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Numéro 43

Novembre 2015

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

www.fqao.org


Fédéra on Québécoise des Amis de l’Orgue Laurent Duval L’orgue, ce méconnu Montréal, FQAO, 2012, 305p. 11 planches couleur 20 $ (+ 4 $ frais d’expédi on par la poste)

de l’orgue au Québec. Après un bref rappel de l’histoire du développement de l’orgue au cours des siècles, l’auteur nous amène au début du XIXe siècle en nous dépeignant le rôle qu’a joué Albert Schweitzer dans la sauvegarde de l’orgue classique. À ce rappel historique s’enchaîne l’histoire de la facture d’orgue au Québec ainsi que de sa « renaissance » à la fin des années 1950 et au début des années 1960. La deuxième par e de l’ouvrage nous amène au cœur du répertoire de la musique d’orgue et s’a arde principalement sur l’œuvre pour orgue de J. S. Bach avec un bref commentaire sur ses principales œuvres.

Libellez votre chèque au nom de la FQAO et expédiez, par poste à FQAO 1749 rue Boisvert, Laval, QC H7M 2L1


Sommaire

Mixtures Coordonnateur Robert Poliquin

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Présentation

Comité de rédaction Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Yves-G. Préfontaine Michelle Quintal

Les organistes 5

Collaborateurs à ce numéro Sylvain Barrette, Donald Berval, Louis Brouillette, Esther Clément, André Côté, Gérard Mercure, Robert Poliquin, Yves-G. Préfontaine, Michelle Quintal, Gabrielle Tessier

Massimo Rossi Les instruments

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La cathédrale Saint-Germain de Rimouski Les concours, congrès, conférences

Révision Marcelle Maheu, Gérard Mercure Impression Les Copies de la Capitale Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : Canada : 5 $ par numéro États-Unis : 7 $ par numéro Europe : 11 $ par numéro er

Date de tombée : 1

du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com Mixtures Robert Poliquin 1203, rue du Sieur-d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Novembre 2015 ISSN 1201-5741

Les chroniques 22 23 24 25 26 27 28 32 33

Nécrologie Ici et là, au Québec... - Montréal - Québec - Drummondville - Estrie - Mauricie Parutions L’orgue sur le web Revue des revues

En couverture : Casavant, Opus 121, 1899 Létourneau, 1999 2 claviers et pédalier 17 jeux, 19 rangs Traction mécanique des claviers et des jeux Église des Saints-Anges Ham-Nord, QC

Les textes publiés n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs.

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Présentation Les concerts d’orgue ont la cote! C’est ce qu’on serait porté à croire. Depuis un an ou deux, soit après l’installation de prestigieux instruments dans des salles de concert (Maison symphonique à Montréal, Palais Montcalm à Québec), on voit renaître un certain intérêt pour ne pas dire un certain engouement pour les concerts d’orgue. Le simple fait d’avoir sorti l’orgue de son milieu traditionnel, l’église, d’offrir des sièges plus confortables et d’en faire une sortie ont pu favoriser cet état de choses. toute la technique des récitalistes alors que ceux-ci sont souvent relégués, dans nos églises, dans les hauteurs de leur tribune. Même les activités de vulgarisation et les visites d’instruments suscitent la curiosité de la population. Sur son site internet, la FQAO s’efforce de faire savoir où se déroulent les différentes activités reliées à l’orgue. Pour l’année 2015, on y recense environ 250 activités, et ce, dans les quatre coins du Québec. Dans sa mesure, la revue Mixtures s’efforce de faire écho à ces activités et rendre hommage à tous ces artistes qui en assurent le succès. Il faut aussi souligner l’initiative de L’orgue et son lieu parrainée par le Concours international d’orgue du Canada et qui présente des concerts d’orgue dans différentes villes et différents villages du Québec là où normalement on ne retrouve pas ce genre d’activité. Par la même occasion, c’est la découverte d’instruments, moins prestigieux peut-être, mais d’excellente qualité et bien entretenus qui font maintes fois l’orgueil des résidents. La réponse du grand public est souvent surprenante. Cette recrudescence d’intérêt pour l’orgue oblige les responsables des différentes sociétés de concerts à diversifier leur offre afin de pouvoir rejoindre cette nouvelle clientèle et de faire connaître les nouveaux talents. Au moment de terminer la mise en page de cette édition, c’est avec beaucoup de regrets que nous avons appris le décès de l’abbé Antoine Bouchard, un des pionniers et digne représentant de la musique d’orgue au Québec, survenu le 21 octobre dernier. Nos plus sincères condoléances à la famille. Nous y reviendrons au prochain numéro. D’ici là, il est possible de revoir, sur YouTube, le merveilleux documentaire réalisé par Jacques Boucher en hommage à l’abbé Antoine à l’adresse suivante: https://www.youtube.com/watch?v=cWVUIpxWL7w

Robert Poliquin Coordonnateur

Dans notre dernier numéro, nous avons annoncé que Yves-G. Préfontaine se joignait à l’équipe de coordination de la revue Mixtures. Malheureusement et malgré les diverses relectures, nous l’avons associé au Cégep Maisonneuve alors que nous aurions dû l’associer au Cégep MarieVictorin. Nous aurions pu ajouter qu’il est aussi organiste titulaire à la chapelle du Grand Séminaire de Montréal. Nos excuses.

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MASSIMO ROSSI, organiste, professeur, compositeur et organologue par Michelle Quintal Quand on est passionné par quelque chose, on trouve toujours du temps à y consacrer. Or, Massimo Rossi a une authentique passion pour l’orgue et sa musique qui l’a conduit à des réalisations étonnantes. Jeune garçon, il rêvait de comprendre les mystères de l’organisation de la musique : il a été professeur de techniques d’écriture et d’organographie à la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Il avait jointes à son talent de facteur et de bricoleur l’ont amené à la fabrication de deux orgues d’appartement. Il avait rêvé encore de comprendre les secrets de l’interprétation : il joue en concert, spécialement la musique italienne. Il est un chercheur né et un musicien né. Massimo Rossi a vu le jour en 1933 à Supino, ville située à mi-chemin entre Mont-Cassin et Rome. Cette petite agglomération possédait trois orgues du XVIIIe siècle, dont deux construits par Cesare Catarinozzi et un autre par Conradus Werle (Tyrolien installé à Rome). Ce dernier instrument a particulièrement impressionné le jeune garçon, d’où sa passion pour l’instrument et, vraisemblablement, sa vocation pour la facture. Il quitte bientôt son village natal pour aller poursuivre ailleurs ses études classiques et musicales. Il se rend d’abord à Rome puis à Sienne. Il a seulement 12 ans quand il découvre seul, le monde de l’harmonie grâce à un traité de Luigi . Massimo Rossi affirme : « J’ai pu travailler cette science tout seul, parce que ce livre de Perracchio est remarquablement clair ». On se demande ici s’il faut s’étonner de la modestie de Massimo ou de l’acuité de son esprit. À 14 ans, il commence l’étude du contrepoint et de l’orgue. Deux ans plus tard, il devient professeur de solfège et de dictée, ainsi que répétiteur de la chorale. À 17 ans, il est nommé organiste du collège.

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Arrivée au Québec À l’âge de 20 ans, il émigre au Québec. Afin de défrayer le coût de son passage, il s’achète un accordéon et joue dans les noces. Dès son arrivée à Montréal, il devient l’organiste et chef de chorale de la paroisse Notre-Dame-de-la-Consolata. Malheureusement, on utilisait pour les offices un instrument électronique. Fort heureusement en 1964, la fabrication d’un orgue à tuyaux est confiée à la maison Tamburini de Crema (Italie). La maison Giovanni Tamburini a débuté ses activités en 1893. Dans la seule ville de Rome, elle a construit une centaine d’instruments, dont ceux de la basilique Saint-Pierre, au Vatican. Cette entreprise qui n’existe plus a exporté des orgues sur de la facture d’orgue en Italie.

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C’est Massimo qui conçoit le devis de cet instrument à sommiers à registres, à transmission électrique, qui comporte 47 jeux, dont deux sont en chamade, le tout réparti sur trois claviers et pédalier. Il y a cependant des sommiers pneumatiques pour la pédale et les tuyaux de façade. C’est bien sûr, Rossi lui-même qui eut l’honneur d’en faire l’inauguration en 1966. Il en restera le titulaire jusqu’en 1974. On l’invitera à en faire la « réinauguration » le 17 novembre sur les ondes de la Société RadioCanada en 1989 et 1995. Pour gagner sa vie (chacun sait que le métier d’organiste liturgique n’a jamais fait vivre personne ici), Massimo est obligé de travailler comme commis, puis comme aide-comptable dans différentes banques. Mais il donne aussi des cours privés de solfège, de théorie musicale, pas tout à fait celui dont il avait rêvé. Un jour, il rencontre des gens de Radio-Canada qui le persuadent d’offrir ses services à la grande Société. Celle-ci accepte et lui confie d’abord un travail de copiste. Mais on s’aperçoit assez rapidement qu’il peut faire des arrangements musicaux et même de l’orchestration. Même s’il s’agissait de musique légère, c’était déjà beaucoup mieux pour lui. « Cette période fut formatrice, avoue-t-il, et j’ai appris à écrire avec soin et rapidement. » Mentionnons que toute cette besogne se faisait sans le support de l’informatique. En 1961, à l’âge de 28 ans, sa vie prend un autre tournant. Massimo s’inscrit à la Faculté de musique de l’Université de Montréal au baccalauréat en musique profane. Il le décrochera avec la mention « summa cum laude», ce qui lui vaudra une médaille du Lieutenant-gouverneur du Québec. Il passe ensuite à la musique sacrée et, en 1964, il décroche une maîtrise. Jean Vallerand lui offre alors sa classe d’orchestration et Rosette Renshaw sa classe d’harmonie. C’est ainsi que pendant 33 ans, il a formé toute une génération de musiciens dans les disciplines d’harmonie, de contrepoint, de fugue, d’orchestration, d’harmonie au clavier, de composition, d’analyse, d’organologie ainsi que

En dépit de ce travail d’enseignement qui demande beaucoup de préparation, Massimo Rossi a trouvé le temps de présenter des récitals d’orgue, pour le 400e anniversaire de naissance de Frescobaldi. Il a d’ailleurs étudié l’orgue avec Françoise Aubut-Pratte. Il a aussi suivi les cours d’interprétation de Luigi Ferdinando Tagliavini et de Stefano Innocenti à l’Accademia di Pistoia. En 1986, à l’occasion d’une année sabbatique, il retourne en Italie étudier la restauration des orgues. Pourquoi aller en Italie? « En Italie, on fait historiques. Depuis fort longtemps, il s’y trouve de très grands spécialistes de ces questions » explique Rossi : il s’était évidemment procuré le traité « Teoria del Restauro » de Cesare Brandi. Il existe même à Florence un laboratoire de restauration des orgues historiques, institution qui loge dans le Palazzo Pitti. À Brescia, par exemple, un orgue Antegnati de 1581 a été restauré par Armando Maccarinelli, sous la direction de la Commissione per la tutela degli organi artistici della Lombardia avec consultation du professeur Tagliavini. Ce fut un des premiers instruments à être remis en son état originel selon une méthode scientifique rigoureusement philologique. C’était en 1956. Depuis, on en a restauré beaucoup d’autres. De retour au Québec, Massimo a étudié les orgues Déry, Casavant, Mitchell et Warren. Il s’est joint au comité des orgues de la Fondation du patrimoine religieux du Québec. Comité qui a été formé par le ministère des Affaires culturelles afin d’établir des critères pour la restauration des orgues Bouchard, Karl Raudsepp et Helmuth Wolff, il participe à des jurys pour la restauration entre autres du Mitchell de Saint-Michel de Vaudreuil, du Brodeur de Sainte-Monique-de-Nicolet, du Casavant de Saint-Léon-de-Maskinongé, pour ne mentionner que ceux-là. C’est ainsi que, parcourant la province de 1997 à 2002, il a monté de multiples escaliers conduisant à des jubés haut placés, souvent mal éclairés, afin d’examiner l’état d’une trentaine d’instruments et, par la suite, rédiger des rapports.

baroque et classique. Lors de sa retraite en 1997, il a eu l’honneur d’être reçu professeur honoraire.

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Facteur d’orgues Rossi opus 1 Avant d’aller plus loin dans mon propos, j’aimerais parler de l’orgue que Massimo Rossi a installé dans sa maison. Il me confie ce qui suit : « J’avais le goût d’avoir un orgue chez moi. Il faut dire qu’il y eut une époque dans ma vie où j’ai souffert de ne pas pouvoir jouer et passionné par la construction de ces instruments. Je voulais savoir comment ils étaient faits. En Italie, déjà, j’allais fureter dans les orgues. À Montréal, j’ai suivi de près le montage de l’orgue Tamburini de Notre-Dame-de-la-Consolata, du Beckerath de l’Oratoire Saint-Joseph ainsi que celui du Casavant du Sanctuaire Marie-Reine-desCœurs. » Après dix années de recherches sur la construction de l’orgue en général mais surtout sur la production du vent, ses systèmes de canalisation, son influence sur la sonorité du tuyau, il s’est lancé dans la construction de son orgue personnel. Deux années de labeur pendant lesquelles, il a dessiné, construit, harmonisé cet instrument inspiré de l’esthétique italienne classique. Le ventilateur et la tuyauterie de métal sont les seuls éléments qu’il n’a pas construits. Sur ce positif, il se donnait le plaisir de jouer les Toccatas et les Capricci de Frescobaldi ainsi que les Inventions, les Préludes et Fugues du Clavier bien tempéré de J. S. Bach avant d’aller enseigner. C’était sa bouffée d’oxygène de la journée. À traction mécanique suspendue, cet instrument possède quatre jeux : Bordone 8 Flauto 4 a camino (d’après Serassi) Decimaquinta (d’après Antegnati, XVIe siècle) Decimanona (aussi d’après Antegnati). en tirasse de forme concave comporte aussi 32 notes de do à sol. Les 224 tuyaux sont disposés dans un buffet de 8 pieds de hauteur. La pression de l’air est de 42 millimètres, le sommier est à registres et l’harmonisation s’inspire des méthodes traditionnelles italiennes.

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Voici ce qu’en disait Antoine Reboulot, organiste fort recherché pour des expertises d’orgues : « J’admire cet instrument pour la richesse de ses timbres, mais je suis surtout impressionné par son système mécanique qui permet à l’organiste, par le raffinement de son toucher, d’influencer l’entrée du vent dans le tuyau. On arrive ainsi à réduire le bruit d’attaque et on peut même faire varier l’intensité du timbre. Ce procédé était connu autrefois en Italie et Massimo Rossi l’a repris et même amélioré. » On a eu le plaisir d’entendre ce ROSSI opus 1 le 5 septembre 1980 sur les ondes de la SRC, à l’émission Récital d’orgue réalisée par Jacques Boucher. Denis Regnaud, organiste, y interprétait J. S. Bach, Frescobaldi et Scarlatti. Cette même année, Massimo Rossi l’a aussi joué et présenté à Musique en fête.

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ROSSI opus 2 Massimo a construit un deuxième orgue. avec le ripieno, la Voce umana et la Flûte 4, donc une composition typiquement italienne des orgues classiques. Je voulais aussi continuer mes recherches sur le vent. » Cet instrument à un clavier, à traction mécanique suspendue, comprend huit jeux : Principale 8 en bois, première octave bouchée Ottava 4 en métal, première octave en bois Quintadecima 2 Decimanona 1 1/3 Vigesima seconda 1 Vigesima sesta 2/3 Flauto in Ottava 4 en bois (première octave en commun avec Ottava) Voce umana (ondulant sur Principale 8) Uccelli (oiseaux, 5 tuyaux) Les six premiers jeux constituent le ripieno tandis que les deux autres jeux sont complémentaires. Le pédalier en tirasse est droit et court. Il comprend 20 touches dont 17 notes de do à mi. Les trois dernières touches dans l’aigu peuvent sonner comme anches continues (cornemuses, fa-do-sol), ce qui est très utile pour jouer les pastorales. Cet instrument fini en cerisier possède 406 tuyaux, disposés dans un ordre symétrique, afin d’obtenir la sonorité caractéristique de l’époque ancienne. La façade possède trois champs. La construction s’est étalée sur trois ans. Les registres (sliders) sont en bois, comme ceux du premier orgue, la Flûte 4 de même que le Principal 8 est aussi en bois. Il a été accordé selon le tempérament d’Alessandro Barca (1/6 comma syntonique). Cet orgue a été entendu à l’émission Récital d’orgue le 29 avril 1987. L’organiste Luc Beauséjour y a joué J. S. Bach, Palestrina et Scarlatti. Le ROSSI opus 2 a aussi été employé pour la création du Concerto per Organo ed Orchestra d’Archi d’une durée de 24 minutes que Rossi a composé à la suite d’une commande du réalisateur Denis Regnaud, concerto entendu aux Grands Concerts de la Société Radio-Canada le 27 mars 1987 avec l’organiste soliste Geneviève Massimo, pour sa part, y jouait de la musique italienne. Pour ce faire, on avait transporté son orgue à l’église Sainte-Famille à Boucherville. Ce concert ouvert au public a attiré plus de mille personnes.

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En 1990, Massimo a eu la grande satisfaction d’en graver le son sur étiquette UMMUS 303 (production de la Faculté de musique de l’Université de Montréal) en y interprétant des œuvres de l’école d’orgue napolitaine de Valente, De Macque, Trabaci, Mayone, Salvatore, Strozzi, Storace ainsi qu’Alessandro et Domenico Scarlatti. Pour cet enregistrement, son instrument avait été déménagé à l’église Madonna della Difesa à Montréal. (Voir différentes recensions soit Le Devoir, Carol Bergeron, 27 juin 1992, Le Canada français, Michel Phaneuf, 15 juillet 1992, le Bulletin des Amis de l’orgue de Québec, Irène Brisson, no 112, avril 2008 et Mixtures, no 28, mai 2008). Interprète Massimo Rossi fut aussi organiste concertiste, et ce, principalement à Montréal. Il s’est produit notamment sur le Létourneau de l’église SaintGilbert (1995), sur le Wolff du Redpath Hall (1984, 1986, 1990, 2002), sur le Guilbault-Thérien de la chapelle du Sacré-Coeur de la basilique Notre-Dame (1984), sur celui de la chapelle du Grand Séminaire de Montréal (2003), sur le Beckerath de Queen Mary Road United Church (1987) ainsi que celui de l’église Immaculée–Conception (1993).

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Il s’est aussi produit sur différents Casavant dont ceux de la basilique Notre-Dame de Montréal (1962), de la chapelle des Sœurs Antoniennes à Chicoutimi (1987), des églises Saint-Marc de de Lachine (2006) ainsi que sur celui de la chapelle du Séminaire Saint-Joseph à Trois-Rivières (1992). En 1969, il a inauguré le Tamburini de la St. John Parish à Guelph (Ontario) ainsi que le Tsuji, copie d’un instrument de Domenico Gentile (1762) installé dans The Old Brick Church à West Brome. Il a également inauguré, en 1997, l’Edward Lye (1878) de Saint-Pierre de La Patrie, instrument restauré par le facteur Denis Juget. Récital d’orgue et Tribune de l’orgue de la Société Radio-Canada. Le 25 avril 1993, il a joué en concert sur le nouvel orgue italien de Karl Wilhelm installé pour l’occasion à l’église Notre-Dame-de-la-Défense.

À la suite de cet événement, le 2 octobre 1993, Karl Wilhelm lui expédie une lettre dont voici un extrait : « Quelques mois se sont écoulés depuis l’installation de l’orgue de la Madonna della Difesa et je croyais que le temps aurait émoussé l’impression profonde que m’a laissée votre collaboration à ce projet. Bien au contraire, le respect que moi et toute mon équipe avons pour votre compétence ne fait que s’accroître et nous en sommes ravis. L’intérêt que le milieu musical a manifesté pour cet orgue italien ne laisse aucun doute sur la justesse de votre intervention et méconnue dont vous êtes l’éloquent défenseur. » Quel témoignage éloquent! De Karl Wilhelm, il fut aussi appelé, en 2001 et 2002, à toucher en concert l’instrument de la cathédrale anglicane Christ Church de Montréal. Il offre aussi au public italien des prestations sur les orgues de Franz Zanin à Pistoia (1984), sur celui des Fratelli Ruffati de Castel Gondolfo (1986) et surtout sur celui de Conradus Werle de l’église San Pietro à Supino (1986), instrument entendu dans son jeune âge et pour lequel de sa restauration. Rien d’étonnant à ce que le professeur Rossi ait consacré un article à ce facteur : Johannes Conradus Werle, Organ builder (paru dans The American Organist en décembre 1984). Compositeur Massimo Rossi a écrit et continue à écrire. Son catalogue contient une cinquantaine d’œuvres vocales et d’œuvres instrumentales de différents styles, destinées à des formations diverses et orgue : deux Préludes (1952) et Corali su religieuses avec accompagnement d’orgue.

Orgue Wilhelm, Opus 129, 1993, II/P, 15 jeux, 15 rangs À l’origine installé dans l’église Madonna della Difesa à Montréal et maintenant dans l’église Très-Saint-Rédempteur à Montréal.

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Puis il y a eu sa période canadienne avec l’écriture de nombreuses harmonisations et d’œuvres vocales avec accompagnement d’orgue ou a cappella. Certaines ont été entendues lors des multiples messes de mariage (il y en a eu jusqu’à 13 certains samedis d’été!) célébrées à l’église italienne Notre-Dame-de-la-Consolata.

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Quatre de ses motets : Alma Redemptoris Mater (1973), Exultate Justi in Domino (1975), Virgo Dei Genitrix (1982), Te lucis ante terminum (1985) ont été interprétés en 1999 à l’occasion d’un concert-hommage à Massimo Rossi. Le chœur de l’Université de Montréal les chanta sous la direction de Louis Lavigueur. Marc-André des Sources. L’organiste Éric Reinhart y joua alors la partie soliste du Concerto per Organo ed Orchestra d’Archi. Dans ce concerto, il est intéressant de noter que le compositeur a réutilisé certains éléments de Organ Suite in Four Sections, œuvre composée en 1970. Prière pour Saint-François pour soprano, deux violons, violoncelle et orgue a été créée à Burlington, au Vermont, en 1983. Sa première Messe, Missa Virgo Consolatricis écrite en 1960, pour alto, ténor et basse avec accompagnement d’orgue, a été entendue pour la première fois en 1962 à l’occasion de la consécration de l’église italienne où il était organiste. À la lecture de cette œuvre, lors de son examen d’admission à la Faculté de musique de l’Université de Montréal, Jean-Papineau-Couture, alors secrétaire de la Faculté, a immédiatement intégré le musicien dans les classes avancées d’écriture. Le chœur de la basilique Notre-Dame à Montréal, sous la direction de Jean-Pierre Guindon, a fréquemment interprété cette messe ainsi que des extraits de la Missa Notre-Dame Montis Regis pour chœur à quatre voix mixtes a cappella, écrite en 2001 et dédiée à la mère du compositeur. Ce chœur a enregistré le motet Exultate Justi in Domino. Pour orgue solo, Massimo a écrit six œuvres dont Pastorale et Offertoire (1963), Sonate pour orgue en trois mouvements (1964) et finalement Organ Suite in Four Sections (1970) mentionnée précédemment. Pour la présentation des deux autres œuvres importantes de 2006, cédons la parole à Jacquelin Rochette qui a eu le privilège de les créer : Sonata per Organo su spunti tematici della Messa degli Angeli (Sonate pour orgue sur le thème de la Messe des Anges) est une grande fresque dédiée au mécène Noël Spinelli afin de souligner son soutien à la cause artistique et surtout son appui de l’église des Saints-Anges de Lachine. Les couleurs particulières de cet instrument et l’acoustique exceptionnelle du lieu où il résonne comptent parmi les sources d’inspiration de cette œuvre magis– Page 10

trale de 25 minutes. Massimo Rossi à toutes les ressources de l’orgue et met à l’épreuve la technique de l’organiste. À la basilique Notre-Dame de Montréal en juillet 2010, j’ai joué les Trois Ricercari sur Victimae paschali Laudes. Dans cette œuvre qui m’est dédiée, Massimo exploite dans une écriture toute empreinte de finesse, les couleurs délicates de l’orgue, tantôt en dialogue, tantôt en voix soliste réservant les Jacquelin Rochette m’a confié qu’il rejoue ces Ricercari à Pâques lors des célébrations liturgiques. Il a aussi l’intention d’enregistrer ces deux compositions en utilisant l’orgue Casavant de la cathédrale de Saint-Hyacinthe. Intermezzo instrumentale pour saxophone alto et orgue a été enregistré par la saxophoniste Sophie Poulin de Courval et l’organiste Jacques Boucher qui l’ont aussi interprété une vingtaine de fois en concert non seulement au Québec mais aussi aux États-Unis et en Europe. À la suite d’une suggestion de Jacques Boucher, Massimo Rossi a transcrit pour orgue, une partie écrite pour piano, 5e mouvement de Des Béatitudes Modernes, cantate en six mouvements destinée à un chœur à quatre voix mixtes avec piano, saxophone alto et deux solistes. Il est intéressant de noter qu’à l’occasion du 25e anniversaire de l’Alliance des chorales du Québec, Jean-Pierre Guindon, alors vice-président du conseil d’administration, avait commandé à Massimo cette œuvre écrite sur un texte du sociologue Jacques Grand’Maison. Créée en novembre 2000 à la basilique Notre-Dame, l’écriture de cette cantate a bénéficié d’une subvention du Conseil des Arts du Canada. Voici ce que m’a écrit Jean-Pierre Guindon au sujet de cette musique: « J’ai eu le bonheur de créer Des Béatitudes Modernes et aussi de les rediriger dans la Ce concert célébrait le travail de chef de chœur que je pratiquais depuis cinquante ans. Le Chœur de la basilique Notre-Dame et ses solistes participaient à ce concert ainsi que le saxophoniste André Moisan et la et Jacques Grand’Maison étaient présents. J’entendis ce dernier dire au compositeur après le concert : Je n’avais jamais imaginé à un texte! » Quelle reconnaissance à l’égard du compositeur! Mixtures, numéro 43, novembre 2015


En novembre prochain, l’organiste Philip Crozier créera avec l’ensemble I Musici de Montréal sous la direction de Jean-Marie Zeitouni Pièce de fantaisie pour orgue et orchestre à cordes à l’orgue des Saints-Anges de Lachine lors d’un concerthommage à Massimo Rossi. Notons que cette musique a été composée par le jubilaire pour cette circonstance spéciale. Sont aussi inscrits à cordes. Varia Entre autres activités, le professeur Rossi collabore, de 1984 à 2002, avec le Conservatoire de musique du Québec qui retient ses services comme juge de fin de cycle en écriture et en orgue. En 1981, il a été juge pour le Concours d’orgue John-Robb, en 1993, pour l’International Organ Competition AGO et en 2002 pour l’Université McGill au niveau du doctorat en orgue. Le ministère des Affaires culturelles du Québec lui a demandé de participer, à titre d’expert, au cours des années 1990-1991 au Comité d’évaluation d’intérêt patrimonial des orgues et du contexte d’intervention. Professeur invité par l’Université Laval hors campus, il a présenté en 1987 à Jonquière le cours Organologie et esthétique de l’instrument. Au bénéfice de ses étudiants (dont j’étais) et afin de nous faire comprendre le fonctionnement de la mécanique suspendue, Massimo a utilisé un modèle miniature (construit par lui-même) comprenant abrégé, laye, gravure, soupape, table, registres, faux registre et chape. Au fil des années, il a été consultant pour les orgues Tamburini (cinq instruments, dont quatre de maison) et pour les Ateliers Karl Wilhelm de Mont-Saint-Hilaire, notamment pour celui de l’Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. Il a aussi préparé des devis pour de nouvelles orgues dont une dizaine ont été réalisés. Épilogue Reconnu par ses anciens élèves comme un artiste virtuoso de l’enseignement de l’écriture en particulier, Massimo Rossi, tel un architecte, a mis sur pied les programmes d’harmonie tonale, d’harmonie du XXe siècle, de contrepoint, de fugue, d’harmonie au clavier, d’organographie et de composition complémentaire en plus d’animer des séminaires et de diriger des recherches. Peuvent en témoigner les musiciens Paolo Bellomia, Benoît Charest, Pierre Desrochers, Richard Grégoire, Albert Grenier, Denis Gougeon, Benoît Groulx, Oilan Lanna (Brésil), Marc Larochelle, Mixtures, numéro 43, novembre 2015

Denis Lorrain (France), Marie Pelletier, Jean Saulnier pour ne nommer que ceux-là. Il est aussi reconnu par ses pairs comme personneressource pour l’interprétation du répertoire de la musique italienne pour orgue. Peuvent le corroborer les organistes Jacques Boucher, Hélène Dugal, André Laberge, Réjean Poirier, Yves-G. Préfontaine, Antoine Reboulot et moi-même. Et que dire des deux instruments de son cru! Et des autres pour lesquels il a collaboré. Cet italien de naissance apporte une couleur particulière à notre monde organistique québécois par son art de vivre, sa personnalité unique, ses interprétations et ses compositions. Puis-je souhaiter qu’une ou plusieurs œuvres pour orgue de Massimo Rossi soient interprétées un jour sur le magnifique Casavant de la salle de la Maison symphonique de Montréal? Publications Influences of key-channel chests on organ tone Johannes Conradus Werle Organ Builder The American Organist, December 1984, AGO, New York Connaissons-nous bien notre instrument? Laudem, no 3, mai 1991 , Casavant Frères L’orgue de l’église Saints-Anges à Lachine Mixtures, no 26, avril 2007 Discographie L’école d’orgue napolitaine Massimo Rossi, facteur de l’orgue et organiste UMMUS 303 (1992) Exultate Justi in Domino Motet à quatre voix et orgue Chœur de la basilique Notre-Dame de Montréal Jean-Pierre Guindon, direction Pierre Grandmaison, orgue CD ND002, 2000 Intermezzo instrumentale 5e mouvement de Des Béatitudes Modernes Œuvres pour orgue et saxophone Sophie Poulin De Courval, saxophone, Jacques Boucher, orgue Société Métropolitaine du Disque Inc./Espace 21 (2012) Page 11


Conférences 1978

The Early, the Classic and the Baroque Italian Organ, Royal Canadian College of Organists. Une brochure de neuf pages distribuée aux membres.

1989

Les orgues historiques de Rome, deux émissions d’une heure chacune Tribune de l’orgue de Radio-Canada.

1993 Girolamo Frescobaldi : son style, la registration, Les Amis de l’orgue de Montréal. 1993 Les jeux de l’orgue, Association des organistes liturgiques LAUDEM. 1994 1994

Profil historique de l’orgue, Archidiocèse de Montréal. -

Série des conférences LAUDEM

1994 L’orgue à tuyaux instrument musical de l’église chrétienne occidentale, émission Religions et sociétés de Radio-Canada, conférence-entrevue. 1995 1999

Défense, Les Amis de l’orgue de Québec. Emploi des jeux et des textures sonores de l’orgue contemporain, Massimo Rossi : la registration, Sylvain Caron : l’écriture contemporaine pour orgue, à l’église Immaculée-Conception. Faculté de musique de l’Université de Montréal pour les étudiants des classes de composition.

NDLR Ce texte et les témoignages s’y rattachant sont disponibles sous forme de tiré-à-part auprès de la FQAO. Pour commander, visitez le site internet de la FQAO à www.fqao.org et sélectionnez l’onglet Publications.

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Mixtures, numéro 43, novembre 2015


La cathédrale Saint-Germain de Rimouski par Gérard Mercure

« Fermée pour une période indéterminée » La fermeture de la cathédrale Saint-Germain de Rimouski, en novembre 2014, faisait la manchette dans les médias. Pour des raisons de sécurité, Mgr l’archevêque Pierre-André Fournier, en concertation avec le Conseil de la Fabrique SaintGermain, fermait les portes de la cathédrale à l’usage du public pour une période indéterminée, tant que des travaux pour sécuriser les lieux ne et contreforts affaiblis par des infiltrations d’eau, telles sont les causes de cette fermeture devancée de quatre mois. Pour parer au plus pressé, des travaux de consolidation des pierres de l’édifice ont été entrepris et une clôture a été érigée tout autour de la cathédrale. Un comité de travail Cathédrale 1862, ainsi nommé en rappel de la date d’inauguration de l’église qui allait devenir la cathédrale, se mettait au travail et déposait son rapport au printemps 2015. Il était face à deux options : démolir ou rénover. Dans un contexte de budget de fonctionnement déficitaire récurrent, la Fabrique Saint-Germain estimés à 5 000 000 $ sur dix ans. En dépit de ce fait, le comité a retenu la deuxième solution en proposant une nouvelle vocation à l’édifice : le transfert à un organisme à but non lucratif (OBNL) qui regrouperait l’ensemble des OBNL de la Ville. Le projet consiste à « réaménager l’intérieur (en conservant certains éléments tels que l’autel, l’orgue, un lieu de rassemblement au chœur de la cathédrale, etc.) »1 Pour y arriver, quatre étapes doivent être franchies : 1) obtenir l’accord de la Corporation épiscopale et de la Fabrique Saint-Germain, 2) entreprendre une démarche auprès du Conseil du patrimoine du Québec pour que le bâtiment soit classé « immeuble patrimonial » et le rendre ainsi éligible à une aide financière gouvernementale, 3) proposer à la Ville de Rimouski de se rendre propriétaire d’un terrain en face de la cathédrale en échange de l’entretien à long terme une fois celleci « restaurée », et enfin 4) que la Ville consente à payer les coûts d’une consultation publique dans le but de valider l’acceptabilité des Rimouskois face au financement possible du projet.

Pour comprendre le sens de la démarche auprès du Conseil du patrimoine du Québec, il faut revenir à l’inventaire des lieux de culte du Québec des de Rimouski n’a pas obtenu une cote la rendant éligible aux subventions des fonds du Conseil du patrimoine religieux du Québec. L’intérieur de la cathédrale avait subi des modifications importantes lors des rénovations de 1967.

La cathédrale, témoin historique majeur de Rimouski, 1974. P. 2. Mixtures, numéro 43, novembre 2015

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Récemment, la Société rimouskoise du patrimoine (SRP) s’est portée à la défense de l’intérieur de cet édifice. Selon elle, les transformations n’ont pas été une erreur historique. Ces rénovations lont même redonné à l’édifice le style qu’il avait à l’origine, celui d’une architecture néo-gothique aux lignes dépouillées. Fort de cet argument, la Société rimouskoise du patrimoine de Rimouski va présenter sous peu à la Fabrique un rapport, qui sera par la suite déposé au ministère de la Culture classer la cathédrale immeuble patrimonial et par conséquent obtenir l’accès à une aide financière adéquate ». La Fabrique a accepté de défrayer les coûts de cette démarche.2 Un orgue devenu muet qu’on risque d’oublier À l’invitation du Comité Cathédrale 1862, une séance d’information sur l’avenir de la cathédrale tenue le 28 avril 2015, réunissait plus de 200 personnes à l’église Saint-Pie X. Plusieurs membres du conseil des Amis de l’orgue de Rimouski y étaient présents. J’y ai souligné le fait que l’orgue était à peine mentionné dans ce projet et qu’il était encore moins question de son sort dans les médias locaux. Même si l’orgue de la cathédrale n’est pas un bien patrimonial selon les critères du Conseil du C’est l’instrument le plus imposant tuyaux et ses quatre claviers. Cet orgue Casavant Frères (opus 79) acquis par la Fabrique Saint-Germain en 1921 a donné aux offices religieux de son époque toute leur magnificence. Il a favorisé, par le biais de la présentation de concerts sacrés et de l’accompagnement des grandes œuvres vocales, une tradition florissante du chant choral à Rimouski. Il reflétait toutefois l’esthétique du temps alors influencée par la facture romantique américaine qui recherchait les sonorités de l’orchestre. La rénovation de 1979 par le facteur GuilbaultThérien allait mettre en relief son caractère symphonique dans la tradition française héritée du 19e siècle, et cela, par un long travail technique de réharmonisation.

2

René DesRosiers, « La Cathédrale de Rimouski dans tous ses états », En chantier, no 105, p.13. Aussi dans le même numéro et du même auteur, « De nos parents à nos enfants, la cathédrale de Rimouski », p. 5.

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À sa fonction première d’orgue liturgique, s’ajoutait celle de grand orgue de concert. Des organistes de renom, tant européens que québécois, y ont interprété les grandes œuvres écrites pour l’orgue. De plus, il a contribué à la formation des élèves en orgue tant de Rimouski que du reste du Québec lors des académies d’été en donnant aux jeunes organistes l’occasion de travailler un répertoire écrit pour l’orgue symphonique français. L’orgue de la cathédrale fait incontestablement partie du paysage religieux et culturel de Rimouski.

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Deux autres occasions d’attirer l’attention de la population sur l’avenir de l’orgue se sont aussi présentées depuis cette réunion du 28 avril 2015. Dans le cadre du congrès de l’ACFAS, le 27 mai 2015, j’ai participé avec Josée April, l’organistetitulaire de cet orgue, à l’exposition qui avait lieu à la sacristie de la cathédrale, ouverte pour la y

proposant l’écoute d’enregistrements vidéos de concerts et présentant le court de tuyaux, documentaire tourné avec la collaboration de l’organiste montrant l’intérieur du buffet de l’orgue. revue publiée par la Société d’histoire du BasSaint-Laurent et le Département des lettres et d’histoire de l’Université du Québec à Rimouski. Un numéro spécial sur la cathédrale de Rimouski va paraître au printemps 2016. Cet ouvrage collectif couvrira les multiples aspects du monument : historique, culturel, architectural, liturgique et patrimonial. La réponse des intervenants au projet Déjà deux des partenaires essentiels à la réussite du projet ont répondu : l’Archevêché de Rimouski et la Fabrique Saint-Germain en cédant le terrain en échange de la prise en charge de l’entretien de l’édifice une fois rénové par la Ville de Rimouski.

pour le moment de défrayer les coûts d’une des citoyennes et citoyens face au financement du projet proposé pour la sauvegarde de la cathédrale ».3 Car les gens d’affaires et la population peuvent s’attendre à être sollicités à leur tour. Ce vaste projet de transformation de l’édifice en prendre concrètement forme d’ici cinq ans selon la proposition du Comité Cathédrale 1862. On parle ici de prévision et non d’échéance. Ceci à condition que tous les intervenants y donnent suite dans les délais prévus et que le financement soit au rendez-vous. En attendant, il faudra veiller à ce que l’orgue soit aussi « sécurisé », à l’abri des infiltrations d’eau, de l’humidité et de la poussière des travaux éventuels. Si dans le réaménagement intérieur, on ajoute des planchers ou ferme des espaces, quelles seront les répercussions sur l’acoustique de la nef et sur l’harmonisation de l’orgue? C’est ce qui inquiète l’organiste-titulaire, Josée April qui a comparé la voûte de la cathédrale à la caisse de résonnance d’un violon qu’on ne peut modifier sans en altérer la sonorité. Avant que la cathédrale n’ouvre de nouveau ses portes, beaucoup d’eau va couler dans ce fleuve qui passe devant et qui, avec le clocher, compose l’image emblématique de Rimouski.

La cathédrale... P. 7.

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Congrès RCCO/CRCO 2015 par Robert Poliquin Le congrès annuel 2015 du RCCO s’est tenu du 5 au 9 juillet à Winnipeg. Le comité de programmation nous a présenté une brochette d’activités très intéressantes. Tous les concerts étaient offerts au grand public. L’ouverture a pris la forme d’un chant collectif d’hymnes (Hymn Sing) à l’église unie Knox (Casavant, Opus 2992, 1968/1997, III/P, 44/57) où les participants tant à l’unisson qu’à quatre voix mixtes, étaient invités à chanter accompagnés à l’orgue et par un quatuor réunissant guitares, piano et percussion. Il en est résulté une immense chorale qui aurait fait les délices de bien des paroisses. Le premier concert présentait des œuvres pour saxophone (Allen Harrington) et orgue (Lottie Enns-Braun) à l’église unie Young (Létourneau, Opus 32, 1993, II/P, 29/35, à traction mécanique des claviers avec tirage électrique des jeux). Cet instrument aux sonorités agréables convient parfaitement bien à l'église Young. Le programme ne comportait que des œuvres du XXe siècle (Enns, O’Riordan, Ferko, de Lincourt, Wammes, Hemke et Bédard). L’excellente prestation des artistes aura permis au public d’apprécier ce répertoire inusité. Ce fut un plaisir d’entendre entre autres la Bédard. Vous saviez qu’il existe un orgue Beckerath à l’ouest de Montréal? Eh bien oui, un Beckerath, Opus 60, 1963, II/P, 30/41, traction mécanique des claviers et des jeux, installé à l’église First Presbyterian. Sa taille est similaire à l’instrument Road et réinstallé à l’église unie Mountainside à Westmount. Cet instrument à sonorité délicate remplit admirablement le vaisseau de l’église. Le récitaliste, John David Christie, a présenté des œuvres de Böhm, Scheidemann, Buttstett, Buxtehude, Storace et J. S. Bach. Un la finesse sonore de l’instrument. Un congrès du RCCO comprend toujours un récital de musique vocale. Cette année, ce concert a été présenté par le chœur Canzona de Winnipeg sous la direction d’Elroy Friesen, ensemble aux voix remarquables dans un programme varié d'œuvres religieuses et profanes contemporaines. Mis à part Mendelssohn, Kuula et Langlais, toutes les compositions étaient de compositeurs contemporains.

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Le concert suivant m'a spécialement impressionné. Sur le Beckerath de l’église First Presbyterian, Patricia Wright a exécuté des œuvres de J. S. Bach entrecoupées de poèmes, ayant pour thème le cycle de la vie, écrits et lus par Patricia Orr. Utilisant comme fil conducteur l’année liturgique, le à chaque cycle, le tout encadré par quelques-uns des grands préludes et fugues. La beauté des poèmes et la prestation raffinée de chaque œuvre ont fait de ce moment un événement mémorable. Par la suite, le Montréalais Jean-Willy Kunz était l’invité à l'orgue de l'église anglicane Holy Trinity Opus 2014 en 1950, par Hill, Norman & Beard en 1962 et à nouveau par Casavant en 1993 et 1995, IV/P, 53/59, traction électropneumatique). La première partie du récital comprenait des œuvres de Jehan Alain, César Franck, Franz Liszt et Jacques Hétu. Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns constituait la seconde partie du programme. Malheureusement, l’orgue ne convenait pas, car le système des combinaisons était défectueux. L’utilisation d’un assistant dans la Page 17


première partie a quelque peu paré à cette lacune mais dans la deuxième partie l’interprétation du Saint-Saëns est devenue pénible et laborieuse. D'autre part, l'instrument ne projetait pas bien dans la nef. Il aurait été nettement préférable de choisir un autre lieu. Le gagnant du Concours d’orgue RCCO 2013, Shawn Potter, d’Ottawa, était l’artiste invité du concert suivant tenu à l’église anglicane St. Luke. L’instrument fut construit en 1920 par Casavant (opus 424), agrandi et reconstruit en 1953 par Hill, Norman & Beard et révisé en 1979 par Buck & Mantle. Il comprend un orgue de chœur de 52 jeux/57 rangs sur quatre claviers et pédalier avec un orgue « antiphonal » de 9 jeux/9 rangs placé à l’arrière de l’église. Le programme était très intéressant (Franck, Hambraeus, Eben, Widor, Pärt et Messiaen) et la prestation, de haute qualité. Le concert final, orgue (John David Christie) et orchestre (Orchestre symphonique de Winnipeg), était le plat de résistance de ce congrès. Il s’est déroulé à l’église unie Westminster (Casavant, Opus 481, 1912, agrandi et révisé en 1955, 1986 et 2012, IV/P, 61/60, traction électropneumatique). Ce puissant instrument, aux sonorités

Trois œuvres importantes étaient au programme : , le Concerto pour orgue, cordes et percussion de Francis Poulenc et la Symphonie no 1 pour orgue et orchestre d’Alexandre Guilmant. Le compositeur Denis Bédard était présent et il a reçu une large ovation. Toutes les prestations étaient sensationnelles. Le public en est ressorti habité par cette plénitude de sons. On n'a qu’à penser aux dernières mesures de la symphonie de Guilmant où les trompettes, trombones et tubas martèlent les accords finals. Ce fut saisissant. Divers ateliers sur la musique vocale et le répertoire pour orgue étaient offerts. Une classe de maître donnée par James David Christie a été très appréciée. Il y a eu aussi les activités statutaires : le service religieux, la convocation et l’assemblée générale annuelle. Des prières matinales qui se sont déroulées dans des églises de diverses confessions, nous ont permis de visiter ces édifices et d’entendre leurs instruments. Une visite au Musée canadien des droits de l’homme, un peu écourtée mais qui aurait vraiment gagné à être plus longue, clôturait les activités. , du 11 au 14 juillet 2016.

L’orgue Beckerath de la First Presbyterian Church, Winnipeg, MB.

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Un mois d’octobre complètement fou — fou d’orgue à Montréal par Yves-G. Préfontaine À l'instigation du Concours international d'orgue du Canada, en cette année où précisément il n'y a reliées à l'orgue nous a été proposé. Toujours organiste titulaire au Sanctuaire MarieReine-des-Cœurs, je n'ai pu malheureusement assister à la totalité de cet alléchant programme mais j’ai tout de même pu me régaler suffisamment pour vous faire part de plusieurs événements marquants. En premier lieu, sous le patronage du CIOC depuis deux ans, le Festival des Couleurs de l'orgue français a ouvert le bal au Grand Séminaire. Votre humble serviteur a orienté son programme sur les quelques anniversaires qui méritaient d'être soulignés. Bruhns, Hanff, Merula, Paumann ont donc eu droit à un traitement de faveur en compagnie de Scheidt, de Titelouze et du Livre d'orgue de Montréal. Puis Sylvain Barrette nous a proposé notamment, et avec succès, quelques transcriptions de cantates de J. S. Bach autres que les Schübler. Plusieurs des siennes, pour tout dire! Mais on a eu également droit au Bach original et à Guilain, orgue français oblige! Pour sa part, Philip Crozier de l'église unie St. James nous a offert un judicieux panorama de la musique européenne, auquel s'ajoutait une suite de notre collègue Denis Bédard. Celui-ci figurait bien à l'aise avec les Couperin, Bach, Dandrieu, Purcell, Frescobaldi… Pour le dernier récital de la saison, c'est Aude Heurtematte, que nos amis de Québec ont eu l'occasion d'entendre le 1er novembre dernier au Musée de l'Amérique francophone, qui avait été invitée. Cette successeure des Couperin à SaintGervais, à Paris s'est concentrée avec un aplomb et une maestria formidable sur la musique française classique, qui est un peu son fonds de commerce.

L’orgue Guilbault-Thérien du Grand Séminaire de Montréal

Ceci pour les quatre dimanches du mois.

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À travers de ces récitals, diverses activités sont offertes aux organophiles par ou en collaboration avec le CIOC. Événement marquant s'il en fut : le concert gala du 16 octobre à la basilique NotreDame. En hommage à Noël Spinelli, philanthrope et président émérite du conseil d'administration du CIOC, ce concert nous a permis d'entendre les trois Premiers prix des trois premières éditions du concours, soit ceux des années 2008, 2011 et 2014. Dans l'ordre : Frédéric Champion, Christian Lane et David Baskeyfield.

Trois brillantissimes musiciens qui nous ont prouvé que leur prix n'avait pas été usurpé. Je retiendrai de ce concert les transcriptions terriblement efficaces du premier, le programme assez convenu du second et la précision et la virtuosité du troisième, et, il faut bien le dire, surtout dans la pièce de Raffele Manari dans laquelle son jeu de pied, rien de moins que spectaculaire laissa l'auditoire sans voix.

Dans l’ordre habituel, David Baskeyfield, Noël Spinelli, Frédéric Champion et Christian Lane. Photo: John Zimmerman

Le lendemain, samedi, une découverte fort agréable : une organiste chinoise sensationnelle qui jouait en Amérique pour la première fois, Shen Yuan. Éblouissante! En vérité, je n'ai à peu près aucune réserve sur son programme éclectique dans lequel Franck côtoyait Bach, Mendelssohn, Vierne et Escaich. Une belle découverte dont on ne peut que souhaiter qu'elle réapparaisse à l'une ou l'autre de nos tribunes dans les prochaines années.

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En après-midi, j'ai dû malheureusement faire faux bond au récital de Réjean Poirier, mais mon collègue Simon Couture a bien voulu émettre le commentaire suivant:

Au récital, monsieur Guillou avait choisi de jouer ses propres œuvres, transcriptions et œuvres originales. Je le dirai tout de go, je ne suis pas fan. Toutefois il faut que je m'intègre au chœur des chérubins et des séraphins, pour

de consacrer tout un récital à des œuvres de compositeurs plus ou moins connus de la période baroque, ,

expérience, sa façon d'aborder un instrument comme s'il en avait été titulaire depuis toujours, sa résistance, sa mémoire pour ainsi dire infaillible (quelques fuites sans importance) et, on l'a bien constaté, une virtuosité et une technique encore bien présentes. Et puis cette arrivée sur scène! droit comme un piquet. Et cette façon d'enjamber le banc! comme un gamin… Un gamin de 85 ans. Toute une leçon!

Reincken et Scheidemann, entre autres. Il faut saluer le talent raffiné de Réjean Poirier, qui a su faire sonner avec élégance le magnifique orgue Hellmuth Wolff (deux de l’église St. John the Evangelist. Ce moment musical exquis a offert aux auditeurs une véritable pause rafraîchissante à toutes les substantielles œuvres romantiques, modernes et contemporaines, alliant virtuosité et utilisation de toutes les ressources d’un grand orgue, qui ont constitué l’essentiel des autres événements du Festival du CIOC. » Le soir, je me suis rendu à la Maison

Deux jours plutôt, celui-ci donnait une entrevue à l'église St. John the et r, Jean-Willy ,

Jean Guillou en classe de maître. Photo John Zimmerman

l’OSM et titulaire de de la Maison

son propos. Il a été question, entre autres choses, de transcriptions, genre dans lequel le maître excelle, et de son départ de Saint-Eustache. Nous avons pu découvrir un Jean Guillou assez différent de l'image qu'il nous soumet à travers ses photographies.

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Voilà ce qui en fut pour le mois CIOC cette année : une palette variée à laquelle il faudrait ajouter film, cours de maître, tournée des orgues… Et c’est sans parler des concerts de l'Oratoire et de celui des Saints-Anges de Lachine… Moribond l'orgue? Erreur! Le FCOF a rassemblé près de 675 auditeurs; le concert-hommage plus encore en une soirée! Vivement l'an prochain!

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Nécrologie Christopher Jackson (1948-2015) Le monde de la musique ancienne de Montréal est en deuil. Claire Guimond, directrice artistique de l’Orchestre baroque Arion Cette réflexion fait partie des nombreux témoignages publiés à la mémoire de Christopher Jackson, organiste, claveciniste et directeur fondateur du Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM), décédé le 25 septembre 1025 à Montréal à l’âge de 67 ans à la suite de complications liées à un cancer du poumon. Si Montréal est aujourd’hui un fer de lance dans le domaine de la musique ancienne, c’est largement dû à l’œuvre de Jackson. Celui-ci a cofondé en 1974, avec Réjean Poirier, le SMAM en regroupant les meilleurs instrumentalistes et chanteurs de la région de Montréal qui se spécialisaient dans l’exécution des répertoires musicaux antérieurs à 1750. Il en était le directeur artistique depuis 1988 et, sous sa direction, SMAM est devenu l’un de l’Amérique du Nord.

Brièvement, à la fin des années 1960, il travaille en tant que technicien chez Casavant Frères à Saint-Hyacinthe. Il y entreprend une recherche intensive sur les orgues historiques de France et du Québec, ce qui demeurera toute sa vie une passion. Selon John Grew, il était un passionné de l’orgue et de son répertoire. Il fit des pèlerinages en Europe pour étudier quelques-uns des grands instruments historiques de France et en jouer. Il travailla au sein du Comité des orgues du Conseil du patrimoine religieux du Québec pendant plus de 25 ans. Sa carrière d’enseignant a débuté en 1974. Il a enseigné aux universités McGill et Concordia. Il a été doyen de la Faculté des beaux-arts de Concordia de 1994 à 2005. Il a été organiste et chef de chœur dans différentes églises de Montréal dont l’église anglicane St. George’s et l’église unie Westmount Park. avec le SMAM. Avec ce groupe, il obtient un Félix en 1998 pour l’album « Heavenly Spheres » ainsi qu’un Juno en 2000 pour l’album classique de l’année (chant choral ou vocal). En 2009, il est nommé à la Société royale du Canada pour sa contribution au domaine de la musique. En tant que directeur du projet d’acquisition du domaine des Sœurs grises, il appuie les négociations de l’Université Concordia dans l’acquisition du vaste patrimoine structurel situé sur le boulevard René-Lévesque à Montréal. Ses funérailles ont eu lieu en la chapelle du Grand Séminaire de Montréal le 10 octobre 2015 et un concert du SMAM lui a été dédié le 18 octobre 2015 en l’église Saint-Léon de Westmount.

Né à Halifax le 27 juillet 1948, il arrive à Montréal au milieu des années 1960 pour étudier l’orgue et la direction de chœur à l’École de musique Vincent -D’Indy et au Conservatoire de musique de Montréal. Il poursuivra ses études aux États-Unis et en Europe.

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Ici et là au Québec... Montréal Par Gabrielle Tessier

Cette année, la saison des Amis de l’Orgue de Montréal est plus riche en activités que par le passé. Les manifestations intéressantes dans le milieu de l’orgue montréalais sont nombreuses et nous sommes en mesure d’en faire bénéficier nos membres. Au moment de lire ces lignes, nous aurons vécu trois rencontres autour d’artistes de renom, ainsi que notre assemblée générale annuelle. Notre première rencontre a eu lieu le 13 septembre. Profitant de la présence de Frédéric Deschamps, organiste titulaire de la cathédrale d’Albi, nous nous sommes rencontrés à la cocathédrale de Longueuil autour d’un vins et fromages amical qui nous a permis de discuter avec l’artiste de sujets divers le concernant. Notre deuxième rencontre a eu lieu un mois après, soit le 15 octobre en l’église St. John the Evangelist. Conjointement avec le RCCO, le CIOC et l’OSM, nous avons organisé une conférence avec Jean Guillou, organiste de l’église SaintEustache à Paris durant plus de cinquante ans, ayant pour sujet la place de la composition, la transcription et l’improvisation dans l’ensemble de son œuvre, ainsi que sa vision de l’avenir de l’orgue.

Lübeck qui porte sur le voyage (à pied !) du jeune Bach pour aller écouter Buxtehude à Lübeck et sur le séjour qu’il fit auprès du grand maître. En ce qui concerne la saison de printemps, nous vous invitons à aller consulter notre site web à www.amisorguemtl.com afin de vous tenir informés en temps réel. Comme chaque année, une excursion sera organisée pour aller visiter différents orgues d’une région du Québec. C’est ainsi que le 14 mai 2016, nous prendrons la direction de la Mauricie.

Du 21 juillet au 28 août 2015, l’organiste Philip Crozier a effectué une tournée en Europe et où il a donné treize récitals. La tournée incluait , Zwillbrock, Trier, Michelstadt, St. Dionysius zu , Krefeld Väjxö) et la Norvège (Kongsberg). Des œuvres des compositeurs canadiens Denis Bédard et Robert Frederick Jones figuraient dans sa programmation. Il en a profité pour y donner, en première, Hommage à la mémoire de Sylvie .

Notre troisième rencontre a eu lieu à peine deux semaines plus tard, le 27 octobre. Nous avons accueilli, dans le parloir du Grand Séminaire de Montréal, Aude Heurtematte, organiste titulaire de l’église Saint-Gervais à Paris, pour une conférence ayant pour thème la dynastie Couperin. À l’heure actuelle, nous sommes à planifier notre assemblée générale annuelle qui aura lieu le 2 novembre au Centre Saint-Pierre. Nous saurons qui, vu les propositions de candidatures, se verra rajeunir considérablement! L’activité qui suivra l’assemblée générale annuelle sera une conférence avec Gilles Cantagrel, toujours dans le parloir du Grand Séminaire, le 23 novembre. La rencontre prendra la forme d’une discussion autour de son livre La rencontre de

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Québec par Esther Clément

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Amis de l’orgue

La saison 2014-2015 s’est terminée au printemps Bouvard, titulaire de l’orgue historique Cavaillé-Coll de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. Il est reconnu sur la scène internationale comme un des interprètes français les plus attachants. Il est invité comme membre du jury de grands concours internationaux. Sa carrière de concertiste et de professeur le conduit régulièrement dans une vingtaine de pays d’Europe, d’Asie et du continent américain. Décidément, nos cousins les français étaient à l’honneur cette dernière saison avec la venue de François-Henri Houbart, de Pierre Pincemaille ainsi que de Michel Bouvard. Peu après, un événement plein de jeunesse et de fraîcheur s’est tenu au mois de mai avec la quatrième édition de l’activité Organiste d’un jour. Cet événement vise à faire découvrir l’orgue à de jeunes musiciens et à encourager la relève. Cette année, une quinzaine de jeunes pianistes ont vécu l’expérience de jouer sur les grandes orgues de l’église des Saints-Martyrs-Canadiens, bien encadrés par les organistes Marie-Hélène Greffard et Aubert Lavoie ainsi que par le compositeur Charles E. Jacobs. Pour le premier concert de leur 49e saison, les Amis de l’orgue de Québec ont accueilli le lauréat du Concours international d’orgue du Canada et d’une grande virtuosité a charmé le public de Québec.

Un des organistes titulaires de la célèbre cathédrale Notre-Dame-de-Paris, Jean-Pierre Leguay, a donné un récital à Québec le 11 octobre. Le lendemain, les amateurs d’orgue ont eu la chance de vivre la traditionnelle excursion annuelle avec la découverte de plusieurs orgues de la région de Sherbrooke. La saison déjà bien commencée promet encore de grands moments musicaux avec les organistes québécois Emmanuel Bernier, Réjean Poirier et Gabrielle Tessier. En mars, une conférence sur le compositeur Johann Jakob Froberger sera prononcée par la musicologue réputée Irène Brisson afin de souligner le 400e anniversaire de naissance de ce compositeur. La belle collaboration avec le Palais Montcalm se poursuit et permet aux Amis de l’orgue de présenter en novembre le gagnant du 2e prix au Concours Dewar ainsi qu’un concert mariant le clavecin et l’orgue avec Michel Bouvard et Yasuko Uyama.

Il faut souligner quelques départs parmi les , Sylvain Barette qui a assumé avec dévouement la tâche de rédaction du Bulletin des Amis de l’orgue pendant les trois dernières années, puis Irène Brisson, musicologue accomplie qui a aussi œuvré pendant de nombreuses années à la rédaction du Bulletin ainsi qu’aux communications. Bien qu’à la retraite de l’enseignement, elle est occupée plus que jamais. Son apport au sein des Amis de l’orgue est inestimable! artistique depuis deux ans passera le . Grâce à lui, une belle brochette d’organistes québécois et étrangers ont pu charmer le public de Québec.

Par la suite, une activité fort originale a été présentée en collaboration avec le Palais Montcalm : un circuit pédestre à la découverte de trois joyaux

Un grand merci à tous ces bénévoles acharnés qui . Merci aussi à tous les autres qui restent pour poursuivre notre mission et préparer le 50e anniversaire!

de l'Amérique francophone avec un récital d'Anne-Marie Forest ainsi que l'orgue Casavant du Palais Montcalm sous les doigts et les pieds agiles de Richard Paré et d’Aubert Lavoie. Preuve que l’orgue est bien vivant à Québec et qu’il attire les foules : plus de 500 personnes s’étaient rassemblées au Palais Montcalm pour entendre le « roi des instruments »!

Ça bouge aussi beaucoup du côté de la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone. Toujours soutenus par le fonds Hubert et Florence Laforge, plusieurs récitals ont permis d’entendre les , John Grew, Frédéric Deschamps, titulaire de la cathédrale d’Albi en France et Aude Heurtematte, titulaire de l’église Saint-Gervais à Paris. Les prochains invités seront Louise Fortin et Pierre Bouchard ainsi que Nathalie Gagnon le printemps prochain.

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Drummondville par Donald Belval

Le 23 août 2015, dans le cadre du 200e anniversaire de la ville de Drummondville, près de 1 000 personnes ont assisté au concert des Amis de l’orgue de Drummond, mettant en avant-plan un Te Deum pour chœur mixte avec accompagnement d’un orgue de chœur et ponctué d’interventions d’un grand orgue, composé par Jocelyn Lafond. Cette œuvre, rappelant la tradition des œuvres de Widor et Vierne pour le même genre de formation, a été spécialement conçue en fonction des deux orgues de l’église Saint-Frédéric de Drummondville. Claude Beaudoin et Raymond Perrin étaient les deux organistes invités et le chœur Bella Voce de Drummondville a assumé la partie vocale, le tout dirigé par le compositeur. Comme surprise, et pour bien conclure ce concert, Cécile Benoît a rassemblé plusieurs membres de chorales de Drummondville pour un chant final de 300 voix (enfants et adultes), Un monde meilleur, inspiré de la Symphonie du Nouveau Monde d’Antonin Dvorak. « Ce fut un moment unique et très rassembleur de tous les amateurs de musique classique et religieuse. Grand MERCI de nous avoir offert un tel événement touchant tous les cœurs et qui constituera un souvenir inoubliable! »

Claude Beaudoin Raymond Perrin Jocelyn Lafond Mixtures, numéro 43, novembre 2015

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Estrie par Louis Brouillette

Le monde de l’orgue démontre une vitalité renouvelée en Estrie. La saison 2015-2016 a commencé le 27 septembre dernier à Saint-François-Xavierde-Brompton avec un concert hors série de la violoniste Lise Nadon, qui s’est produite en tant que soliste pendant dix ans dans le spectacle Mystère du Cirque du Soleil à Las Vegas, et de l’organiste à ce récital organisé par le comité de restauration de l’orgue Mitchell & Forté de Saint-FrançoisXavier-de-Brompton. Cet instrument de 1863 a fait l’objet d’une restauration majeure par les du concert, Robin Côté, associé de Juget-Sinclair, a rappelé les étapes de la restauration de cet actuels du facteur d’orgues Louis Mitchell. L’événement a aussi permis de rendre hommage à Christopher Jackson, un des investigateurs du projet de cette restauration, décédé plus tôt, ainsi qu’à Yves Granger, provincial des Frères du de l’amour » a été interprétée. Les toccatas de Gigout, Boëllmann et Driffill étaient également au programme. L’instrumentation du deuxième concert de la saison, qui s’est déroulé le 4 octobre à la pittoresque chapelle St. Mark’s de l’Université Bishop’s, fut assez inusitée : orgue et flûte de pan. C’est le flûtiste Suisse Philippe Emmanuel Haas qui a joué de cet instrument qui est normalement associé à la musique folklorique sud-américaine. Durant le Tessier dans des œuvres de la Renaissance et de l’époque baroque. Des extraits d’œuvres opératiques transcrits pour flûte de pan et orgue ont également été interprétés. Le troisième concert se déroulera à l’église unie Plymouth-Trinity le 15 novembre. L’organiste Chantal Boulanger créera Voix mystique, une composition du Sherbrookois Marc O’Reilly, qui de la présence du souffle divin partageant la table de l’autel avec l’humanité. En plus d’interpréter d’autres pièces pour orgue solo, dont les accompagnera le baryton Guillaume Poulin qui chantera quelques extraits d’oratorios, dont l’Oratorio de Noël de Bach, et des airs de Mendelssohn, Clausen et Poulenc.

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L’organiste Mélanie Barney présentera le 7 février 2016 un programme mettant à l’honneur trois grands compositeurs : Vierne, Dvořák et Janáček. Sur l’orgue Casavant Frères de 1917 de la basilique-cathédrale Saint-Michel, elle interprétera, entre autres, un arrangement par Zsigmond Szathmáry de la Symphonie n° 9, dite du Nouveau Monde, de Dvořák ainsi que le Postlude de la Messe glagolitique de Janáček. Le dernier concert de la saison sera l’occasion d’entendre l’orgue Wilhelm de 1992 de la chapelle St. Mark’s ainsi que différents instruments à clavier des Ateliers Bellavance de Saint-Hugues : l’organetto, le positif médiéval, le clavecin médiéval, le régale et le positif. Ce sont les organistes Leslie Young et Jean-Yves St-Pierre qui toucheront tantôt en solo, tantôt en duo, ces instruments le 10 avril. Ils joueront, entre autres, des Faenza et le Buxheimer Orgelbuch.

Le 21 septembre, dans le cadre des activités de la section Memphrémagog de l’Université du troisième âge de l’Université de Sherbrooke, Louis Brouillette a donné, à Magog, une conférence de deux heures et demie sur Joseph-Claver Casavant devant un public très attentif d’une soixante de personnes. Il a partagé les recherches sur cet illustre facteur d’orgues qu’il a effectuées au Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe et dans les archives de Casavant Frères.

Enfin, le 12 octobre, les Amis de l’orgue de l’Estrie ont reçu les Amis de l’orgue de Québec dans le cadre de leur excursion annuelle. Les organistes Maryse Simard et Bernard Langlois ont joué en duo sur l’orgue de l’église Saint-FrançoisXavier-de-Brompton et le facteur d’orgues Robin Pour sa part, Louis Brouillette a démontré les qualités sonores des deux orgues de la basiliquele groupe respectivement à l’église Saint-JeanBaptiste et à l’église unie Plymouth-Trinity.


Mauricie par Sylvain Barrette

Le 14 juin 2015, on a inscrit le nom de Noëlla Genest au tableau de reconnaissance du Panthéon de la musique classique à Trois-Rivières. Cette institution rend hommage aux musiciens qui se sont distingués dans leurs accomplissements dans le monde de la musique classique dans la région de la Mauricie. Première titulaire du grand orgue de la basilique Notre-Dame-du-Cap en 1964, professeure au Conservatoire de Trois-Rivières pendant de nombreuses années, Noëlla Genest fut cofondatrice de la Société de concerts Pro Organo Mauricie. Parallèlement à cette implication professionnelle dans son milieu, elle a mené une carrière de concertiste dans de nombreuses villes du Québec, en Alberta, en Ontario, aux États-Unis, en Suisse et en France. En cette année 2015, Noëlla Genest reçoit cet honneur en même temps que l’institution elle-même, le Conservatoire de musique de Trois-Rivières à l’occasion du 50e anniversaire de sa fondation. Ce conservatoire peut s’enorgueillir d’avoir pu compter non seulement sur une professeure d’orgue de la plus haute compétence mais aussi une professeure de matières de base dévoué et habile qui aura formé plusieurs musiciens émérites de la Mauricie dont certains l’ont même devancé au Panthéon et d’autres qui, sans doute, la suivront. Marcel Dumont, président du Panthéon de la musique classique et Stella Montreuil, présidente du Conseil d’administration de la corporation de développement culturel de Trois-Rivières, rendent ainsi un hommage bien mérité à madame Genest, musicienne accomplie. Tout le monde de l’orgue peut musical de son milieu. Au nom de tous les organistes, je redis bravo à Noëlla Genest.

Dans l’ordre habituel, Raymond Perrin, Noëlla Genest et Marcel Dumont.

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Parutions par Robert Poliquin Dom Richard Gagné Festival au grand-orgue Orgue Wilhelm, 1999 (III/P, 42 jeux, 57 rangs) Église abbatiale, Saint-Benoît-du-Lac, QC Qui regarde le programme ne peut s’empêcher d’être un peu surpris quant à la diversité des œuvres proposées. À partir d’œuvres de la Renaissance (Schein, Gesualdo) et du Baroque (Bach, Torelli), l’artiste nous amène aux compositeurs du XXe siècle (Fauré, Dupré, de Falla, Glazounov, MacDowell, SaintSaëns et, surprise, Sousa et Joplin). À vrai dire, d’heureuses surprises. Grâce à une recherche de timbres, on y retrouve, dans chaque prestation, une touche très personnelle. Et que dire de la polyvalence de cet instrument qu’on serait porté à croire n’avoir été conçu que pour les cérémonies liturgiques, c’était sans compter sur le talent remarquable d’improvisateur et de transcripteur de Dom Gagné. À savourer pleinement! ATMA, ACD 2 2704, 2015

Widor, Vierne : Messes pour chœurs et orgues Petits chanteurs du Mont-Royal / Les Chantres musiciens Gilbert Patenaude, direction Vincent Boucher, orgue de tribune Jonathan Oldengarm, orgue de chœur Orgue Beckerath/Juget-Sinclair, 1960/2012 (V/P, 78/118) Basilique de l’Oratoire Saint-Joseph, Montréal, QC ici un traitement de maître. La messe de Vierne, écrite en 1899 pour deux orgues et chœur, n’utilise le grand orgue qu’en dialogue avec le chœur et l’orgue de chœur afin de palier la distance qui sépare les deux instruments. Quant à celle de Widor, écrite en 1878 de la force de Bach et de Händel combinée à la grâce de Mendelssohn, le tout animé d’un sentiment catholique ». L’enregistrement est complété par des motets pour chœur et orgue de ces mêmes compositeurs. Quoique l’orgue de chœur soit un instrument électronique, il soutient bien les chœurs et se marie bien à la voix grandiose du grand orgue. La réputation des Petits chanteurs du Mont-Royal ainsi que celle des Chantres musiciens (anciens petits chanteurs) n’est plus à faire, et elle se confirme encore davantage avec cet enregistrement. ATMA, ACD 2 2718, 2015 Page 28

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David Baskeyfield Orgue Casavant, Opus 550, 1914/1955 (IV/P, 112 jeux, 119 rangs) Église anglicane St. Paul’s (Bloor Street), Toronto, ON

Cet enregistrement est le troisième que la compagnie ATMA classique consacre aux lauréats du CIOC. C'est une initiative vraiment louable que d'enregistrer et de mettre au catalogue des musiciens aussi remarquables. Nous avions été bien servis par les enregistrements précédents, et celui-ci ajoute un fleuron à ce qui pourrait devenir une belle collection. Le dernier en titre, David Baskeyfield, a consacré à peu près les deux tiers de son programme à des compositeurs britanniques, à l'exception de Healy Willan né en Angleterre mais décédé à Toronto où il avait émigré à l'âge de 33 ans. L’enregistrement propose en plus le Québécois François Morel, les Français Louis Vierne et Camille Saint-Saëns, et l’Italien Raffaelle Manari. David Baskeyfield joue avec autorité et conviction un programme qu'il maîtrise parfaitement et que, manifestement, il adore. Je dirais que le principal intérêt de cet enregistrement, c'est son programme. Si on omet de mentionner qu'on ne peut guère le jouer mieux. Dans le monde francophone de l'orgue, qui connaît Howells, Hollins, Whitlock? Et Manari? On entend le Willan dans les concours, rarement le MacMillan. Reste la Prière de François Morel et les Naïades de Louis Vierne. C'est toutefois bien peu sur plus de 70 minutes de musique. Baskeyfield nous offre donc ici un panorama très intéressant de la musique écrite dans la première moitié du XXe siècle, surtout en Angleterre. J'y applaudis. C'est un documentaire en quelque sorte, voire une anthologie. Des pages très intéressantes que j’ai eu le plaisir de découvrir. Car je l'avouerai sans honte : je ne connaissais à peu près rien de ces œuvres, malgré les nombreuses années de fréquentation de ce répertoire derrière moi. Tout ce répertoire, il m'apparaît important de le souligner, est en parfaite adéquation avec l'instrument choisi. Ce n'est pas un hasard si cet enregistrement a été réalisé à l'église anglicane St. Paul's (Bloor Street) de Toronto. Son orgue Casavant, considéré au moment de son installation comme le cinquième en importance au monde avec ses 106 jeux (nous sommes en 1913-1914), fut celui de Healy Willan, dont l'organiste interprète l'Introduction, Passacaille et Fugue de 1916. L'ensemble du programme choisi sonne on ne peut mieux sur un instrument manifestement en très bon état et bien accordé pour la circonstance. Sous les doigts de ce grand musicien, ça devient un régal. Pour finir, ceux qui ont été éblouis par le Salve Regina de Manari et ses traits de pédalier complètement fous lors du concert Gala du Festival d’orgue 2015 du CIOC à Montréal se réjouiront : la pièce figure au programme! ATMA, ACD 2 2719, 2015

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Yves-G. Préfontaine

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Maxime Patel Jeanne Demessieux : L’œuvre intégrale pour orgue Orgue Jann, 1989 (VI/P, 101 jeux, 141 rangs) Stiftsbasilika, Waldsassen (Allemagne) Peut-être pas une nouveauté mais j’ai découvert ce DVD qui présente l’intégralité des œuvres de Jeanne Desmessieux pour orgue seul. Jouées par le virtuose français Maxime Patel, ce dotée d’une technique éblouissante et un témoignage remarquable sur l’art organistique français du XXe siècle. L’orgue utilisé pour cet enregistrement est un orgue à partir de deux consoles de six claviers. La première, à traction mécanique est en tribune; la deuxième, reliée par fibre optique, est placée dans la nef. Fugatto, FUG 025, 2008 Mélanie Barney, orgue / Carole Meneghel, violon Après un rêve Orgue Casavant, Opus 544/1037, 1912/1924 (III/P, 41 jeux, 45 rangs) Cathédrale Saint-Jérôme, Saint-Jérôme, QC Voilà qui sort des sentiers battus. Un disque tout en fraîcheur et d’un goût raffiné. La beauté sonore de l’instrument solo nous est servie dans des œuvres de Pierné, Ravel, Bélier, Boëllmann et Gigout. Les œuvres pour violon et orgue nous procurent un enchantement et démontrent une belle complicité entre les deux interprètes. On y retrouve des œuvres de Gläser, Fauré, Camillo Schumann, Macfarren et Hakim. Une belle addition à votre collection de disques. Ravissant! Apollonia, AP0003, 2015 Choral et chorale Chœur sous la direction de Guillaume St-Gelais Sylvain Barrette, orgue Orgue Wilhelm, 1968 (II/P, 18 jeux, 23 rangs) Enfin un CD qui part du triste fait que les chorals pour orgue de Bach et ses contemporains sont fondés sur des mélodies qu'on ne chante plus. Et si on les rechantait? De très nombreux chorals du répertoire de base des organistes se glisseraient dans la liturgie comme des poissons dans l'eau. Voici donc cinq versions françaises de chorals luthériens aisément utilisables dans nos messes avec des chorals pour orgue associés à ces mélodies. Les chœurs chantés par un ensemble de chorales Gott in der Höh sei Ehr', dans une version harmonisée inspirée de Samuel Scheidt. Le hit des hits, le chœur de la cantate 147, sert de modèle aux autres chœurs de ce CD tous conçus pour Sylvain Barrette chœur et partie d'orgue concertante. SK1008, 2015 Disponible aux presbytères Saint-Ambroise, Sainte-Monique et SaintFrançois-Xavier de Québec ou au (418) 527-2112 (Sylvain Barrette) Page 30

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Lawrence Phelps Organbuilder Burton K. Tidwell Richmond, VA., The Organ Historical Society, 2015, 178p. ISBN 978-0-913499-47-4 Lawrence I. Phelps (1923-1999) est un pionnier du mouvement de la réforme de l'orgue en Amérique du Nord. Il construit son premier orgue à l'âge de 17 ans en utilisant des pièces usagées et des connaissances acquises dans des livres. Au Conservatoire de musique de Boston où il étudie l'histoire de la musique et la théorie musicale au début des années 1940, il entretient les 15 orgues de l’établissement. En 1944, il devient apprenti auprès de G. Donald Harrison de la firme Aeolian-Skinner. Il obtient une certaine notoriété pour les travaux qu'il dirige en 1952 sur le nouvel orgue Aeolian-Skinner pour la First Church of Christ, Scientist de Boston. Dans la réalisation de ce monumental instrument, il est chargé du développement de la structure sonore. Il en spécifie les tailles et en peaufine, durant des mois, l'harmonisation. La publication d'articles sur la conception et l'utilisation des jeux composés ainsi que son plaidoyer pour le retour à l'utilisation de sommiers à registres et de tailles plus empiriques créent une certaine controverse. Perçu comme un arriviste radical, Phelps pousse la réforme de l'orgue au-delà des sentiers défrichés par Walter Holtkamp et de G. Donald Harrison. L'auteur, Burton K. Tidwell, nous guide à travers la carrière prolifique de Lawrence Phelps à partir de ses débuts dans son Boston natal en passant par ses travaux de pionnier en tant que directeur artistique chez Casavant Frères (1958-1972) où il préconise l'encaissement complet et la traction mécanique jusqu'aux orgues créés par la firme qu'il fonde (1972-1982). On lui doit entre autres, au cours de son séjour chez Casavant Frères, le grand orgue de l’église Saints-Martyrs-Canadiens de Québec, construit en 1959. Abondamment illustré, le livre rend hommage à l'œuvre d'un musicien et à sa recherche pour réaliser le véhicule idéal pour répondre au vaste répertoire de l'orgue tout en inspirant d'autres musiciens et compositeurs. Phelps a travaillé étroitement avec l'auteur au début de la rédaction de cet ouvrage. Frédéric Deschamps Splendeurs du grand orgue historique de la cathédrale d’Albi Cathédrale Sainte-Cécile, Albi (France) Ce disque réunit un instrument exceptionnel, le plus fourni et le plus puissant des orgues historiques français, de très belles œuvres et des transcriptions parfaitement adaptées à cet une vigueur et des couleurs magnifiques. Des prestations avec du panache! Quel chœur d’anches formidable! VOC 6159, 2015 Mixtures, numéro 43, novembre 2015

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L’orgue sur le web par André Côté Voici d’abord un site d’intérêt général mais qui permet à quiconque s’intéresse à l’histoire (de la musique ou de l’orgue en particulier) de découvrir des documents passionnants : https://archive.org/ Par ailleurs, « Internet Archive » permet d’interroger une multitude de banques d’archives de partout dans le monde. Les sources sont multiples : universités, bibliothèques, journaux, institutions… Par exemple, une recherche sur les mots-clés « orgue » et « Québec » nous permet de retracer et consulter quelques documents dont : « Le nouvel orgue de la basilique Notre-Dame de Montréal » (1891) où l’on apprend tous les détails de la construction de l’orgue tel que raconté dans le style de l’époque. (1896) qui décrit le programme des célébrations soulignant cet évènement. On pourra également y trouver une foule d’écrits sur la facture d’orgue ainsi que des méthodes et des partitions anciennes. Des documents audio et vidéo sont aussi disponibles.

« Le Paris des orgues », un site généraliste mais tout de même très intéressant tient le pari de faire sortir l'orgue, cet instrument aux multiples facettes, de l'image d'un instrument du passé. Il apporte des informations sur des évènements, des organistes, la formation musicale des jeunes, les enregistrements intéressants, etc. : http://www.leparisdesorgues.fr/

Dans la même foulée, le site de l’association « Orgue en France », fondée en 2011, veut créer une nouvelle dynamique afin que l’orgue trouve sa place dans les médias et la salle de concert et que le jeune public se tourne vers lui. Sa page de présentation affiche des statistiques faisant preuve de la vitalité de l’orgue en France. On y retrouverait 10 000 instruments, des centaines d’associations, 200 classes d’orgue, 80 entreprises de facture d’orgues et des centaines de milliers d’auditeurs. http://www.orgue-en-france.org/

Pour terminer sur une note humoristique : une visite de la page « Dictionary of Unknown Organ Stops » saura probablement vous amuser : http://www.tadstone.com/unknown.htm

Après cette incursion dans le passé, une visite du site du docteur Pascal Leray nous propulse directement dans ce qu’il estime être le futur de la facture d’orgues : http://pascal.leray.free.fr/

On y retrouve un lexique (en anglais) de noms de jeux déformés de façon amusante ainsi que leurs définitions non moins hilarantes. À titre d’exemple, le jeu de Dullciana 8’ se définit ainsi : « Only played to put the audience to sleep. Often played with the 16’ Boredom. »

Ce passionné de l’orgue a mis à contribution sa formation scientifique pour mener à bien la construction, à ses frais et sans subvention, du nouvel a utilisé ses connaissances en électronique et en informatique afin de développer des logiciels de conception 3D dans le but d’amener une touche de modernité à la facture d’orgues. Le site présente tous les détails du projet. Il va sans dire que dom Bédos risquerait fort de se retourner dans sa tombe!

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Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

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Revue des revues par Robert Poliquin FRANCE

CANADA

, France. (Supplément de musique et CD avec chaque numéro)

Organ Canada / Orgue Canada / JOURNAL BIMENSUEL DU COLL GE ROYAL CANADIEN DES ORGANISTES (RCCO/ CRCO), 202-204 St. George Street, Toronto, ON

Avignon : Un berNo 28, Printemps 2015 : Éditorial ceau de la musique italienne?; L’orgue doré de NotreDame-des-Doms; Les autres instruments de la Cité; Alain Sals, précurseur en restauration; Luc Antonini, un musicien polyvalent; L’esprit Messiaen — L’OrgueStudio, un pari pour l’avenir — Messiaen : Les langues de feu — Nouvelle génération : Valoriser le répertoire et les organistes — Talent méconnu : Christian Villeneuve — Grande voix : Pierre Froidebise — Info en montre, Boîte expressive. No 29, Été 2015 : Éditorial — L’orgue symphonique américain : Le siècle Skinner; L’âge d’or de l’orgue américain; L’architecture de l’orgue Skinner; Le grand orgue du Cincinnati Museum; Le Newberry Memorial Organ du Woolsey Hall de Yale University; En France et en Allemagne : Château de Candé et la Saalkirche à Ingelheim; The French keys : An American touch — Et après Skinner? — Chili : de Santiago, Valparaiso, La Serena à l’île de Pâques — Un nouvel orgue à Pranzac — Grande Voix : Renée Nizan — Organiste… un métier génial! — Alphonse Renault : de Notre-Dame à L’Élysée — Infos en montre, Boîte expressive. Musica et Memoria ASSOCIATION ÉLISABETH H A R V A R D D E L A M O N T A G N E , 31 rue du Chagnaud, 17460 Rioux

V 28, No 3, May 2015 : A Conversation with Hans-Ola Ericsson — Prairie Organ Scholar Programme — Winnipeg Organ Festival — Electronic Organs: The Search for Imperfection — Professional Certification — St. Paul’s Church, Toronto: A Musical Legacy — Spirit(s) -filled Work? — Over-the-Counter Help for Organists — Alexandre Guilmant at Metropolitan Church — College News. in Texas — The Myth of the Mad Organist — The Godfrey Hewitt Scholarship — Untangling Oxbridge — Jeanne Demessieux’s « In manus tuas » V 28, No 5, September 2015 : Festival du CIOC (4-25 octobre) — Student Academy — Alan Reesor Retires — Overseas Organ Scholars — The Myth of the Mad Organist II — Winnipeg Organ Festival ÉTATS-UNIS The Tracker / JOURNAL OF THE AMERICAN GUILD OF ORGANISTS (AGO), 475 Riverside Drive, Suite 1260, New York, NY 10115

et musicologue — Marie-Claire Galpérine, helléniste et philosophe — Mgr Charles Aimond, professeur, historien, écrivain et musicien — Pour accompagner un chant au piano — Lise Rollan, soprano — Quelques réflexions sur l’éducation musicale en France — Armand Merck, corniste, violoniste, chef d’orchestre et compositeur — Émile Martin, fondateur des Chanteurs de Saint-Eustache — Jean-Baptiste Guiraud, un lauréat du Prix de Rome méconnu — Décès de Ghislaine de Monceau — Georges Friboulet, un musicien à découvrir — Germain Desbonnet, organiste — Pierre Germain et les mélodies de Duparc — Un centenaire à célébrer : Daniel Stirn, chef d’orchestre et compositeur — André Bloch, compositeur oublié — Obituaire des musiciens — Revue des revues — CD et partitions.

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The American Organist / JOURNAL OF THE ORGAN HISTORICAL SOCIETY (OHS), P.O. Box 26811, Richmond, VA 23261 V 49, No 5, May 2015 : Getting Paid… The Right Way — Spreckels at 100 — Adam Detzner: Rising Still — Sounds of Silence: The Rise of the Singing-Impaired — Wanted: An Organist

o

V 49, N 6, June 2015 : Ivan Bozicevic Wins Organ Composition Award — Kevin Kwan: Rising Still — Against the Odds: The Future is Promising for the Pipe Bryn Athyn Organ — Cavaillé-Coll’s Stoplists Cathedral, Bryn Athyn, PA; Kegg, IV/P, 57/46, 2014. V 49, No 7, July 2015 : In Memoriam: McNeil Robinson — The Influence of Singing on Episcopal Church Seminarians — Wyatt Smith: Rising Still — New Era for New Music: Claude Baker Commissioned

The Diapason / 3030 W . Salt Creek Lane, Suite 201, Arlington Heights, IL 60005 V 106, No 5, May 2015 : The Class of 2015: 20 leaders under the age of 30 — Remembering Wilbur Held (19142015) — A Tribute to Ayo Bankole (1935-#976) on his 80th birthday — Feature: St. Mark’s School of Texas, Dallas, TX; Létourneau, Opus 127, 2015, III/P, 61/61. V 106, No 6, June 2015 : Remembering John Obetz (1933-2015) — Bach and the Art of Improvisation: A conversation with Pamela Ruiter-Feenstra — Acoustics in the Worship Space XI: The Organ and the Building — Feature: Co-Cathedral of St. Joseph, Brooklyn, NY; Peragallo, III/P, 64/41. V 106, No 7, July 2015 : Medieval to Modern: A conversation with Kimberly Marshall — Church Music in the United States 1760-1901 — Feature: The Parish of All Saints, Dorchester, MA; Skinner, Opus 708, 1929 / Restoration 2015, III/P, 25/44.

V 49, No 8, August 2015 : Katelyn Emerson: Rising Still — Cavaillé-Coll’s Stoplists, Part II — The Kimball Portable Pipe Organ — CAGO Exam Repertoire — Visions of Amen: Understanding Messiaen . V 49, No 9, September 2015 : The AAM’s Mentoring and Internship Programs — Piccolo Spoleto’s L’Organo Series Wows in Charleston — 1915 World’s Fair Organ Lies Forgotten in San Francisco — Christian Lane: Rising Still — Canadian International Organ Competition 2015 V 49, No 10, October 2015 : Bayoubüchlein: New Chorale Prelude for Houston 2016 — CAGO Exam Repertoire — The Call of the Sacred Musician — Clarence Reynolds: The Storm King — FUMMWA’s Pathways 2015 — Playing Notre-Dame Organ — Mendelssohn Edits Bach’s St. Matthew Passion

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V 106, No 9, September 2015 : The Organ Works of Pamela Decker — Tournemire and Messiaen: Recent research — Feature: St. Mel’s Cathedral, Longford (Ireland); Fratelli Ruffatti, 2015, . V 106, No 10, October 2015 : The Liturgical Organist: A conversation with Juan Paradell-Solé — OHS 2015 Annual Convention — Feature: Virginia Teological Seminary, Alexandria, VA; Taylor and Boody, Opus 70, 2015, II/P, 34/44.

Mixtures, numéro 43, novembre 2015


Mixtures #43, Novembre 2015  
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