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LA DÉPORTATION ECCLÉSIASTIQUE A LA GUYANE

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II

La Décade. La Décade était un vieux navire que l'Etat avait prêté au commerce et qu'il venait de lui reprendre. Le commandant,

Villeneau (Jean-Baptiste), homme timide,

médiocre, caractère sans décision,

marin

ne s'était acquis ni

l'estime ni même le respect de son équipage ; mais il était jacobin et sa commune lui avait donné les meilleures notes : c'était un titre à la faveur. Le 22 avril, le transbordement

commença, opération difficile et périlleuse qui

s'accomplit

néanmoins

en

une seule journée

et

sans

accident. La Décade ne pouvait pas contenir plus de centcinquante passagers ; on y entassa néanmoins les centquatre-vingt-treize

déportés de la Charente,

et,

le 23

avril, au milieu de la lassitude et de l'abattement de tous, la frégate appareilla et gagna vile la haute mer. Tant que le navire était resté en vue des côtes d'Espagne, le commandant, craignant quelque rencontre désagréable, avait maintenu pour les déportés les mesures de rigueur ; quand le danger fut passé, la consigne devint moins sévère, les permissions de monter sur le pont furent accordées plus facilement ; on donna aux déportés plus d'espace, des cadres furent réservés aux malades ; les baquets qui infectaient l'entre-pont disparurent. On s'efforçait d'ailleurs, chose assez difficile, d'entretenir dans ce vieux navire la plus stricte propreté. C'était la nourriture qui laissait le plus à désirer. On dînait à midi, on soupait à six heures. La viande salée, le riz à l'eau, le biscuit, les grosses fèves en composaient

La terreur sous le directoire  

Auteur : Victor Pierre / Partie 2 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Universit...

La terreur sous le directoire  

Auteur : Victor Pierre / Partie 2 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Universit...

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