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Anniversaires en musique par Yves-G. Préfontaine Plusieurs compositeurs auraient mérité d'être évoqués dans cette chronique en ce début de l'année 2018, mais ce n'est que partie remise. Sans causer préjudice à aucun, il en est un qui émerge et que la planète va célébrer cette année : François Couperin, dit le Grand, né en 1668, il y a 350 ans.

Evrard Titon du Tillet écrivait en 1743, soit dix ans après la mort du compositeur : « Le grand nombre des œuvres de Couperin fait connaître la beauté et la fécondité de son génie... » François Couperin, pour le clavier, c'est bien sûr le clavecin et ses quatre livres, puis ses deux messes d'orgue. À côté de cela, la musique de chambre : Concerts royaux, Les Nations, Les Goûts réunis (auxquelles appartiennent les Leçons des Ténèbres du Mercredi Saint. Et bien sûr L'Art de toucher le clavecin. Les ouvrages sur François Couperin (monographies) occupent relativement peu de place dans la peut-être, celui d'André Tessier (1926), et le plus récent, non moins peut-être (!) de Olivier Beaumont (1998). Entre ces deux titres (toujours le même, au demeurant!) il faut tout de même

Mixtures, numéro 48, mai 2018

que j'évoque les Philippe Beaussant (1980), Pierre Citron (1996), Wilfrid Mellers (1950/1987) et quelques autres. Le sieur de Crouilly portait bien son nom de Couperin le Grand. La qualité et la variété des quelque 400 pièces pour le clavecin et de la quarantaine pour l'orgue témoignent bien de l'immensité de l'organiste de Saint-Gervais et de la Chapelle royale. Ceux qui ont retenu ses services ─ et parmi les membres du jury, le roi lui-même ─ comme membre du quatuor de ce lieu prestigieux ne s'y sont pas trompés en engageant ce jeune homme de 25 ans qui, par quartier, est présent aux divers offices et cérémonies de la cour, est un concertiste recherché, et est le professeur des princes et de la noblesse... François Couperin, on le sait ne nous laisse que deux messes d'orgue. Deux suites exceptionnelles de 21 pièces chacune, destinées comme il se doit et selon l'usage à être interprétées en alternance avec le plain-chant. L'une à l'usage des paroisses, sur le thème de la messe IV Cunctipotens Genitor Deus, et l'autre à l'usage des couvents de religieux et de religieuses associée généralement à la messe du 6e ton de Du Mont, même si le texte de Couperin ne comporte aucune citation du plainchant de cette messe. De toute cette musique il faut retenir la force des pleins jeux, la poésie des tierces en taille, la truculence des basses de trompette, le charme des récits, la vigueur des offertoires. Quel plaisir ce serait de remonter dans le temps et d'assister à quelque prestation improvisée comme il devait si bien le faire quotidiennement… Nommé à Versailles en janvier 1694, il ne pourra toucher le Clicquot qu'après 1711, moment de l'inauguration de l'instrument. Deux détails intéressants : les deux messes datent de 1690 et au moment de son arrivée à Versailles la chapelle, qui n'est pas encore celle que nous connaissons positifs… D'autre part, les quatre organistes qui se partageaient la prestigieuse fonction étaient Jean-Baptiste Buterne (organiste également à Saint-Étienne-du-Mont), Nicolas Lebègue (SaintMerry) et Guillaume-Gabriel Nivers. Notre ami succédera à son professeur Jacques Thomelin lorsque celui-ci décédera.

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Mixtures # 48, mai 2018  

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