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Numéro 48

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

www.fqao.org

Mai 2018


Mixtures Coordonnateur Robert Poliquin

Sommaire 4

Comité de rédaction Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Yves-G. Préfontaine Michelle Quintal Collaborateurs à ce numéro Raphaël Ashby, Don Belval, Emmanuel Bernier, Louis Brouillette, Paul Cadrin, Robin Côté, Hubert Laforge, Gérard Mercure, Raymond Perrin, Robert Poliquin, Yves-G. Préfontaine, Michelle Quintal

Présentation Les organistes

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Nomination de Jean-Willy Kunz en tant que directeur artistique du CIOC Une merveilleuse musicienne : Françoise Aubut Organiste concertiste, organiste liturgique, pédagogue et improvisatrice! (2e partie) Michel Chapuis (1930-2018) Pierre Pincemaille (1956-2018) François Morel (1926-2018) Quelques nouvelles de Kenneth Gilbert Les instruments

Révision Marcelle Maheux, Gérard Mercure

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Impression

Les activités

Les Copies de la Capitale Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : Canada : 5 $ par numéro États-Unis : 7 $ par numéro Europe : 11 $ par numéro

Date de tombée : 1er du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com Mixtures Robert Poliquin 1203, rue du Sieur-d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Mai 2018 ISSN 1201-5741

La facture d’orgue dans la vallée du Saint-Laurent au début du XIXe siècle (2e partie)

Les chroniques 27 28 28 29 30 31 31 32 33

Anniversaires en musique Ici et là, au Québec... - Montréal - Québec - Estrie - Mauricie - Rimouski - Drummond Parutions Revue des revues

En couverture : Guilbault-Thérien, Opus 45, 1995 Wilhelm 2008 Deux claviers et pédalier 33 jeux, 49 rangs Traction mécanique des claviers Traction électrique des jeux Église Saint-Léon-le-Grand Westmount, QC

Les textes publiés n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Mixtures, numéro 48, mai 2018

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Présentation par Robert Poliquin L’arrivée du mois de mai signifie pour certaines sociétés de concert la fin prochaine d’une saison artistique bien remplie alors que pour d’autres c’est le temps de mettre la dernière touche aux détails d’une saison estivale. À ce moment-ci, il faut souligner l’inauguration des deux instruments récemment transfusés et dont il fut question dans la précédente livraison de Mixtures. Il y eut d’abord l’orgue de l’église Saint-Sauveur de Val-D’Or, qui a été inauguré le 9 mars lors d’un concert donné par Jocelyn Lafond, tandis que celui de l’église Saint-Fulgence de Durham-Sud l’a été au cours de la messe du dimanche de Pâques, le 1er avril, par Michelle Quintal. Le 29 décembre dernier, la gouverneure générale du Canada, madame Julie Payette, annonçait la nomination de 125 Canadiens au sein du prestigieux Ordre du Canada. Parmi ceux-ci, figurait Jacques Boucher à qui cet honneur lest décerné pour « son leadership dans l’industrie de la musique et son travail de mise en valeur de l’orgue au Canada ». Bonne lecture, bon été, bons concerts et pourquoi pas une petite ballade du côté de Calgary pour le congrès annuel du RCCO/CRCO du 2 au 6 juillet.

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NOMINATION DE JEAN-WILLY KUNZ Й LA DIRECTION ARTISTIQUE DU CONCOURS INTERNATIONAL D’ORGUE DU CANADA

Le Concours international d’orgue du Canada (CIOC) annonce la nomination de Jean-Willy Kunz comme directeur artistique du CIOC. Il succède John Grew, cofondateur du CIOC avec le philanthrope et homme d’affaires Noël Spinelli il y a plus de 10 ans. John Grew souligne cette nomination avec beaucoup d’enthousiasme : « Il a déjà démontré comme il souhaite démocratiser la musique d’orgue. Cela va donner un nouveau souffle au concours et des idées nouvelles. » . En plus de jouer avec l'orchestre ainsi qu'en récital, il assure le développement et la mise en valeur du grand orgue Pierre-Béique de l'OSM de la Maison symphonique de Montréal. Jean-Willy Kunz a étudié l'orgue à l'Université McGill où il a obtenu un doctorat avec John Grew et est lauréat de plusieurs concours d'orgue, dont le Concours international d'orgue du Canada où il s'est mérité le troisième prix et le Prix du public Richard-Bradshaw en 2011. Photo: John Zimmerman

Hommage à John Grew M. Grew poursuivra son travail au sein du Conseil d’administration du CIOC. De plus, pour souligner son rôle de bâtisseur et son dévouement au CIOC pendant plus d’une décennie, le Conseil lui confère le titre de directeur artistique émérite. Le CIOC organisera un événement spécial en 2019 pour honorer le travail de John Grew. Les détails seront dévoilés au printemps 2019. Photo: George Liberman

Lancement de la programmation 2018 avec Jean-Willy Kunz Le premier rôle officiel du nouveau directeur artistique sera de dévoiler la programmation du Festival, qui aura lieu à Montréal du 7 au 30 octobre. Pour ce faire, il sera en direct le 9 mai à 14 h sur Facebook Live, en compagnie d’Alcée Chriss, lauréat 2017 du CIOC, sur facebook.com/ciocmontreal. On y annoncera entre autres la tenue du Concert Gala le 19 octobre prochain et un événement avec le Chœur Musica Orbium le 20 octobre où sera interprétée la messe pour deux orgues et chœur de Louis Vierne; des événements gratuits auront également lieu à l’Oratoire Saint-Joseph et au Grand Séminaire tous les dimanches. MM. Kunz et Chriss répondront également aux questions des internautes. Jean-Willy Kunz souligne ainsi qu’il « souhaite donner un élan nouveau au CIOC pour montrer que l’orgue est un instrument d’avenir ».

Source : Concours international d’Orgue du Canada (CIOC) Site Web : www.ciocm.org Facebook: facebook.com/ciocmontreal

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Une merveilleuse musicienne : Françoise Aubut Organiste concertiste, organiste liturgique, pédagogue et improvisatrice

par Michelle Quintal

NDLR Dans cette deuxième livraison, apparaissent quelques témoignages d’anciens étudiants ainsi que une bibliographie, une discographie et les remerciements de l’auteur.

Je ne l’entendais pas entrer. Elle était si légère. La porte du studio d’harmonie se refermait sans bruit et c’est son odeur rassurante qui me rappelait sa présence. Un parfum de tabac noir qu’elle fumait à un rythme infernal depuis ses années d’études en Europe. Françoise s’approchait de moi. Sans un mot, elle regardait mon devoir d’écriture. Ses premiers commentaires étaient toujours favorables. « Savez-vous que c’est fort bien entendu? C’est bien joli, cela chante. Bravo! » et elle ajoutait du même souffle : « Dommage qu’il y ait là quelques quintes et octaves consécutives. Autrement, c’eût été parfait! Voici une autre basse donnée, et également un chant. Essayez de faire mieux! » Et je m’astreignais à la tâche sans toutefois atteindre la perfection qu’elle eût souhaitée. Mais c’est avec le sourire qu’elle exigeait une amélioration de mes gribouillis harmoniques et contrapuntiques. Grâce à elle, je finis par réaliser des harmonisations à quatre voix à peu près correctes. Si je sais aujourd’hui comment faire sonner un quatuor de manière adéquate, c’est à Françoise Aubut que je le dois. Elle m’a aussi transmis son amour de Bach et de son œuvre ainsi que sa passion pour l’orgue. Dans cette discipline, j’étais alors un très mauvais dans le style des compositeurs de mon choix. Je faisais volontiers ronronner l’instrument, je le poussais dans ses limites sonores (on ne choisit pas d’étudier l’orgue par hasard!) Toujours discrète, elle apparaissait derrière moi comme dans un conte de fées, ne me grondait jamais, me , disait-elle! François Dompierre, compositeur, a étudié l’écriture et l’orgue avec madame Aubut au Conservatoire de musique de Montréal. Il a reçu le Prix hommage du cinéma québécois en 2016 pour sa musique de film.

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C’est à la fin des années soixante que j’ai connu Françoise Aubut. En effet, étant un de ses élèves, j’ai terminé mon bac sous sa direction et, je dois le dire, une direction exceptionnelle, éclairée et toujours dans la note. Françoise Aubut fait partie de ces grands artistes dont la simplicité est déconcertante. Toujours accueillante et d’une grande cordialité, cette femme incarnait la musique même. Connaissant tout de son art, elle transmettait sa science dans un enseignement rigoureux et logique avec cette gentillesse qui nous faisait aimer ses cours. Françoise Aubut donnait peu d’exemples à l’orgue, du moins en ce qui me concerne. Mais chaque fois qu’elle le faisait, ça ne pouvait être que ça. Tout était là : l’approche des claviers et la manière très sentie qui, lorsqu’elle s’exécutait, m’allait droit au cœur. Ce n’était jamais long. Une fois l’exemple donné, elle se retirait pour céder sa place à son élève, presque gênée de s’être placée au banc d’orgue pour de brefs instants. J’ai beaucoup causé de compositeurs et de composition avec Françoise Aubut. Elle connaissait tout le monde. Leurs procédés d’écriture n’avaient aucun secret pour elle. Mais lorsqu’elle me parlait de Dupré et de Messiaen, cette femme minée par la maladie toute sa vie durant, revivait. Son timbre de voix un peu neutre dans une conversation normale devenait chantant et chaleureux. Grâce à ces dialogues, mille et un détails ayant trait à ces aujourd’hui, lorsque j’aborde une de leurs œuvres d’orgue. Toujours très secrète sur sa vie personnelle, que je lui ai faites, combien elle respectait les choses de l’église et combien elle communiait du fond du cœur au souci des choses de la foi.

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Elle m’a donné le goût du sacré à l’orgue. Elle a été un exemple d’humilité devant son instrument, l’Instrument-Roi! Françoise Aubut est et restera pour moi un exemple de volonté, de courage devant les épreuves de la vie et de force que rien ni pu légitimement se révolter : elle, elle a tenu bon jusqu’à la fin. Puissiez-vous, Françoise Aubut, être remerciée du fond du cœur. Pierre Grandmaison, organiste, compositeur, titulaire des orgues de la basilique Notre-Dame à Montréal depuis 1973. Il a, à Meudon, sur l’orgue de Marcel Dupré, le 14 novembre 2015, donné un concert dédié aux victimes des attentats perpétrés la veille à Paris. À son actif, on retrouve plusieurs enregistrements dont César Franck : Grandes Pièces pour orgue, vol. 1 et 2 (ATMA 2008) à l’orgue Casavant de la basilique et Soli Deo Gloria, œuvres de J. S. Bach (Sonart 1988 S 1001-2) à l’orgue Guilbault-Thérien de la chapelle de la basilique.

Je remercie Pierre Grandmaison pour son don des lettres que madame Aubut a envoyées à sa famille de 1938 à 1940.

J’ai fréquenté la Faculté de musique de 1969 à 1971. Je n’étais pas inscrit aux cours d’orgue, mais j’assistais aux cours de madame Aubut chaque fois qu’elle en donnait un à la chapelle des Pères dominicains. Je l’ai souvent entendu jouer. Elle faisait des improvisations mémorables. J’avais un contact privilégié avec elle dans les cours de fugue et le cadre éclatait souvent vers le répertoire d’orgue. J’ai conservé les cahiers de ces cours de fugue. Certaines annotations de sa expérience. J’y réfère à l’occasion, car c’est dans ces cours que j’ai appris bien modestement le développement des idées et ces étincelles d’inspiration qui mènent à l’improvisation. C’était là sa conception de la fugue d’école, qui pouvait mener aussi à l’invention. Elle était un maître et elle a fait de moi un apprenti incommensurablement heureux!

Claude Parenteau, organiste, professeur au département de musique du CÉGEP à Trois-Rivières (1971 à 2007), études au niveau licence à l’Université de Montréal. Il est l’auteur, avec son épouse, Ghislaine Lajoie, de Tant que musique il y aura: histoire de l’École supérieure de musique de Nicolet (2014).

Françoise Aubut (à l’arrière) et son élève, Réjeanne Saint-Denis, à l’orgue de Marcel Dupré à Meudon (1976)

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EN SOUVENIR DE FRANÇOISE AUBUT-PRATTE

Chère dame,

C’est avec bonheur que je réponds à l’invitation qui m’est faite de participer à cet hommage tardif mais important et indispensable

Merci pour l’encouragement et l’enseignement prodigués avec douceur, simplicité et humilité. Merci aussi de m’avoir fait découvrir toute la beauté et la grandeur du répertoire romantique ainsi que celui du XXe siècle.

au Québec, madame Françoise Aubut-Pratte. Cela ne me rajeunit pas… car c’est au cours de mes études au Conservatoire de Musique de Montréal que nos routes se sont croisées une , il me fallait parfaire mes connaissances en écriture, et c’est à Françoise AubutPratte que je dois mon initiation au contrepoint. Amoureux déjà de musique d’orgue, je connaissais sa réputation d’interprète, mais j’ai découvert également une pédagogue horspair. Cette dame au profil réservé se changeait en maître dévoué et enthousiaste devant moi, jouant mes piètres balbutiements comme s’il se fût agi de pages d’un Bach ou d’un Couperin… Ses conseils, sans jamais s’accompagner de jugements négatifs, ses propositions d’améliorations m’ont ouvert à la technique d’écriture polyphonique avec précision et sûreté. J’aurais pu aller plus loin et passer un concours en ce domaine, m’adonner à la composition, mais mes objectifs étaient différents. Nos chemins se sont croisés à nouveau, lors d’une contribution artistique cette fois, autour d’une œuvre pour chœur et orgue de Franz Liszt, Via Crucis, que nous avons donnée avec mon chœur Kattialine en 1969 à la chapelle des Dominicains où elle était l’organiste titulaire, puis en reprise à la salle Claude-Champagne en 1971 pour une rediffusion à RadioCanada. Je n’oublierai jamais avec quelle simplicité et quel métier elle a su donner à chaque note de cette musique bouleversante toute la profondeur du propos de Liszt qui, dans ce chef d’œuvre, a su abandonner toute l’exubérance qu’on lui connaît par ailleurs au profit d’une musique dépouillée, épousant tout le drame du Sauveur assassiné. Ce fut une chance inespérée dans mon parcours de musicien d’avoir rencontré Françoise Aubut-Pratte, une si Grande Dame dont en Québécois de cœur « Je me souviens » avec admiration et affection. Jean-François Sénart, chef d’orchestre et chef de chœur, fondateur et directeur des Archets du Roy René, orchestre de chambre d’Aix en Provence (France)

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Lors de mon premier voyage en France, j’ai vu toutes les portes s’ouvrir devant nous : tout le monde musical se souvenait de cette Canadienne au talent hors du commun. Je garde précieusement au fond de mon cœur le souvenir du cours chez Jean Langlais où j’ai pu interpréter devant lui un extrait de sa Suite Médiévale. J’étais comme dans un conte de fées! Un autre jour qui restera à jamais gravé dans à faire mes registrations pour un concert que je donnais à Sainte-Agathe-desMonts. Vous aviez alors improvisé une fugue à six voix sur un instrument que vous ne connaissiez même pas… La beauté, la grandeur et la profondeur d’un tel moment sont indescriptibles. Cela tenait du génie ! Vous avez constitué une présence importante dans ma vie. Merci. Hélène Plouffe, organiste, collaboratrice à l’Encyclopédie de la musique au Canada (2e édition), bachelière en orgue de l’Université de Montréal (1973 à 1977)

Remerciements Je remercie tous ceux, qui de près ou de loin, m’ont aidé dans cette recherche : Monique Voyer, archiviste à l’Université de Montréal, April, Gaston Arel, Mélanie Barney, Dany Bélisle, Jean Boivin, Lise Boucher, Jacques Boucher, Sylvain Caron, Jean Charron, Françoise Chourot, Louise Cloutier, Réjane Désautels, François Dompierre, Sylviane Falcinelli, Colette Favretti, Pierre Gadbois, Jean Gagné, Yves Garand, Noëlla Genest, Gisèle Guibord, , Benoît Lacroix, Jean-Marcel Lapierre, Laurette , Réjean Magny, Céline Marier, Benoît Morel, Jean Morissette, Martial Morin, Hélène Pierre Rochon, Massimo Rossi, Réjeane Saint-

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Trudeau, Jeannine Vanier, Bill Vineer. Discographie RCI 122, 1956. 3e Choral de César Franck, Pange lingua, Ave Maris Sella et SymphoniePassion de Marcel Dupré. RCI 128/6-ACM 4, 1956. Psaume CL de Jean Papineau-Couture, avec la chorale Bach de Montréal, orgue église Saint-Jean-Baptiste, Montréal. Bibliographie Boivin, Jean : Olivier Messiaen et le Québec : une présence et une influence déterminante sur la création de l’après-guerre. Revue de musique des universités canadiennes, vol. 17, no 1, 1996, p. 72 à 97 Boivin, Jean : Providing the taste of learning : Nadia Boulanger lasting imprint on Canadian Music. Canadian Journal of Music 2015, vol. 33, no 2, p. 71 à 100 Daigle, Jeanne : Ce que pense Françoise Aubut de la facture d’orgue. Action catholique, 21 janvier 1962 Gingras, Claude : Musiciennes de chez-nous. , p. 9 à 13 Kalmann, Helmut, Gilles Potvin et Kenneth

Lefebvre, Marie-Thérèse : La création musicale des femmes au Québec. Éditions du Remueménage, 1991, p. 71, 72 Larochelle, Renée : Les musiciens par eux, 9 septembre 1984 Fonds Françoise Aubut-Pratte (PO297) 19301985. Université de Montréal

Récitals d’orgue à la basilique Été 2018 3 juin

Suzanne Bellemare (Trois-Rivières)

10 juin

Suzanne Ozorak (Saint-Lambert)

17 juin

Claude Lemieux (Lévis)

24 juin

Philippe Bournival (Trois-Rivières)

1er juillet 8 juillet

Claude Beaudoin (Trois-Rivières) Dom Richard Gagné (Saint-Benoît-du-Lac)

15 juillet

Mélanie Barney (Saint-Jérôme)

22 juillet

Raymond Perrin (Trois-Rivières)

29 juillet

Denis Gagné (Montréal)

5 août

Julien Girard (Montréal)

12 août

Relâche

19 août

Ïoan Bastarache (Trois-Rivières)

26 août

Denis Bonenfant (Montréal)

Les dimanches à 14 heures Entrée libre Contribution volontaire 626 Notre-Dame Est Trois-Rivières, QC G8T 4G9

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Informations: (819) 374-2441 www.sanctuaire-ndc.ca


Michel Chapuis (1930-2018) NDLR Ce texte présente l’hommage prononcé par Michel Bouvard en la Chapelle royale du Château de Versailles le 7 janvier 2018 suivi d’un postlude par Hubert Laforge sur le retour à la facture ancienne de l’orgue et du clavecin. C’est lui qui, le premier, a fait redécouvrir dans les années 1960 les instruments historiques français : Saint-Maximin avec sa célèbre académie d’été, Marmoutier et les orgues d’Alsace, les orgues Clicquot de la cathédrale de Poitiers, son orgue chéri de la collégiale de Dole, qui fut à la source de sa vocation alors qu’il n’était encore qu’un enfant. On se souvient de ses premiers disques, historiques eux aussi : les Messes de Couperin et Clérambault à Poitiers chez Harmonia Mundi, puis Louis Couperin à Souvigny pour la Deutsche Grammophon. françaises en appliquant adéquatement le style qu’il avait appris en lisant les traités et les préfaces : notes inégales, ornements, registrations, etc. en un mot, avec le bon goût français. Mais c’est lui aussi qui, inspiré par l’organiste allemand Helmut Walcha, rejoua les musiques de avec un jeu articulé et une interprétation rhétorique, sur des orgues polyphoniques adéquats. C’est encore lui qui fit connaître en France le grand facteur Jürgen Ahrend. Le nom de Michel Chapuis évoque, pour tous ceux qui l’ont connu, non seulement un grand organiste, un grand musicien, mais aussi un d’une grande culture et d’une grande simplicité dans son rapport aux autres. Son souvenir évoque ainsi pour chacun de nous, presque individuellement, une proximité particulière, comme si chacun avait l’impression d’avoir eu avec lui une relation personnelle unique tant il avait le don par son regard, sa bienveillance, sa gentillesse, de créer instantanément un lien privilégié avec chaque interlocuteur. Plusieurs grands organistes nous ont quittés , mais on peut dire vraiment que Michel Chapuis a été le père de l’école d’orgue française « moderne ».

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En cela, il fut l’inspirateur direct de grands organistes qui l’ont suivi sur ces chemins. J’ai déjà évoqué Marie-Claire Alain et André Isoir, mais il , Jean Boyer, Odile Bailleux et bien d’autres… sans compter ses nombreux élèves, dont avons eu la chance de faire partie lorsque nous avions 20 ans. C’est lui qui, après le scandale de la destruction de l’orgue de la cathédrale d’Auch, dernier grand 16 pieds du XVIIe siècle, alla trouver André Malraux et obtint de réformer la Commission Supérieure des Monuments Historiques en y faisant entrer la jeune génération des organistes que je viens de citer. Il en fut lui-même durant plusieurs décennies un guide inspiré. de facteurs d’orgues qui se sont passionnés à son contact pour le formidable patrimoine français, et qui sont devenus de plus en plus Mixtures, numéro 48, mai 2018


compétents dans la restauration des orgues historiques, jusqu’à être capables, comme Bertrand Cattiaux ici même dans cet orgue exceptionnel de Versailles, de reconstituer dans ce buffet ancien un instrument tel qu’il aurait pu de jouer réellement sur un orgue tricentenaire. , en 1995, comme premier organiste titulaire de cet orgue renaissant, tout cela grâce au discernement et à l’intelligence artistique de JeanPaul Gousset ici présent et qui deviendra son qui lui est rendu ici ce soir. Michel évoluait dans ce Château de Versailles avec bonheur et naturel. Lui qui venait d’un milieu modeste, s’y sentait à l’aise. Passionné par l’Histoire de France, il aimait faire visiter son orgue et partager ses émerveillements. Nul n’oubliera l’émotion mystérieuse qui nous étreignait lorsqu’il posait simplement ses mains charnues sur le grand Plein-Jeu, ou faisait sonner avec une noblesse incomparable un Cornet ou un Cromorne.

revenu un souvenir émouvant qui remonte, lui, à janvier 1984, lorsque Pierre Cochereau, deux la Légion d’honneur à Michel Chapuis. Dans son discours, il évoqua naturellement l’époque où le jeune Chapuis était organiste de chœur à NotreDame de Paris tandis que lui-même officiait au grand orgue. Il dit ceci : « Lorsque Michel Chapuis improvisait pendant les offices à l’orgue de chœur de Notre-Dame, j’avais parfois l’impression que Jean-Sébastien Bach avait écrit une septième sonate en trio ». Dans la bouche d’un Cochereau, cette assertion prenait tout son sens. Pendant le repas qui suivit, j’observais Cochereau, extrêmement fatigué. Il regardait Chapuis, fixement, en silence. Il se tourna soudain vers moi, qui étais assis à sa gauche, et me dit tout bas : « Tu sais, dans mon discours j’ai dit qu’il était « un des plus grands » organistes de notre époque, mais pour moi il est le plus grand ». Michel Bouvard

Chacun de nous quatre, les organistes actuels de la Chapelle royale, avons été d’une façon ou d’une autre des disciples de Michel Chapuis. Nous avons choisi d’interpréter ce soir, à sa mémoire, la Messe des Couvents de François Couperin, œuvre qu’il jouait et chérissait de ses lignes mélodiques, nous nos grands clavecinistes français, qui étaient capables de faire de la Musique avec trois notes » ? La personnalité de Michel Chapuis va nous manquer. Sous ses dehors de savant affable, à la manière d’un Einstein, il posait son regard malicieux sur le monde. On était parfois surpris de le voir s’amuser d’une broutille ou partir d’un éclat de rire contagieux après un bon mot Il conservera jusque dans sa vieillesse une âme d’enfant. Mais derrière cette façade protectrice, Michel Chapuis était un homme éminent et profondément spirituel. Il nous a beaucoup, beaucoup apporté, et nous éprouvons tous pour lui une tendresse particulière. Pour terminer, parmi la multitude de souvenirs et d’anecdotes savoureuses qui m’assaillaient en écrivant ces lignes sur les années où je fus

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POSTLUDE « souvenances » autour du retour à la facture ancienne de l’orgue et du clavecin Après cet émouvant hommage et bien vivant portrait de Michel Chapuis, n’est-il pas meilleure façon de se rappeler le grand disparu que de le voir et l’entendre aux claviers de trois instruments des plus significatifs du retour à la facture classique française. Je suggère deux vidéos, accessibles à tous sur Youtube. La personnalité attachante que nous dépeint Michel Bouvard transparaît dans ces images du maître : coiffure bien personnelle, démarche alerte alors qu’il déambule en jardin ou gravit d’un air résolu et réfléchi les marches conduisant à tribune d’orgue, mains robustes sur les vénérables claviers, mains de l’artisan qui pratiqua la facture, fondement aussi de son autorité comme le rappelle Paul Grimard : « son émission Tribune de l’orgue nous communiquait non seulement ses passions musicales mais également celles des … trains et de la plomberie ». Cette écoute révèle progressivement les sonorités chatoyantes des principaux, puis grandioses quand s’y ajoutent les mixtures et, pour conclure, le triomphe des anches de l’orgue français du XVIIIe siècle. 

La première vidéo ─ https://www.youtube. com/watch?v=qAz-Zh6LBys ─ nous amène à Dom Bedos de Celles et à L’Art du facteur d’orgues, bible des artisans et musiciens. Chapuis y est aux claviers de l’un des rares , celui de l’Abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux, ressuscité (seul le buffet a survécu , comme il en fut d’ailleurs du sort des clavecins) à partir de 1984 par Pascal Quoirin : buffet d’origine restauré aux ors et vertsfeuille d’origine, un certain nombre de tuyaux récupérés, pédalier à la française. Inauguré en 1997 par les Chapuis, Boyer, l’orgue).

à Québec, invité des Amis de

La seconde vidéo ─ Chapuis à deux instruments ayant particulièrement inspiré (avec les Souvigny et Vicdessos) la reconstruction par Juget-Sinclair installé en 1753 à Notre-Dame de Québec et détruit six ans plus tard avec la cathédrale sous les bombes lors du siège de la

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ville. Il s’agit d’abord de celui de la famille des Clicquot (1711, augmentations 1736 et 1762) de la Chapelle royale de Versailles, épargné par la Révolution, mais emporté par les vagues du changement (dont Cavailléde jeunes enthousiastes (comme Chapuis dont m’avait mis un peu en garde dans les années 1960, l’auteur du Que sais-je? Le clavecin, l’autoritaire Norbert Dufourcq), on décide de ramener à la vie le glorieux instrument du XVIIIe siècle, grâce à l’expertise des facteurs Boisseau et Cattiaux. L’inauguration par Chapuis a eu lieu en 1995. L’autre instrument ayant inspiré la reconstruction du "1753" de Québec est celui de Houdan, un Clicquot lui aussi de 1734, longtemps muet et même démonté à un certain moment puis, pour les mêmes raisons que celui de Versailles, ramené à la vie par Boisseau fils. À bien des points de vue, on se croirait devant le Juget-Sinclair de Québec. Pour la sonorité bien sûr, mais aussi pour l’allure du buffet, la disposition et la forme des tirants de jeux, du pupitre, du pédalier, des soufflets cunéiformes, avec diapason 392, le tempérament mésotonique et même l’omission du DO dièse grave. Venu son enthousiasme au point de me confier : « Même les Espagnols avec leurs chamades seraient jaloux de cette Trompette ». C’était, pour Bouvard, une première incursion en nos terres. Il nous reviendra à Québec avec les Amis de l’orgue aux Saintscirconstance, au Palais Montcalm, lui au tout nouveau Casavant et sa femme Yasuko au clavecin Beaupré. J’ai eu la joie de retrouver Michel à Ithaca (NY) à l’automne 2016 pour l’inauguration d’un autre Juget-Sinclair. Il m’est donc apparu naturel de vous proposer en tête de ces lignes et avec son approbation, le texte de son hommage du 7 janvier dernier au moment de son récital à l’orgue mythique de Versailles dont le disparu avait été, comme lui maintenant, titulaire. Au moment même où s’éteignait Michel Chapuis, le 12 novembre, un de ses co-titulaires à SaintSéverin, Christophe Mantoux était venu à mon invitation marquer de deux récitals (au 1753 de la chapelle du Musée de l’Amérique francophone et à la basilique-cathédrale Notre-Dame) le centième anniversaire de notre collègue et ami Claude Lagacé.

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artisans de Casavant à Saint-Hyacinthe, là où je découvris au début des années 1960 les trois tomes magistraux de Dom Bedos et ses milliers de planches, dont celles qui m’apprirent la fabrication des claviers. Il faut rappeler qu’en facture de clavecins, il n’existait rien de comparable au Dom Bedos. Seuls les instruments ayant survécu pouvaient instruire, n’ayant souvent échappé à la destruction que pour l’intérêt qu’offrait leur décoration (au XIXe siècle, on en brûla des dizaines au Conservatoire de Paris pour « libérer des espaces ou chauffer les salles de classe ») et ce jusqu’à la parution en 1965 de l’irremplaçable Three Centuries of Harpsichord Making de Hubbard, traduit

Et le clavecin alors ? de l’orgue sans rappeler un mouvement tout à fait parallèle et qui lui est souvent associé, en faveur du clavecin dont je fus, dès les années 1950, un attentif et parfois bien modeste observateur et acteur. D’ailleurs, avant le XVIIIe siècle, clavecin et orgue sont indissociables (tout organiste étant aussi claveciniste et, de la même façon, tout facteur de clavecin ne pouvant éviter de croiser sinon de pratiquer aussi les métiers de l’orgue, n’ai-je pas, à l’âge de quinze ans, occupé mes loisirs à la fabrication d’un orgue d’installer dans l’église voisine). La disparition de Wanda Landowska en 1959 (dont le clavecin Pleyel était inspiré davantage du piano que de l’instrument ancien) piquera la curiosité du jeune technicien de relève que j’étais à Radio-Canada. C’est alors aussi que je découvris les travaux de Frank Hubbard à Boston puis ceux du Montréalais Hubert Bédard (ouvrage en préparation Hubert Bédard 19331989 d’Ottawa à Brignoles, par ses frères Michel et Léon (celui-ci décédé l’année dernière) à Paris et à Maintenon. Tout en suivant les pas, ici comme en Europe, des Kenneth Gilbert (nos premières rencontres remontant à l’arrivée des grands Beckerath à Montréal), Gustav Leonhardt, Scott Ross, Reinhard Von Nagel, De Chambure, Ricci, Lambrechts, Bailleux, Prunières. Avec, , comme les Boisseau père et fils à Poitiers ou les

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De ces fréquentations naquit mon opus 7 en 1976, d’après le Blanchet conservé au Château de Thoiry et grâce à la collaboration et au relevé que m’en avait offert Bédard. Cet instrument, commandé par Ross (il y mit lui-même la main), est venu en 2014 rejoindre l’orgue de 1753 francophone à Québec. (On ne peut oublier les contributions irremplaçables qu’y apportèrent aussi notre petit comité des Antoine Bouchard, Kenneth Gilbert, Benjamin Waterhouse et en particulier Élisabeth Gallat-Morin dont L’orgue de 1753 renaît de ses cendres, publié aux Musées de la civilisation, apporte un précieux éclairage sur sa dimension historique). Même la Tunisie (de 1965 à 1968) sut apprécier la musique européenne ancienne, vocale et instrumentale à travers mon opus 3 (d’après Taskin et Hubbard) et ma Schola Cantorum Tunisiensis, qui éveillèrent la curiosité de la population arabe et soulevèrent l’enthousiasme des ambassades de France et d’Allemagne. J’avais vécu comme acteur et témoin, il y a un demi-siècle, l’excitation du retour à la facture ancienne du clavecin. Je revivais, au cours des récentes années, en dirigeant la résurrection de l’orgue de 1753, celle du mouvement, naturellement associé, qui avait ramené à ses beautés et subtilités du XVIIIe siècle, le roi des instruments à claviers. On peut lire le détail de la carrière et de l’influence de Michel Chapuis dans un texte de Marie-Aude Roux paru dans Le Monde, à http://www.lemonde.fr/disparitions/ article/2017/11/13/michel-chapuis-geant-de-lorgue-francais-est-mort_5214082_3382.html

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Pierre Pincemaille (1956-2018) par Anne-France-Pincemaille J'ai l'immense tristesse de vous informer que Pierre Pincemaille nous a quittés cette nuit, vendredi 12 janvier, victime d'un cancer du poumon qui l'a emporté en trois mois. À tous ceux qui ont connu le musicien, le pédagogue, l'ami, le membre d'une famille aimante et unie, je veux dire le privilège d'avoir vécu 30 ans avec cet être exceptionnel. Ce fut un challenge au quotidien que de suivre un homme passionné, excessif en toutes choses, généreux, exigeant, engagé, dérangeant souvent... mais aussi une vie riche de complicité, de projets communs, de voyages, de rencontres rendues possibles grâce à lui. Je suis heureuse d'avoir, avec lui, organiste liturgique à nul autre pareil, embelli "notre" et d'un répertoire à la mesure des 600 fidèles chaque dimanche matin, et des rois de France qui y reposent et attirent les touristes en nombre. J'ai toujours pensé que ce poste était fait pour lui, amoureux de l'Histoire de France, de l'architecture gothique et des belles liturgies. Il voulait reproduire dans "sa" cathédrale ce qu'il avait connu à Notre-Dame avec le grand Pierre Cochereau. Je suis chanceuse d'avoir, avec lui, concertiste infatigable, parcouru le monde de l'Ouest des États-Unis au Japon. Ne manquait que l'Australie... Ce fut l'occasion de concerts mémorables. Pierre adorait partir en tournée. Chaque orgue était une nouvelle rencontre. Il avait cette capacité à très vite "faire connaissance" avec un instrument, en faisant abstraction de celui qu'il venait de jouer la veille. Sa plus grande fierté était d'entendre l'organiste qui l'invitait lui demander ses secrets de registration pour faire sonner son orgue au mieux… Je suis fière du pédagogue qu'il était, soucieux de ses élèves, ne les lâchant jamais, les menant avec hargne jusqu'au succès ! Combien sommes -nous (j'en fais partie) à avoir bénéficié de son enseignement, à Poitiers, Chatellerault, SaintGermain, Saint Maur, Paris, Lyon, Rosny, Brest, Conflans... Professeur depuis 1980, il a d'abord enseigné l'accompagnement, puis l'écriture, l'orgue enfin. Dans cette discipline (pas sa préférée, si ce n’est qu’elle a permis notre renPage 14

contre…) il lui a fallu du temps pour accepter d'enseigner l'art de l'improvisation. Il ne voulait pas donner ses "trucs", conseillant au prétendant à l'improvisation de simplement l'écouter, comme il l'avait fait lui-même avec Pierre Cochereau. S'il était doué, le reste viendrait naturellement... Il s'était résolu pourtant, il y a une quinzaine d'années, à transmettre son savoir-faire, assurant ainsi une filiation Pincemaille dans cette grande tradition de l'école d'orgue française. Pierre se disait musicien, avant d'être organiste. Sa Culture musicale, et générale, était immense et faisait l'admiration de tous. La présentation qu'il faisait de ses propres concerts, les anecdotes concernant les compositeurs et leurs Sa préférée : la mort de Louis Vierne à ses claviers. Il ménageait le suspense en racontant, au présent, comment le célèbre organiste de NotreDame avait rendu l'âme en jouant une note de pédale que tous, en bas, avaient pris pour le début de l'improvisation... Pierre aurait aimé un départ théâtralisé de ce genre, et nous sommes plusieurs à l'avoir craint lors de son récital anniversaire du 5 novembre dernier, ses 30 années

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de tribune à Saint-Denis. Cet après-midi là, très symboliquement, ce sont les 4000 tuyaux du grand Cavaillé-Coll qui ont soufflé à travers ses poumons. Il n'y a pas d'autre explication à ce moment de grâce extraordinaire. Il nous faisait ses adieux, et nous offrait en cadeau cette grandiose Messe de Vierne et ses trois motets, tout juste achevés, aussi la pièce en SOL de Bach symbolisant, à son sens, les trois âges de la Vie. Pierre était Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres, Chevalier des Palmes académiques, Chevalier de l'Ordre de Saint Grégoire le Grand. Ces trois médailles sont le reflet d'une carrière professionnelle diversifiée longue de 40 années : organiste et concertiste, enseignant musicien, musicien au service de l'Église. Une carrière riche de rencontres avec des mélomanes dans le monde entier, des élèves poussés à l'excellence, des prêtres devenus ses amis. Sans pour autant combler l'éternel insatisfait qu'il était… Sa musique me manque déjà : ses improvisations dominicales à Saint-Denis, l'interprétation magistrale de ses compositeurs favoris : Bach, Franck, Vierne, Alain, Duruflé. Il nous reste de lui tous ses enregistrements, et le souvenir éphémère et précieux de ses improvisations, brillantes, généreuses, émouvantes, maîtrisées mais imparfaites... à l'image de l'homme qu'il était. Merci pour tous les messages que vous lui avez adressés ces dernières semaines. Messages si précieux de soutien, de reconnaissance, d'amitié, de fidélité. Ils l'ont aidé à nous quitter, heureux du chemin parcouru.

Concerts d’orgue Quand ? Où ? Qui ? Consultez la rubrique Concerts à

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Éditions Cheldar


François Morel (1926-2018) par Paul Cadrin1 Le 14 janvier dernier, François Morel, compositeur et professeur retraité de la Faculté de musique de . J’ai eu l’unique privilège d’être son collègue pendant près de vingt ans. J’ai été à même de suivre de près ses activités de compositeur et, surtout, j’ai été le témoin de son profond engagement à titre de professeur de composition et d’analyse auprès de plusieurs parmi les musiciens les plus dynamiques du Québec. Les réalisations de François en tant que compositeur ont été soulignées par de hautes distinctions : Chevalier de l’Ordre national du Québec (1994), Prix Denise-Pelletier des arts de la scène (1996), Prix Hommage Opus (2012). Son œuvre créatrice, François l’a poursuivie sans interruption à travers les mille et une responsabilités des postes qu’il a occupés : arrangement et direction musicale à la Société Radio-Canada pendant 25 ans, puis enseignement, principalement à l’Université Laval, à compter de 1979. Ce n’est qu’à la retraite qu’il a pu s’y consacrer entièrement et il l’a fait avec la fougue d’un jeune compositeur, en dépit d’une santé de plus en plus précaire. de l’Université Laval à titre de professeur invité, en 1979, pour y enseigner la composition à quelques étudiants. Par la suite, l’École a pu lui offrir un poste à temps plein, mais qui comportait également l’enseignement des bases de l’analyse musicale aux étudiants de tous les programmes, ce qu’il a fait pendant une dizaine d’années. Des centaines d’étudiants ont ainsi profité de sa riche expérience, de sa vaste connaissance du répertoire, et surtout de son enthousiasme et de son humour. Pour eux, les cours d’analyse de monsieur Morel comptent parmi les souvenirs les plus précieux de leur formation à l’Université Laval.

Dans ses mots ,mêmes, François Morel a légué en héritage aux jeunes générations de musiciens et de musiciennes « la passion, le doute et le métier. Un métier qui mérite d'être bien fait et qui doit se doubler d'une vision réaliste… L'important, c'est de croire en soi et en son œuvre… et de persévérer ! » François Morel a signé deux œuvres pour orgue : 1968). Dans les deux cas, c’est à son amitié pour Mireille et Bernard Lagacé qu’on les doit. Bien qu’elles ne soient pas très éloignées dans le temps, ces deux œuvres appartiennent à deux étapes très différentes de l’évolution esthétique du compositeur. Dans Prière, il part d’une mélopée grégorienne qui s’élève dans des volutes de plus en plus aériennes sur fond d’harmonies qui rappellent un peu Jehan Alain. La modalité n’y de l’église St. Paul’s Bloor Street de Toronto, sous étiquette Atma (ACD2 2719). Commande de la société Ars Organi, Alleluia est un triptyque (Strophe – Répons – Séquence) d’un pointillisme rigoureux. Il exploite systématiquement les couleurs de l’orgue de l’Oratoire SaintJoseph de Montréal, particulièrement les jeux d’anches. Mise à part l’ampleur de l’œuvre (11 min. 50), on y est beaucoup plus près de Webern, célèbre pour ses miniatures, que de Jehan Alain! Le dernier mouvement est une courtepointe de sept courtes sections dont l’organiste détermine l’ordre à sa guise, à l’exception de la septième qui doit terminer l’œuvre. À ma connaissance, Bernard Lagacé est le seul organiste à l’avoir enregistrée, un vinyle publié en 1980 par Radio-Canada International (Anthologie de la musique canadienne, vol. 15, disque 2A). (dans le recueil Organ Music of Canada, vol. 2) et Alleluia chez Dobberman-Yppan. Elles sont également disponibles au Centre de musique canadienne.

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Paul Cadrin est retraité de l’Université Laval où il fut, pendant 35 ans, tour à tour professeur et doyen de la Faculté de musique.

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Quelques nouvelles de Kenneth Gilbert par Hubert Laforge On me demande régulièrement dans les milieux de la musique, d’ici ou de France, des nouvelles de notre illustre collègue. En particulier sur son état de santé. Car on le sait dans un établissement de soins de longue durée à Québec. Autant il est aisé d’en parler de vive voix avec collègues et amis, autant il est délicat de s’exprimer par écrit. Je céderai à l’invitation de le faire, tout en essayant d’y appliquer la discrétion qui s’impose. aux années 1960 (arrivée des premiers Beckerath atelier de facture de clavecins (à Montréal puis à Québec) ainsi qu’à nos rencontres chez moi ou encore à Paris et à Maintenon, souvent autour de bien sûr son implication exceptionnelle et nos échanges continus (il m’avait invité à prendre la de l’orgue parisien de 1753 détruit lors du siège de Québec six ans plus tard. Florence et moi rendons visite à Kenneth avec une certaine régularité. Il vit dans un cadre médical rassurant, sous l’attention vigilante de Maurice Decker. Son état physique est relativement stable. Il a bon appétit. C’est la mémoire défaillante, comme on sait, qui le fait le plus souffrir. Je lui apporte à lire sur des sujets d’actualité politique, sur des questions d’histoire ou de musique. Il lit avec attention, fait quelques observations parfois étonnamment pertinentes ou même teintées d’humour, mais il oublie dans les minutes qui suivent. Il ne me reconnaît pas toujours, ou alors seulement vaguement. Son enfance lui revient comme encore récente, heureux par exemple de montrer un joli portrait de sa mère dont il parle . Dernièrement, j’avais apporté mon S’arrêtant aux griffonnages dans les marges ─ il essayait de se souvenir ─ il faisait quelques remarques jusqu’à me féliciter (le professeur revenant n’est-ce pas) pour les lettres B.A.C.H. dont j’avais coiffé les premières notes de la 4e Fugue ... J’ai pensé qu’on apprécierait quelques photos récentes qui en disent plus que les mots sur le cadre de vie et l’état de notre ami.

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1) Le jour de Noël à une précédente maison de retraite, en compagnie de Maurice Decker et Éric Rioux. 2) Évocation de la mémoire de Scott Ross en couverture de la revue Diapason marquant le 20e anniversaire de la disparition du célèbre claveciniste. (« Comment, Scott est mort et on ne me l’a pas dit ? ») 3) Lors du récital clavecin et orgue de John Grew, en mai 2015, à la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone. 4) Le 17 décembre dernier, lendemain de son 86e anniversaire, on voit Kenneth feuilletant Mixtures et lisant, amusé, l’anecdote de l’organiste centenaire Claude Lagacé au volant d’une Maserati. (« Mais … il me semble que M. Lagacé n’avait pas de voiture ») 5) Moment de détente chez Florence et Hubert en 2016.

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La facture d’orgue dans la vallée du Saint-Laurent au début du XIXe siècle

par Robin Côté1

NDLR Issue d’une conférence prononcée lors du congrès conjoint RCCO/AGO/FQAO en juillet 2017, cette communication vous est proposée en quatre livraisons. Cette deuxième livraison traite de la tuyauterie. La troisième livraison traitera du vent et de la soufflerie tandis que la quatrième traitera l’esthétique sonore. 2. La tuyauterie

Avant 1849, le système mercantiliste britannique faisait en sorte que le Canada ne pouvait commercer qu’avec la Métropole. Par la suite, le commerce s’ouvre pleinement avec la Nouvelleet fiable, les facteurs n’hésiteront pas à s’y alimenter en tuyauterie. Cependant, l’arrivée du navire marchand français La Capricieuse au port de Québec en 1855, va révolutionner le commerce au Bas-Canada. Suite à près de 100 ans d’embargo, les Canadiens ont désormais le droit de commercer avec les manufacturiers français. Depuis l’Exposition universelle de Londres de 1851, la classe politique prône de trouver la paix entre les pays européens par l’ouverture du commerce. Cela va provoquer la première phase de mondialisation de l’ère industrielle qui aboutira à la signature d’un traité de libre-échange entre la France et l’Angleterre en 1860. C’est dans cette ambiance que le facteur Warren atteint sa maturité et que Mitchell & Forté démarrent leur atelier. Samuel Russell Warren : Jusqu’à 1862-1863, c’est , qui gère la fabrication des tuyaux de métal. Le style de fabrication est traditionnellement anglo-américain. Warren a aussi fait venir des tuyaux de France et d’Angleterre pour certains instruments, mais il est très difficile d’en évaluer la proportion. Par chance, le Contra-posaune 16’ du Warren de St. John the Evangelist est un rare exemple de 16’ d’anche du XIXe toujours en fonction. Il comporte des noyaux et rigoles en bois mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, le son en est assez puissant. Si on se fie aux orgues Warren encore existants, l’ensemble de la tuyauterie de métal semble faite de « common metal » soit d’environ 20 % d’étain et 80 % de plomb, et de zinc pour les basses. Du côté des jeux d’anches, les rigoles sont coniques et très fermées, produisant un son très contrôlé fait pour se marier avec le reste des fonds.

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Tuyauterie du Récit — Mitchell 1872 Église Saint-Fabien-de-Panet (Montmagny)

Louis Mitchell : La provenance de la tuyauterie des premiers instruments de Louis Mitchell nous est donnée par Warren lui-même, qui reproche à Mitchell de faire venir ses tuyaux de métal de New York plutôt que de les fabriquer. La réponse de Louis Mitchell est intéressante, car il affirme qu’il importe les tuyaux pour obtenir une qualité supérieure de fabrication… Belle façon de répondre à son ancien patron! Dans l’orgue de Saint-Romuald de Lévis (1865), on trouve déjà un mélange intéressant de tuyauteries américaine et française. À l’analyse de la tuyauterie encore existante, il se trouve que les anches 8’ et 4’ ainsi que la plupart des jeux du Grand-Orgue proviennent de tuyautiers américains, mais le Hautbois 8’ et le Salicional 4’ au Récit proviennent de France. Mixtures, numéro 48, mai 2018


Tuyauterie de fabrication française Orgue Mitchell, 1865 Église Saint-Romuald (Lévis)

Tuyauterie du Récit Déry, 1897 Église Saint-Michel-deBellechasse

Tuyauterie de Violina 4’ réalisée par Léon Houle pour l’orgue Mitchell 1881 Église Saint-Norbert-d’Autray (Lanaudière)

Tuyauterie du Récit Casavant, Opus 72, 1896 Église Saint-Léon-le-Grand (Mauricie)

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Dans les instruments suivants, on observe la même logique : il semble que l’importation de tuyauterie ait été une façon de diversifier les timbres et d’obtenir un haut standard de qualité. Un des comptes rendus sur le grand orgue Louis Mitchell de l’église Holy Family de Chicago, en 1870, nous apprend que les 18 jeux d’anches, les 15 rangs de Plein-Jeu, les Gambes et l’Octavin du Récit proviennent de la maison Voignier Père & Fils, 50 rue Vavin à Paris. Il est mentionné que « le facteur (Louis Mitchell) porte les anches françaises en très haute estime », que le reste de la tuyauterie a été fabriquée chez L. U. Stuart de New York et que tous les tuyaux de bois l’ont été chez Louis Mitchell à Montréal. Le même genre de mélange de tuyauteries française et nordaméricaine est visible, entre autres, à NotreDame de Lévis, Saint-Sauveur de Québec, et Saint-Augustin-de-Desmaures. Cependant, à partir de 1874, les choses se compliquent pour les importateurs : il y a une montée du protectionnisme et l’imposition de tarifs douaniers pour les biens entrant au Canada. Louis Mitchell, qui n’est pas épargné, embauche un tuyautier professionnel anglais nommé William Bolton et démarre la fabrication des tuyaux de métal à Montréal. Ils formeront des apprentis tels que Léon Houle qui terminera d’ailleurs sa carrière chez Casavant Frères. Plusieurs jeux des années 1880, magnifiquement réalisés, sont signés Léon Houle. La tuyauterie faite à l’atelier Mitchell est solide, les épaisseurs sont bien proportionnées et l’alliage, mesuré à Tignish (1882), a donné près de 25 % d’étain pour 75 % de plomb. Pour leur tuyauterie de bois, le pin blanc est privilégié pour les basses de 16’ et 8’ et le cerisier à partir des tuyaux de 4’. Les lèvres sont généralement en noyer noir. Par la suite, dans les années 1880, Mitchell utilise le noyer cendré pour les tuyaux de 4’ et moins. Il est aussi intéressant de constater que, chez Mitchell, il est très rare de voir des jeux avec basses en bois et des dessus en métal. Un jeu de métal est tout en métal et un jeu de bois est tout en bois. En général, la majorité des jeux flûtés sont entièrement en bois : Bourdons de 16’ et 8’, Flûtes traversières 8’, (pyramide) 4’, et Flûtes creuses 4’. Napoléon Déry : À Saint-Michel-de-Bellechasse, toute la tuyauterie de métal est importée et il en est certainement de même pour tous les instruments de Déry. Par chance, une signature sur le premier DO du Hautbois 8’ nous a permis d’identifier la Pierce Organ Pipe Company, de Reading, MA comme étant fournisseur officiel. Les tuyaux Page 20

sont en « spotted metal » et d’une qualité et solidité extraordinaires. Les tuyaux de bois sont tous faits chez Déry. Le pin blanc et le cerisier sont aussi privilégiés. Cependant, la qualité de fabrication des tuyaux de bois est inférieure à celle de Mitchell et à celle des frères Casavant, surtout au niveau des biseaux et de la bouche. En fait, on sent une main et des gestes moins expérimentés pour la mise en harmonie, mais le résultat sonore n’est pas moins intéressant. Casavant Frères : Au tout début de leurs carrières, il semble que les frères aient fabriqué la plupart tuyaux de fonds mais pas les anches. Il y a encore des traces de cette tuyauterie à la chapelle NotreDame-de-Lourdes à Montréal. Ils n’hésitent pas non plus à importer de la tuyauterie française, comme c’est le cas à la basilique Notre-Dame de Montréal et à la cathédrale de Saint-Hyacinthe. Mais rapidement, ils deviendront indépendants des fournisseurs en fabriquant toute la tuyauterie. Il 1880 et 1890 qui témoignent de la première façon de faire de Casavant Frères. En général, la tuyauterie est en étoffe (common metal 20 % d’étain, 80 % de plomb), les gambes et les anches à 50 % d’étain avec les basses de 8’ et les six premiers tuyaux des 4’ en zinc. On ne voit pas d’étain à plus de 50 % sauf dans les tuyaux importés de France. Dans les instruments observés, la tuyauterie était très épaisse, et le métal a tendance à gercer facilement. Peut-être est-ce dû à la présence d’un taux d’antimoine trop élevé? La forte épaisseur du métal rend l’accord très difficile surtout et cela a tendance à emboutir les pieds et à affaisser les tuyaux à la bouche. Les rigoles des anches sont coniques et en continuation avec les pratiques nord-américaines. On observe aussi la présence de Trompettes harmoniques, ce qui n’est pas le cas chez les autres facteurs. Chez les Casavant, il y a moins de Flûtes ouvertes en bois que chez Mitchell ou Déry, mais les Bourdons de clavier et de pédale 16’-8’, les Flûtes de pédale et les en faveur du pin et les grands tuyaux de 16’ sont en peuplier. La qualité de réalisation des tuyaux de bois est impeccable à tous points de vue.

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Robin Côté est vice-président chez Juget-Sinclair Mixtures, numéro 48, mai 2018


Les compositions québécoises pour orgue :

De la tradition à l’expérimentation (1ere partie)

par Louis Brouillette1

NDLR Issue d’une conférence prononcée lors du congrès conjoint RCCO/AGO/FQAO en juillet 2017, cette communication vous est proposée en deux livraisons. Qu’est-ce qu’une composition? Qu’est-ce qu’une composition pour orgue? Qu’est-ce qu’une composition québécoise pour orgue? Autant de questions qui paraissent banales à première vue, mais qui peuvent susciter de vives discussions, voire des débats. Bienvenue dans le merveilleux monde des définitions contestables ! En abordant les compositions québécoises pour orgue à travers une double posture ─ de musicologue et d’organiste ─, deux objectifs explicites (davantage musicologiques) ont surgi :  Cerner les traditions et les expérimentations dans les compositions québécoises pour orgue des XXe et XXIe siècles, et  Décrire une sélection de 12 compositions québécoises pour orgue. Deux objectifs implicites (en lien avec le métier d’organiste) se sont greffés aux objectifs explicites :  Faire découvrir des œuvres québécoises pour orgue, de difficultés diverses et accessibles pour la plupart, et  Fournir des outils pour repérer la musique québécoise pour orgue. d’abord définis et les principales sources d’information seront décrites. Un bref essai sur les compositions québécoises pour orgue des XXe et XXIe siècles sera ensuite proposé en mettant l’accent sur les traditions et les expérimentations. Afin de montrer la variété des compositions québécoises . Ces descriptions paraîtront dans le prochain numéro de Mixtures. Des recommandations aux compositeurs, aux interprètes, aux responsables des concours et aux organisateurs de concerts concernant la diffusion du répertoire québécois pour orgue clôtureront la deuxième partie de l’article.

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Définitions Au même titre que Hans Heinz Eggebrecht le conçoit dans le Dictionnaire de la musique de Marc Honegger (Larousse, 2002), le terme « composition » réfère ici à une œuvre de nature élaborée qui est écrite et dont le but est l’exécution sonore, ce qui exclut toute improvisation non notée. Une composition pour orgue est ici définie comme une œuvre écrite destinée à l’origine à l’orgue solo. Les transcriptions pour orgue, les concertos pour orgue et orchestre ou les pièces pour orgue et un autre instrument ne sont donc pas traités dans cet article. En s’inspirant des précisions fournies dans le Patrimoine musical canadien (vol. 4 et 19, 1985 et 1997) sur la définition d’« œuvre québécoise », une composition québécoise pour orgue est ici définie en tant qu’œuvre écrite pour orgue solo et composée par un Québécois ou un étranger ayant passé la totalité ou une partie de sa carrière au Québec. Sources Plusieurs sources québécoises, canadiennes, américaines et européennes répertorient, décrivent et analysent des compositions québécoises pour orgue. Ces sources se présentent sous différents formats : de simples listes de répertoire à des thèses de doctorat portant sur des œuvres particulières. Toutefois, aucun répertoire complet de toutes les compositions québécoises pour orgue n’a été compilé jusqu’à aujourd’hui. Pour identifier des œuvres québécoises pour orgue de grande difficulté, les organistes peuvent consulter la liste du Concours international d’orgue du Canada (http://www.ciocm.org/ rpertoire-canadien) qui comprend des pièces pour orgue de Denis Bédard, Raymond Daveluy, José Evangelista, Alain Gagnon, Bengt Hambraeus, Jacques Hétu, Jeanne Landry, Rachel Laurin, Jean Lesage, Bruce Mather et François Morel.

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Par l’entremise du site Internet du Centre de musique canadienne (CMC) : https://www.musiccent re.ca/fr/search/advancedsearch, il est possible d’identifier des œuvres canadiennes pour orgue de divers degrés de difficulté. La recherche sur ce site ne permet toutefois pas de sélectionner uniquement les œuvres québécoises. Les partitions de toutes les œuvres incluses dans le catalogue du CMC peuvent être empruntées gratuitement ou achetées. Un catalogue d’œuvres pour orgue composées par 30 Québécois de 1970 à 2000 a également été produit par Michelle Quintal et remis aux participants du congrès conjoint du RCCO et de la FQAO à Québec en 2000, mais ce document n’a pas été publié.

l’orgue de Michelle Quintal (Éditions GID, 2015), ils découlent d’articles ayant préalablement parus dans Mixtures.

Caron ou Michelle Quintal sur des

, Raymond Daveluy, Jean Le Buis, Bernard Piché, Antoine Reboulot, Gilles Rioux et Massimo Rossi offrent d’utiles renseignements sur leurs œuvres. pour orgue ont paru ces dernières années dans des revues d’orgue, dont l’American Organist qui a publié un article de John W. Vandertuin sur Conrad Letendre et Raymond Daveluy (vol. 40, no 1, janvier 2006) et un autre de Gilles Maurice Leclerc sur la musique d’orgue au Québec (vol. 13, no 4, avril 2009). L’article de Melville Cook, Patrick Wedd et Gilles Potvin de L’Encyclopédie canadienne (« Orgue – Composition », Historica Canada, 2006,

Première de couverture du Guide de la musique d’orgue dirigé par Gilles Cantagrel (Fayard, 2012)

si un intéressant survol de la composition pour orgue au Canada aux XIXe et XXe siècles.

Des thèses de doctorat portent également sur le répertoire canadien pour orgue en général ou sur

Des livres complets ou en partie portent sur des compositions québécoises pour orgue. L’édition de 2012 du Guide de la musique d'orgue de Gilles Cantagrel (Fayard) inclut une nouvelle section sur les Préludes de choral et les Sonates nos 4 et 5 de Raymond Daveluy. Des œuvres pour orgue de Hans-Ola Ericsson et Bengt Hambraeus, deux compositeurs québécois nés en Suède, sont analysées dans The Organ as a Mirror of its Tme : North European Reflections, 1610-2000 de Kerala J. Snyder (Oxford University Press, 2002) et Twentieth-Century Organ Music de Christopher S. Anderson (Routledge, 2012). Trois cycles d’œuvres pour orgue de Bruce Mather font l’objet d’un livre : Analyse d’œuvres pour orgue de Bruce Mather de Pascale Rouet (Delatour, 2007). Quant

a complété un catalogue annoté des œuvres canadiennes pour orgue de 1981 à 1996 (Selected Canadian Solo Organ Music, 1981-1996 : , 1997). Laraine Olson Waters a rédigé sa thèse sur Bengt Hambraeus (Bengt Hambraeus's Livre d'orgue : An Exploration of the French Classic , 1996). Des œuvres de Rachel Laurin ont récemment été analysées par Sho Shirley Cheng (A Study of Selected Representative Organ Pieces by Rachel Laurin, University of Kansas, 2015) et Silviya Mateva (Analyses of Organ Etudes, op. 38, 66 and 72 by Rachel Laurin, University of Oklahoma, 2016) dans le cadre de leur doctorat en musique.

ou de Bernard Piché dans les livres Récit au Grand Orgue : Entretiens avec Antoine Reboulot de Jacques Boucher et d’Odile Thibault

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Il est possible de consulter ou d’acheter des En plus du CMC et des bibliothèques universitaires, la Grande bibliothèque possède des parti– tions empruntables de Raymond Daveluy, Alain

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Gagnon, Bengt Hambraeus, Jacques Hétu, Jeanne Landry, Conrad Letendre, Roger Matton et François Morel. Pour les éditions plus rares qui sont conservées dans la collection nationale (la salle vitrée du 4e étage de la Grande bibliothèque), seule la consultation sur place demeure permise. Deux volumes du Patrimoine musical canadien incluent des œuvres pour orgue, dont plusieurs québécoises. Des 150 compositions canadiennes Poirier, 33 œuvres ─ la plupart québécoises ─ sont éditées dans le volume 4 (« Musique d’orgue I », 1985). Une sélection de 46 autres compositions, datant de 1900 à 1945, a été éditée par Hugh J. McLean dans le volume 19 (« Musique d’orgue II », 1997). Les introductions de chacun des deux volumes permettent de comprendre l’évolution de la composition pour orgue jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et les œuvres sélectionnées sont toutes brièvement décrites. L’achat d’œuvres québécoises pour orgue passe parfois par l’entremise d’une maison d’édition dont certaines ont été fondées par le compositeur, comme les Éditions Cheldar de Denis Bédard (http://cheldar.com/) et les Éditions musicales Arsis de Jean Le Buis. De nos jours, la plupart des compositeurs déposent leurs œuvres au CMC où les organistes peuvent emprunter ou acheter un exemplaire. De nombreuses possibilités s’offrent aux mélomanes désireux d’écouter des compositions québécoises pour orgue. Certains disques compacts Music (CBC Radio Maritimes, 2012) qui comprend des œuvres d’Arthur Bernier, Frédérick Glackemeyer, Alphonse Lavallée-Smith, Conrad Letendre, Arthur Letondal, Benoît Poirier, GeorgesÉmile Tanguay et William Reed, ou L’orgue au Centre du Québec (Les Amis de l’orgue, 2002) qui contient des œuvres de Jean Chatillon, Raymond Daveluy, Gilles Fortin et Conrad Letendre. Les œuvres pour orgue de certains compositeurs sont enregistrées par plusieurs interprètes sous différentes étiquettes. Les compositions de Rachel Laurin, par exemple, ont été enregistrées par les organistes Ken Cowan, Isabelle Demers, Gisèle Guibord, Brenda Portman, Jonathan Rudy et la compositrice. En plus des livrets accompagnant les disques compacts, les critiques parus notamment dans l’Organists' Review (vol. 100, no 1, mars 2014; vol. 101, no 1, mars 2015; vol. 102, no 2, septembre 2016) procurent des informations interprétations de compositions québécoises pour orgue sont également disponibles sur YouTube. tations d’œuvres de Denis Bédard par la célèbre

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organiste américaine Diane Bish. Il est également possible d’écouter certaines compositions québécoises pour orgue du catalogue du CMC via son service Musiflots. L’utilisation de ce service exige la création sans frais d’un compte. excellence

pour

repérer

les

l’outil par

la recherche par le patronyme du compositeur dans cette banque de données qui répertorie 123 000 disques d’orgue. Tradition Diviser les compositions québécoises pour orgue en deux catégories – les œuvres comprenant surtout des procédés traditionnels de composition ou de notation versus celles faisant principalement appel à l’expérimentation ─ est une tâche ardue, voire discutable. Comme le souligne Gérard Lenclud (« La tradition n’est plus ce qu’elle était », 1987), la signification du mot « traditionnel » peut prendre différentes formes. La définition ici choisie de « tradition » réfère à la présence d’éléments de composition ou de notation utilisés dans les époques précédentes et incluses dans la plupart des œuvres contemporaines. À l’inverse, les « expérimentations » renvoient ici aux procédés peu ou pas utilisés aux époques antérieures et employés par une minorité de compositeurs contemporains. La notion de tradition peut se percevoir dans les compositions québécoises pour orgue par l’appropriation du langage harmonique de compositeurs de générations du chant grégorien ou l’emploi de formes ou de genres en vogue à des époques précédant la composition. Plusieurs compositions québécoises pour orgue possèdent un langage harmonique se rapprochant de certains maîtres allemands ou français. Certaines œuvres de Raymond Daveluy, Jean Le Buis et Rachel Laurin s’inspirent du langage de Paul Hindemith et de Max Reger. Comme le rapporte Sylvain Caron dans son article « L’œuvre 1988), le Prélude et fugue de Jean Le Buis (1983, 1987) « reprend l’esprit du Ludus Tonalis de Hindemith, notamment par sa concision et sa simplicité, et aussi par l’importance des quartes harmoniques et mélodiques. La fugue s’associe également à Reger avec un début doux et lent qui progresse vers une fin en triple forte. » Certaines œuvres de Jean Le Buis, Bruce Mather, François Morel et Gilles Tremblay s’inspirent du langage

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d’Olivier Messiaen tandis que des pièces d’Édith Beaulieu, Martin Brossard, Rachel Laurin et Gilles Rioux dénotent l’influence des organistes-compositeurs symphonistes français comme César Franck, Eugène Gigout, Louis Vierne et CharlesMarie Widor. L’importance de la mélodie et l’influence du chant grégorien se perçoivent dans plusieurs compositions québécoises pour orgue. Les Mélodistes indépendants, regroupement formé de Raymond Daveluy, Anne Lauber, Rachel Laurin et Alain Payette, ont d’ailleurs énoncé dans leur manifeste de 1995 qu’ils s’identifiaient « à une musique où la mélodie domine et prend une part essentielle à la communication » (Claude Gingras, « À bas la musique “contemporaine” ! Quatre compositeurs s'unissent pour promouvoir une musique où la mélodie domine », La Presse, 13 mai 1995). Le chant grégorien est une source d’inspiration pour d’autres compositeurs ─ comme Denis Bédard, Bengt Hambraeus, Conrad Letendre, Roger Matton, Marc O’Reilly, Bernard Piché, Antoine Reboulot, Massimo Rossi et Gilles Tremblay ─ qui composent des mélodies provenant ou ressemblant à du plain-chant. À titre d’exemple, la première pièce d’Offertorium I (2014) de Marc O’Reilly (exemple no 1) est basée sur l’hymne de l’Avent Rorate caeli.

La tradition se remarque dans de nombreuses compositions québécoises pour orgue par l’emploi de formes ou de genres en vogue à des époques antérieures, comme le livre d’orgue français du XVIIIe siècle, la forme thème et variations et les genres utilisés par Johann Sebastian Bach (prélude et fugue, choral, partita, etc.). Quelques œuvres reprennent ou s’inspirent des titres des mouvements des livres d’orgue français du XVIIIe siècle comme « Prélude », « Tierce en taille », d’orgue québécois du XXe siècle se nomment Suite du premier ton (1993) de Denis Bédard, Livre d’orgue (1981) de Bengt Hambraeus, Livre d’orgue (1989-1990) de Jean Le Buis, Études 1 à 8 (1982, 1993) de Bruce Mather et Variations sur « Joseph est bien marié » (1988) de Gilles Rioux. Cette dernière œuvre est également un exemple de la prédilection de la forme « thème et variations » chère à plusieurs compositeurs. Parmi les autres œuvres de forme thème et variations, notons plusieurs pièces de Denis Bédard dont , op. 46 (2001) d’Alain Gagnon, Variations sur un thème de Gilles Vigneault (1984) de Bengt Hambraeus, Variations, op. 42 (1986) de Jacques Hétu, Variations sur un noël lorrain, « Noël nouvelet » (1987) de Jean Le Buis, Cinq variations sur un thème grégorien (Salve Regina) (1956) d’André Prévost et Variations sur le nom . Les genres utilisés par Johann Sebastian Bach sont également très prisés par les compositeurs québécois comme le montrent les œuvres suivantes : Prélude et Toccata sur « Victimae Paschali Laudes » de Denis Bédard, Fantaisie et fugue (1981) d’Alan Belkin, Trois préludes de chorals pour orgue (1964) de Raymond Daveluy, Partita on « Nun danket », op. 47 (2009) et Prélude et fugue en fa mineur, op. 45 (2008) de Rachel Laurin, le choral en trio Vierge Sainte, réjouis-toi (2010) de Serge Provost ainsi que Choral orné sur le Pater Noster grégorien d’Antoine Reboulot.

Exemple no 1 : Marc O’Reilly, Offertorium I : « Rorate caeli », mes. 1-6 (extrait reproduit avec l’aimable autorisation de Marc O’Reilly; la partition est disponible au CMC).

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Quelques constats sur la tradition et les compositions québécoises s’imposent. En premier lieu, plusieurs compositeurs québécois s’inspirent abondamment de la musique du passé, que ce soit par l’utilisation de techniques d’écriture, rappelant entre autres Paul Hindemith, Max Reger, Olivier Messiaen et les symphonistes français, par l’emploi de

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formes et de genres en vogue à l’époque baroque ou par l’intégration directe ou détournée du chant paraît une priorité pour plusieurs compositeurs. Les nombreux emplois de la forme et variations par les compositeurs québécois montrent à la mélodie. Un troisième constat concerne l’accessibilité. En ne recherchant pas les expérimentations, Raymond Daveluy annonçait en 1995 à Claude Gingras (La Presse, 13 mai 1995) que « la musique peut avoir un tout autre objet que celui de être que cette volonté d’accessibilité est influencée par le contexte, alors que la plupart des œuvres québécoises pour orgue sont écrites par des organistes-compositeurs qui jouent leurs compositions autant en concert que dans le cadre liturgique. Un compositeur qui évolue en dehors des contraintes de la sphère liturgique peut peutêtre plus facilement s’éloigner des traditions et expérimenter davantage des techniques d’écriture non conventionnelles, voire moins accessibles au public. Expérimentation Divers types d’expérimentation se perçoivent dans certaines compositions québécoises pour orgue : utilisation exclusive ou quasi exclusive du pédalier, musique aléatoire, dodécaphonique ou sérielle, intégration de la musique concrète ou d’une bande électroacoustique et notation graphique ou non conventionnelle.

Parmi les œuvres pour pédalier seul se trouvent Trois Esquisses pour pédale solo, CH. 4 (1991) de Denis Bédard, Pedalexercitium (1985) de Bengt », op. 72 (2014) de Rachel Laurin, Variations sur « C’est la belle Françoise » (1987) de Jean Le Buis et Impromptu, solo de pédale (1964) de Léopold Lemieux, un frère du Sacré-Cœur également connu sous le nom de Frère Barnabé. Pour certaines de ces pièces, comme celles de Denis Bédard, Jean Le Buis et Léopold Lemieux, l’usage des mains est exigé durant quelques mesures ou pour une variation complète. Seules quelques compositions québécoises pour aléatoire, dodécaphonique ou sérielle. Extempore (1975) de Bengt Hambraeus et Lui pour nous jeux, avec les anches » (1981) du volume 4 du Livre d’orgue de Bengt Hambraeus, In manus tuas (1978) de Jean Le Buis et Variations en passacaille (1983) d'André Prévost sont des œuvres dodécaphoniques ou sérielles. Les de leurs œuvres sur ces courants : la place de l’aléatoire, du dodécaphonisme ou du sérialisme apparaît plutôt marginale dans leurs corpus. L’intégration de la musique concrète ou d’une bande électroacoustique demeure également des phénomènes marginaux dans les compositions québécoises pour orgue. Philippe Bournival est un des seuls compositeurs québécois à intégrer de la musique concrète dans une de ses œuvres pour

Exemple no 2 : Léopold Lemieux, Impromptu (solo de pédale), mes. 1-12 (extrait reproduit avec l’aimable autorisation des Frères du Sacré-Cœur; manuscrit conservé aux Archives canadiennes des Frères du Sacré-Cœur).

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orgue. En effet, le mouvement « Les forges du (2009) exige que la main droite de l’organiste frappe sur une enclume pendant que la main gauche joue sur un clavier et que les pieds touchent le pédalier. Quant aux Suédois de naissance Bengt Hambraeus et Hans-Ola Ericsson, ils ont une bande électroacoustique. Dans Constallations III (1961) de Bengt Hambraeus, l’orgue joue en solo dans le premier mouvement et avec la bande dans le troisième tandis que la bande seule est entendue dans le deuxième. Hans-Ola Ericsson a, pour sa part, intégré une bande dans Melody to the Memory of a Lost Friend XIII (1985), The Four Beasts’ Amen (1999-2000) et Canzon del Principe (2002). Certains compositeurs, comme Brian Cherney dans Gothic Scenes and Interludes (1983-1987), ont utilisé une notation graphique ou non conventionnelle pour leurs pièces d’orgue. Dans « Champs » du volume 1 de son Livre d’orgue (1981), Bengt Hambraeus note par des signes graphiques distincts les clusters pentatoniques (joués sur les notes noires), diatoniques (touches blanches) et chromatiques (touches noires et blanches). Dans Vers une étoile (Compostelle II) (1993), la seule pièce pour orgue de Gilles Tremblay, des signes non conventionnels sont utilisés pour exprimer l’accélération ou le ralentissement des motifs de quatre doubles-croches. Le compositeur trace également un symbole ressemblant à celui de la racine carrée pour indiquer la réverbération. Avec ce signe, l’interprète choisit la durée des notes en fonction de l’acoustique du lieu d’exécution. Une note en carré noir signale pour sa part une durée aléatoire, pouvant atteindre, par exemple, de 2 à 7 battements. Quant à l’enfoncement graduel d’une touche (lorsque l’œuvre est jouée sur un orgue à traction mécanique), il est symbolisé par une tête de note en losange. En somme, les professeurs de composition comme Bengt Hambraeus (Université McGill), André Prévost (Université de Montréal) et Gilles Tremblay (Conservatoire de musique de Montréal) ont expérimenté plusieurs procédés non conventionnels et leurs œuvres paraissent, sauf exception, plus avant-gardistes que les pièces des organistes-compositeurs québécois. La valeur d’une œuvre n’est toutefois pas tributaire de la forte présence d’éléments expérimentaux, comme le démontre la sélection de 12 œuvres québécoises pour orgue (à paraître dans le prochain numéro de Mixtures). 1

, est organiste. Page 26

INTERMÈDES À L’ORGUE 2018  JONATHAN OLDENGARM, DIRECTEUR ARTISTIQUE



LES JEUDIS À 12 H 15

CONTRIBUTION VOLONTAIRE   

5 JUILLET

Jonathan Oldengarm (Montréal)

12 JUILLET

Julien Girard (Montréal)

19 JUILLET

Denis Gagné (Montréal)

26 JUILLET

William Maddox (Toronto)

2 AOÛT

Kai Krakenberg (Allemagne)

9 AOÛT

Kurt-Ludwig Forg (Allemagne)

16 AOÛT

Helen Tucker (Montréal)

23 AOÛT

Tom Sheehan (Boston)

30 AOÛT

Jonathan Oldengarm (Montréal)


Anniversaires en musique par Yves-G. Préfontaine Plusieurs compositeurs auraient mérité d'être évoqués dans cette chronique en ce début de l'année 2018, mais ce n'est que partie remise. Sans causer préjudice à aucun, il en est un qui émerge et que la planète va célébrer cette année : François Couperin, dit le Grand, né en 1668, il y a 350 ans.

Evrard Titon du Tillet écrivait en 1743, soit dix ans après la mort du compositeur : « Le grand nombre des œuvres de Couperin fait connaître la beauté et la fécondité de son génie... » François Couperin, pour le clavier, c'est bien sûr le clavecin et ses quatre livres, puis ses deux messes d'orgue. À côté de cela, la musique de chambre : Concerts royaux, Les Nations, Les Goûts réunis (auxquelles appartiennent les Leçons des Ténèbres du Mercredi Saint. Et bien sûr L'Art de toucher le clavecin. Les ouvrages sur François Couperin (monographies) occupent relativement peu de place dans la peut-être, celui d'André Tessier (1926), et le plus récent, non moins peut-être (!) de Olivier Beaumont (1998). Entre ces deux titres (toujours le même, au demeurant!) il faut tout de même

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que j'évoque les Philippe Beaussant (1980), Pierre Citron (1996), Wilfrid Mellers (1950/1987) et quelques autres. Le sieur de Crouilly portait bien son nom de Couperin le Grand. La qualité et la variété des quelque 400 pièces pour le clavecin et de la quarantaine pour l'orgue témoignent bien de l'immensité de l'organiste de Saint-Gervais et de la Chapelle royale. Ceux qui ont retenu ses services ─ et parmi les membres du jury, le roi lui-même ─ comme membre du quatuor de ce lieu prestigieux ne s'y sont pas trompés en engageant ce jeune homme de 25 ans qui, par quartier, est présent aux divers offices et cérémonies de la cour, est un concertiste recherché, et est le professeur des princes et de la noblesse... François Couperin, on le sait ne nous laisse que deux messes d'orgue. Deux suites exceptionnelles de 21 pièces chacune, destinées comme il se doit et selon l'usage à être interprétées en alternance avec le plain-chant. L'une à l'usage des paroisses, sur le thème de la messe IV Cunctipotens Genitor Deus, et l'autre à l'usage des couvents de religieux et de religieuses associée généralement à la messe du 6e ton de Du Mont, même si le texte de Couperin ne comporte aucune citation du plainchant de cette messe. De toute cette musique il faut retenir la force des pleins jeux, la poésie des tierces en taille, la truculence des basses de trompette, le charme des récits, la vigueur des offertoires. Quel plaisir ce serait de remonter dans le temps et d'assister à quelque prestation improvisée comme il devait si bien le faire quotidiennement… Nommé à Versailles en janvier 1694, il ne pourra toucher le Clicquot qu'après 1711, moment de l'inauguration de l'instrument. Deux détails intéressants : les deux messes datent de 1690 et au moment de son arrivée à Versailles la chapelle, qui n'est pas encore celle que nous connaissons positifs… D'autre part, les quatre organistes qui se partageaient la prestigieuse fonction étaient Jean-Baptiste Buterne (organiste également à Saint-Étienne-du-Mont), Nicolas Lebègue (SaintMerry) et Guillaume-Gabriel Nivers. Notre ami succédera à son professeur Jacques Thomelin lorsque celui-ci décédera.

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Ici et là au Québec... Montréal par Raphaël Ashby

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Amis de l’orgue

La saison 2017-2018 des Amis de l’orgue a été lancée lors d’un concert Bières et fromages à l’église Très-Saint-Nom-de-Jésus. À l’orgue, on retrouvait les membres du conseil d’administration : Mélanie Barney, Raphaël Ashby, Laurence Jobidon, Olivier Lavoie-Gagné ainsi que l’organiste titulaire Jason Biel. L’activité suivante s’est déroulée le 29 novembre à l’église de la Visitation pour un récital de MarcAndré Doran qui y célébrait ses 35 ans de titulariat. Suivaient deux conférences : d’abord celle de Paul Cadrin, le 6 février, qui nous a entretenus sur les orgues en Pologne, puis celle de Claudette Auchu, le 19 avril, qui nous a parlé de son expérience comme organiste au Forum. Pour conclure la saison, le 21 mai 2018, l’excursion annuelle se rendra sur la rive sud de Québec.

Les récitals à St. James United Church changent de plage horaire cette année. Ils auront maintenant lieu les vendredis de juillet et août à 12 h 30. L’orgue en mai au Sanctuaire Marie-Reine-desCœurs revient cette année tous les vendredis de Préfontaine, Alexandra Fol avec Jean-Pierre Couturier, Martin Boucher et Robin Côté. Le Festival des couleurs de l’orgue français : Pascale Rouet, Julie Pinsonneault, Josée April et Yves-G. Préfontaine. Également à ne pas oublier, les concerts dominicaux à la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph. Vous pouvez y entendre tous les dimanches à 15 h 30 des organistes de partout dans le monde ainsi que des chœurs et autres instrumentistes invités.

Québec

Voici un avant-goût de ce que comportera la saison 2018-2019 :

par Emmanuel Bernier

Le 16 septembre 2018 à 15 h aura lieu une autre

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Nom-de-Jésus ainsi que le dévoilement de la saison 2018-2019.

La saison 2017-2018, qui avait démarré sur les chapeaux de roues aux Amis de l’orgue avec les concerts de deux vedettes de l’orgue (Denis Bédard et David Briggs), s’est poursuivie avec les concerts de Franck Besingrand, de Mathieu Blain, de Rashaan Allwood (vainqueur du Concours d’orgue de Québec 2017) et de Julie Pinsonneault, qui ont permis d’entendre un répertoire des plus variés (symphonique français pour Besingrand et Pinsonneault et germanique pour Allwood) sur l’instrument de Saints-MartyrsCanadiens.

Suivra, le 2 octobre à 19 h 30, une conférence sur la « musique contemporaine pour orgue » avec Pascale Rouet, à l’Université McGill. Enfin, en novembre, il y aura un concert avec deux organistes de la relève : Jonathan Vromet et Alcée Chriss. Les détails sont à venir. 

Autres concerts

Du côté de l’église Notre-Dame-de-Grâce, la série L’heure d’orgue se termine cette année avec le titulaire Denis Bonenfant, le 3 juin à 16 h. Les Intermèdes à l’orgue à l’église presbytérienne St. Andrew & St. Paul auront lieu cette année du 5 juillet au 30 août, les jeudis à 12 h 15. Des organistes de Montréal, de Toronto, des États-Unis et d’Allemagne se produiront sur le grand orgue Casavant. Page 28

Amis de l’orgue

L’orgue du Palais Montcalm a malheureusement moins été mis en valeur qu’à l’habitude, n’ayant été entendu qu’avec chœur, orchestre (avec Luc Beauséjour et Richard Egarr aux côtés des Violons du Roy… ce qui n’est quand même par rien!) ou en duo avec Philippe Bournival et la harpiste Valérie Milot. Souhaitons que l’établissement fasse davantage de place à l’avenir à cet « actif » désormais incontournable dans le paysage organistique québécois.

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Le 31 mai, rendez-vous au Palais Montcalm pour le concert FZ Project, un événement hors-norme autour de la musique de Frank Zappa avec l’organiste Yves Rechsteiner (professeur au CNSMD

Les concerts ont lieu le dimanche après-midi à 15 heures avec présentation sur écran géant.

et le guitariste électrique Frédéric Maurin.

Nous

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en juillet et août sous la direction du titulaire Marc D’Anjou. À suivre…

Musée de l’Amérique francophone

Du côté du Musée de l’Amérique francophone, dont l’instrument résonne périodiquement grâce aux bons soins de Hubert et Florence Laforge,

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Basilique-cathédrale Notre-Dame avons

également

entendu

entre

les

Estrie par Louis Brouillette

dernier, la visite de l’organiste parisien Christophe Mantoux (cotitulaire à Saint-Séverin) pour célébrer le centenaire de son ami Claude Lagacé, ancien organiste de la basilique-cathédrale NotreDame de Québec. Il nous a gratifiés d’un répertoire varié, dont le Praeludium en ré majeur de Buxtehude, interprété avec brio sur le Juget-

Après avoir présenté quatre concerts de grande qualité durant la saison 2017-2018, les Amis de l’orgue de l’Estrie planifient la saison 2018-2019 qui mettra à l’honneur les organistes estriens. Le premier concert se tiendra le 23 septembre 2018 à la chapelle St. Mark’s de l’Université Bishop’s avec l’organiste Jean-Yves St-Pierre.

─ et un magnifique Premier Choral de Franck sur l’orgue Casavant.

Le deuxième concert, qui aura lieu à l’église unie Plymouth-Trinity le 18 novembre, permettra d’entendre deux organistes estriens prometteurs. Anciens élèves du département de musique du Cégep de Sherbrooke, ces deux organistes termineront en 2018-2019 leur baccalauréat en interprétation. Il s’agit de Dorothée Lacasse, étudiante de Nicolas-Alexandre Marcotte à l’Université de Sherbrooke, et de Raphaël Ashby, étudiant de Hans-Ola Ericsson à l’Université McGill.

un récital de doctorat d’Aubert Lavoie, étudiant de Richard Paré à l’Université Laval. Le 15 juin, à 12 h, un concert sera donné par l’organiste espagnol Tomeu Segui Campins. 

Festival du printemps de Saint-Roch

Tous les mercredis du moi de mai, après la messe de 11 h 50, on aura le plaisir d’entendre : Louise Fortin-Bouchard (2 mai), Claude Girard (9 mai), Robert Patrick Girard (16 mai), Pierre Bouchard (23 mai), et la titulaire, Édith Beaulieu (30 mai).

Le concert d’ouverture du festival (3 juin) mettra en vedette l’Ensemble Polyphonia et des choristes des Petits Chanteurs de Beauport sous la direction de Claude Léveillé et de LouisMarie Desbiens, ainsi que l’organiste titulaire du lieu, Dominique Gagnon, autour de la Messe des enfants de Rutter. Le 10 juin, Emmanuel Bernier jouera un programme comprenant des œuvres de Bach, Mendelssohn, Gigout et Rachmaninov. En clôture, le 17 juin, l’organiste espagnol Tomeu Segui Campins se produira en compagnie de la soprano Peggy Bélanger.

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Le 9 février 2019, à la cathédrale Saint-Michel, le Chœur grégorien de Sherbrooke offrira aux mélomanes une soirée durant laquelle s’entremêleront recueillement et extase. Le chant grégorien alternera avec des pièces d’orgue jouées par quatre organistes très actifs en Estrie : Chantal Boulanger, titulaire à la cathédrale Saint-Michel, Louis Brouillette, titulaire à l’église anglicane St. Barnabas de North Hatley, Cécile L’Écuyer, titulaire à l’église catholique Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke et Maryse Simard, titulaire à l’église unie de Lennoxville. Le 17 mars, l’organiste montréalais Yves-G. Préfontaine présentera un récital en solo à la chapelle St. Mark’s. La saison se clôturera le 28 avril et de Jean Gervais, trompettiste de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke. Un concert hors-série se déroulera également en octobre 2018 avec l’organiste québécois Benjamin Waterhouse qui jouera sur l’orgue Mitchell de-Brompton.

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Mauricie par Raymond Perrin

Pro Organo-Mauricie s’est vu offrir par Cultur3R d’orgue hors des sentiers battus. scènes intérieures et extérieures de la ville de Trois-Rivières, on pourra désormais présenter des concerts d’orgue ou des prestations où l’orgue s’allie à d’autres instruments ou des formations diverses hors des églises de la région, lieu habituel de l’orgue. On peut penser à des concerts extérieurs au Parc des Chenaux (Cap-de-la-Madeleine) sur la scène du Parc portuaire (centre-ville) lors du FestinVoix, ou encore au Parc de l’Île Saint-Quentin. On pourra aussi faire entendre les œuvres avec le roi des instruments à la salle J.-Antonio-Thompson avec l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières, ou encore dans les autres salles gérées par Culture3R. Il s’agit en fait d’un « orgue virtuel » utilisant les technologies les plus récentes pour reproduire avec une fidélité étonnante les sonorités des orgues à tuyaux qu’on aura échantillonnés tuyau par tuyau. Acquis auprès de la compagnie Hauptwerk, et utilisant les échantillons de Sonus Paradisi, l’orgue . On a choisi au départ de se procurer quatre instruments très différents : le CavailléColl de Saint-Étienne de Caen, le mythique orgue classique français de Saint-Maximin d’Aix-en-Provence, un orgue néo-classique récemment installé à Velosovo en Slovénie, ainsi qu’un instrument de théâtre Paramount qui servira bientôt pour la présentation de films de l’Office National du Film du Canada pour clôturer la saison 2017-2018 de Pro Organe au Cinéma Le tapis rouge de TroisRivières. Pour cette occasion (le vendredi 4 mai à 19 h) les organistes Claude Beaudoin et Philippe Bournival commenteront par leurs improvisations des films d’animation ou des films muets comme c’était le cas dans les débuts du cinématographe. Pro Organo voit dans l’acquisition de ce nouvel instrument une espèce de nouveau souffle pour son développement tout comme une police d’assurance pour la poursuite de ses activités.

Les orgues les plus significatives de la région sont en effet souvent dans des états de précarité inquiétants. À la cathédrale de l’Immaculée-Conception par exemple, bien qu’on les ait remises en état en 2015 pour la présentation de la Symphonie avec orgue de Saint-Saëns par l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières (OSTR), les orgues souffrent d’un déficit d’entretien criant. Le Casavant du couvent des Filles de Jésus à Kermaria risque fort de disparaître étant donné que le couvent vient d’être vendu. De son côté, l’église Sainte-Catherine-de-Sienne de la paroisse Jean XXIII qui possède le seul instrument mécanique de la région (hormis le petit orgue de travail du Conservatoire) manque de ressources pour entretenir son Létourneau. Seules les orgues de la basilique du Cap-de-la-Madeleine et du Séminaire SaintJoseph apparaissent pour l’instant hors de danger. Mais il y a plus : Les divers concerts présentés hors des églises nécessiteraient souvent un orgue (exemples : la présentation en mai par l’OSTR en version concert de l’opéra Faust de Gounod, ou les divers concerts de chœurs ou d’ensembles instrumentaux de la région présentés en salle). C’est dans cette optique que la corporation municipale Cultur3R a acquis cet orgue virtuel dans le but de le mettre à la disposition non seulement de Pro Organo, mais également des divers partenaires musicaux de la région. L’orgue sera installé au Conservatoire, permettant aux étudiants de la classe d’orgue d’entendre de façon concrète les sonorités des orgues importants de diverses époques et écoles, et d’apprendre à registrer de lors de concerts à l’Amphithéâtre Cogeco. En hommage à l’illustre musicien trifluvien J.Antonio Thompson (une fondation dédiée à la promotion de l’orgue et au soutien aux jeunes dont une partie des fonds a été mise à la disposition de Cultur3R pour ce projet), l’instrument a été baptisé l’orgue virtuel J.-A.-Thompson. « Nul doute que cet organiste qui a marqué l’histoire musicale de Trois-Rivières aurait approuvé une telle acquisition qui assurera la pérennité de notre organisme tout en devenant un atout pour la vie culturelle de Trois-Rivières » déclarait le président de Pro Organo-Mauricie, Me Jean-Éric Guindon, lors du dévoilement de l’instrument en février dernier.

Il faut savoir que les orgues à tuyaux de TroisRivières seront de plus en plus difficiles à conserver en bon état. Page 30

Mixtures, numéro 48, mai 2018


Rimouski par Gérard Mercure

Les règlements généraux des Amis de l’orgue de glorieuses où son conseil de direction pouvait compter sur la présence d’au moins douze membres à son assemblée générale annuelle. Les temps ayant changé, le quorum a été réduit à la dernière assemblée d’octobre dernier « aux memdes douze membres présents ─ pour une dernière fois ─ a approuvé la création d’une nouvelle catégorie de membres, celle de « membres honoraires » afin de reconnaître la contribution exceptionnelle de personnes ayant travaillé à la bonne cause. Quant aux réunions du conseil de direction du 12 janvier et du 9 février 2018, elles ont été consacrées à la préparation de la prochaine académie d’été qui aura lieu à la fin août 2018. Le troisième concert de la saison avait lieu le 11 mars 2018 à l’église Saint-Pie X. Il offrait à son public une formation originale, l’orgue dialoguant avec deux instruments à vent, la clarinette et le saxophone grâce aux arrangements et adaptations réalisés par l’organiste Josée April. Les deux autres artistes invités étaient Mélanie Bourassa, à la clarinette et à la clarinette basse et Benoît Plourde au saxophone. L’assistance a pu entendre, en plus des œuvres pour orgue solo du répertoire, des œuvres de Denis Bédard, d’Enrico Morricone et de Félix Mendelssohn ainsi qu’un « medley » plus léger d’airs d’opéra. Pour éviter des frais de poste, les membres en règle présents à ce concert recevaient en main propre le numéro de Mixtures 47 et un CD maison de l’enregistrement des Variations Goldberg de Bach interprétées à l’orgue par Mireille BéginLagacé lors de son concert de novembre dernier. Grand merci à cette grande artiste qui a aimablement acquiescé à notre demande d’offrir à nos membres ce cadeau en ce début d’année 2018! Le prochain concert aura lieu le 27 mai à 15 heures. Le thème en sera « la musique d’orgue de salon et ses compositeurs ». Les pièces choisies et interprétées à l’orgue par Josée April seront commentées par Gérard Mercure. Suivra de près, la dernière activité de la saison, le 10 juin, le concert traditionnellement dédié aux jeunes organistes qui sera cette année élargi aux élèves en clavecin, chant et hautbois.

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Histoire de suivre le progrès, les Amis de l’orgue de Rimouski ont recours maintenant au grand écran. Depuis la fermeture de la cathédrale, tous Or son orgue est de style néobaroque et l’organiste joue dos au public. Pour offrir plus d’un point de vue, quatre caméscopes ont été utilisés lors du dernier concert, un premier présentant l’organiste de profil, un deuxième en plongée pour voir les mains aux claviers, un troisième pointant vers le lorsque l’orgue joue avec d’autres instruments. Une régie portable concentrait ces quatre vues sur un même moniteur, dont l’une était retenue pour la projection sur grand écran. En attendant le jour où les Amis de l’orgue pourront s’offrir l’affichage sur grand écran télé 4K incurvé…

Drummond par Don Belval

La saison 2018-2019 des Amis de l’orgue de Drummond s’avère des plus prometteuses et offrira les prestations suivantes : 

Le 28 octobre 2018 : les deux frères Claude et Robert-Patrick Girard (respectivement de les grands classiques de la musique jusqu’à l’opéra) arrangés pour orgue quatre mains (et quatre pieds)! Une occasion de redécouvrir l’orgue dans une nouvelle perspective!

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Le 9 décembre 2018 : pour célébrer Noël, le Chœur de chambre de Québec, spécialisé en chant a capella et dirigé par Robert Ingari, professeur de direction chorale à l’Université de Sherbrooke, se produira en collaboration avec Tous les ingrédients sont réunis afin entourant la fête de la Nativité!

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Le 28 avril 2019 : l’organiste Mélanie Barney et le flûtiste Grégoire Jeay seront réunis afin de nous faire entendre de grandes pages de la musique baroque. Une occasion de mettre en valeur les deux orgues de la basilique SaintFrédéric et, tout particulièrement, l’orgue néobaroque dans le chœur de la basilique.

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Parutions par Robert Poliquin Œuvres pour orgue et autres instruments Katherine Evans, trompette; Julia Nolan, saxophone; Rachel Alflatt et Denis Bédard, orgue C’est tout un cadeau que nous font les Éditions Cheldar en publiant un enregistrement regroupant des œuvres écrites entre 2012 et 2015 par Denis Bédard. Outre les pièces pour orgue solo, on peut y entendre des œuvres pour orgue à quatre mains ainsi que pour trompette et orgue et saxophone et orgue. Pour réaliser ce projet, quatre orgues Casavant de la région de Vancouver ont été mis à contribution. Les œuvres présentées sont très diversifiées et reflètent l’immense talent du compositeur. En plus d’y retrouver les sonorités que l’on peut qualifier de caractéristiques du style de Denis Bédard, on voyage à partir des styles anciens jusqu’aux plus contemporains. À part deux œuvres qui font appel à des thèmes connus, tous les autres sont le fruit de l’imagination et du talent du compositeur. C’est un enregistrement à ne pas manquer. Il est en vente aux Éditions Cheldar, via internet, à l’adresse www.cheldar.com Éditions Cheldar, CHCD 02 (2017)

La grande École d’orgue française Église Saints-Anges, Lachine Casavant, Opus 869, 1920/2006, IV/P, 65 jeux, 71 rangs Matthieu Latreille Le superbe instrument aux immenses richesses sonores installé dans l’église Saints-Anges est, sans contredit, l’instrument idéal pour l’interprétation des chefs-d’œuvre de la grande école d’orgue française post-romantique. Des œuvres de Jehan Alain, Nadia Boulanger, Marcel Dupré, Maurice Duruflé, André Fleury, Charles Tournemire, Louis Vierne et Charles-Marie Widor nous font faire un tour d’horizon quasi complet de cette époque. Dans des interprétations que je qualifierais de « personnelles » quant au choix des registrations et des tempi, on retrouve dans cet enregistrement de belles pages de ce répertoire. On y sent tantôt toute la douceur et l’esprit méditatif, dans certains passages mais aussi toute la fougue dans les mouvements vifs qui, mêlée à la puissance sonore de l’instrument, provoque un envoûtement certain. Cette prestation d’un représentant de la « nouvelle génération d’organistes » mérite amplement notre admiration. À entendre et réentendre quasi religieusement! Aoede, AE 85320 (2017) En vente chez amazon.ca et ebay.ca Page 32

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Revue des revues par Robert Poliquin FRANCE

SUISSE

L’orgue francophone / BULLETIN DE L’ORGUE FRANCOPHONE, FFAO, 13 rue de Balzac, 93600 Aulnay-sousBois, France.

La Tribune de l'orgue R E V U E S U I S S E R O M A N D E , Guy Bovet, CH-2000 Neuchâtel, Suisse

. , France. (Supplément de musique et CD avec chaque numéro) No 38, Automne 2017 : Finlande : L’orgue dans l’histoire et la culture; Jean Sibelius et la musique d’orgue après lui; Helsinki et ses orgues — Didier Comtet, un musicien singulièrement pluriel — L’orgue et l’architecture : I. Les buffets — Rencontre avec Gilbert Amy — Le fonds Alain. No 39, Hiver 2018 : Olivier Messiaen : Avoir rencontré Messiaen; Le modèle et l’invention; Le fonds Olivier Messiaen à la Bibliothèque nationale de France — L’orgue et l’architecture : II. La situation dans l’édifice, les usages et l’acoustique — Notes sur l’interprétation des œuvres de Dietrich Buxtehude — L’apprentissage du geste musical sous l’éclairage des neurosciences — Rencontre avec Arnaud Van de Cauter. BELGIQUE

— Hommages à trois grands organistes : Pierre Pincemaille, Michel Chapuis, Yuko Hayashi — Le pouls des hommes et de Dieu — Quart d’heure d’improvisation : Fill in the blanks — de M. Philéas Fogg — Les orgues de la Fraternité réformée de Christianfeld au Danemark — Le petit orgue de Coppet — Actualités. CANADA Organ Canada / Orgue Canada / JOURNAL BIMENSUEL DU COLL GE ROYAL CANADIEN DES ORGANISTES (RCCO/ CRCO), 202-204 St. George Street, Toronto, ON V 31 No 1, Winter 2018 : OrganWORX : Alive and Well on Vancouver Island — Juget-Sinclair, Opus 45, St. Luke Lutheran Church, Ithaca, NY, 2016 — The Mystery of the Casa Loma Organ — Student Academy Grows to Record Numbers with McGill University Partnership — A Sabbatical Journey : Reformation Exhibits, Weimar, and the Leipzig BachFest — Montréal Organ Festival Reviews, Part II — Considering an Organ Rebuild?

. V 49, No 195, 2017/3 : L’orgue dans la Revue et Gazette musicale de Paris (1834-1880) 7e partie — Réédition d’articles sur l’histoire de la facture d’orgues en Belgique et dans le Nord de la France (XVIe et XVIIe siècles) 3e partie — Paul Barras, tel que je l’ai connu — Partitions : Suite de Saint-Roch (Zbigniew Kruczek), Cathédrale Saint-Paul (Fabrice Renard). V 49, No 196, 2017/4 : L’orgue dans la Revue et Gazette musicale de Paris (1834-1880) 8e partie — Réédition d’articles sur l’histoire de la facture d’orgues en Belgique et dans le Nord de la France (XVIe et XVIIe siècles) 4e partie — À propos du « carnet de bord » des carillonneurs — Partitions : Offertoire pour la fête de la Sainte-Trinité (Ernest Depienne), 7 Petits Canons (Edmond De Vos).

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ÉTATS-UNIS (OHS), P.O. Box 26811, Richmond, VA 23261

The Diapason / 3030 W. Salt Creek Lane, Suite 201, Arlington Heights, IL 60005 V 108, No 11, November 2017 : The Restoration of the chancel organ at the Cathedral-Basilica of Notre-Dame de Québec — Sacred Music Intensive Workshop, Jacobs 9 2017 — Johann Sebastian Bach’s Fantasy in G Major BWV 572 : A Legendary Opus — Feature: Church of St. Ignatius Loyola, New York, NY; Mander, 1993, (IV/P, 68/90)

— Feature: St. Stephen’s Episcopal Church, Richmond, VA; Aeolian-Skinner/Emery Brothers, Opus 1110, 1951 (IV/P, 63/69) The American Organist / JOURNAL OF THE AMERICAN GUILD OF ORGANISTS (AGO), 475 Riverside Drive, Suite 1260, New York, NY 10115 V 51, No 11, November 2017 : Priscilla’s Pedals, Pipes and Pizza — Emma Lou Diemer Celebrates the Journey — Education : A Priority — Interview with Damin Spritzer — United Methodists Convene in Little Rock — What Tango Has Taught Me about Church Music

V 109, No 1, January 2018 : A report from Maine: The 2017 Historic Organ Institute, October 24-28, 2017 — Louis Debierre Choir Organ 1884 — Feature: First Baptist Church of Christ, Macon, GA; Schlueter in 2018 — Hinners & Albertsen on the Mississippi Bluffs, Part I — Pipe Organs of La Grange, IL and the Architectural Edifices That House Them : Part IV: Convent of the Sisters of St. Joseph — Feature: Zion Lutheran Church, Appleton, WI; Russell 2016 (IV/P, 80/49)

V 51, No 12, December 2017 : Remembering Robert Price — 2017 French Organ Music Seminar — John Gardner Centenary — Using Jazz-Influenced Music in Worship — Organs of the Marienkirche in Wolfenbüttel, Germany — Artistic Organ Registration

V 109, No 3, March 2018 : Hinners & Albertsen on the Mississippi Bluffs, Part II — A Tribute to Luigi Ferdinando Tagliavini (1929-2017) — Feature: Christ the King Chapel, St. John Vianney Theological Seminary, Denver, CO; Kegg (III/P, 19/25)

V 52, No 1, January 2018 : Robert Cundick, Salt Lake City Mormon Tabernacle Organist — Shanghai Organ Competition — Remembrances of Haarlem — Piano Maintenance

V 109, No 4, April 2018 : Remembering Yuko Hayashi (1929-2018) — A conversation with Morgan and Mary Simmons — Feature: St. Patrick Catholic Church, Huntingdon, NY; Roosevelt, Opus 408, 1889/Glück 2014, Chancel: Opus 16 (III/P, 29/16), Gallery: Opus 17 (III/ P, 55/46)

V 52, No 2, February 2018 : 57th University of Michigan Organ Music Conference — The Use of Rubato in the Organ Works of Franck V 52, No 3, March 2018 : Harmony as a Vehicule for Transcendence in the French Organ School — Claudel’s Le Chemin de la Croix : a new translation

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