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NICOLAS KOZAKIS


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NICOLAS KOZAKIS

Kusseneers Gallery – rue de Menin / Menenstraat 10, 1080 Brussels, Belgium – www.kusseneers.com

© nicolas Kozakis, raoul Vaneigem, eugène savitzkaya, Kusseneers gallery © all rights reserved. no part of this book may be reproduced in any form by any electronic or mechanical means (including photocopying) without permission in writing from the publisher.


paintings

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(…) nicolas Kozakis reconnaît poser, par le biais du monochrome, une résistance à l’inflation et à la saturation de l’image, (...). a la nature sacrée et contemplative qui se voit volontiers accolée au monochrome, le peintre insuffle de manière subversive et paradoxale un glissement sémantique. la radicalité du monochrome ainsi pris au pied de la lettre bascule, le formalisme et le spiritualisme, avers et revers d’une même tentation, sont ici parodiés. le geste de Kozakis n’est pas sans relever d’une attitude post-moderne en ce qu’il utilise le monochrome tel un produit fini hautement connoté, sorte de ready-made conceptuel, pour le déplacer sur un tout autre terrain que le sien. De fait, laques de carrosserie sur panneaux de bois assemblés selon la méthode traditionnelle des supports d’icônes auxquelles ils empruntent également leur format, ses tableaux monochromes au surfacement miroir d’une perfection quasi immatérielle, délèguent aux firmes spécialisées le soin de leur mise en couleur, en un rappel amusé de la nature divine de l’icône « qui n’est pas de la main de l’homme ». Clin d’oeil aussi aux symboles de réussite de ce monde consumériste que sont les luxueuses Porsche, rolls royce, Ferrari et autres lamborghini à la subtile et exponentielle gamme chromatique dont s’inspire le peintre pour formuler autant d’échos contemporains aux tonalités du répertoire iconographique byzantin qui titreront, sans détour mais avec une certaine poésie décalée, ses oeuvres. (...) résistance silencieuse de ces surfaces aveuglantes (...) réfléchissantes chez Kozakis, défont le regard et déjouent la vision. Christine Jamart, extraît du texte ‘Par-delà le silence’

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Lotus B65 Pearlwhite/Blue Mica, 2011, car paint on aluminum, 120 x 98,5 cm


(…) In zijn monochrome beeldtaal tracht nicolas Kozakis zich te verzetten tegen het opblazen en het verzadigen van het beeld, (...). De schilder laat de monochroom, die sacraal en contemplatief is van aard, op subversieve en paradoxale wijze verschuiven in betekenis. Het radicale karakter van het eenkleurige beeld kan letterlijk opgevat worden; het formalisme en het spiritualisme – beide zijden van eenzelfde experiment – worden aldus geparodieerd. Kozakis benadert het monochrome beeld vanuit een postmoderne visie, en maakt het werk tot een hoogwaardig afgewerkt product, een soort conceptuele ready-made, om het vervolgens naar een heel verschillende context over te brengen. Zo brengt hij carrosserielak aan op houten panelen, geassembleerd volgens de traditionele methode van de dragers van iconen waaraan zij ook hun formaat ontlenen. Zijn monochrome schilderijen bezitten een spiegelvlak van een bijna immateriële perfectie, en worden met professionele zorg gekleurd – als het ware zoals de goddelijke natuur van het icoon “dat niet van menselijke hand is”. Kozakis’ werk is eveneens een knipoog naar de symbolen van succes in deze consumptiewereld met luxueuze merkwagens zoals Porsche, rolls royce, Ferrari en lamborghini omwille van de subtiele en exponentiële chromatische kleurengamma. Hieruit put de schilder zijn inspiratie om op een hedendaagse manier de kleurschakeringen van het Byzantijnse iconografische repertorium, zonder omwegen maar met een zekere uit de toon vallende poëzie, in zijn eigen werk te evoceren. Christine Jamart, fragment uit de tekst ‘Par-delà le silence’ (Voorbij de stilte) vertaling: Melanie Deboutte

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installation view of the exhibition ‘rolls royce Infinity Black Met’ at Kusseneers gallery, sept/Oct 2015

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Audi Blau Q1. LY5J, 2007, car paint on wood , 36,7 x 27 cm


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Corvette GM Atomic Orange - Met, 2007, car paint on wood, 39,5 x 28,5 cm

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Porsche Kristallgr端n Met A6W 3P, 2011, car paint on wood , 91 x 68,5 cm

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Porsche Platinsilber Met M7T, 2012, car paint on marble from Paros, 44 x 34 cm


left: Porsche Platinsilber Met M7T, 2012, car paint on marble from Paros, 44 x 34 cm right: Rolls Royce Cassiopeia Silver Met W85, 2012, car paint on marble from naxos, 44 x 34 cm

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installation view of the exhibition ‘rolls royce Infinity Black Met’ at Kusseneers gallery, sept/Oct 2015

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Maserati Dolomite White 217201 - 104, 2011, car paint on marble from Carrara, 34 x 27,5 cm

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Porsche Peridot Met 2S1 J7, 2011, car paint on aluminum, 82,5 x 76,5 cm

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installation view of the exhibition ‘rolls royce Infinity Black Met’ at Kusseneers gallery, sept/Oct 2015

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Lamborghini Azzurro Tethys Met 122, 2015, car paint on wood, 43,5 x 30 cm

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Ferrari Verde Chiarissimo 666 100, 2011, car paint on aluminum, 91 x 68,5 cm


Porsche 60 Libellt端rkismetallic, 1999, car paint on wood , 34 X 27,5 cm

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Jaguar Seafrost, 1860 met. 135 x 100 cm (left) Jaguar Carnival 1811 met. 163 x 125 cm (center) Jaguar Topaz 1820 met. 135 x 100 cm (right) installed flush with the wall, Installation Centre d’art Chapelle de Boendael, 2000

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Ferrari 300 Rosso Fuoco/79638, 1996, car paint on wood, 26,5 x 19 cm


Jaguar Carnival 1811 - Met, 2001, car paint and white gold leaves on wood, 33 x 28,5 cm

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Jaguar Carnival 1811 met., installed flush with the wall, 163 x 125 cm installation view at Centre d’art Chapelle de Boendael, 2000


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Rolls Royce Infinity Black Met W41, 2012, car paint on marble, 34 x 27,5 cm

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Porsche Black Mat Edition 041, 2015, car paint on wood, 39,5 x 30 cm

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Rolls Royce Black Green Pearl R16, 2011, car paint on aluminum , 91 x 68,5 cm

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Klash Chevrolet 16U/Electric Yellow Effect X2129, 2009, car paint on aluminum, 110 x 55 cm


Klash Porsche Fischsilber Effect X4729, 2009, car paint on aluminum, 93 x 62 cm

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Klash 2 Lotus B65 Pearlwhite/Blue Mica, 2009, car paint on aluminum, 60 x 70 cm


Klash Mclaren crystal galaxit black-met, 2009, car paint on aluminum, 110 x 80 cm

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Klash 1, 2008, oil and acrylic paint on canvas, 196 x 385 cm


KlasH Klash, c'est la couleur qui nous saute à la figure. Des formes aux angles acérés évoquant des explosions de bandes dessinées uniformément couvertes d'une couleur dont le code de référence constitue, avec le mot "klash", le seul titre. une image d'explosion couplée à un mot évoquant le choc et le maculage ... a première vue, l'œuvre de Kozakis, dans son intériorité, ne nous avait pas habitué à des manœuvres aussi démonstratives. Pour peu que l'on s’y arrête plus longuement, cette nouvelle série s'inscrit cependant avec une parfaite cohérence dans son itinéraire de peintre, fidèle au métier au point d'en interroger inlassablement les codes, l'histoire et le médium. la PeInTure les éclats de "klash" qui s'accrochent ici directement au mur se sont comme décrochés d'un travail récent du peintre dérivant d'une série de paysages aux formats de la ‘grande peinture’ vénitienne. De retour d'un voyage à Venise, Kozakis s'était ainsi mis en demeure de répondre, en artiste d'aujourd'hui, au défi historique de ces toiles invitant à la théâtralité. Il y avait développé – à l'huile – de vastes panoramas de montagne, partiellement inspirés de choses vues et d'images préexistantes. Des paysages renouant, non sans une impalpable distanciation, avec les perspectives baroques et l'esthétique romantique du sublime. Il y avait même mêlé des vues du mont athos, source récurrente de son inspiration. au sein de ces montagnes que l'on aurait dit organiques, il avait planté d'improbables modules architecturaux modernistes, orthogonaux, seuls signes de vie humaine, paradoxaux dans leur froideur. reprenant ces grandes toiles quelques mois plus tard, il les a alors barrées de ces formes anguleuses peintes en aplats au bol d'arménie. Des ‘avatars’, dit-il, hérités de la culture des jeux vidéo, et qui viennent, avec toutes les apparences de la violence, se surimposer à une peinture singeant la tradition. et une fois la belle vitrine de la peinture illusionniste éclatée, comme une fenêtre brisée ‘à la Magritte’ dans la surface de la toile, que ressortait-il? eh bien: la peinture! le rouge brique du bol d'arménie, sorte de peinture primale: un rouge de terre comme celle que l'on voit aux grottes paléolithiques, un badigeon de maçon qui servit aussi, dans la peinture d'icônes, de couche de fond à la dorure, et revendiquant pour une fois le devant de la scène... un nouvel avatar de la peinture, toujours recommencée.

l'emprunt aux sources historiques de la peinture fait donc partie de l'arsenal familier du peintre. De façon récurrente, il reprend ainsi une série de somptueux monochromes peints sur des panneaux de bois façonnés selon la technique et les formats traditionnels des supports d'icônes. la couche picturale, quant à elle, est apposée par des carrossiers à l'aide de peintures utilisées d'ordinaire pour couvrir des automobiles de luxe. a l'éclat et au luxe des fonds d'or, il substitue les aplats somptueux qui habillent les rêves des happy few. Commentaire ironique sur l'idolâtrie de la voiture? Ode aux merveilles de l'industrie? Variante contemporaine sur l'interdit de représentation? Mais le panneau de bois, vivant, vieillit et se craquelle... TélesCOPaGes Des icônes, Kozakis a aussi parfois récupéré les formes matricielles des grottes de la nativité, dont il n'a conservé que la silhouette, peinte d'un noir profond. C'est l'une d'elles qu'il a apposée, au noir de bitume, sur le pignon de la tour de la Cité administrative de liège. signe étrange et inquiétant, tache aux allures mortifères malgré son emprunt à la symbolique de la naissance, et qui semblait proposer une variante monumentale du commentaire de Beuys sur les tours du World Trade Center. Pour Beuys comme pour Kozakis, les civilisations, en se télescopant, ne s'échangent pas que des vœux. Détournant une carte postale, celui-ci avait rebaptisé les tours jumelles ‘Cosmos’ et ‘Damian’, selon les noms de deux frères médecins d'arabie, morts en martyrs chrétiens. On songe encore à la violence ironique qui sourd de ces gants de boxe contraints dans un cadre formant un angle et surpeints de croix grecques, mis en scène par Kozakis en 1991 et appartenant aujourd'hui à la collection de la sPaC (liège). Grec d'origine, Kozakis peint à la croisée de deux héritages. Cela ne suffit sans doute pas à expliquer sa propension à multiplier ces rencontres picturales. Car lorsque l'on est peintre au XXIe siècle, n'est-on pas nécessairement un itinérant des cultures visuelles? Que faire d'autre que de se demander, ‘armes à la main’, ce que c'est qu'être peintre aujourd'hui? et dans quels métissages inscrire la peinture ‘malgré tout’? l'inscrire, en particulier, dans l'architecture, qui fait manifestement l'objet de bien des interrogations du peintre. la relation n'est pas toujours apaisée: trou noir à la Cité administrative de liège, basculement au Centre

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Klash 4, 2008, oil and acrylic paint on canvas, 208 x 315 cm


wallon de Bruxelles, où l'intervention, faisant appel à un jeu de miroir reflétant le ciel, s'accompagne des textes au goût de vent, de terre et de déracinement d'eugène savitzkaya, volumes architectoniques abandonnés aux montagnes, projections tridimensionnelles sur les murs de l'abbaye de stavelot... selon l'ultime version en date de ses Klashes, au Musée Ianchelevici, les ‘avatars’ colorés s'émancipent de la toile. Découpées à même l'aluminium, peintes de couleurs éclatantes de carrosserie, les formes aiguës, héritées de la BD et du monde virtuel, font violemment irruption dans l'espace, perforant les murs, dynamitant les espaces. Dans l'exercice de cette pensée combinatoire où il s'ingénie à faire se rencontrer les codes, les signes et les modes, Kozakis ne redoute pas les chocs, convaincu sans doute que c'est à cette source que puise l'histoire – et en particulier celle-là même de notre modernité. Yves Randaxhe

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Klash 6, 2008, oil and acrylic paint on canvas, 150 x 237 cm


KlasH la peinture de paysage, en tant que genre artistique traditionnel, offre une ‘image visible par excellence’. au départ, nicolas Kozakis met en chantier de grandes toiles qui doivent contenir et magnifier le paysage de montagne. Il réenvisage ainsi la peinture à l’huile pour le crédit qu’elle donne. Mais aujourd’hui, le monde digital et virtuel, avec ses nouveaux moyens d’investigation du réel, impose de traverser le paysage car le visible ne suffit plus quand il s’agit de ‘vivre’ la nature. les grandes toiles accueilleront des paysages de haute montagne, en tant que paysages ‘extrêmes’. en plus de son pouvoir d’icône, la montagne est ‘organique’ et à ce titre, elle interpelle encore l’architecture dans son dernier fronton. nicolas Kozakis regarde la peinture vénitienne. Celle là même qui, à l’âge baroque, dans le cadre des palais et des églises, abolira l’horizon pour le nuage et réalisera l’espace pictural au-delà de la représentation. Or, comme Venise, le lieu de cette peinture est un théâtre. son cadre est un décor. son masque procure bien vite la sensation du vide… Dès lors les formats empruntés au Titien sont choisis pour le rapport au spectacle. Par ailleurs, pour une dimension anthropologique du paysage, l’artiste ‘rappelle’ les modules d’habitat épurés en axonométrie. Ceux-ci figuraient déjà dans le travail des ‘rêves bleus d’architecture’. le propos est de les mettre en scène sur le terrain de la peinture, sans distraire le regardeur par un décalage d’image, mais dans une confrontation juste, qui ne préjudicie pas à la spatialité de l’œuvre. Deux balises peuvent d’ores et déjà guider la démarche de l’artiste. Dans ses icônes monochromes, il avait ‘réalisé’ la confrontation du matériau couleur de carrosserie avec l’âme de bois, matériau du support. a liège, il avait éprouvé l’architecture en maculant d’une forme énigmatique le haut d’un pignon aveugle surplombant le centre ville. Cette forme noire était peinte au bitume et reproduisait l’entrée d’une grotte figurée dans une icône de la ‘nativité’.

l’intérêt de l’artiste pour le monde virtuel fait rebondir l’oeuvre. Dans les jeux vidéo, les modules d’architecture et autres figures anthropomorphiques, en tant qu’avatars, peuvent être cliqués et déplacés librement dans l’image. l’écran plasma facilite ainsi leur rencontre avec le paysage informatisé, dans une unité d’image virtuelle. Tandis que leur ralliement au paysage peint n’est pas gagné d’avance, car la peinture a son chemin et le tableau son format. au gré de l’exploration, l’intrusion à l’écran d’un nouvel avatar va relancer le travail de la peinture se faisant. Il s’agit d’une forme couleur à l’image d’un essaim de pixels rouges déflagré en étoile. nicolas Kozakis le choisit comme un change pour aboutir, un change pour une ‘issue’. reporter l’avatar sur la toile, c’est le décliner en autant de versions qu’il y a de peintures, le paysage peint, et lui seul détermine à chaque fois la forme couleur. nicolas Kozakis attaque la toile en y clashant un badigeon rouge qui oblitère non seulement le module d’architecture mais aussi le champ euclidien de la montagne. le badigeon du maçon recouvre la couleur à l’huile du peintre, et la forme géométrique crante l’image organique. le marquage très physique (il n’a rien à envier à la peinture gestuelle) ainsi que le contour agressif de la forme traduisent notre monde menacé. Mais, l’effet repoussoir s’inverse. la vitre brisée permet de regarder par la fenêtre dans un nouvel éclairage. l’image de la montagne se reconstitue petit à petit au bord du décolletage. le sentiment du paysage est donné par la peinture alors même qu’elle est transgressée. la lecture en positif du cratère découpé ramène au médium de la sculpture. Dans les nouvelles réalisations sur aluminium, la forme couleur peut dès lors prendre son autonomie au mur et rayonner dans tout l’espace attribué au regardeur. Décembre 2008 Jean-Louis Gille

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Klash 3, 2008, oil and acrylic paint on canvas, 208 x 315 cm


Klash 2, 2008, oil and acrylic paint on canvas, 196 x 385 cm

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Klash 5, 2008, oil and acrylic paint on canvas, 212 x 207 cm

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Grotte - abbaye de stavelot (B) - acrylique - dimension variable – 2005 Cave: Nativity, Bitumen on concrete wall, 1200 x 1200 cm - Cité administrative - liège (B)- 2006. Images Publiques - espace 251 nord, 2006 >>


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Untitled, abbaye de stavelot (B) – wall drawing - acrylic - dimension variable – 2005


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works on paper

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2014, ink on paper, 13 x 21 cm

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2014, ink on paper, 21 x 13 cm


2014, ink on paper, 21 x 13 cm

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Jaquar, 2005, car paint on paper, 73 x 110 cm

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Mercedes-Benz, 2005, car paint on paper, 73 x 110 cm

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2005, acrylic on paper, 63 x 89 cm


2005, acrylic on paper, 73 x 110 cm

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2005, acrylic on paper, 73 x 110 cm

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2005, acrylic on paper, 73 x 110 cm


2005, acrylic on paper, 73 x 110 cm

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video

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un GraIn De POésIe Dans un DéserT De saBle (a grain of poetry in a desert of sand) un grain de poésie dans un désert de sable, nous parle de l’ironie de l’histoire, de colonisation et de civilisation vendeuse de pacotilles, d’immigration et de migration, du profit des financiers, des pauvres d’ici et d’ailleurs, de rencontre et de déplacement, de travail et de survie. aux images de visages et des gestes de mains d’hommes et de femmes s’articulent des phrases en décalage et en contrepoint. Deux frères d’une présence intense et silencieuse, bergers des temps anciens nous regardent pour exprimer les conditions de vie de leurs semblables face à la détresse infligée par les nations arrogantes. un couple d’africain prend la pose aussi, dans l'espoir de nouveaux rêves celui-ci a quitté ses contrées lointaines pour rejoindre le pays des deux frères. le film est ponctué d'instants montrant le tressage d'une minutieuse coiffure africaine. Ces doubles portraits ont été le point de départ de l’écriture. a partir de ce texte, de nouvelles images rencontrent, accompagnent et sillonnent librement la consistance des mots, on y voit le ballet d’une volée d’oiseaux, des ouvriers en besogne, un porte-conteneurs dans la mer scintillante, une montagne, un homme d’affaires, un graffiti contestataire… De ces nouvelles images où la nature est omniprésente, la bienfaisante de notre existence, de la vie libre et de notre résistance à la résignation, surgit lentement en sous-titre un texte stigmatisant la chicote des banquiers. Texte : Nicolas Kozakis et Raoul Vaneigem, 2015

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Un grain de poésie dans un désert de sable (A grain of poetry in a desert of sand), 2015, single channel video - b & w - no sound - 9’ 54” © Images: nicolas Kozakis – © Text: raoul Vaneigem

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Un grain de poésie dans un désert de sable (A grain of poetry in a desert of sand), 2015, single channel video - b & w - no sound - 9’ 54” © Images: nicolas Kozakis – © Text: raoul Vaneigem


Un grain de poésie dans un désert de sable (A grain of poetry in a desert of sand), 2015, single channel video - b & w - no sound - 9’ 54” © Images: nicolas Kozakis – © Text: raoul Vaneigem

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Qu’en esT-Il De nOTre VIe ? nicolas Kozakis et raoul Vaneigem se retrouvent avec leur troisième film Qu’en est-il de notre vie? (2014) dans une conjugaison singulière et une liberté de langage respectif, entre texte et images autonomes sur la situation actuelle en Grèce. les images silencieusement filmées sont simples, familières et étrangères à la fois, intemporelles et mêmes volontairement stéréotypées, nous les avions peut-être oubliées, ce sont des visages, des images qui nous rapprochent de la nature, cette fameuse chose de la vie qui nous est précieuse, lorsque nous avons le sentiment d’avoir tout perdu. les commentaires posent les questions du monde à venir, raoul Vaneigem a composé de façon engagée le texte tel qu’il lui est venu indépendamment de la vidéo qu’il avait visionnée. Ici le rapport avec l’image est complètement décalé et crée un lien particulier qui fait sens au propos proféré en sous-titre, mais n’est-ce pas ainsi quand nous parlons d’une chose et qu’en même temps notre pensée et notre imagination sont à mille lieues de là, absorbées par une aventure qui nous est arrivée ou une autre que nous souhaitons et désirons sans fin?

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Qu’en est-il de notre vie? (What of our life?), 2014, nicolas Kozakis- raoul Vaneigem, digital video - 5,12’

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Qu’en est-il de notre vie? (What of our life?), 2014, nicolas Kozakis - raoul Vaneigem, digital video - 5,12’

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nOTre eXIsTenCe esT un laByrInTHe (Our existence is a maze) les textes du film de nicolas Kozakis ont été écrits par eugène savitzkaya et raoul Vaneigem sur la seule base des images que chacun a commentées de façon autonome et sans qu'aucune communication n’ait été établie entre les deux auteurs. ainsi la libre inspiration de deux subjectivités s'est conjuguée à la liberté du cinéaste. le résultat est un prisme tridimensionnel où la réflexion se trouve avantageusement multipliée. (Raoul Vaneigem)

TOuT un MOnDe (all a world) recevant les images de nicolas Kozakis d'une partie du monde, me vinrent en mémoire les paroles de ernst Jünger lues dans son livre sur les FalaIses De MarBre : "et cependant toute chose exquise est un présent du hasard, le meilleur en la vie est gratuit." et je me mis à aspirer et à expirer selon un rythme particulier, le grand air commun où nous nous mouvons. (Eugène Savitzkaya)

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Notre existence est un Labyrinthe (Our existence is a maze), nicolas Kozakis - raoul Vaneigem, digital video, 5,47’ – 2013


Notre existence est un Labyrinthe (Our existence is a maze), nicolas Kozakis - raoul Vaneigem, digital video, 5,47’ – 2013

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nOTre eXIsTenCe esT un laByrInTHe nicolas Kozakis - raoul Vaneigem TOuT un MOnDe nicolas Kozakis – eugène savitzkaya

Des garçons jouent au football sur la plage, des filles chaussées de baskets discutent sur des bancs. sur le sable, des couples et des marchands ambulants venus d’ailleurs traversent le même paysage en bord de mer, un enfant flâne en mangeant les pieds dans l’eau. une ville portuaire à l’heure de la sieste, un appartement chez des amis, un hôtel surplombant le golf Thermaïque. Dans le silence, loin des ondes numériques, un édifice des temps ancien se construit, en brique rouge byzantin, en pierre du pays, en dorure et marbre prestigieux. a l’intérieur d’une maison de montagne une petite fille ouvre la porte et passe dans la lumière. les feuilles d’un figuier chatoyant s’agitent dans le vent et des nuages vus du ciel défilent sur notre existence. les médias et les autorités internationales ressassent au rythme des publicités agaçantes les mêmes informations sur la crise, ici et ailleurs. (N.K)

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All a world - Tout un monde, nicolas Kozakis – eugène savitzkaya, digital video, 5,47’ – 2013

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a MOMenT OF eTernITy In THe PassaGe OF TIMe nicolas Kozakis & raoul Vaneigem

a MOMenT OF eTernITy In THe PassaGe OF TIMe nicolas Kozakis & raoul Vaneigem

A Moment of Eternity in the Passage of Time (2012) is a black-and-white video projection with images by visual artist nicolas Kozakis and text by philosopher and writer raoul Vaneigem. The work was shot in Mount athos, a remote mountain and peninsula in northern Greece, which is home to a number of Greek Orthodox monasteries. access to the area is restricted to few visitors and women are not allowed. apart from being a holy place, it is also one of escape and meditation for those who manage to gain access. The video unfolds in an undisclosed location, by the sea. a sad-faced, lone immigrant construction worker goes about the task of building a traditional stone house, at his own pace, stopping now and then to smoke a cigarette and contemplate the magnificent, totally still sea view. His task is facilitated by a few donkeys, ancient labourers which have now become all but obsolete from the modern workforce. Time seems almost to have stood still. Vaneigem’s existential, poetic text builds on the quiet, contemplative pace of the images, reflecting on the nature of contemporary life, and its obsession with work, productivity and success, at the expense of the true experience of life itself. The text muses on the current impasse and the predatory, nature of capitalism, which has reduced life to its « mere shadows», the lonely figure of the worker recalls the myriad of migrants exploited as cheap labour all over the planet. Critical and utopian at once, it argues for the need to reinvent a new, more humane vision of the world, closer to nature. Finally, the work advocates deceleration, the merits of the « slowness of life » and the fundamental driving force of life: love. Katerina Gregos

The images were filmed with a small digital camera, away from the digital world in those few countries where the fourelements are present and visible enough so that we feel how there is one. Here hover cosmogonic tales. The horizon looks and silence soothes daily habits, we're out of time, we forego the speed for the virtues of slowness. The legs can walk the trails last telluric. The sun, the whiteness of the dazzling lime and warms the body. like a metronome, the tail of a mule pace as time goes slowly. laziness is savoured lento tempo of our breathing. The landscape echoes the sea, the rock and marble are pure. Mica shines more than the hightech metallic paint, more than the luxury cars, symbols of success of the consumerist world. The man, however, gaining ground, concrete and plastic assault sometimes this tableau vivant. Far away, a young man with a sad face, close to the generation of digital natives, wearing training pants, shovels in hand, is at work in the same place for three years. His presence brings us back to our own existence, it embodies its own misery and exploitation by commercial societies. In a landscape near and far, everyone is alone in wanting to build a hard existence that is his. The stones are a reflection of our resolution. The animals have eyes in the reflection of the man operated. The mineral, vegetable, animal mounts, in times of distress, a call for solidarity with all that makes us live and lives in us.

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Un moment d’éternité dans le passage du temps, nicolas Kozakis - raoul Vaneigem, digital video, 4,35’ – 2012 HKW Former West- Berlin

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Un moment d’éternité dans le passage du temps, nicolas Kozakis - raoul Vaneigem, digital video, 4,35’ – 2012


un MOMenT D’éTernITé Dans le PassaGe Du TeMPs un film loin du monde numérique, en ces rares contrées, où les quatre éléments sont encore assez présents et visibles pour que l’on ressente à quel point on en fait partie. Ici planent les récits cosmogoniques. l’horizon se contemple et le silence apaise les habitudes quotidiennes, on est hors du temps, on délaisse la vitesse pour les vertus de la lenteur. les pieds peuvent fouler les derniers sentiers telluriques. au soleil, la blancheur de la chaux éblouit et réchauffe les corps. Comme un métronome, la queue d’un mulet rythme le temps qui passe lentement. la paresse se savoure au tempo lento de notre respiration. le paysage fait écho à la mer, la roche et le marbre sont à l’état pur. le mica resplendit plus que la peinture métallisée de haute technologie, plus que les luxueuses voitures, symboles de réussite du monde consumériste. l’homme pourtant gagne du terrain, le béton et le plastique agressent parfois ce tableau vivant. Plus loin, un jeune homme au visage triste, proche de la génération des natifs numériques, vêtu d’un pantalon de training, pelle à la main, est à l’ouvrage au même endroit depuis trois ans. sa présence nous ramène à notre propre existence, à lui seul il incarne la misère et l’exploitation pratiquée par nos sociétés marchandes. un texte Dans un paysage proche et lointain, chacun est seul à vouloir construire sans relâche une existence qui soit sienne. les pierres sont à l’image de notre résolution. les bêtes ont dans les yeux le reflet de l’homme exploité. Du minéral, du végétal, de l’animal monte, en ces temps de désarroi, un appel à la solidarité avec tout ce qui nous fait vivre et vit en nous.

un MOMenT D’éTernITé Dans le PassaGe Du TeMPs 2012, digital video, 4:35 min. nicolas Kozakis and raoul Vaneigem The contemplative flow of black and white video footage by artist nicolas Kozakis is overlaid with a text by philosopher and writer raoul Vaneigem, together forming a plea, at once poetic and political, to pause and rethink the world away from its present impasses. The striking imagery originates in the sacred place Mount athos in northern Greece, a unique conservatory of natural beauty as well as architectural and artistic masterpieces. as a spiritual site invested in traditional human habitations and relations, it seems both a place of poetic potentiality (for instance, intense proximity to both nature and art) and of paradoxes of inequality (namely, that only men have access). Within such scenery, a lone immigrant worker builds a traditional stone house at a pace that defies the insanity of our contemporary frenetic throb, stopping at times to smoke a cigarette and meditate on the overwhelming landscape enveloped by the sea. His thoughts seem captured in Vaneigem’s words, pondering the present day capitalist enslavement to work, success, professionalism, and productivity that reduce the potentials of life to its “mere shadows.” The work reveals the need to circumvent these limitations by slowing down and rediscovering the more humane constellation of being together. (Maria Hlavajova)

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Un moment d’éternité dans le passage du temps, 2012, nicolas Kozakis - raoul Vaneigem, digital video, 4,35’


Un moment d’éternité dans le passage du temps, 2012, nicolas Kozakis - raoul Vaneigem, digital video, 4,35’

Over de contemplatieve stroom van zwart-witbeelden in deze video van kunstenaar nicolas Kozakis ligt een tekst van filosoof en schrijver raoul Vaneigem. Beeld en tekst vormen samen een poëtisch en politiek pleidooi om pas op de plaats te maken en een werkelijkheid voor te stellen die de huidige impasses ontstijgt. De opvallende beeldtaal vindt zijn oorsprong op de heilige berg athos in het noorden van Griekenland, een unieke bewaarplaats van zowel natuurlijke schoonheid als architecturale en artistieke meesterwerken. Het is een spiritueel centrum omgeven door traditionele bebouwing en menselijke relaties, waardoor het een plek lijkt met poëtische potentie (onder meer door de intense nabijheid van natuur en kunst), maar ook een plek van paradoxale ongelijkheid (aangezien er

alleen mannen mogen komen). Te midden van dit natuurschoon bouwt een eenzame gastarbeider een traditioneel stenen huis in een tempo dat wars is van de waanzin van onze hedendaagse gejaagdheid, af en toe pauzerend om een sigaret te roken en het overweldigende landschap dat wordt omsloten door de zee te overdenken. Zijn gedachten lijken gevangen te worden in de woorden van Vaneigem, die overpeinzen hoe het hedendaagse kapitalistische juk van werk, succes, professionaliteit en productiviteit de mogelijkheden van het leven reduceert tot ‘slechts schaduwen’. Dit werk toont de noodzaak deze beperkingen te omzeilen door langzamer te leven en de menselijke maat van het samenzijn te herontdekken. (Maria Hlavajova)

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sculptures and installations with aluminum

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Silver carpet – adhesive aluminum strip - Jan Colle gallery - Ghent (B) – 2015


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Silver carpet – adhesive aluminum strip - Jan Colle gallery - Ghent (B) – 2015

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Flower boxing gloves – in aluminum foil - Jan Colle gallery Ghent (B) - 2015


L’envers du dÊcor - Installation CaClB (Galerie les Drapiers) - Centre d'art Contemporain du luxembourg belge (B) - 2015

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L’envers du dÊcor - Installation CaClB - Centre d'art Contemporain du luxembourg belge (B) - 2015

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L’envers du dÊcor - Installation CaClB (Galerie les Drapiers) - Centre d'art Contemporain du luxembourg belge (B) - 2015

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L’envers du dÊcor - Installation CaClB - Centre d'art Contemporain du luxembourg belge (B) - 2015


L’envers du dÊcor - Installation CaClB - Centre d'art Contemporain du luxembourg belge (B) - 2015

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sCulPTure sOus FeuIlle D’aluMInIuM… (…) nicolas Kozakis est un artiste qui ausculte la matière et qui dématérialise les objets manufacturés. Il utilise, pour la transformation suprême, l’élément le plus proche de l’immatériel: l’aluminium en feuille fine, le plus luxueux des paquets-cadeaux. et, dans l’aluminium, il met en relique comme on met en conserve le tracteur de son père, la voiture de haut standing et le gazogène de la rue. et bien malin qui peut savoir ce qui advient de l’objet ainsi traité, allégé, escamoté et délivré de sa pesanteur de fonction, plus proche du squelette que de la chair carrossée. ne demeure à nos yeux que l’enveloppe, pelure qui suffit de souffler pour faire basculer toute la carcasse. ainsi, au prix de l’aluminium, disparaîtrait le luxe portant couleurs estampillées, numérotées et nommées, les rutilants blasons de ce siècle, les chars d’assauts et les broyeuses de betteraves. ainsi enluminés à l’aluminium, le tracteur serait plus gracile et aérien qu’une limousine. (…) Eugène Savitzkaya

(…) s’agissant d’installation, il pare d’aluminium la voiture emblématique pour la dématérialiser, lui soustraire sa valeur d’usage et d'indexation, et la fragiliser. a l'échelle du reliquaire, ce "papillotage" élève au feu des signes l'engin signalétique. et c'est l'arche de passage... (…) Jean-Louis Gille

(…) Manipulant des forment qui vont devenir des signes, l’artiste – plus que tout autre – est le témoin privilégié (oculaire) des transformations de la matière en objets sémiotiques. C’est du moins en dénonçant l’effet de ‘mise en absence’ produit par ces derniers que nicolas Kozakis entent prendre au débat. (…) Ce processus de déréalisation qu’implique le signe peut, à bien des égards, apparenter celui-ci à une forme de relique singulière. C’est du moins l’idée qui semble sous-tendre quelques travaux de Kozakis. un vrai tracteur enrobé de papier d’aluminium n’est plus un vrai tracteur : sous sa gangue brillante, il vaut pour tous les tracteurs de toutes les campagnes du monde mais n’en est pas un. l’enveloppe nous fait passer dans l’ordre de la représentation. analogue au coffre à reliques, le signe élimine le réel tout en sacralisant le souvenir. (…) Gérard Mans 1994

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Lit sous feuille d’aluminium, 2002, Mont athos

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Fiat 500 in aluminum foil – rialto-sant’ambroogio - roma (I) -2000

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Digger in aluminum foil - Chantier Besix-Muller - TGV Brussels-Cologne - Helecine (B) – 2000

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Mercedes-Benz 230 e in aluminum foil - ludwig-Forum Fur Internationale Kunst - aachen (D) – 1997

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Tractor Fiat in aluminum foil – espace Brasseurs - liège (B) – 1994

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other works

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White refuge, 2014, wood MDF, 230 x 220 x 110 cm espace européen pour la sculpture - Parc Tournay-solvay – Brussels

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STARRY, integration on ceiling - funeral center of Welkenraedt (B), 2012, acrylic and synthetic, glass beads, flakes – variable dimensions

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PanOraMIC reFuGe de nicolas Kozakis la relation entre l'homme et le milieu qu'il investit est au centre des préoccupations de nicolas Kozakis (°1967). l'artiste porte depuis de nombreuses années un regard critique sur l'urbanisme et plus particulièrement sur la manière dont le logement s’inscrit dans un contexte. Inquiété notamment par le grignotage progressif des espaces vierges et par la médiocrité de la réponse architecturale à la pression démographique d'une ville comme athènes, il dessine régulièrement des habitacles aux formes géométriques dynamiques qu'il conçoit comme des abris provisoires. Perchées sur les toits plats des buildings ou déposés au milieu d'une prairie, ces structures mobiles pourraient se transformer tant en résidence d'artiste qu'en lieu d'accueil transitoire pour des immigrés. lorsqu'il est invité à implanter une œuvre au Musée en Plein air du sart-Tilman, Kozakis propose de concrétiser son architecture utopiste. Toutefois, la permanence étant un critère de base pour l'inscription dans la collection, il propose de mettre en œuvre le béton, un matériau historique dans la construction du domaine universitaire. situé à l'entrée des homes des étudiants, le volume en porte-à-faux de Panoramic refuge invite le passant à entrer pour s'isoler de l'agitation du monde extérieur et observer le paysage. après avoir grimpé deux marches, son utilisateur se retrouve face à une large ouverture qui permet de repérer quelques éléments remarquables du panorama comme le terril de Micheroux, écho lointain du mont athos, motif récurrent de l'œuvre de Kozakis. avec sa ligne d'horizon très basse, le cadre laisse une place prépondérante au ciel, un sujet également traité régulièrement par l'artiste dans sa peinture ou dans le projet d'intégration qu'il réalise avec eugène savitskaya pour l'espace Wallonie à Bruxelles (2001). « Photographiant » une vue en perpétuelle évolution, la camera obscura du sart-Tilman est une boîte noire qui se détache de la verdure environnante. elle invite à porter un regard nouveau sur son contexte, toute comme la forme en bitume que Kozakis avait apposée en 2006 sur le pignon de la Cité administrative de liège. Julie Hanique

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Panoramic refuge, 2011, reinforced concrete and bitumen open-air museum in sart-Tilman- liège (B), 600 x 300 x 200 cm

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Blue Azul Macaubas, 2013, marble – Installation, Granite slab (Quartzite Brazil) installed flush with the wall, 155 x 127 cm

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LOVE-DEBT, boxing gloves, lettering sticker - 2012


GOODS, 2012, black marble from Mazy (B), 7 x 30 x 2,5 cm

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La malle, 1994, metal trunk, asphalt and road markings, 102 x 110 x 63 cm


Strada Romana - sanpietrini (pavés) – rialto-sant’ambrogio, 110 x 94 x 70 cm - roma (I) -2000

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Chapelle votive, 1991, steel, asphalt, 140 x 50 x 50 cm Installation espace 251 nOrD - liège (B) - 1991, sculpture in the corner: wood, acrylic on cotton >>


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GanTs De BOXe (1991) Dans un coffret en bois clair qui se détache en deux parties pour épouser l’architecture en coin du lieu où il sera accroché, nicolas Kozakis a placé une paire de gants de boxe sur laquelle viennent se greffer des motifs de croix, directement peints sur le cuir naturel, teinté noir. l’ensemble s’intitule sobrement « Gants de boxe » et fait partie d’une série réalisée sur le thème des objets de sports de combat intéressant l’artiste aussi bien par leur présence manufacturée – en tant que ready-made – que par leur force sculpturale. Hormis quelques réminiscences minimalistes, genre Flavin ou Malevitch, l’œuvre fait appel à une démarche se fondant sur le principe de l’objet détourné et du déplacement sémantique. en convoquant deux sources visuelles suffisamment fortes pour être immédiatement reconnaissables, Kozakis fait naître une proposition plastique qui se prête à être lue comme une superposition d’idées et d’images antinomiques. le gant de boxe évoque la culture populaire, le culte du jeu et de la performance sportive tandis que la croix, en elle-même symbolique, vient révéler un contexte et un système de valeurs à la mesure des différentes interprétations qu’elle suscite dans l’histoire et la tradition picturale. Plus que la simple confrontation de deux univers opposés – profane et sacrée, culture populaire et culture élitiste–, cette sculpture hybride propose une vision différée des choses et met à jour une relation métonymique entre deux « motifs » et les images mentales que ceux-là mêmes suscitent. De cette expérimentation combinatoire – propre à une pensée rhizomique et à la prolifération des sens – naissent des réseaux de lecture qui semblent infinis : on peut y voir une allusion ironique aux propositions spatiales (le coin) et symboliques (la croix) d’un Beuys ou d’un Malevitch ou une référence au coin du ring comme étant le point où le boxeur tente de conduire son adversaire afin de l’immobiliser et de le mettre K.-O. l’angle est d’ailleurs propice aux surprises sémantiques les plus troublantes. le coin, nous dit l’artiste, est aussi le lieu où sont placées certaines icônes byzantines en vue d’exorciser le mal. le rapport avec la croix est dès lors plus évident. enfin, si l’on replace cette pièce dans le contexte qui entoure sa création, on découvre encore une autre lecture. réalisée en 1991, époque marquée par la Guerre du Golf, l’œuvre rappelle l’émergence d’une vogue proprement occidentale pour les sports de combat : alors qu’une lutte sanglante et bien réelle accablait une partie du monde, nous dit l’artiste, « on voyait se multiplier les espaces de loisirs consacrés à une compétition ludique, presque festive ». la démarche de nicolas Kozakis s’inscrit ainsi dans une perspective telle que, plus que l’œuvre elle-même, importent les conditions de sa réalisation et de sa présentation. elle n’en est dès lors que plus intéressante. Julie Bawin

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Gants de boxe, 1991, acrylic, boxing gloves, wood, 36 x 30 x 25 cm

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Protège sexe, 1991, corner sculpture: wood and acrylic on cotton

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Sac de frappe, 1991, corner sculpture: wood and acrylic on leather


Punching ball, 1991, corner sculpture: wood and acrylic on leather

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Solo Exhibitions (selection) 2015 Rolls Royce infinity Black met (with steven Messiaen) Kusseneers gallery - Brussels (B) 2014 White refuge-Travel trunk-Capture still, Parc régional/Gewestelijk Park Tournay-solvay – Brussels (B) 2011 Panoramic Refuge - Open air Museum of sart-Timan - C.H.u - liege (B) Open / Closed – Musée du point de vue - with aniceto exposito lopez - Brussels (B) 2010 Aux Arts, Etc., Hôtel de Ville - eupen (B) Schlassgoart Gallery - with Marc angeli - esch-sur-alzette - luxembourg (l) 2004 Els Hanappe Underground - with Koen Wastijn – athens (Gr) 2000 Centre D’art Chapelle De Boendael - Brussels (B) 1999 Gille-stiernet Gallery - Brussels (B) 1994 les Brasseurs Contemporary art - liege (B) 1992 Dannenberg Gallery - new york (usa) 1991 Dannenberg Gallery - new york (usa) Group Exhibitions (selection) 2015 - Enlightened Fountains (reasons to be cheerful) – Jan Colle gallery, Ghent - Curated by_Vienna 2015: Tomorrow Today - It' money Jim, but not as we Know it (curated by Katerina Gregos) MaM Mario Mauroner cont. art - Vienna (a) - Jardiniers Terrestres Jardiniers Célestes – VII Biennale Internationale d'art Contemporain de Melle - Melle (F) - l’envers du décor – CaClB – luxembourg – Montauban-Buzenol (B) - Les mains libres - espace 251 nord - liège (B) 2014 - Un moment d'éternité dans le passage du temps - la Terrasse espace d'art de nanterre - nanterre (Fr) - Unstuck In Time - Te Tuhi - Pakuranga , auckland , new Zealand aotearoa (nZ) - An exhibition on withdrawing, escaping and dropping out, Bureau Publik, Copenhagen,(DK) - No country for young men - Bozar – Palais Des Beaux-arts – Brussels (B) - Re: Visited - riga art space - Centre For Contemporary art latvian - riga (lV) 2013 - Tower of power in paradise street - Flux Gallery - liege (B) - Art Projections - Thessaloniki Film Museum - Cinematheque - 4th Biennale of Contemporary art Thessaloniki (Gr) - More Light - 5th Biennale Of Contemporary art Moscow - Moscow (ru) - Salon Der Angst - Kunsthalle Wien Museumsquartier/Karlsplatz (a) - Transformatie/Transformation - De Markten Cultural Centre - Brussels (B) - Former West: Notes from Berlin – Bak, Basis Voor actuele Kunst, utrecht (nl) - 6èmes Promenades Photographiques en Condroz – Marchin-evelette (B) - Etre humain et le savoir ensemble - International Biennale of Contemporary art - Melle (F) - 4th Former West Research Congress: Documents, Constellations, Prospects - Haus Der Kulturen Der Welt - Berlin (D) 2012 - L’homme Qui, 2012-2014 - with raoul Vaneigem - Collectif Mensuel/Cie Pi 3,14, Mamac, liege (B) - Kulturfabrik, - esch-sur-alzette (l) - Culture Commune, nord-Pas De Calais, loos-en-Gohelle (F) - Theater antigone, Kortrijk (B) - assemblea Teatro, Torino (I) - Manifesta9 - with raoul Vaneigem – european Biennale Of Contemporary art - Genk, limburg (B) - Montagne - Cultural Centre Marchin (B) 2011 - loods12 – Wetteren (B) 2010 - aux arts, etc. - Hôtel De Ville eupen (B) - Hommage aan de monochromie - Cultuurcentrum Hasselt (B) - Bip2010, 7th edition, the International Biennale of Photography and Visual arts of liege 2009 - L’union fait la forme - Bozar – Palais Des Beaux-arts – Brussels (B) - No Style No Glory - Musee Ianchelevici - la louviere (B) 2008 - L’Union fait la forme - Acte III – Office national d’art Contemporain – Brussels (B) - Urban Jealousy – The 1st International roaming Biennial Of Teheran – Berlin – Istanbul - Belgrade - Homo Ludens Ludens Laboral – Centro De arte y Creacion Idustrial - Folded-In – Personalcinema – Gijon (e) - Archives Actives - Des Arts – espace 251 nord – Brussels (B) 2006 - There is no place like home - Onufri 2006 – national Gallery of arts - Tirana (alB) - Images Publiques - espace 251 nord - liege (B) 144


2007 2005 2004

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- Nouba – Reading Performance – Halles De schaerbeek – Video Projection - staging: Marie andre – Text: eugene savitzkaya - Bruxelles (B) - (livre + Cd) - 175-25 – Affinités - abbaye De stavelot - (B) - Intime Conviction – les Brasseurs – Centre Wallonie Bruxelles, Paris) - Approvisionnement de Printemps - atelier 340 Muzeum - Bruxelles (B) - netherlands Media art Institute, Montevideo/Time Based arts - Channel Zero – amsterdam (nl) - arco/Medialab, Conde Duque, Caja suiza – Personalcinema : The Making Of Balkan Wars : The Game - www.balkanwars.org- Madrid (e) - Abstractions - le Botanique - Brussels (B) - Bonjour - Place st lambert - liege (B) - Centre Dansaert, atelier De Creation sonore et radiophonique - Nuit du son de la nuit - Performance - Proffering two voices with Francis schmetz - Brussels (B) - Les Temoins Oculistes - Instants Fragiles - Passage De retz - Paris (F) - rialto - sant’ambrogio - roma (I) - World Wild Flags - aachen (D), liege (B), Knoke (B), luxembourg, new-york - “ 1 X 9 “ – Museum of Modern art and Contemporary art - liege (B) - Hansabank - Talinn, estonie - Mars - Quand Soufflent Les Vents Du Sud, espace - BBl - liege (B) - atelierhaus aachen e.V. - aachen (D) - Mars - ludwig-Forum Fur Internationale Kunst - aachen (D) - Cartier D’hiver - espace 251 nord - liege (B) - Post-Action, M/I – ludwig-Forum Fur Internationale Kunst - aachen (D) - Element Feu - espace 251 nord - liege (B) - Ica Proton “M/I” - amsterdam (nl) - Punto Gallery- Valencia (e) - “+- 103 Jours” Video projection - etablissement d’en Face - Brussels (B) - Triennal-sofia ’96 - International exhibition Of Painting - sofia (BG) - arsenal Gallery - Poznan (Pl) - site Du Grand Hornu - Mons (B) - Vega Gallery - Hotel Boscholtz - liege (B) - Museum of Fine arts - Mons (B) - Museum of Modern art and Contemporary art - liege (B) - Prospectus - “1x9” - Brussels (B) - Gille-stiernet gallery - Brussels (B) - association art Promotion - liege (B) - espace 251 nord - liege (B) - element Eau - les Brasseurs Contemporary art - liege (B) - Gille-stiernet Gallery- Bruxelles (B) - Cap ateliers (Contemporary art Promotion) liege (B) - Dannenberg Gallery - new-york (usa) - espace 251 nord - liege (B) - Young Belgian Painters Award - Palais Des Beaux-arts - Brussels (B) (selected) - abbaye de Forest - Flux Gallery- Brussels (B) - Dannenberg Gallery - new-york (usa) - l’a Gallery - liege (B)

Residence 2000 - academia Belgica rome (I) - art Forum Zerynthia - Curator : Dora stiefelmeier – Palliano (I) – Movie Projection: Ça me ferait plaisir - Director : Michel Jakar – n.Kozakis - rTBF Bruxelles 2000 Filmography Ca me ferait plaisir - réalisation: Michel Jakar - scenario M. Jakar - n. Kozakis - 30 min. Production rTBF Bruxelles 2000

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Nicolas Kozakis °1967, liège (B) lives and works in Brussels / woont en werkt in Brussel / vit et travaille à Bruxelles nicolas Kozakis est peintre et sculpteur, pratique aussi bien l'installation, la vidéo ou la photographie et porte un intérêt particulier à l’architecture et à l’espace public. son œuvre parcourt l’histoire des formes et interroge sans cesse par l’association contradictoire de matériaux, de symboles, d’images et de mots, les conflits de notre existence. Il reconnaît poser, par le biais du monochrome aux laques de carrosserie de luxe, une résistance à l’inflation et à la saturation de l’image, clin d’oeil aussi aux symboles de réussite de ce monde consumériste. Considérant sa pratique picturale, nodale, apparaît dans chacune de ces approches pourtant distinctes une préoccupation constante et renouvelée pour l’énoncé et la mise en vigilance du regard. nicolas Kozakis puise dans l’histoire les moyens de reconsidération, de réévaluation de son rapport au monde… Tirant les fils d'ariane de cette architectonique de la mémoire et d'une cosmologie qui lui sont propres, Kozakis procède pourtant par des actions, des touches en apparence toutes simples : peindre, mesurer, éprouver, filmer, enregistrer... Mais, en sous-main et en permanence, constamment réévaluer.

Raoul Vaneigem °1934 Belgian writer and philosopher / Belgische schrijver en filosoof / écrivain et philosophe Belge

Eugène Savitzkaya °1955 Belgian writer and poet / Belgische schrijver en dichter / écrivain et poète Belge

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Nicolas Kozakis  
Nicolas Kozakis  

Kusseneers gallery

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