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d’Olivier Messiaen tandis que des pièces d’Édith Beaulieu, Martin Brossard, Rachel Laurin et Gilles Rioux dénotent l’influence des organistes-compositeurs symphonistes français comme César Franck, Eugène Gigout, Louis Vierne et CharlesMarie Widor. L’importance de la mélodie et l’influence du chant grégorien se perçoivent dans plusieurs compositions québécoises pour orgue. Les Mélodistes indépendants, regroupement formé de Raymond Daveluy, Anne Lauber, Rachel Laurin et Alain Payette, ont d’ailleurs énoncé dans leur manifeste de 1995 qu’ils s’identifiaient « à une musique où la mélodie domine et prend une part essentielle à la communication » (Claude Gingras, « À bas la musique “contemporaine” ! Quatre compositeurs s'unissent pour promouvoir une musique où la mélodie domine », La Presse, 13 mai 1995). Le chant grégorien est une source d’inspiration pour d’autres compositeurs ─ comme Denis Bédard, Bengt Hambraeus, Conrad Letendre, Roger Matton, Marc O’Reilly, Bernard Piché, Antoine Reboulot, Massimo Rossi et Gilles Tremblay ─ qui composent des mélodies provenant ou ressemblant à du plain-chant. À titre d’exemple, la première pièce d’Offertorium I (2014) de Marc O’Reilly (exemple no 1) est basée sur l’hymne de l’Avent Rorate caeli.

La tradition se remarque dans de nombreuses compositions québécoises pour orgue par l’emploi de formes ou de genres en vogue à des époques antérieures, comme le livre d’orgue français du XVIIIe siècle, la forme thème et variations et les genres utilisés par Johann Sebastian Bach (prélude et fugue, choral, partita, etc.). Quelques œuvres reprennent ou s’inspirent des titres des mouvements des livres d’orgue français du XVIIIe siècle comme « Prélude », « Tierce en taille », d’orgue québécois du XXe siècle se nomment Suite du premier ton (1993) de Denis Bédard, Livre d’orgue (1981) de Bengt Hambraeus, Livre d’orgue (1989-1990) de Jean Le Buis, Études 1 à 8 (1982, 1993) de Bruce Mather et Variations sur « Joseph est bien marié » (1988) de Gilles Rioux. Cette dernière œuvre est également un exemple de la prédilection de la forme « thème et variations » chère à plusieurs compositeurs. Parmi les autres œuvres de forme thème et variations, notons plusieurs pièces de Denis Bédard dont , op. 46 (2001) d’Alain Gagnon, Variations sur un thème de Gilles Vigneault (1984) de Bengt Hambraeus, Variations, op. 42 (1986) de Jacques Hétu, Variations sur un noël lorrain, « Noël nouvelet » (1987) de Jean Le Buis, Cinq variations sur un thème grégorien (Salve Regina) (1956) d’André Prévost et Variations sur le nom . Les genres utilisés par Johann Sebastian Bach sont également très prisés par les compositeurs québécois comme le montrent les œuvres suivantes : Prélude et Toccata sur « Victimae Paschali Laudes » de Denis Bédard, Fantaisie et fugue (1981) d’Alan Belkin, Trois préludes de chorals pour orgue (1964) de Raymond Daveluy, Partita on « Nun danket », op. 47 (2009) et Prélude et fugue en fa mineur, op. 45 (2008) de Rachel Laurin, le choral en trio Vierge Sainte, réjouis-toi (2010) de Serge Provost ainsi que Choral orné sur le Pater Noster grégorien d’Antoine Reboulot.

Exemple no 1 : Marc O’Reilly, Offertorium I : « Rorate caeli », mes. 1-6 (extrait reproduit avec l’aimable autorisation de Marc O’Reilly; la partition est disponible au CMC).

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Quelques constats sur la tradition et les compositions québécoises s’imposent. En premier lieu, plusieurs compositeurs québécois s’inspirent abondamment de la musique du passé, que ce soit par l’utilisation de techniques d’écriture, rappelant entre autres Paul Hindemith, Max Reger, Olivier Messiaen et les symphonistes français, par l’emploi de

Mixtures, numéro 48, mai 2018

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