue des Galibis a le privilége d'être la plus répandue sur le sol de la Guyane. C'est elle dont se servent entre eux les Indiens sauvages qui appartiennent à différentes familles, ou les missionnaires qui veulent com­ muniquer avec eux. Les Galibis for­ m e n t , en effet, la nation la plus voya­ geuse : on la trouve généralement sur les bords du Surinam, du Maroni, de l'Essequebo et de tous les courants d'eau jusqu'à l'Orénoque. La vie nomade est chère à ces en­ fants du désert. Le prétexte le plus frivole leur suffit pour abandonner leurs villages. Les vieillards, les fem­ mes et les enfants voyagent gaiement sous la tutelle des g u e r r i e r s . x a troupe vagabonde marche sans but jusqu'à ce qu'elle ait trouvé une localité conve­ nable pour y construire ses carbets


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L'UNIVERS.

que b i e n t ô t , peut-être, elle ne tardera pas à abandonner de nouveau. Les Indiens qui avoisinent Cayenne y viennent souvent dans des pirogues, pour y échanger des oiseaux r a r e s , des p e r r o q u e t s , des fourrures et quelques produits de leur grossière industrie ,contre du tafia, des haches, des cou­ teaux et de la verroterie. Le commerce é t a n t le premier élément de la civilisa­ t i o n , il semble que ces commerçants du nouveau monde devraient se ployer bientôt aux usages de l'ancien; mais la vie indépendante est un bien telle­ m e n t précieux que l'on voit claire­ m e n t , par leur e x e m p l e , combien il est pénible d'y renoncer. A peine leurs opérations sont t e r m i n é e s , qu'ils s'em­ pressent de regagner leurs forêts et d'y reprendre leurs sauvages h a b i t u d e s , en manifestant le plus profond dédain p o u r les usages de notre vieille civili­ sation. Les colons forment ici une classe curieuse à observer. L'ardeur du cli­ m a t et le zèle des esclaves nègres a u g m e n t e n t singulièrement leur indo­ lence naturelle. Les plus petits détails du ménage seraient pour eux des fa­ tigues intolérables; un oiseau, une f l e u r , un s i n g e , peuvent remplir toute la journée des dames du pays. Voyez ce planteur se promener sur sa pro­ priété , vêtu d'étoffes légères, et la tête ombragée du large chapeau-parasol ! ( p l . 8 , n° 5 ) . Dix esclaves veillent sur ses moindres m o u v e m e n t s . Il vit au milieu d'eux comme un despote de l'Orient au milieu de son h a r e m ; il est aisé de reconnaître, parmi les plus jeu­ nes femmes de couleur, celles qu'il a daigné distinguer. A peine sorties de la première enfance, elles tombent au pouvoir du m a î t r e , qui leur prodigueles colliers de pierres fines, les anneaux et les bracelets d ' o r , les robes diaphanes,

les étoffes à couleur éclatante, et tout l'attirail de la coquetterie américaine. Les blancs de Cayenne ont montré une grande humanité à l'époque si­ nistre de la déportation ; mais il n'est que trop vrai , c e p e n d a n t , que selon le préjugé enraciné parmi les colons des G u y a n e s , la race esclave veut être traitée avec une grande sévérité. L e fouet qui sillonne les chairs et couvre de zones sanglantes le sein des jeunes filles comme le dos des vieil­ lards ; le croc qui sert à les suspendre à une potence par la peau des hanches et par les c o t e s , la c a n g u e , les colliers de f e r , et vingt autres supplices in­ fligés aux esclaves coupables, sont les affreux moyens que les colons jugent indispensables à la conservation de leur a u t o r i t é . ( Voy. pl. 8, n° 2 et 9. ) On a également exagéré les avan­ tages et les inconvénients de la colo­ nisation guyannaise. Il r é s u l t e , tou­ tefois , de ces débats , auxquels des hommes de talent, MM. N o y e r , Catin e a u - L a r o c h e , Lescalier et a u t r e s , ont pris une p a r t digne d'éloges, que le climat de la Guyane-Française n'est point aussi nuisible -aux E u r o ­ péens qu'on l'avait supposé; ils peu­ v e n t m ê m e , sans i n c o n v é n i e n t , s'y livrer, comme les hommes de couleur, aux travaux de l'agriculture. La dé­ bauche, l'intempérance, les privations de toute n a t u r e , les préjuges des an­ ciens colons, les tâtonnements de l'ad­ ministration , et les vues personnelles de quelques agents de l ' a u t o r i t é , ont é t é , j u s q u ' i c i , les véritables fléaux qui ont décimé la colonie. Des hommes probes et intelligents y ont pourtant laissé les plus honorables souvenirs : tels s o n t , entre a u t r e s , les La B a r r e , les Malouet, les Cara Saint-Cyr, les Milius, les Missiessy et les Freycinet.

FIN.


COLUMBIEN,

COLOMBIE .


COLUMBIEN.

COLOMBIE


COLUMBIEN.

COLOMBIE .


COLUMBIEN .

COLOMBIE,


COLUMBIEN

COLOMBIE


COLUMBIEN, COLOMBIE,


COLUMBIEN

COLOMBIE


Longitude du MĂŠridien de Paris


AVIS POUR

PLACEMENT

DES

GRAVURES

DU

BRESIL.

N. B Plusieurs erreurs ayant été commises par le graveur en lettres dans l'ortho­ graphe des titres , cette table peut servir à leur rectification.

Planches. pages 1 A t t a q u e d ' u n v i l l a g e fortifié 16 2 D a n s e g u e r r i è r e et r e l i g i e u s e d e s T u p i nambas.. . 23 3 Préparation du caouin 24 4 P r i s o n n i e r s c o n d u i t s à la m o r t 28 5 Funérailles des Tupinambas 32 6 Habitation hollandaise 48 7 Fort d e Guillaume de N a s s a u 51 8 Foret v i e r g e , chasse au jaguar 59 g Iriar ea v e n t r i c o s a , m a n i c a r i a s a c c i f e r a , fourmilier, manatus , dasipus 61 10 Mauritia vinifera, cocos capitata, barigudo , ema o u autruches ibid. 11 P o n t d e l i a n e s 66 8 2 N o u v e a u - F r i b o u r g , c o l o n i e s u i s s e . 9 1 o u 112 81 Montagnes des orgues 94 78 V u e de Rio de Janeiro prise du s o m m e t de l'aqueduc 105 79 A q u e d u c d e R i o d e J a n e i r o ibid. 13 Vue de Rio de Janeiro prise devant l'é­ glise d e San-Dento 106 76 V u e d e R i o d e J a n e i r o p r i s e d u c o u v e n t de Sainte-Thérèse 107 12 R i o d e J a n e i r o 108 47 Nègres Cangueiros 113 4 5 F a m i l l e a l l a n t à la m e s s e 130 14 H a b i t a t i o n d e n è g r e s 144 46 Feitor corrigeant d e s nègres 145 48 Capitào d o Mato 146 13 Récolte d u café 148 30 V o y a g e u r s d e la p r o v i n c e d e R i o - G r a n d e . 164 57 I n d i e n s c i v i l i s é s r a m e n a n t d e s p r i s o n ­ niers. . . . 166 67 I n d i e n s G u a r a n i s c i v i l i s é s 167 51 Barque faite avec u n cuir de b œ u f . . . . 169 5 2 Ile d e S a i n t e - C a t h e r i n e 172 5 4 N è g r e s chasseurs rentrant en v i l l e . . . . 173 17 C h e f d e B o r o r e n o s 178 55 P a u l i s t e s 187 56 Maquignons paulistes 192 16 D a n s e d e la b a t u c a a u B r é s i l ibid. 18 D a n s e d e s s a u v a g e s d e la m i s s i o n d e Jozé 197 27 Caboclos , Indiens civilisés 199 61 P r é p a r a t i o n d e la f a r i n e d e m a n d i o c a (manioc) 202 25 M a i s o n d ' u n p l a n t e u r b r é s i l i e n 2o3 59 P o r t o - S e g u r o 207 60 F o r e t o u v e r t e l e l o n g d u M u c u r i 208 19 N a v i g a t i o n s u r l e R i o - D o c e ibid. 21 T ê t e s d e B o t o c o u d o s 212 24 B o t o c o u d o s en m a r c h e 213 2 0 C h e f d e B o t o c o u d o s a v e c sa f a m i l l e . . . 2 1 4 22 C o m b a t s i n g u l i e r d e B o t o c o u d o s 217 24 S o l d a t s i n d i e n s c o m b a t t a n t l e s B o t o -

Planches. pages. coudos. 218 58 Bateau d e bois de construction 227 З7 Plantation 228 26 Navigation du Rio d o s llheos 229 62 Bahia . 233 83 San-Salvador o u Bahia 2З4 63 Cadeira 2З6 64 N è g r e s et négresse de Bahia 2З9 84 Olinda de P e r n a m b u c o .. 253 28 Chasse aux oiseaux sur les b o r d s d u Rio San-Francisco 246 66 Jangada 256 8 6 R é u n i o n p o l i t i q u e à F e r n a i n b o u c (Per­ nambuco) 259 85 V u e d e l'ile d ' i t a m a r a c a a u XVII s i è c l e . 2 7 0 8 8 V i l l e e t c h â t e a u d e F r e d e r i c a d a n s l'ile Parahyba, en 1628 ibid. 8 7 V u e d u f o r t d e R i o - G r a n d e a u XVI siècle 271 65 Voiturier de coton et sertanejo 272 6 8 Coripha cerifera 276 3 0 S c u l p t u r e s en c r e u x 280 67 P i a u h y 277 2 0 S e r t a n e j o en v o y a g e d a n s l e P i a u h y . . 2 7 9 70 Rivière des Amazones 291 6 9 Lac s u r les bords d e l'Amazone ibid. 31 R o c h e r s d u fleuve d e s A m a z o n e s , o u P o n g o de Manseriche ibid. 71 Sainte-Marie d e Belem 292 34 M i r a n h a , M u x u r u n a , M u r a 297 3 3 M u n d r u c u a v e c u n e tète d ' I n d i e n ibid. 32 M a s q u e s des T e c u n a s , scène d e masca­ rade 299 44 C h a r g e d e c a v a l i e r s G u a y c o u r o u s 321 43 Chasse aux taureaux З28 78 E x p l o i t a t i o n d ' u n l a v a g e d ' o r à V i l l a Rica ЗЗ7 78 L a v a g e d ' u n m i n e r a i d ' o r p r è s la m o n ­ tagne Itacolumi ЗЗ7 90 Caravane de marchands allant à Tijuco. 3 4 1 36 Lavage des d i a m a n t s . З42 91 Convoi de diamants passant p a r Caété. 3 4 6 35 Habitants de Minas З49 73 Itambé 350 89 Famille d e planteurs allant à la m e s s e , ibid. 74 S a n J o à o del R e y ibid. 72 V i l l a - R i c a 351 38 H o m m e et femme C a m a c a n , M o n g o y o . 3 6 6 41 M o m i e d'un chef Coroado З67 39 Tète des Coroades ibid. 40 S i g n a l d e r e t r a i t e d e s C o r o a d o s 368 42 C o m b a t des Puris 369 7 6 D a n s e des Puris ibid. 80 Le sénat . 371 49 C h a m b r e d e s d é p u t é s З72 e

e


A V I S

POUR LE PLACEMENT DES GRAVURES DE L A COLOMBIE ET GUYANES.

Planche

22

Planche 5

2

I

Page

2

3 4

5

6 7

20

8

ERRATA. Page

2 5 20 22

, Planche 1 , lisez , 4 , lisez , 3 , lisez , 2 , lisez

: Planche 2 : 3 : 4 : 1

Page

5

21 29 19


L'Univers. Histoire et description de tous les peuples  

Auteur : M. Denis Ferdinand, C. Famin / Partie 2 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la document...

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Auteur : M. Denis Ferdinand, C. Famin / Partie 2 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la document...

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