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LA MICROFINANCE c’est du costaud Muhammad Yunus

Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix 2006, un Bangladais, créa la Grameen Bank : une banque pour les pauvres. Ce banquier d’un type nouveau fonda son établissement en 1976, à 36 ans. Il peut donner des leçons aux usurpateurs qui se réclament du pseudo Prix Nobel de l’économie. De 1976 à 2006, il a prêté 5 milliards d’euros à plus de 6 millions de personnes. En occident, ce concept ne rencontrait pas d’intérêt. Les temps changent.

É VO LU T I O N

Finance ou service social ? C’est dans les pays riches que cette question se pose et que la microfinance fait sourire. En Suisse, microfinance est confondu avec petit crédit. Pourtant, ce n’est pas le montant du prêt qui est déterminant mais la finalité de l’argent emprunté et le statut de l’emprunteur. Nos banques suisses sont actives dans la microfinance mais à l’étranger et au travers d’institutions et de fonds spécifiques. C’est pour l’instant une activité marginale. Avec la demande, l’attitude change. La microfinance s’adresse souvent à des personnes exclues du système bancaire. Les prêts sont accordés pour des investissements et non pour la consommation. Dans les pays en développement, le microcrédit est sollicité par des commerçants, des artisans qui ont besoin de montants qui nous paraissent ridicules, souvent moins de 100 francs. L’argent prêté est investi dans l’outil de travail pour créer ou développer une activité artisanale ou agricole. Un commerçant emprunte pour acquérir son stock. Les remboursements sont rapides. Les pertes sur débiteurs presque nulles. L’activité assure le retour des montants empruntés. Si la démarche était sociale, il n’y aurait pas forcément cet esprit et la relation s’arrêterait toujours à la fin du programme d’aide. Aucune péren-

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Georges Aegler

nité économique ne serait assurée. Le développement ne suivrait pas. Avec la microfinance, il y a production de valeurs et l’esprit d’entreprise est éveillé. Les résultats montrent que les pauvres sont solvables. Aujourd’hui, il y a près de 100 millions de prêts. C’est 100 millions de personnes actives. Si l’offre suivait, c’est un milliard de personnes qui serait aidées dans le lancement de leur micro-entreprise. Sur le terrain. La microfinance est développée dans les pays pauvres. Ce secteur est appelé à se développer dans un proche avenir. La crise actuelle sera peut-être un déclencheur. En France, le concept a été repris en 1989 par Maria Nowak qui a fondé à Paris l’Association pour le Droit à l’Initiative Economique. L’ADIE collabore avec plus de vingt établissements bancaires. C’est 40’000 demandes de crédit déposées par année. Sur le plan européen, un programme communautaire soutient le Réseau Européen de Microfinance (REM) dont le siège est à Paris. En Suisse, Georges Aegler, décédé en 2007, lança le microcrédit en 1998 avec l’ASECE, fondation qui s’appelle actuellement Microfinance Solidaire Suisse. L’avenir helvétique est, avec le World Microfinance Forum Geneva, piloté par

Melchior de Muralt

Melchior de Muralt, associé-gérant de l’établissement de Pury Pictet Turrettini & Cie SA à Genève. Récemment, le WMFG a organisé un atelier de travail, avec des participants de plusieurs pays et des représentants d’institutions suisses afin de partager les compétences et les méthodologies de prêts. Nous avons découvert que la Banque Cantonale Vaudoise a fait une percée spectaculaire sur ce marché. Certes le niveau des dossiers et le mode de traitement sont à la couleur helvétique mais c’est une approche de type microfinance. Ce concept favorise l’éclosion de nouveaux talents en accompagnant des artisans, des indépendants, dans la création de leur activité. Affaire à suivre. Narcisse Niclass

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IROmagazine N°21  

Revue de l'invention et de l'innovation en Romandie

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