Page 13

artisans de Casavant à Saint-Hyacinthe, là où je découvris au début des années 1960 les trois tomes magistraux de Dom Bedos et ses milliers de planches, dont celles qui m’apprirent la fabrication des claviers. Il faut rappeler qu’en facture de clavecins, il n’existait rien de comparable au Dom Bedos. Seuls les instruments ayant survécu pouvaient instruire, n’ayant souvent échappé à la destruction que pour l’intérêt qu’offrait leur décoration (au XIXe siècle, on en brûla des dizaines au Conservatoire de Paris pour « libérer des espaces ou chauffer les salles de classe ») et ce jusqu’à la parution en 1965 de l’irremplaçable Three Centuries of Harpsichord Making de Hubbard, traduit

Et le clavecin alors ? de l’orgue sans rappeler un mouvement tout à fait parallèle et qui lui est souvent associé, en faveur du clavecin dont je fus, dès les années 1950, un attentif et parfois bien modeste observateur et acteur. D’ailleurs, avant le XVIIIe siècle, clavecin et orgue sont indissociables (tout organiste étant aussi claveciniste et, de la même façon, tout facteur de clavecin ne pouvant éviter de croiser sinon de pratiquer aussi les métiers de l’orgue, n’ai-je pas, à l’âge de quinze ans, occupé mes loisirs à la fabrication d’un orgue d’installer dans l’église voisine). La disparition de Wanda Landowska en 1959 (dont le clavecin Pleyel était inspiré davantage du piano que de l’instrument ancien) piquera la curiosité du jeune technicien de relève que j’étais à Radio-Canada. C’est alors aussi que je découvris les travaux de Frank Hubbard à Boston puis ceux du Montréalais Hubert Bédard (ouvrage en préparation Hubert Bédard 19331989 d’Ottawa à Brignoles, par ses frères Michel et Léon (celui-ci décédé l’année dernière) à Paris et à Maintenon. Tout en suivant les pas, ici comme en Europe, des Kenneth Gilbert (nos premières rencontres remontant à l’arrivée des grands Beckerath à Montréal), Gustav Leonhardt, Scott Ross, Reinhard Von Nagel, De Chambure, Ricci, Lambrechts, Bailleux, Prunières. Avec, , comme les Boisseau père et fils à Poitiers ou les

Mixtures, numéro 48, mai 2018

De ces fréquentations naquit mon opus 7 en 1976, d’après le Blanchet conservé au Château de Thoiry et grâce à la collaboration et au relevé que m’en avait offert Bédard. Cet instrument, commandé par Ross (il y mit lui-même la main), est venu en 2014 rejoindre l’orgue de 1753 francophone à Québec. (On ne peut oublier les contributions irremplaçables qu’y apportèrent aussi notre petit comité des Antoine Bouchard, Kenneth Gilbert, Benjamin Waterhouse et en particulier Élisabeth Gallat-Morin dont L’orgue de 1753 renaît de ses cendres, publié aux Musées de la civilisation, apporte un précieux éclairage sur sa dimension historique). Même la Tunisie (de 1965 à 1968) sut apprécier la musique européenne ancienne, vocale et instrumentale à travers mon opus 3 (d’après Taskin et Hubbard) et ma Schola Cantorum Tunisiensis, qui éveillèrent la curiosité de la population arabe et soulevèrent l’enthousiasme des ambassades de France et d’Allemagne. J’avais vécu comme acteur et témoin, il y a un demi-siècle, l’excitation du retour à la facture ancienne du clavecin. Je revivais, au cours des récentes années, en dirigeant la résurrection de l’orgue de 1753, celle du mouvement, naturellement associé, qui avait ramené à ses beautés et subtilités du XVIIIe siècle, le roi des instruments à claviers. On peut lire le détail de la carrière et de l’influence de Michel Chapuis dans un texte de Marie-Aude Roux paru dans Le Monde, à http://www.lemonde.fr/disparitions/ article/2017/11/13/michel-chapuis-geant-de-lorgue-francais-est-mort_5214082_3382.html

Page 13

Profile for FQAO

Mixtures # 48, mai 2018  

Mixtures # 48, mai 2018  

Profile for fqao
Advertisement