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LIVRE SEPTIÈME

leurs confrères dans d'atroces souffrances; ils avaient enduré, ils enduraient encore des misères de toute sorte ; à la veille de les voir finir et de rentrer dans leur patrie, dans leurs paroisses, dans leur famille, quelques-uns seulement se laissèrent tenter : la plupart ne restèrent pas moins fermes que les prêtres de l'île de Ré et de l'île d'Oléron et répudièrent avec mépris ces insultantes faveurs . 1

Cependant, le ministre, dans des dépêches que nous n'avons pas trouvées, avait désigné quelques prêtres à renvoyer en France sans conditions. L'un de ces prêtres,

Louis

Martin Moreau des Fourneaux (de l'Yonne), neveu d'un ancien historiographe de F r a n c e , allait partir par un navire de commerce de Bordeaux, le Victorieux.

M. B r u -

mauld de Beauregard, en faveur de qui Laffon de Ladébat avait fait, dit-on, depuis son retour, d'instantes démarches, était rappelé aussi : Victor Hugues lui offrit de partir par le même bâtiment, mais en payant son passage. Il était dur à un déporté de subir cette condition; il ne lui était pas moins difficile d'y satisfaire. M. Benoit-Cavé, ordonnateur de la colonie, arbitra le prix à 750 fr. et en fit l'avance. Les deux prêtres montèrent à bord le 24 août 1800. Un mois après, à trois jours de Bordeaux, le bâtiment fut attaqué et pris par une frégate anglaise; MM. Moreau et Victor Hugues a témoigné lui-même de cette attitude : « Quelquesuns se sont présentés et ont satisfait à cette mesure je leur donnerai des passeports pour partir dès qu'ils auront des occasions de le faire et des moyens pour en profiter. Les autres qui sont des espèces de fous n'ont voulu ni présenter de titres ni faire de déclaration; ils ont regardé l'arrêté des consuls comme une espèce de composition que l'on voulait faire avec eux et ont affecté de paraître scandalisés qu'on pût les soupçonner d'être dans le cas de l'un des articles de cet arrêté! Il faut espérer qu'ils deviendront plus sages. Je n'ai d'ailleurs aucunement à m'en plaindre. Ils sont assez tranquilles. Mais je ne vous dissimule pas que je serais bien aise qu'ils partissent: ils ne sont qu'à charge à la colonie.» (Arch. de la marine: Lettre du 21 août 1800.) 1

La terreur sous le directoire  

Auteur : Victor Pierre / Partie 2 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Universit...

La terreur sous le directoire  

Auteur : Victor Pierre / Partie 2 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Universit...

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