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Une merveilleuse musicienne : Françoise Aubut Organiste concertiste, organiste liturgique, pédagogue et improvisatrice

par Michelle Quintal

NDLR Dans cette deuxième livraison, apparaissent quelques témoignages d’anciens étudiants ainsi que une bibliographie, une discographie et les remerciements de l’auteur.

Je ne l’entendais pas entrer. Elle était si légère. La porte du studio d’harmonie se refermait sans bruit et c’est son odeur rassurante qui me rappelait sa présence. Un parfum de tabac noir qu’elle fumait à un rythme infernal depuis ses années d’études en Europe. Françoise s’approchait de moi. Sans un mot, elle regardait mon devoir d’écriture. Ses premiers commentaires étaient toujours favorables. « Savez-vous que c’est fort bien entendu? C’est bien joli, cela chante. Bravo! » et elle ajoutait du même souffle : « Dommage qu’il y ait là quelques quintes et octaves consécutives. Autrement, c’eût été parfait! Voici une autre basse donnée, et également un chant. Essayez de faire mieux! » Et je m’astreignais à la tâche sans toutefois atteindre la perfection qu’elle eût souhaitée. Mais c’est avec le sourire qu’elle exigeait une amélioration de mes gribouillis harmoniques et contrapuntiques. Grâce à elle, je finis par réaliser des harmonisations à quatre voix à peu près correctes. Si je sais aujourd’hui comment faire sonner un quatuor de manière adéquate, c’est à Françoise Aubut que je le dois. Elle m’a aussi transmis son amour de Bach et de son œuvre ainsi que sa passion pour l’orgue. Dans cette discipline, j’étais alors un très mauvais dans le style des compositeurs de mon choix. Je faisais volontiers ronronner l’instrument, je le poussais dans ses limites sonores (on ne choisit pas d’étudier l’orgue par hasard!) Toujours discrète, elle apparaissait derrière moi comme dans un conte de fées, ne me grondait jamais, me , disait-elle! François Dompierre, compositeur, a étudié l’écriture et l’orgue avec madame Aubut au Conservatoire de musique de Montréal. Il a reçu le Prix hommage du cinéma québécois en 2016 pour sa musique de film.

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C’est à la fin des années soixante que j’ai connu Françoise Aubut. En effet, étant un de ses élèves, j’ai terminé mon bac sous sa direction et, je dois le dire, une direction exceptionnelle, éclairée et toujours dans la note. Françoise Aubut fait partie de ces grands artistes dont la simplicité est déconcertante. Toujours accueillante et d’une grande cordialité, cette femme incarnait la musique même. Connaissant tout de son art, elle transmettait sa science dans un enseignement rigoureux et logique avec cette gentillesse qui nous faisait aimer ses cours. Françoise Aubut donnait peu d’exemples à l’orgue, du moins en ce qui me concerne. Mais chaque fois qu’elle le faisait, ça ne pouvait être que ça. Tout était là : l’approche des claviers et la manière très sentie qui, lorsqu’elle s’exécutait, m’allait droit au cœur. Ce n’était jamais long. Une fois l’exemple donné, elle se retirait pour céder sa place à son élève, presque gênée de s’être placée au banc d’orgue pour de brefs instants. J’ai beaucoup causé de compositeurs et de composition avec Françoise Aubut. Elle connaissait tout le monde. Leurs procédés d’écriture n’avaient aucun secret pour elle. Mais lorsqu’elle me parlait de Dupré et de Messiaen, cette femme minée par la maladie toute sa vie durant, revivait. Son timbre de voix un peu neutre dans une conversation normale devenait chantant et chaleureux. Grâce à ces dialogues, mille et un détails ayant trait à ces aujourd’hui, lorsque j’aborde une de leurs œuvres d’orgue. Toujours très secrète sur sa vie personnelle, que je lui ai faites, combien elle respectait les choses de l’église et combien elle communiait du fond du cœur au souci des choses de la foi.

Mixtures, numéro 48, mai 2018

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