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François Morel (1926-2018) par Paul Cadrin1 Le 14 janvier dernier, François Morel, compositeur et professeur retraité de la Faculté de musique de . J’ai eu l’unique privilège d’être son collègue pendant près de vingt ans. J’ai été à même de suivre de près ses activités de compositeur et, surtout, j’ai été le témoin de son profond engagement à titre de professeur de composition et d’analyse auprès de plusieurs parmi les musiciens les plus dynamiques du Québec. Les réalisations de François en tant que compositeur ont été soulignées par de hautes distinctions : Chevalier de l’Ordre national du Québec (1994), Prix Denise-Pelletier des arts de la scène (1996), Prix Hommage Opus (2012). Son œuvre créatrice, François l’a poursuivie sans interruption à travers les mille et une responsabilités des postes qu’il a occupés : arrangement et direction musicale à la Société Radio-Canada pendant 25 ans, puis enseignement, principalement à l’Université Laval, à compter de 1979. Ce n’est qu’à la retraite qu’il a pu s’y consacrer entièrement et il l’a fait avec la fougue d’un jeune compositeur, en dépit d’une santé de plus en plus précaire. de l’Université Laval à titre de professeur invité, en 1979, pour y enseigner la composition à quelques étudiants. Par la suite, l’École a pu lui offrir un poste à temps plein, mais qui comportait également l’enseignement des bases de l’analyse musicale aux étudiants de tous les programmes, ce qu’il a fait pendant une dizaine d’années. Des centaines d’étudiants ont ainsi profité de sa riche expérience, de sa vaste connaissance du répertoire, et surtout de son enthousiasme et de son humour. Pour eux, les cours d’analyse de monsieur Morel comptent parmi les souvenirs les plus précieux de leur formation à l’Université Laval.

Dans ses mots ,mêmes, François Morel a légué en héritage aux jeunes générations de musiciens et de musiciennes « la passion, le doute et le métier. Un métier qui mérite d'être bien fait et qui doit se doubler d'une vision réaliste… L'important, c'est de croire en soi et en son œuvre… et de persévérer ! » François Morel a signé deux œuvres pour orgue : 1968). Dans les deux cas, c’est à son amitié pour Mireille et Bernard Lagacé qu’on les doit. Bien qu’elles ne soient pas très éloignées dans le temps, ces deux œuvres appartiennent à deux étapes très différentes de l’évolution esthétique du compositeur. Dans Prière, il part d’une mélopée grégorienne qui s’élève dans des volutes de plus en plus aériennes sur fond d’harmonies qui rappellent un peu Jehan Alain. La modalité n’y de l’église St. Paul’s Bloor Street de Toronto, sous étiquette Atma (ACD2 2719). Commande de la société Ars Organi, Alleluia est un triptyque (Strophe – Répons – Séquence) d’un pointillisme rigoureux. Il exploite systématiquement les couleurs de l’orgue de l’Oratoire SaintJoseph de Montréal, particulièrement les jeux d’anches. Mise à part l’ampleur de l’œuvre (11 min. 50), on y est beaucoup plus près de Webern, célèbre pour ses miniatures, que de Jehan Alain! Le dernier mouvement est une courtepointe de sept courtes sections dont l’organiste détermine l’ordre à sa guise, à l’exception de la septième qui doit terminer l’œuvre. À ma connaissance, Bernard Lagacé est le seul organiste à l’avoir enregistrée, un vinyle publié en 1980 par Radio-Canada International (Anthologie de la musique canadienne, vol. 15, disque 2A). (dans le recueil Organ Music of Canada, vol. 2) et Alleluia chez Dobberman-Yppan. Elles sont également disponibles au Centre de musique canadienne.

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Paul Cadrin est retraité de l’Université Laval où il fut, pendant 35 ans, tour à tour professeur et doyen de la Faculté de musique.

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Mixtures # 48, mai 2018  

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