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Michel Bugnon-Mordant

2010 w w w. p r o n a t u r a

Un bref tour d’horizon de quelques-uns des produits menacés suffit à souligner la gravité de la situation : 1 Les différents quotas sur la pêche (sole, cabillaud) et l’aggravation des sanctions envers ceux qui ne les observent pas, ajoutés à l’interdiction de toute aide, même en cas de catastrophe, condamnent à brève échéance la pêche européenne à mort (les flottes de pêche industrielle japonaises et nord-américaines ne sont évidemment pas touchées).

2 L’assouplissement récent de l’interdiction de nourrir les animaux avec des farines animales, la levée de celle qui frappait les poulets américains chlorés, conduisent inéluctablement à un accroissement de l’insécurité alimentaire concernant la viande, au bénéfice de l’agroalimentaire extra-européen, américain en particulier.

3 L’abaissement

du taux obligatoire de 15 g de sel par kg de pâte à pain dans la fabrication des bretzels (Allemagne, Alsace) à 1 g par kg condamne le bretzel traditionnel, qui est petit à petit remplacé par des bretzels industriels insipides.

4 La permission de produire du jus d’orange avec seulement 12 % de véritables oranges pour obtenir la dénomination se traduira par une perte de débouchés de 120 millions de kg par an pour la production italienne. 5 L’acceptation du coupage vin rouge/vin blanc pour la fabrication du vin rosé entraînera une perte considérable pour les producteurs français, tant sur le plan de la qualité (au profit des vins bon marché et

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médiocres venus notamment d’Amérique du Nord et du Sud) que de la quantité. Des milliers de viticulteurs européens vont devoir mettre la clé sous la porte.

6 Les exigences sanitaires, envers les fromages, condamnent à brève échéance les centaines de fromages français, italiens, espagnols, suisses aux goûts si divers et typés, aux parfums si subtils, dont les Européens se délectent depuis des siècles.

7 Les contraintes imposées aux producteurs laitiers, ainsi que des mesures telles que l’aide à la cessation laitière, visent ni plus ni moins qu’à la disparition des producteurs de lait européens. L’accusation proférée par UFC-Que Choisir, selon laquelle industriels et distributeurs « confisquent » la baisse dont sont victimes les producteurs est amplement justifiée.

8 L’incapacité de l’UE à réguler le marché des oléagineux et des céréales, tant en ce qui concerne l’approvisionnement que les prix, laisse entièrement aux mains des spéculateurs et des fonds de pension ce domaine essentiel. S’y ajoute l’absence scandaleuse et délibérée d’une politique de gestion des stocks.

9 Le

problème crucial des OGM s’inscrit précisément dans cette dynamique d’effacement de l’agriculture européenne traditionnelle au profit de l’agroalimentaire et au détriment de l’indépendance alimentaire européenne. Le jour viendra où la plus grande partie de l’approvisionnement en nourriture sera aux mains des transnationales, derrière lesquelles la majorité des décideurs sont des Américains. Comme la plupart des brevets d’OGM sont également américains, il est évident que le monde finira par manger ce que Washington voudra et si Washington le veut bien, c’est-à-dire pour autant que le reste de la planète se soumette entièrement aux volontés des Etats-Unis.

professeur émérite, géopolitologue

es gouvernements européens, bien sûr, sont complices dans la mesure où ils visent, eux aussi, ce que le président Barroso décrivait, lors du récent Forum juif européen (octobre 2009), comme étant sa priorité : « la gouvernance globale en formation ». De quoi cette « gouvernance » sera-t-elle faite ? Stéphane Parmentier, conseiller en politique agricole à la Fugea, nous en donne une idée lorsqu’il précise que déjà « dix entreprises contrôlent la moitié de l’offre semencière et trois ou quatre sociétés la majorité des échanges mondiaux de chaque produit. La distribution, quant à elle, échoit à quatre ou cinq chaînes de supermarchés qui se partagent le marché dans chaque pays développé ». Un protectionnisme intelligent, tel qu’il est préconisé par le professeur Jacques Sapir, la préférence communautaire et nationale, le remplacement des personnages politiques actuels, tous otages du monde économique aux mains du capitalisme financier, par de nouvelles générations formées et choisies autrement, l’inversion de la mondialisation sont parmi les solutions urgentes qui nous permettraient d’éviter ce qui nous attend : une tyrannie mondiale oligarchique dirigée par les Etats-Unis.

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a Suisse pourrait-elle figurer parmi les pays montrant la voie ? La récente abdication du Conseil fédéral devant les exigences américaines dans le cas de l’UBS et du secret bancaire, de même que l’intransigeance de Doris Leuthard dans sa volonté de s’en tenir strictement aux accords de libre-échange avec l’Union européenne nous ôtent toute illusion.

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C RI T I QU E

Année internationale de la biodiversité

IROmagazine N°21  

Revue de l'invention et de l'innovation en Romandie

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