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LE

CACAOYER


MACON,

PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS.


PRODUITS NATURELS DES COLONIES ET CULTURES ΊROPICALES Publication sous la direction du professeur Dr

HECKEL.

LE CACAOYER* SA

CULTURE

ET SON EXPLOITATION DANS TOUS LES PAYS DE PRODUCTION PAR

Henri JUMELLE Professeur adjoint à la Faculté des Sciences de Marseille.

PARIS AUGUSTIN

GHALLAMEL, RUE

JACOB,

ÉDITEUR

17

Librairie Maritime et Coloniale.

1900


AVERTISSEMENT

« C'est un fait curieux, écrivait Boussingault; que les races humaines, séparées par les plus grandes distances, n'ayant jamais eu de communications entre elles, préparent, avec certains végétaux, des breuvages excitants : le thé en Chine, le café en Arabie, le maté au Paraguay, le coca au Pérou, le cacao au Mexique ; utilisant tantôt les feuilles, tantôt les graines de plantes dont les genres botaniques n'ont aucune analogie, mais qui, malgré cette différence, excercent une même action sur le système nerveux et sur la digestion : c'est que, en réalité, il y a dans ces végétaux des substances possédant la constitution des alcaloïdes et douées de propriétés semblables. C'est la caféine dans les feuilles de thé et de maté et dans les semences de café, la cocaïne dans les feuilles de coca, la théobromine dans les graines de cacaoyer. Ainsi, le Chinois, l'Arabe, l'Indien du Paraguay, l'Inca, l'Aztèque étaient sous l'influence d'un même agent quand ils avaient pris leur boisson habituelle, dont l'usage est maintenant si répandu chez toutes les nations. » A toutes les plantes citées par Boussingault, ajoutons encore le kolatier, dont les graines ont des propriétés aujourd'hui bien connues depuis les travaux de M. Heckel, le cat et le guarana, et nous aurons mentionné tous ces végétaux dont les graines ou les feuilles, en rai-


VI

AVERTISSEMENT

son des alcaloïdes qui y sont contenus (caféine ou composés voisins), se trouvent souvent réunis sous le nom de caféiques. C'est l'histoire de tous ces végétaux, et spécialement de leur culture, de leur exploitation et du commerce de leurs produits, que nous nous sommes proposé de mettre au point de nos connaissances actuelles, en résumant et condensant tous les documents que nous avons pu nous procurer au Musée à leur sujet et y ajoutant nos observations personnelles. Dans ce premier volume — qui est le développement de notre cours professé cette année à la Chambre de Commerce de Marseille — nous nous occuperons exclusivement du cacaoyer. Un second volume, sous le titre : L'Arbre à thé et les végétaux similaires, comprendra le thé, le maté, la coca et le cat, c'est-à-dire les diverses plantes dont les feuilles sont la partie utilisée. Un troisième volume sera consacré au caféier et au kolatier, deux arbres qui sont, à vrai dire, bien distincts, à presque tous égards, mais qu'on peut — dans un groupement un peu forcé et tout artificiel comme le précédent — rapprocher par ce fait que, comme pour le cacaoyer, le siège principal des principes actifs utilités est non plus la feuille mais la graine. Musée colonial de Marseille, 1er août 1899.


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CACAOYER

I

HISTORIQUE

Le cacaoyer, qui ne pousse, à l'état sauvage, que dans l'Amérique centrale, était encore ignoré en Europe au commencement du xvie siècle, et ce furent les soldats de Fernand Cortez qui, en débarquant au Mexique en 1519, le connurent les premiers et révélèrent à l'Ancien Monde les qualités de son produit. L'arbre était du reste, déjà, à cette époque, cultivé par les •Mexicains de temps immémorial, et sa culture était même à peu près la seule à laquelle se livrât ce peuple, qui y consacrait, il est vrai, tous ses soins. Au dire d'Herrera, les ensemencements et les plantations de cacaoyers étaient, dans le pays, l'occasion de grandes cérémonies. Suivant la tradition locale, la plante était d'origine divine. Quatzalcault, le jardinier-prophète, en avait rapporté les semences de l'Éden perdu,, où il avait été transporté, et l'avait cultivé dans ses jardins de Talzitepec. Puis il s'était nourri Les fruits, et cette nourriture céleste l'avait doué de la science niverselle. « Toutes les connaissances humaines, dit M. de la Rozière, qui raconte cette curieuse légende, lui devinrent famières, et la nature n'eut plus de secrets pour lui ; ce fut là ce ui le perdit. Il réunit autour de lui quelques adeptes, auxquels il enseigna l'agriculture, l'astronomie, la médecine; le peuple de l'Anahnac, plein de respect pour une sagesse si proie Cacaoyer. 1


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fonde, émerveillé d une science si prodigieuse, le choisit pour son chef. Comblé par les dieux, chacun enviait son sort et se trouvait indigne d'y prétendre. Ses palais de Tula étaient les plus beaux du monde entier; l'or, l'argent, les pierres précieuses étaient les seuls matériaux qui eussent servi à les édifier ; les femmes les plus ravissantes, sous le rapport de la grâce et de la beauté, peuplaient ces lieux enchantés et semaient le bonheur sous les pas de ce bienheureux, que son peuple adorait et que ses disciples vénéraient. Mais l'ambition de l'homme est insatiable ; Quatzalcault aspirait à l'immortalité. Un magicien qui enviait sa puissance lui offrit de satisfaire son unique désir ; il lui présenta une coupe contenant un breuvage qui devait le rendre immortel. A peine l'eût-il vidée qu'il devint fou. Il détruisit tout ce que sa sagesse avait créé, il jeta la ruine sur ce peuple qu'il avait enrichi, puis il abandonna ses jardins, traversa le Yucatan et disparut à Yuca, enlevé par le Grand-Esprit, pour devenir le génie de la pluie et de la rosée, et par conséquent de la fécondité terrestre. Les peuples de l'Amérique, en souvenir de ses bienfaits, l'adorèrent sous le nom de Vatan, ou de couleuvre vêtue de plumes divines ; ses disciples transmirent sa science par l'initiation. Certains auteurs disent que ce Quatzalcaut est Saint Thomas, qui serait venu prêcher l'Evangile au Nouveau-Monde ». Quoi qu'il en soit, quand Fernand Cortez envahit le pays, le cacao n'était pas, comme on pourrait le croire en raison de son abondance, le mets vulgaire permis à tous. Herrera prétend que les seigneurs et les vaillants guerriers avaient seuls le droit d'en faire usage. Peut-être, en réalité, n'y avait-il pas, pour le peuple, une interdiction aussi formelle, mais, les graines de cacao servant de monnaie, il est probable que les riches seuls en possédaient une assez grande quantité pour les consommer pures ; et les gens du peuple ne les employaient sans doute que comme assaisonnement à leur boisson ordinaire, l'atolle, sorte de bouillie épaisse faite avec la farine de maïs. Les graines de cacao, en effet, étaient autrefois, au Mexique, la monnaie courante, comme, aujourd'hui encore, les noix de kola chez certaines peuplades d'Afrique. C'était avec cette den-


HISTORIQUE

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rée que les provinces d'Oaxaca, de Mechoacan, de Tabasco, de Vera-Cruz, etc., payaient leur tribut à Montezuma, le souverain du Mexique, au moment de la conquête. La seule province de Tabasco fournissait par an deux mille xiquipils d'amandes, ce qui représentait environ (le xiquipil corres-

FIG.

1.

— Rameau fleuri de Theobroma Cacao.

pondant à peu près à 12 kilogs 500) 25.000 kilogrammes. Aussi Montezuma avait-il, dans ses palais, des réserves considérables, qui servaient à préparer la boisson qu on entretenait, pour lui, à toute heure du jour, dans des vases d'or. « Il usait, dit Bernai Dias de Castillo, de cette préparation fortifiante, lorsqu'il avait l'intention de visiter son sérail. » D'après Herrera, lorsque le souverain mexicain fut vaincu,


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LE CACAOYER les soldats de Fernand Cortez trouvèrent dans un seul magasin plus de quarante mille cargas, c'est-à-dire (la carga valant trois xiquipils) plus de 500.000 kilogrammes de cacao. On conçoit qu'ayant mis la main sur de pareilles réserves les Espagnols avaient tout avantage à conserver les usages du pays et à se servir de ces amandes comme de monnaie. « Quelque temps après la conquête, dit M. Gallais, dans une Monographie du cacao qui date de 1827, deux cents amandes valaient un réal de 12 sous ; vers le milieu du xviie siècle, mille grains valaient 12 réaux et demi. » Et cette coutume se conserva pendant longtemps, car de Humboldt écrivait au commencement de ce siècle que « l'on fait encore usage du cacao, comme petite monnaie, au Mexique ; et comme le réal, qui vaut 12 sous, est la plus petite monnaie des colonies espagnoles, le bas peuple trouve extrêmement convenable l'emploi du cacao comme agent de circulation. Six graines représentent un sou. » En dehors de la raison que nous venons d'indiquer, il en est sans doute une autre encore qui avait décidé sans peine les conquérants du Mexique à considérer bien plutôt le cacao comme monnaie que comme aliment. Le breuvage dans lequel les naturels faisaient entrer la substance, et qu'ils appelaient chocolatl, ne ressemblait guère à notre chocolat d'aujourd'hui. C'était un mélange de bouillie de maïs et de cacao broyé grossièrement entre deux pierres, le tout bouilli dans l'eau et additionné de poivre de Cayenne. On ne s'étonnera pas que les Espagnols en fussent d'abord peu friands. Aussi pendant longtemps ne portèrent-ils sur le cacaoyer qu'une attention distraite, bien plus préoccupés par les métaux précieux que leur offrait, d'autre part, en abondance le sol de la contrée. Pendant la seconde moitié du xvie siècle, l'Europe ne reçut guère que quelques quintaux de cacaos, envoyés du Mexique et du Pérou uniquement comme objet de curiosité. Cependant, déjà à l'époque de Montezuma, la haute classe de la société mexicaine savait consommer le cacao pur, c'estdire sans le mélanger avec du maïs et en l'aromatisant seulement de différentes manières, puis en le sucrant avec du miel ou


HISTORIQUE

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le suc d'un agave. Ce fut sans doute cet autre mode de préparation qui donna aux Espagnols l'idée d'associer le cacao au sucre, lorsque la canne eût été implantée avec succès aux Canaries. L'amertume qui pouvait rendre le cacao désagréable au goût était déjà ainsi masquée ; elle le fut mieux encore quand des religieuses de Guaxaca, « classe de personnes qui excellent dans l'art de faire des bonnes choses » (dit l'auteur anglais qui relate le fait), eurent apporté un nouveau perfectionnement au mélange en y ajoutant de la vanille ou de la cannelle. A dater de ce moment l'usage du chocolat se répandit avec rapidité dans toute l'Amérique espagnole et, de là, en Espagne, où le cacao ne fut d'abord importé ainsi pendant quelque temps que sous forme de pâtes préparées. Les Espagnols établis en Amérique, jaloux de conserver le monopole de leur fabrication, évitèrent, en effet, le plus longtemps possible, d'envoyer à la métropole du cacao brut. Mais il était bien difficile, en dépit de toutes les précautions, d'empêcher indéfiniment ces expéditions de graines, et, peu à peu, des fabriques s'installèrent dans la péninsule. Puis l'usage du chocolat passa en Italie et en France. En Italie, il fut introduit par un Florentin, nommé Antonio Carlotti. En France, il fut connu, disent la plupart des auteurs, après le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, roi d'Espagne. Et en effet il pourrait paraître assez vraisemblable que ce mariage eût été l'occasion qui permît de faire connaître en France quelquesunes des coutumes espagnoles. Il n'y en a pas moins là une petite inexactitude, comme le prouve l'ordonnance suivante de Louis XIV : « Veu par la cour les lettres patentes du roi données à Thoulouze le 28 novembre 1659, par lesquelles ledit seigneur, en confirmant son brevet du 20 dudit mois de novembre, auraitpermis à David Chaliou de faire faire, vendre et débiter, dans toutes les villes et autre lieux de ce royaume que bon luy semblera, une certaine composition qui se nomme chocolat,


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LE CACAOYER

soit en liqueur ou pastilles, en boite ou telle autre manière qu'il lui plaira, etc., et ce pendant l'espace de vingt-neuf ans. » Ainsi l'ordonnance est de novembre 1659 et le mariage de Louis XIV n'eut lieu qu'en juin 1660. Ce mariage est donc quelque peu postérieur à l'introduction du chocolat en France.

FIG.

2. — Fruit (entier et ouvert) de Theohroma Cacao.

En tout cas, de l'ordonnance précédente il résulte que le premier chocolatier de Paris, Chaliou, fut, pendant plusieurs années, possesseur d'un privilège qui l'autorisait à être seul débitant de la substance à la mode; et, établi près de la fontaine de la rue de l'Arbre Sec, ce Chaliou dut faire une brillante fortune, car le chocolat fut tout de suite plus universellement apprécié1 que le café., qui était bien déjà connu à La passion pour le chocolat était devenue telle au xviie siècle, surtout en Espagne, que l'Église s'en inquiéta et souleva la question de savoir si cette boisson rompait le jeûne. Un Espagnol nommé Pinelo 1.


HISTORIQUE

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Paris depuis quelques années, mais qui n'y était encore qu'une boisson de luxe. Après l'expiration des vingt-neuf années, c'est-à-dire après 1688, le commerce du chocolat fut libre pendant quelque temps; et ce fut seulement le 22 janvier 1692 qu'un nouveau privilège fut accordé, pour six ans, à un nommé François Dumaine. Mais, dès le mois de mai 1693, ce Dumaine luimême demandait d'être déchargé de l'exécution de son traité, prétextant « les frais excessifs qu'il était obligé de faire pour l'exploitation de son privilège et qui consommaient tout le bénéfice qu'il en pouvait retirer ». Plusieurs autres fabriques de chocolat furent aussitôt installées. Leur nombre et leur importance augmentèrent peu toutefois pendant le XVIIIe siècle, et M. Gallais en donne pour raison la sorte de prohibition douanière qui frappa pendant longtemps les colonies espagnoles et qui forçait ainsi les fabriques françaises à n'employer que les cacaos peu estimés de nos colonies d'alors. Aussi, pendant presque tout, le XVIIIe siècle, les Français donnèrent-ils la préférence aux chocolats d'Espagne et d'Italie. « Mais enfin, écrivait M. Gallais en 1827, quelques fabricants, pour se procurer de bonnes matières premières, ont eu le courage de payer des droits plus considérables, et désormais les chocolats de France ont acquis sur tous les autres une supériorité incontestable. » Nous allons voir, dans le cours de cet ouvrage, quels sont les principaux pays de production qui nous approvisionnent aujourd'hui, et dans quelles conditions ont lieu actuellement ces exportations. publiait, en 1636, à Madrid, une brochure dont le titre peut être traduit : Le chocolat peut-il rompre le jeûne ecclésiastique? Non. Et, en effet, d'après les Lettres de Mesdames de Maintenon et des Ursins, le chocolat à l'eau était permis en tout temps à la cour d'Espagne.


II

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

Sous le nom de cacaoyer on désigne indistinctement toutes les espèces du genre Theobroma 1 créé jadis par Linné. Pour le botaniste suédois, ce genre Theobroma (qui appartient à la famille des Malvacées, tribu des Buettnériacées) comprenait trois espèces : le Theobroma Cacao, le Theobroma Guazuma et le Theobroma augusta. Mais de ces trois plantes, les deux dernières sont aujourd'hui classées par tous les auteurs dans deux autres genres, sous les noms de Guazuma ulmifolia Lam. et Abroma augusta L. On peut donc dire que Linné ne connaissait, en réalité, qu'un seul Theobroma, celui qui, il est vrai, est le cacaoyer proprement dit, qui est aussi le plus communément cultivé et dont il sera surtout question ici, le Theobroma Cacao. Et ce n'est qu'à une époque plus récente que d'autres véritables espèces de Theobroma, toutes de l'Amérique tropicale, ont été découvertes. Actuellement on en peut compter une quinzaine environ, que nous allons énumérer et dont nous allons donner les princi1. En formant ce terme générique de Theobroma, c'est-à-dire aliment céleste, Linné résumait d'un mot l'opinion que lui-même a exprimée ailleurs, dans une thèse insérée dans le septième volume de ses Amenitates academicæ et qui a pour titre : De potu chocolatæ, Resp. A. Hoffmann; Upsalice, 1765, in-4°. C'est la même idée qu'on retrouve dans des travaux antérieurs. Ainsi Bachet, président aux écoles de facultés, écrivait, en 1684, que le chocolat devait être la nourriture dès dieux, plutôt que le nectar et l'ambroisie (An chocolatœ usus salubris? Affirmat. Resp. E. Foucault. Parisiis ; 1684, in-4°). Citons encore la thèse de Dupont (An salubris usus chocolata? Affirmat. Resp. E. Rrisset. Parisiis; 1661 in-4°) et celle de IL E. Baron (An senibus chocolatœ potus? Affirmât. Resp. L. G. Lemournier. Parisiis, 1739; id. Respondit I. F. C. Morand, Parisiis, 1749, in-4°.)


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LE CACAOYER

paux caractères, non sans avoir toutefois, au préalable, fait remarquer que, pour quelques-unes au moins, des doutes sont permis sur leur réelle valeur spécifique. On va voir, en effet, que les différences qu'elles présentent entre elles sont parfois très faibles et ne portent, par exemple, que sur la forme ou les dimensions du fruit ; ce sont là des caractères qui peuvent n'avoir d'autres causes que la culture ou les changements de sol ou de climat. Déjà le nombre des espèces ainsi successivement créées a été, pour cette raison, considérablement réduit; nous adopterons, en général, la synonymie admise par M. K. Schumann dans sa Flore des Sterculiacées du Brésil, que l'auteur a eu l'obligeance de nous communiquer. C'est certainement l'étude la plus complète et la plus consciencieuse qui ait été faite sur les Theobroma; et, les principales espèces se trouvant comprises dans le tableau dressé par M. K. Schumann pour la détermination des Theobroma brésiliens, nous reproduisons ici, tout d'abord, cette clef de la division du genre1, telle que la donne le savant professeur de l'Université de Berlin. Λ. inflorescences multiflores. a. Languette des pétales longuement onguiculée, spatulée, courbée et réfléchie ; étamines à 4 loges ...... b. Languette sessile ou subsessile. a. Languette orbiculée ; étamines à 4 loges β. Languette largement elliptique ; étamines à 4 loges

Th. Cacao L.

Th. bicolor IL et B. Th. speciosum Spreng.

B. Inflorescences pauciflores; étamines à 6 loges. a. Etamines stériles en alène Th. microcarpum Mart. b. Etamines stériles pétaloïdes. a. Etamines stériles brusquement et très finement acuminées au sommet Th. grandiflorum K. Sch. i. A dire vrai, nous ne reproduisons ici que le tableau de la section Eutheobroma de M. Schumann. Le botaniste allemand distingue, en effet, dans le genre Theobroma deux sections : les Herrania et les Eutheobroma. Ce sont ces Eutheobroma seuls qui correspondent aux Theobroma des autres auteurs, les Herrania pouvant constituer un genre distinct.


ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

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β. Étamines stériles lancéolées, réfléchies et aiguës au sommet Th. subiricanum Mart. -,. Etamines stériles lancéolées, arrondies au sommet Th. angustifolium Sess. et Moç.

Toutes ces espèces, ainsi que les autres que nous allons décrire, ne donnent pas des produits d'égale valeur; nous commencerons par celle qui est la plus importante et dont nous ferons l'étude la plus complète, le Theobroma Cacao de Linné.

Theobroma Cacao L.

Syn. : Avellana mexicana Bauh. ; Cacao sativa Lamk; Cacao Theobroma Tussac ; Theobroma guianensis J. F. Gmel ; Cacao guianensis Aubl ; Theobroma caribœa Sweet?; Theobroma integerrima Stokes ; Cacao minor Gaertn. C'est le cacaoquahuitl1 des Mexicains. C'est un arbre de 8 à 10 mètres de hauteur à l'état sauvage, et très rameux. Le tronc très droit, à bois très peu dense (0.431), est à écorce gris-rougeâtre2. Les feuilles sont pétiolées, alternes et simples ; elles sont rougeàtres quand elles sont jeunes et d'un beau vert quand elles sont plus âgées. Le pétiole, muni de deux stipules linéaires et caduques, est 1. Le docteur Hernandez, dans l'ouvrage intitulé Rerum medicarum Novœ Hispaniœ historia, parle de quatre espèces de cacaoyers, qu'il appelle, sous leurs noms indigènes, quauhcahuatl, mecacahuatl, xochicucahuall et tlalcacahuatl. La première, dit-il, est la plus grande de toutes et porte beaucoup de fruits; la seconde, de moyenne grandeur, porte des feuilles et des fruits plus petits; les fruits de la troisième espèce, plus petile encore que les autres, sont rouges en dehors ; enfin le mot qui désigne la quatrième espèce signifie « petit arbre à cacao ». La graine de cette dernière espèce, très petite, était autrefois plus généralement employée en breuvage, les autres servaient de monnaie (Note de la Monographie du cacao, par Gallais). 2. Le docteur O. Rorke dit qu'en certains pays on extrait de l'écorce du cacaoyer des fibres textiles qui servent à fabriquer des cordages grossiers (Revue coloniale, 1838).


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renflé à sa base et souvent au sommet. Le limbe est ovale, lancéolé, arrondi à la partie inférieure, acuminé à l'autre extrémité, glabre, entier et coriace ; il est penninerve, à nervures secondaires arquées, entremêlées de nervures plus courtes. La floraison, qui commence à la fin de la troisième ou de la quatrième année, a lieu pendant presque toutes les saisons : les fleurs, petites (5 à 10 millimètres de largeur), roses, naissent à l'aisselle des feuilles tombées, généralement sur le

FIG.

3 — Fleur en coupe longitudinale, tube staminal et étamine de Theobroma Cacao.

tronc ou sur les gros rameaux ; elles sont solitaires ou en fascicules cymeux, et chacune est portée par un pédoncule grêle, assez long, couvert de poils glanduleux. Elles sont régulières, hermaphrodites et pentamères. Les cinq sépales sont valvaires, blancs ou blanc rosé. Les pétales sont de même couleur ; chacun possède une portion basilaire, élargie en cuiller, que surmonte une partie rétrécie, spatulée à son extrémité libre. La partie basilaire élargie est trinerviée ; l'extrémité spatulée est losangique et denticulée. L'androcée est composé de dix étamines, unies à leur base en une sorte d'urcéole qui entoure l'ovaire. De ces dix étamines cinq sont stériles et réduites à des languettes linéaires et velues, noir pourpre, alternant avec les pétales et dépassant l'ovaire ; les cinq fertiles sont verdâtres, plus courtes que les précédentes et opposées aux pétales, dont la partie basilaire élargie en cuiller les recouvre complètement. Cha-


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CACAOYER

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cune de ces cinq étamines fertiles est formée d'un petit filet dressé, qui porte quatre loges disposées en croix, deux supérieures et deux inférieures, déhiscentes chacune en dehors par deux fentes longitudinales. Deux de ces loges représentent une anthère. L'ovaire est supère, à cinq loges opposées aux pétales, et surmonté d'un style à cinq stigmates. Dans chaque loge sont insérés de nombreux ovules anatropes transversaux, disposés sur deux séries verticales; ils sont à deux téguments.

FIG.

4. — Tube staminal ouvert, fleur entière et pétale de Theobroma Cacao.

Le fruit, vulgairement appelé cabosse, et qui mûrit quatre mois environ après la floraison, est pendant et volumineux ; il mesure, en moyenne, 12 à 20 centimètres de longueur sur 6 à 10 centimètres de largeur. Il est ovoïde, à section légèrement pentagonale ; un peu pyriforme du côté du pédoncule il s'amincit en pointe obtuse du côté opposé; il est glabre, et jaune ou rouge, suivant les variétés, lorsqu'il est mûr. C'est une baie, dont le péricarpe frais est à parenchyme faiblement charnu, renfermant vers l'intérieur, et à quelque distance de la pulpe, une mince zône ligneuse ; sa surface externe présente dix côtes un peu proéminentes, qui forment, quand la dessiccation survient, dix bandes assez également espacées, légèrement tuberculeuses. La pulpe qui est à l'intérieur de ce péricarpe, et qui est blanche ou un peu jaunâtre et d'une saveur aigrelette, est due aux cloisons de l'ovaire, qui se sont épaissies et a mol-


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lies ; elle englobe vingt à quarante graines transversalement disposées, un peu comprimées, élargies à l'extrémité correspondant au point d'attache, qui est, en même temps, l'extrémité radiculaire. Ces graines mesurent, en moyenne, 2 centimètres de longueur sur 1 centimètre de largeur. Chacune est entourée d'une double enveloppe, mais l'externe, qui est charnue,

FIG.

5. — Fruits des variétés jaunes de Foraslero, Criollo, Amelonado

et Calabacillo (de gauche à droite de la figure).

appartient'à la pulpe de la baie, et l'interne seule, qui est mince et papyracée, représente le tégument séminal appelé vulgairement coque. L'albumen est réduit à une mince membrane ou même manque complètement ; et c'est dans les cotylédons très épais, chiffonnés et repliés sur eux-mêmes, que se trouvent les substances nutritives qui constituent le cacao. Le plan médian de l'embryon est perpendiculaire au plan de symétrie de la graine. La culture du Theobroma Cacao dans l'Amérique tropicale remontant au delà de la découverte du Nouveau-Monde, il est assez difficile de préciser quelles sont les régions où l'arbre est indigène et celles où il a été introduit. Aujourd'hui l'espèce ne croît à l'état sauvage que dans le bassin de l'Amazone et celui de l'Orénoque. Peut-être en a-t-il toujours été ainsi et la culture se serait propagée jadis dans


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BOTANIQUE

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DU CACAOYER

les autres parties chaudes et humides du continent américain et aux Antilles. L'espèce ne serait ainsi pas spontanée au Mexique où elle a été découverte. Dans les contrées où elle croît à l'état sauvage, on ne la rencontre que dans les forêts, où elle trouve seulement l'ombrage qui lui est nécessaire. Par la culture et la sélection, on a obtenu aujourd'hui un assez grand nombre de variétés. M. Hart, à qui nous devons les renseignements les plus précieux à ce sujet, classe ainsi celles qui sont les plus renommées à la Trinidad : Γ. CRIOLLO (créole ou indigène) 1. Yar. a Amarillo (jaune). 2. Var. h Colorado (rouge). II.

FORASTERO (étranger).

. 3. Var. a Cundeamor 1 verrugosa amarillo (verruqueux jaune).

4. Yar. b

Colorado (verruqueux rouge).

5. Var. c Amarillo ordinaire (jaune ordinaire). 5. Var. d Colorado ordinaire (rouge

).

7. Var. c Amelonado amarillo (en forme de melon, jaune). 8. Var. f III.

CALABACILLO

Cujete

Colorado ( (fruit ressemblant à celui

rouge). du calebassier, Crescentia

L. )

9. Var. a Amarillo (jaune). 10. Var. b Colorado (rouge).

Cette classification de M. Hart, qui date de 1893, diffère un peu de celle établie antérieurement par M. D. Morris (de la Jamaïque), qui n'admettait que les deux classes Criollo et Forastero, les Calabacillo rentrant, selon lui, dans les Forastcro. Le cacaoyer Criollo est la variété qui donne le meilleur produit. Ses amandes ont une finesse de goût incomparable et la torréfaction y développe un arome très agréable. Elles ont de plus cet immense avantage, que la fermentation nécessaire pour leur donner cet arome recherché s'obtient 1. Ce terme de cundeamor est dérivé du nom espagnol du fruit du Mormodica Charantia, dont la surface a un aspect verruqueux spécial. On peut donc traduire : fruit ressemblant à celui du Momordica Çharantia.


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très rapidement, ce qui représente une économie de temps et donne la certitude que, pendant les trois jours suffisants pour l'opération, elles ne subiront pas d'altération étrangère. Elles contiennent 51,5 % de beurre de cacao, proportion qu'on ne retrouve jamais aussi élevée dans les autres variétés. Ce Criollo des Espagnols est le Caracas des autres Européens et le Old red cacao de Ceylan. Au sujet du terme « criollo » M. Hart fait remarquer qu'il ne préjuge rien sur l'origine de la plante qu'il désigne, car rien ne prouve qu'il ait été créé à la Trinidad. Il est possible que la variété ait été

FIG.

transversales schématiques des fruits de Criollo, Forastero, Amelonado et Calabacillo (de gauche à droite).

6. — Coupes

introduite dans l'île sous le nom qu'elle portait dans son pays d'origine, très probablement l'Amérique du Sud1, et qu'elle l'ait simplement conservé. Criollo ne signifierait pas ainsi nécessairement : « indigène de la Trinidad ». Ce qui pourrait même faire, au contraire, penser que le terme a été créé ailleurs, c'est le fait que le cacaoyer dit trinitario, qui serait plutôt évidemment la vraie variété spontanée de l'île (ou tout ou moins subspontanée, car le Theobroma cacao a été introduit) n'est pas un Criollo, mais un Forastero. Ces ternies adoptés pour désigner les différentes variétés que nous signalons ici ne doivent donc pas être considérés aujourd'hui comme s'appliquant à une région déterminée, mais ont acquis un sens général, indépendant de tout lieu d'origine. 1. D'après M. Simmonds, qui, il est vrai, ne cite aucun fait sur lequel soient basées ses assertions (The commercial products of the vegetable Kingdom . le cacaoyer créole aurait été transporté du Mexique (où il avait été antérieurement introduit) dans les Antilles, tandis que le Forastero serait venu directement du Brésil.


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Entre ces trois grandes classes de variétés, telles que les admet M. Hart, les caractères distinctifs sont assez nets, au moins lorsqu'on considère les formes typiques, qui sont reliées l'une à l'autre par de nombreux intermédiaires. Les Criollo sont moins vigoureux et à ramification moins ample que les Forastcro. Les feuilles, relativement petites, ont une longueur de 12 à 30 centimètres sur 5 à 10 centimètres de largeur. Le fruit est à péricarpe mince, rétréci à la pointe (n° 2 de la fig. 5) ; les variétés rouges sont beaucoup plus fréquentes que les jaunes. L'amande est arrondie1, à tégument très mince ; sa section est blanche ou jaunâtre à l'état frais, et rouge ou, plus exactement, de la couleur du raisin de Corinthe, après la préparation. Dans la classe Forastero, les feuilles sont plus grandes que dans la précédente ; elles ont de 22 à 50 centimètres de longueur sur 7 à 13 centimètres de largeur. La fructification est aussi plus abondante et plus régulière ; les fruits sont à péricarpe plus épais, moins rétréci à la pointe (n° 1 de la fig. 5). Les graines, très rarement arrondies, sont presques toutes plates et comprimées, plus allongées et plus étroites dans leur forme générale que les graines des Criollo ; leur tégument, comme le péricarpe du fruit, est plus épais. Sur la section, l'amande, môme fraîche, est rouge ou violette; préparée, elle est brun foncé ou noirâtre; elle contient une assez grande quantité de principe amer, ce qui lui donne, avant la fermentation, un goût caractéristique que n'ont pas, au même degré, les fèves de la première classe. Aussi les Foraslero donnent-ils un produit de seconde qualité, plus amer et moins suave que celui des Criollo; et le temps de fermenta1. M. Hart, à qui nous empruntons les schémas-types que nous donnons fig. 7, fait cette restriction que, en fait, on trouvera couramment des graines qui ne correspondront exactement à aucun, et, que quelle que soit la variété, il y aura toujours, dans chaque fruit, des graines rondes, surtout aux extrémités. Mais la proportion en sera insignifiante dans les Calabacillo, tandis qu'elle sera très élevée dans les Criollo. Ces trois schémas ne représentent, en réalité, que les trois formes respectivement les plus fréquentes dans les trois variétés. Le Cacaoyer.

2


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LE

CACAOYER

tion nécessaire pour donner l'arome est, en outre, relativement assez long, oscillant entre six à sept jours. Par contre, ces arbres sont très rustiques, s'accommodent de sols peu fertiles, nécessitent beaucoup moins de soins de culture que les Criollo et sont bien moins facilement attaqués par les parasites. Par tous ces caractères, il est à remarquer que les Forastero semblent établir la transition entre les Criollo et les Calabacillo. Les variétés de la troisième catégorie présentent, en effet, mais à un degré plus élevé, les mêmes qualités et les mêmes défauts que ces Forastero. Elles ont une rusticité 1

FIG.

2

3

7. — Coupes longitudinales schématiques de graines de Criollo Foraslero (2) et Calabacillo (3).

(1),

encore plus grande, elles vivent dans des terrains encore plus pauvres et qui ne pourraient absolument pas convenir aux Criollo, et elles ont néanmoins une croissance plus rapide et plus vigoureuse. Mais aussi leur produit est de moindre qualité et nécessite plus de précaution et de dépensede maind'œuvre pour avoir une valeur commerciale ; la fermentation doit durer deux fois plus longtemps que celle des Criollo. Dans ces Calabacillo, les feuilles, comparées à celles des deux autres classes, sont plus petites et plus ovales. Les fruits, qui ici sont arrondis et lisses, sont également de plus faibles dimensions. Enfin les graines dont la saveur est très amère, sont, de même, plus petites, plus plates et plus étroites que celles des Forastero. Des trois classes ainsi caractérisées, on a pu voir, par le tableau précédent, que ce sont les Forastero qui renferment le plus grand nombre de variétés. Les Amelonado (rouges et jaunes) sont celles qui se rapprochent le plus des Calabacillo


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BOTANIQUE

DU CACAOYER

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au contraire, les Cundeamor verrugosa ont des fruits, qui, par leur forme et l'épaisseur du péricarpe, peuvent être confondus avec ceux des Criollo. Le tableau que nous avons donné indique donc, dans leur ordre naturel, les formes successives de transition qui amènent des Criollo typiques aux vrais Calahacillo. Dans la pratique, on conçoit combien il peut être parfois difficile de distinguer des variétés reliées par tant d'intermédiaires. Gomme cependant toutes ne correspondent pas aux mêmes conditions de végétation, le planteur ne devra choisir que des sortes bien caractérisées, pour donner la préférence à celle qui conviendra le mieux au terrain dont il disposera. Si ce terrain est très pauvre, il ne pourra cultiver que les Calahacillo ; si le sol est médiocre ou seulement bon, il plantera des Forastcro ; et ce n'est que si la terre est vraiment très riche qu'il pourra songer aux Criollo. On évitera, en tous cas, les plantations mixtes, toutes ces variétés d'arbres devant être traités de façons différentes. Pour la même raison, on ne peut approuver le système quelquefois adopté à la Trinidad et qui consiste à remplacer, dans une plantation de Criollo, les pieds qui ont péri par des pieds plus vigoureux de Forastero ou de Calahacillo. Mieux vaut laisser les places vides que de chercher ainsi à les utiliser. A côté des variétés précédentes il faut encore certainement placer, d'après M. K. Schumann, trois Theobroma que Bernoulli a signalés autrefois dans l'Amérique centrale et qu'il a décrits comme espèces, mais qui ne sont très vraisemblablement que des formes du Theobroma Cacao : ce sont les Thcobroma pentagonum, leiocarpum et Salzmannianum. Le Tlieobroma pentagonum Bern, est cultivé au Nicaragua et au Guatémala sous le nom de cacao lagarto. Il fournit une sorte très fine; et M. Hart, qui, comme M. K. Schumann. ne le considère que comme une variété du Theobroma Cacao, l'a introduit, en 1893, à la Trinidad. Ce Theobroma pentagonum diffère surtout de l'espèce-type par ses fleurs, qui sont deux fois plus petites. Le fruit, très voisin surtout de celui des Criollo, est à


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LE CACAOYER

section nettement pentagonale ; les arêtes sont bien marquées et les faces sont couvertes de gros tubercules irréguliers. Il mesure, en moyenne, 18 centimètres de longueur sur b centimètres 5 de largeur. Les rameaux et les pétioles jeunes portent un duvet roux. Les feuilles sont obovales, oblongues, acuminées et glabres sur les deux faces, sauf sur les nervures. Le Theobroma leioçarpum Bern, est également cultivé au Guatemala, où on le nomme cumacao. Son fruit

FIG.

8. — Fruit de Theobroma pentagonum.

FIG.

9. — Fruit de Theobroma leiocarpum.

est caractéristique : beaucoup plus court que dans les Theobroma Cacao et pentagonum, relativement beaucoup plus large ; ses dimensions, d'après la ligure donnée par Bernoulli, sont dix centimètres et demi de longueur sur sept ι


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centimètres de largeur. Sa surface est, en outre, lisse avec cinq légers sillons. Les rameaux et les feuilles ont les mêmes caractères que dans le Tlieobroma pentagonum. Quant au Theobroma Salzmannianum, c'est, pour Bernoulli, une espèce distincte, à cause de la forme de la languette des pétales, qui est longuement spatulée, et dont le sommet est tronqué et émarginé. Mais M. K. Schumann, qui a vu les échantillons récoltés près de Bahia par Salzmann, n'a jamais observé ces particularités et pense que M. Bernoulli a examiné une fleur anormale.

Theobroma bicolor Humb. et Bonp.

Syn. : Cacao bicolor Poir. ; Theobroma ovatifolia D. G. Cette espèce découverte par de Humboldt et Bonpland dans le Ghoco (province de Cauca), est très commune dans beaucoup de forêts des vallées de la Colombie et de la région brésilienne du Rio-Negro. Elle est, d'après Bernoulli, cultivée au Guatémala, où elle est appelée pataiste ou cacao de monte. Au Brésil, c'est le cupu-assu, terme qui s'applique cependant aussi, nous le verrons, au Theobroma grandiflorum1. 1. M. Peckolt (Hist. des plant, alimint. Bvasil) dit, d'autre part, que lutea; et M. Peckolt ajoute qu'avec la pulpe bien lavée du fruit de cette plante, qu'on passe, puis qu'on additionne de sucre, on fait une sorte de vin. Or, d'après le Bulletin de Kew (avril 1898), la description,du Deltonea lutea Peckolt, telle que la donne M. Ranci, ancien résident au Para, dans unrapport publié en 1887 et intitulé Condition of tropical and semi-tropical fruits in the United States, se rapporte exactement au genre Theobroma', et la description du fruit correspond, en particulier, à un fruit étiqueté à Kew sous le nom de Theobroma Martianum. Il faut rapprocher de cette remarque du Bulletin de Kew cet autre fait, signalé par Sender, que les « fruits de Deltonea lactea ou cupu-assu » (sic) servent à Belem, au Para, à préparer du cbocolat. Le prétendu Deltonea lutea de Peckolt serait donc bien vraisemblablement un Theobroma. Qu'est-ce toutefois que le Theobroma Martia le cupu-assu du Brésil est la plante nommée par lui Deltonea


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LE CACAOYER

En Colombie, elle est surtout connue sous le nom de hacao. Cependant, dans la province de Veragua, où M. Hart l'a trouvée spontanée en 1885, elle porte encore différents autres noms, tels que tiger-cacao, sans doute à cause de l'odeur rance des graines, Indian chocolate, parce que seuls les Indiens paraissent en faire usage dans cette région, où on ne l'utilise généralement pas, et wariba, terme qui dérive probablement de wari, nom indigène d'un pécari connu (comme toutes les espèces du genre) pour son odeur fétide. Toutes ces dénominations semblent indiquer que le Theobroma bicolor est de qualité inférieure. Et voici, en effet, ce qu'en disent de Humboldt et Bonpland. « Le Tlieobroma bicolor se trouve aujourd'hui cultivé à Carthago, petite ville située au pied des Andes de Quindin, dans la belle et fertile vallée du Cauca1. Les habitants connaissent cette plante sous le nom de hacao et en mêlent les graines, dans la proportion d une à trois, avec celles du Tlieobroma Cacao, pour en faire du chocolat. Le chocolat fait avec les graines seules du Theobroma bicolor n'est pas agréable ; il faut nécessairement y associer celles du cacao ordinaire. » Tous les autres auteurs signalent de même la forte saveur num ? C'est peut-être la seule espèce de Theobroma que nous ayons dû laisser de côté dans ce chapitre de la description botanique du genre. Nous ne connaissons, à son sujet, que la mention qui en est faite dans l'Index Kewensis. 1. La vallée du Cauca est située entre la chaîne occidentale et la chaîne centrale des Andes et à une hauteur moyenne de 1.400 mètres.


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arrière de ces graines. M. dans l'exportation; tout comme le prétend Don, des Theobroma Cacao. Espère-t-on cependant

FIG. 11. —

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CACAOYER

Hart ne pense pas qu'elles entrent au plus seraient-elles quelquefois, mélangées, par fraude, avec celles les améliorer par la

culture,

ou

Fruit de Theobroma bicolor.

même a-t-on obtenu déjà cette amélioration? C'est ce que pourrait laisser supposer, s'il n'y pas eu erreur commise, un rapport adressé, en 4896, au Foreign-Office par l'Ambassadeur d'Angleterre au Mexique, dans lequel il est dit que le Theobroma bicolor est cultivé dans cette contrée, en même temps que les Theobroma angustifolium et ovatifolium. Ce Theobroma bicolor est un arbre qui ne dépasse guère 3 ou 4 mètres de hauteur. Il est à rameaux étalés, blanc cendré ;


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LE CACAOYER

les feuilles, de 20 à 30 centimètres de longueur sur 11 à 15 centimètres de largeur, sont brièvement pétiolées (1 centim. 8 à 2 centim. 7), oblongues, obliquement cordées à la base, à 7 nervures, et cotonneuses en dessous. Les fleurs, réunies en assez grand nombre par bouquet, sont pourpre noirâtre; la base élargie de la corolle, deux fois plus courte que le calice, est uninerviée ; la languette est largement ovale, les étamines fertiles sont à quatre loges. Le fruit, vert à la maturité, est ovoïde, d'environ 15 centimètres de longueur sur 10 centimètres de largeur; il est à côtes peu marquées, mais entre lesquelles la surface est irrégulièrement bosselée. A l'état sec, le péricarpe est très dur. Humboldt dit que, dans la vallée du Cauca, on l'emploie pour faire des tasses, des gobelets et autres objets. Les graines ont 25 à 28 millimètres de longueur sur 18 à 20 millimètres de largeur.

Theobroma ovatifolium Sess et Moç. (D. C.)

Ce Theobroma, qui est sauvage au Mexique, est indiqué, par MM. Carl Mohr et Simmonds, comme une des principales sources du cacao très estimé de Soconusco1 Il est peut-être aussi cultivé, en même temps que le suivant, à l'Equateur, dans la province d'Esmeralda. Ses feuilles sont ovales, très entières, trinerviées à la base, peltées et légèrement cordées, obtuses au sommet, duveteuses et blanchâtres sur la face inférieure. Les fleurs sont petites, à sépales acuminés et coriaces. Sur chaque filet staminal, le nombre des loges, qui était de quatre dans toutes les espèces 1. D'après M. Schumann, le cacao de Soconusco proviendrait, au contraire, surtout du Theobroma angustifolium : cl le Theobroma ovatifolium donnerait plutôt le cacao d'Esmeralda. En fait, il est probable que ces deux espèces, qui ont une même origine et qui fournissent l'une et l'autre un bon produit, sont exploitées et cultivées indifféremment dans les mêmes régions.


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BOTANIQUE DU

CACAOYER

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que nous avons décrites jusqu'alors, s'élève à six. Le fruit est ovoïde, rugueux, à côtes très proéminentes. Le Tlieobroma ovatifolium est rapporté par Bernoulli au Theobroma bicolor ; il en est cependant distinct par le nombre des loges de chaque étamine (six au lieu de quatre), qui constitue un caractère important chez les Theobroma.

FIG.

12. — Rameau de Theobroma, angustifolium.

Theobroma angustifolium Sess et Moç. (D. C.)

Syn. : Theobroma macrantha Bern. Également mexicain, ce Theobroma donne un produit qui n'est pas inférieur au précédent. Il est aussi cultivé à Soconusco ; d'autre part, ce sont ses graines qui, à Costa-Rica, constituent le Cacao de Mico et à l'Equateur (avec celles du Theobroma ovatifolium) le cacao d'Esmeralda. Nous avons vu que M. Schumann le signale parmi les espèces brésiliennes.


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LE CACAOYER

Au Guatemala on le cultive sous le nom de cacaoyer de Costa-Rica. Dans le Theobroma angustifolium, les rameaux jeunes et les pétioles sont couverts de fins poils étoilés. Les feuilles sont à court pétiole, oblongues, atténuées aux deux extrémités, acuminées au sommet, avec trois fortes nervures à la base. La face supérieure porte d'abord des poils étoilés, mais, plus tard, est glabre; la face inférieure est poilue et tomenteuse. Le limbe mesure 15 à 20 centimètres de longueur sur 4 à 5 centimètres au plus de largeur ; il est quelquefois plus étroit. Les fleurs ont une couleur « jaune abricot sale » (sordide armeniacei, dit de Candolle). Les sépales sont coriaces; les pétales sont à base large et épaisse, parcourue par sept nervures, la languette s'élargissant peu à peu vers l'extrémité, qui est légèFIG. 13. - Fruit de Theobroma rement bilobée. Les étaangustifolium. mines fertiles sont à six loges; les filets stériles sont pétaloïdes obovés. Le fruit est irrégulièrement ovoïde, de 15 centimètres de longueur environ sur 7 à 8 centimètres de largeur, à surface couverte, d'abord, d'un duvet brunâtre, puis glabre. Les graines sont un peu plus grosses que celles des Theobroma Cacao.


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Theobroma subincanum Mart.

Syn. : Theobroma obovata Bernoulli; Theobroma ferrugineum Bern. Cette espèce, qui, d'après M. Schumann, n'est peut-être qu'une variété du Theobroma ovatifolium, est indigène au Brésil, au Pérou et à la Guyane; Pavon l'a trouvée aussi au Mexique. Au Brésil, Martius la signale dans la région du Rio Negro. C'est un grand arbre, dont les rameaux, à écorce gris-noiràtre. sont presque glabres quand ils sont âgés, mais sont couverts, quand ils sont jeunes, d'une pubescence rousse. Les feuilles sont oblongues, brusquement et longuement acuminées, arrondies et très entières à la base, avec, parfois, quelques dents au sommet ; elles sont vertes en dessus, roux-cendré en dessous. Les nervures sont proéminentes, mais le réseau peu marqué. Le limbe a de 28 à 38 centimètres de longueur sur 10 à 14 centimètres de largeur; le pétiole, épais, mesure en moyenne 1 centimètre 5. Les fleurs sont isolées, ou par deux ou trois, rarement par quatre. Les sépales sont tomenteux en dehors, glabres et granulés en dedans. La base des pétales est brièvement onguiculée, à sept nervures ; la languette est triangulaire, charnue, un peu émarginée au sommet. Les étamines stériles sont lancéolées, aiguës ; les fertiles sont à six loges. L'ovaire est subglobuleux, tomenteux ; les styles, accolés et glabres, sont deux fois plus longs. Il n'y a pas, pour M. Schumann, le moindre doute que le Theobroma obovatum Bern. (Klotsch ms.), dont la forme des feuilles est très variable, est le même arbre. Il est très probable aussi que le Theobroma ferrugineum Bern. doit être rapporté à cette espèce. Ce Theobroma ferrugineum, d'après Bernoulli, est appelé cacao bianco à Lima; et


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LE CACAOYER

Bernoulli pense que c'est à ce Theobroma qu'il faut encore rattacher les échantillons incomplets récoltés par Poppig et par Spruce, sous le nom indigène de cupua-i, ou cupu-ai. Le fruit du Theobroma ferrugineum est petit, ovoïde-arrondi, fortement verruqueux. D'autre part, selon M. Schumann, le Cacao silvestris d'Aublet, trouvé par ce botaniste dans les forêts marécageuses du Maripa et près du Sinémari, est, soit le Theobroma subincanum, soit le Theobroma grandiflorum. Le Cacao guyanensis du même auteur (Theobroma guianense Wild, l) est une espèce encore plus douteuse : les fleurs, les fruits et les feuilles n'appartiendraient pas au même arbre. Les fleurs sont absolument celles des Theobroma Cacao, et les feuilles et le fruit proviendraient d'un Tlieobroma subincanum.

Theobroma grandiflorum Schum.

Syn. : Bubroma grandiflorum Wild. ; Theobroma speciosum? Mart. ; Theobroma micranthum Bern. ; Theobroma silvestre Spruce. C'est un grand et bel arbre, ressemblant un peu à l'orme, à rameaux courts, tomenteux et roux. Les feuilles sont à court pétiole, lancéolées-oblongues, un peu inégales à la base, brusquement acuminées et très entières, sauf, pourtant, sur les jeunes, quelques dents au voisinage du sommet. La face supérieure est glabre et blanchâtre; la face inférieure est d'abord pubescente et rousse, puis glabre. Le pétiole mesure environ 1 centimètre de longueur ; il est épais, sillonné, charnu, revêtu d'un duvet roux ; les stipules sont subulées, caduques, un peu 1. Le Theobroma guianense Voigt, à feuilles acuminées, cordées, sublobées et inégalement dentées, à corymbes terminaux, et à petites fleurs blanches, n'est vraisemblablement pas même un Theobroma. Remarque analogue pour le Theobroma montanum Goud.


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DU

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CACAOYER

charnues et velues; le limbe a 18 k 58 centimètres de longueur sur 7 à 14 centimètres de largeur.

FIG.

14. — Rameau fleuri de Theobroma grandiflorum (d'après K. Schumann).

Les inflorescences sont axillaires, formées de quatre fleurs au plus ; les pédoncules ont, en moyenne, 4 centimètres de longueur, les pédicelles sont aussi longs; les bractées sont

FIG. 15

— Fragment de périanthe et étamines à

6

loges du

Theobroma grandiflorum.

linéaires, lancéolées et tomenteuses. Les fleurs sont les plus grandes du genre, trois fois plus grandes que celles du Theobroma angustifolium. Le calice, divisé, à peu près jusqu'au


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LE CACAOYER

milieu, en 3 à 5 lobes ovales, épais, velus sur les bords et en dehors, peut avoir 13 millimètres de longueur. La base large des pétales a environ 6 millimètres 5 de longueur sur 5 millimètres de largeur; elle est un peu cordée, légèrement tomenteuse sur la face externe, glabre à l'intérieur, charnue. La languette (5 millimètres' 5 de longueur et 2 millimètres de largeur) est triangulaire, avec un court onglet à la base, tronquée au sommet, légèrement émarginée. Le tube staminal est court, pourvu à la base de cinq groupes de glandes entremêlés de poils. Les étamines stériles sont pétaloïdes, triangulaires, brusquement et longuement acuminées; elles portent, au sommet de courts poils simples, orangés. Les filets fertiles sont deux fois plus longs que le tube, et portent, chacun, 6 loges. L'ovaire est tomenteux, pentagone, sphérique. Le fruit est ovoïde, à péricarpe faiblement ligneux, lisse et brun. Le Theobroma grandiflorum a été trouvé dans la HauteAmazone et au Para, où il fleurit en août. Il est appelé cupuassu par les Brésiliens, ainsi que le Theobroma bicolor.

Theobroma speciosum Spreng. (Wild. ms.).

Syn. : Theobroma suhincanum Spruce (et non Martius, comme le dit, par erreur, Sagot). L'arbre.est à rameaux noirâtres, velus seulement vers l'extrémité. Les feuilles ont un long pétiole, glabre et coudé, qui peut mesurer 6 centimètres environ ; le limbe a 25 centimètres de longueur sur 10 centimètres de largeur. Ce limbe est un peu ondulé sur les bords, ovale-oblong, rétréci à la base, glabre et vert sur la face supérieure, blancroux en dessous. Les inflorescences sont multiflores, à pédoncules et à pédicelles tomenteux. Les fleurs vues par Sagot étaient pourpre-


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noirâtre, à odeur agréable ; elles sont plus grandes que celles du Theobroma Cacao. Le calice est divisé, jusqu'au quart inférieur, en lobes oblongs-lancéolés, pubescents en dehors, glabres en dedans. Les pétales ont 1 centimètre de longueur; la base élargie (6 millimètres de longueur) est ventrue, à trois nervures; la languette est presque sessile, très entière, en

FIG.

16.

Feuilles des Theobroma quinquenervium, speciosum et Spruceanum (de gauche à droite).

coin à la base, largement ovale et légèrement émarginée. Le tube staminal porte inférieurement cinq groupes de glandes non entremêlés de poils : les étamines stériles sont grêles, les fertiles sont à six loges. L'ovaire est à cinq côtes, ovoïde, tomenteux, surmonté de styles soudés. Le fruit est pentagonal, tomenteux, un peu plus petit que ceux du Theobroma Cacao. Le Theobroma speciosum Spreng. est sauvage au Para.


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LE

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Le Theobroma quinquenervium Bern, et le Theobroma Spruceanum Bern, n'en sont que des variétés. Le Theobroma subincanum var. quinquenervium (Herrania guyanensis Sagot) a été trouvé par Spruce dans la région du Rio-Negro et par Sagot en Guyane française, sur les rives du Karouany, où il est toutefois assez rare. Il se distingue de l'espèce-type par ses feuilles plus grandes (30 centimètres de longueur sur 12 centimètres de largeur), mais plus brièvement pétiolées (1 centimètre). Ces feuilles sont, en outre, brièvement acuminées au sommet, fortement inégales à la base, arrondies et non en coin; les pétioles sont épais et velus. Tous les autres caractères sont ceux de l'espèce. Le Theobroma speciosum var. Spruceanum a été récolté par Spruce au Para, près d'Obidos. Les feuilles sont plus grandes encore que dans la variété précédente, mais elles sont aussi à pétiole court (1 centimètre 5) ; elles sont ovalesoblongues, plus égales à la base, avec un assez long acumen. Les fleurs ont les mêmes caractères que celles de l'espècetype et de la première variété, mais elles sont presque deux fois plus petites.

Theobroma microcarpum Mart.

Ce Theobroma habite les forêts du Haut-Amazone, dans le voisinage du fleuve. Ce serait un arbre dépassant 10 mètres de hauteur et pouvant mesurer 30 centimètres de diamètre à la base. L'écorce du tronc est brune et se détache par plaques. Les rameaux sont grêles, très légèrement velus. Les feuilles sont brièvement pétiolées ( 1 centimètre), oblongues-lancéoléés, longuement acuminées, très entières et glabres. Le limbe a de 10 à 17 centimètres de longueur sur 5 centimètres de largeur : il est blanc-verdâtre sur la face supérieure, vert pâle sur la face inférieure.


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Les fleurs sont axillaires, isolées ou réunies par deux ou trois, ou encore disposées en grappes sur de courts rameaux placés a l'aisselle des feuilles tombées. Le calice est divisé

FIG. 17. .— Rameau, avec fruit, de Theobroma microcarpum.

jusqu'à la base; les sépales sont oblongs-lancéolés, ciliés sur les bords et ne portent que quelques poils rares sur la face inférieure. La base des pétales est ovale, à cinq nervures. Le tube staminal est court ; les étamines fertiles sont à six loges ; Le Cacaoyer.

3


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LE

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les filets stériles, six fois plus longs, sont larges à la base, mais deviennent brusquement filiformes ; ils sont glabres et lisses. L'ovaire est pentagonal et tomenteux. Le fruit est ovoïde, de la grosseur d'une prune de Damas, à côtes longitudinales et marqué de fossettes dans les sillons.

Theobroma glaucum Karst. Ce Theobroma et tous les suivants sont des espèces douteuses, incomplètement décrites, et qui seront sans doute rapportées , lorsqu'elles seront mieux connues, aux diverses espèces que nous venons d'examiner. Le Theobroma glaucum est ainsi décrit par Karsten, qui le trouva sur les bords du Méta : « C'est un arbre de 7 mètres environ, à feuilles lancéolées, peu à peu atténuées à la base, très longuement acuminées au sommet, glabres et vertes en dessus, brunes et réticulées en dessous, couvertes, entre les nervures qui sont glabres, de fins poils verts très serrés. Le pétiole et les rameaux portent un duvet court ; le fruit est ellipsoïde, vert, indéhiscent. On emploie les graines avec celles du Theohroma Cacao. » Le Theobroma glaucum, d'après Karsten, se distingue du Theobroma bicolor par la base de ses feuilles, qui est étroite et non cordée, et par l'absence de poils sur les nervures de la face inférieure. Il s'en différencie en tout cas nettement encore par ses graines qui sont de saveur agréable, alors que celles du Theobroma bicolor sont amères. Malheureusement Karsten n'a décrit ni l'inflorescence ni la fleur. M. K. Schumann pense, sans cependant l'affirmer, que ce pourrait être le Theobroma subincanum Mart.

Theobroma sylvestre Mart. Sur les bords du Haut-Amazone, où Martius l'a découvert, l'arbre est appelé par les indigènes cacao rana.


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BOTANIQUE DU

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Les pétioles sont courts et velus. Les feuilles sont à base très inégale; elles sont trinerviées, largement ovales, ondulées, brièvement acuminées, glabres en dessus et avec un duvet roux sur la face inférieure. Sur l'échantillon figuré par Bernoulli elles ont 28 centimètres de longueur sur 8 centimètres de largeur. Il n'y a pas de poils sur les nervures.

Theobroma Martii Schumann.

Syn. : Theobroma nitidum Bern. La plante est brésilienne et peut-être n'est autre que le Theobroma grandiflorum. Rameaux et pétioles sont glabres. Les feuilles ont un court pétiole, sont presque régulières à la base, trinerviées, lancéolées ; elles sont très longuement acuminées, blanches en dessus et couvertes d'an fin duvet roux en dessous. Le fruit, de 5 centimètres de longueur, est ovoïde, obtus, vaguement pentagonal, revêtu de très courts poils bruns.

Theobroma album Bern.

Cet arbre a été vu en Guyane anglaise par Appun. Les rameaux et les pétioles sont presque glabres ; les feuilles sont brièvement pétiolées, a base à peu près régulière, elliptiques, très faiblement acuminées, glabres sur la face supérieure, couvertes de poils courts très blancs sur la face inférieure.


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LE CACAOYER

FAUX-CACAOYERS

Nous réunissons sous le nom de « faux-cacaoyers » tous ces arbres, autres que les Theobroma, dont les graines sont quelquefois employées, dans les pays d'origine, comme des succédanés du cacao. Nous croyons bon d'en dire quelques mots. Herrania albiflora Goud. C'est le cacao montaras ou simarron de la Colombie. « Cette espèce, dit Goudot (qui a créé le genre Hcrrania, dédié au général Herran, qui fut Président de la République de la Nouvelle-Grenade), croît dans les grandes forêts humides et chaudes qui environnent la ville de Mazo, célèbre par ses mines d'émeraudes. Je l'ai rencontrée en juin, couverte d'une telle abondance de fleurs et de fruits que les tiges paraissaient, dans quelques cas, presque entièrement cachées. On mélange les graines de cette plante avec celles du cacaotier cultivé ; et quelques personnes m'ont assuré qu'elles en rendaient le produit plus savoureux ; on en fabrique aussi, sans autre mélange, un chocolat dont les habitants font usage comme anti-fébrifuge. Cette substance, m'a-t-on dit, est d'une amertume très prononcée et contient plus de matière butyreuse que le chocolat préparé avec les graines du cacaotier ordinaire. » Les Herrania sont, du reste, si voisins des Theobroma que M. K. Schumann n'en fait, nous l'avons vu, qu'une section de ce genre. Ils sont caractérisés par leurs feuilles composéesdigitées, par leurs pétioles linéaires très longs, en spirale dans le bouton ; leurs étamines fertiles ont six loges. Les fruits ressemblent à ceux des Theobroma. L'Herrania albiflora est à fleurs blanches ; les étamines stériles sont ovales-aiguës, rabattues extérieurement. Herrania pulcherrima Goud. Les fleurs sont grandes et dis-


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BOTANIQUE

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CACAOYER

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posées en bouquets nombreux, qui sont composés chacun de vingt à trente fleurs ; le calice est rouge ; la corolle, de même couleur, est marquée de veines noires. Les étamines stériles, ovales-lancéolées, sont également rouges. « Cette belle plante, dit Goudot, a tout le port de l' Herrania albiflora ; elle habite les grandes forêts situées entre le Rio Arrari et le Guayabero, affluents du Haut-Orénoque, où les Indiens Gorequajes la désignent sous le nom de cacao cahouai. Je l ai retrouvée dans les vallées profondes et humides de la chaîne orientale des Andes, près de Savana-Grande et Payme ; mais elle y paraissait rare et isolée, ainsi que quelques pieds de l' Herrania albiflora, au milieu d'une plantation de cacaotiers cultivés. Je crois donc devoir regarder comme la patrie de cette espèce la région comprise entre les deux grands affluents de l'Orénoque, le Méta et la Guayabeira, situés par le 2° 4, lat. N. ». L'Herrania pulcherrima est le cacao cuadrado des colons et est encore appelé cacaito de monte. Une autre espèce du même genre, l' Herrania Mariœ Dne, à fleurs jaune-pourpre veinées de noir et à longs pétales rubanés, se rencontre au Brésil, dans la région du HautAmazone. Guazuma polybotrya D. C. D'après un rapport adressé, en 1870, au Foreign Office par l'ambassadeur d'Angleterre, le Guazuma polybotrya est, au Mexique, la principale de ces diverses espèces d'arbres qui sont exploitées à l'état sauvage sans être cultivées et qui sont comprises sous la désignation globale de guazumaco ou guacimo. Les guacimo de la Colombie sont les Guazuma ulmifolia Lamk. et Guazuma tomentosa var. Cumanensis Y). C. A Panama, cette variété Cumanensis du Guazuma tomentosa est, de façon plus précise, appelée guacimo torcido, et la variété Mompoxensis D. C. est le guacimo macho. Quararibea Cacao Bn. (Myrodia Cacao Tr. et Pl.). Comme l' Herrania albiflora, cette espèce est appelée en Colombie


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LE CACAOYER

Cacao simarron, ou sauvage, et, sans doute, ses graines sont employées de même ; dans le Magdelena, Bompland l'a entendu désigner sous le nom de Palo baston. Pachira aquatica. C'est le cacao sauvage de la Guyane, où il est abondant près des cours d'eaux; il fleurit toute l'année. Son fruit est une capsule déhiscente, mais qui, par la forme et la grosseur, rappelle le fruit des cacaoyers, sauf les sillons. Les graines sont mangées crues ou cuites, comme des châtaignes. Aux Antilles, l'arbre est vulgairement appelé, tantôt cacao sauvage, tantôt châtaignier ; en Colombie, où il est assez commun, c'est le Sapoto longo. Tous ces arbres que nous venons de citer appartiennent, au reste, à la famille des Malvacées, mais les plus voisins des Theobroma, au point de vue botanique, sont les Herrania et les Guazuma qui sont aussi des Buettnériacées. Les Quararibea et les Pachira rentrent dans la tribu des Bombacées.


III

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

Les fèves de cacaos ne sont pas livrées au commerce telles qu'on les extrait du fruit, après la cueillette. Elles subissent sur place, avant d'être exportées, une série de préparations qui ont pour but : 1° De les débarrasser de la pulpe sucrée qui les enveloppe; 2° De les dessécher et de tuer l'embryon, pour éviter toute altération pendant le transport ; 3° De produire dans l'amande des transformations chimiques qui modifient sa couleur et, en même temps, changent déjà, en partie, sa saveur amère en saveur douce, par suite d'une diminution dans la proportion des substances astringentes. Les opérations qui amènent à ce résultat sont un peu variables suivant les régions, et nous les décrirons plus loin avec détails. Pour le moment il suffît de rappeler que la principale de ces opérations est la fermentation. Dans quelques pays, comme au Venézuéla, les graines fermentées sont, en outre, terrées, c'est-à-dire roulées avec de la brique pilée ou de la terre rouge. Il y a donc lieu de distinguer, commercialement, les cacaos non terrés et les cacaos terrés, ceux-ci étant toujours reconnaissables à la poussière terreuse rougeâtre qui adhère à la coque. Quant à la fermentation, qui est reconnue par tous les planteurs, comme une opération nécessaire, et que tous les cacaos ont subie, on se rendra compte des transformations internes qu'elle provoque par l'étude chimique, que nous allons faire maintenant, des graines de cacao, considérées avant et après la préparation.


40

LE CACAOYÉR

Nous donnerons ensuite les principaux caractères des diverses sortes commerciales, en y ajoutant quelques renseignements généraux sur leur exportation et leur consommation.

ÉTUDE CHIMIQUE

La graine ou fève de cacao est composée de la coque, ou tégument, et de l'amande, qui constitue seule la partie alimentaire. Nous avons vu plus haut quelle est la forme générale de cette graine, qui peut varier quelque peu suivant les sortes et aider ainsi, jusqu'à un certain point, à les reconnaître. Sender prétend que le poids peut être un autre moyen de détermination, car, d'après ses recherches, 100 fèves ayant les provenances suivantes pèsent : Trinidad ordinaire —

fin

. .

— extra-fin Grenade moyen — fin Caracas Dominique Surinam fin _ _ (petit) Bahia Mexique Afrique

08 gr. 00 123 » 20 178 » 70 104 » 50 131 » 00 130 » 30 110 » 00 122 » 00 71 >» 50 118 » 00 136 » 50 128 »» 50

Semler ajoute cette remarque, que nous ne reproduisons qu'avec réserves et qu'il y aurait peut-être lieu de contrôler par des observations plus nombreuses, que les fèves qui pèsent le plus sont précisément celles qui sont le plus haut cotées et qu'il y a là, par suite, un second caractère d'appréciation.


ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

41

Il ressort, en tout cas, du tableau précédent qu'une graine de cacao pèse, en moyenne, 1 gramme 20. Dans ce poids total la coque entre pour une part qui est variable encore suivant les sortes. Le tableau ci-dessous donne les résultats obtenus à ce sujet par MM. Girard, Zipperer et Heisch. Les nombres donnés indiquent le rapport du poids de la coque au poids de la graine ; les observations de MM. Girard et Zipperer ont porté sur des graines crues, celles de M. Heisch sur des fèves torréfiées.

Trinidad Caracas Puerto-Cabello Guayaquil Surinam Para Bahia Ariba Haïti Port-au-Prince (Haïti). . . Martinique Cuba Grenade

Girard

Zipperer

Heisch

9.83 15.85 13.21 10.32 10.39

14 . 68 15.00 12.28 » 14.60 »

8.93 » 8.97

18.68 » 16.00 »

»

»

15.50 13.80 » 11.50 15.50 8.50 9. GO » » » » 12.00 14.60

On voit, en comparant les résultats donnés par M. Heisch et ceux de MM. Girard et Zipperer, que la torréfaction de la graine modifie peu le rapport. Dans l'un et l'autre cas on peut admettre comme moyenne celle qui est donnée par M. Zipperer : 15,34 %. La connaissance de ce rapport exact du poids de la coque au poids de la graine pour les diflérentes sortes présente, du reste, surtout un certain intérêt depuis une observation faite accidentellement par M. Hart. Ayant mis ensemble, par hasard, la pulpe du fruit et des fèves préalablement pelées, M. Hart constata que la fermentation se produisait beaucoup plus rapidement que lorsque ces fèves sont recouvertes de


42

LE CACAOYER

leur coque : au bout de trois jours, les amandes avaient pris un goût agréable de chocolat et la couleur claire de l'écorce de cannelle. La rapidité de la fermentation est donc en rapport avec l'épaisseur du tégument de la graine, c'est-à-dire avec la facilité de pénétration des liquides ; et ainsi est expliqué ce fait que les fèves de Criollo, à coque mince, fermentent après un temps beaucoup plus court que les fèves de Calahacillo ou de Forastero, à coque plus épaisse. Des nombres qui indiquent les rapports du poids de la coque au poids de la graine on peut, par suite, dans de certaines limites, déduire la durée de temps nécessaire à la fermentation. Pour une étude plus complète de la coque et de l'amande, nous allons maintenant examiner successivement et séparément ces deux parties. Coque. La composition des coques de cacao a été bien établie par les analyses minutieuses de MM. Harrison et Jenman, qui ont opéré sur deux variétés Calabacillo et Forastero. Ces analyses sont reproduites dans le tableau I ; pour chacune des deux sortes, elles ont été faites comparativement sur des coques de graines simplement desséchées et sur des coques de graines ayant subi la fermentation. Entre la composition des coques sèches et celle des coques fermentées les différences sont naturellement de même sens que celles que nous retrouverons, plus accentuées, dans les amandes, où leur examen offrira plus d'intérêt, puisqu'il nous permettra de préciser les modifications apportées dans le cacao par la fermentation. Mais ce qu'il importe surtout de constater pour les coques, et ce que mettent bien en évidence ces analyses, c'est que, sèches ou fermentées, ces coques de cacao renferment toujours, en proportions plus ou moins élevées, toutes les substances que contiennent les amandes, même les corps gras et la théobromine ; on voit, en outre, qu'elles sont riches en sels minéraux, particulièrement en sels de potasse, et le calcul établit qu'elles présentent les proportions centésimales d'azote suivantes :


ÉTUDE

CHIMIQUE ET COMMERCIALE

DUS

Après dessiccation Après

Calabacillo Forastero TABLEAU I.

1.542 1.687

Coques sèches

TOTAUX

fermentation

2.134 1.953

Analyses de coques de cacaos. CALABACILLO

Eau Albuminoïdes Substances azotées indéterminées Théobromine Caféine .. Substances grasses Glucose Saccharose Amidon Substances astringentes. . Pectine, etc Rouge de cacao Fibres digestibles, etc.... Fibres ligneuses, Acide tartrique libre Acide acétique libre Acide tartrique combiné.. Peroxyde de fer Magnésie Chaux Potasse Soude Silice Acide sulfurique Acide phosphorique Chlore

43

CACAOS

Coques fermentées

FORASTERO

Coques séches

Coques fermentées

12.400 6.092 traces 1.599 0.272 2.946 4.811 0.240 6.271 2.621 5.408 3.391 36.388 8.932 2.913 0.000 2.010 0.020 0.750 0.358 1.200 0.272 0.013 0.139 0.763 0.119

12.400 6.750 4.006 1.023 0.355 4.000 0.476 0.143 4.865 2.113 6.140 3.000 35.721 9.840 0.420 0.720 3 450 0.057 0.999 0.266 1.821 0.219 0.200 0.085 0.912 0.019

11.840 6.603 traces 1.808 0.306 2.186 5.200 0.473 6.779 0.561 5.849 3.662 34.100 12.753 3.148 traces 1.823 0.052 0.379 0.150 1.288 0.078 0.015 0.101 0.509 0.265

11.840 6.130 3.394 0.909 0.547 8.580 0.714 0.000 3.682 4.350 5.895 3.100 31.292 9.640 0.420 1.140 3.456 0.218 1 035 0.224 2.038 0.194 0.250 0.122 0.807 0.023

100.000

100.000

99.994

100.100

On s'explique donc que dans certains pays, comme en Irlande, en Suisse et en Italie, les coques de cacao soient parfois utilisées pour la préparation d'une boisson remplaçant le thé l. 1. Ce mode d'emploi date de longtemps déjà, car, en 1827, Gallais écrivait, dans une note de l'ouvrage que nous avons déjà cité : « La pel-


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LE CACAOYER

Malheureusement aussi des industriels peu scrupuleux profitent parfois de cette valeur alimentaire relative pour broyer les graines tout entières et introduire ainsi les coques dans les chocolats de qualité inférieure. Mais le plus souvent toutes ces pellicules, qui constituent un déchet important 1 puisqu'elles représentent en moyenne 15 % du poids des graines, sont employées comme fourrage ou comme engrais. Gomme fourrage leur emploi a donné des résultats satisfaisants. Payen, en 1870, disait à la Société nationale d'agriculture avoir entendu parlér d'un achat de 200.000 kilogrammes fait dans cette intention. D'après Reynal, on obtient une bonne ration de vache en mélangeant 2 kilogrammes de coques, 2 kilogrammes de paille et 2 kilogrammes de son. Boussingault, en 1883, a proposé le même aliment pour les moutons. Plus récemment, on l'a encore recommandé poulies chevaux : à ces derniers les coques de cacao sont données, le matin et le soir, en deux rations de 500 grammes, qu'on mélange avec l'avoine. Comme engrais 2, les coques de cacao servent, dans quelques licule du cacao contient beaucoup de mucilage et un principe légèrement amer, qui, par l'ébullition, communique au lait quelque saveur. Une décoction faite de cette manière est le déjeuner ordinaire d'un grand nombre d'habitants de la Suisse et de la Belgique.; aussi exportet-on pour ces pays une quantité considérable de coques de cacao ». En Italie, cette boisson est appelée misérable. 1. En 1886, les usines allemandes ont produit plus de 7.500 quintaux de ce déchet. 2. Nous verrons plus loin que, pour la préparai ion du chocolat, on grille les fèves, puis on les broyé au moyen d'appareils spéciaux. Or ce broyage donne un résidu, eu poudre line, qui représente encore 10 % du poids des fèves. En 1860, un chimiste, M. Frédéric Weill, a proposé — et nous ignorons si son conseil a été suivi — d'employer également ce résidu inutilisé : d'une part, comme matière première pour l'extraction du beurre de cacao, dont il renferme 19 %; d'autre part, comme engrais, en raison de la forte dose d'azote qu'il contient. Pour réaliser ces deux applications, il suffit d'extraire le beurre de cacao par le sulfure de carbone ou la benzine, qu'on fait ensuite évaporer. Ces agents ne dissolvant pas les matières azotées, le résidu contient, d'après l'analyse, 2 kilogrammes 123 d'azote pour 100 kilogrammes de poudre, c'est-à-dire constitue un excellent engrais.


ÉTUDE

CHIMIQUE

ET COMMERCIALE DES

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CACAOS

parties de l'Allemagne et de la Belgique pour fumer les vignes. Il paraît, d'autre part, que les usines Menier ont vendu quelquefois leurs déchets pour la fabrication de l'engrais dit tafo. A Haïti et sur le continent américain, les coques ont un autre emploi : on les incinère et on obtient une potasse très estimée. TABLEAU

II.

— Analyses d'amandes

de cacaos Calabacillo et Forastero.

CALABACÏLLO

Amandes sèches

Eau Albuminoïdes

Amandes fermentées

FORASTERO

Amandes séches

Theobromine Caféine Corps gras Glucose Saccharose traces Amidon 5.735 Substances astringentes.. 7.024 Pectine, etc . . 1.580 Rouge de cacao 4.497 Fibres digestibles, etc ... 7.287 Fibres ligneuses 4.017 Acide tartrique libre 0 120 Acide acétique libre 0.000 Acide tartrique combiné. . 0.726 Peroxyde de fer 0.048 Magnésie 0.493 Chaux 0.082 Potasse 1.283 Soude 0.30 4 Silice 0.024 Acide sulfurique 0.120 Acide phosphorique 1.141 Chlore 0.028

6.080 7.310 3.406 1.659 0.051 48.400 1.000 0.000 5.329 5.972 1.950 2.300 6.182 4.600 0.500 0.900 0.624 0.115 0.621 0.196 0.980 0. 477 0.037 0.051 1.179 0.021

5.000 7.228 4.081 1.321 0. 332 45.831 0.247 1.373 1» 043 7.329 2.008 2.311 3.909 5.435 0.057 0.000 0.729 0.048 0.680 0.153 0.951 0.101 0.024 0.072 1.505 0.047

100.093

100.000

99.995

Substances azotées indéterminées

TOTAUX

5.000 10.202 0.800 2 059 0.164 44.574 1.510

Amandes fermentées

6.280 6.130 2.525 1.480 0. 414 52.120 0.500 0.000 6.750 3.470 0.770 2.850 5.752 0.200 0.420 0.000 0.590 0.057 0.621 0.154 0.776 0. 196 0.020

traces 1.210 0.043

100.000

Amandes. Dans le tableau II ci-dessus nous avons reproduit les analyses très précises faites par MM. Harrison et Jenman sur des amandes de Calabacillo et de Forastero,


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LE CACAOYER

avant et après la fermentation ; et dans le tableau III nous avons réuni les principales analyses, beaucoup plus sommaires, faites par divers auteurs, sur des amandes de provenances variées, fermentées mais non torréfiées. En comparant toutes ces analyses, ou simplement celles de MM. Zipperer et Harrison, on peut se rendre compte que les résultats en sont quelque peu variables et que les cacaos de diverses origines n'ont pas tous la même composition 1. La proportion centésimale des matières azotées autres que la théobromine est de 13.31, par exemple, dans les sortes de Puerto-Cabello, et de 19.46 dans celles d'Ariba ; la proportion de beurre de cacao peut de même varier de 48 à 52 : les substances astringentes sont en assez grande quantité dans les cacaos de Guayaquil et beaucoup moins abondantes dans ceux de Caracas. Il est donc difficile de donner une composition bien déterminée des amandes de cacao. On peut dire seulement, d'une manière générale, que ces amandes contiennent environ moitié de leur poids de substances grasses concrètes, qui constituent le beurre de cacao] et l'autre moitié est composée surtout par des matières azotées (11 à 20 %), de l'amidon (G à 12 %), un alcaloïde, la théobromine (1 à 2 %), une matière colorante, le rouge de cacao (2.50 % environ), des substances astringentes et des substances minérales. Le beurre de cacao constitue la principale substance de la graine ; l'aliment est complété par les matières azotées, dont la proportion est supérieure à celle que l'analyse révèle dans les grains des céréales, et par l'amidon, dont la quantité est toutefois relativement faible. La théobromine représente le principe excitant; et le rouge de cacao, après les transformations que lui ont fait subir la fermentation puis la torréfaction, donne au produit, en même temps que sa coloration particulière, son arôme spécial. Beurre de cacao. Le beurre de cacao est un corps gras, \. D'après d'autres analyses de M. Zipperer, que nous croyons inutiles de donner, la composition des coques varie, du reste, quelque peu, comme celle des amandes, suivant les provenances.


ÉTUDE

CHIMIQUE ET COMMERCIALE

DES CACAOS

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LE CACAOYER

solide à la température ordinaire ,de nos régions mais commençant à se ramollir vers 25°. 11 est onctueux au toucher, jaune brillant quand il est frais, à cassure cireuse ; sa saveur douce et agréable rappelle celle du chocolat. Sa densité, d'après Hager, est de 0,950 à 0,952 quand il est frais et de 0,945 à 0,946 quand il est ancien. Dietrich donne toutefois des nombres plus élevés : 0,979 à 0,982. Très peu soluble, à froid, dans l'alcool, il est complètement soluble dans l'éther. La solution dans l'alcool bouillant donne, par refroidissement, un mélange d'alcool et de beurre très divisé qui reste en suspension dans le liquide. Le point de fusion est un peu variable suivant les provenances : Graines crues

Machala Caracas Ariba Port-au-Prince Puerto-Cabello Surinam Trinidad

34°5 33°5 33°75 34°25 33°5 34°2 34*

Graines torréfiées

34° 33° 31°5 33°8 33° 34° 34°

Ces différences sont dues à ce que les divers principes immédiats dont le mélange constitue le beurre de cacao ne sont pas toujours exactement dans les mêmes proportions dans les diverses sortes. Ces principes sont l'oléine, la stéarine, la palmitine et la laurine, qu'accompagnent de faibles quantités d'acides gras libres. M. Graf signale, en outre, dans le beurre de cacao la présence, comme substances insaponifiables, de là cholestérine et d'un alcool supérieur indéterminé. L'acide théobromique signalé autrefois par M. Kingzett n'a été retrouvé ni par M. Traub, ni par M. Graf. Voici quelles sont, d'après M. Zipperer, les quantités % d'acides gras obtenus par la décomposition de beurres extraits de divers cacaos :


ÉTUDE

CHIMIQUE

ET

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COMMERCIALE DES CACAOS Acides gras %

Machala Caracas Ariba Port-au-Prince Puerto-Cabello Surinam Trinidad

95°4 95°0 94°5 95°1 93°8 94°9 95°2

Pour toutes ces sortes le point initial de fusion de la totalité des acides gras est de 50°75 et le point terminal 53°. On a quelquefois pensé à utiliser la connaissance de ces points de fusion pour reconnaître les falsifications du beurre de cacao, mais le procédé n'offre aucune garantie de certitude. M. Zipperer a, en effet, mélangé avec du beurre de cacao 10 % de suif de mouton et a comparé les points de fusion des acides gras de ce mélange avec ceux du beurre pur. Dans l'un et l'autre cas il a trouvé, comme point initial de fusion, 50° 5, et, comme point terminal, S30. Malgré la quantité relativement grande de suif introduit dans le beurre normal, il n'y a pas, on le voit, de différence appréciable, et la falsification, par cette méthode, ne peut être reconnue. Le beurre de cacao, quoiqu'on dise et écrive quelquefois le contraire, rancit facilement au contact de l'air. Quelques auteurs prétendent toutefois que le beurre qui provient des graines terrées rancit plus aisément et se conserve moins bien que celui qu'on extrait du cacao qui n'a pas subi le terrage. Pour l'extraction de ce beurre des graines il est plusieurs procédés. Une méthode souvent employée est celle de Josse, que recommandent Henry et Guibourt : on prend du cacao mondé, qu'on pile, en pâte fine , dans un mortier chaud; puis on ajoute un quart de litre d'eau bouillante par kilogramme et on soumet cette pâte, entre deux plaques de fer bien chauffées, à une forte pression, dans un sac de coutil épais. On recueille le beurre qui s'écoule. Quelquefois on évite d'ajouter de l'eau, qui peut être une cause de rancissement. Le Cacaoyer.

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LE CACAOYER

Un autre procédé est celui de Demachy. Le cacao, ici, est pris non mondé et brassé fortement dans un sac en toile d'emballage très rude, afin de nettoyer sa surface. On réduit ensuite les graines en une poudre assez fine pour qu'elle puisse être passée au tamis de crin et on transporte cette poudre sur un tamis plus serré, préalablement exposé au-dessus d'une bassine qui contient de l'eau bouillante et des plaques de métal. Ce tamis est recouvert avec les sacs de toile ou de coutil dont on doit se servir dans l'opération. Lorsque la masse est bien humectée par la vapeur d'eau qui se dégage de la bassine, on la met dans les sacs qui ont servi à recouvrir le tamis et on place enfin ces sacs entre les plaques chaudes de métal, qu'on soumet à la presse, d'une manière graduée. Le beurre s'écoule en assez grande quantité et est, en cet état, assez pur pour être employé à tout usage. Quel que soit le procédé auquel on ait recours, le produit est ensuite purifié par fusions successives dans l'eau chaude. Dans l'industrie, le beurre de cacao est surtout extrait des sortes de qualité inférieure. Nous avons dit que ses falsifications ne pouvaient être décelées par la détermination des points de fusion. Pour reconnaître s'il y a, ou non, mélange avec des corps gras étrangers, d'autres méthodes ont été encore proposées, dont la plupart ne donnent que des résultats tout aussi incertains. Une seule est sûre, d'après M. Zipperer ; c'est celle de Bjorklund : Trois grammes de beurre de cacao sont dissous dans six grammes d'éther. Si le liquide reste clair, il n'y a pas de cire ; on le mélange alors avec de l'eau, à 0° et on observe quel temps est nécessaire pour que le liquide commence à se troubler ou pour que des flocons blanchâtres se déposent ; on détermine également ensuite à quelle température la liqueur redevient claire. Si, à 0°, la solution se trouble ou s'il s'en sépare des flocons avant dix minutes, le beurre n'est pas pur, car ce beurre pur ne trouble la solution qu'au bout de dix à quinze minutes. D'autre part, quand la température s'élève audessus de 0° la solution doit redevenir claire à 19 à 20°. S'il y


ÉTUDE CHIMIQUE

ET COMMERCIALE DES CACAOS

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a addition de 5 % de graisse de bœuf, le trouble commence à 0° au bout de huit minutes et disparaît à 22°; pour 15 à 20 % de cette même graisse, le trouble se manifeste après quatre à cinq minutes et cesse de 22°5 à 28°S. Pour distinguer le beurre de cacao du beurre de coco Hager donne le procédé suivant : on dissout le beurre, à douce température, dans trois parties d'alcool amylique. Le beurre de cacao, après vingt-quatre heures, donne un dépôt cristallin au fond de la solution, dont la partie supérieure reste claire ; le beurre de coco, dans les mêmes conditions, reste entièrement dissous. Amidon. — L'amidon du cacao, signalé, pour la première fois, par Lampadius, puis bièn étudié par Payen, se présente sous forme de petits grains de 5 à 10 millièmes de millimètres de diamètre c'est-à-dire environ vingt fois plus petits que ceux de la pomme de terre. Ces grains sont groupés par trois ou quatre et on n'y distingue nettement ni le hile ni les cercles concentriques. Ils se colorent difficilement en bleu par l'eau iodée et la coloration disparaît rapidement. Pour les reconnaître, au microscope, dans les cellules des graines, où leur répartition est très irrégulière, MM. Girardin et Bidard recommandent plutôt l'emploi de la teinture éthérée d'iode. On fait agir cette teinture sur des coupes minces et on laisse la préparation se dessécher légèrement pour chasser l'excès d'iode et d'éther. La coloration des grains est d'un bleu intense. La teinture éthérée présente cet avantage qu'elle dissout la matière grasse et éclaircit ainsi la coupe. Théobromine. — Cet alcaloïde, qui a été découvert en 1840 par A. Woskressensky, est voisin de la caféine, avec laquelle il rentre dans la série urique. Sa formule est C7 H8 Az4 O2, alors que la formule de la caféine (ou théine) est C8 H10 Az41 O2. Pour préparer la théobromine on réduit en poudre les graines de cacao et on fait infuser la poudre dans dix fois son poids d'eau, pendant une heure. Après refroidissement, on décante la couche de beurre qui surnage, puis on passe le liquide, en exprimant le résidu. Ce liquide est alors traité par


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l'acétate neutre de plomb ; on filtre pour enlever le précipité formé et dans la liqueur filtrée on fait passer un courant d'hydrogène sulfuré, pour précipiter le sel de plomb restant. On filtre de nouveau et dans la liqueur filtrée se trouve la theobromine à l'état d'acétate, mais, la solution étant très acide et l'alcaloïde ne pouvant guère cristalliser, on traite par la potasse, qui s'empare de l'acide acétique, et par l'éther qui dissout la theobromine. On décante alors la solution éthérée avec une pipette et on l'abandonne à l'évaporation ; il se forme des cristaux de théobromine, qu'on purifie par plusieurs traitements à l'éther. La fin de l'opération peut d'ailleurs être conduite un peu différemment. Quand le liquide a été de nouveau filtré, après précipitation, par l'hydrogène sulfuré, du sel de plomb restant, ce liquide est soumis à l'évaporation, et on reprend le résidu par l'alcool bouillant, qui s'empare de la théobromine et l'abandonne cristallisée, en même temps qu'un peu de caféine. On a pu voir, en effet, par les analyses de M. Harrison, que les graines de cacao, en plus de leur alcaloïde propre, contiennent un peu de caféine. La théobromine cristallise en prismes anhydres, qui se subliment, sans fondre, vers 290°. Elle est légèrement amère, à saveur rappelant celle du cacao. Elle est peu soluble dans l'eau, même bouillante : à 100°, il faut 148 parties o d'eau pour dissoudre une partie de théobromine ; à 17°, un litre d'eau n'en dissout qu'un gramme. A 17° une partie de l'alcaloïde n'est dissoute que par 4,284 parties 5 d'alcool; à 78°, il suffit, pour la même quantité, de 422 parties 5. La théobromine est plus soluble dans le chloroforme et se dissout rapidement dans l'ammoniaque ; elle ne se dissout pas dans la benzine. En traitant la théobromine par une solution ammoniacale de nitrate d'argent, Strecker a obtenu un précipité cristallin G7 H7 AgAz4 O2 ; et cette théobromine argentique, soumise à l'action de l'iodure de méthyle, a donné à son tour de la caféine. On peut ainsi, avec la théobromine, obtenir l'alcaloïde voisin.


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La théobromine est un diurétique puissant, en même temps qu'elle ralentit la désassimilation. La présence de la caféine, qui accompagne en faible quantité la théobromine dans les fèves de cacao, a été signalée pour la première fois par James Bell. Pour extraire cette caféine, on traite les fèves par la benzine et on fait évaporer la solution ; puis le résidu gras est repris par l'eau chaude. L'extrait aqueux est desséché, et l'alcaloïde est dissous par la benzine et purifié par plusieurs cristallisations successives. On obtient des cristaux en longues aiguilles, qui fondent à 225° ou 230°, mais subliment déjà, en petite quantité, à 120°. Ces propriétés caractérisent bien la caféine, car la théobromine sublime, sans fondre, à 290°. Rouge de cacao. — « C'est, dit Tuchen, une matière colorante qu'on peut précipiter de l'extrait aqueux du cacao par l'acétate basique de plomb ; on la sépare du précipité par le sulfure du carbone. Elle est soluble dans l'eau et dans l'alcool, et se colore en vert par les sels de fer. Avec la théobromine, elle donne au cacao sa saveur propre. » Elle est aussi la cause de la coloration des fèves préparées, et, d'après M. Zipperer, elle prendrait naissance, par oxydation, pendant que ces fèves se dessèchent. Le même chimiste la considère comme un mélange de résine et de tanin. Il la prépare de la manière suivante : 100 grammes d'amandes sont débarrassées de leur matière grasse par l'éther de pétrole, puis desséchées et mises à macérer, pendant sept jours, dans un litre d'alcool absolu. Au bout de ce temps, la solution est filtrée, et le résidu de cette solution filtrée et évaporée est composé de 2.644 %, de résines et de tanins, parmi lesquels des phlobaphènes. Cet extrait alcoolique est ensuite repris par l'eau, qui ne dissout ni les résines ni les phlobaphènes; la solution aqueuse évaporée abandonne, par rapport au poids total des fèves employées, 0,4565 % de tanin. Traité à son tour par les acides, ce tanin donne 30,2 % de sucre, c'est-à-dire 0, 1377 % du poids des fèves.


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Le tanin ainsi obtenu est amorphe, brun-noirâtre ; il réduit déjà légèrement la liqueur de Fehling et précipite la gélatine ; l'acide chlorhydrique le colore en rouge écarlate, et une addition de potasse en jaune-brun. Quant au résidu de l'extrait alcoolique non dissous par l'eau, il est repris par 200 centimètres cubes d'eau ammoniacale (2 %) pour isoler les phlobaphènes de la résine. Après évaporation on obtient 2 % de ces phlobaphènes, qui, même après l'action des acides, ne réduisent pas la liqueur de Fehling. Ce que n'a pas dissous la solution ammoniacale, et qui représente 0,0075 %, est considéré comme de la résine. Substances minérales. — Si l'on se reporte au tableau III, on voit que les proportions des substances minérales indiquées par les divers auteurs dans les amandes de cacao, varient, en général, entre 3 et 4 %. De même, d'après les analyses de M. Harrison (tableau II), les amandes sèches de Calabacillo contiennent 3,583 % de ces matières et les amandes de Forastero, 3,641. A ces analyses nous ajouterons encore la suivante, qui a été faite par M. Boname et qui établit la composition centésimale des cendres de ces mêmes amandes : Acide phosphorique Acide sulfurique. · Chlore Chaux Magnésie.... Potasse..-.. Soude Oxyde de fer Silice Acide carbonique

·.·.

26,06 4.43 0,35 3,83 12,80 39,81 1,26 0,30 traces 11,15

Cette analyse et celles de M. Harrison nous montrent — et c'est là le principal point intéressant à retenir — que les éléments minéraux dominants, dans les graines de cacao, sont l'acide phosphorique, la potasse et la magnésie. Ce sont, par suite, là les trois éléments qu'il faut surtout avoir soin de restituer, par la fumure, aux cacaoyères dont les terrains s'appauvrissent.


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Il n'est pas inutile enfin de mentionner qu'en plus des substances minérales citées dans les précédents tableaux, quelques chimistes, comme MM. Duclaux, Skalweit et Galippe, ont trouvé dans les fèves de cacao des traces de cuivre. M. Duclaux indique, pour différentes sortes, les quantités suivantes de cet élément, dosées clans 1000 grammes d'amandes ou de coques : Amandes de Maragnan — — — Caracas — Guayaquil — cacao des îles Coques de Maragnan — Caracas — provenance indéterminée — —

0 gr. 040 0 » 025 0 » 009 0 » 024 0 » 021 0 » 225 0 » 200 0 » 250 0 » 035

Ce cuivre est toujours engagé dans une combinaison insoluble dans l'eau. On voit qu'il est en quantité bien plus considérable dans les coques que dans les amandes ; M. Duclaux fait remarquer que son dosage peut ainsi servir d'élément d'appréciation lorsqu'il s'agit de savoir si l'on a fait entrer les coques dans la fabrication du chocolat. Cette présence du cuivre n'a toutefois pas été constatée par tous les chimistes ; elle dépend donc vraisemblablement de la composition du sol. Il n'en importe pas moins de la signaler pour éviter, au cas où on la constaterait, d'en conclure à une falsification du cacao.

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La consommation totale annuelle de cacao en Europe peut être évaluée à plus de soixante-cinq millions de kilogrammes, dont environ 16 pour la France, 20 pour l'Allemagne, 12 pour l'Angleterre, 10 pour l'Espagne et 1 pour la Russie.


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D'après le journal le Grocer, de Londres, et l' Institut international de statistique, cette consommation, en 1889, se répartissait ainsi, en moyenne, par habitant : Espagne France Angleterre Danemark Allemagne Norwège Suède Autriche

403 grammes 312 » 155 » 122 » 57 » 53 » 22 » 10 »

On voit que, pour quelques pays du moins, et surtout pour l'Allemagne, ces chiffres se sont sensiblement modifiés en ces dernières années. D'autre part, les principaux marchés d'Europe, pour le cacao, sont les suivants, en regard de chacun desquels nous avons indiqué les sortes surtout importées. Londres : Guayaquil ; Trinidad ; Grenade ; Carupano ; Surinam ; Caracas ; Bahia. Le Havre : Maragnan ; Caracas ; Haïti ; Guadeloupe ; Martinique; Trinidad; Equateur. Hambourg : Guayaquil ; Caracas ; Carupano ; Puerto-Cabello ; Saint-Domingue ; San-Thomé ; Cameroun. Liverpool : Guayaquil; Bahia-; Saint-Domingue. Bordeaux : Guayaquil ; Caracas ; Carupano. Marseille : Brésil; Martinique; Guadeloupe; Vénézuéla. Lisbonne : San-Thomé. Santander : Guay aquil ; Caracas; Saint-Domingue. Amsterdam : Surinam ; Java. Anvers : Saint-Domingue; Bahia. Anvers s'approvisionne aussi en grande partie, et de plus en plus, au Havre et en Espagne. Entre toutes ces sortes, de provenances si diverses, il est certain qu'il y aurait un intérêt pratique à pouvoir établir des caractères distinctifs; et on donne, en effet, souvent comme


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tels les dimensions, la forme et la couleur des graines et même leurs réactions chimiques. Ainsi M. Trojanowsky "pense qu'on peut reconnaître chimiquement les principales sortes de cacaos en suivant la marche ci-dessous, qui est indiquée dans beaucoup de traités, et que nous reproduisons d'après M. Zipperer : On réduit en poudre 2 grammes d'amandes et 2 grammes de sucre et on additionne le mélange de 30 centimètres cubes d'eau distillée ; puis on filtre après 24 heures. A une partie de la solution on ajoute quelques gouttes d'acide sulfurique. I. Les premières gouttes ne produisent aucun changement de coloration. 1. Dans une nouvelle partie de la solution on verse une solution d'azotate de cuivre. a. La solution prend une couleur plus bleue et se trouble ; par ébullition, elle devient verte avec séparation de petits flocons bleus : Caracas. b. La solution se colore en vert avec précipité bleu; par ébullition, les petits flacons deviennent plus bruns : Puerto-Cabello, Surinam. 2. Dans une nouvelle partie du liquide, on verse de l'acide nitrique. a. Aucune réaction : Surinam, b. Solution devenant jaunâtre : Puerto-Cabello. II. Après addition des premières gouttes d'acide sulfurique, la solution devient rouge framboise vif; après une nouvelle addition, elle devient brun trouble et enfin brun noir. 1. A une nouvelle partie du liquide on ajoute du nitrate d'argent : a. Précipité blanc : Para, Guayaquil, Trinidad, Ariba, Portau-Prince. b. Précipité gris-violet; la solution est : α incolore : Domingo, β rougeàtre : Bahia. γ rose, avec flocons bleu-violet : Martinique. 2. Λ une nouvelle partie on ajoute de l'acétate de plomb : a. petits flocons brun-clair; solution rougeâtre : Para. b. flocons blancs : Trinidad, Guayaquil, Ariba, Port-auPrince.


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3. On ajoute du chlorure de zinc. Précipité rose dans un liquide qui est également rose, mais qui, à l'ébullition, devient * a. plus clair : Guayaquil, b. faiblement violet : Trinidad, c. rouge feu : Port-au-Prince. 4. On ajoute à une nouvelle partie du liquide de l'azotate de mercure. Le précipité est rose et n'est pas modifié par l'ébullition : Ariba.

Mais a priori il est déjà permis d'élever quelques doutes sur la valeur réelle de ces déterminations. Grâce à la facilité des communications, les variétés de cacaoyers réputées les meilleures sont maintenant introduites un peu partout dans les pays dont le climat est favorable à cette culture ; et des sortes de Caracas, par exemple, peuvent être cultivées à la Trinidad et provenir de cette île. D'un autre côté, les réactions précédentes étant dues à la composition chimique des graines, qui est elle-même en rapport avec le sol, on peut supposer que ces réactions, pour une même sorte, varieront avec la provenance, et même, dans une seule région, seront différentes pour des plantations voisines, dont les terrains ne sont pas nécessairement identiques. Les caractères propres de la sorte, les caractères dus au sol et les caractères dus au mode de préparation se combinant, il est bien difficile, en un mot, d'admettre comme base sûre et constante de détermination des tableaux comme le précédent. Nous avons donc cru bon de répéter sur un très grand nombre d'échantillons, catalogués au Musée colonial de Marseille, et de provenance certaine, les essais de M. Trojanowsky ; et nous avons eu la bonne fortune de pouvoir, en particulier, examiner à ce point de vue une trentaine de sortes ayant toutes la même origine et provenant de la Guadeloupe. Nous donnons dans les tableaux ci-joints les résultats de nos essais ; nous avons, comme M. Trajonowsky, laissé, pendant 24 heures, dans 30 centimètres cubes d'eau distillée un mélange pulvérisé de 2 grammes de fèves non torréfiées et de 2 grammes de sucre. Nous ne nous occuperons d'abord que des cacaos de la


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Guadeloupe, presque tous envoyés au Musée par la Chambre de commerce de l'île. TABLEAU

IV. —■ Réactions chimiques de cacaos de la Guadeloupe.

PROV ENANC ES

COULEUR NORMALE I>E EA SOLUTION

APRÈS ADDITION D' ACIDE

SULFURIQUE

Pointe-à-Pitre (Vignes) brune rose brunâtre (Cayrol) brune rose pâle er (La Barbe 1 échant.) rouge foncé rouge groseille vif (La Barbe 2° — brune rouge groseille pâle (Gde Anse des Haies) rose brunâtre rouge Pointe-Noire (Butel) rose rouge groseille Sainte-Rose (Plessis-Nogent) rouge foncé rouge groseille vif Crédit foncier colonial brun rougeàtre rose La Grivellière (N° 1 terré) brun citrin aucun changement (N° 1 non terré) brune aucun changement (N° 2 terré) brun citrin aucun changement (N° 2 non terré) brun citrin aucun changement — (N° 3 terré) brun citrin aucun changement (N° 3 non terré) brun citrin aucun changement (N° 4 terré) brun citrin aucun changement (N° 4 non terré). brun citrin aucun changement Chambre de commerce de Bsse-Terre rouge foncé rouge groseille vif Basse-Terre (Lacour, exportateur).. rouge foncé rouge groseille vif Trois-Rivières (Laméol) brune jaune rougeâtre — (Mlle Reinette) rouge foncé rouge groseille vif (Léo Dufau, 1er éch.) rouge foncé rouge groseille vif (Léo Dufau, 2e —) brun citrin aucun changement (Roullet-Degazon)... brun citrin rose excessivement pâle Bouillantes (De Blaine) brune rose pâle Grande-Rivière rouge foncé rouge groseille — (Rollin, terré) brun citrin brun légèrement rosé (Rollin n° 2) brune aucun changement — (Rollin n° 3, grosses fèves) brun citrin rose (Rollin n° 4) rouge sombre rouge groseille vif Vieux-Habitants brun citrin rose pâle (La Bique) brun rougeàtre rose Vieux-Fort brun citrin rose très pâle Basse-Terre (E. Girard) rouge foncé rouge groseille vif

Nous comparons, dans le tableau IV, la coloration normale de la solution filtrée et la couleur de cette même solution après l'addition de cinq gouttes d'acide sulfurique à 5 centimètres cubes du liquide. Nous ne voyons aucun inconvénient à citer le nom des producteurs, ces réactions ne permettant de rien préjuger sur la qualité des cacaos.


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Par l'acide azotique les réactions sont identiques à celles obtenues avec l'acide sulfurique. A 5 centimètres cubes des mêmes solutions nous avons alors ajouté cinq gouttes de nitrate acide de mercure. En général, il se produit aussitôt, à froid, un trouble franchement jaune dans les solutions normalement brunes et un trouble brun rougeàtre dans les solutions normalement rouges. Après ébullition, on obtient : 1° Un précipité rouge dam un liquide rosé dans les sortes suivantes : Pointe-à-Pitre (Vignes) ; les quatre sortes de Grivellière, terrées et non terrées ; Vieux-Habitants ; 2° Un précipité brun plus ou moins rougeâtre dans liquide incolore, dans toutes les autres sortes, quelques-unes (VieuxHabitants, La Bique; Trois-Rivières, Léo Dufau 2e échantillon) ayant un précipité plutôt rouge, mais la plupart ayant un précipité plus brun. Dans le tableau V, nous indiquons les colorations ou réactions obtenues en ajoutant aux solutions parties égales de solutions d'azotate de cuivre ou d'azotate d'argent. L'azotate de cuivre provoque toujours un précipité blanc, mais la couleur du liquide varie. Aux mêmes liquides nous avons encore ajouté (tableau VI) parties égales de solutions de chlorure de zinc ou d'acétate de plomb. Enfin nous avons répété des expériences analogues sur des cacaos provenant de pays autres que la Guadeloupe et tous nos résultats sont consignés dans le tableau VIL En les examinant on voit qu'ils amènent à la même conclusion que les précédents ; c'est que ces réactions chimiques ne constituent pas une base sérieuse pour la détermination 'des provenances. Nous avons bien observé pour un échantillon de Bahia à peu près les réactions indiquées par M. Trojanowsky ; on remarquera également que les colorations des deux échantillons de Guayaquil, ne sont pas très différentes entre elles et que celles des divers échantillons du Congo, sauf pourtant la sorte du Cap-Lopez, sont aussi très voisines. Mais, par


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contre, nous n'avons pas obtenu pour le Caracas, soit avec l'azotate de cuivre, soit avec l'acide sulfurique, les mêmes résultats que M. Trojanowsky ; ou, du moins, La Guayra seul devient bleu par l'azotate de cuivre. Les réactions des Guayaquil ne correspondent pas davantage à celles du tableau que nous avons reproduit plus haut. D'autre part, il y a presque identité, à ce point de vue chimique, entre la sorte exportée de Bombay et celle provenant de l'Indo-Chine, comme entre la sorte Accra et la sorte Fort-de-France, comme encore entre le Martinique et le Bahia n° Enfin, si l'on passe en revue les différents tableaux concernant les échantillons de la Guadeloupe, on peut presque toujours retrouver, pour l'un ou l'autre de ces échantillons, un ensemble de colorations concordant avec celle des sortes étrangères : les réactions du n° 4 Grande-Rivière sont celles du deuxième échantillon de Bahia. Et quelles différences entre les La Grivellière, Pointe-Noire et Plessis-Nogent, ou même, pour les Τrois-Rivières, entre les cacaos Roullet-Degazon et les cacaos Léo Dufau ! On ne peut, dès lors, rien conclure de façon certaine et on ne peut considérer ces déterminations chimiques que comme une indication, permettant, par exemple, de reconnaître si l'on a affaire à deux sortes différentes ; mais rien de plus. Il serait imprudent d'y voir un critérium d'origine, comme d'espérer en tirer quelques renseignements sur la valeur des sortes. 11 n'est guère plus possible, pour les raisons que nous avons données plus haut, de se fier, d'une manière absolue, aux caractères extérieurs : formes, dimensions et couleur des fèvés. Tous ces échantillons de la Guadeloupe que nous avons eus entre les mains sont on ne peut plus dissemblables entre eux. Les uns comme Pointe-Noire, de Blaine, sont plus ou moins convexes sur leurs faces larges, tandis que d'autres, comme le Crédit foncier colonial, sont aplaties, ou, tout au contraire, comme les échantillons de La Bique sont encore plus fortement bombés. Les fèves de La Barbe (1re échantillon) sont plus petites que toutes les précédentes.


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plus étroites et plus allongées. Les quatre échantillons de La Grivellière sont représentés par autant de formes bien distinctes. La saveur et la couleur sont tout aussi variables : la section est tantôt brun chocolat, tantôt rouge lie de vin, tantôt même gris ardoisé. Tous ces cacaos peuvent donc toujours être confondus avec quelque autre ne provenant pas de la Guadeloupe. Ces réserves faites, nous n'en croyons pas moins bon, en énumérant maintenant les diverses sortes, de rappeler les caractères qu'on attribue généralement à chacune d'elles. Bien que nous venions de démontrer qu'on ne peut, à cet égard, avoir aucune certitude, il n'en est pas moins vrai que ces caractères restent une indication et peuvent se rapporter, en somme, encore très fréquemment aux produits envoyés des pays indiqués. On n'ignore pas avec quelle lenteur, malgré l'importation de variétés étrangères et la connaissance de méthodes nouvelles, les planteurs, en tous pays, se décident à renier leurs prédilections anciennes pour les sortes qu'ils cultivaient de longue date et à modifier leurs procédés de culture et de préparation. I. CACAOS D'AMÉRIQUE. — Les cacaos américains peuvent être classés en deux grandes catégories : les cacaos du continent et les cacaos des îles. 1° Les cacaos du continent proviennent du Vénézuéla, de l'Equateur, du Brésil, du Guatémala et de la Colombie. Les CACAOS DU VENEZUELA sont les plus recherchés en Europe et ceux qui atteignent les prix les plus élevés ; les premières qualités peuvent être vendues 170 à 200 francs les SO kilogrammes. Ils sont encore désignés — sauf la sorte de Maracaïbo, ordinairement mise à part — sous les noms de cacaos de la Terre-ferme ou cacaos de la Côte-ferme, ou plus simplement de caraques. Et l'on distingue les caraques premier choix et les caraques second choix. Les caraques premier choix sont récoltés à Ocumare, à Choroni, à Naiguata. Ils sortent tantôt par La Guayra, port Le Cacaoyer.

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de Caracas, tantôt par Puerto-Cabello, et prennent le nom de la ville d'où ils sont exportés. Les amandes sont allongées, fortement convexes sur leurs faces larges, arrondies latéralement ; leurs dimensions moyennes sont : 25 millimètres de longueur, 15 millimètres de largeur et 8 millimètres d'épaisseur. La coque est épaisse, rougeâtre, couverte d'une poussière de même couleur, due au terrage ; l'amande est à odeur agréable de chocolat, à saveur douce. La coupe de cette amande fraîche est blanche ou jaunâtre, couleur qui semble, du reste, généralement concorder avec la saveur douce, les graines les plus colorées étant presque toujours, en même temps, les plus amères. Après préparation, la même section est de couleur de « raisin de Corinthe ». Ces cacaos contiennent peu de tanin. Dans l'alcool, ils donnent une solution jaunâtre. Les caraques second choix ou petits caraques sont encore appelés, d'une manière générale, Carupano, quelle que soit leur provenance. Ils comprennent les Rio Chico, les Rio Caribe et les Guïra. Les amandes sont ovoïdes, assez régulières, à coque plus mince que celle des précédentes. Elles sont ordinairement envoyées à la Trinidad, d'où elles sont alors souvent exportées sous ce nom. Leur arome est moins fin que celui des caraques premier choix. Les Carupano valaient, en mars 1899, de 93 à 95 fr. les 50 kilogr. Les cacaos Varinas sont quelquefois rangés parmi les précédents, mais leur sont inférieurs ; les graines sont plus petites, à odeur moins agréable. Les cacaos Maracaïbo, qui viennent également du Vénézuéla, sont à fèves longues et fortes, avec une coque gris-brun et une amande violacée, onctueuse sur la coupe. Les CACAOS DE L'EQUATEUR sont souvent tous confondus sous le nom de Guayaquil, bien qu'on puisse distinguer les Ariba, les Balao et les Machala. Nous avons examiné deux échantillons qui nous ont été donnés sous le nom de Guayaquil. Les fèves du premier étaient à faces larges assez fortement bombées, avec un côté plus convexe que l'autre, à coque brun noirâtre, à section violet noirâtre, à saveur forte, à odeur peu prononcée. Leurs dimensions


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moyennes étaient : 18 millimètres de longueur, 12 millimètres de largeur, 8 millimètres d'épaisseur. Les fèves du deuxième échantillon, à coque de même couleur, à section gris noirâtre, à saveur également forte et un peu âcre, étaient plus plates et plus larges. Leurs dimensions moyennes étaient : 22 millimètres de longueur, 15 millimètres de largeur, 7 millimètres d'épaisseur. Toutes les deux sont arrondies aux extrémités et rétrécies dans la région opposée à la radicule. Ces caractères sont à peu près ceux qu'indique M. Zipperer pour les Ariba et les Machala. Le deuxième échantillon, en particulier, se rapproche des Mac/ta ht. Les Guayaquil sont, paraît-il, surtout recherchés dans le Midi de l'Europe ; leur saveur forte les fait employer pour la préparation des chocolats à bon marché, dans lesquels on les mélange avec des cacaos inférieurs ou avariés, dont ils masquent le mauvais goût. Les Guayaquil valaient, en mars 1899. 96 francs les 50 kilogrammes. Les CACAOS DU GUATÉMALA ont un arome faible, mais une saveur très délicate. C'est une sorte très fine, qui est cependant rarement exportée en Europe. Les graines sont décrites par M. E. Dubois « à faces très convexes, avec une amande brun foncé et une coque peu adhérente ». Les CACAOS DU BRÉSIL sont les Para-Maragnan et les Bahia qui contiennent beaucoup de tanin. Les Para-Maragnan sont à fèves de grosseur variable. Les caractères donnés par M. Blanchet sont : « amande allongée, arrondie d'un côté, pointue de l'autre, peu ou point aplatie, à chair brune, claire ou violette; pellicule douce au toucher, d'une belle couleur rouge, se détachant facilement; saveur douce quand le cacao est bien mûr; sinon, saveur acerbe. » Ce cacao est estimé surtout quand ses fèves sont grosses. La France reçoit beaucoup de Para-Maragnan ; le prix sur le marché du Havre, en mars 1899, était de 100 à 103 francs les 50 kilogrammes, et, en juillet, de 90 à 92 francs. Les Bahia que nous avons examinés étaient à fèves petites,


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plates, à mince coque rouge veinée et à section brune. Leurs dimensions moyennes étaient : 18 millimètres de longueur, 12 millimètres de largeur, 6 millimètres d'épaisseur. Leur saveur n'était pas désagréable, bien que les Bahia soient toujours qualifiés très amers. La sorte était cotée de 86 à 87 francs les 50 kilogs en mars 1899. Les CACAOS DE LA GUYANE comprennent les Surinam, les Cayenne et les Berbice. Les Surinam sont à grandes fèves, mesurant en moyenne 24 millimètres de longueur, 12 millimètres de largeur, 6 millimètres d'épaisseur. La coque est brun grisâtre, l'amande rouge brun sombre sur la coupe, à saveur amère. Les cacaos de Cayenne sont souvent seulement séchés. Les fèves que nous avons vues étaient très plates, plus convexes sur un côté que sur l'autre, et mesuraient, en moyenne : 22 millimètres de longueur, 12 millimètres de largeur, 4 millimètres d'épaisseur. La coque est brun noirâtre; la chair est brune, de saveur amère. Les Berbice, d'après M. Blanchet, ont l'amande très grosse, assez égale, courte et ronde, à chair rouge noirâtre, d'odeur forte et légèrement vineuse. La coque est poudreuse, terreuse et tombe d'elle-même. Les CACAOS DE COLOMBIE, d'après M. Mangin, ressemblent aux Para-Maragnan. La plus grande partie est expédiée en France et en Angleterre. 2° Les cacaos des îles proviennent des Antilles, et surtout de Cuba, de la Trinidad, de la Guadeloupe, de la Martinique, de Sainte-Lucie, de la Jamaïque et de Haïti. La plupart contiennent beaucoup de tanin et sont de saveur âpre. Mais les variétés cultivées dans ces îles sont, depuis longtemps, très nombreuses. Déjà Gallais, en 1827, déclarait qu'il était difficile de caractériser les cacaos des Antilles et nous avons vu, en effet, pour la Guadeloupe, que les producteurs envoient sur les marchés des graines de toutes les formes, de toutes les dimensions et de toutes les couleurs. Quelquesuns de ces cacaos, comme ceux de la Société La Grivellière, sont même parfois terrés, bien que le terrage soit peu usité aux Antilles.


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Les CACAOS DE LA TRINIDAD, très appréciés, il y a quelques années, ont subi en ces derniers temps une forte dépréciation. La faute en est, d'après M. Hart, aux plantations nouvelles faites dans l'île. On a introduit des variétés qui poussent rapidement et qui ne sont pas attaquées par les parasites, mais les fèves sont fortement colorées et amères. Aujourd'hui donc les sortes des cacaos de la Trinidad sont très nombreuses, mais les bonnes qualités sont en minorité. Les Trinidad étaient cotés au Havre, qui reçoit de grandes quantités de cette sorte, de 93 à 100 francs les 50 kilogs en mars 1899. Nous avons vu, d'autre part, que les caraques second choix sont souvent exportés de la Trinidad sous ce dernier nom. Quant aux CACAOS DE LA MARTINIQUE, ceux que nous avons vus étaient fortement bombés, rappelant par leur forme les caraques, à chair bien brune, à odeur agréable, à saveur peu amère. Tout autres sont cependant les caractères donnés par M. E. Dubois, « fèves plates, concaves, coque rouge vif, chair ardoisée, ayant un goût de verte spécial ». M. Mangin, de son côté, les décrit : « grains plats et allongés, rouge vif à l'extérieur. La chair est violacée, la saveur âpre ou vineuse. » Les Martinique et Guadeloupe valaient, à Marseille, en mars 1899, 116 à 118 francs les 50 kilogrammes; et en juillet, 103 à 105 francs. Mais, comme les Guadeloupe, les Martinique comprennent beaucoup de sortes. Les CACAOS DE SAINTE-LUCIE et de la JAMAÏQUE sont de qualité tout à fait inférieure. Les CACAOS D'HAÏTI et de SAINT-DOMINGUE sont aussi assez peu prisés ; ils étaient cotés au Havre, à la fin de 1898, de 82 à 90 francs les 50 kilogrammes et sur le marché de Hambourg, à la même époque, 86 à 90 francs; en juin 1899, ils valaient au Havre 65 à 70 francs. Les fèves que nous avons vues correspondent aux descriptions ordinairement données : elles sont petites, allongées, un peu aplaties, à coque terreuse, brun foncé ou même noire, à chair brun foncé, d'odeur et de saveur faibles. Leurs dimensions moyennes sont : 20 millimètres de longueur, 12 millimètres de largeur, 5 millimètres d'épaisseur.


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II. CACAOS D'AFRIQUE. — Ces eaeaos proviennent de la côte occidentale et de Madagascar. La Réunion, qui produisait autrefois des cacaos de forme assez caractéristique, à fèves très courtes et presque rondes, n'en expédie plus que des quantités insignifiantes. Les CACAOS DE SAN-THOMÉ que nous avons examinés avaient des caractères assez variables : la plupart cependant étaient aplatis, plus convexes sur un côté que sur l'autre, à coque brun noirâtre s'enlevant facilement, à chair brun foncé, d'odeur et de saveur médiocres. Cette sorte valait à Hambourg 82 à 85 francs les 50 kilogrammes en juin 1899, et 75 à 80 francs au mois de juillet. Les CACAOS DU CAMEROUN et les cacaos Victoria, provenant de la colonie allemande, atteignent à peu près les mêmes prix : ils étaient vendus à Hambourg, en avril 1899, 83 à 85 francs, et, en mai et juin, 80 francs. Les Cameroun sont cotés un peu plus haut que les Victoria. Les uns et les autres ont toutefois une saveur si amère qu'ils sont rarement employés seuls ; on les mélange ordinairement, dans la chocolaterie, avec un quart de leur poids d'Ariba. Les CACAOS DU CONGO FRANÇAIS proviennent surtout actuellement des plantations Armor et Ancel-Seitz, ainsi que de la maison hollandaise du lac Cayo. La Société du Bas-Ogooué en exportera sans doute aussi prochainement. Au Havre, en juin 1899, ces cacaos du Congo valaient 102 et 110 les 50 kilogs. Les cacaos Armor que nous avons vus sont à fèves très petites (20 millimètres de longueur, 10 millimètres de largeur, 6 millimètres d'épaisseur), plates, à coque brun noirâtre, assez épaisse et adhérente ; la chair est gris ardoisé. Ces cacaos, dont le premier envoi ne date que de 1898, sont, paraît-il, très appréciés sur la place du Havre. Les cacaos Ancel-Seitz sont à fèves plus grosses et un peu plus bombées, allongées, à coque terreuse, brun noirâtre ; la chair est brun grisâtre. Les cacaos du lac Cayo sont plus gros encore (25 millimètres de longueur, 13 millimètres de largeur, 7 millimètres


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d'épaisseur), plats, allongés, à coque brun clair, à chair brun grisâtre. 14.000 kilogrammes de ces cacaos ont été exportés l'année dernière. Nous avons également examiné des cacaos étiquetés au Musée de Marseille sous le nom de cacaos du cap Lopez et des cacaos du Jardin d'essai de Libreville, Les cacaos du cap Lopez sont petits, longs, très étroits et plats (22 millimètres de longueur, 11 millimètres de largeur, 4 millimètres d'épaisseur) ; la coque et la chair sont brunes. Les cacaos obtenus au jardin d'essai de Libreville sont ovales, aplatis, à coque terreuse et brun noirâtre. La chair est gris ardoisé, d'odeur et de saveur assez agréables. Beaucoup de cacaos des Antilles ont certainement une saveur plus amère. III. CACAOS D'ASIE ET D'OCÉANIE. — Ces cacaos sont surtout expédiés de Java et de Ceylan. Les Old Bed Ceylon sont aujourd'hui très appréciés. D'autre part, nous avons vu des CACAOS dits de BOMBAY qui étaient ovoïdes, très convexes sur les faces larges et latéralement ; la coque était brun sale ; la chair brun très clair, à odeur faible, avait une saveur peu amère, mais aussi presque nulle et, en somme, peu agréable. Enfin, sous le nom de CACAOS D'INDO-CHINE, nous avons trouvé, dans les collections du Musée colonial de Marseille, des fèves courtes, presque rondes, à coque brun clair, et dont la chair est à peu près de même couleur que celles de la sorte précédente. L'odeur est un peu plus prononcée, mais la saveur presque aussi faible. Pour compléter cette partie commerciale, nous reproduirons le tableau général des importations de cacaos en France pendant l'année 1897. Ces importations se répartissent comme il suit, les pays exportateurs étant, soit des pays producteurs, soit des pays qui interviennent comme intermédiaires.


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par navires Par navires Par terre ou Totaux par français étrangers par voie d'un pays pays de tièrs Kilogs kilogs kilogs kilogs Angleterre.............150.121 69.697 219.818 Belgique ..............1.582 132 287 133.869 Portugale...............400.192 236.258 Indes Anglaises ..........12.916 3.905 16.821 Etats unis...............281.549 8 2.4 7 284.0 4 Colombie ..............917.665 832.300 1.749.956 Vénésuela..................3.010.481 2.340.248 5.350.729 Brésil............2.882.156 1.821.668 852 4.704.676 Equateur.........438.690 2.492.777 5.171.333 Poss. Angl. d'Amérique Cie...........678.556 4.492.777 5.171.333 Haitie......... 697.158. 1.528.699 2.2 5.857 Poss. esp; d'Amerique 59.833 121 162 180.995 Autres pays étrangères.. 37.396 83.628 131.404 Totaux des pays étrangères. 9.588295

14.374.299

145.966 088.560

Martinique...................249.466 232.202 481.668 Guadaloupe 390.786 10.090 400.876 Autres colonies français 6.089 06.089 Totaux généraux...............10.234.636 14.616.591 145.966 24.977.193 Les 24.088.560 kilogrammes envoyés par gers représentent une valeur de 37.819.039 888.633 kilogrammes provenant des colonies valeur de 1.395.154 francs. A côté de ces chiffres nous pouvons placer, la comparaison, ceux de trois autres années. Années 1886 1891 1896

des pays étrangèrs

les pays étranfrancs; et les françaises, une pour permettre

des colonies français totaux

17.845.479 Kil. 757.930 Kil. 18.603.409 Kil. 2.372.869. » 965.252 » 24.338.121 » 27.568.537 » 823.728 » 28.392.265 »

On voit que les quantités totales importées en ces dernières années ont, en somme, peu varié. Pour 1897, la consommation, sur les 24 millions importés, a été de 16.214.948 kilogrammes, de la valeur de 25.457.468 francs, auxquels il faut ajouter 16.336.038 francs de droits de douane.


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La France a, d'autre part, pendant cette même année, exporté : Angleterre Allemagne Pays-Bas · Belgique Suisse Autres pays étrangers Colonies françaises. .

1.700.435 kilogs. 4.349.798 » 3.190.920 » 974.985 » 1.875.118 » 029.945 » 1.925 » 12.723.126

»

Ces 12.723.126 kilogrammes ont été vendus 19.975.308 francs ; et on remarquera que les exportations ont été faites surtout pour l'Allemagne et la Hollande; la Suisse occupe le troisième rang. Quant aux pays producteurs qui nous envoient leurs cacaos, on voit, par le premier tableau, que ce sont surtout le Vénézuéla, les possessions anglaises de l'Amérique centrale et le Brésil; viennent ensuite, par ordre d'importance, l'Equateur, Haïti et la Colombie. Les divers ports de débarquement ont reçu, en 1897, les quantités suivantes : Le Havre Bordeaux Nantes Marseille Saint-Nazaire. Totaux

17.390.300 kil. au prix de 27.308.900 fr. 2.603.900 » » 4.102.100 » 1.916.000 » » 3.071.900 » 375.307 85.100 » 134.200 » 2.370.607

Les cacaos importés à Marseille sont expédiés principalement du Brésil (264.287 kil., en 1897), de la Guadeloupe (47.881 kil.), du Vénézuéla (37.941 kil.), des Indes anglaises (6.213 kil.), de l'Amérique anglaise (4.175 kil.), de la Martinique (1.978 kil.).


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Rappelons que les droits de douane et de taxe de consommation sur les cacaos sont, en France, de 52 francs par 50 kilogrammes pour les cacaos étrangers et de 26 francs pour les produits de nos colonies. C'est ce qui explique les prix de vente assez élevés des cacaos des Antilles françaises : ces cacaos, n'étant frappés que d'un droit relativement faible, peuvent être achetés plus cher aux producteurs. Les ventes sont faites généralement par 50 kilogrammes; et c'est l'unité que, pour cette raison, nous avons toujours adoptée plus haut. Les prix que nous avons indiqués sont les prix de cacao aux entrepôts ; il faut donc y ajouter les droits de douane. A l'étranger, ces mêmes droits sont généralement moins élevés qu'en France, et, en ces dernières années, étaient les suivants, toujours pour 50 kilogr : 50 francs en Italie; 4i francs en Espagne; 22 francs en Allemagne; 11 fr. 50 en Angleterre; 7 fr. 50 en Belgique; 0 fr. 75 en Suisse. L'entrée est libre dans les Pays-Bas.


IV

CULTURE DU CACAOYER

Los cacaoyers ne poussent, à l'état sauvage, que dans la zone tropicale de l'Amérique, où la température moyenne est, au moins, de 24°; et, dans cette zone, on les rencontre surtout dans les vallées, à l'abri des grands arbres, au voisinage des cours d'eaux, dans les sols largement arrosés. On peut donc tout de suite conclure de là, et, en fait, l'expérience prouve que, pour que la culture de ces arbres réussisse, il faut un climat chaud et un terrain bien arrosé, riche et ombragé. Dans les régions où la température moyenne est inférieure à 24°, où le thermomètre descend audessous de 10°, et où la hauteur des pluies annuelles n'atteint pas 1 mètre 60, toute tentative de culture est inutile1. Le cacaoyer, d'ailleurs, recherche non seulement l'humidité du sol, mais encore celle de l'air. Boussingault a signalé autrefois que, dans les cacaoyères qu'il avait visitées, l'hygromètre marquait constamment 95 à 98°, et cela à deux ou trois heures de l'après-midi, c'est-à-dire au moment de la journée où l'humidité est ordinairement minima. Quant à l'humidité dn sol, elle peut être très grande, puisque dans la vallée de l'Amazone, où les cacaoyers poussent spontanément, on les trouve même dans la zone des sub1. Si Ton suit, sur une carte du monde, dans les deux hémisphères Nord et Sud, les isothermes de 24°, telles qu'elles sont tracées dans l'atlas de Berghaus, on voit que ces lignes, dans l'hémisphère méridional, peuvent descendre en Afrique jusqu'au 30° de latitude et atteindre en Amérique, dans l'hémisphère septentrional (à San Diego), 32°. Mais, en fait, les autres conditions ne se trouvant pas toujours simultanément réalisées, on ne rencontre guère le cacaoyer, soit sauvage soit cultivé, qu'entre des limites plus étroites : 22° Lat. N.(Cuha) et 20° Lat. S. dans le Nouveau-Monde; et 15° Lat. N. et 21° Lat. S. (La Réunion) dans l'Ancien Monde.


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mersions périodiques du fleuve ; et leurs troncs baignent sans dommage dans l'eau pendant trois mois de l'année, quelquefois plus. Il en est de même, d'après Simmonds, pour quelques plantations du Vénézuéla. Le terrain, en tout cas, — et ce facteur naturel est tout aussi indispensable que les précédents — doit présenter une couche végétale assez épaisse, de 1 mètre 30 à 1 mètre 50 environ. Cette condition est rendue nécessaire par le mode d'accroissement de la racine, qui s'étend peu en largeur, mais s'enfonce perpendiculairement. Si donc cette racine pivotante rencontre peu au-dessous de la surface un sous-sol pierreux ou formé d'argile compacte, elle se recourbe ou pourrit et l'arbre dépérit. Dans un cas seulement 40 ou 50 centimètres de terre végétale peuvent suffire : c'est lorsque le terrain est incliné et très fertile. Le pivot suit alors la pente, au lieu de s'enfoncer verticalement. Les meilleurs sols sont les sols vierges, ou qu'on a laissés incultes pendant plusieurs années ; ils doivent être frais, riches en humus, mélangés d'une certaine proportion de sable ou de gravier, et contenir, outre l'azote, comme éléments plus que tous les autres indispensables, de la potasse, 1 à 2 % de chaux et 0,25 % d'acide phosphorique ; il est nécessaire qu'ils soient assez perméables pour que l'eau ne séjourne pas quand l'époque de l'inondation, si inondation il y a, est passée. Les terres qui conviennent tout spécialement sont les terres d alluvions qui ont un grand fond et qui sont un peu ombragées ; viennent en seconde ligne les marnes riches; les plus mauvais sols sont les terres argileuses compactes. Tout aussi défavorables, d'après Bartelinck, qui a cultivé pendant plus de vingt ans des cacaoyers au Surinam, sont les terrains saumâtres, tels qu'on en rencontre d'ordinaire au voisinage immédiat des plages. Le sel serait une des substances les plus nuisibles au cacaoyer : tout arbre dont les racines ont été en contact, ne fût-ce que peu de temps, avec l'eau de mer, est perdu. Ce qui ne veut pas dire cependant que le voisinage de la mer soit toujours préjudiciable au cacaoyer ; on sait, au contraire, qu'en Amérique le meilleur cacao vient


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de la côte. Mais il est nécessaire de choisir les endroits protégés contre la brise marine et où le sol n'est pas imprégné de sel. Dans l'intérieur, les régions préférées du cacaoyer sont les vallées : il s'y trouve à l'abri des vents, dans une atmosphère chaude et humide. L'altitude doit, en général, être peu élevée. Par exception, l'arbre réussit encore quelquefois à une assez grande hauteur. Au Vénézuéla, il vient encore fort bien à 600 mètres et. dans le district de Badulla, de la province d'Uva, à Ceylan, il est cultivé avec succès à 800 mètres. M. Chalot dit de même qu'à San-Thomé; il y a des plantations établies à plus de 300 mètres, et dont les résultats sont satisfaisants. H y a évidemment lieu, en tous cas, de tenir compte de la latitude : l'arbre pourra vivre à une assez grande hauteur au voisinage de l'équateur, mais s'accommodera d'altitudes de moins en moins grandes à mesure qu'on s'élèvera en latitude. Il y a lieu de tenir compte également des conditions exceptionnelles que peuvent présenter certaines régions hautes, en raison de leur disposition orographique. On ne peut, par conséquent, établir sur ce point de règle absolue. Il y a seulement des chances plus nombreuses pour que les diverses conditions exigées par le cacaoyer soient réunies aux basses altitudes, c'est-à-dire jusqu'à 200 mètres environ, qu'à des niveaux plus élevés. Maintenant, toutes ces conditions naturelles une fois réalisées, voyons quelle est la marche à suivre et quelles sont les diverses précautions à observer, lorsqu'on veut établir une cacaoyère. Préparation du terrain. — Le premier soin à prendre, après que le terrain a été choisi, est d'enlever toutes les herbes ou broussailles qui s'y trouvent, ainsi que la plupart des gros arbres. On conservera toutefois un certain nombre de ces derniers, de distance en distance, si l'on pense qu ils pourront dans la suite remplacer, comme arbres d'ombrage, les espèces dont nous parlerons plus loin. En tout cas on ne doit abattre aucun des arbres en bor-


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dure, s'il y en a, du côté où soufflent les vents ; et si ces arbres manquent, on établit même le plus tôt possible un rideau de bananiers rustiques ou de bambous, doublé d'un autre rideau d'arbres de plus grande taille, comme des orangers, des corossoliers, des acajous, des pois doux (Inga laurina) ou souvent encore des sabliers (Hura crepitans). Tout le travail d'arrachage est fait pendant la saison sèche, moment où il est le plus facile de se débarrasser sur place, en les brûlant, de toutes les herbes arrachées : les tas à brûler peuvent être placés sur les troncs des gros arbres abattus; c'est un moyen d'empêcher l'arbre de repousser, et, en même temps, de détruire les insectes qui se cachent dans les cavités des troncs. Puis le sol est remué aussi profondément que possible et, lorsque le terrain l'exige et qu'il a fallu se résoudre à établir la cacaoyère dans un sol non pas seulement frais mais marécageux, ou envahi par des inondations, on creuse des fossés pour l'écoulement des eaux. Et c'est aussitôt après ces opérations préalables de défrichage, de sarclage et, au besoin, de drainage, qu'on plante les futurs végétaux-abris. Abris. — Ces végétaux-abris sont les uns provisoires et les autres permanents. Les premiers sont destinés à ombrager la toute jeune plante pendant les premières années, lorsqu'elle s'élève peu encore au-dessus du sol. Ils seront conservés jusqu'au moment où les seconds auront atteint un développement suffisant pour assurer, à leur tour, à la plante plus âgée une protection contre le soleil et contre le vent, protection qui durera alors tant que vivra le cacaoyer. Ces végétaux de premier ombrage sont presque toujours des bananiers, qu'on plante lors de la saison des pluies, et qui croissent assez vite pour pouvoir abriter dès l'année suivante. Souvent, d'ailleurs, si l'on craint que cet ombrage, dans les premiers temps, ne suffise pas, et surtout quand les semis ont été faits sur place, on fait pousser entre ces bananiers d'autres plantes, de croissance plus rapide encore et plus


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basses, comme le manioc (appelé yucca dans l'Amérique centrale). A Madagascar, M. Lacharme, chef de cultures de la Compagnie lyonnaise, recommande le tabac marron, dont il conseille de placer un pied à l'est et l'autre à l'ouest de l'endroit où sera le jeune cacaoyer. C'est vers la sixième année que les bananiers seront coupés, les grands arbres pouvant, dès lors, jouer leur rôle protecteur. Ces végétaux de second ombrage doivent être évidemment choisis parmi les espèces qui réalisent le mieux les conditions suivantes : une croissance rapide, une ramification abondante à une certaine hauteur, des feuilles larges, des racines qui ne soient pas traçantes, et enfin un bois qui ne soit pas trop cassant et qui ne soit pas, d'ordinaire, envahi par les insectes. Il y aura en outre un avantage qu'on conçoit à préférer les essences utilisables : arbres d'ébénisterie ou arbres fruitiers. Ainsi on emploie quelquefois, au Vénézuéla et aux Antilles, l' Acajou du pays (Cedrela odorata) et l' Acajou Mahogani (Swietenia Mahogani). Après l'épuisement de la cacaoyère, les troncs abattus, qui ont alors trente ou quarante ans, représentent une valeur considérable. On emploie assez souvent encore le manguier (Mangifera indica), l'arbre à pain (Artocarpus incisa), le sablier {Hura crepitans), le monbin (Spondias Monbin), le muscadier, etc. Mais, en Amérique, l'essence préférée entre toutes, et à tel point que les Espagnols l'ont nommée madré del cacao (mère du cacao), c'est l'Erythrine ou Immortelle, appelée encore bucare au Vénézuéla, poro à Costa-Rica, colorin au Mexique, etc. Au Vénézuéla, deux espèces d'érythrines sont plus particulièrement plantées : l'Erythrina urnbrosa, ou bucare peonio, et l'Erythrina velutina, ou hucare anauco, qui, toutes deux, résistent mieux au vent que les autres. l'anauco, un peu plus exigeant, au point de vue du sol, que le peonio, donne le meilleur ombrage. Au Surinam, où l'érythrine est appelée Kofie-mama, il y a, d'après Bartelinck, une variété rouge et une variété blanche ; c'est celle-ci qui reprend le plus facilement. On multiplie les deux par branches de 2 mètres environ de hauteur, qu'on fiche profondément dans le sol.


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Toutes ces érythrines, qui sont des arbres d'assez grande hauteur, de 15 à 20 mètres, sont malheureusement inutilisables par elles-mêmes, et leur bois est sans valeur, mais elles réunissent toutes les qualités recherchées dans les arbresabris des cacaoyers : elles se reproduisent facilement, de graines et de boutures ; leurs cimes forment une voûte de verdure, qui, tout en entretenant l'humidité, laisse passer la lumière voulue ; et, de plus, — point important, qui fait, plus que tout le reste, apprécier les érythrines par les planteurs de l'Amérique centrale—à l'époque où le cacao doit mûrir, leurs feuilles tombent et le soleil pénètre plus librement au moment où son action est nécessaire. Ces feuilles réapparaissent dès les premières pluies. A Madagascar, M. Lacharme conseille une érythrine (nous ne savons laquelle) qui pousse sur la côte orientale. Peutêtre est-ce l'Erythrina indica, sinon un genre voisin? Au Cameroun, d'après un rapport récent, on n'est pas encore fixé sur le choix de l'arbre à ombrage type. Au Congo français, M. Rousselot, régisseur des plantations du Bas-Ogooué, signale un arbre qui paraît convenir, on ne peut mieux : c'est le Musanga Smithii (combo-combo des indigènes), qui a l'avantage de croître rapidement, de ne point donner une ombre trop intense et surtout de ne pas épuiser le sol. Mais il faut le semer sur place, car les jeunes pieds ne supportent pas la transplantation. En beaucoup de régions, on peut se servir encore de l'Albizzia Lebbeck, ou bois noir, essence aujourd'hui répandue un peu partout dans les pays tropicaux. A Java, où on a recours a quelques autres espèces du même genre, l'Albizzia stipulai a, d'après M. Van Krieken, doit être recommandé plutôt que YAlbizzia moluccana : son bois possède une certaine valeur pour la construction, il n'est pas attaqué par les insectes, est peu cassant, et le feuillage n'est pas trop dense ; toutes qualités que n'a pas la seconde espèce. Un autre très bon arbre d'ombrage, dans la même contrée, est le Pithecolobium Saman ou Regenboom ; il pousse très droit, sa couronne de feuillage commence à 6 ou 7 mètres au-dessus


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du sol, et son bois très dur se prête à de multiples applications. On emploie aussi d'ailleurs les érythrines, qui, en Malaisie, sont appelées dadap. Quant à la distance entre tous ces arbres d'une cacaoyère, elle est environ de 9 à 12 mètres pour les grands arbres-abris, de 3 à i mètres pour les bananiers et de 3 à 5 mètres pour les cacaoyers, suivant la nature du terrain : 4 ou 5 mètres dans les bonnes terres et 3 à i mètres dans les sols relativement pauvres, où les racines s'étendent moins. Plusieurs modes d'alignement peuvent permettre de réaliser à la fois toutes ces conditions, le suivant entre autres : Les arbres-abris (qu'on bouturera au moment de la saison des pluies) sont placés en lignes distantes de 8 mètres, et à 9 mètres les uns des autres sur chaque ligne. Entre toutes ces lignes, et exactement au milieu, les bananiers sont plantés à des interv alles de 4 mètres 50 , le nombre des bananiers par rangée étant donc double de celui des arbres-abris. Sur la ligne de ces arbres-abris on plante de même un bananier au milieu de chaque intervalle. Les cacaoyers sont ensuite disposés : Sur chaque rangée d'arbres-abris, entre un arbre et un bananier ; Entre chaque rangée de ces arbres (c'est-à-dire sur les lignes uniquement composées de bananiers) en alternance avec ces bananiers. En d'autres termes, de deux rangs en deux rangs à partir du premier (les rangs étaient distants de i mètres), on trouve, sur une même ligne, un bananier entre deux pieds de cacaoyers et un arbre-abri entre les deux suivants ; et de deux rangs en deux rangs à partir du second, on trouve alternativement, à des distances de 2 mètres 25, un cacaoyer et un bananier. Si la cacaoyère est exposée aux vents, il est prudent d'établir, en outre, de 100 mètres en 100 mètres, et perpendiculairement à la direction des vents, un rideau d'arbres comme celui placé en bordure et dont nous avons parlé plus haut. Le Cacaoyer.

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Semis et plantations. — Le cacaoyer peut être multiplié par boutures, mais on préfère presque toujours le semis. Pour le choix des graines, la préoccupation du planteur doit être à la fois de se procurer les variétés convenant le mieux au terrain dont il dispose et de ne semer que des graines bien développées. Il ne faut pas oublier non plus que ces graines perdent très rapidement leur pouvoir germinatif. Si donc on peut recueillir sur place, dans les anciennes plantations, les semences voulues, on ne doit cueillir les fruits que huit jours environ avant les semis : on ouvre avec soin les plus beaux, ceux qui paraissent « le plus à point », et on choisit les graines bien conformées. Lorsque ces graines doivent être apportées d'autres pays plus ou moins éloignés, leur altération rapide est un obstacle sérieux ; aussi a-t-on cherché les moyens de conserver le plus longtemps possible leur pouvoir germinatif. M. A. Vergnes, de la maison Ancel-Seitz, au Congo français, a réussi à conserver des semences de cacaoyer pendant un mois en les disposant par lits alternant avec des couches de terre fine ou de sable frais, dans une caisse quelconque : les graines peuvent commencer à germer en cours de route ; elles sont replantées en paniers à l'ombre, à l'arrivée. Plus récemment, M. Chalot a indiqué un tout autre procédé, qui consiste dans l'envoi, non plus de graines, mais de fruits entiers : ces fruits, légèrement jaunes, c'est-à-dire non arrivés à complète maturité, sont plongés dans de la paraffine liquéfiée à une douce chaleur ; on s'assure que leur surface en est régulièrement couverte, puis on les enveloppe séparément dans du papier ordinaire et on les emballe dans une caisse. Des fruits traités de cette manière ont été envoyés à Tunis : au bout de plus d'un mois, les graines mises en terre ont germé presque toutes. Peut-être n'auraient-elles pu être conservés plus longtemps, mais leur vitalité n'en a pas moins été prolongée. Dans tous les cas, les graines extraites des fruits sont mises à sécher avec précaution, avant d'être semées, afin d'être débarrassées de toute la substance sucrée qui les enveloppe


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et qui attirerait les fourmis ou autres insectes. Souvent même, au moment de leur extraction, on enlève leur gaine pulpeuse, puis on les jette dans un récipient d'eau fraîche, où elles séjournent pendant huit à douze heures. Au Surinam, d'après M. Bartelinck, on les passe ensuite dans la chaux, ce qui les garantit mieux encore contre les insectes; c'est ce qu'on appelle, croyons-nous, le pralinage. Les semis sont faits sur place ou en pépinière. Lorsqu'ils sont faits sur place, comme au Cameroun, on y procède au commencement de la saison des pluies, après avoir planté les végétaux-abris. La terre a été remuée, comme nous l'avons dit, pendant la saison sèche. A chaque point où doit être un cacaoyer, et qui a été indiqué par un jalon, on place trois graines disposées en triangle, à des distances d'environ 10 à 12 centimètres. Ces graines sont piquées? leur extrémité la plus large (qui correspond à la radicule) en bas et presque à la surface du sol ; on les enterre de deux ou trois centimètres à peine, mais on les recouvre d'une feuille de bananier, qu'on enlève une huitaine de jours après : la germination, à ce moment, est déjà commencée. Si les trois graines ont germé, on enlève, quand ils ont atteint 30 centimètres environ, les deux pieds les moins forts, et on ne garde que celui qui paraît devoir se développer le plus vigoureusement. Les semis en pépinière sont le procédé le plus courant. Beaucoup de planteurs trouvent aux semis directs plusieurs inconvénients : la surveillance des graines est moins facile, et beaucoup de ces graines, ou même de jeunes plants, sont détruits par les nombreux insectes qui envahissent les cacaoyères ; pendant le sarclage, les pieds très jeunes sont aussi souvent endommagés. Ces semis en pépinière doivent être faits plus tôt que les précédents, pour que la transplantation puisse avoir lieu au commencement de la saison des pluies. Cette transplantation, d'autre part, devant avoir lieu quand les pieds ont de 60 à 70 centimètres de hauteur, taille qu'ils atteignent à deux ou trois mois, c'est donc deux ou trois mois avant la saison pluvieuse que les pépinières seront installées. Ces pépinières doivent


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être établies dans des lieux frais et ombragés, sous bois, par exemple, chaque fois qu'il est possible ; le voisinage d'un cours d'eau facilitera aussi les arrosements, qui devront être fréquents, puisque la saison est sèche. Au-dessus des plantations, à une hauteur de 1 mètre 50 environ, on peut faire une toiture à plat avec des feuilles de bananier, si l'on craint que l'ombrage ne soit pas suffisant. Les semis de pépinière sont faits en pleine terre ou dans des caisses. Lorsqu'ils sont faits en pleine terre, on nettoie l'emplacement, on pioche le sol et on sème en lignes distantes d'un demi-mètre ; sur les lignes, les graines sont placées en quinconce et à trente-cinq centimètres environ. Mais le mieux, pour éviter d'endommager les racines lors de la transplantation, est de semer dans des pots ou dans des caisses: on évite, en même temps, mieux encore les inconvénients signalés plus haut pour les semis directs et qu'on retrouve plus ou moins, en pépinière, pour les semis en pleine terre. Les caisses qu'on emploie quelquefois ont un demi-mètre à peu près en tous sens et sont percées de trous, sur lesquels on met de petites pierres, et qui permettent l'écoulement de l'eau : ces caisses sont remplies de bonne terre mêlée avec un peu d'argile, qui donne de la compacité à la motte qu'il faudra enlever; Toutefois on n'évite pas encore tout à fait ainsi les inconvénients du dépotage, et un meilleur procédé est celui qui est employé de longue date aux Antilles. La caisse est remplacée par un petit panier en liane (courcourou ou croucrou aux Antilles), de forme un peu haute ; c'est ce panier même qui, avec la motte où a germé la graine, est mis plus tard en terre; en pourrissant, il laisse les racines, dans la suite, se développer librement. Comme pots, on utilise encore en Amérique les nœuds de bambou. Enfin M. Lacharme, à Madagascar, fait, avec de l'argile à brique, des sortes de tubes de 10 centimètres de diamètre et de cinquante centimètres de longueur. Ces tubes sont formés de deux pièces qui ressemblent à des tuiles


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creuses qu'on rapproche. On peut, plus tard, de cette manière, supprimer le pot sans toucher à la terre. Assez longtemps avant la transplantation, la terre de la cacaoyère est creusée très profondément, pour que le pivot de la racine ne se recourbe pas. Après la mise en place de la motte de terre ou du panier, on achève de combler le trou avec du terreau. Tout ce travail doit être fait par un temps pluvieux. Entretien de la plantation ; taille. — Vers deux ans et demi ou trois ans, le cacaoyer commence à fleurir, et, un an après, il porte déjà quelques fruits; mais ce n'est qu'à partir de la cinquième ou sixième année, rarement plus tôt, qu'il donne une récolte sérieuse. Jusqu'à ce moment il n'y a qu'à veiller au bon état de la cacaoyère. Par des sarclages fréquents, on tient le sol net de toute mauvaise herbe; on assure en même temps l'écoulement des eaux, et, dans ce but, il est bon de creuser de plus en plus les rigoles à mesure que l'arbre grandit. Ces rigoles, d'au moins un mètre de profondeur, ont été creusées, entre les rangs des cacaoyers, à 10 ou 15 mètres l'une de l'autre, suivant l'humidité du sol. Quand une sécheresse prolongée survient, il faut, par contre, arroser les jeunes pieds. On doit toujours avoir soin de supprimer tous les gourmands qui viennent sur le pied de l'arbre ou à la naissance des branches. Vers l'âge de deux ans, le cacaoyer pousse à 1 mètre 40 environ du sol quatre ou cinq rameaux divergents : ce sont les seules ramifications que l'arbre, à ce moment, doit conserver; on coupe toutes les autres. A la Trinidad on préfère même ne laisser que trois branches, qu'on choisit de telle sorte qu'elles ne partent pas, toutes les trois, du même point du tronc. Ces branches principales sont écimées à leur tour lorsqu'elles ont atteint 80 centimètres à 1 mètre de longueur et on ne leur laisse également que trois rameaux de second ordre. Ces derniers rameaux seront plus


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tard écimés d'après les mêmes règles et l'arbre aura acquis sa forme définitive. D'une manière générale, il importe d'empêcher l'arbre de trop s'élever pour provoquer plutôt son accroissement en largeur : on évite, par là, de donner trop de prise au vent et on facilite la cueillette. La hauteur maxima doit être de trois ou quatre mètres. La taille se fait toujours un peu avant la saison des pluies et après la récolte, si l'arbre est déjà en rapport. La section doit être faite de haut en bas et très nette : une serpette est préférable à un sécateur. On coupe les gourmands au ras du tronc ou de la branche. 11 vaut mieux couper chaque année que tous les trois ou quatre ans car il est bon de faire, chaque fois, le moins de blessures possible. Les parties enlevées doivent être ramassées et brûlées; sinon, on risque d'attirer les insectes. Nous avons dit qu'on supprime les bananiers vers cinq ou six ans. Enfin une dernière précaution doit être de débarrasser les cacaoyers des plantes grimpantes ou epiphytes (Broméliacées, Loranthacées) qui envahissent le tronc et qui pourraient entraver la floraison, puisque les lleurs se forment sur ce tronc et sur les grosses branches. On évite même pour cette raison, aux Antilles, de choisir comme arbres-abris les érythrines qui, dans ces régions, se couvrent facilement de toutes ces plantes, et les communiquent ensuite aux cacaoyers. Cultures intercalaires. — Pendant les quatre ou cinq premières années de la plantation, tant que les cacaoyers ne rapportent pas encore, on a tout avantage à utiliser le terrain entre les pieds, en y cultivant des plantes diverses, de rapport immédiat. Ces cultures, sans conséquences fâcheuses pour les cacaoyers, tiennent au contraire le sol exempt de mauvaises herbes et constamment remué et maintiennent sa fraîcheur. Nous avons déjà cité le manioc, qui offre cet autre avantage d'ombrager le tout jeune cacaoyer. On le plante un


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mois avant les semis, on l'arrache au bout de douze ou quinze mois, et on en replante d'autres. On peut planter encore des haricots, des melons, des concombres, des giraumons, des ignames, des patates et des taros. Greffage. — M. Hart a, paraît-il, réussi dernièrement le greffage du cacaoyer. Nous manquons malheureusement, à l'heure actuelle, de détails sur ce sujet et nous ne pouvons que reproduire les lignes suivantes traduites d'un article du Tropical Agriculturist (décembre 1898) : « Cette découverte permettra aux producteurs de mettre désormais sur le marché des lots plus uniformes qu'il n'était possible jusqu'ici de les obtenir, tant par la grosseur des fèves que pour la qualité. En greffant des variétés nobles, mais à végétation faible, telles que les Criollo, sur d'autres, vulgaires mais plus robustes, on arrivera à faire produire à un pied de Criollo autant, en quantité, qu'aurait produit une variété prolifique vulgaire. Il deviendra possible de fixer et de perpétuer, en la multipliant, toute variation individuelle qui se produira de semis dans une plantation, Or, il existe déjà et il s'est toujours produit, dans certaines plantations, des sujets exceptionnels par l'abondance et la qualité de la fructification. Mais jusqu'alors on ne disposait pas de ce moyen sûr et rapide qu'est la greffe pour tirer de ces heureux hasards un bénéfice général et durable. » Engrais et amendements. — Lorsque, après plusieurs récoltes, le rendement d'une cacaoyère commence à diminuer sensiblement, il devient nécessaire de remédier, par des amendements, à l'épuisement du sol. M. Marcano a déterminé, il y a quelques années, la teneur en éléments minéraux des diverses parties d'un cacaoyer de vingt ans. Tous les résultats de ces analyses sont réunis dans le tableau VIII, après lequel il peut être intéressant d'exami-


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ner aussi le tableau IX, qui donne des analyses plus complètes des graines, faites par MM. Jenman et Harrison. TABLEAU

VIII. — Analyse d'un cacaoyer de vingt ans.

D'autre part, M. Marcano a établi que les poids de matières sèches des diverses parties de cacaoyers plantés sur un tablon (c'est-à-dire sur 70 ares environ) sont les suivants : Troncs · Grosses branches.... Branches moyennes. . Petites branches Feuilles Graines Coques Cosses de la gousse.. Branches élaguées. . .

12.269.000 kilogrammes. 5.271.000 2 .685 .000 2.875.000 1.585.000 230.458 88.896 457.076 4.590.000 —

Avec toutes ces données, M. Marcano a calculé qu'une plantation de cacaoyers de vingt ans a pris au sol, par tablon et par hectare, les quantités d'éléments minéraux indiqués


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dans le tableau X. Et on voit en particulier, en examinant les nombres se rapportant aux graines et aux coques, quelles sont les quantités de matières fertilisantes enlevées chaque année par l'exportation. TABLEAU IX.

—Analyses de cacaos Calabacillo et Forastero. CALABACILLO

Eau . . Albuminoïdes Théobromine Caféine Substances azotées indéterminées Graisses Glucose Saccharose Amidon Astringents et tanins Pectine, etc Rouge de cacao Fibres digestibles Fibres ligneuses Acide lartrique libre Acide tartrique combiné. . Peroxyde de fer Magnésie Chaux Potasse Soude. . . Silice Acide sulfurique Acide phosphorique Chlore TOTAUX

FORASTERO

Amande (sans coque)

Coque et pulpe

Amande (sans coque)

Coque et pulpe

37.r637, G.696 1.352 0.108 0.531 29.256 0.991 traces 5.764 5.004 0.657 2.952 5.112 3.030 0.079 0.477 0.032 0.324 0 054 0.842 0 239 0.016 0.079 0.749 0.019

87.600 0.918 0.241 0.041 traces 0.444 0.725 0.066 0.945 0.395 0.815 0.511 4.652 1.346 0.439 0.303 0.004 0.114 0.054 0.190 0.041 0.002 0.021 0.115 0.018

36.567 4.826 2.725 0.882 0.222 30.602 0.917 0.165 6.038 4.894 1.380 1.543 2.821 3.458 0.038 0.487 0.032 0.454 0. 105 0.635 0.068 0.016 0.048 1.045 0.032

83.030 1.271 0.000 0.340 0.059 0.421 0.091 1.001 1.305 0.108 1.126 0.705 6.564 2.455 0.6(H) 0.351 0.010 0.073 0.030 0.248 0.015 0.003 0.031 0.098 0.051

100.000

100.000

100.000

100.000

En somme, la culture du cacaoyer est assez peu épuisante, et elle peut donner un rendement très rémunérateur pendant longtemps, sans exiger aucun engrais. Il suffira presque toujours (si, bien entendu, le terrain primitif était bon) de prendre les petites précautions que nous allons indiquer. M. Boname, en analysant les cendres du bois. a trouvé qu'elles contenaient en moyenne :


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Acide phosphorique. . 2.03 Potasse 3.37 Chaux . 37.38 Magnésie 3.58 On aura donc tout avantage à brûler sur le terrain même de la cacaoyère, comme nous l'avons déjà dit, tous les arbres et arbustes abattus au moment du défrichement et à répandre ces cendres sur le sol. D'autre part, en consultant le tableau X, on constate que les cosses des fruits, bien plus que les graines, contiennent de grandes quantités de potasse. Il sera facile de restituer cette potasse au sol, en recueillant les gousses après l'extraction des graines et en enfouissant ces gousses dans la cacaoyère. On pourra enfouir aussi les bananiers abattus. Un complément d'azote et d'acide phosphorique pourra être donné sous forme de tourteaux de coton ou d'engrais de ferme. M. le docteur Guérin, membre de la Chambre d'agriculture de la Basse-Terre, prétend que le guano, partout où il a été employé, a été plutôt nuisible qu'utile. Dans les terres qui, comme presque toutes celles de la Guadeloupe, sont dépourvues de calcaire, M. le docteur Guérin conseille l'épandage de 40 à 50 hectolitres de chaux par hectare. L'efficacité du chaulage ne se fait guère sentir qu'au bout d'un an. Durée et rendement des cacaoyers. — Le cacaoyer, avonsnous dit, commence à rapporter vers l'âge de cinq ou six ans. C'est vers la dixième ou douzième année qu'il atteint en général toute sa force, et il se maintient jusqu'à vingt ou vingtcinq ans. Passé cet âge, l'abondance de la récolte diminue plus ou moins rapidement suivant le climat et le terrain, et suivant aussi les soins donnés à la plantation. La plupart des cacaoyères sont épuisées à trente ans ; c'est par exception qu'on en conserve pendant quarante ou cinquante ans. M. Landes cite pourtant à la Trinidad une propriété qui appartient à M. Léotaud, ancien consul de France, et où se


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trouvent des cacaoyers de cent ans donnant encore d'excellentes récoltes. Mais ces arbres ont été, à vrai dire, régénérés, au moment où ils commençaient à s'épuiser, par un gourmand qu'on a laissé pousser et qui remplace, en somme, le pied dont il provient. C'est là un procédé parfois employé en certaines régions ; il ne semble pas qu'il puisse être recommandé partout. En tous cas, il faut avoir soin, lorsqu'on y a recours, de ne pas abattre, d'un coup, le vieux tronc, dès que le gourmand a atteint la force voulue; on réduit peu à peu la vieille charpente en pratiquant des sections très nettes. La floraison du cacaoyer a lieu pendant toute l'année ; néanmoins il y a surtout deux périodes où les fruits sont plus abondants. Aux Antilles, l'une de ces périodes correspond aux mois d'avril, mai et juin : c'est la récolte dite de Pâques, ou encore de carême, ou encore de Saint-Jean ; l'autre correspond aux mois de novembre, décembre et janvier : c'est la récolte dite de Noël, qui est ordinairement1 la plus productive. Au Vénézuéla, la récolte de Noël, supérieure d'un tiers à l'autre, se fait en novembre, décembre et janvier; la récolte de Saint-Jean, en juillet et août. Au Mexique, la récolte principale est en mars et avril, la petite récolte, en octobre. Au Brésil, la récolte d'hiver, qui est la plus abondante, correspond à juin et juillet ; celle d'été ne commence qu'en janvier et février. Sur la côte occidentale d'Afrique, à San-Thomé, au Cameroun et au Congo, la grande récolte a lieu en août, septembre et octobre, à la fin de la saison sèche; il y a une petite récolte en décembre et janvier. Le rendement d'un cacaoyer dépend naturellement de la sorte et des influences extérieures. 1. On ne peut établir de règle absolue : des arbres de 5 à 8 ans donnent quelquefois, dit M. Guérin, plus de fruits de mars à juin que d'octobre à décembre; tout cela est subordonné au temps, à la plus ou moins grande sécheresse, etc.


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Un pied de trinitario (ou forastero) fournit au moins deux fois plus qu'un pied de criollo. Il est vrai que le cacao du second a une valeur plus grande que le produit du premier. D'après M. Marcano, un pied de criollo donne annuellement 460 grammes de cacao. Les nombres indiqués pour les forastero par la plupart des planteurs sont bien plus élevés. Au Cameroun, le docteur Preuss évalue le rendement annuel d'un cacaoyer à deux kilogrammes de graines sèches. Au Congo français, M. Rousselot, régisseur de la Société du Bas-Ogooué, admet les rendements suivants, par an et par pied, de la cinquième à la dixième année : ο (i 7 8 9 10

ans ans ans ans ans ans

0 kg. 300 0 » 500 0 » 750 1 » 1 » 500 2 »

M. Bartelinck, planteur au Surinam, donne à peu près de même, comme produit moyen, 1 kilogramme 500 par an. D'après M. Nicholls, cependant, on peut, au Surinam, dans les bonnes terres d'alluvions, obtenir trois kilogrammes et demi à quatre kilogrammes par arbre. Au Mexique, d'après un rapport de l'ambassadeur d'Angleterre au Foreign-Office, des plantations comme celles de '< La Caroline », du district de Macuspana, possèdent des arbres qui rapportent jusqu'à huit livres par an. A Alvarez, à Apalzinghan, on obtient une moyenne de cinq livres. Aux Antilles, par contre, le rendement serait bien moindre. D'après M. de la Valette, la récolte de la Noël donne au plus une livre et demie par pied, et celle de la Saint-Jean une livre, lorsque les arbres ont de 5 à 8 ans. En se basant sur tous les nombres précédents, il sera toujours aisé de calculer le nombre moyen de cabosses que doivent fournir tous ces plants : on peut admettre, eu effet,


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qu'un fruit de cacaoyer rapporte 30 à 50 grammes de graines sèches, la graine sèche pesant de 90 centigrammes à 1 gr. 30. Frais d'installation et d' entretien. — Nous pensons qu'il n'est pas sans intérêt de reproduire ici les comptes établis par des planteurs en diverses contrées, pour donner une idée des dépenses qu'entraînent l'installation et l'entretien d'une cacaoyère. M. Marcano a dressé pour le Vénézuéla, en 1892, un devis très précis. Au Vénézuéla ainsi que dans d'autres pays de l'Amérique espagnole, explique M. Marcano, les plantations de cacaoyers, de cannes à sucre, de caféiers, etc., sont divisées en carrés de cent vares (83 mètres 49) de côté, mesure agraire appelée tablon ; et, en moyenne, un tablon contient 575 cacaoyers. D'habitude, les propriétaires de terrains passent avec les laboureurs des traités moyennant lesquels ils fournissent les graines et l'arrosage ; les seconds s'engagent à leur rendre le tablon planté, en due forme, de cacaoyers productifs, au prix de 50 centimes le pied, ce qui revient à 288 francs pour ladite superficie. L'arrosage, qui a lieu tous les quinze jours pendant la saison sèche, coûte, par année et par tablon, de 2i à 30 francs. Les sarclage et enlevage des lianes nécessitent 13 corvées d'ouvrier à 1 franc 50 chacune. Ce travail, fait deux fois par an, coûte donc 39 francs. Les frais de cueillette d'un hectolitre de cacao, qui pèse 42 kil. 800 sont en moyenne de 6 francs, en y comprenant les dépenses produites par l'élagage des arbres. Ces frais oscillent entre 4 et 10 francs environ, suivant l'abondance de la récolte. Un tablon produit en cacao marchand 264 kil. 500, c'est-àdire G à 7 hectolitres.. En ajoutant à tous les frais précédents le prix d'un bon terrain, qui est, à Ocumare, de 750 francs le tablon, on peut donc établir les comptes suivants pour un tablon :


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Frais d'établissement, graines comprises.. Valeur foncière du terrain Total

300 francs. 750 »

1.050 francs.

Les frais annuels peuvent être, par suite, évalués comme ci-dessous : Intérêts de 1.050 francs à 9 % Frais d'arrosage Sarclage, enlevage des lianes, etc.... Frais de récolte et d'élagage

94 francs 50 30 » 39 » 37 »

Un tablon coûte ainsi par an 200 fr. 50. Or, le prix de vente de 264 kil. 500 de cacao criollo à 316 fr. 20 les 100 kilog., s'élève à 836 fr. 35. Il reste donc, comme bénéfice net et annuel par tablon, 635 fr. 85. Si le cacao est le trinitario (ou forastero), il n'est vendu que 138 fr. 33 les 100 kilogrammes, mais un tablon rapporte 529 kilogrammes. Le prix de vente est, dès lors, de 731 fr. 75, et le bénéfice net 456 fr. 85. Ces bénéfices sont ceux que peuvent espérer les propriétaires de cacaoyers des côtes : à l'intérieur, ils sont un peu moindres, par suite des frais de transport. Pour le Mexique, on trouvera des comptes analogues, établis, avec de nombreux détails, dans le Boletin de agricultura, mineria e industrias de Mexico (juillet 1893). L'auteur de l'article admet que la dépense totale d'une plantation de dix hectares, au bout de la sixième année, y compris les intérêts des sommes dépensées, s'élève à 2.321 dollars mexicains (12.500 francs environ). La septième année, ces dix hectares, qui fournissent 80 cargas à 20 dollars chacune, donnent une récolte de 1.600 dollars au minimum. Ces renseignements concordent sensiblement avec ceux que fournissait, en 1896, au Foreign Office l'ambassadeur d'Angleterre. D'après ce rapport, dont nous avons déjà parlé, les planteurs, dans le Chiapas et dans le Tabasco, font généralement des contrats avec des entrepreneurs, moyennant 90 à 100 dollars


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mexicains pour mille arbres, qui doivent être livrés, en état de production, dans 4 ans, la plantation étant faite dans de bonnes conditions et convenablement ombragée. L'entrepreneur a, en outre, comme profit personnel, la récolte des cultures intercalaires et la première cueillette. Lorsque le planteur n'a pas recours à l'entreprise et a des ouvriers à son compte, il les paie de 5 à 8 dollars par mois, plus la nourriture ; les mille arbres reviennent alors de 70 à 80 dollars. Si ce sont des journaliers, les dépenses des six premières années sont de 191 dollars par hectare, c'est-à-dire par 750 arbres. La cueillette, la préparation et la mise en sacs coûtent environ 3 à 5 dollars par carga de soixante livres (27 kil. 600). D'autre part, les dix hectares donnent en moyenne 75 cargas, représentant 4.500 livres (2.000 kil.) de cacao marchand. La carga valant, à la plantation même, de 20 à 22 dollars, on obtient, en définitive, intérêts et frais déduits, un profit annuel de plus de 1.225 dollars mexicains (5.600 francs) par 10 hectares, sans compter le produit des cultures intermédiaires. A la Trinidad et à la Grenade, les plantations sont souvent faites, comme au Vénézuéla et au Mexique, par contrats passés entre les propriétaires et des entrepreneurs. Ce système est bien décrit par M. Landes dans un rapport présenté au gouverneur de la Martinique sur l'état de l'agriculture dans les diverses colonies des Antilles. « Les conditions dans lesquelles s'effectue ce travail sont bien comprises à la fois par le propriétaire et par l'entrepreneur. Ce dernier est généralement un travailleur français ou espagnol. Le propriétaire convient de payer l'abatage de la forêt et de laisser la terre, quand elle est défrichée, à l'entrepreneur, à qui il est permis de planter des vivres, sans payer de loyer. En revanche, il doit planter, à des distances convenables, des cacaoyers et des arbres d'ombrage. Au bout de 5 ans, il quitte le champ et reçoit 1 fr. 25 par arbre en bon état. Lorsque les entrepreneurs travaillent bien,


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ce système donne de bons résultats a la Grenade comme à la Trinidad. Mais on ne peut comparer les plantations ainsi faites à celles qui sont établies régulièrement par les propriétaires eux-mêmes. En réalité, le véritable avantage du système réside dans sa commodité. On achète des terres de la Couronne, payables en plusieurs années ; on paie le prix du défrichement d'abord, puis le prix des arbres lorsqu'on va avoir une première récolte. Mais la plantation ainsi faite revient encore à plus de 1.000 francs l'hectare, sans compter le prix de la terre, qui est de 85 francs. Les inconvénients de ce système sont que les récoltes vivrières épuisent le sol assez vite, ce qui, peut-être, n'est vrai que pour les mauvaises terres, et aussi que, souvent, pour obtenir une récolte de cacao avant l'expiration du contrat, l'entrepreneur plante des sortes communes, comme les calabacillo, qui sont plus précoces que les autres, à la fois comme développement de l'arbre et comme récolte. Le système du contrat ne peut donc être excusable que là où la maind'œuvre est rare et la terre très fertile. Ailleurs, un propriétaire pourra planter sa terre lui-même, mieux et avec moins de frais. » D'après la Commission royale, le rendement, sur les bonnes propriétés de la Trinidad, s'élève à 280 kil. par hectare, soit 0 kil. 464 par arbre. Exceptionnellement la production, sur une propriété de 446 hectares, s'est élevée à 112.500 kil., soit 770 kil. à l'hectare et 1 kil. 252 par arbre. Le prix de revient d'un sac de 75 kil. étant de 42 fr. 50, on voit que la marge pour les bénéfices est considérable. A la Guadeloupe, d'après M. Guérin, la valeur de la terre propre au cacaoyer pouvait être évaluée, en 1896, entre 3.000 et 5.000 francs l'hectare (alors que celle des terres d'autre nature varie entre 200 francs et 1.000 francs). On peut, en outre, estimer les frais de mise en culture de cette superficie d'une cacaoyère à un minimum de 3.000 francs, avant que les arbres ne rapportent. Dans la suite, la main-d'œuvre d'entretien ne doit pas dépasser 300 francs, y compris la cueillette Le Cacaoyer,

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des fruits, leur transport et leur préparation. Toujours d'après M. Guérin, si les plantations étaient entreprises et entretenues avec grand soin, le revenu de cet hectare devrait être de 3.000 ou 4.000 francs. Ajoutons que de la Pointe à Pitre jusqu'à la livraison à Bordeaux (assurance, frais de paquebot, débarquement, connaissement, magasinage, etc.), il faut compter 19 centimes par kilogramme, auxquels on ajoutera encore les droits de douane (26 fr. 25 les 50 kil.). Sur la côte occidentale d'Afrique, au Cameroun, le professeur Wohltmann estime que le défrichement et la plantation d'un hectare reviennent à 700 marks (875 francs), l'hectare comprenant 500 arbres en moyenne, 550 à 650 sur les sols moins fertiles. Or, lorsque les cultures seront bien établies, chaque pied devra donner 2 kilogrammes à 2 marks. Pour 500 arbres, l'hectare rapportera 1.000 marks; c'est à peu près le bénéfice obtenu actuellement à San-Thomé. En ce qui concerne le Congo français, nous donnerons les évaluations de M. Rousselot, publiées dans la Revue des cultures coloniales (février 1898). Il s'agit toujours de la plantation d'un hectare. La première colonne du tableau ci-dessous indique le nombre de journées nécessaire pour mettre en état les terrains peu boisés et les sous-bois peu fourrés; dans la seconde, on suppose des terrains très boisés et des sous-bois très fourrés. Journées

Débroussement et abatage des taillis Coupe et élagagé des arbres Brûlage et nettoyage Jalonnement Creusement et remplissage de 625 trous Plantation, arrosage et couverture Quatre binages annuels

200 200 300 20 50 50 000

Journées.

350 400 300 20 50 50 000

Les travailleurs indigènes étant payés 50 centimes par jour, la moyenne du coût de plantation d'un hectare de cacaoyer revient, la première année, à environ 800 francs. La seconde année, les frais seront déjà moindres, et, pour les suivantes, les travaux ne consistant qu'en débroussements,


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la dépense annuelle sera de 300 francs. A la sixième année, lors de la première récolte, l'hectare aura donc coûté 2.300 francs, non compris, il va sans dire, le traitement du directeur, les frais d'outillage, etc. La sixième année, chaque pied peut donner un demi-kilogramme de cacao ; un hectare de 625 arbres rapportera donc, au prix de 2 francs le kilogramme, 625 francs. La dixième année, si chaque pied fournit 2 kilogrammes, le revenu d'un hectare sera de 2.500 francs. Et, à cette époque, en admettant 750 grammes pour la septième année, 1 kilogramme pour la huitième et 1 kil. 500 pour la neuvième, le rendement total aura été de 7.185 francs Le bénéfice commence vers la huitième année.


V RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO

Nous avons dit, dans le chapitre précédent, à quelles époques a lieu la récolte du cacao dans les diverses contrées. Nous allons décrire maintenant les détails de cette récolte et les opérations consécutives. On doit avoir tout d'abord grand soin de ne cueillir que les fruits bien mûrs, car il suffît de quelques grains verts pour nuire à la qualité de toute une récolte par leur saveur âcre et amère. On reconnaît que la cabosse est mûre lorsqu'elle a pris sur toute sa surface la couleur rouge ou jaune qui est propre à la sorte qu'on cultive : le bout inférieur seul doit rester vert. Ce choix a une importance telle que l'opération de la cueillette ne doit jamais être confiée qu'à des travailleurs soigneux et expérimentés. Cueillette. — Les fruits placés sur le tronc ou sur les branches basses, à portée de la main, peuvent être cueillis à l'aide d'un sécateur. En tous les cas, il ne faut pas les arracher en tordant le pédoncule : les fleurs étant, en effet, généralement par bouquets, d'autres fruits peuvent naître un peu plus tard, tout près du point où a été enlevé le premier; et la moindre blessure, qui entamerait l'écorce, empêcherait le développement de ces fruits. Pour les fruits des branches plus hautes, on se sert, à la Trinidad, de la sorte de faucille représentée ci-contre (fîg. 18), qu'on adapte à une perche en bambou, de 2 ou 3 mètres de longueur. Cette faucille est faite de façon à pouvoir être employée, soit en poussant de bas en haut, soit en tirant de haut en bas, soit même en coupant de côté, si la lame est bien tranchante. On prend avec cette serpette les mêmes pré-


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cautions qu'avec le sécateur : on fait, juste au-dessous du fruit, une section aussi nette que possible. Les fruits qui jonchent le sol sont ramassés, puis mis en tas, soit dans la plantation même, si le temps est sec, soit sous un hangar, si des pluies sont à craindre. On fait un ou plusieurs tas, suivant l'importance de la récolte. Écossage. — Beaucoup de planteurs laissent les cabosses en tas, pendant deux ou trois jours, avant de les ouvrir : d'autres procèdent immédiatement à l'écossage. De ces deux méthodes quelle est la préférable? Il semble qu'il n'y a rien de bien précis à cet égard. Les partisans de la première donnent pour raison que le travail de la maturation s'achève dans les cabosses ainsi entassées pendant quelques jours, mais on ne peut admettre qu'il faille avoir recours à cette précaution, car les FIG. 18. — Faucille à cacao. fruits ne doivent être cueillis qu'à maturité bien complète et ne donnent jamais, dans le cas contraire, qu'un produit inférieur, même si on les laisse mûrir après les avoir détachés. M. Hart, le directeur du jardin botanique de la Trinidad, si compétent en ces questions, donne la préférence à l'écossage immédiat, qui, dit-il, permet au planteur de protéger sa récolte contre les intempéries, et contre les dégâts des animaux, rats, écureuils, etc. A ses yeux, le seul inconvénient du procédé est qu'il nécessite un plus grand nombre d'ouvriers. L'écossage est ordinairement le travail des femmes, des enfants ou des vieillards. A la Guadeloupe, on brise les cabosses en les frappant contre l'angle d'une pierre ou en donnant un coup sec avec un caillou ; un autre travailleur achève


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de les ouvrir et détache les graines avec le doigt. Mais le mieux est de faire, avec un coutelas, une incision circulaire, en évitant de blesser les graines : d'un coup sec, on sépare ensuite les deux moitiés et on dégage les graines de la pulpe1. Quelques auteurs recommandent de faire cette incision dans le tiers inférieur du fruit, du côté du pédoncule ; on peut ainsi enlever très facilement le rachis central, avec toutes les fèves qui y sont attachées. Au moment de l'écossage, si l'on voulait avoir des cacaos supérieurs, il serait bon — ce qui se fait peu d'ailleurs — de séparer les graines bien mûres de celles qui le sont moins ; et, d'après l'apparence de la pulpe qui entoure la graine, on peut se rendre un compte exact de l'état de cette graine. M. Hart, à ce sujet, réprouve l'habitude qui est à peu près générale de confier l'écossage aux personnes malhabiles. On devrait, au contraire, là également, employer des ouvriers capables de faire un triage judicieux, et c'est ce qui se pratique, paraît-il, avec raison, à Ceylan. L'écossage terminé, nous avons dit plus haut qu'il y a avantage à enfouir dans le sol de la cacaoyère les cabosses vidées. Fermentation. — Les graines extraites des cabosses sont portées dans les magasins à fermentation, et c'est le moment le plus important de la préparation du cacao. Mais avant de décrire les méthodes employées, on peut se demander quel est le but et aussi quel est le mécanisme de cette fermentation. La question, malgré son importance, est malheureusement encore incomplètement résolue. Des recherches ont cependant déjà été faites; et, à la fin de 1889, en particulier, M. Hart, de la Trinidad, dans l'espoir d'obtenir quelques données nouvelles, fît mettre, par le Gouverneur de l'île, le sujet au concours. Trois prix furent 1. Au Surinam, les ouvriers recueillent cette pulpe dans des bouteilles qu'ils portent sur eux : ils la boivent fraîche ou la font fermenter, pour obtenir un alcool de cacao. Ils préparent aussi un vinaigre en la laissant à l'air pendant quelque temps, diluée dans l'eau.


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décernés aux auteurs des meilleurs mémoires. Il faut pourtant bien reconnaître que les résultats ne furent pas ce qu'on pouvait espérer : les auteurs couronnés semblent, en effet, avoir fait preuve de connaissances purement techniques, bien plutôt que des connaissances scientifiques nécessaires pour résoudre un problème aussi complexe. Et dans le traité où il résume ces essais, M. Hart n'a pu, en somme, à son tour, que poser très nettement la question. Le seul point, à peu près, qui paraisse bien acquis, c'est que la fermentation, bien qu'elle soit négligée en quelques rares pays, est nécessaire : les cacaos bien fermentés atteignent toujours des prix supérieurs aux autres. Quant à l'utilité de cette fermentation, c'est, avant tout, aux yeux des planteurs, de débarrasser la graine de la pulpe sucrée qui l'englobe, pour permettre ensuite à cette graine de sécher plus rapidement ; c'est aussi de provoquer dans l'amande des transformations qui l'améliorent, en modifiant son goût et sa couleur. Le cacao passe de sa couleur pourpre naturelle à une couleur chocolat ou cannelle. On admet encore que, pendant la fermentation, la coque durcit et s'affermit, et l'amande, bien protégée pendant le transport, se conserve mieux. Où le désaccord entre les opinions commence, c'est lorsqu'il s'agit d'expliquer comment ces transformations se produisent. D'après le docteur Chittenden, dont le mémoire eut le premier prix à la Trinidad, l'agent de ces transformations est le liquide fermenté qui provient de la pulpe ; ce liquide traverse le tégument de la graine et se répand à l'intérieur de l'amande. Et le docteur Chittenden rappelle le moyen que les planteurs emploient souvent pour reconnaître si la fermentation est suffisante et s'est faite régulièrement : ils font, de temps à autre, des sections dans les graines et « lorsque la fermentation a été bien conduite, les cotylédons se séparent, et la liqueur vineuse de la pulpe, qui a traversé le tégument séminal, occupe cet intervalle, ainsi que les cavités qui se trouvent entre les plis. C'est cela qui a une influence physiologique si


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DU CACAO

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marquée et qui agit sur l'arome, la graine étant, pour ainsi dire, cuite dans son jus. » « Toute cette description, remarque M. Hart, est littéralement exacte... Le principal but de la fermentation semble bien être de modifier la partie interne de la graine en lui faisant absorber des produits provenant de la pulpe en décomposition. Quand on n'arrive pas à ce résultat par l'une ou l'autre des méthodes employées, le cacao est classé comme non fermenté, et de valeur inférieure. » Et il est certain que plusieurs faits viennent à l'appui de cette hypothèse et établissent qu'il y a influence exercée par la pulpe sur les tissus internes de la graine, après filtration à travers le tégument. En premier lieu, il est bien connu que la durée nécessaire de fermentation est en rapport avec l'épaisseur du tégument : les fèves de criollo, à coque mince, fermentent plus rapidement et s'adoucissent plus tôt que celles de calabacillo ou de forastero, à coque plus dure. Nous avons, en outre, déjà cité, ailleurs, une expérience de M. Hart : des fèves débarrassées de leurs coques et mises avec la pulpe ont fermenté pendant trois jours à 27° et avaient acquis, au bout de ce temps très court, qui eût dû être doublé ou triplé si le tégument n'avait pas été enlevé, un goût agréable de chocolat et la couleur claire de l'écorce de cannelle. Mais quel peut être le mode d'influence de la pulpe? M. Hart, au cours de l'expérience que nous venons de citer, remarqua que l'odeur des graines rappelait « celle du moût quand le brassage s'opère. » Il tend, de là, à conclure que la pulpe produit une diastase, qu'elle introduit dans la graine et qui est le point de départ de la transformation de l'amidon. L'opinion de M. Hart est à rapprocher de celle émise antérieurement par M. Prestoe, son prédécesseur au jardin botanique de la Trinidad. Suivant M. Prestoe, le maltage serait la base du procédé de fermentation du cacao : la graine présenterait un début de germination et son amidon se transformerait en sucre. Toutefois M. Hart, avec raison, n'admet pas même un début de germination : la graine mise à fermenter est très rapidement tuée, avant que la radicule ait pu s'al-


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longer; et il y aurait, au surplus, un inconvénient sérieux dans ce commencement de germination, qui amènerait la déchirure du tégument. Pour M. Hart, il y a, pendant la fermentation du cacao, un maltage, mais « un maltage sans germination », et la diastase provient de la pulpe. — Analyses comparées de graines séchées et de graines fermentées de Calabacillo et de Forastero,

TABLEAU XI.

GRAINES DE CALABACILLO GRAINES DE FORASTERO

avec pulpe Séchées

Fermentées

avec pulpe Séchées

Fermentées

Eau 5.000 7.169 5.000 7.027 Albuminoïdes 9.704 7.213 7.203 6.259 Substances azotées indéterminées 0.681 3.509 3.305 2.641 Theobromine 2.023 1.549 1.461 1.402 Caféine 0.186 0.103 0.331 0.431 Substances grasses 38.181 40.744 37.575 46.263 Glucose . 2.143 0.909 1. 263 0.586 Saccharose 0.070 0.024 1.209 0.000 Amidon 5.980 5.249 8.545 6.367 Substances astringentes.. 6.900 5.306 6.053 3.588 Pectine, etc 1.822 2.671 2.869 1.457 Rouge de cacao 4.404 2.420 2.620 2.883 Fibres digestibles 12.048 11.645 10.420 9.070 Fibres ligneuses 5.515 5.503 6.803 6.662 Acide tartrique libre 0.629 0.535 0.687 0.420 Acide acétique libre 0.000 0.869 traces 0.674 Acide tartrique combiné. . 0.974 1.114 0.964 0.981 Peroxyde de fer 0.044 0.105 0.049 0.078 Magnésie 0.559 0.686 0.627 0.676 Chaux 0.134 0.207 0.157 0.163 Potasse 1.312 1.125 1.033 0.945 Soude 0.355 0.120 0.096 0.195 Silice . 0.022 0.065 0.022 0.051 Acide sulfurique 0.482 0.057 0.092 0.016 Acide phosphorique 1.098 1.113 1 .370 1.155 Chlore 0.044 0.020 0.089 0.040 100.319

100.000

99.843

100.000

Mais, ainsi que M. Hart lui-même le reconnaît, toutes les conclusions, quelles qu'elles soient, restentautant d'hypothèses, tant que des analyses chimiques très précises n'ont pas été faites. On conçoit que c'est seulement en comparant, avant et après


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la fermentation, la composition de la pulpe, des coques et des amandes qu'on peut aboutir a une solution sérieuse. Et, à ce point de vue, les recherches les plus précises et les plus véritablement scientifiques qu'on puisse citer sont celles de MM. Jenman et Harrison, qui datent du mois de mars 1898. XII. — Analyses comparées de graines fraîches et de graines fermentées de Calahacillo et de Fornstero.

TABLEAU

Déjà nous avons donné plus haut (page 45) le résultat des analyses faites par ces auteurs sur des amandes sèches et sur des amandes fermentées de calahacillo et de forastero, ainsi que (page 43) les résultats analogues obtenus pour les coques. Nous avons encore (page 89) reproduit les analyses d'amandes et de coques avec pulpe des mêmes sortes.


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A tous ces résultats s'ajoutent ceux qui sont consignés dans les tableaux XI, XII et XIII. Pour les deux mêmes variétés calahacillo et forastero, MM. Jenman et Harrison ont comparé, avant et après la fermentation, la composition des graines entières, y compris le tégument et la pulpe. Un lot de ces graines a été simplement séché, l'autre a été soumis à la XIII. — Analyses comparées d'amandes fraîches et d'amandes préparées de Calahacillo et de Forastero.

TABLEAU

fermentation (tableau XII). Dans le tableau XII, la même comparaison est faite entre des graines non séchées et encore fraîches et des graines fermentées. Enfin dans le tableau XIII sont comparées des amandes fraîches et des amandes fermentées. Dans ces deux derniers tableaux, la perte et le gain sont indiqués en regard.


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On voit combien tous ces résultats, mieux que toutes les recherches antérieures, contribuent à éclaircir la question, s'ils ne l'élucident pas entièrement. Il se trouve établi que, pendant la fermentation, presque toutes les matières énumérées subissent des pertes, à l'exception des matières azotées, des gommes et des acides libres. Mais le fait important mis surtout bien en évidence, c'est que, contrairement à ce que pensait M. Hart, la saveur douce de la graine ne peut avoir pour cause la présence de glucose. Une certaine quantité de cette substance doit bien avoir été produite aux dépens de la cellulose digestible et de l'amidon, mais, puisque la proportion est moindre dans l'amande fermentée que dans l'amande fraîche, il faut admettre que le sucre est passé par osmose dans le liquide extérieur, soit en nature, soit après avoir subi la fermentation alcoolique. Donc l'adoucissement de la saveur de l'amande, comme le fait bien remarquer M. Saussine, qui commente le travail de MM. Jenman et Harrison, ne provient pas d'une accumulation plus grande des sucres formés aux dépens des substances amylacées, mais ne paraît s'expliquer que par une diminution du taux dos matières astringentes. Il resterait à savoir ce que sont devenues ces matières astringentes : ont-elles donné, par dédoublement, des produits plus simples, ou bien ont-elles été entraînées au dehors, grâce à leur solubilité dans l'alcool ? C'est la question qui est encore à résoudre. Un autre point sur lequel il serait utile d'être fixé, c'est la part qu'il faut attribuer, dans le phénomène de la fermentation, à la température. Les planteurs ne sont même pas d'accord sur le degré de chaleur nécessaire : M. Morris donne, comme optima, une température de 60° G ; M. Crichlow, l'auteur de l'essai qui obtint le second prix à la Trinidad, pense que la plus convenable est celle de 43° ; le docteur Chittenden admet celle de 46 à 49°, sans qu'on sache trop, du reste, sur quelles bases ces auteurs ont établi leurs déterminations. M. Hart, de son côté, est bien plutôt porté à croire que


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la chaleur qui se dégage pendant la fermentation n'est pas si nécessaire qu'on le suppose pour obtenir une préparation convenable : dans l'expérience que nous avons déjà citée, et où des fèves décortiquées furent laissées en contact avec la pulpe pendant trois jours et donnèrent des cacaos de première qualité, la température ne fut jamais que celle de l'air extérieur, soit en moyenne 26° G. Ici encore des séries d'expériences qui n'ont jamais été faites, et qui seraient des plus simples, puisqu'elles consisteraient à placer des thermomètres dans les tas en fermentation et à faire des lectures à intervalles rapprochés, fourniraient des données de grande valeur. Ce qui retarde ces expériences à la Trinidad, dit M. Hart, c'est ce préjugé général que la fermentation du cacao est une opération simple et facile, « car nous voyons qu'on la confie à des gens légèrement au-dessous du type le plus inférieur de l'homme sans instruction. Nous voyons que le planteur amateur, qui est quelquefois un médecin, parfois un premier juge, souvent un pasteur, fréquemment un homme de loi et non rarement un ingénieur, obtient de beaux échantillons en se fiant entièrement à l'habitude de l'opérateur de cette classe. Il est cependant temps de nous familiariser avec des méthodes plus scientifiques, et d'amener les classes plus élevées à porter leur intelligence sur ce sujet, pour obtenir des produits d'une valeur supérieure. » Pour le moment, M. Hart pense, comme M. Chittenden et comme M. Crichlow — car les auteurs des deux premiers mémoires couronnés sont d'accord sur ce point — que la meilleure méthode de fermentation est la méthode Strickland, adoptée aujourd'hui dans maintes exploitations de la Grenade et de la Trinidad. La construction se compose de 3 bassins en ciment, de dimensions égales, et mesurant chacun 3 mètres de longueur, 2 mètres de largeur et 1 mètre 50 de profondeur, le tout recouvert d'un toit en tôle galvanisée, à 1 mètre 50 au-dessus du bord. Il y a, par conséquent, passage libre à l'air et au vent. Chaque bassin a les parois et le fond doublés de planches


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ET

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DU

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bien ajustées, qui sont placées à quelques centimètres de la maçonnerie ; celles qui forment le fond, et qui sont distantes de la maçonnerie de 10 centimètres environ, sont perforées, au vilbrequin, d'un grand nombre de petits trous ; l'inclinaison de ce plancher, comme celle du fond maçonné, est de 30 centimètres environ. En outre, dans le ciment même et dans les planches des parois, on perce, sur les deux faces latérales, et en regard, 2 rangées horizontales parallèles de 6 trous de 7 centimètres environ de diamètre : l'une de ces rangées est à 15 centimètres au-dessus du plancher, l'autre à 35. Par chaque paire de trous se faisant face on fait passer un bambou creux, qui est perforé sur toute sa longueur, et de 7 en 7 centimètres, de trous de 15 millimètres de diamètre. Ces tubes perforés sont destinés à assurer l'aération de l'intérieur des tas. Chacun des compartiments peut être fermé par un solide couvercle en bois, s'ajustant bien exactement. Enfin un orifice, à la partie inférieure de la maçonnerie, sert à l'écoulement du liquide fermenté qui a traversé le plancher perforé. L'opération est conduite de la façon suivante : On bouche d'abord toutes les ouvertures du premier compartiment, c'est-à-dire l'orifice du bas et les extrémités des bambous; puis on remplit le compartiment à peu près jusqu'aux bords et on rabat le couvercle, après avoir, au besoin, assuré une fermeture plus complète en recouvrant les graines avec des feuilles de bananier ou de figuier. Des pierres ou un poids quelconque peuvent être mis par précaution sur le couvercle. Au bout de 24 heures, s'il fait chaud, ou un peu plus tard, si le temps est pluvieux, on débouche, du côté opposé à celui d'où vient le vent, un des bambous de la rangée supérieure et un de ceux de la rangée inférieure. On aère ainsi l'intérieur du tas, et on peut, par la même occasion, introduire des thermomètres dans les bambous pour s'assurer que la température ne s'élève pas au-dessous de 43° C. A la fin du troisième jour, on débouche l'orifice du bas, pour laisser s'écouler le liquide accumulé, on enlève le couvercle et on transporte le cacao dans le second compartiment.


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Dans cette seconde cuve, le cacao doit rester également trois jours ; on peut laisser monter la température jusqu'à 47°. Lorsqu'elle s'élève davantage, ou débouche un plus ou moins grand nombre de bambous. Dans le troisième compartiment, le cacao est laissé pendant 4 jours au minimum, et à une température qui ne doit jamais descendre au-dessous de 35°. De l'avis de beaucoup de planteurs, plus cette phase est prolongée et plus le séchage est ensuite rapide. Il y a cependant, bien entendu, une limite maxima qu'il ne faut pas dépasser, et qui varie suivant la température et le temps. Pendant la saison pluvieuse, l'opération totale peut durer trois semaines au maximum. Au moment du transport d'un compartiment dans l'autre, on a toujours soin de désagréger les fèves qui se sont agglutinées. Ce travail est surtout de rigueur lors du passage de la seconde cuve dans la troisième. On doit avoir aussi la précaution de bien laver chaque compartiment avant de le remplir. Pour le transport on se sert de pelles en bois, et il faut prendre la précaution de ne jamais toucher le cacao avec des outils en fer ou en bois résineux. Lorsque toutes ces opérations ont été conduites avec soin, les cotylédons sont séparés et gonflés, le liquide de la pulpe remplit les intervalles ; l'amande, qui était dure, présente, sous la pression des doigts, une certaine élasticité. C'est à ce moment que la fermentation doit prendre fin. La pratique seule, du reste, apprendra comment, suivant la plus ou moins grande chaleur, suivant l'état de l'atmosphère et suivant aussi la sorte des graines, il faut prolonger ou diminuer les délais moyens que nous venons d'indiquer, pour chacune des trois phases. En admettant que l'opération nécessite ce temps moyen, qui est le plus ordinaire, on voit que la première cuve est chargée tous les 4 jours ; le travail est donc intermittent. Les planteurs de Surinam obtiennent une fabrication continue en augmentant le nombre des compartiments : le cacao passe chaque jour d'une case à la suivante. Dans ce cas, la température ne pouvant s'élever beaucoup en 24 heures, les tubes de bambou sont supprimés.


RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO

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La méthode Strickland, que nous venons de décrire, est, avonsous dit, celle qui est aujourd'hui réputée la meilleure et qui doit être préférée dans toute plantation importante. Malheureusement elle nécessite la construction de bâtiments spéciaux, nui ne peuvent être établis dans des plantations plus modestes. Les petits propriétaires ont donc recours à des procédés plus simples. Les graines ne sont plus transportées successivement dans lusieurs cuves ; elles sont entassées, par exemple, dans des bacs en bois, construits avec des madriers assez épais, et à la partie inférieure desquels se trouve une petite porte à rainures ou à charnières, pour faciliter la sortie des graines, L'intérieur de ces bacs est garni de feuilles de bananier, et le as est recouvert de mêmes feuilles, puis pressé au moyen de planches chargées de pierres ou de poids. C'est le procédé souvent suivi a la Guadeloupe, d'après M. Guérin, et c'est aussi, d'après M. Chalot, avec quelques variantes de détails, le procédé usité à San-Thomé. Les graines doivent être ôtées des bacs et remuées dès le deuxième ou troisième jour de la fermentation, puis toutes les 24 heures jusqu'à ce qu'on juge que cette fermentation est arrivée au point voulu. L'opération dure de 4 à 8 jours; elle réussit, dit M. Guérin, d'autant mieux qu'il y a plus de fèves à la fois mises à fermenter. Des bacs de 10 à 20 hectolitres paraissent réunir les meilleures conditions. Une autre méthode, décrite par M. Chittenden et par M. Saussine, et bonne pour traiter de faibles quantités de cacao, est souvent employée par le petit cultivateur du Vénézuéla. Elle consiste à mettre les graines dans une cuve à fond percé, pour les faire égoutter rapidement; heures suffisent. On les expose au soleil pendant ο à 6 heures ; puis, tandis qu'elles sont encore chaudes, on les met er tas et on les couvre. On recommence l'opération plusieurs jours de suite, en choisissant les heures de grand soleil, et on obtient un produit qui, sans être d'une belle apparence extérieure, présente cependant la cassure, la souplesse et le goût des cacaos moyens. Le conuquero est arrivé tout au moins au n

Le Cacaoyer.

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principal résultat qu'il poursuit, et qui est d'obtenir des fèves très rouges, qui, sur le marché, font prime. Les fèves rouges sont, en effet, forcément les plus légères et les plus propres, puisque, pour les obtenir telles, il faut les avoir soigneusement frottées et avoir complètement enlevé leur revêtement gommeux. Une variante de ce même procédé est de mettre le cacao, tout chaud de son exposition au soleil, dans des sacs où il passe la nuit ; et cela plusieurs jours de suite. C'est ainsi que procèdent souvent, paraît-il, les marchands de cacaos de Portof-Spain, à la Trinidad, pour rehausser la qualité des graines qui n'ont pas subi une fermentation suffisante. Est-il besoin de faire remarquer combien toutes ces méthodes, auxquelles a nécessairement recours le petit propriétaire, sont inférieures à celle de Strickland? Les deux dernières même ne doivent la plupart du temps donner que des cacaos mal fermentés et plus ou moins amers. Un avantage, par contre, qu elles présentent pour le petit producteur, c'est qu'elles lui permettent de faire marcher de pair la fermentation et le séchage ; et elles le mettent ainsi à l'abri des accidents dus au mauvais temps, s'il est vrai, comme le pense M. Chittenden, que le cacao en voie de fermentation résiste mieux et plus longtemps au temps brumeux ou à l'absence de soleil que le produit qui a achevé sa fermentation. Or, par la méthode de Strickland, comme par celle usitée a la Guadeloupe et à San-Thomé, c'est seulement lorsque la fermentation est achevée qu'on peut procéder au séchage, dont nous allons parler plus loin. Mais décrivons auparavant une opération qui n'est pratiquée qu'en certains pays : le lavage. Lavage. — L'habitude de laver les graines après leur fermentation n'est pas générale, mais c'est un usage courant à Ceylan et au Cameroun. A Ceylan, la fermentation est généralement opérée dans des hangars. On entasse les fèves, en couches de 60 centimètres à 1 mètre d'épaisseur, sur une plate-forme qui est faite de solives et de nattes en cuir et qui est élevée d'un


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CACAO

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mètre environ au-dessus du plancher, de façon à donner libre issue au liquide qui s'écoule pendant la fermentation ; tout le tas est recouvert de vieux sacs et de nattes. La fermentation est complète au bout de 5 à 7 jours, selon l'état de l'atmosphère et l'épaisseur de la couche de graines. Pendant ces 5 à 7 jours, le cacao est retourné deux ou trois fois avec des pelles en bois. C'est immédiatement après la fermentation que le planteur de Ceylan lave le cacao en le passant dans plusieurs eaux, pour enlever les débris de pulpe encore adhérents aux graines. Si l'on considère le prix qu'atteignent sur les marchés les produits de Ceylan, il semble qu'il y ait là une pratique à imiter, puisque ces prix sont une garantie que les cacaos de l'île sont de première qualité. Beaucoup de planteurs doutent pourtant que le lavage soit une des causes de cette supériorité ; en tous cas ils pensent que ce que le Ceylan gagne ainsi en prix, il le perd en poids. Et il serait bien plus probable que la valeur de ce cacao tient à la sorte cultivée, qui est généralement le Criollo, et aussi à la nature du terrain. Un fait d'observation cité par M. Hart démontre que cette dernière cause doit entrer sérieusement en ligne de compte : très rapidement les Forastero cultivés à Ceylan perdent leurs caractères propres pour se rapprocher de l'Old Bed Ceylon; les graines, de foncées qu'elles étaient, deviennent pâles ou presque blanches. Le seul véritable avantage du lavage, aux yeux de M. Hart, — et il est vrai qu'il n'est pas négligeable — c'est de faciliter le séchage. En dehors de cette cause, le lavage n'est peut-être utile que dans quelques cas particuliers, par exemple, lorsqu'il y a eu, pour une raison quelconque, commencement de moisissure. Si alors cet accident s'est produit au cours de la fermentation, on expose simplement à ce moment le cacao au soleil pendant quelque temps. Mais après la fermentation et avant le séchage, on lave le produit; beaucoup de planteurs, même, en ce cas, conseillent de préférence l'eau acidulée avec du jus de citron (1/4 de jus pour 3/4 d'eau). On redonne ainsi plus ou moins


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LE CACAOYER

aux cacaos moisis, qu'ils se soient altérés pendant la fermentation ou pendant le séchage, la couleur qu'ils ont perdue. A l'opposé des opinions précédentes, nous devons ajouter que quelques planteurs, au Surinam, prétendent que le lavage nuit à l'arome : ils préfèrent se débarrasser de la pulpe en frottant les graines avec de la cendre. Le docteur Guérin, de son côté, dit que le lavage tenté à la Guadeloupe n'a pas donné les résultats espérés. Les graines lavées deviennent trop sèches et trop friables dès qu'elles subissent l'action du soleil. Cet avis est partagé par le docteur Chittenden : sans doute, d'après ce dernier, l'enlèvement de cette couche pulpeuse qui couvre les fèves est un avantage, mais, d'autre part, lorsque le cacao doit être séché au soleil, cette couche protectrice a un rôle utile et « il est sûr que dans le cacao lavé la peau est fort fragile et ne protège pas assez la fève. » En résumé, le lavage peut présenter des inconvénients que ne compense peut-être pas la plus grande rapidité du séchage. Y a-t-il lieu aussi vraiment de tenir un compte sérieux de ce fait que les graines lavées ont un meilleur aspect, ce qui, sur certains marchés, comme ceux d'Allemagne, élève leur prix. C'est pour ce motif que le lavage a été adopté dans la colonie allemande du Cameroun, mais nous croyons qu'il y a là un préjugé à combattre plutôt qu'à entretenir. Séchage. — Lavées ou non, les graines fermentées sont mises à sécher. Ce séchage est obtenu par des méthodes variées : soit par l'exposition au soleil, soit par la chaleur artificielle, soit par un moyen mixte, c'est-à-dire tour à tour exposition à la chaleur artificielle et au soleil, suivant le temps qu'il fait. Le séchage au soleil est le moyen le plus général et le meilleur, et celui qui est presque toujours employé, partout où le temps le permet; et si en certaines contrées, comme à Ceylan, le séchage artificiel est plus fréquent, la cause en est que, dans les régions de l'île ou le cacaoyer est cultivé, la moyenne annuelle des jours pluvieux est très élevée.


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DU

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Pour l'exposition au soleil, le cacao est étendu, en couches de 7 à 10 centimètres d'épaisseur, sur de grands parquets en bois, ou sur des plateaux disposés de telle sorte qu'on puisse les couvrir rapidement en cas de pluie, soit que Ton pousse ces plateaux sous un toit fixe, soit que ce toit, au contraire, soit mobile et puisse être ramené sur le parquet fixe. Ce dernier système est, à la Trinidad, le plus communément adopté : les planchers sont de surface plus ou moins grande, suivant l'importance de la plantation, mais les toits glissants sont toujours construits très légèrement, posés sur roues et recouverts de zinc. Dans le cas contraire, où le toit est fixe, ce sont les caisses ou le plancher qui sont montés sur roulettes, et portés, sur des rails, à l'intérieur et à l'extérieur du bâtiment. Par un moyen ou par l'autre, l'opération est menée de la même manière. Le premier jour, les fèves ne sont laissées que pendant quelques heures au soleil; et on les rentre, pour éviter tout boursouflement, à l'heure la plus chaude de la journée. A l'intérieur du bâtiment, dans lequel la chaleur solaire s'est emmagasinée, les graines, pendant la nuit, ressuent, le liquide de fermentation qu'elles contiennent venant, par suite de l'évaporation plus lente, perler à la surface, au lieu de s'évaporer complètement. Les jours suivants, l'exposition est de plus en plus longue, et on la continue jusqu'à siccité complète. On reconnaît que cet état de siccité est atteint quand le cacao casse net sous la dent (comme une tablette de chocolat) et que la coque se brise facilement. Le temps nécessaire pour obtenir ce résultat dépend beaucoup de la manière dont la fermentation a été faite : le cacao bien fermenté sèche plus vite que celui mal préparé. On estime que, lorsque le temps est beau, il faut, en moyenne, 5 à 6 jours ; mais pendant la saison pluvieuse, ou dans les contrées où les pluies sont fréquentes, ce séchage à l'air libre et au soleil devient impossible, ou, du moins, on éprouve de grandes difficultés pour obtenir un produit convenable. C'est


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alors qu'on a recours à la chaleur artificielle, par le système des séchoirs à air chaud. Dans une intéressante brochure sur le cacao, sir William Robinson, gouverneur de la Trinidad, reproduit une description d'une maison de séchage de Ceylan, telle que la lui a communiquée le docteur Trimen, directeur du jardin botanique de cette colonie. Cette maison, environ deux fois plus longue que large, est construite en briques et pourvue de portes doubles ; mais, à l'exception des ouvertures qui permettent l'entrée et la sortie de l'air chaud, elle est hermétiquement fermée. A l'intérieur sont des châssis droits, dans lesquels glissent, l'un sur l'autre, les plateaux sur lesquels sont étendues les graines ; ces plateaux sont faits de lattes de bambou, mais ne doivent jamais être des toiles métalliques. L'appareil de chauffage est à l'extérieur : c'est un calorifère, placé dans une sorte de court tunnel qui s'ouvre dans le bâtiment. A l'autre bout de ce bâtiment, et dans un tunnel semblable, est un puissant ventilateur qui, par sa rotation rapide, provoque un courant d'air. Ce ventilateur, mis en mouvement à la main, est manœuvré par 3 ou 4 coolies. En passant sur le calorifère et autour, l'air est desséché et chauffé ; il traverse le bâtiment et sort chaud et humide. Le chauffage est encore augmenté par le tuyau qui passe sous le plancher. » C'est, en somme une maison de chauffage de construction assez simple. On pourra, d'ailleurs, la remplacer comme on le fait au Cameroun,, par l'un ou l'autre de ces séchoirs à air chaud, qu'on emploie en Europe pour les fruits de conserves, et dont quelques types sont décrits par MM. Nanot et Tritschler dans leur Traité pratique du séchage des fruits et des légumes. Le séchoir mixte employé quelquefois au Cameroun consiste à établir un système de chauffage dans des hangars à toit mobile. Quatre fourneaux chauffent quatre gros tuyaux en fonte, d'une dizaine de mètres de longueur, placés horizontalement. En temps de pluie, les claies garnies de cacaos sont


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disposées sur ces tuyaux parcourus par de l'air chaud ; pendant le beau temps, les fourneaux sont éteints et on pousse la toiture mobile du séchoir. Coloration et terrage. — Une des préoccupations des planteurs est de donner au cacao de la couleur et du brillant. C'est là peut-être le seul résultat du terrage, opération, qui, au Vénézuéla, accompagne toujours, la fermentation, et sur l'utilité de laquelle les avis sont divers. Voici comment, au Vénézuéla se pratique ce terrage. Nous ne pouvons mieux faire, pour donner une idée de la méthode de préparation du cacao en cette région, que de reproduire la description suivante, due à M. Marcano, professeur d'économie rurale à l'Université de Caracas. Les graines, extraites des fruits sur le terrain même de la plantation, sont transportées, dans des paniers, au desbavadero. « Ce desbavadero est une chambre de petites dimensions, dont le plancher est à claire-voie, pour laisser suinter le liquide qui s'écoule, au fur et à mesure, des tas de graines fraîches. Le lendemain, au lever du soleil, la récolte de la veille est étendue sur des toiles de 2 mètres 50 de longueur, sur 1 mètre 60 de largeur, qui sont portées sur une aire plane, légèrement inclinée, appelée patio et ayant pour dimensions 12 mètres de largeur et 17 mètres de longueur. Les graines sont étendues, avec un râteau, en couches minces et remuées trois ou quatre fois par jour. A 3 heures de l'après-midi, le soleil étant encore chaud, le cacao est rentré et mis en tas dans les magasins. On fait de même tous les jours avec la cueillette de la veille, en ayant soin de séparer les tas d'après le nombre de journées pendant lesquelles ils ont été exposés au soleil. Le fruit mis en tas s'échauffe par la fermentation qui s'y déclare ; deux jours après, on s'occupe de lui donner de la couleur. Pour cela, le cacao est sorti chaud du tas et saupoudré avec de l'argile rouge ou de la brique pilée, dans une toile que deux ouvriers secouent par les extrémités.


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Ensuite le cacao est exposé à nouveau au soleil pendant deux, trois ou même quatre jours, jusqu'à ce que la pellicule qui recouvre l'amande craque sous la pression de la main. On mélange en un seul tas tous les produits de la récolte totale et on soumet le cacao à un tamisage, pour faire tomber la poudre colorante en excès; 100 kilogrammes de graines retiennent 227 grammes de celle-ci. » A la Trinidad, la coloration des fèves de cacao est quelquefois obtenue, de même, par l'addition de terre rouge, et on cite particulièrement l'argile rouge de la propriété de San Antonio comme une des meilleures à ce point de vue, parce qu'elle est très fine et dépourvue de toute substance organique. Mais lorsque la terre qu'on emploie est trop faiblement colorée, on la mélange quelquefois d'ocre rouge ou de rocou. Un semblable procédé est parfois aussi, paraît-il, usité au Vénézuéla. M. le docteur Guérin, dans l'ouvrage déjà cité, s'élève vivement contre toutes ces façons d'opérer, qui n'ont, en effet, jamais été suivies aux Antilles. Peut-être cependant cet auteur est-il trop sévère lorsqu'il prétend que le terrage n'a qu'un but: celui de « donner la belle coloration rouge uniforme qu'on aurait dû obtenir avec une bonne fermentation ». Il est difficile d'admettre que la fermentation soit mal conduite dans un pays comme le Vénézuéla, dont les produits atteignent précisément, sur les marchés, les plus hauts prix. » Le terrage bien pratiqué peut, tout au moins, présenter deux avantages : il contribue à préserver les fèves de la moisissure et il amène à préparer des fèves plus propres, les frottements auxquels elles sont soumises leur enlevant complètement tout leur revêtement gommeux. N'est-ce pas là la raison pour laquelle on recherche, sur les marchés, les cacaos les plus rouges? Ce sont ceux qui ont dû être nettoyés avec le plus grand soin. Triage. — Quand les fèves, terrées ou non, et lavées ou non, sont bien sèches, on les trie, pour obtenir des lots de cacaos de grosseurs uniformes. On peut se servir, dans ce but,


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de cribles dont les mailles sont de diverses grandeurs : le premier débarrasse les graines de la poussière ; le second laisse passer les cacaos très petits, le troisième les cacaos moyens ; et il reste, en définitive, sur ce dernier, les fèves les plus belles et les plus grosses, celle qui, par suite, ont une valeur supérieure. Emballage et expéditions. ·— Le cacao doit être conservé le moins longtemps possible en magasin, où il court le risque d'être envahi par les moisissures. Si ce fait se produit, on frotte soigneusement les graines avec les mains, ou encore, comme à la Trinidad, on les met en tas, et des ouvriers foulent ces tas avec leurs pieds nus. On peut aussi laver les fèves moisies avec un acide faible, une solution très étendue d'acide citrique, par exemple ; on fait sécher immédiatement . En général, la récolte et la préparation terminées, il est prudent de faire rapidement les expéditions. Certains producteurs expédient en barils, mais, plus ordinairement, les fèves sont emballées dans des sacs, dont le transport est plus commode et moins coûteux. Les cacaos ne doivent jamais être emballés lorsqu'ils sont encore chauds ; les sacs doivent être toujours être préservés de l'humidité. Torréfaction ; fabrication du chocolat. — Notre étude des procédés de préparation du cacao pourrait être terminée ici, à l'instant où les graines sont expédiées des pays de production. Nous rappelons néanmoins, rapidement, pour compléter cet exposé, les principales préparations que subit le cacao, lorsqu'il est parvenu aux chocolateries. Après un nouveau triage à la main, suivi d'un vannage, les graines sont torréfiées,, à une chaleur modérée, dans de grands cylindres en tôle chauffés au bois et construits comme ceux qui servent à torréfier le café. Cette torréfaction a pour but de diminuer l'amertume du cacao, tout en développant son arome.


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Les graines sont ensuite placées dans des moulins concasseurs; là elles sont soumises à l'action de battoirs, qui, en les frappant légèrement, brisent leurs coques, devenues très friables à la suite de la torréfaction. Des ventilateurs chassent ces coques au dehors. Les cacaos sont donc maintenant réduits à leurs amandes torréfiées. On procède à un nouveau triage, et ces amandes choisies sont, après pulvérisation grossière, portées successivement dans des broyeuses, des mélangeuses et toute la série des appareils de fabrication. La broyeuse ordinaire se compose de plusieurs meules coniques, de granite ou de porphyre, roulant sur le fond d'un bassin de granite. Ces meules ont pour pivots autant d'axes horizontaux, qui sont disposés eux-mêmes, en rayons, autour d'un axe vertical, mis en mouvement par un moteur quelconque. Tout l'appareil est maintenu à 50° environ. Sous les influences combinées du broyage et de la température, les cacaos concassés se transforment en une pâte, qu'on transporte dans la mélangeuse. C'est dans cette mélangeuse que s'opère le mélange, à parties égales, du cacao et du sucre, auxquels on ajoute les aromates voulus, généralement la vanille. La trituration est complétée dans les remêleuses, où la pâte est laminée entre des cylindres horizontaux, tournant l'un contre l'autre en sens inverse. Elle sort de là complètement homogène. Elle est alors jetée dans des moules en fer blanc, qui sont disposés sur une sorte de « table à secousses » dite trembleuse, ou tapoteuse, ou claquette. Cette table, par des mouvements saccadés, étale la pâte et la fait pénétrer dans toutes les cavités des moules. Il ne reste plus qu'à transporter ces moules au refroidissoir. Les tablettes, solidifiées et durcies sont, quelque temps après, détachées ; puis on les enveloppe dans les feuilles d'étain.


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Beaucoup de gros animaux sont friands des graines de cacao, et ce n'est pas toujours sans peine que les planteurs défendent leurs cacaoyères contre les singes, les écureuils, les antilopes, les agoutis, les rats et les oiseaux. Contre les singes et les écureuils il n'y a d'autre ressource qu'une chasse continuelle. Pour se garantir des déprédations des antilopes, qui mangent les cabosses vertes et les feuilles, et de celles des agoutis, il est souvent nécessaire d'enclore les plantations. Parmi les oiseaux, les perroquets sont les plus redoutés ; on les éloigne plus ou moins en dressant des épouvantails. Les rats, qui vident les fruits, pour en sucer la pulpe sucrée, ne sont pas, non plus, un des moindres fléaux; et on dit qu'aux Seychelles c'est la principale cause qui a fait délaisser les cacaoyères. A la Guadeloupe, leur nombre a déjà beaucoup diminué depuis l'introduction de la mangouste. Comme procédé général de destruction, le mieux serait de mettre çà et là, dans la plantation, des fruits, tels que ligues ou bananes, empoisonnés par la « mort aux rats » ou autre ingrédient. On peut encore, pour empêcher le rat de grimper, entourer le tronc de l'arbre d'une feuille de fer blanc, disposée en forme de cône renversé. Sir Edgar Heanly propose aussi de recouvrir la base de ce tronc avec deux minces feuilles de mica, fixées par des attaches en fer. Ces feuilles seraient, en même temps, un moyen de préservation contre les insectes dont nous allons parler tout à l'heure. Aux Antilles, dans les terrains bas et marécageux qui avoisinent la mer, d'autres ennemis des cacaoyères sont les crabes de terre, ou tourlouroux.


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En creusant le sol, pour trouver l'eau, ces crustacés, qui appartiennent au genre Cardisoma des Décapodes brachyures, et dont le plus gros est le crabe blanc, ou grand toulourou, ou Cardisoma Guanhumi, altèrent les racines et le bas du tronc. On les chasse surtout pendant la nuit, qui est le moment où ils sortent de préférence ; au besoin, on provoque leur sortie en versant de l'eau bouillante sur leurs tanières, quand cellesci ne sont pas trop rapprochées des arbres. Insectes. — Beaucoup d'insectes attaquent les cacaoyers. Parmi les fourmis (bachacos au Venezuela) c'est surtout, dans l'Amérique centrale, la grosse Fourmi-parasol [Atta Cephalotes Fabr.), appelée encore palometo, qui ronge l'écorce du tronc et des racines et s'attaque également aux feuilles1. L'arbre, dénudé à sa base, se dessèche et meurt. Lorsque le mal n'est pas trop grand, on met à nu le tronc et les grosses racines et on les recouvre de poudre insecticide. Mais il est plus sûr encore d'user de moyens préventifs, en allumant du feu sur toutes les fourmilières qui peuvent se trouver dans les environs ; et, pour compléter les précautions, il est bon d'arroser ensuite la terre avec de l'eau additionnée d'une solution de sublimé ou autre. On pétrit enfin avec le pied la terre humide pour fermer toutes les ouvertures. Parmi les coléoptères, un des plus nuisibles, en Amérique, est l'asserador de cacao (ou scieur de cacao), qui est le Steirastoma depressa Fabr. (Steirastoma difformis Dej.). L'insecte perce l'écorce du tronc, ou des branches et se creuse un canal, dans lequel il dépose plus tard ses œufs ; les larves 1. D'après des observations de M. Moeller, qui datent de 1894, ces fourmis du genre Atta découperaient les feuilles des arbres qu'elles attaquent, moins pour s'en nourrir, que pour les transporter dans leurs nids et faire des cultures de champignon. On a remarqué, en effet, depuis longtemps qu'un mycélium se développe sur ces feuilles entassées dans les fourmilières; M. Moeller a établi que c'est ce blanc de champignon qui est la véritable nourriture des fourmis. Le même auteur, en suivant le mycélium hors des nids, a vu qu'il aboutissait toujours à une Agaricinée dont il est la partie végétative souterraine, le Rozites gongylophora.


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prolongent ensuite ce canal à travers le bois tendre et tuent l'arbre. Ce sont des ravages analogues qu'exercent les larves d'autres insectes que nous ne connaissons que sous les noms vulgaires qu'on leur donne au Vénézuéla et à la Guyane : les gusanos ou angaripolas (c'est-à-dire indiennes, à cause de la variété de leurs couleurs). « Ces gusanos, dit M. Aubry-leComte,qui réunit toutes les descriptions qui en ont été données dans les anciens ouvrages, sont des insectes volants, assez semblables aux cigales, tachetés de blanc et de noir, de la grosseur d'une petite amande ; ils attaquent lécorce, la rongent circulairement et y déposent des œufs, d'où sortent de petites larves qui s'introduisent entre l'écorce et la partie solide de l'arbre. Ces larves font là une première station, en attendant qu'elles aient acquis le développement nécessaire pour pouvoir percer le bois et pénétrer au cœur de l'arbre, où elles s'établissent jusqu'au moment où elles deviennent, à leur tour, insectes parfaits. » Contre ces gusanos, ainsi que contre les asseradores et les divers autres insectes, coléoptères, hémiptères ou lépidoptères (tels que divers Bostrichus, le Tœniotes furiosus, etc.), qui peuvent causer, plus ou moins, de semblables dégâts, divers moyens de destruction ont été préconisés. On réussit, en partie, à détruire les angaripolas en allumant, près des arbres, de petits feux qui, sans nuire au cacaoyer, attirent les insectes et les brûlent. On peut aussi faire la chasse, sur les troncs des arbres, aux asseradores, aux heures où ils sortent; et d'après M. Rojas, cette chasse est surtout fructueuse, aux époques où le cacao murit. « Lorsqu'on enlève, dit cet auteur, le cacao de sa pulpe, ces longicornes quittent leur retraite, à l'odeur du fruit, et sucent les sucs que contient la partie interne du péricarpe : on les prend abondamment pendant les deux jours que dure sa fraîcheur. » A Ceylan et à Java, en ces dernières années, le grand fléau des cacaoyères a été l'Helopeltis Antonii, déjà trop connu pour les ravages analogues qu'il cause de longue date en s'attaquant


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aux feuilles, dans d'autres cultures telles que celles des arbres à thé et des quinquinas. De l'ordre des Hémiptères hétéromères, tribu des Capsides, l'' Hclopeltis Antonii Signoret est à corps noir, marqué de rouge, à tête noire et à rostre jaune. Le premier article des antennes est aussi long que la tête et le prothorax réunis ; le second est le plus long, le troisième et le quatrième sont courts. Ces antennes sont noires, jaunes seulement à la base. Le prothorax et la poitrine sont rouge sang ; l'écusson est rouge, avec une épine jaune présentant à son sommet une cupule. Les élytres sont brun jaune, plus foncées à la base et au sommet ; la partie médiane est transparente. L'abdomen est jaune, avec une tache basilaire et le sommet noirs. Les pattes sont noires, les antérieures annelées de jaune à la base, les intermédiaires plus claires, marquées de jaune, et les postérieures annelées de jaune au sommet. A Ceylan, ces insectes sont surtout nombreux dans les contrées basses, où ils pullulent pendant la saison pluvieuse; chaque année, leur apparition coïncide avec les premières pluies d'avril; on ne les voit pas pendant les mois secs de janvier, février et mars. Que deviennent-ils pendant ce temps? On ne le sait trop, car le cycle complet de leur développement est encore mal connu. Beaucoup sans doute meurent ; quelquesuns pourtant doivent hiverner et réapparaître au printemps, en même temps que les œufs éclosent. Il serait désirable d'être mieux fixé sur ces différents points, dont la connaissance pourrait fournir des indications sur les moyens efficaces de destruction. Jusqu'alors le seul remède est une chasse acharnée faite à l'Helopeltis, au moment où il réapparaît. Des enfants employés à cette chasse en rapportent trois ou quatre cents par jour. Il est moins facile de se débarrasser des larves, qui éclosent ou s'introduisent à l'intérieur du tronc ou des branches. Si c'est une branche seule qui est attaquée, il n'y qu'à la couper et la brûler immédiatement; s'il s'agit du tronc, et si les ravages sont profonds, il faut se résoudre à arracher l'arbre,


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qu'on doit ensuite avoir soin de brûler. Il faut aussi prendre la précaution d'arracher toutes les racines, et de chauler le trou dans lequel on plantera, à la même place, un nouveau pied. Avant de recourir à ce moyen extrême, et lorsque les perforations de l'arbre sont peu nombreuses et récentes, on peut employer diverses solutions insecticides. Ces solutions sont appliquées sur le tronc ou sur les branches, ou à la surface des fruits, quand ces derniers commencent à se piquer. M. A. Tonduz, qui a publié divers articles sur les maladies du cacaoyer, recommande, contre les insectes, de laver les fruits avec de l'eau salée ou de l'eau de mer. Sur le tronc ou sur les branches on peut appliquer, avec une brosse, de la bouillie bordelaise ou l'insecticide Vassilières. La composition de la bouillie bordelaise (sulfate de cuivre et chaux) est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la rappeler. Pour préparer l'insecticide Vassilières, on dissout dans 100 litres d'eau chaude 1 kilogramme de savon noir et 2 kilogrammes de carbonate de soude ; et à la solution froide on ajoute de 3 à 5 litres de pétrole, suivant la force qu'on veut donner à la composition. On évitera de toucher avec ce liquide les feuilles, les boutons ou les fleurs. M. Tonduz indique encore d'autres solutions, qui ne sont que des variantes de la précédente et qui ont donné de bons résultats. 1° On dissout, par exemple, dans 50 litres d'eau chaude, 1 kilogramme de savon de Marseille et on ajoute un demilitre de pétrole, en mélangeant et battant le tout fortement. 2° On dissout 2 kilogrammes de savon noir dans 15 à 20 litres d'eau froide, on ajoute un litre de jus de tabac et 500 grammes soit d'essence de térébenthine, soit de benzine, soit de pétrole, puis on agite fortement le tout. On l'additionne ensuite de la quantité d'eau nécessaire pour faire un hectolitre du liquide. 3° On met dans un petit baril 3 kilogrammes de savon noir et 10 litres d'eau chaude, et on agite jusqu'à dissolution complète; puis on ajoute 1.500 grammes de poudre de pyrètre fraîche, qu'on délaye avec un petit balai, et on complète avec 90 litres d'eau froide.


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4° On prépare une solution avec 100 litres d'eau, 3 kilogrammes de savon, 500 grammes d'alcool et 2 litres soit de benzine, soit de pétrole. 5° On émulsionne dans une baratte un mélange de pétrole et de lait, ce dernier dans la proportion totale de 30 à 40 %. L'émulsion, conservée dans un vase fermé, est étendue d'eau au moment de l'emploi. Un point, dans tous les cas, qu'il est bon de ne pas perdre de vue, c'est que, si les insectes sont capables de percer l'écorce, ils préfèrent généralement profiter des blessures occasionnées par la taille, pour déposer leurs œufs entre le bois et l'écorce, au niveau de la section qui commence à se dessécher. Il est donc toujours indispensable de recouvrir cette section, aussitôt que faite, par un enduit protecteur. M. Hart propose, à cet effet, un mélange de coaltar et d'argile jaune, qui forme un épais mastic qu'on applique, à l'aide d'un pinceau, sur toutes les blessures, quelles qu'elles soient. Végétaux supérieurs. — Nous avons déjà dit incidemment que les cacaoyers étaient souvent envahis par des plantes d'assez grande taille qui se développent sur leur tronc ou sur les grosses branches. Tantôt ces plantes, comme les Loranthacées, vivent en parasites, et, par leurs racines, épuisent l'arbre. Tantôt elles vivent simplement en épiphytes, c'est-à-dire en se servant de l'arbre uniquement comme support, sans se nourrir à ses dépens. Tels sont les Tillandsia, parmi les Broméliacées ; les Anthurium et les Philodendron parmi les Aroïdées; les Marcgravia parmi les Ternstrœmiacées. Et dans cette même catégorie rentrent les lianes grimpantes, comme les Peperomia et, en particulier, le Peperomia nummularifolia H. B. et K. (Acrocarpidium nummularifolium Miq.) parmi les Piperacées. Bien que non parasites, toutes ces plantes entravent le développement du cacaoyer en empêchant les bourgeons floraux d'apparaître. On doit toujours se débarrasser rapidement des unes et des autres par des raclages faits avec soin.


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Champignons. —- Les cacaoyers présentent assez souvent sur leur tronc ou sur leurs branches, et surtout à la base des rameaux de premier ordre, des taches noirâtres qui rongent l'écorce et sont préjudiciables à l'arbre. Cette maladie, appelée taint-mancha au Vénézuéla, et qui est très probablement due à un champignon — sans que le fait ait cependant, croyons-nous, été bien établi — peut être combattue par le grattage de la partie malade de l'écorce ou par l'enlèvement de la branche, si celle-ci est plus largement atteinte. A San-Thomé, une maladie analogue s'est manifestée, mais elle est mieux connue : M. Bresadola l'a rapportée à un Pyrénomycète, le Melanomma Henriquesianum Bres. et Roum. Sous les assises supérieures noircies de l'écorce sont des périthèces presque hémisphériques, aplatis à la base', à parois épaisses et noires, à pore terminal. Les spores sont ellipsoïdes, jaunâtres, à quatre cloisons, et étranglées aux niveaux de ces cloisons. Sur les fruits, des taches noirâtres peuvent de même apparaître et envahir peu à peu tout le péricarpe. C'est ainsi qu'à Ternate, il y a un certain nombre d'années, toutes les cabosses noircissaient, se desséchaient et tombaient avant d'avoir atteint leur maturité; pareil fait s'est produit, en 1860, au jardin botanique de Buitenzorg. Et c'est sans doute la même maladie que MM. Patouillard et de Lagerheim ont observée sur des fruits provenant de l'Equateur (S. Domingo de Colorado) : la surface de ces fruits était recouverte d'une couche noirâtre. Dans ce dernier cas, MM. Patouillard et de Lagerheim ont reconnu que la cause du noircisssement était due à un champignon, qu'ils ont nommé Botryodiplodia Theobjromæ. C'est un Ascomycète, à périthèces agrégés, larges, noirs et plus ou moins poilus, avec un stroma noirâtre ; les spores, bicellulaires, sont d'abord hyalines, puis brunes. La maladie à l'Equateur se manifeste en août. Le même champignon a été retrouvé sur des cabosses provenant du Vénézuéla et du Cameroun, et conservées au Musée de Berlin. Au Cameroun, dans la plantation de Bimbia, un certain


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nombre de cacaoyers ont aussi été attaqués, en ces derniers temps, par un champignon blanc — non déterminé — dont le mycélium se loge entre l'écorce et le bois des racines. Les cacaoyers périssaient en peu de temps. Le docteur Preuss pense que, dans une grande exploitation, on pourrait circonscrire la maladie en divisant la plantation par quartiers, qui seraient séparés par des chemins de 6 à 8 mètres de largeur ; et ces chemins seraient bordés de vétiver (Andropogon muricatum) ou de toute autre plante analogue. Enfin MM. Prillieux et Delacroix ont donné, en 1894, la description, relativement complète, d'un champignon qu'ils ont trouvé sur les racines de cacaoyers malades provenant de l'Amérique centrale, le Macrophoma vestita. La maladie due à ce champignon peut, paraît-il, causer des dégâts importants dans tous les bas-fonds où l'eau stagne après une inondation. Cette inondation terminée, les feuilles jaunissent rapidement et tombent, ainsi que les fruits; puis la plante se dessèche sur pied et périt. Les individus ainsi attaqués sont généralement ceux qui ont atteint l'âge de 3 ou 4 ans. Dans les racines des plantes mortes, l'écorce est desséchée et se détache facilement de la partie ligneuse centrale. Celleci est colorée en gris de fer, d'un ton uniforme ; l'écorce présente, à l'œil nu, de petites touffes noires, d'apparence filamenteuse, qui sortent à travers de petits pertuis, creusés dans l'épaisseur de la couche subéreuse extérieure. Par une coupe transversale, on peut s'assurer que ces poils surmontent des périthèces paraissant complètement fermés, et dans lesquels sont des spores ovoïdes, hyalines, à contenu fortement granuleux, portées sur des basides filiformes, grêles, de 30 millièmes de millimètres environ de diamètre. Le mycélium qui porte ces périthèces est brun, très ramifié et très cloisonné. Il envahit toutes les cellules de l'écorce, ainsi que les tissus de la partie centrale de la racine, les rayons médullaires surtout. Dans toute cette ' région, les éléments sont tués : dans les cellules où se trouvent les filaments mycéliens, le contenu plasmique et amylifère du pareil-


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chyme médullaire a disparu ; dans d'autres, on trouve une matière brunâtre, fortement granuleuse, remplissant entièrement la cavité, et qui résulte de la transformation du contenu cellulaire, sous l'influence des zymases secrétées par le parasite. De ce Macrophoma on peut rapprocher, tout au moins par la nature des dégâts causés, un autre champignon signalé par M. Hennings sur des branches et des racines de cacaoyers provenant de Samoa. Les fragments examinés étaient recouverts d'une sorte de croûte, rattachée à un mycélium subcortical filamenteux, blanchâtreoujauned'ocre ; les filaments, faiblement ramifiés, avaient de 4 à 6 millimètres d'épaisseur. Les stromas reproducteurs constituant la croûte étaient ou presque plats ou arrondis, d'abord clairs et feutrés en dessus, puis brun châtain sur la face supérieure, bruns intérieurement et jaune brunâtre en dessous. Le champignon était trop âgé pour pouvoir être exactement déterminé ; M. Hennings tend cependant à croire qu'il s'agit d'un hyménomycète, l' Hymenochæte leonina B. et C, qui, à Cuba, à Ceylan et dans l'Usambara, apparaît sur les vieilles tiges et dont le mycélium s'étend jusqu'aux racines, puis, par le sol, se propage d'un arbre à l'autre, causant de grands dégâts. Des cultures entières peuvent être compromises ; il est donc nécessaire, pour entraver la maladie, de recourir à un déracinage profond. Pour le Macrophoma vestita, il est certain qu'on arrêtera surtout le mal en empêchant ou en diminuant tout au moins l'inondation, puisque c'est la cause première du développement du champignon. A Ceylan et à la Trinidad, la maladie des cabosses est due à une espèce toute différente : d'après les recherches faites à Kew, ce serait le Phytophtora-omnivora ; et, par des essais d'inoculation faits sur place, et qui ont réussi, il a été bien établi que c'est ce champignon, vulgairement désigné sous le nom de cacao canker, qui est la cause de l'altération. Comme les Péronosporées en général, il se développe surtout pendant les saisons pluvieuses; par les temps secs, il dispa-


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raît. Comme beaucoup de Péronosporées encore, il ne vit bien que dans les tissus frais. Sur la gravité de la maladie il y a désaccord entre les auteurs, à la Trinidad et à Ceylan. Dans la seconde de ces îles, où le champignon a été étudié récemment par M. Carruthers, on le considère comme très dangereux ; à la Trinidad, au contraire, où il a été étudié par M. Hart, on semble s'en préoccuper assez peu, et il ne paraît redoutable que dans les plantations négligées. Ces différences sont-elles dues au sol ou au climat? Il est certain qu'à Ceylan les dégâts produits sont réels. Le mal se transmettant facilement d'un fruit à l'autre, la première précaution à prendre doit être de ne pas laisser répandre sur le sol de la cacaoyère, comme on le fait en certaines régions, les cabosses ouvertes. Nous avons vu qu'on procède ainsi dans le but de restituer à la cacaoyère les éléments minéraux que ces cabosses renferment ; mais on devra alors avoir soin — et nous l'avons déjà indiqué — soit tout au moins d'enterrer les cabosses, soit, mieux encore, de les incinérer. En règle générale, on entravera tout cet envahissement de moisissures en maintenant les cacaoyers dans de bonnes conditions de végétation, soit par l'amendement des terrains en voie d'épuisement, soit par la taille, soit par des drainages convenables, soit encore en veillant à ne pas établir de plantations trop touffues. Gommose. — Nous ne pouvons guère que signaler cette maladie, constatée par M. Mangin sur des branches sèches d'un cacaoyer de la Guadeloupe dont le dépérissement était resté inexpliqué. L'écorce et le bois de ces branches renfermaient de nombreux et forts amas de gomme dont la production était, certes, suffisante pour amener la mort de certaines branches ou de l'arbre entier. Bien que nous ne sachions rien de plus actuellement, au sujet de cette maladie, il n'était pas inutile de la mentionner car souvent, sans cause apparente, des cacaoyers dans les plantations dépérissent. La gommose peut être, dans certains cas, une cause à laquelle on η a pas suffisamment pensé.


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Teigne et bruche du cacao. — Le planteur qui a mené à bien sa culture de cacaoyers et qui a emmagasiné sa récolte, après avoir fait subir au cacao toutes les opérations que nous avons décrites, n'est pas toujours encore au bout de ses peines, car fréquemment, les graines entassées et préparées sont attaquées par des insectes, et notamment par une teigne connue sous le nom vulgaire et expressif de friande a chocolat.

19. — Graines de cacao, dont celle de gauche a été attaquée par l'Ephestia elutella ; chenille (grossie et de grandeur naturelle) et papillon de cet Ephestia elutella.

FIG.

Cette teigne semble être d'ordinaire l'Ephestia elutella (Phycita elutella Curt et Stepli.), de la famille des Phycides (ordre des Lépidoptères). La chenille de VEphestia elutella est allongée, mince, frétillante, animée de mouvements rapides en avant et à reculons; elle a six pattes antérieures, huit ventrales et deux anales. D'un gris rosé sale et à tête noire, elle porte sur le


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LE CACAOYER

premier anneau, derrière la tête, une tache sombre qui se divise en deux dans la région postérieure. Sur chacun des autres segments il y a, de chaque côté de la ligne dorsale, deux taches analogues, et, un peu plus latéralement, une troisième qui forme triangle avec les deux précédentes. L'avant-dernier segment n'a toutefois qu'une large tache centrale, avec deux points latéraux, et le dernier une seule tache transversale. Toutes ces taches sont sétigères. La chrysalide est de couleur chatain clair, et enfermée dans un cocon soyeux, qui forme avec les autres un paquet attaché à la graine. Le papillon a 17 à 18 millimètres de largeur, au niveau des ailes antérieures. Les ailes sont d'un gris pâle, avec une très légère teinte ochracée, surtout vers le bord interne, et présentent des lignes transversales irrégulières, gris noirâtre, d'ailleurs assez peu marquées. La première, vers la base, est précédée d'une bande pâle ; la seconde, au delà de la région médiane, est grise, suivie d'une autre bande pâle. Entre ces barres, vers le milieu de l'aile, sont deux lignes plus étroites. Il est très probable que ces papillons déposent leurs œufs dans les graines non mûres, et l'éclosion a lieu plus tard dans les graines sèches ; il est cependant possible aussi que les papillons piquent les graines sèches. Quoi qu'il en soit, les larves, en se nourrissant aux dépens de l'amande, dans laquelle elles creusent des canaux en tous sens, la détruisent peu à peu. Des dégâts de même sorte que les précédents peuvent être encore produits dans les récoltes de cacao par une sorte de bruche, l'Aræcerus fasciculatus de Geer. (Bruchus Cacao Fabr.; Macrocephalus Cacao Oliv. ; Anthribus peregrinus Herbst; Bruchus crassicornis Fabr. ; Anthribus Coffeæ Fabr. ; A rœcerus Coffeæ Sch.). Ce coléoptère est, d'ailleurs, cosmopolite et polyphage. Sa larve n'attaque pas seulement les graines de cacao, dans lesquelles elle creuse de nombreuses galeries sinueuses; on l'a trouvée aussi dans des cafés de Cayenne et dans des graines de Cassia ; elle vit encore dans les branches d'une espèce de gingembre de Chine, dont elle dévore toute la partie ligneuse,


LES

ENNEMIS

ET LES PARASITES DU CACAOYER

135

et elle a été signalée également dans les fruits de l'Elœococca vernicosa, cultivé en Cochinchine pour ses graines grasses. Longue de 5 à 6 millimètres et large de 1 millimètre 25 à 2 millimètres, elle est à mouvements lents. La tête, de consistance cornée, et d'un jaune testacé brillant, est bordée d'une bande ferrugineuse sur les côtés et postérieurement ; et, vers la région médiane, sont quatre taches de même couleur, disposées en demi-cercle, les deux médianes plus petites que les deux extrêmes ; antérieurement elle est ferrugineux foncé. Les divers anneaux qui composent le thorax sont confondus, blancs, plus ou moins plissés en dessus et latéralement ; ils sont hérissés de poils roux clair, courts, peu serrés, disséminés çà et là. Les pattes, allongées, assez robustes, sont testacé pâle ; les tubercules pédigères sont saillants et les divers articles qui composent ces organes locomoteurs sont hérissés de soies très fines; l'article terminal est court, légèrement courbé et aigu. L'abdomen, allongé, est toujours plus ou moins courbé; il est de la même couleur que le thorax, charnu et plissé ; les segments qui le composent, au nombre de neuf, sont divisés par.des plis transversaux plus ou moins saillants, recouverts en dessus, sur les côtés et en dessous, de poils roides, allongés, peu serrés, presque disposés en séries transversales ; le dernier segment est lisse. Il y a neuf paires de segments. La nymphe est longue de 5 millimètres et a environ 1 millimètre 3/4 de largeur. Elle est courbée, d'abord testacée, puis brunâtre au moment où elle va se transformer en insecte parfait, à tête lisse, convexe, arrondie en dessus et parcourue par un sillon longitudinal médian. Elle reste douze ou quinze jours dans cet état. L'insecte parfait, petit et ovale, est à thorax cendré. Les élytres sont striées et, entre les stries, est une ligne de points alternativement blanc grisâtre et noirs. Le dessous du corps et les pattes sont brun fauve. Les antennes sont fauve sombre, et de la longueur du thorax ; le rostre est très court et grisâtre. « Ce rhynchophore, ditM. Lucas, est très agile; et, lorsqu'on


136

LE CACAOYER

cherche à s'en emparer, il échappe facilement à la main qui veut le saisir, au moyen de petits sauts qu'il exécute avec beaucoup de facilité ; il parcourt ainsi un espace de 25 à 30 millimètres environ. Si on persiste à le poursuivre, il prend la fuite... J'ai remarqué aussi que quelquefois il contrefait le mort, et cela se présente lorsqu'on le laisse libre après l'avoir préalablement tenu, pendant un certain temps, entre les doigts. » Dans les galeries qui sillonnent les graines, les branches ou les fruits attaqués, on peut trouver à la fois les larves, les nymphes et les insectes parfaits. Contre les dommages parfois très grands que les teignes ou les bruches exercent dans les graines de cacao on ne connaît malheureusement pas de remède bien efficace. On a proposé des fumigations de soufre, la benzine et la naphtaline; la mesure la plus prudente est encore, pour les producteurs, de faire leurs expéditions le plus rapidement possible, et de ne pas prolonger le temps d'emmagasinage, lorsque la récolte est terminée.


VII

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

Ce dernier chapitre sera une histoire rapide de la culture et de l'exploitation du cacaoyer, ainsi que du commerce du cacao dans les divers pays de production ; et, chemin faisant, nous ajouterons à ces données quelques renseignements sur les conditions climatériques de ces régions.

Mexique. Les états mexicains qui s'adonnent à la culture du cacaoyer sont ceux de Chiapas, de Colima (district d'Alvarez), de Guerrero (districts d'Aldama et d'Allende), de Miehoacan (district d'Apatzingan), d'Oaxaca (districts de Choapan, de Juchitan, de Juquila et de Pochutla), de Puebla (district de Chiautla), de Tabasco, de Vera-Cruz (districts de Cosamaloapan et de Minatitlan) et le territoire de Tepic (Compostela et Tepic). Pendant l'année 1894, la production, dans ces divers états, a été la suivante. Nous indiquons les valeurs en piastres mexicaines, ou pesos, le peso correspondant intrinsèquement à 5 fr. 40 de notre monnaie. Chiapas ... Colima.... Guerrero.. Michoacan. Oaxaca.... Puebla Tabasco... Tepic Vera-Cruz . Total....

T. 107 .286 kilogs, représentant 809.398 piastres. 115 » » 120 » 138.704 » » 10.780 » 55.210 » » 72.000 25.635 » »> 2.600 » 4.602 » » 700 » 771.705 .» » 486.904 » 29.415 ,» » 25.600 » 10.027 » » 2.064 » 2.142.699

»

»

1 416.166

»


138

LE

CACAOYER

La production totale de cette année à

peu

près

7.650.000

francs,

1894

dont la

représente donc

plus grande

part

revient aux états de Chiapas et de Tabasco. A titre de comparaison, ajoutons que le Mexique, en cette même année, a produit : Café Tabac Riz Orge Maïs Sucre de canne Henequen Coton

16.764.583 kilogs, représentant 9.907.973 piastres, 8.623.754 » » 1.612.873 14.174.534 » » 1.387.102 8 940.196 » » 8.290.688 27.231.034 » » 72.401.050 '» 54.237. 178 » 8.514.933 » 48.104.716 » » 4.393.277 » 16.609.823 » » 16.609.823

Caoutchouc . . 75.430 Copal 64.362 Bois de luxe. 1.050.406.240

» » »

» ». »

75.371 8.630 4.528.202

» »

La culturedu cacaoyer est donc loin de constituer aujourd'hui une des grandes richesses du pays, qui ne récolte même pas la quantité de cacao nécessaire pour sa consommation. Au cours de l'année fiscale er

1

juin

1894),

grammes importé

du

1893-1894

le Mexique n'a exporté, en produit, alors que,

1er juillet 1893 au effet, que 1.501 kilo-

(du

d'autre part,

il

en

était

637.173.

Pendant la même période, les exportations de café étaient

18.806.590 kilogrammes, celles de sucre 1.486.211, celles de henequen 56.522.352, celles 1.622.038.

de

de

canne

de tabac.

Les deux états où la culture du cacaoyer est restée la plus prospère sontceux de Chiapas

(4.674 millimètres de pluie par an (2.554 millimètres à San Juan

à Ixtacomitan) et de Tabasco

Bautista), qui, cependant, ne donnent pas toute la

récolte

qu'on en pourrait attendre. Le canton de Soconusco,

par exemple, qui fait partie de

l'état de Chiapas, et qui produit le cacao réputé le meilleur du monde — à tel point que ce cacao était appelé autrefois cacao royal,

parce

qu'on le réservait pour la

provision du

roi


LES

PAYS DE CULTERE DU

CACAOYER

139

d'Espagne — pourrait fournir, à lui seul, d'après M. Routier, une récolte égale à celle de tout le Nicaragua. En fait, le peu qu'on y recueille et qui pourrait être, au dehors, vendu aux plus hauls prix, est consommé sur place. Les Mexicains, d'ailleurs, en sont tellement amateurs qu'en certaines régions, dit-on, ils n'accepteraient pas, même à bas prix, les sortes de Caracas et de Guayaquil. On ne peut que s'étonner davantage qu'ils n'en développent pas la culture ; et on ne peut que regretter en même temps que les étrangers ne puissent, tout au moins, mettre en valeur ces terres délaissées par l'indolence des indigènes. Mais des exemples malheureux témoignent qu'à cet égard il n'y a aucune illusion à se faire. Des Américains et des Anglais avaient tenté, il y a quelques années, d'entreprendre de ces plantations dans le Chiapas : ils ont dû les abandonner, faute de pouvoir trouver les ouvriers dont ils avaient besoin et heureux encore d'avoir échappé aux dangers d'un climat généralement malsain. A ces ditficultés s'ajoute la cherté des transports, qui, actuellement, risquerait de fortement amoindrir les bénéfices qu'on pourrait tirer de l'exploitation proprement dite. Il y a deux ans, cependant, le comte Enomoto, ministre des Affaires étrangères du Japon, a acquis dans le Soconusco une concession en vue d'établir une colonie agricole. Il est difficile de prévoir le résultat de cette tentative ; peut-être des Orientaux, comme le fait remarquer M. Léon Schœnefeld, vice-consul de France, dans son rapport sur le Mexique, s'accommoderont-ils mieux que des Européens du climat de ces contrées. Nous avons dit ailleurs qu'on cultive à Soconusco, outre le Theohroma Cacao, les Theobroma ovalifolium et angustifolium. Nous avons donné aussi, dans un autre chapitre, les comptes d'établissement et d'entretien d'une cacaoyère au Mexique. Les arbres d'ombrage sont, de préférence, l' Erythrina corallodendron et le Robinia maculata, appelé vulgairement


140

LE

CACAOYER

cocoite. Il y a d'ordinaire trois récoltes par an : la principale d'avril à juin, une seconde de novembre à janvier, et la troisième, qui est celle d'hiver, en février. Les fruits récoltés sont d'abord mis en tas au pied des arbres, puis portés au quehradero (briseur), où on les ouvre, soit immédiatement, soit après vingt-quatre heures. Les fèves extraites des gousses, sont jetées dans des auges en bois, ou tollas, à moitié remplies d'eau, et y sont lavées ; elles passent de là dans les maisons de fermentation. On calcule que les trois récoltes donnent, au total, pour un hectare, huit à dix charges, de 27 kilogs chacune.

Guatemala.

Le Guatémala, comme le Mexique, produit moins de cacao qu'il n'en consomme. La sorte qu'on y récolte vaut cependant le Soconusco et peut être obtenu dans toute la zone chaude1 de la République. Dans cette zone (23°-26° C), qui comprend les côtes de l'Atlantique et du Pacifique, la saison pluvieuse dure de mai à décembre (2.898 millimètres de pluie par an à Puerto-Barisos), et le reste de l'année correspond à la saison sèche. Décembre et janvier sont les mois les plus froids ; et la chaleur est surtout forte en mars et avril. Le cacaoyer, en cette zone, est cultivé jusqu'à 900 mètres. Les départements producteurs sont : Escuintla, où l'on comptait, en 1894, 607.876cacaoyers. Suchitepequez 587.668 » Solola 204.301 Rethaluleu 122.898 » 1. Rappelons que le Guatémala, comme le Mexique et tous les autres États centro-américains, peut être divisé, au point de vue de la culture, en trois zones ; la zone chaude (tierra caliente), la zone tempérée (tierra lemplada) et la zone froide (tierra fria).


LES

PAYS

DE

CULTURE DU

CACAOYER

141

Presque tous ces cacaoyers appartiennent à de petits propriétaires ; il n'y a guère, comme grandes plantations, que celles d'Aguna et de Guachipilin. Les espèces ou variétés qu'on y cultive sont, d'après divers auteurs, très variées : ce seraient, outre le Theohroma Cacao, le Theohroma angustifolium, le Theohroma bicolor et, d'après Bernoulli, le Theohroma pentagonum (cacao lagarlo ou alligator cacao) et le Theohroma leiocarpum (cumacao). Quoi qu'il en soit, en 1894, le million et demi d'arbres a donné environ 200.000 kilogrammes de graines. Or, sauf 2.530 kilogrammes exportés dans d'autres Etats de l'Amérique centrale, toute la récolte a été consommée sur place, et il a même fallu, pour compléter, avoir recours à l'importation. Le cacao ainsi apporté est d'ailleurs payé, dans le pays, à un prix presque moitié moindre que le cacao local, qui est v endu, au Guatemala même, 3 francs à 3 fr. 75 la livre. En 1895, l'exportation a été à peu près la même que Tannée précédente, et elle a atteint la faible valeur de 6.150 francs. Toutes les expéditions ont été faites à destination de l'Amérique du Nord. En 1896, le chiffre a été plus élevé et de 43.305 francs. La principale culture de la République, qui a fait négliger les plantations de cacaoyers, est celle du caféier ; le second article d'exportation est le sucre de canne.

Honduras, Salvador et Nicaragua.

La production du cacao, dans ces trois États, est encore inférieure à la consommation locale. Au Salvador, la culture du cacaoyer avait même été, pendant quelque temps, abandonnée ; elle n'a repris que depuis une dizaine d'années. La récolte qui, en 1879, n'était que de 22.000 kilogrammes, était de 50.000 kilogrammes en 1889, et le nombre des pieds plantés s'est élevé, pendant la même période, de 34.000 à 50.000.


142

LE CACAOYER

Au Honduras, le cacao le plus estimé est celui de Gualan, près Omoa. Au Nicaragua, la culture est si peu développée que les indigènes s'approvisionnent en Colombie. Le climat du pays est cependant, particulièrement favorable. Autour de Rivas (dans cette contrée où M. Menier établit, en 1863, l'hacienda appelée le Valle-Menier), les cacaoyères sont si prospères que la ville, d'après M. Tonduz, est surnommée la mère du cacao ; et les plantations, paraît-il, réussissent mieux encore à Tortugas, sur les rives de la Sapoa, à la frontière du Nicaragua et de Costa-Rica. Outre le Theohroma Cacao, on cultive au Nicaragua la variété Theohroma pentagonum, que M. Hart a apportée de cette région à la Trinidad en 1893; on cultive encore les Theohroma hicolor et angustifolium. C'est sans doute le Theohroma pentagonum, qui, en certains pays comme à Amboine, est connu sous le nom de cacaoyer de Nicaragua et considéré comme une très bonne sorte. Nous n'avons trouvé nulle part mention des exportations récentes des trois États ; nous savons seulement, par les Notes sur le Centre-Amérique du lieutenant Aube, que le Nicaragua expédiait, en 1877, pour 123.440 piastres de cacao.

Costa-Rica.

Les terres chaudes, à Costa-Rica, correspondent à la zone qui s'étend le long des deux côtes et sur les rives du SanJuan, depuis le niveau de la mer jusqu'à l'altitude de 900 mètres. La moyenne annuelle de la température varie là entre 22 et 28 degrés, la côte du Pacitique étant un peu plus chaude toutefois que celle de l'Atlantique. C'est surtout sur cette dernière, où il pleut pendant une grande partie de l'année (3 mètres d'eau par an dans les bassins du Reventazon et du Colorado) et dans les plaines de


LES PAYS DE

CULTURE DU CACAOYER

143

San-Carlos que le cacaoyer est cultivé. Une des meilleures sortes est celle de Marina, dans la contrée de Limon. M. Paul Biolley, professeur au Lycée de San-José de CostaRica, nous apprend, dans sa Notice sur Costa-Rica, que le gouvernement a, il y a une quinzaine d'années, payé des primes de 4.000 à 5.000 piastres aux propriétaires des meilleures plantations ; et cet encouragement a influé d'une façon sensible sur la production du cacao clans le pays. La récolte de 1888 a été de 30.000 kilogrammes environ, représentant 165.770 piastres. Presque tout ce cacao est consommé dans le pays, où en importent, en outre, l'Equateur et la Colombie. Il y a cependant quelques petites expéditions : 6.300 kilogrammes en 1893 ; 4.799 (au prix de 2.734 piastres) en 1897. Pour cette année 1897, les statistiques officielles indiquent l'importation en France de 7.525 kilogrammes de cacao, provenant des Etats (cités en bloc) du Guatémala, du Honduras et de Costa-Rica. Il est probable que Costa-Rica a contribué, pour la plus grande part, à cette exportation totale. Les arbres cultivés seraient, non seulement des Theohroma Cacao, mais encore des Theohroma angustifolium, qui donnent le cacao dit de Mico.

Colombie.

La culture du cacaoyer est très développée dans la zone chaude de la Colombie, qui est comprise entre la mer et une altitude de 600 à 1.000 mètres. Il y a des plantations un peu partout dans les provinces de Bolivar et du Cauca. Dans celle de Magdalena, il y a surtout à citer un cacaoyer sauvage de la Sierra-Nevada qui, à l'encontre des autres cacaoyers, ne réussit pas en vallée, mais se plaît à des altitudes élevées et fructifie jusqu'à 1.000 mètres. Peut-être est-ce plus qu'une simple variété, et, en réalité, une espèce encore


144

LE

CACAOYER

mal déterminée : les fruits sont petits, mais, la pulpe étant peu abondante, chacun fournit néanmoins une quantité de graines plus grande que dans les cacaoyers ordinaires. L'arbre est, en outre, très productif, et chaque pied rapporte le double de ceux des autres provinces de l'Etat. Le cacaoyer pousse encore, en Colombie, dans les parties chaudes de Santander ; et dans le Sud du Tolima, où il faut souvent avoir recours à des irrigations systématiques, à cause de la sécheresse prolongée, on obtient un cacao si recherché qu il suffit à peine pour le pays même et qu'il n'en reste pas pour l'exportation. Le nombre des pieds plantés dans cette province du Tolima doit d'ailleurs être considérable, car chaque arbre, par suite d'une maladie cryptogamique des feuilles qui fait de grands ravages, ne rapporte guère plus d'une demi-livre, et cependant la récolte annuelle est de plusieurs millions de livres. Comparées à la production totale, les exportations de cacao de la Colombie sont faibles, à cause de la grande consommation locale, qu'on évalue à raison de 3 livres par habitant et par an. Le chiffre de la population étant de 4 millions environ, ce serait ainsi 12 millions de livres que le pays devrait déjà récolter pour ses propres besoins. Et nous avons vu qu'il en exporte aussi au Nicaragua et à Costa-Rica. En Europe, la France reçoit les principales expéditions : 1891 1893 1894 1895 1897

1.705.360 kilogrammes. 2.384.572 — 1.712.274 — 3.431.865 1.749.965 —

Ces 1.749.965 kilogrammes, importés en 1897, représentent une valeur de 2.747.445 francs; il n'en a toutefois été mis en consommation chez nous que 185.253 kilogrammes. Les importations directes en Angleterre sont beaucoup plus faibles.


LES PAYS

1891 1893 1894 1895

DE CULTURE DU

CACAOYER

145

66.854 livres. 34.500 » 452.555 » 687.985 »

Nous ne possédons aucune donnée pour les autres pays étrangers. Rappelons que le Theobroma bicolor est originaire de la Colombie, ainsi que l'Herrania albiflora, qui, avec le Quararibea Cacao, y donne le cacao simarron (ou sauvage).

Venezuela.

Dès 1634, à l'instigation des Hollandais établis à Curaçao, le Venezuela faisait en Europe quelques envois de cacao. Mais bientôt ce commerce devint si considérable que les Espagnols en furent jaloux et prohibèrent l'exportation du produit pour tout autre pays que le leur. Les Vénézuéliens, qui trouvaient plus d'avantage à traiter avec les autres nations, n'en continuèrent pas moins clandestinement leurs relations commerciales avec les négociants anglais et hollandais ; les marchandises d'échange étaient transportées furtivement sur des bateaux, dans des parages non surveillés. Et cette contrebande devint telle qu'Amsterdam, à un moment donné, recéla presque tous les cacaos de ( la raque. Sur les soixante-cinq mille quintaux que récoltait à la tin du XVIIe siècle la province de Vénézuéla, il n'y en avait pas vingt mille d'exportation légale ; et encore ces dernières expéditions étaient-elles souvent faites par des étrangers couverts d'un prête-nom espagnol. « De 1706 à 1722, dit M. Gallais, on ne vit pas arriver en Espagne un seul vaisseau espagnol ; et la souveraine maîtresse de l'Amérique fut obligée d'aller payer bien cher dans les marchés étrangers les cacaos récoltés sur ses domaines. » Le Cacaoyer.

10


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LE CACAOYER

En 1728, Philippe V, pour remédier à ces abus, accorda le droit exclusif de faire le commerce de Caracas et de Cumana à une compagnie de nobles Biscayens, qui reçurent, en même temps, le privilege d'exercer ce commerce sans déroger et sans déchoir de leurs prérogatives, et qui acceptèrent, comme condition, d'équiper, à leurs frais, le nombre de vaisseaux nécessaire pour débarrasser la cote des contrebandiers. Cette compagnie, connue sous le nom de Compagnie de Guipuzcoa ou des Caraques, opéra si habilement que l'Espagne recouvra les avantages qu'elle avait perdus. Le monopole fut conservé jusqu'en 1780. A cette date, l'agriculture vénézuélienne redevint donc libre en apparence ; en réalité, elle tomba entre les mains des Catalans. Ceux-ci, étant les seuls capitalistes de l'époque, accaparèrent toutes les terres ; et ce ne fut qu'après la guerre de 1830, qui eut pour résultat l'émancipation du pays, que le commerce acquit sa véritable indépendance. Les chiffres suivants donnent une idée de la progression suivie par l'exportation depuis cette époque. Nous rappelons que les années fiscales vont du 1er juillet au 30 juin. 1830-1831... 1841-1842 · 1851-1852 1872-1873 1886-1887 1890-1891 1893-1894.. 1895-1896

3.600.000 kilogrammes. 4.800.000 5.400.000 3.442.539 6.975.378 7.333.592 7.332.240 8.930.204

Les 8.930.204 kilogrammes exportés en 1895-1896 correspondent à 167.005 fanègues, ou sacs de 50 kilogrammes environ, et représentent 10.776.157 bolivares (ou francs). Les expéditions sont faites des ports de la Guaira, PuertoCabello, Carupano et Maracaïbo. De la Guaira, qui est le plus important des trois, et d'où provient plus de la moitié de l'exportation totale, il a été


LES

PAYS DE

CULTURE DU

CACAOYER

147

envoyé, pendant l'année fiscale 1896-1897, 74.062 fanègues soil 4.055.112 kilogrammes, de la valeur de 3.644.068 fr. 25. Les droits de sortie ont été de 202.755 francs 60. De Puerto-Cabello, pendant le premier semestre de 1897, il est sorti, pour les pays suivants : France Allemagne Italie Espagne Etats-Unis

107.311 kilogrammes. 23.659 » 2.713 11.052 2.807 147.542

Le même port a exporté, en 1895, 331.954 kilogrammes. La plus grande partie de ces expéditions de Puerto-Cabello, comme de la Guaira, est faite à destination de la France. Ainsi, en 1891, sur les 8 millions approximatifs de l'exportation totale, nous avons reçu 5.163.007 kilogrammes. En 1897, nous avons reçu à peu près de même 5.350.768 kilogrammes, au prix de 8.400.748 francs ; et il a été mis en consommation 4.058.928 kilogrammes. Quant à la production annuelle du Vénézuéla, elle a été la suivante, en 1894, d'après l' Annuaire statistique publié à Caracas en 1895. Le tableau est, il est vrai, un peu incomplet, puisqu'il y manque les renseignements concernant le District fédéral et l'Etat de Falcon, mais les deux régions (dont l'une, le district, ne comprend que Caracas et les villages voisins) sont de peu d'importance au point de vue d'où nous nous plaçons. L'unité adoptée est la fanègue, ou sac de 50 à 55 kilogrammes. Nous avons mis en regard les prix moyens de ces fanègues, en 1894, dans les divers états, le bolivare valant un franc. District fédéral Los Andes. . Bermudez... Bolivar

(manque). 11. 800 fanègues, valant chacune 296 bolivares. 88.900 » » 76 » 1.030 » » 58 »


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LE CACAOYER

Carabobo . . . 12.769 fanègues, valant chacune 121 bolivares. Falcon (manque) 100 » Lara 4.228 » » 104 Miranda ... 96.740 » » 88 Zamora 3.100 » » 88 Zulia 1.300 » » 173 La production totale de cacao au Venezuela, en 1894, peut ainsi être évaluée à un minimum de 11 millions de kilogrammes, dont 8 millions environ sont exportés. Presque toute cette récolte est obtenue sur la côte de l'Atlantique, dans cette zone des terres chaudes qui s'étend de la mer jusqu'à une altitude de 585 mètres. En dehors de cette bande littorale étroite, qui n'a pas par endroits plus de 8 lieues de largeur, et où le thermomètre marque entre 25 et 32 degrés, la culture du cacaoyer cesse d'être avantageuse ; et c'est exceptionnellement que du cacao est envoyé de certains points de l'intérieur, tels que la vallée de l'Orénoque. Les principales régions de production sont les districts de Girardot (municipe de Choroni), de Paës (municipe de RioChico), de Vargas (municipe de la Guaira), dans l'état de Miranda; d'Ocumare et de Puerto-Cabello dans l'état de Carabobo ; la péninsule de Paria dans l'état de Bermudez. C'est dans cette dernière presqu'île qu'on récolte les caraques de second choix ou Carupano. Après Carupano, vers l'Ouest, est une petite bande de côte où le cacaoyer ne réussit pas; et les plantations ne réapparaissent que dans la région de Cumana et de Barcelona. Elles cessent de nouveau jusqu'au voisinage de la limite de l'état de Bermudez ; et ce n'est qu'à partir de cette région, connue dans le pays sous le nom de vallée de Barlovento, que la culture s'étend sans interruption jusqu'à l'état de Falcon. Au delà, on ne trouve plus que quelques cacaoyères plus ou moins importantes à l'extrémité du lac de Maracaïbo, dans l'état de Zulia, et à Mérida et à Trujillo, dans l'état de Los Andes. Le grand centre de culture, en dehors de la pointe de Paria,


LES

PAYS

DE

CULTURE DU

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est ainsi la côte des états de Miranda et de Carabobo ; et c'est de là que vient le meilleur cacao caraque, surtout de toute la partie située à l'ouest de La Guaira, la qualité augmentant, semble-t-il, à mesure que, dans cette région, on s'éloigne de la Guaira. On rencontre alors les deux vallées de Choroni et d'Ocumare; et dans la première se trouve la plantation de Chuaco, qui est une des plus renommées du monde. Si l'on s'en rapporte à un article anonyme paru dans le Bulletin de la Jamaïque en février 1898, la principale variété plantée dans la péninsule de Paria, ainsi qu'au Rio-Chico, dans la partie est de la côte de l'Etat de Miranda, est le Forastero, tandis que dans les vallées d'Ocumare, de Choroni et Puerto-Cabello, c'est le Criollo. Quelques sortes communes de Puerto-Cabello viendraient cependant aussi probablement de Forastero. Il n'est pas douteux, au reste, que la qualité des caraques premier choix est due au sol autant qu'à la sorte ; et les meilleurs terrains sont ceux d'Ocumare et de Choroni. La plupart de ces terres, comme celles des environs de Puerto-Cabello, sont rougeâtres ; toutefois il paraît que, celles de Choroni étant les plus foncées, on en fait apporter à Ocumare pour le terrage du cacao. D'après l'article que nous venons de citer, il y a surtout, à Ocumare, quatre ou cinq grandes plantations, qui se sont constituées chacune par la réunion de neuf ou dix plantations plus petites. L'une d'elles récolte annuellement 2.500 fanègues. Chaque arbre fournit d'une à deux livres, mais le plus souvent une livre. Les comptes d'établissement et d'entretien d'une cacaoyère au Vénézuéla, que nous avons donnés ailleurs, se rapportent à cette région d'Ocumare. Nous avons vu que le coût de production d'une fanègue y est environ de 40 francs, et la sorte est vendue par le planteur de 125 à 150 francs. Tout le cacao récolté dans la péninsule de Paria est expédié à Carupano, tandis que la Guaira exporte la récolte de Rio-Chico et de toutes les vallées de l'Ouest situées en deçà de l'état de Falcon. Plus loin, dans la partie plus occidentale de la côte, Maracaïbo expédie directement.


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Equateur.

Le cacao est aujourd'hui une des grandes richesses de l'Equateur; et la république donne une extension de plus en plus grande à ses cultures. Alors qu'il y a une quinzaine d'années les cacaos n'y valaient que 10 k 12 sucres (50 à 60 francs) les 46 kilogrammes, ils atteignent aujourd'hui les prix de 20 à 22 sucres (100 à 110 francs). Presque toute la récolte est concentrée à Guayaquil, où elle est chargée à destination de l'Europe ou des Etats-Unis. Pendant les années fiscales 1891-92 et 1892-93, il a été expédié de ce port : 1892 10.966 tonnes 2.332 » 1.752 »

1893 13.093 tonnes provenant d'Ariba. 3.077 » » de Machala. 1.782 » » de Balao.

En 1893, les expéditions ont été faites surtout par les Compagnies suivantes : Compagnie générale transatlantique via Panama Hambourg American Steam Packet et C° Compania transatlantica de Barcelona R. Mail Steam Packet et C° Compagnie maritime du Pacifique via Magellan.. Compagnie Allemande Cosmos Aux 18 millions de kilogrammes cette année 1893, il faut ajouter les par les autres ports de l'Equateur, et Esmeraldas, et dont le total est environ.

52.479 sacs. 43 .857 » 3.002 » 49.250 » 88.714 » 1.703 »

exportés de Guayaquil, en petites quantités expédiées tels que ceux de Caraquès de 1.200.000 kilogrammes


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L'exportation complète a été ainsi, en 1893, de près de 20 millions de kilogrammes ; et, en cette même année, les prix du quintal ont été les suivants, le quintal du pays équivalent à 100 livres espagnoles, · c'est-à-dire à 46 kilogrammes 08. Janvier 83 fr. 75 Mars. , 90 » 60 Avril 105 » Juillet 88 » 10 Août-Décembre. 80 » 75 Au prix moyen de 83 francs 30, la valeur totale de l'exportation de 432.438 quintaux eût été de 36 millions de francs. En fait, elle a été de 32.432.850 francs, et il a été perçu comme droits de sortie 627.666 francs. L'Equateur exporte principalement pour l'Espagne, la France, l'Angleterre, les Etats-Unis et la Hollande. La France reçoit environ le sixième1 des expéditions. 1891 1894. 1897

.

3.220.066 kilogrammes. 4.597.233 3.282.639

Mais sur les 3.282.639 kilogrammes reçus en 1897, et valant 5.153.743 francs, il n'a été mis en consommation que 379.106 kilogrammes. On cultive, dit-on, à l'Equateur, et principalement dans la province d'Esmeraldas, en même temps que le Theohroma Cacao, les Theohroma angustifolium et ovatifolium. 1. C'est la proportion qu'on peut relever dans les statistiques depuis longtemps déjà. Ainsi, en 1866, l'Equateur exportait 247.602 quintaux qui se répartissaient ainsi : 131.430 quintaux pour l'Espagne, 40.000 quintaux pour la France, 18.840 pour l'Allemagne, 17.390 pour l'Angleterre, 7.940 pour la Havane, 4.812 pour le Pérou, etc.. Et si nous voulions remonter plus loin encore, nous trouverions qu'en 1845, sur une exportation de cacao de 2.982.000 francs, l'Espagne recevait pour 990.000 francs; Hambourg, 933.000, et la France 525.000.


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Brésil.

Le cacaoyer était depuis longtemps cultivé dans les colonies espagnoles lorsqu'il fut découvert, à l'état sauvage, au Brésil, dans le bassin de l'Amazone. Le produit fut tout de suite apprécié, et, en 1739, le cacao était au Para, avec le coton, la monnaie courante. Un ordre royal, adressé à cette date au capitaine général gouverneur, mandait que la récolte, depuis la rivière Yari jusqu'au Cap Nord, devait être réservée au payement des uniformes de l'infanterie. En 1749, il y avait dans cette région du Para environ 7.000 pieds plantés. Quelques-uns de ces pieds, transportés vers 1780 dans la province de Bahia, y furent le point de départ des plantations actuelles. Aujourd'hui, le Para (districts de Cameta, d'Obidos et du Tocantins), Maranhao et Bahia sont les trois principales provinces qui fournissent le cacao du Brésil. Plus au sud, vers Rio-Janeiro (où la température moyenne est de 23° et la chute d'eau annuelle de 1.190 millimètres, alors que l'une et l'autre, à Para, sont respectivement de 27° et de 1.790 millimètres), la culture ne réussit plus. Au Para et à Bahia, les deux grandes récoltes annuelles ont lieu, l'une en décembre et janvier, l'autre en mai et juin. Par le tableau suivant, on peut se rendre compte du mouvement de l'exportation totale depuis 1830 : 1830 1840 1849 1855 1860

26.283 kilogrammes. 106.486 297.836 511.030 612.825 »


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1870 1883 1892 1893 1894

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1 .215.684 kilogrammes. 6.280.050 5.619.625 5.168.025 4.869.600

Presque tout ce cacao est importé en France, à Nantes et au Havre. Sur les 5 à 7 millions de kilogrammes qui représentent en effet, suivant les années, la récolte totale du Brésil, la France a reçu : 1891 1897

6.132.558 kilogrammes. 4.704.676 »

Les 4.704.676 kilogrammes de 1897 valaient 7.386.402 francs; il en a été livré à la consommation 4.556.330 kilogrammes. Les cacaos de Para-Maragnan sont toujours cotés à des prix plus élevés que les Bahia. Ces derniers, au Havre, en mars 1899, étaient vendus 75 à 88 francs les 50 kilogrammes, alors que les Para atteignaient les prix de 100 à 102 francs. Il est certain que la province de Bahia, très rapprochée de la limite extrême de végétation du cacaoyer, est bien moins favorable à la culture que celle du Para, où non seulement le Theohroma Cacao, mais beaucoup d'autres espèces (T. subincanum, T. grandiflorum, T. speciosum, etc.) sont indigènes. Nous avons dit que le Theohroma grandiflorum est appelé cupu-assu, mais nous avons vu aussi que ce même terme est appliqué par M. Peckolt à une autre plante, avec les graines de laquelle les indigènes préparent également un chocolat, et qui serait — bien que M. Peckolt la nomme Deltonea lutea — un Theohroma encore mal déterminé, peut-être le Theohroma Martianum.


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Dans la province de Bahia, on a signalé, à l'état sauvage, le Theobroma Salzmannianum. Dans la région du Rio-Negro, on trouve les Theobroma subincanum, quitiquenervium, bicolor, grandiflorum, microcarpum, sylvestre, etc., ce dernier appelé cacao-rana.

Pérou.

Le Pérou est, au point de vue du climat, divisé en trois zones bien distinctes : la première, dite la Costa, qui n'a pas plus de 80 à 150 kilomètres de largeur, est comprise entre la mer et la Cordillière occidentale, sur le versant ouest de laquelle elle s'élève jusqu'à 1.500 mètres ; la seconde, dite la Sierra, correspond à la chaîne des Andes et s'élève sur les deux versants de cette chaîne jusqu'à 4.000 mètres, la région supérieure, ou puna, étant celle des neiges éternelles ; la troisième zone, dite la Montana (ou la Forêt), comprend toute la partie de l'Etat située entre les Andes et la Bolivie. C'est cette Montana, presque dépourvue de montagnes, couverte de forêts et baignée par l'Amazone et ses affluents, qui est la zone la plus vaste et la plus belle. L'humidité y est très grande et la température, dans la journée, y est de 28 à 31 degrés. C'est dans cette zone qu'on récolte une sorte qui n'est connue en Europe que de réputation et qui est appréciée dans le pays à l'égal du Soconusco et des Caraques : cette sorte est le cacao de Cuzco, obtenu dans les vallées qui avoisinent l'ancienne métropole des Incas, celles de Paucartambo et d'Urubamba en particulier. Malheureusement la distance entre Cuzco et la cote est de 000 kilomètres, à travers un pays montagneux, et il n'y a que très peu de temps que le chemin de fer qui doit assurer les communications est terminé, si même il l'est. Cette difficulté des transports a, jusqu'alors, entravé l'exportation et influé par contre-coup sur la production, qui est restée limitée aux besoins de la consommation locale.


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Le seul cacao exporté1, et en très faible quantité, du Pérou est celui récolté sur la côte, au nord de l'État, dans les départements de Piura, de Lambayèque et de Cajamarque. Mais la culture du cacaoyer en cette région ne peut donner de résultats satisfaisants et s'étendre que si l'on établit un système d'irrigation, qui remédiera à l'insuffisance des pluies. Le Theobroma subincanum [cacao bianco de Lima) est indigène au Pérou.

Bolivie.

En Bolivie, au moins dans les provinces septentrionales, le cacaoyer pousse à l'état sauvage et fournit une sorte assez appréciée des indigènes ; mais la culture est encore très restreinte, et il n'y a pas, croyons-nous, d'exportation.

Guyane anglaise.

Toutes les Guyanes, avec leur climat humide et chaud, sont des plus favorables à la végétation du cacaoyer. Certaines espèces, du reste, y sont indigènes, telles que les Theobroma subincanum. quinquenervium et album. Dans la Guyane anglaise, à Georgetown, à Demerara, sur le Rio-Berbice, la température, très uniforme, est, en moyenne, de 27 degrés ; la chute de pluies annuelle est toujours au moins de 1.700 millimètres et peut atteindre 3 mètres. 1. Les quantités de cacao expédiées ne sont jamais spécifiées dans les statistiques d'exportation du Pérou. L'Etat fait surtout ses envois en Angleterre (6.800.000 soles en 1890, c'est-à-dire 27.200.000 francs au minimum, la sole valant de 4 à 5 francs) ; puis viennent le Chili (1.500.500 soles), la France (1.100.007 soles) et l'Allemagne (800.000 soles).


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La culture du cacaoyer, presque abandonnée depuis 1832 dans la colonie, où, cependant, elle avait donné déjà, au commencement du siècle, des récoltes annuelles de près de 50.000 kilogrammes, a repris en ces dernières années. Les plantations nouvelles sont établies à plusieurs lieues de la côte, sur les bords du Canal n° 1 et du Demerara. L'une, à quinze lieues de Georgetown, comprend 70 hectares plantés de cac aoyers, qui rapportent en moyenne, annuellement, 1.200 kilogrammes de graines. Dans une autre propriété, celle de Coverden, plus rapprochée de Georgetown, la récolte est de 22.000 kilogrammes, représentant un revenu de 26.000 francs. En 1895, l'Angleterre recevait de sa colonie environ 115.000 kilogrammes de cacao, au prix approximatif de 200.000 francs.

Guyane hollandaise.

La Guyane hollandaise est, de toutes les Guyanes, la colonie qui a toujours apporté le plus grand soin à ses plantations de cacaoyers. La culture de l'arbre y remonte à 1534, et pendant longtemps la récolte a suffi à la consommation de la Hollande. En 1775, la production était de 798.854 livres, qui furent vendues 716.370 francs et dont 733.338 livres fut exportées; en 1787, les expéditions s'élevèrent à 2 millions de livres. En 1881, d'après une notice néerlandaise, il y avaii 6.657 hectares de cacaoyers seuls et 1.237 hectares de cacaoyers mélangés à d'autres plantes. Actuellement, d'après un rapport de M. Van Esveld, agent consulaire de France à Paramaribo, rapport qui date de 1897, il y a 97 plantations ayant des cultures de cacaoyers ou des cultures mixtes de cacaoyers et de caféiers, d'une étendue de 35 à 350 hectares, et 1.032 propriétés de moindre importance,


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représentant au total 13.244 hectares, mais dont il est impossible de savoir la superficie cultivée. Au Surinam, tout le monde, au reste, cultive plus au moins le cacaoyer; et une grande partie de la production est due soit aux propriétaires de petites plantations, dont le nombre était de 3.673 en 1891, soit aux fermiers (4.929 à la même époque) qui cultivent les plantes potagères. Le développement de cette culture s'explique par les conditions climatériques. A Paramaribo, la température moyenne est de 27° et la chute de pluies annuelle peut être de plus de 3.500 millimètres. Une trop grande humidité, qui, en se prolongeant, fait parfois tomber les fleurs, est donc même bien plus à redouter que la sécheresse. Un autre sujet de crainte, pour le planteur, est le vent du sud, appelé dans le pays vent de terre (landwind), dont le souffle froid arrête la formation des fruits. Mais ce sont là de ces risques climatériques auxquels sont exposées les cultures en tous pays; et, en général, la récolte du cacao en Guyane hollandaise est satisfaisante et le rendement relativement élevé. M. Van Esveld donne les résultats obtenus en 1897 dans la plantation Jagtlust, près de Paramaribo, où 175 hectares ont été plantés de 1855 à 1885. Un hectare y produit jusqu'à 1.380 kilogrammes de cacao par an, et, au minimum, 570 kilogrammes ; la récolte moyenne y est de 937 kilogrammes. Au prix moyen de 1 fr. 90 le kilogramme, le revenu de l'hectare est de 1.780 francs. Or, la dépense annuelle, pour une plantation d'un hectare, est de 150 francs. Ajoutons que, d'après M. Bartelinck, qui a été planteur au Surinam, un arbre rapporte 1 kilogramme 500 par an. Cette évaluation concorde sensiblement avec la précédente, puisqu'en admettant, comme produit d'un hectare, 937 kilogrammes, comme le dit M. Van Esveld, on doit supposer que la plantation est de 625 arbres ; et c'est bien, en effet, comme nous l avons vu, le nombre approximatif de pieds correspondant d'ordinaire à cette superficie.


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M. Bartelinck estime que les dépenses, pour le premier établissement d'un hectare de cacaoyers, sont, au minimum, de 625 francs ; et les soins à donner au champ, depuis le moment de la plantation jusqu'à la troisième année, reviennent, selon lui, en tout, à 150 francs. La cueillette, au Surinam, a lieu d'avril à août et d'octobre à décembre. L'exportation de cacao de la Guyane hollandaise, en ces vingt dernières années, a toujours augmenté : 1880 1881 1885 1890 1897

940.000 kilogrammes. 1.871.290 1.337.500 2.169.500 3.584.715

Sur ces 3.584.715 kilogrammes exportés en 1897, la France a reçu directement 51.057 kilogrammes (80.159 francs) et il en a été mis en consommation 15.635. Pendant le premier semestre de 1897, le prix était de 1 fr. 10 à 1 fr. 26 le kilogramme, et pendant le reste de l'année, il s'est élevé à 2 fr. 15. En mai 1898, le kilogramme était vendu 1 fr. 90.

Guyane française.

Ce n'est que depuis 1734 que le cacaoyer est cultivé à la Guyane française ; et les graines avec lesquelles furent faites les premières plantations, dans l'île de Cayenne, provenaient d'une forêt de cacaoyers située au delà des monts TumucHumac, sur le Yari, affluent de l'Amazone. La culture s'étendit ensuite quelque peu sur les rives de l'Oyapock et du Sinnamari, et, lorsque les cacaos de Caracas furent prohibés, Cayenne fournit à la France quelques cargaisons du produit.


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Mais jamais les plantations n'ont pris dans la colonie française une grande extension ; et elles sont aujourd'hui à peu près ce qu'elles étaient en 1848. Il y a cinquante ans, elles couvraient 230 hectares et fournissaient 44.000 kilogrammes de graines ; en 1895, leur ensemble représentait 245 hectares et, pendant le premier semestre de 1898, il a été exporté de Cayenne \ 0.080 kilogrammes de cacao. En 1897, la colonie n'a même expédié que 2.893 kilogrammes, d'une valeur de 4.542 francs. La présence de cacaoyers sauvages indique pourtant bien que la Guyane française trouverait avantage à se préoccuper de cette culture comme de tant d'autres. A Cayenne, la température moyenne est de 26°, et Schmid indique 3.513 millimètres de pluies par an.

Cuba.

Cuba s'est, pendant longtemps, approvisionnée de cacao à Vera-Cruz, et ce n'est que vers le commencement de ce siècle que des planteurs des environs de Santiago, las de paver les droits énormes dont était frappé le produit, à l'entrée dans l'île, firent, avec des graines venues de Caracas et de Maracaïbo, des essais dont les heureux résultats donnèrent rapidement un grand essor à la culture du cacaoyer, surtout dans les régions centrales et orientales de l'île (27° de température moyenne à Santiago de Cuba). En 1847, il y avait 69 cavaleries de cacaoyers, c'est-à-dire environ 925 hectares, la cavalerie espagnole équivalant à 13 hectares 42 ares ; et la production était de 3.836 arrobes, c'est-à-dire 44.190 kilogrammes, l'arrobe étant de 25 livres espagnoles, soit 11 kilogrammes 52. La valeur de ces 44.190 kilogrammes était de 103.000 francs environ. Mais la production était encore loin alors de suffire à la consommation, qui était à peu près de 450.000 kilogrammes.


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C'est vers 1860 que, la récolte augmentant toujours, l'équilibre semble s'être établi ; et, en même temps que l'importation devenait presque nulle, le commerce d'exportation se développait avec une rapidité dont témoignent les chiffres suivants : 1852 1853 1854 1855 1856 1857

99.520 kilogrammes 318.642 262.706 418.692 447.948 491.280

Les dévastations commises pendant l'insurrection de 1868 portèrent malheureusement à l'agriculture un coup qui retentit longtemps sur le commerce de l'île et dont Cuba ne commença à se relever que vers 1887. A cette dernière époque, les expéditions étaient plus faibles encore cependant qu'avant la guerre, mais elles ont, depuis lors, sans cesse augmenté : 1887 1891 1892 1893 1894 1895 1896

879.748 kilogrammes. 1.039.276 !1.079.634 » 722.468 1.358.272 1.255.822 » 1.545.902

Le prix moyen, en 1896, était de 68 francs le quintal de 46 kilogrammes. Depuis le début de l'exportation, presque toutes les expéditions étaient faites à destination de l'Espagne. Ainsi, en 1892, les 1.079.634 kilogrammes s'étaient répartis ainsi : 1.078.592 kilogrammes pour l'Espagne ; 1.042 » pour le Centre-Amérique.


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Et, en 1893 : 720.492 kilogrammes pour l'Espagne; 1.976 » pour le Centre-Amérique. On voit qu'aucune exportation n'a été faite, en ces deux années, aux Etats-Unis, qui ne recevaient jusqu'alors de l'île, de temps à autre et exceptionnellement, que quelques milliers de kilogrammes (20.000 en 1886). Nous manquons encore de renseignements sur les modifications commerciales qui seront la conséquence de la récente guerre hispano-américaine.

La Jamaïque.

Le cacaoyer était déjà cultivé à la Jamaïque par les Espagnols, quand l'île fut prise par les Anglais, en 1655. Depuis cette époque, les plantations ont été tour à tour abandonnées et reprises ; et celles qui existent actuellement ne datent guère que d'une trentaine d'années. Grâce aux efforts du Jardin botanique de Hope, qui s'est préoccupé d'introduire les meilleures variétés de la Trinidad et du Vénézuéla. et de répandre en même temps les meilleures méthodes de culture et de préparation, le commerce du cacao a suivi, depuis 1875, la marche ascendante qu'indique le tableau des exportations : 1875 1876 1880 1890 1896 1897....

22.150 francs. 32.150 » 272.950 363.475 » 438.200 » 563.750

En 1896, les divers pays d'importation ont reçu à peu près Le Cacaoyer.

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respectivement des cacaos de la Jamaïque pour les valeurs suivantes : Angleterre États-Unis Hollande Autriche Allemagne France

116.500 francs. 116.000 » 66.400 » 43. 500 » 33 .000 » 7.250 »

En cette même année, la surface plantée de cacaoyers (qui était de 530 hectares en 1891 et de 330 en 1886) était de 700 hectares. Presque toutes ces plantations sont entre 50 et 150 mètres d'altitude, en des régions où la hauteur annuelle des pluies n'est jamais inférieure à 1.500 millimètres et où la température ne descend jamais au-dessous de 24°. Le climat est particulièrement propre à la culture du cacaoyer, et cette culture, dit M. Landes, n'est pas coûteuse à la Jamaïque lorsqu'elle est associée avec celle de la banane qui est un des principaux articles d'exportation de l'île. Tous les efforts de la colonie doivent donc tendre à mieux préparer le cacao, qui, actuellement, est encore vendu à des prix faibles. La raison de cette infériorité paraît tenir surtout à ce que, jusqu'en ces dernières années, le cacao de la Jamaïque était lavé et séché sans être soumis à la fermentation. Ce procédé, que M. Morris a combattu énergiquement vers 1889, semble heureusement aujourd'hui peu à peu abandonné pour des méthodes meilleures.

Haïti.

Haïti (divisée depuis 1843 en République d'Haïti et République dominicaine) est la première des Antilles où les Espagnols ont cultivé le cacaoyer. Mais à la suite des luttes


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qui, vers 1664, eurent pour résultat l'occupation du tiers occidental de l'île par les Français, cette culture, dans la partie restée espagnole, tomba en décadence. Par contre, à la même époque, elle se développait dans 1B partie que nous avions envahie, et où jusqu'alors le cacaoyer n'avait pas été introduit. Dès l'année qui suivit l'envahissement, en 1665, un colon, du nom de Dogerang, plantait le premier pied ; et les plantations étaient déjà prospères quand le traité de Ryswick, en 1697, partagea l'île entre l'Espagne et la France. Toutefois, en 1716, lorsqu'un ouragan eut dévasté toutes les habitations, la culture fut momentanément abandonnée; quelques pieds seulement furent entretenus par simple curiosité. Les plantations ne furent rétablies qu'assez longtemps plus tard, d'abord dans le domaine de Perbach, de la paroisse dite Dalmarie, puis sur d'autres points de la région française ; et à la fin du XVIII siècle, la France recevait de SaintDomingue jusqu'à 300.000 kilogrammes de cacao. Un nouvel arrêt se produisit au commencement de ce siècle, à la suite des troubles qui éclatèrent en 4791 et qui devaient se prolonger si longtemps. Le tableau ci-dessous donne une idée des oscillations qu'a subies alors le commerce d'exportation du cacao dans ce malheureux pays, sans cesse agité par les révolutions : E

1789 (lre période ; régime colonial.) 75.000 kilog. e 1801 (2 période; gouvernement de Toussaint-Louverture) 270.000 » 1819 (3e période ; gouvernement de Henri Christophe).. 100.000 » 1824 (4e période; gouvernement du Président Boyer)... 250.000 » 1828 ( » » » )... 37.200 » 1829 ( M » » )... 65.000 >» 1836 ( » » » )... 225.250 » 1841 ( » » » )... 320.300 » 1843 (gouvernement du président Hérard) 350.400 » *

On sait que c'est pendant cette présidence d'Hérard que Saint-Domingue se sépara définitivement de Haïti. Les chiffres suivants se rapportent maintenant à Haïti


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seul, où le commerce du cacao était et est encore beaucoup plus important que dans la République dominicaine : 1845 (gouvernement du Président Pierrot). . 1849 (gouvernement de Soulouque).. . 1858 ( » » )

418.000 kilog. 332.250 » 728.100 »

A cette dernière date, le cacao était expédié des ports de Port-au-Prince, Caves, Cap-Haïtien et Jérémie. Après le renversement de Soulouque, en janvier 1859, la République d'Haïti fut rétablie; et depuis lors les exportations ont été : 1859 1862 1880 1887

698.682 kilogrammes. 871.926 1.365.000 2.000.000

Sur ces 2.000.000 de kilogrammes de 1887, 1.500.000 ont été expédiés de Jérémie, 350.000 de Cap-Haïtien, 11.000 des Gonaives, et la petite quantité restante de Port-au-Prince, des Caves et de Port-de-Paix. Quant à la République dominicaine, ses exportations, beaucoup plus restreintes, sont faites de Santo-Domingo et surtout de Puerto-Plata. En 1896, il était expédié : De Santo-Domingo De Puerto-Plata.... .

4.607 kilogrammes. 100.016 »

Pour Haïti, des renseignements complets nous manquent sur les exportations totales annuelles depuis 1887. Il est certain toutèfois que le commerce a continuellement augmenté, car la France seule recevait de cette provenance : En 1891 En 1897

1.585.600 kilogrammes. 2.225.857 »

L'envoi de 1897 représente une valeur de 3.494.595 francs, ce qui correspond au prix de 77 fr. 50 les 50 kilogrammes.


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En mars 1899, les Haïti valaient de même de 77 à 84 francs. C'est, en somme, une sorte assez bas cotée et peu appréciée ; et la raison en est dans les méthodes défectueuses de préparation.

Porto-Rico.

L'introduction du cacaoyer est de date plus ancienne à Porto-Rico qu'à Cuba : elle remonterait au XVIe siècle, c'està-dire aux premiers temps de la colonisation. La production était alors abondante, mais elle a, dans la suite, considérablement diminué. Pendant longtemps, la culture ne fut plus pratiquée que par quelques Espagnols ou des métis, qui récoltaient juste les quantités nécessaires pour leur consommation. Vers 1840 seulement, quelques petits propriétaires, aux environs de Mayaguez, réorganisèrent des plantations qui réussirent, et quelques quintaux étaient, vers le milieu du siècle, transportés, par les navires espagnols, à Barcelone. Ils furent appréciés, si l'on en croit les rapports officiels, à l'égal des caraques. Malgré tout, il semble que, de nos jours, le commerce du cacao soit resté négligé dans l'île, car les statistiques, aussi bien anciennes que récentes, ne font pas mention du produit, ou, tout au moins, le comprennent sous la rubrique générale d'articles divers.

Montserrat.

Nous citons, en passant, cette toute petite île anglaise, située à onze lieues environ au sud-ouest d'Antigoa et à quinze lieues au nord-est de la Guadeloupe.


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D'origine volcanique et très accidenté, son terrain ne se prête guère à de grandes cultures ; cependant, de petites plantations de cacaoyers ont été entreprises en ces dernières années et réussissent. Quelques lots de cacaos vendus par la Montserrat Company ont atteint des prix satisfaisants.

La Guadeloupe.

Le cacaoyer a été, croit-on, apporté de la Martinique à la Guadeloupe, mais sa culture n'y a pas eu, jusqu'en 1857, une grande importance. Avant le milieu du siècle, l'exportation n'avait pas dépassé 33.000 kilogrammes, chiffre qu'elle atteignit en 1819, et elle était descendue plusieurs fois à quelques tonnes. En 1856, elle était de 14.535 kilogrammes, et c'est en 1857 qu'elle s'éleva brusquement à 52. 685 kilogrammes. Depuis lors, elle a, si l'on considère la marche générale, sans tenir compte de quelques oscillations inévitables, constamment augmenté. La France a reçu : 1864 1874 1878 1884 1891 1895 1897

69.000 kilogrammes. 85.000 233.812 192.000 331.264 346.000 400.876 »

L'envoi de 1897 représentait une valeur de 629.375 francs. Tout ce cacao provient de la Guadeloupe proprement dite, le cacaoyer ayant, depuis le milieu de ce siècle, disparu de la Grande-Terre. Il est probable, du reste, que les plantations s'étendront peu dans l'avenir, même en Basse-Terre, car si le climat est


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PAYS

DE CULTURE DU CACAOYER

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Favorable, peu de terrains, par contre, conviennent à la culture de l'arbre. Dans le sud et l'ouest de l'île, ces terrains ne dépassent pas une superficie de 2.000 hectares; et beaucoup d'essais tentés en dehors des plantations actuelles n'ont donné que des mécomptes. En beaucoup de points, le cacaoyer pousse bien mais ne vit pas longtemps. Nous avons donné ailleurs les comptes de dépenses et de revenus d'une cacaoyère de la Guadeloupe.

La Dominique.

Située entre la Guadeloupe et la Martinique, cette île anglaise a, du nord au sud, douze lieues de longueur et une largeur de six lieues. La culture du cacaoyer s'y développe; malheureusement, on a surtout introduit, au début, des Calabacillo et il n'y a que quelques années qu'on apporte plus d'attention dans la sélection des graines. L'exportation qui, en 1893, était de 213.000 kilogrammes (197.000 francs) était, en 1896, de 447.000 kilogrammes, valant 336.325 francs.

La Martinique.

Les premiers semis de cacaoyer furent faits à la Martinique, en 1664, par un juif nommé Benjamin Dacosta, avec des graines provenant du Vénézuéla. D'autres habitants, quelques années plus tard, suivirent cet exemple et le cacao devint une des principales richesses de l'île. Mais en 1727, un ouragan, suivi d'une inondation, détruisit


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toutes les cacaoyères et il fallut qu'un édit royal, réduisant à dix centimes par livre les droits d'entrée sur les cacaos des colonies françaises, fût promulgué pour que les plantations fussent rétablies. En 1775, il y avait, à la Martinique, 1.400.000 pieds de cacaoyers, et l'île fournissait avec SaintDomingue presque tout le cacao consommé en France. Puis l'engouement qui se produisit pour la canne à sucre fit, dit M. Guérin, abandonner les cultures secondaires ; et on alla jusqu'à détruire des plantations de cacaoyers pour y substituer la canne. Aujourd'hui, un revirement s'est produit et les exportations de la Martinique sont un peu supérieures à celles de la Guadeloupe. La France a reçu : 1891 1895 1897

633 .988 kilogrammes. 686.023 » » 482.272

En cette année 1897, il a été mis en consommation en France 470.156 kilogrammes, au prix de 738.796 francs.

Sainte-Lucie.

Dans cette île, aujourd'hui anglaise, et qui est un peu plus petite que la Dominique, il y avait, en 1874, alors qu'elle appartenait encore à la France, 2.512.000 pieds de cacaoyers, qui, dans la suite, disparurent peu à peu. L'insalubrité, bien connue, du climat fut certainement une des causes de cet abandon. Actuellement, bien que beaucoup de vallées soient très fertiles, les seules cultivées sont celles des Roseaux, du Mabouya et du Cul-de-Sac. Le cacaoyer y réussit admirablement et fournit, après la canne à sucre, le principal produit d'exportation. Sa culture


LES

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DE

CULTURE

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couvre un millier d'hectares environ ; et la sorte récoltée, à raison d'une livre, en moyenne, par arbre, est assez appréciée. Les exportations de cacao, quiétaient de 18.000 kilogsenviron en 1843, ont été en ces dernières années : 1893. . . . 1894.... 1895.... 1896....

i66.920 kilogrammes, valant972.750 francs. 442.440 » » 712.825 313.290 » » 391.000 480.105 » » 359.900

La récolte, en ces quatre années, a toujours été sensiblement la même, mais il est curieux de constater combien les prix ont été variables.

Saint-Vincent.

D'origine volcanique, cette autre île anglaise a une superficie à peu près moitié moindre que la précédente. Les pluies y sont régulières, et leur hauteur annuelle est de 2 mètres au minimum ; la température moyenne est de 27°. Le climat est plus sain que celui de Sainte-Lucie. Vers le milieu du siècle, l'île exportait 3.000 kilogs environ de cacao. Aujourd'hui, le produit vient au troisième rang dans les statistiques commerciales, après le sucre et l'arrow-root : 1880 1890 1896

·

16.025 francs. 45.875 » 79.025 »

Si l'on remarque que les prix des cacaos, en 1896, étaient exceptionnellement bas, on voit que la culture du cacaoyer a pris de l'extension, en ces dernières années, à SaintVincent.


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Toutefois, au dire de M. Landes, certaines raisons, relatives à la distribution de la terre, portent à croire que cette extension sera rapidement arrêtée. Les plantations de l'île sont entre les mains d'un petit nombre de personnes.

La Grenade.

La Grenade, où le cacaoyer fut introduit, en 1714, par des Français, est une des îles des Antilles qui doivent attirer ici, tout particulièrement, notre attention, car le cacao est aujourd'hui, de beaucoup, le principal produit d'exportation, comme l'indique le tableau suivant des articles expédiés par la colonie anglaise en 1896 : Cacao Muscades Coton Campêche . . . . Cola · . Café

3.462.97ο francs. 524.575 » 88.575 43.325 » 3.325 » 1.550 »

Quant au sucre, dont la Grenade produisait 20.000 tonnes en 1831. il en a été exporté pour 375francs en 1896, et le pays doit s'approvisionner au dehors. C'est le cacaoyer qui a remplacé la canne, et l'île se livre aujourd'hui presque exclusivement à cette culture. Dans ce pays très montagneux, les premières plantations furent faites sur les hauteurs, au-dessus des sucreries alors ouvertes; mais on s'est aperçu, en ces dernières années, que les résultats étaient meilleurs dans les terres basses et c'est surtout depuis ce moment que la culture s'est propagée dans toute l'île. La surface plantée de cacaoyers était, en 1895, de 8.000 hectares, répartis en un grand nombre de propriétés.


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DE

CULTURE

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« Quoiqu'il y ait, dit M. Landes, dont les renseignements sur ce point sont empruntés à un rapport de M. Morris, quelques grandes habitations plantées de cacaoyers à la Grenade, les très petites habitations prédominent : 5.600 propriétés ont moins de 2 hectares et demi ; 843 ont de 2 hectares et demi à 10 hectares ; et 205, de 10 à 50 hectares. Il résulte de là que les possesseurs de petites propriétés, au-dessous de 50 hectares, sont au nombre de 6.648, représentant les 11/100 de la population totale de l'île. Aussi les variations de prix des cacaos se font-elles sentir surtout parmi cette classe des petits propriétaires et souvent leur enlèvent le plus clair de leurs bénéfices. » Le sol de l'île, très fertile, est formé par la décomposition des roches volcaniques, et varie de l'alluvion friable à l'argile rouge et tenace. Pour le cacaoyer, le meilleur sol est celui qui est constitué par l'argile contenant encore les roches qui l'ont formée. D'autre part, la hauteur des pluies est de 2 à 3 mètres par an. Les conditions semblent donc favorables pour la culture à laquelle se livre aujourd'hui la Grenade. Pourtant, d'après un article anonyme publié dans le Bulletin of the botanical Département of Jamaica, les arbres sont, dans cette île, généralement moins vigoureux qu'à la Trinidad ; les feuilles sont souvent desséchées et brunâtres. Ce fait expliquerait les récoltes relativement faibles qu'indiquent les rapports officiels : 530 grammes environ de cacao par arbre dans les bonnes terres. En moyenne, on estime qu'un hectare fournit 7 à 8 sacs de 75 kilogrammes, soit environ 550 kilogrammes. Ces 550 kilogrammes rapportent à peu près 550 francs, et le prix de revient total, pour la même quantité, est de 200 à 300 francs, y compris les intérêts du sol. Un hectare de bonne terre, à la Grenade, coûte quelquefois jusqu'à 1.500 francs. En 1881, l'île exportait 2.638.800 kilogrammes de cacao; en 1893-94, 3.825.000, et en 1896, 5 millions environ. Nous avons vu plus haut qu'en cette année 1896, où les prix ont été les plus faibles de ces vingt dernières années, la valeur de


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l'exportation a été de 3.462.975 francs. Le sac de 75 kilogrammes a été vendu de 50 à 55 francs, alors qu'il était payé, en 1893, 75 à 95 francs et atteignait des prix analogues les années préeédentes. Les pieds plantés a la Grenade sont surtout des Forastero et, sans doute, aussi des croisements de Forastero et de Calabacillo.

Tobago.

Beaucoup d'efforts ont été faits par les Anglais en ces dernières années pour développer la culture du cacaoyer dans cette petite île montagneuse, de 12 lieuesde longueur sur 4 de largeur. Dans ses vallées d'une très grande fertilité. 300 hectares sont plantés actuellement de cacaoyers, et divisés en petites pièces de 1 à 4 hectares Les expéditions, encore très faibles et qui ne dépassent pas 50.000 kilogrammes, sont faites à destination de la Trinidad, à laquelle l'île est politiquement rattachée. Elles augmenteront sans doute, sous l'impulsion donnée par M. Hart, qui encourage tout particulièrement les plantations à Tobago. Et, en effet, le climat est, comme le sol, des plus favorables. La chute annuelle de pluies est, en moyenne, de 1.600 millimètres. Il y a deux saisons humides, en mai et en octobre ; les seuls mois secs sont ceux de février, mars et avril.

La Trinidad.

Les premiers planteurs de cacaoyers, à la Trinidad, furen quelques Espagnols qui s'étaient établis dans l'île en 1525; et


LES PAYS

DE CULTURE DU

CACAOYER

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ils s'appliquèrent avec tant de soin à la culture que le produit qu'ils livraient fut, d'après l'abbé Raynal, préféré longtemps à celui de Caracas. Les négociants espagnols le payaient d'avance. Mais, en 1727, les cacaoyères éprouvèrent à la Trinidad le même sort qu'à la Martinique, en cette même année; et l'île fut ensuite presque abandonnée. Un fait consigné dans les Voyages de M. Dauxion-Lavaysse fixe, dit M. Gallais, l'époque à laquelle la culture fut reprise. En 1790, raconte M. Dauxion, un matelot catalan, frappé de la fertilité de la vallée d'Yaguarapero, vint s'y établir et commença seul à abattre des bois et à planter des cacaoyers. En 1797, au moment où la Trinidad fut prise par l'Angleterre à l'Espagne, cet homme avait vingt nègres attachés à son habitation ; il en avait trente en 1804 et récoltait 100 . 000 livres de cacao. Après sa mort, en l'absence de tout héritier, sa propriété passa entre les mains du gouvernement anglais, qui possédait définitivement l'île depuis la paix d'Amiens (1802) et qui a su tirer de son sol si fertile un grand parti. Le cacao vient en second, comme produit d'exportation, après le sucre. Ainsi, en 1896, l'île expédiait : Sucre. . Cacao..

54 .253 . 000 kilogrammes, valant 17 . 508 . 675 francs. 10.567.000 » » 11.303.535 »

Le tableau suivant indique maintenant la marche de l'exportation du cacao depuis 1821 : 1821 1831 1841 1851 1861 1871 1886

546.341 kilogrammes. 849.983 1.121.985 » 2.498.596 » 2.938.907 » 8.889.917 » 8.060.866 »


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LE CACAOYER

1887 1888 1889 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896

·

S.367.180 kilogrammes. 9.608.540 6.900.852 9.698.666 7.284.821 11.268.735 8.597.948 9.723.772 13.256.465 8.566.1031 »

Les nombres précédents sont doublement intéressants, car ils établissent que l'exportation a sans cesse augmenté, mais, en même temps, subit une oscillation régulière. On peut remarquer, en effet, que, depuis 1886, il y a tour à tour augmentation et diminution, ce qui indiquerait une plus grande abondance de récolte tous les deux ans. Les 10.566.831 kilogrammes exportés en 1896 ont été vendus 11.303.525 francs; mais nous avons déjà rappelé les faibles prix atteints cette année-là par le cacao. En 1892 et en 1894, le prix moyen était de 105 francs le sac de 75 kilogrammes. Le prix de revient du sac, d'après la Commission royale, étant en moyenne de 42 fr. 50, il y a, on le voit, une grande marge pour les bénéfices. Il y a lieu cependant, naturellement, de tenir compte de conditions très variables, telles que la qualité du sol, la position des propriétés, les salaires, la plus ou moins grande difficulté des communications. A cet égard, le tableau suivant est instructif. Nous y indiquons, d'après la Commission royale, la superficie de la plupart des grandes plantations de l'île, en donnant, en même temps, pour chacune d'elles, la récolte annuelle moyenne, très variable suivant l'âge des cacaoyères, et le prix de revient d'un sac de 75 kilogrammes.


LES PAYS DE

Plantations.

CULTURE DU

CACAOYER

Superficie totale.

175 Récolte Prix de annuelle, revient d'un sac.

Talparo

157 hect. 650 sacs 40 fr. 90 » 100 » 69 »> Montserrat 120 » 572 » -16 » San-Leon-Grande et San-Louis 374 » 600 » 41 » La Compensacion et San-José 228 » 1237 » 40 » Mararaval et la Carmelita 124 » 949 » 32 » Esmeralda 220 » 464 » 94 » Advinanza et la Gloria 208 » 350 » Esperanza 297 » 349 » 52 » La Descada ; la Regalada ; San Rafael 240 » 940 » 52 » San-Carlos 225 » 300 » 46 » Tierra Nueva et Caurita 306 » 900 » 41 » Torrecilla 340 » 400 » 41 » Ortinola 172 » 520 » 100 » Santa-Estella 259 » 807 » 44 » San-Francique 80 » 150 » 75 » El Salvador 143 » 1500 » 56 »

Mourit-Pleasant

On voit combien, en réalité, sont variables les revenus qu'on peut tirer d'une cacaoyère, puisque le prix de revient d'un sac peut varier de 32 à 100 francs. Il est vrai que le système adopté généralement à la Trinidad, comme à la Grenade, pour l'installation de ces grandes propriétés, est une des causes qui élèvent les frais. Nous avons expliqué ailleurs comment un contrat est passé entre le propriétaire et des entrepreneurs qui plantent les cacaoyers et les rendent au bout de 5 ans, à raison de 1 fr. 25 par pied. Nous avons dit aussi quel est l'inconvénient du système. Les plantations vivrières faites par les entrepreneurs épuisent le sol; et souvent, en même temps, ces entrepreneurs, si on n'a le soin de leur donner des graines, plantent des sortes inférieures, comme les Calabacillo, qui rapportent plus vite que les Forastero et peuvent ainsi fournir une première récolte avant l'expiration du contrat. Les grandes propriétés, comme celles que nous venons d'énumérer, sont d'ailleurs peu nombreuses à la Trinidad ;


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LE CACAOYER

elles ont clé formées, presque toutes, par la réunion de plantations plus petites, que les premiers possesseurs ont dû, à un moment donné, abandonner, par suite d'une concurrence trop vive. Presque toute l'étendue actuellement consacrée à la culture du cacaoyer, et estimée approximativement à 20.000 hectares, est divisée en petites propriétés dont la plupart n'ont que 5 à 25 hectares de superficie. Dans la plupart, la variété plantée est le Forastero, qui a remplacé les anciens Criollo, si nombreux autrefois, mais aujourd'hui presque tous disparus. Par le tableau précédent, on a déjà pu se rendre compte du rapport que fournissent ces arbres, à l'hectare, sur diverses propriétés. D'après la Commission royale, ce rapport, sur les bonnes propriétés, s'élève à 280 kilogrammes par hectare, soit 0 kilogramme 464 par arbre. Exceptionnellement la production, sur une propriété de 446 hectares, s'est élevée à 112.500 kilogrammes, soit 770 kilogrammes par hectare et 1 kilogramme 252 par arbre. Mais le plus souvent, à part quelques exceptions de ce genre, la production est à peu près la même qu'à la Grenade. Elle s'affaiblit même encore quand la plantation est composée d'arbres âgés et mal entretenus ; c'est à peine si, dans ces conditions, on récolte 150 kilogrammes par hectare, c'est-à-dire 250 grammes par arbre. Ce fait se produit surtout dans les districts où l'on cultive le cacao depuis une époque lointaine. Le sol de ces plantations, situées pour la plupart dans les vallées formées par les montagnes qui courent au nord de l'île, parallèlement à la côte, semble aujourd'hui épuisé ; et les récoltes sont bien plus abondantes dans le centre de l'île, où les plantations ne datent que d'une vingtaine d'années. Nous avons dit ailleurs encore qu'on fait quelquefois, à la Trinidad, durer les plantations indéfiniment en laissant pousser un gourmand sur les vieux arbres. Mais, même indépendamment de cette précaution, il semble que les cacaoyers vivent et rapportent très longtemps à la Trinidad ; des arbres de 30 et 35 ans fournissent encore de très bonnes récoltés.


LES

PAYS DE

CULTURE

DU CACAOYER

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Avec des conditions climatériques aussi favorables, il n'en est que plus regrettable qu'on n'apporte pas à la culture du cacaoyer ni à la préparation du cacao dans l'île tous les soins nécessaires. Le directeur du jardin botanique, M. Hart, jetait, en 1897, le cri d'alarme. Après M. Morris, il faisait remarquer que la qualité du cacao de la Trinidad allait toujours diminuant depuis dix ans et que les chocolatiers se plaignaient de sa saveur amère. La cause en est due, selon M. Hart, à l'importation de plants nouveaux, dont beaucoup proviennent de Ceylan, et qui, sans doute, poussent vite et résistent bien aux maladies, mais donnent un produit inférieur. Les sortes de cacaos obtenues aujourd'hui à la Trinidad sont nombreuses, mais les bonnes sont en minorité ; et, si ces habitudes se perpétuaient, fait remarquer M. Hart, une dépréciation définitive des cacaos de l'île serait à craindre. A cette première cause il faut en ajouter une seconde, que signale M. Landes et qui est plus grave encore parce qu'il est plus difficile d'y remédier : presque tous les propriétaires de cacaoyers, n'ayant que de petites plantations, cultivent simultanément des légumes et des fruits, et ne peuvent ainsi apporter à la fermentation qu'une attention sommaire. Souvent même les bonnes méthodes leur sont inconnues. L'île expédie ainsi des cacaos mal préparés et provenant de sortes inférieures. Quoi qu'il en soit, jusqu'en ces derniers temps, une grande partie de ces expéditions était faite à destination de la France, Ainsi, en 1896, nos ports recevaient 3.877.000 kilogrammes de cacao de la Trinidad, c'est-à-dire presque le tiers de la production de l'île, alors que les exportations pour l'Angleterre étaient beaucoup moindres. Il semble qu'un déplacement se produise à l'heure présente. Pendant le dernier semestre de 1898, les exportations ont été, en effet, ce qui, depuis longtemps, n'avait pas eu lieu, plus fortes pour l'Angleterre que pour la France. Il importe d'autant plus d'indiquer les raisons de ce chanLe Cacaoyer.

12


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LE CACAOYER

gement, qu'elles peuvent laisser supposer qu'il sera durable Depuis quelques années, les capitalistes anglais font des avances aux propriétaires de cacaoyères de la Trinidad, moyennant hypothèques sur leurs plantations, à raison de 7 % ou plus. Or beaucoup de prêteurs mettent comme condition que tous les produits leur seront consignés en Europe ; il est certain que, dans ces conditions, des quantités de plus en plus grandes de cacao de l'île seront dirigées vers l'Angleterre. Nous avons vu, dans le chapitre sur les maladies du cacaoyer, que la cause de l'altération des cabosses qu'on remarque en ce moment à la Trinidad et à Ceylan, et qui inquiète surtout les planteurs de cette dernière île, est une Péronosporée, le Phytophtora omnivora de Bary. Ajoutons que,, d'après des renseignements que nous trouvons, au dernier moment, dans le Bulletin de Kew ce champignon, sur les cabosses malades envoyées de la Trinidad, est accompagné quelquefois d'une nouvelle espèce de Pyrénomycète, nommée par M. Massée Nectria Bainii. Ce Nectria Bainii forme des taches brun ferrugineux ou orangées, avec périthèces composés sphériques, rouges, velus puis glabres, de 30 à 35 centièmes dè millimètre de diamètre. Dans les asques, brièvement pédonculés, sont 8 spores oblongues-elliptiques, hyalines, aiguës aux deux extrémités, à une cloison, et de 10 à 12 millièmes de millimètre de longueur, sur 5 de largeur. L'auteur de l'article recommande de pulvériser de la bouillie bordelaise sur les fruits tout jeunes ; on appliquera ensuite le même traitement tous les dix jours.

Iles Philippines.

Les Philippines n'exportent plus de cacao depuis longtemps. En 1827, M. Gallais écrivait que Manille approvisionnait de ce produit les marchés de l'Inde, où il était transporté en pâte; mais les statistiques de 1840 ne l'indiquent déjà plus.


LES

PAYS DE

CULTURE DU

CACAOYER

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Cet abandon a deux causes : l'indolence des noirs, entre les mains desquels était autrefois la culture, et la fréquence des ouragans, qui dévastent complètement les plantations et découragent les cultivateurs les mieux intentionnés. Apporté, dit-on, d'Acapulco vers 1670, soit par un pilote nommé Pedro Brabo de Lagunas, selon les uns, soit par quelques jésuites, sous le gouvernement de Salcedos, selon les autres, le cacaoyer s'était pourtant très rapidement acclimaté aux Philippines. Les sortes qu'on y récolte, et, en particulier, celles de la petite île de Maripipi (au nord-ouest de l'île de Leyte), d'Albay (dans l'île de Luçon), de l'île de Cébu et de celle de Négros, peuvent, paraît-il, rivaliser avec les meilleures d'Amérique. C'est surtout à Cébu et à Négros que la culture s'était développée jadis. Aujourd'hui, les provinces qui produisent encore du cacao sont celles de Leyte, de Bohol, de Misamis (dans l'île de Mindanao) de Cébu, de Négros et de Samar ; mais la récolte est si faible qu'elle est consommée sur place et doit être complétée par l'importation.

Indes orientales néerlandaises.

Le cacaoyer a été introduit par les Espagnols à Célèbes vers 1560, et c'est de cette île, où les indigènes l'avaient appelé Kawa Benyala (café du Bengale), que sa culture s'est étendue à Amboine d'abord, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, puis aux autres îles néerlandaises. Actuellement, on trouve des plantations : à Java, surtout à l'ouest, dans les résidences de Batavia, de Buitenzorg, de Samarang et de Préanger ; à Sumatra, sur la côte orientale, dans la contrée de Déli ; à Linga ; à Riow ; à Ternate ; à Batjan; à Amboine; et, à Célèbes, dans la résidence de Ménado. C'est exclusivement de cette dernière région que sont pro-


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LE

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venus pendant longtemps tous les cacaos des Indes orientales néerlandaises ; et encore ces exportations avaient-elles dû peu à peu diminuer, car, alors qu'elles étaient, paraît-il, — bien que ce chiffre nous paraisse exagéré, — de 1.500 piculs, soit 90.000 kilogrammes, en 1854, les statistiques plus récentes n'en faisaient plus mention. Ainsi le cacao n'est plus cité dans le tableau des exportations des Indes néerlandaises, de 1872 à 1881, que donne un catalogue, pourtant très détaillé, des produits de cette colonie, publié en 1883. Les expéditions devaient se réduire, à cette époque, à quelques milliers de kilogrammes, provenant de Samarang, de Ternate, de Batjan et de Menado. Depuis une quinzaine d'années seulement, les plantations de Java, dont les premières furent faites il y a environ un siècle mais restèrent longtemps stationnaires, ont pris une sérieuse extension; et c'est aussi depuis lors, seulement, que les exportations de Java et de Madoura ont suivi une progression rapide : 1884 1886 1887 1888 1889 1890 1893 1894 1895 1896 1897..·

·

12.065 kilogrammes. 20.303 23.346 » 69.782 86.372 150.000 517.568 737.031 920.431 885.255 » 853.383

Presque toutes les expéditions sont faites pour la Hollande, qui, en 1896, sur un total de 1.466.444 francs, en recevait pour 1.060.531 francs ; l'Angleterre, qui vient au second rang, n'en recevait, cette même année, que pour 17.537 francs. En France, les envois sont intermittents et toujours faibles :


LES

1891 1896

PAYS

DE CULTURE

·

DU

CACAOYER

181

1.244 kilogrammes; 3.160 »

Ces 3.160 kilogrammes ont été vendus 5.056 francs, soit 78 francs les 50 kilogrammes. D'après M. Van Gorkom, on a planté à Buitenzorg des Theobroma bicolor, sur lesquels on fonde beaucoup d'espoir ; et, à Amboine, les cultivateurs sont satisfaits de la variété Nicaragua. Au dire du même auteur, le cacao de Java, lorsqu'il est bien préparé, présente une coloration brune très belle, qui le fait rechercher pour la préparation des bonbons et autres confiseries en chocolat; mais il est, par contre, relativement pauvre en matières grasses, ce qui le fait peu apprécier des fabricants de poudre de cacao.

Territoire de l' Empereur Guillaume.

Nous savons que des cultures de cacaoyers ont été tentées et réussissent dans cette colonie allemande de la NouvelleGuinée, mais nous ignorons quel en est l'état actuel et quelle importance elles sont destinées à prendre.

Queensland.

Nous citons, de même, pour mémoire, quelques plantations de cacaoyers faites sur la côte nord-ouest du Queensland, dans la région de Cairns, entre le Russell et le Mulgrave. Dans cette région, où les pluies sont fréquentes et abondantes (2m 50 par an), le cacaoyer fructifie. Il est cependant


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LE

CACAOYER

trop rapproché certainement de ses limites extrêmes de végétation, et les points favorables sont trop peu nombreux et trop limités pour que cette culture puisse prendre, dans la colonie anglaise, beaucoup d'extension et mérite plus qu'une simple mention.

Nouvelles-Hébrides.

Le climat chaud et humide des Nouvelles-Hébrides convient aux cacaoyers, et, s'il n'y a encore actuellement qu'une douzaine de ces arbres en rapport à Vila, dans l'île Vaté, la cause en est la difficulté et la cherté des transports. Quelques centaines de pieds ont, néanmoins, été apportés depuis quatre ans, et la Société française possède aujourd'hui, à Vila, quelques hectares de cacaovères.

Archipel Samoa.

Sur les avantages de la culture du cacaoyer dans ces îles, les opinions diffèrent. Alors que certains planteurs sont optimistes, d'autres objectent la cherté de main-d'œuvre sur un sol d'origine éruptive qui interdit L'emploi des animaux ou des machines. Les rats, qui pullulent et dont il est bien difficile de préserver les plantations, sont un autre obstacle. Mais ce sont là, en somme, des considérations d'ordre purement pratique, et, au point de vue général, il n'en reste pas moins intéressant de constater que le cacaoyer, dans cette partie de l'Océanie, peut réussir ; il donne une première récolte vers la cinquième année.


LES

PAYS

DE CULTURE DU

CACAOYER

183

Ceylan.

Bien que le cacaoyer ait été introduit à Ceylan, dès le siècle dernier, par les Hollandais, et que les Anglais, à leur tour, se soient, en 1834, préoccupés d'acclimater dans l'île les sortes de la Trinidad, les premières exportations ne datent que de 1872. Faibles encore pendant quelques années, elles n'ont pris d'importance que depuis 1878 : 1878 1879 1880 1881 1882 1883 1884 1885 1886 1887 1889

508 kilogrammes 2.133 0.197 24.333 51.714 182.270 501.040 343.306 678.027 » 845.210 961.290

1891

1.047.242

1893 1895 1896 1897 1898

1.512.620 1.392.936 1.500.000 1.752.752 1.878.685

En 1899, pour les cinq premiers mois, les envois de cacao ont été de 993.393 kilogrammes. En 1895, les exportations étaient ainsi réparties : Angleterre Amérique. . Belgique Allemagne France

1.173.222 kilogrammes 72.694 » 48.463 39.827 » 24.028 »


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LE CACAOYER

La répartition est encore aujourd'hui sensiblement la même, car, pendant les cinq premiers mois de 1899, Ceylan a expédié : Angleterre. 18.887 quintaux, c'est-à-dire 959.459 kilogr. 600 Amérique.. 472 » » 23.977 » Belgique... 131 » » 6.654 » 800 Australie., 61, » » 3.098 » 800 France.... 3 » » 152 » 400 Inde 1 » » 50 » 800 19.555 » » 993.393 » 400 Ces cacaos valaient dans l'île, en mai 1899, environ 110 à 115 francs les 50 kilogs. Les plantations de cacaoyers, qui, en 1878, ne couvraient encore, a Ceylan, que 200 hectares, en occupaient, en 1885, 5.120; et, en 1888, d'après M. Tschirch, leur superficie était la suivante dans les divers districts : Districts.

Matale (est, nord et ouest). Dumbara Kurunegala Monaragala Kadugannawa Dolosbage Algala Badulla Hewaheta Hantane Nilambe Panwila et Wattegama. . .

Cacaoyers seuls.

1.014 hectares 691 » 648 » 165 » 128 » 102 » 98 » 90 » 80 » 77 » 53 » 52 »

Cacaoyers et caféiers.

583 hectares 1.076 » 352 » 70 » » » 8 » 8 91 » 6 » 41 » 121 » 223 »

Si l'on ajoute quelques hectares également plantés en cacaoyers dans les districts d'Ambagamuwa, de Madulsima, d'Haputale, de Pussellawa, de Rakwana et de Ramboda, on trouve que la superficie totale était de 3.787 hectares en cacaovers seuls et de 2.711 en cacaoyers et caféiers.


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DE

CULTURE DU

CACAOYER

185

Toujours d'après M. Tschirch, la récolte commence à Ceylan à partir de la septième année et on utilise beaucoup, pour sécher, les séchoirs à thé. On évalue que 33 fruits donnent un kilogramme de cacao pur; un arbre produisant par an 40 à 50 fruits, la récolte moyenne est donc, par pied, de presque 1 kilogramme 500. Le cacao de Ceylan est aujourd'hui une des sortes les plus estimées et celle qui atteint les plus hauts prix sur les marchés de Londres. Les raisons de cette supériorité ont été souvent recherchées. Quelques personnes l'attribuent aux soins apportés dans la culture et la préparation, et en partie aussi à l'usage, adopté dans l'île, de laver les graines après la fermentation. Que ces causes interviennent, il est, en effet, permis de le penser ; il est cependant vraisemblable aussi que les conditions de climat et de sol doivent entrer en ligne de compte et être mises peut-être au premier rang. On en trouverait la preuve dans ce fait que le cacaoyer Criollo introduit à Ceylan a acquis des caractères propres très accusés. Le Ceylon red, quoique provenu de ce Criollo, est aujourd'hui une véritable variété, bien distincte de toutes les variétés américaines. Chez aucune de celles-ci, les fèves n'ont, sur la coupe, cette coloration très claire qui aide à reconnaître le cacao de Ceylan et que le commerce recherche ; et il semble bien établi que cette couleur ne tient pas au mode de préparation. M. E. Langes, de Santa-Cruz,a fait de nombreux essais, il y a quelques années, pour donner à ses cacaos la cassure du Ceylon red; il a toujours échoué. Des expériences citées par M. R. Martin dans une lettre adressée en 1892 au secrétaire de la « Planters Association of Ceylon » amènent à la même conclusion. D'après M. Martin, des Forastero, à cabosses jaunes, récemment introduits à Ceylan et plantés parmi des Ceylon red, ont presque tous une tendance à passer au type de l'île : pendant les premières années, les cabosses sont restées jaunes ; mais, à mesure que les arbres ont avancé en âge, des cabosses rouges sont apparues de plus en plus nombreuses, en même temps qu'à l'inté-


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rieur le nombre des fèves violettes ou pourpres diminuait. Finalement, les fruits n'ont plus guère contenu que des graines blanchâtres. M. Martin signale encore une autre observation que lui a donné l'occasion de faire M. Hadow, de Kina-Kellie. Ce planteur lui a envoyé quelques cabosses d'un Forastero croissant loin de tout autre cacaoyer, à 1.000 mètres d'altitude : or ces fruits n'ont conservé du type Forastero que le contour général et quelques fèves violettes ; l'enveloppe et la plupart des graines ont pris la couleur du Ceylon red. L'arbre était âgé d'environ 17 ans. De ces faits on pourrait rapprocher quelques autres, bien connus, qui démontrent combien les cacaoyers se modifient facilement suivant le climat et le sol. Des variétés médiocres, importées dans des régions particulièrement favorables, comme la province d'Ocumare, s'amélioreront après plusieurs générations, et, inversement, des variétés d'Ocumare, transportées ailleurs, s'altéreront. Et il est certain que l'île de Ceylan est tout particulièrement favorable à la culture du cacaoyer, qui y fructifie, paraît-il, jusqu'à 1.300 et 1.400 mètres d'altitude. Malheureusement, les planteurs ont à lutter contre les ravages de l'Helopeltis Antonii et, en ces derniers temps, ont dû aussi se préoccuper de ce « chancre des cabosses » produit par le Phytophtora omnivora et dont nous avons parlé dans un précédent chapitre. Toutes les variétés sont d'ailleurs attaquées, mais surtout les plus délicates, telle que la vieille variété Red Ceylon.

Indo-Chine.

Le taine d'hui coup

cacaoyer est introduit en Cochinchine depuis une trend'années environ, mais sa culture y est encore aujourpeu importante et ne prendra, sans doute, jamais beaud'extension, car il n'y a que dans quelques régions du


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DE

CULTURE DU

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Sud-Ouest, et qui sont vraisemblablement très limitées, qu'elle pourra, semble-t-il, donner de bons résultats. Dans le canton de Binh-chanh (arrondissement de Thu-daumot), l'annamite Nguyen-van-Hoa avait entrepris, en 1870, avec 14 plants fournis par le jardin botanique, une plantation de cacaoyers, qui, en 1880, comprenait 1.450 pieds. Encouragés par l'exemple, la plupart des habitants du même canton ont, depuis, établi des plantations analogues ; nous en ignorons l'état actuel. L'arrondissement où les principaux essais ont été faits est celui de Bentré, dont le sol est presque partout argileux. A Vinh-than, canton de Minh-ly, le Père Gernot, directeur de la Chrétienté de Caimong, avait planté, à peu près à la même époque que l'annamite Nguyen-van-Hoa dans le canton de Binh-chanh, des pieds qui, en 1880, d'après le rapport du jury de l'exposition organisée cette année-là, formaient une des ressources de l'exploitation agricole de la Chrétienté. Le Père Gernot s'occupait, à cette époque, de propager cette culture dans le district. D'autre part, 400 ou 500 pieds plantés, en 1893-1894, au jardin d'essai de Bentré, dans un terrain bas où aréquiers et cocotiers poussaient difficilement, avaient, à la fin de 1898, 4 à 5 mètres de hauteur et formaient leurs premières cabosses. Le jardin, d'après le rapport de l'administrateur de Bentré, a actuellement 3.000 pieds de cacaoyers, et, ajoute le rapporteur, « si les indigènes étaient assurés de trouver un débouché à leurs produits, ils planteraient presque tous des cacaoyers dans leurs jardins, dont la superficie s'élève, pour l'arrondissement, à 10.000 hectares ». Il y aurait lieu d'examiner, plus attentivement qu'on ne l'a fait jusqu'alors., la valeur réelle de ce cacao de Cochinchine.

La Réunion.

La culture du cacaoyer est négligée depuis longtemps à la Réunion. Déjà, en 1827, M. Gallais écrivait : « Les Français


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LE CACAOYER

ont acclimaté le cacaoyer à l'île Bourbon, mais on y voit peu de plantations régulières de cet arbre. » Il en a toujours été de même depuis lors, comme le démontre le tableau ci-dessous, dans lequel nous indiquons le nombre d'hectares plantés de cacaoyers, à différentes éppques, depuis 1860, ainsi que la récolte totale correspondante et sa valeur brute. Nous donnons en même temps, à titre de comparaison, les mêmes statistiques pour nos autres anciennes colonies. La Réunion

Guyane française

Guadeloupe

I Récolte totale (en kilogr.)..,

28 1.000

118 19.275

215 178.830

212 93.095

Hectares cultivés Récolte totale (en kilogr.). .

21 2.300

147 43.950

478 101.887

517 177.846

1865

Hectares cultivés Récolte totale (en kilogr.)., Valeur brute (en francs).. . ,

15 1.600 2.400

157 58.023 63.825

376 81.777

551 309.500

1875

/ Hectares cultivés Récolte totale (en kilogr.). , ( Valeur brute (en francs). .. .

20 1.575 1.181

1878

\

Hectares cultivés

1860

1863

Martinique.

hectares cultivés Récolte totale (en kilogr.).

9 550

252 38.070

458 272.925

698 512.300

Hectares cultivés Récolte totale (en kilogr.). . Valeur brute (en francs). .. .

40 4.000 3.250

244 25.966 28.369

415 252.557

810 598.390

Hectares cultivés 1887 ] Récolte totale (en kilogr.). . Valeur brute (en francs). . .

58 1.305

375 28.000 26.000

979 303.422 376.243

975 498.800 663.500

1888

27 3.000

1884

1889

Hectares cultivés Récolte totale (en kilogr.). . ! Hectares cultivés , Récolte totale (en kilogr.). ( Valeur brute (en francs)

J

1.119 212.277 245 9.590 8.918

1.146 225.000 235.000

L'île ne produit donc même pas la quantité de cacao nécessaire pour la consommation locale ; et, en effet, d'après des renseignements qu'a bien voulu nous communiquer l'administration du Crédit foncier colonial, quelques pharmaciens qui ont établi à la Réunion des fabriques de chocolat ne peuvent les alimenter avec les cacaos du pays. Sur sa faible récolte, la colonie exporte cependant, de temps


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PAYS DE CULTURE

DU CACAOYER

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en temps, en France, quelques centaines de kilogrammes. Elle a expédié ainsi 1.292 kilogrammes pendant le premier semestre de 1898; pendant la même période, elle en avait expédié 433 en 1897. Dans le cours de certaines années, les envois sont si faibles que les statistiques n'en font pas mention. Le Crédit foncier colonial a fait, en ces derniers temps, à titre d'essai, quelques hectares de plantations nouvelles. L'arbre d'ombrage employé est VAlbizzia Lebbeck; la principale récolte a lieu vers le mois de janvier. Le cacao se vend, sur place, 1 fr. 80 le kilog.

Madagascar.

Les premières graines de cacaoyers qui aient été semées à Madagascar avaient été apportées de la Réunion et elles provenaient, paraît-il, d'une variété à fruits longs et à côtes saillantes, sans doute un Forastero. En 1883. il y avait, dans l'île, 5 à 6.000 pieds de cacaoyers disséminés dans les plantations de la côte est. Pendant la guerre, tout fut abandonné. « Mais, dit le Père Piolet, quand les planteurs revinrent, quelle ne fut pas leur surprise de voir que ces cacaoyères, plantées cependant sur de vieilles caféiries, c'est-à-dire sur des terres déjà épuisées, loin d'avoir péri, avaient, au contraire, non seulement résisté mais encore prospéré ! La preuve de leur résistance et de leur vitalité était faite ; la conséquence fut un rapide développement de leur culture. On comptait déjà 150.000 pieds en 1888; plus de vingt plantations commençaient à rapporter en 1890, et le fruit, qui, avant la guerre, valait 2 fr. 50, était descendu au-dessous de 50 centimes. » Toutes les régions de Madagascar ne conviennent pas toutefois à cette culture. Sur la côte occidentale, la saison sèche est en général trop prolongée : les pluies sont violentes à Majunga et leur hauteur annuelle peut être de plus de


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LE CACAOYER

deux mètres, mais il ne tombe quelquefois pas une goutte d'eau, de mai à septembre. Il en est à peu près de même à Fianarantsoa et à Tananarive. A Diego-Suarez et à Fort-Dauphin, c'est-à-dire aux deux points extrêmes nord et sud de l'île, les jours de pluie sont mieux répartis pendant tous les mois de l'année, mais la quantité totale d'eau est trop faible : 952 et 093 millimètres à Diego-Suarez en 1891 et 1892, et 920 millimètres à FortDauphin en 1892. On ne peut donc guère cultiver le cacaoyer que vers le centre de la côte orientale, et la meilleure région est celle de Tamatave, où il pleut beaucoup et souvent. La température moyenne a été là, enl891 et 1892, de24° à 28° environ, comme maxima, et 19° à 20°, comme minima. Les cacaoyères, dans cette province, se sont surtout développées sur les bords de l'Ivoloïna et de l'Ivondrona. Si, partant de là, on suit la côte, soit vers le nord, soit vers le sud, il semble que la culture du cacaoyer puisse être tentée avec succès, dans la partie septentrionale, jusqu'à Vohémar inclusivement, et, dans la partie méridionale, jusqu'à Farafangana, la limite naturelle, vers l'intérieur, étant la chaîne de montagnes qui court parallèlement à la côte. Dans la région sud de Vohémar, quelques-unes de ces plantations ont, en effet, déjà été faites et ont donné, paraît-il, de bons résultats. A Sainte-Marie, le cacaoyer n'est pas l'objet d'une culture rationnelle. Les statistiques indiquent bien, pour 1884, 39 hectares de cacaoyères, et, pour 1888, 49 hectares, mais tous ces arbres ont, depuis lors, été délaissés ; il n'en est que plus intéressant de constater que, malgré leur abandon, beaucoup sont restés productifs. Dans le district de Mahanoro, de la province d'Andevorante, il y avait, à la fin de 1897, 28 propriétés sur lesquelles étaient récoltés le café, le cacao et la vanille. Des plantations sont de même entreprises dans la province de Mananjary. En dehors de cette zone orientale, telle que nous venons de


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PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

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la délimiter plus haut, le cacaoyer n'a de chances de réussite que dans quelques régions très limitées, favorisées par la configuration du sol. A Nossi-Bé, dans la vallée de Sambirano, quelques colons auraient fait des essais qui paraissent devoir donner des résultats favorables. Mais, d'une façon générale, toute cette culture est encore trop nouvelle dans l'île pour qu'il puisse être fourni des indications précises sur les conditions et les frais de culture, et sur le rendement moyen qu'on peut espérer. Comme rendement, plusieurs auteurs, qui ont sans doute puisé leurs renseignements à la même source, indiquent 1.500 à 2.000 kilogrammes pour un hectare, Ces chiffres sont évidemment fort exagérés, car ils supposent une récolte peu vraisemblable de plus de 2 kilogrammes par pied; et il faut admettre — chiffre également trop élevé — 700 à 1.000 pieds par hectare. On ne doit guère compter sur une récolte de plus d'un kilogramme par pied et il ne peut y avoir plus de 600 à 700 arbres par hectare. Pour cette superficie, les frais d'entretien et de récolte sont, en moyenne, de 350 francs. Les bénéfices doivent commencer vers la huitième année. Jusqu'alors, on sème les graines de janvier à avril, dans les mêmes conditions que pour le caféier de Libéria, et ontransplante un an ou deux après, un peu avant la fin de la saison des pluies, en espaçant les pieds de i à 5 mètres. On se sert beaucoup, comme abri, de l'Albizzia Lebbeck ou bois noir (bonara des indigènes). Il y a deux principales floraisons : l'une en décembre et en janvier et l'autre en mai et juin. Les deux récoltes sont faites, la première en mai et juin, et la seconde en décembre. Les principaux ennemis du cacaoyer à Madagascar sont les rats, très friands des cabosses, et, en certains endroits, une sorte de chauve-souris, qui mange également les fruits et les graines avant leur maturité. Contre les rats on a proposé un remède, sans doute peu efficace, qui consisterait à planter çà et là, dans les


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cacaoyères, quelques touffes de cannes à sucre : l'animal plus friand encore de la canne que de la cabosse délaisserait celle ci pour celle-là. Pour le moment, le cacao de Madagascar, bien qu'il ai déjà été vendu sur place, à Mahanoro, 1 fr. 50 le kilogramme est peu coté sur nos marchés. Ses faibles prix sont dus au pe de soin avec lequel la récolte et la préparation sont faites Mieux préparé, il pourrait valoir, de l'avis des spécial stes 110 à 120 francs les 100 kilogrammes. En 1896, l'île a exporté 1.689 kilogrammes du produit dont 1.458 pour la France et 231 pour l'Angleterre. La VAleur totale a été de 1.124 francs. Pour 1897, les statistiques ne mentionnent aucune expédition.

Congo belge.

C'est M. Teusz, un agronome allemand, qui introduisit le cacaoyer au Congo belge, en 1884, dans la région de StanleyPool. Trois ans plus tard, le lieutenant Liebrechts retrouva un des pieds provenant des semis de M. Teusz; l'arbre portait un fruit dont les graines, à leur tour, furent semées, et c'est là l'origine de tous les cacaoyers qu'on trouve aujourd'hui dans l'Etat indépendant. Les principaux centres de culture sont Bangala, Irebu, Equateur, le Bas-Congo et Stanley-Falls. Il y a actuellement, d'après M. Wauters, 125.000 pieds. Un arrêté du 30 avril 1897 a prescrit aux chefs indigènes d'établir et d'entretenir, sur les terres de l'Etat, des plantations de caféiers et 'de cacaoyers, d'une étendue proportionnelle à la population placée sous leur autorité. Ils reçoivent, de ce chef, une indemnité; et le produit des récoltes est remis à l'État.


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PAYS

DE CULTURE

DU

CACAOYER

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Gabon-Congo.

E! Pierre, le fondateur et ancien directeur du Jardin d'essai de Libreville, importa le cacaoyer au Gabon-Congo ver; 1887. C'est avec des graines provenant de ce jardin et de l'île de San-Thomé, que la maison Ancel-Seitz établit ses premières plantations dans la vallée du Kouilou, en 1893 ; et vers la même époque, des cultures analogues étaient entreprises au Cayo, près de la rivière Loimé, par une maison hollandaise, la Nieuwe afrikaansche Handels Vennootschap, et à Aschouka, sur l'Ogooué, à cent milles environ du Cap Lopez, par M. Rousselot, qui, en 1895, céda sa plantation à la Société du BasOgooué. Aujourd'hui, le cacaoyer est cultivé dans presque toutes les plantations de la colonie (plantation Armor, Société du Haut-Ogooué; plantation Janselme, dans l'estuaire du Gabon ; plantation Sargos, sur les rives du Kouilou, à 40 kilomètres de la côte, etc.), et quelques indigènes même commencent à s'adonner à cette culture. On trouve des cacaoyères à Sette-Cama, à Benito, à Batah, à Campo, à Toco-Beach, à Nyouma, etc. Mais les établissements que nous avons cités plus haut étant trois des plus grands centres agricoles du Congo, nous donnerons une idée de l'état actuel de la culture du cacaoyer dans la colonie, en exposant la situation présente de ces propriétés, d'après les rapports qui ont été publiés. Dans tous, les cacaoyères donnent, d'après ces rapports, desrésultats satisfaisants. La région de Loango, où coule le Kouilou, est la partie la plus méridionale du Congo français. Les plantations AncelSeitz ont été faites sur les deux rives de la rivière, à Kakamoëca et à Touba. Le Cacaoyer.

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LE CACAOYER

Au 1er janvier 1897, il y avait 15.000 cacaoyers à Kakamoëca et 11.500 à Touba. La propriété du Cayo comprend deux parties : l'une au voisinage de la factorerie, et l'autre du côté opposé de la lagune, à Sansa. Au 1er avril 1897, la plantation principale, voisine de la factorerie, comprenait 7.000 cacaoyers plantés en 1893, et la plantation de Sansa 40. La même maison possédait en outre, à la même date : 3.000 cacaoyers près de la factorerie de Chicambo, sur la Loëmé ; 300 à Kullu, sur la même rivière ; 375 à Mayomba, sur le Kouilou ; 6.000, plantés de 1893 à 1896, à Kakamoëka; un certain nombre encore à Touba. Dans le Bas-Ogooué, M. Housselot avait planté 2.000 cacaoyers dès 1891 ; et la Société en possédait, en 1897, 25.000, couvrant une surface de 40 hectares. Nous avons donné précédemment les comptes d'installation et d'entretien d'une cacaoyère au Congo, calculés d'après ce dernier établissement. Nous avons vu que M. Housselot, aujourd'hui régisseur de la plantation, estime que le rendement, par pied, doit être de 300 grammes au bout de la cinquième année, 500 «après la sixième, 750 après la septième, 1 kilogramme après la huitième, et 2 kilogrammes au bout de 10 ans. Le nombre des pieds par hectare est de 850. Tous ces cacaos, ainsi que ceux de quelques autres plantations, commencent à être expédiés sur nos marchés, où ils sont, paraît-il, favorablement accueillis. Les premiers envois de la Société du Bas-Ogooué et de la maison Armor ont été effectués en 1898. En 1896, la maison hollandaise récoltait 250 sacs de 50 kilogrammes au Cayo, et 20 dans la vallée du Kouilou. En 1897, la même compagnie exportait 14.000 kilogrammes. En 1898, les expéditions totales de la colonie ont été de 15.569 kilogs, dont 4.794 pour la France, et 10.775 pour l'étranger. Le prix a été de 1 fr. 47 le kilog.


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PAYS

DE CULTURE DU CACAOYER

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La culture du cacaoyer est-elle, en réalité, comme on le dit aujourd'hui, une des grandes cultures d'avenir du Congo français. Il est peut-être encore, malgré tout, téméraire de l'affirmer aussi catégoriquement. Le climat est certes favorable , mais il ne faut pas oublier non plus qu'une condition tout aussi essentielle est la perméabilité du sol jusqu'à une assez grande profondeur. Or le sol de la colonie est, en général, argileux, et la couche meuble souvent assez mince. Ainsi s'expliquent, croyons-nous, les mécomptes qu'ont eus quelques planteurs : les arbres, d'abord vigoureux, ont bientôt subi un arrêt de développement, très probablement parce que les racines ont rencontré une couche d'argile trop compacte. On ne saurait trop attirer sur ce point l'attention des colons désireux d'entreprendre des cacaoyères au Congo. En général, lorsque le sol convient, le cacaoyer, au Congo, se plaît surtout dans les terres basses, et même à une faible distance du littoral, si on a pris la précaution de l'abriter contre les brises de mer. Les semis, d'après M. Chalot, doivent être faits de préférence en août et septembre ; on plante au commencement des pluies. Nous avons déjà dit — et M. Dybowski, dans une lettre, nous confirme le fait — qu'on peut commencer la récolte à la fin de la cinquième année ; le rendement, quelques années plus tard, est d'un kilogramme par pied en moyenne.

San- Τhomé.

Dans cette petite île portugaise., voisine du Congo français, le cacaoyer est cultivé depuis 1822; mais, comme en tant d'autres contrées, cette culture n'est sérieuse que depuis une vingtaine d'années. En 1809, l'île n'exportait que 50.807 kilogrammes de cacao; les exportations, en 1895, étaient de 5.070.000 kilogrammes.


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CACAOYER

L'impulsion fut donnée, en 1870, par un médecin de campagne établi dans l'île et qui entreprit, à cette époque, aidé de sa femme et de ses enfants, des plantations où il plaça bravement toutes ses économies. En 1888, après 18 ans de séjour, ce médecin quittait la colonie, après avoir vendu pour sept millions sa propriété, qui, en 1897, en valait plus de douze. L'importance qu'a prise aujourd'hui à San-Thomé la culture du cacaoyer, en même temps que celle du café, a donné une plus-value énorme aux plantations. Dans la propriété de Monte-Café, achetée, en 1876, au prix de 437.500 francs, on récoltait, en 1895, 270.000 kilogrammes de cacao, et elle était estimée, à ce moment, à plus de 6 millions de francs. Une autre propriété, celle de Boa Entrada, appartenant à M. de Mendonca et couvrant 900 hectares, donnait, en 1894, 460.000 kilogrammes. L'hectare de forêt vierge était payé, en 1897, 225 à 250 francs. Dans une plantation prospère, cette surface, à San-Thomé, rapporte environ 1.200 francs. A l'île du Prince, qui, comme San-Thomé, appartient aux Portugais, le cacaoyer constitue également la grande culture. La principale variété plantée dans les deux îles est originaire du Vénézuéla : elle est à fruits ronds et est appelée, à San Thomé, cacao laranja (cacao orange) à cause de la couleur jaune de ses cabosses mûres. Elle réussit jusqu'à 600 ou 700 mètres, mais se plaît surtout à une altitude moyenne, dans les vallées, dont, la plupart du temps, le sol est argileux. San-Thomé doit non seulement à sa situation sous l'équateur, mais aussi à sa configuration, les avantages qu'il présente pour la culture du cacaoyer. Les sommets assez élevés de l'île régularisent et rendent abondantes les précipitations atmosphériques ; il n'y a jamais ainsi de période prolongéede sécheresse. Sur la côte occidentale, au sud de notre Congo, les Portugais ont aussi récemment installé des cacaoyères it Cabinda.


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CACAOYER

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Fernando-Po.

L'île de Fernando-Po est, comme San-Thomé, destinée à devenir un centre important de production de cacao et de café sur la côte occidentale d'Afrique. Les renseignements que nous donnons ici sur cette île sont dus à M. Bellière, régisseur de la plantation Armor au Gabon, qui les a communiqués à M. Chalot, directeur du Jardin d'essai de Libreville. Nous les reproduisons d'après la Revue des cultures coloniales, où ils ont été publiés en novembre 1898. Le climat de Fernando-Po a beaucoup d'analogie avec celui de Victoria, au Cameroun. Au sud, dans la partie comprise entre les baies de San-Carlos et de Conception, il pleut presque constamment, et la saison sèche n'y dure pas plus d'un mois et demi. Cette région est donc tout particulièrement celle qui convient au cacaoyer ; il y est cultivé jusqu'à près de 300 mètres d'altitude. Les planteurs sont des Espagnols ou des Portugais. D'après M. Bellière, les Espagnols ne préparent pas le cacao selon les règles. Après la cueillette, les fruits sont ouverts et les graines fraîches sont mises dans de grandes caisses ou dans de vieilles pirogues, où elles séjournent pendant deux jours, trois au maximum ; elles sont ensuite séchées soit au soleil, soit dans le séchoir à air chaud, pendant 5 ou 6 jours. Pendant la fermentation, le cacao est recouvert de feuilles de bananiers ou de toiles, et le jus s'écoule par des trous percés au fond des récipients. Bien que séchées à point, ces graines sont généralement d'un rose trop clair, probablement à cause du peu de durée de la fermentation. Elles n'en sont pas moins achetées, en Espagne, 2 fr. 50 le kilogramme; les petits planteurs les vendent, sur place, 1 fr. 50.


198

LE CACAOYER

Le cacao préparé par les Portugais de l'île est bien supérieur et atteint les prix de 4 francs le kilogramme ; mais il est aussi beaucoup plus soigné. Les planteurs portugais font fermenter les graines fraîches dans de grandes auges, formées de madriers épais et à fond percé de trous. La fermentation dure de 5 à 8 jours, selon la température et la saison. Les graines sont laissées dans une première auge pendant 2 jours, puis dans une seconde pendant 2 ou 3 jours. La température ne doit pas, dans le tas, dépasser 60 degrés ; si elle s'élève au delà, les graines sont aussitôt retransportées dans la première auge, où elles restent 2 jours, puis repassent dans la seconde, où on les laisse encore pendant 24 ou 48 heures. Pour la dessiccation, elles sont disposées sur des sortes de claies, d'environ 1m 80 de longueur sur 80 centimètres de largeur, que l'on expose en plein soleil. Lorsque la dessiccation est presque atteinte, on la termine dans un magasin à plancher, ouvert pendant le jour et fermé le soir. Le cacao est préparé de cette façon dans une plantation où il est réputé comme le meilleur de l'île et où il est vendu presque 1 fr. 50 de plus par kilogramme que dans les autres propriétés. En temps de pluie, on emploie, à Fernando-Po, un séchoir artificiel, composé de deux longues boîtes de 35 à 40 mètres de longueur sur 2 mètres de largeur et 1m 60 de hauteur. Dans le bas de ces deux boites passe un tuyau, dont la fumée s'échappe en dehors du bâtiment. Chacune d'elles est divisée en compartiments garnis de 9 à 10 caissettes et fermés par des portes à deux battants. Les caissettes dans lesquelles est placé le cacao reposent sur des sortes de coulisses ou tringles en bois, ce qui permet à l'air chaud de circuler aisément partout. Les portes et les fonds des compartiments sont doublés en fer-blanc. Actuellement, les plantations de Fernando-Po occupent le pourtour de l'île; leur nombre augmenterait si les communications à l'intérieur étaient plus faciles et s'il était possible


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PAYS DE

CULTURE DU

CACAOYER

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de se procurer sur place — ce qui n'est pas le cas — le nombre de travailleurs suffisant)

Cameroun.

Les plantations de cacaoyers ont pris, en treize ans, au Cameroun, un développement extraordinaire. C'est certes faire des prévisions trop optimistes, et d'un enthousiasme exagéré, que de dire, comme on le faisait dernièrement, que la colonie allemande suffira bientôt aux besoins de la métropole : l'Allemagne a consommé, en 1897, 20 millions de cacao et le protectorat n'en a exporté, cette même année, que 270.000 kilogrammes. Mais il n'en est pas moins vrai que cette exportation est considérable, et que sa progression peut étonner, si l'on songe qu'avant 1886 il n'y avait au Cameroun que quelques cultures faites par les indigènes, et que c'est depuis cette époque seulement que les Allemands ont entrepris des plantations sérieuses. La première cacaoyère fut établie par M. Friedérici sur les bords du Bimbia : elle comprenait alors 16 hectares. En 1896, la même propriété en occupait 210, et la superficie totale cultivée en cacaoyers dans la colonie était de 450 hectares, dont 150 pour la plantation de Bibundi, 50 pour celle de Dibundja, 25 pour celle de Bonjé. À raison de 800 pieds par hectare, ce qui est le nombre maximum, cette surface totale devait correspondre à 360.000 arbres plantés. On estime que, à la fin de 1899, il y aura au Cameroun 1.900.000 cacaoyers. Ce résultat est certainement dû, en grande partie, aux efforts du docteur Preuss, qui, depuis plusieurs années, se préoccupe d'introduire au Jardin d'essai de Victoria de nombreuses variétés ou espèces de Theohroma et qui a ainsi semé successivement : en 1892, des graines provenant de Guayaquil ; en 1893, des graines de la Trinidad; en 1894, des graines de San-Thomé et du Vénézuéla ; en 1895, des graines de Ceylan, et, en 1897, diverses sortes de la Trinidad.


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Parmi toutes ces variétés, dont nous ne citons que quelquesunes, puisque le Jardin de Victoria en possède actuellement 72, il en est, comme les Guayaquil, qui s'hybrident dans les cultures avec les anciens cacaoyers de l'île ; d'autres conservent leurs caractères propres. Actuellement, toutes les plantations du protectorat allemand se trouvent à l'ouest et au sud-ouest du massif du Cameroun, soit le long de la mer, soit sur les bords du fleuve Bimbia. La température moyenne n'y descend jamais au-dessous de 15°, et la moyenne annuelle est de 25 à 26 degrés ; la hauteur annuelle des pluies n'est pas inférieure à 2 mètres. Malgré l'activité déployée, beaucoup de parties fertiles sont d'ailleurs encore en friche. L'Etat cède les terres à 5 marks (6 fr. 25) l'hectare, près de la côte, et à 3 marks (3 fr. 75), dans l'intérieur. D'autre part, M. Wohltmann estime que le défrichement et la plantation de la même surface reviennent à 500 marks, soit 625 francs. L'exploitation doit donc être rémunératrice, si l'on suppose que chacun des 500 à 800 pieds d'un hectare fournira, dans la suite, 2 kilogrammes de graines, au prix moyen de 1 fr. 80 le kilogramme, et le fret pour le cacao, de Victoria à Hambourg, étant de 55 francs par tonne. Nous avons dit ailleurs qu'il y a deux principales époques de récolte au Cameroun : une grande en août, septembre et octobre, et une petite en décembre et janvier. Depuis 1892, les exportations ont été : 1892 1893 1894 1895 1896 1897

45.000 kilogrammes. 78.000 83.000 132.000 200.000 237.000

A Hambourg, en avril 1899, les 100 kilogrammes valaient aux entrepôts 140 à 144 marks, soit 175 à 180 francs, alors


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201

que les San-Thomé valaient 173 à 180 francs, les Guayaquil 188 à 200 francs, et les Caracas jusqu'à 350 francs. Sur les marchés d'Allemagne, on donne, en général, beaucoup d'importance à l'aspect des cacaos : aussi a-t-on soin, à Victoria, de laver les graines avant de les faire sécher. Mais ce qui démontrerait bien précisément que cette précaution, en dehors de l'influence qu'elle peut avoir sur la rapidité de la dessiccation, n'a guère d'autre résultat que de sauver les apparences, c'est que le cacao du Cameroun est jusqu'alors, malgré tout, une sorte médiocre. Nous avons déjà dit, en effet, dans un précédent chapitre, qu'il est de belle couleur, mais que sa saveur est tellement amère qu'il faut le mélanger, dans les fabriques de chocolat, avec un quart de son poids d'Ariba. Il y a là une infériorité qui préoccupe en ce moment l'association des chocolatiers allemands ; et, sur la demande du syndic, une enquête a été récemment ouverte par le Kolonialwirthschaftliche Komitee. M. Preuss, dont la réponse a été publiée dans le Tropenpflanzer d'avril 1899, pense, et très probablement avec raison, que la cause n'en doit pas être attribuée au sol, non plus qu'aux conditions climatériques, mais aux méthodes de préparation. Pour obtenir la belle couleur recherchée sur les marchés (rouge à l'extérieur et violette ou gris ardoisé sur la coupe), on abrège souvent au Cameroun la durée de la fermentation. Dans la plantation de Bimbia, cette durée, d'après le rapport de M. Chalot, qui a visité le Cameroun en 1898, est de 60 heures : « A six heures du soir, le jour où on a commencé la cueillette, les graines fraîches sont mises à fermenter dans le premier compartiment; le lendemain, on les fait passer dans le second, et le troisième jour dans le dernier. » Et d'autres planteurs, il y a peu de temps encore, ne laissaient même fermenter les graines que pendant 48 heures. Si l'on se reporte à la description, que nous avons donnée plus haut, du mode opératoire suivi à la Trinidad et au Vénézuéla, on peut se rendre compte que le temps adopté est, en effet, beaucoup trop court pour des Forastero et ne serait suffisant que pour des Criollo,


202

LE

CACAOYER

M. Preuss a, d'ailleurs, dans les essais entrepris au Jardin de Victoria, déjà obtenu de meilleurs résultats en prolongeant la fermentation. La couleur de la fève est, il est vrai, plus foncée qu'autrefois, même après la dessiccation, mais les négociants allemands se décideront, sans doute, enfin à tenir moins grand compte de la belle apparence, lorsqu'il sera bien connu qu'elle ne peut être réalisée qu'aux dépens de la saveur.

Cote de VOr.

La production de café et du cacao n'est pas encore bien grande dans la colonie anglaise, puisqu'elle ne dépasse pas actuellement 3.000 kilogs, mais il faut tenir compte de ce que la culture n'a été introduite que depuis quatre ou cinq ans. Nous avons donné dans un autre chapitre les caractères du cacao d'Accra.

Côte d'Ivoire.

Les cacaoyers poussent bien dans toute la contrée du Gavally et dans le Libéria. Il en a été planté dans les villages de Poumié, de Kablaki et de Watcké, dans les champs de manioc et de canne à sucre ; et les missionnaires libériens expédient chaque année leur récolte à Cap Palmas, d'où les maisons allemandes l'exportent en Europe. Il y a donc toutes chances pour que les plantations récemment entreprises par la Société de la Côte d'Ivoire, dans notre colonie, réussissent. Les jeunes pieds, d'après des renseignements que nous devons à l'amabilité de M. Adrien Fraissinet, administrateur de la Société, sont d'ailleurs jusqu'alors très vigoureux. Encore en pépinière à la fin de 1898, ils ont dû être transplantés


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PAYS DE

CULTURE DU

CACAOYER

203

en uin 1899, c'est-à-dire pendant le mois où, dans la région, les pluies sont le plus abondantes. A la fin de 1898, l'établissement possédait 2.500 cacaoyers.

Guinée française.

Le cacaoyer donnera-t-il, en Guinée française, d'aussi bons résultats que le caféier? Les essais sont trop récents pour qu'il soit possible de se prononcer. Les premiers pieds ont été plantés en 1897, au Jardin d'essai ; ils se sont, jusqu'alors, bien développés.


INDEX DΕS

NOMS

GÉOGRAPHIQUES, SCIENTIFIQUES ET INDIGÈNES

Abroma augusta Acajou Acrocarpidium Albizzia Lebbeck — moluccana —· stipulata Alligator cacao Amelonado Amidon Anauco Angaripolas Anthribus Coffeæ Aræcerus fasciculatus Ariba 66, Artocarpus incisa Asserador Atolle Atta Avella mexicana Bacao Bahia 67, Balao Berbice Beurre de cacao Bolivie Bombay Bostrichus Botryodiplodia Theobromæ. . Brésil 67, Bruche Bucare Cabosse Cacaito de monte

9 79 128 80 80 80 141 15 51 79 125 134 134 201 79 124 2 124 11 22 153 66 68 46 155 71 125 129 152 133 79 13 37

Cacao bicolor 21 — bianco 27, 155 — cahouai 37 — Costa-Rica 26 — cuadrado. 37 — de Cuzco 154 — d'Esmeralda 25 — guyanensis 11, 28 — lagarto 19, 141 — minor 11 — mico 25, 143 — montaraz 36 — de monte 21 — rana 34 — sauvage 38 — sativa 11 — silvestris 28 — simarron 36,38,145 — Theobroma 11 Cacaoquahuitl 11 Calabacillo 15, 45 Cameroun 70, 80, 199 Canker 131 Caracas 16, 65 Cardisoma 124 Carupano 66, 148 Cayenne 68 Cayo (lac) 70 Cedrela odorata 79 Ceylan 16, 183 Champignons 129 Châtaignier 38 Cocoite 140


206

INDEX DES

Colombie 68, 143 Colorin 179 Combo-combo 80 Congo 70, 80, 192, 193 Coque 14, 42 Costa-Rica 142 Côte-ferme 65 Côte d'Ivoire 202 Côte de l'Or 202 Courcourou 84 Crabes 123 Criollo 15 Croucrou 84 Cuba , 159 Cuivre 55 Cumacao 20, 141 Cundeamor 15 Cupuai 28 Cupuassu 21, 30 Dadap 81 Deltona lutea 21 Domingue (Saint-) 69 Dominique 167 Ephestiella elutella 133 Equateur 66, 150 Erythrines 79, 80 Fernando-Po. 197 Forastero 15, 45 Gabon 193 Gommose 132 Grenade 170 Guacimo-macho 37 — torcido 37 Guadeloupe 69, 161 Guatémala 67, 140 Guayaquil 66 Guazuma cumanensis 37 — mompoxensis 37 — polybotrya 37 — tomentosa 37 — ulmifolia 9, 37 Guazumaco 37 Guinée française 203 Gusanos 125 Guvanes 68, 155, 158 Haïti . 69, 162 Helopeltis Antonii. .. . . 127, 186 Herrania albiflora 36, 145 — guyanensis 32

NOMS

Herrania Mariæ 37 — pulcherrima 36 Honduras. 141 Hura crepitans 78, 79 Hymenochæte leonina 131 Immortelle 79 Indes néerlandaises 179 Indian chocolate 22 Indo-Chine 71 Inga laurina 78 Jamaïque 69, 161 Kawa Bengala 179 Kofie-mama 79 Lopez (cap) 71 Lucie (Sainte-) 69, 168 Machala 66 Macrocephalus cacao 134 Macrophoma vestita 131 Madagascar 80, 189 Madre del cacao 79 Manguier 79 Maracaïbo 66 Martinique 69, 167 Mecacahuatl 11 Melanomma Henriquesianum 129 Mexique 137 Misérable 44 Monbin 79 Montserrat 165 Musanga Smithii 80 Muscadier 79 Myrodia Cacao 37 Nectria Bainii 178 Nicaragua 141 Nouvelles-Hébrides 181 Old red Ceylon 10, 71 Palo baston 38 Para-Maragnan 67, 153 Pataiste 21 Peonio 79 Peperomia 128 Pérou 154 Philippines 178 Phycita elutella 133 Phytophtora omnivora 131, 178, 186 Pithecolobium Saman 80 Poro 79 Porto-Rico 165 Pralinage 83


GÉOGRAPHIQUES,

SCIENTIFIQUES

Quararibea Cacao 37 Quauhcahuatl 11 Queensland 181 Red Ceylon 16 Regenboom 80 Réunion 187 Robinia maculata 139 Rouge de cacao 53 Sablier 78 Salvador 141 Samoa 182 San-Thomé 70, 195 Sapoto longo 38 Sels 54 Spondias Monbin 97 Steirastoma depressa 124 Surinam 68, 103 Swietenia Mahogani 79 Tæniotes furiosus 125 Tafo 45 Taint mancha 129 Terre-ferme 65 Territoire Empr Guillaume.. 181 Theobroma album 35 — angustifolium 11, 23, 25, 139, 141, 151 — augusta......... 9 — bicolor... 10, 21, 34, 141, 142, 145, 181 — Cacao 11 — caribæa 11 — ferrugineum .... 27 glaucum 34 — glandiflorum 10,28,35

ET

INDIGÈNES

207

Theobroma Guazuma 9 guianensis 11, 28 — integerrima 11 — leiocarpum. . . 19, 141 macranthum1. . 25, 28 Martianum 21 Martii 35 microcarpum. . 10, 32 montanum 28 — obovatum 27 — ovatifolium.. 24, 139, 151 pentagonum. 19, 141, 142 quinquenervium. 32 — Salzmannianum . 19, 153 — speciosum. 10, 28, 30 — Spruceanum. . . . 32 — silvestre 28, 34 subincanum ... 11, 28 Théobromine 51 Tiger cacao 22 Tlalcacahuatl 11 Tobago. 172 Tourlouroux 123 Trinidad 69, 172 Trinitario 16, 95 Varinas . . 66 Vénézuéla 65, 145 Victoria 70 Vincent (Saint-) 133 Xochicucahuatl 11 Yucca 79

1. C'est Theobroma macranthum, et non Th. micranthum, qu'il faut lire, page 28 ; et c'est aussi par suite d'une erreur, qu'il importe de rectifier, que ce Th. macranthum a été indiqué comme synonyme du Theobroma angustifolium, page 25.


TABLE DES

MATIÈRES

AVERTISSEMENT Historique Étude botanique du cacaoyer Theobroma, Cacao Theobroma bicolor Theobroma ovalifolium Theobroma subincanum Theobroma grandiflorum Theobroma speciosum Theobroma microcarpum Theobroma glaucum Theobroma sylvestre Theobroma Martii Theobroma album Faux-cacaoyers Étude chimique et commerciale des cacaos Étude chimique Coques Amandes Beurre de cacao Amidon Théobromine Rouge de cacao Substances minérales Étude commerciale 55 Cacaos d'Amérique Cacaos d'Afrique Cacaos d'Asie et d'Océanie Culture du cacaoyer Préparation du terrain Abris Semis et plantations

V 1 9 11 21 24 27 28 30 32 34 34 35 35 35 39 40 42 45 46 51 51 53 54 65 70 71 75 77 78 82


210

TABLE DES

MATIÈRES

Entretien de la plantation ; taille Cultures intercalaires Greffage Engrais et amendements Durée et rendement des cacaoyers Frais d'installation et d'entretien Récolte et préparation du cacao Écossage Fermentation

Lavage Séchage Coloration et terrage Triage 120 Emballage et expéditions Torréfaction; fabrication du chocolat Les ennemis et les parasites du cacaoyer Insectes Végétaux supérieurs Champignons Gommose Teigne et bruche du cacao Les pays de culture du cacaoyer Mexique Guatémala Honduras, Salvador et Nicaragua Costa-Rica. Colombie Vénézuéla Équateur Brésil Pérou Bolivie Guyane anglaise Guyane hollandaise Guyane française Cuba La Jamaïque Haïti Porto-Rico Montserrat

85 86 87 87 90 94 101 102 103

114 116 119 121 121 123 124 128 129 132 133 136 136 140 141 142 143 145 150 152 154 155 155 156 158 159 161 162 165 165


211

TABLE DES MATIÈRES

166

La Guadeloupe La

167

Dominique

La Martinique

167

Sainte-Lucie

168

Saint-Vincent

169 170

La Grenade

72

Tobago

La

Trinidad

172 178

Iles Philippines Indes orientales néerlandaises

179

Territoire de l'Empereur Guillaume

181

Queensland

181

Nouvelles-Hébrides

182 18

Archipel Samoa

2

183

Ceylan....

6

18

Indo-Chine La Réunion

187

Madagascar.

1 9

8

Congo belge

192

Gabon-Congo

193

San-Thomé

195

Fernando-Po Cameroun

197 199 202

Côte de l'Or. Côte d'Ivoire

·

202 2

Guinée française

MACON,

· · · · ·

03

ΡROTAT FRERES, IMPRIMEURS.


Le cacaoyer sa culture et son exploitation dans tous les pays de production  

Auteur : Henri Jumelle / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

Le cacaoyer sa culture et son exploitation dans tous les pays de production  

Auteur : Henri Jumelle / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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