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La facture d’orgue dans la vallée du Saint-Laurent au début du XIXe siècle

par Robin Côté1

NDLR Issue d’une conférence prononcée lors du congrès conjoint RCCO/AGO/FQAO en juillet 2017, cette communication vous est proposée en quatre livraisons. Cette deuxième livraison traite de la tuyauterie. La troisième livraison traitera du vent et de la soufflerie tandis que la quatrième traitera l’esthétique sonore. 2. La tuyauterie

Avant 1849, le système mercantiliste britannique faisait en sorte que le Canada ne pouvait commercer qu’avec la Métropole. Par la suite, le commerce s’ouvre pleinement avec la Nouvelleet fiable, les facteurs n’hésiteront pas à s’y alimenter en tuyauterie. Cependant, l’arrivée du navire marchand français La Capricieuse au port de Québec en 1855, va révolutionner le commerce au Bas-Canada. Suite à près de 100 ans d’embargo, les Canadiens ont désormais le droit de commercer avec les manufacturiers français. Depuis l’Exposition universelle de Londres de 1851, la classe politique prône de trouver la paix entre les pays européens par l’ouverture du commerce. Cela va provoquer la première phase de mondialisation de l’ère industrielle qui aboutira à la signature d’un traité de libre-échange entre la France et l’Angleterre en 1860. C’est dans cette ambiance que le facteur Warren atteint sa maturité et que Mitchell & Forté démarrent leur atelier. Samuel Russell Warren : Jusqu’à 1862-1863, c’est , qui gère la fabrication des tuyaux de métal. Le style de fabrication est traditionnellement anglo-américain. Warren a aussi fait venir des tuyaux de France et d’Angleterre pour certains instruments, mais il est très difficile d’en évaluer la proportion. Par chance, le Contra-posaune 16’ du Warren de St. John the Evangelist est un rare exemple de 16’ d’anche du XIXe toujours en fonction. Il comporte des noyaux et rigoles en bois mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, le son en est assez puissant. Si on se fie aux orgues Warren encore existants, l’ensemble de la tuyauterie de métal semble faite de « common metal » soit d’environ 20 % d’étain et 80 % de plomb, et de zinc pour les basses. Du côté des jeux d’anches, les rigoles sont coniques et très fermées, produisant un son très contrôlé fait pour se marier avec le reste des fonds.

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Tuyauterie du Récit — Mitchell 1872 Église Saint-Fabien-de-Panet (Montmagny)

Louis Mitchell : La provenance de la tuyauterie des premiers instruments de Louis Mitchell nous est donnée par Warren lui-même, qui reproche à Mitchell de faire venir ses tuyaux de métal de New York plutôt que de les fabriquer. La réponse de Louis Mitchell est intéressante, car il affirme qu’il importe les tuyaux pour obtenir une qualité supérieure de fabrication… Belle façon de répondre à son ancien patron! Dans l’orgue de Saint-Romuald de Lévis (1865), on trouve déjà un mélange intéressant de tuyauteries américaine et française. À l’analyse de la tuyauterie encore existante, il se trouve que les anches 8’ et 4’ ainsi que la plupart des jeux du Grand-Orgue proviennent de tuyautiers américains, mais le Hautbois 8’ et le Salicional 4’ au Récit proviennent de France. Mixtures, numéro 48, mai 2018

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Mixtures # 48, mai 2018  

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