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Numéro 42

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

www.fqao.org

Mai 2015


Mixtures Coordonnateur Robert Poliquin

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Comité de rédaction Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Yves-G. Préfontaine Michelle Quintal Collaborateurs à ce numéro Gaston Arel, Jacques Boucher, Irène Brisson, Esther Clément, André Côté, Robin Côté, Jean-Emmanuel Filet, Alexandra Fol, Robert Patrick Girard, Hélène Panneton, Robert Poliquin, Michelle Quintal, Jean-Claude Rivard, Gabrielle Tessier, Michel Villemure Révision Marcelle Maheu, Gérard Mercure

Les organistes 5 14 15 16

Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : Canada : 5 $ par numéro États-Unis : 7 $ par numéro Europe : 11 $ par numéro

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Les 50 ans du Conservatoire de musique de Trois-Rivières Les chroniques

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Mai 2015 ISSN 1201-5741

Fernand de la Tombelle Les concours, congrès, conférences

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Mixtures Robert Poliquin 1203, rue du Sieur-d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca

Le Mitchell-Forté de Saint-François-Xavier-deBrompton Les compositeurs

Date de tombée : 1er du mois précédent

Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com

Hubert Laforge Nomination de Vincent Boucher Robert Patrick Girard Le futur de l’organiste liturgique Les instruments

Impression Les Copies de la Capitale

Billet du Président Changements à l’équipe de Mixtures

Nécrologie Anniversaires en musique Ici et là, au Québec... - Montréal - Québec - Mauricie Parutions L’orgue sur le web Revue des revues

En couverture : Casavant, Opus 40/2073, 1892/1951 Guilbault-Thérien, 1996 4 claviers et pédalier 93 jeux, 125 rangs Traction électro-pneumatique Cathédrale Marie-Reine-du-monde Montréal, QC Page 3


Billet du Président En acceptant de pourvoir le poste de président jusq u’à la fin du mandat du pr ésident démissionnaire, je souhaite apporter une modeste contribution à la FQAO. Je désire principalement me pencher sur les objectifs des fondateurs afin d’éval uer comment on peut, après toutes ces années, les en richir d’une réflexion que je partage avec les membres du conseil d’administration. Mes premières analyses concernent le rôle que notre association peut jouer no n seulement au sein de ses membres mais aussi, plus largement, dans le mo nde de l’orgue en général et particulièrement auprès des fabriques qui, avec angoisse, devront fermer des églises et trouver des lieux d’accueil pour leurs instruments. Notre accompagnement dans certains cas pourrait, espérons-nous, favoriser des décisions pertinentes. La valeur patrimoniale de certains orgues ne laisse pas indi fférent. Notre contribution pourrait faire en sorte d’éviter des décisions précipitées. L’autre volet qui doit nous préoccuper est la visibilité de la FQAO, et ce, non seulement pour les organismes membres, mais aussi pour une plus large audience qui manifeste un vif in térêt pour notre instrument sans qu’elle soit liée à un e association en particulier. Il y a là un e stratégie de commu nication à imaginer qui doit être aussi efficace que peu coûteuse. Nous y travaillerons au cours des prochains mois. Enfin, nous réfléchissons aussi à des partenariats avec des organismes qui épousent nos objectifs et dont les réalisations sont susceptibles de suggérer des accomplissements communs. Évidemment, nous partagerons ces projets avec vous tous lorsqu’ils pourront prendre forme. Je trouve bien stimulants les échanges avec les membres du cons eil d’administration. Non seulement leur générosité me touche-t-elle, mais aussi la qualité de leurs réflexions. Voilà bien des raisons d’aborder ce mandat avec enthousiasme. Jacques Boucher

Changements à l’équipe de rédaction de Mixtures À la suite de la décision de Claude Beaudry, qui quitte, pour des raisons de santé, les équipes de rédaction et de révision de Mixtures, nous avons le plaisir d'accueillir Yves-G. Préfontaine au comité de rédaction ainsi que Marcelle Maheux à la révision. Yves-G. Préfontaine, organiste et claveciniste, déjà très conn u dans le domaine de la mus ique, poursuit une carrière à plusieurs volets. Enseignant à la retraite après avoir fondé et dirigé la section musique au Cégep Marie-Victorin, il est organiste titulaire au Sanctuaire Marie-Reine-des-Cœurs et au Grand Séminaire de Montréal. Parmi les diverses fonctions qu'il a exercées, notons celle de président des Amis de l'orgue de Montréal de 2003 à 2009. Marcelle Maheux, maintenant à la retraite, est une musicienne qui cumule une riche expérience comme secrétaire et enseignante, Elle cha nte dans La Schola Cantorum de Québec et fait partie du conseil d'administration de ce chœur. Nous ne pouvons que remercier Claude Beaudry pour to utes ces années de précieuse collaboration et lui souhaiter une meilleure santé. Page 4

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Hubert Laforge, physicien, psychologue, professeur, facteur de clavecins et organiste à ses heures par Jean-Claude Rivard

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Physicien, psychologue, professeur, facteur de clavecins, et organiste à ses heures, copionnier de l'UQAM, ex-doyen d e la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval, ex-recteur de l'Université du Québec à Chicoutimi, universitaire chevronné en psychologie et conseiller reconnu dans le domaine des relations internationales… On ne ma nque vraiment pas d'épithètes pour désigner Hubert Laforge, président de la Fond ation du Pa trimoine Laurentien. Épaulé notamment par l'organiste québécois Antoine Bouchard, le clav eciniste de répu tation mondiale Kenneth Gilbert, la musicologue É lisabeth Gallat-Morin, l'organiste Benjamin Waterhouse et bénéficiant du talent e t de l'expertise des fac teurs d'orgues montréalais Juget-Sinclair, il fut le principal artisan de la ren aissance de l' orgue Richard 1753, détruit lors du b ombardement anglais de l’église Notre -Dame de Québec dura nt la troisième semaine de juillet 1759. L'orgue reconstruit, l’Opus 35/1753/2009, selon son acte de naissance chez Juget-Sinclair, constitue le nouvel attrait de la chapelle du Musée de l'Amérique francophone. Cette ancienne chapelle extérieure du Petit Séminaire d e Québec est aussi dotée d'un 35 jeux Casavant 1930. La cession officielle de l'instrume nt au Musée de la Civilisation s'est concrétisée le 12 mai 2009. Homme discret, effacé mais omni présent. Hubert Laforge parle couramment plusieurs langues dont l'anglais, l'es pagnol, le portugais et l'arabe en plus de posséder une connaissance de l'allemand et du ch inois. On le conn aît aussi comme collectionneur de livres rares, de roc hes et de minéraux. Une partie de sa c ollection d'antiquités romaines a déjà fait l'objet d'un do n au Musée de la Civilisation. Par ailleurs, il exploite, durant l'été, une fermette à Grondines, qui fournit chaque année de la luzerne à un producteur agricole du coin. Pendant ce temps, son épouse, Florence, horticultrice avertie, y cultive légumes, petits fruits et l es plantes à fl eurs. Inspirée par l'environnement du Château d'Assas, en France,

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elle s'intéresse particulièrement aux cultivars anciens et les roses trémières. De plus, les peintures enluminées représentant des orchidées qui ornent les clavecins de son époux sont dus à son talent d’artiste. Ce sont des reproductions de ces fleurs qu’elles cultive affectueusement à l’intérieur. Le curriculum d’Hubert laforge, d'une quinzaine de pages, révèle un auteur d'innombrables publicapublitions, de réalisations, de communications ques et de travaux de re cherches qui lui ont fait côtoyer certains grands de ce monde. À la suite de ses représentations et de ses missions à l'étranger, il est reconnu comme un spécialiste et un conseiller en matière de relations internationales, en psycho-éducation et en analyse informatique multivariée. Mais, au plan personnel, ce qu i l'enorgueillit le plus, c'est son titre universitaire d e professeur (à la retraite). À ce titre, il importe toutefois d'en ajouter un autre dont il parle peu : celui de mécène. Page 5


L'orgue 1753 de Robert Richard Cette feuille de route le présente, en effe t, comme un important donateur et un spécialiste des campagnes de financement, comme ce fut le cas pou r sa F ondation ainsi qu’à l'Université Laval dans la création de bourses d'études et pour l'organisation des fêtes du Cinquantenaire de la Faculté des sciences sociales en 1988, où il a œuvré comme doyen s ur les pa s du regretté dominicain Georges-Henri Lévesque (1903-2000), qui fut aussi fondateur de l' Université nationale de Butare, au Rwanda. À l'occasion du quatrième centenaire de Québec, en 2008, Hubert Laforge s'est retrouvé à la direction d'une campagne de fi nancement afin de faire revivre l'orgue Richard de 1753. L'idée fut d'abord lancée par l'éminent claveciniste Kenneth Gilbert : « Pourquoi ne p as faire revivre, à Québec, l’orgue classique français de NotreDame, comme on vient de le fair e, en France, pour celui de la Ch apelle royale du Palais de Versailles »? À l’ invitation de K enneth Gilbert, Hubert Laforge s'est aussitôt joint au groupe.

Clicquot, 1710) ainsi que ceux de la Cathé drale d'Auch (Jean de Jo yeuse, 1694). La musicologue Élisabeth Gallat-Morin, une spécialiste de la musique de la Nouvelle-France, a alors entrepris de fouiller la correspondance de l'époque jusqu'au Minutier central des Not aires, à Paris. Elle signera en 2012 le livre L’orgue de 1753 renaît de ses cendres, publié par le Musée. Hubert Laforge, Kenneth Gilbert et Antoine Bouchard ont a lors personnellement investi des sommes considérables dans ce projet destiné à faire revivre l’orgue « français » de Québec. Une aventure d'un demi-million de dollars, compte tenu du

Montréalais de naissance, virtuose de réputation internationale et ami de lon gue date, Kenneth Gilbert avait formé, tant à Québec qu'à Montréal et en Euro pe, des gé nérations de clavecinistes, dont le pèr e abbé de l'Abbaye bénédictine de Saint-Benoît-du-Lac, Dom André Laberge. À l'Université Laval, il a eu comme dauphin le non moins éminent claveciniste américain Scott Ross (1951-1989). Il s'était acquis une large réputation comme concertiste et éditeur du répertoir e du clavecin, notamment en ce qui concerne R ameau, Couperin et Scarlatti. Kenneth Gilbert avait eu du flair. Dans ses recherches sur l'ancien orgue du Palais de Versailles, le chercheur parisien Pierre Hardo uin avait en effet découvert l'existence, en France, des plans et devis de l'orgue Richard, construit selon les spécif ications du moine bénédictin Dom Bédos de Celles en ce qui a trait à la t aille des tuyaux. Cet org ue avait été commandé à Paris par le sixième évêque de Québec, M gr de Pontbriand. Pierre Hardouin avait aussi découvert, en même temps, l'existence des plans originaux de l'orgue de la Chapelle de Versailles Page 6

Photo : Robin Côté Mixtures, numéro 42, mai 2015


coût de la f acture et d' installation de l' instrument, du temps du personnel du Musée des civilisations et des frais d'aménagement,. C’est sans compter le travail bénévole des membres du comité spécial ainsi que des dons d'importance qui ont suivi, dont ceux de la Ville de Québec et de la f amille Desmarais. Mentionnons aussi la collaborat ion de la F ondation du Patrimoine Laurentien (Hubert Laforge en était alors le président) dont Jean-L. Lefebvre et feu Pierre Valcour, de l' ancien maire suppléant de Québec Jacques JoliCoeur, de feu l'ex-maire Jean Pelletier et du maire actuel, Régis Labeaume. Sympathique au projet, feu l'ex-mairesse d e Québec Andrée-P. Bo ucher n'avait pu obtenir l'appui financier de son conseil municipal pour pouvoir s'y associer. Il avait aussi été boudé par l'administration de l' ex-maire Jean-Paul L’Allier, lui-même pourtant sensible aux choses culturelles, parce qu'il y avai t alors tro p d'orgues à revamper à travers la v ille et qu'il fallait éviter de créer un précédent. C 'est pour la même raison que le projet a reçu un accueil presque glacial de la ministre des Affaires culturelles du

temps, Line Beauchamp : « J'en ai plus de mille sur les bra s; vous n'allez pas m'e n ajouter un de plus », avait-elle répondu. Réponses semblables de bien des côtés, y compris de celui du ministère des Relations internationales et du Bureau du Premier Ministre. Par contre, l'équipe de l'actuel maire Régis Labeaume y est allée d' une subvention importante à laqu elle se sont subséquemment ajoutés d'autres dons, certains venus de Fra nce (Fondation Vukobrat et Champlain-France, grâce aux démarches du couple Élisabeth et Jacques-Yvan Morin) ainsi que du Québec (Affaires culturelles, et concours du Musée des civilisations). Des dons privés ont suivi. C'est ainsi qu'est ressuscité l'orgue ancien de Robert Richard (1753), selon la facture française du XVIIIe siècle abritant dans un buffet de chêne blond, dix jeux aux tuyaux d'étain, de p lomb et de bois répartis en 14 rangs avec sommier et action mécanique, tempérament mésotonique, diapason 392, touches en os, soufflets cunéiformes, basse pression du vent, abse nce du do dièse grave, etc. Le tout faisant 1 500 kilos!

Signature du protocole de cession l’orgue Richard /Juget-Sinclair au Musée des civilisations. De gauche à droite. Debout : Élisabeth Gallat-Morin, Antoine Bouchard, Benjamin Waterhouse. Assis : Claire Simard, directrice générale du Musée, Hubert Laforge. (Photo: Musée des civilisations) Mixtures, numéro 42, mai 2015

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Rayonnement de la musique ancienne « C'est un orgue unique parce qu'il représe nte une esthétique sonore qui n’est plus la même ici ou en Euro pe depuis le début d u XIXe siècle. Même en F rance, il y a peu d'ins truments semblables qui ont s urvécu ou qui ont été reconstruits », avait déclaré M. Laforge lors d’un concert donné à l'o rgue ressuscité, au printemps 20 14, par le t itulaire de la cat hédrale Sainte-Anne de La Pocatière, Claude Lemieux. « Quelle belle Trompette! Les Espagnols, avec les leurs en chamade, seraient jaloux. »

Michel Bouvard, de Toulouse et Paris, concert inaugural, 4 octobre 2009

Membre du comit é d'origine, l'organiste Benjamin Waterhouse avait aussi été é troitement impliqué dans la concré tisation du projet, notamment pour l'organisation des premières séries de concerts. Il le fut not amment en sa qual ité de titulaire, à la cathédrale anglicane Holy Trinity,

d'un orgue anglais de 1790 qu'aurait jadis utilisé l'éminent compositeur allemand George Fre derick Handel, pendant son séjour à Londres. Pour promouvoir le rayonnement de la musique ancienne, Hubert Laforge et son épouse, Florence Beaulac, historienne des relations internationales à la retraite, pianiste et organi ste de formati on, ont subséquemment créé, en mai 2 012, un fonds éponyme de cent mi lle dollars, géré et administré par le Musée des civilisations et destiné à « faire rayonner la musique ancienne ». C'est dans ce contexte qu’ils ont fait don à la chapelle du Musée de l'Amérique francophone et au Musée des civilisations du dernier-né des clavecins de la f acture HL : le su perbe Opus 07, double clavier, qui s'y trouve actuellement. L’instrument est une réplique du clavecin FrançoisBlanchet 1733 conservé au Château de Thoiry, en France. Sa facture avait été co mmandée par Scott Ross, prématurément décédé à l'âge de 38 ans.

Signature du protocole du don à la Fondation du Musée des civilisations De gauche à droite. Debout : Michel Côté, directeur général du Musée des civilisations, Christian Goulet, président de la Fondation du Musée. Assis : Florence et Hubert Laforge. (Photo : Musée des civilisations)

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Scott Ross

son décès.

Un bijou « Ce f ut peut-être le plus remarquable claveciniste du XXe siècle », dit Hubert Laforge (reprenant les mots d’un grand quotidien parisien) en pa rlant de ce t inoubliable musicien aux cheveux blonds, honoré en 1990 lors de la « III e Rencontre internationale de musique ancienne » de Nice et à la mémoire duquel la r evue française Diapason consacra sa page couverture et des analyses de fonds, en décembre 2009, po ur évoquer le 20 e anniversaire d e

Hubert Laforge parle de Scott comme d’un membre de la famille. Il avait été embauché, en 1973, pour succéder à Kenneth Gilbert à la Faculté de musique de l’Université Laval. Il séjourna souvent chez les Laforge, la première fois amené par Kenneth, et la dernière, pour y « faire ses adieux » e n février-mars 1989, p eu avant son décès survenu au mois de juin suivant à Assas, en France. Il participa personnellement à la facture de son instrument de musique, l’Opus 07. Il utilisa aussi durant plusieurs années le HL 03 qui se trouve actuellement dans le salon des Laforge, clavecin qui possède, lui aussi, sa petite histoire en tan t que mono-clavier à troi s jeux, produit en 1965 d'après Hubbard (1964) et Taskin (XVIIIe s.)

Sous une housse de tissu capitonné noir, le HL 07 « de Scott » occupe le chœ ur de l a chapelle du Musée de l'Amérique fran cophone, juste en dessous du fameux orgue JS 35/1753/2009 qui trône dans la tribune. Vert feuille à l'extérieur, rouge vermillon à l'intérieur, et orné d'appliqués à la feuille d'or, il a été réalisé, en 1976, d'après des plans grandeur nature dressés par feu Hubert Bédard (Québécois devenu, dans les pas de Franck Hubbard, le premier expert en Europe de la restauration de clavecins anciens et dé cédé une se maine après Ross) et rapportés de l’ate lier qu’il dirigeait au Conservatoire de Paris. Florence Laforge en a décoré la table d'harmonie avec des peintures à la tempura d’or chidées, d’oiseaux et de papillons et des ajouts d’or en feuille . Hubert Laforge s'est lui-même fait doreur. Plus tard, cela devint une affaire de famille : la fille du couple Laforge, Suzanne, et son époux, Jocelyn Tardif, contribuèrent à la tâche. C'est un cl avecin de fa cture authentiquement à l'ancienne, précise M . Laforge, lui-même pionnier ici de cet te technique, en in diquant qu'avec sa structure très légère et moins massive, plus proche de l a lutherie qu e du piano, l'instrument produit une sonorité bien supérieure à celle, métallique, de ceux de la première moit ié du XXe siècle.

C'est à la c hapelle du Château d'Assas que Ross enregistra de larges p arties de s es inoubliables intégrales dont celle, la plus remarquable et toujours inégalée, des 555 sonates de Scarlatti. Aucun exploit n’effrayait Ross. Comme celui, auquel nous avions accouru en 1983, de jouer de m émoire, en direct à France-Musique, en plein air dans le cloître Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence, l’intégrale des œuvres de Rameau. Durant ses années à Q uébec, Ross se produisit régulièrement en récital de clav ecin ainsi qu’assez souvent à l’ orgue, en particulier sur invitation du réa lisateur Jacques Bo ucher de Radi oCanada. Plusieurs de ses enregistrements sont disponibles sur YouTube. Mixtures, numéro 42, mai 2015

Opus 07 Page 9


Facteur de clavecins

L’homme

Les clavecins do nt Hubert Laforg e est aussi le père, se sont occasionnelle ment retrouvés da ns les conservatoires au Québec. L'un d'e ux servit une dizaine d'années à Rimouski et un autre se trouve toujours à Qué bec. On les a déjà entendus sur la scène du Gr and Théâtre de Québec et au Centre musical du Domaine Forget, à Sain tIrénée dans Charlevoix.

Né à Cha mbord, au Lac-Saint-Jean, en 1 935, Hubert Laforge est issu d'une famille de o nze enfants. Disposant d'aptitudes particulières pour le chant et pour la musiqu e, il s' est d'abord fait connaître, dans les années 1950, comme accompagnateur et chantre d'église. Ayant complété ses études classiques (1956), il a, par la suit e, fréquenté l'Université de Montréal, ayant po ur professeurs des sommité s comme Paul Lorrain, Pierre Demers et Hubert Reeves. Il y a étudié les sciences physiques, les mathé matiques (dipl. 1961) et la psychologie- éducation (dipl. 1962) avant d'aller poursuivre des études doctorales dans ce domain e à l' Université d'Ottawa (dipl. 1969). Il p oursuit son perfectionnement dans le domaine de la psych ophysiologie à St rasbourg, Lyon, Marseille, Boston et Los Angeles ain si que dans le domaine de la physique et des mathématiques à l’Université Cornell de New York.

Son tout premier clavecin, dont les pièces principales ont été achetées en kit chez Zuckermann à New York et livrées par la poste, a été monté au Cambodge, au déb ut des années 1960. C'était durant une période de vie antérieure d’Hubert Laforge dans le domaine de la coopération internationale au Cambodg e (Université nationale de Phnom Penh, 1962-1964), et en Tunisie (Université de Tunis et Lycée de Monastir, 1965-1968). L'Opus 03, aujourd’hui en leur résidence de Québec, accompagna les Laforge durant leur séjour en Tunisie. À la fin des années 1960, Hubert Laforge tint, avec la collaboration de Guy Néron, un petit atelier à Montréal sur la rue Édo uardCharles avant, une fois installé à Québec, d’en concentrer les activités dans une partie de sa résidence.

Opus 03

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Premier garçon inscrit à l' École supérieure de musique Vincent-d'Indy (r éservée aux filles) en 1958, il y a étudié le p iano dans la classe de la regrettée Anna-Marie Glob ensky, bien connue à Québec pour av oir aussi enseigné à l' Université Laval. C'est à la F aculté de musique de l'Université de Montréal qu'il a connu Florence Beaulac, alors étudiante en piano et en orgue, qu'il a épousée en 1961 et qui l'a suivi dans ses e ngagements internationaux. Sa formation spécifique de facteur de clavecins lui est née de séjours et de stages à Boston, à Paris, à Anvers et à Lo ndres. Mais la piqûre et la passion pour cet instr ument lui sont venues du talent de la clav eciniste Wanda Landowska dont il écoutait, en 1958, d es enregistrements musicaux alors qu'il travaillait co mme technicien durant l'été à Radio-Canada. C'est l'époque où il a réussi à transformer la sonorité d'un gr and piano de studio en celle d'un clavecin, par un simple jeu de modulations de fréquence!

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Le professeur Professeur à l'Université Laval, depuis le débu t des années 1970, Hubert Laforge a œuvr é à l'École de psy chologie et a collabo ré à plu sieurs facultés, notamment en médecine, en y enseignant et en y menant des recherches. Les facteurs socioculturels relatifs à l'usage et à la dépendance des dr ogues, par exemple chez les Innus et les Naska pis furent parmi ses sujets d'enseignement, de re cherche et de publication. D’autres expériences sci entifiques, par exemple celles menées sur d es rats d e laboratoire avaient pour but de découvrir les effets d es expositions aux champs électromagnétiques à basse fréquence sur le cerveau et sur la santé.

Les Laforge et Kenneth Gilbert (février 2015)

À l'origine de l'Institut québécois des études internationales, Hubert Laforge, dans son rôle de doyen, en plus de ses séjours de travail dans le monde arabo-musulman et de ses collaborations en plusieurs pays d’Or ient, d’Afrique et d’Europe, a fait partie de plusie urs missions déterminantes notamment à Shanghai et à Pékin. Au cours de sa carrière et de ses missions, i l a eu le privilège de côt oyer plusieurs personnalités. C’est a insi qu’il a invité à Québec pour d es colloques internationaux Mère Theresa de Cal cutta ou e ncore Marguerite Yourcenar. En septembre 1984, il a été, avec son é pouse, spécialement invité à saluer le saint pape Jean-Paul II lors de sa visite au Canada.

Avec l’ancien ministre de l’Éducation, Paul Gérin-Lajoie (2004)

Et que dire de ses rencontres comme viceprésident international de la C ampagne olympique de Québec 2002 et de ses échanges suivis avec les Jean de L uxembourg, Jacques Chirac, Nora de Liechtenstein, Albert de Monaco, etc. « Que de bons souvenirs », se rappel le-t-il, d’un ton amusé.

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Jean-Claude Rivard est un journaliste à la retraite et ancien membre du conseil d’administration des Amis de l’orgue de Québec

Note: Les photos non cr éditées sont de Florence et Hub ert Laforge.

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Avec Antoine Bouchard (2008) Photo : Jean-Claude Rivard

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Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Laurent Duval L’orgue, ce méconnu Montréal, FQAO, 2012, 305p. 11 planches couleur 20 $ (+ 4 $ frais d’expédition par la poste) Cet essai, écrit en 2001, est un incontournable pour quiconque désire connaître le développement de l’orgue au Québec. Après un bref rappel de l’histoire du développement de l’orgue au cours des siècles, l’auteur nous amène au début du XIXe siècle en nous dépeignant le rôle qu’a joué Albert Schweitzer dans la sauvegarde de l’orgue classique. À ce rappel historique s’enchaîne l’histoire de la facture d’orgue au Québec ainsi que de sa « renaissance » à la fin des années 1950 et au début des années 1960. La deuxième partie de l’ouvrage nous amène au cœur du répertoire de la musique d’orgue et s’attarde principalement sur l’œuvre pour orgue de J. S. Bach avec un bref commentaire sur ses principales œuvres.

Libellez votre chèque au nom de la FQAO et expédiez, par poste à FQAO 1749 rue Boisvert, Laval, QC H7M 2L1


Vincent Boucher à l’Oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal La direction de l’ Oratoire Saint-Joseph est fière d’annoncer la nomination de Vincent Boucher au poste d’organiste titulaire des grandes org ues de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal. Monsieur Boucher, collaborateur de l’équipe musicale de l’Oratoire Saint-Joseph depuis 2013 à titre de consultant et de musicien, entrera officiellement en fonction à compter du 1er février 2015. Il aura la responsabilité des messes et des célébrations sur les deux orgues de l’Oratoire, dont le Beck erath de 78 jeux et 5811 tuyaux sur cinq claviers, le plus grand instr ument à traction entièrement mécanique au pays . Il po ursuivra également la tradition des concerts d’orgue dominicaux en a ssurant la direction artistique de cette série qui en est maintenant à sa 55e saison. Il offrira d’ailleurs un concert inaugural le 19 avril. Menant véritablement une double carrière en musique et en finance, Vincent Bo ucher a joué là maintes reprises au C anada et en Europe (Angleterre, Autriche et France). Il est réci piendaire d’une quinzaine de prix et distinctions, dont le Prix John Robb en 2000, le Prix d’Europe en 2002 — qui n’avait pas été remis à un organi ste depuis 1966 — et l e Prix Opus Découverte de l’année en 2003. Sa discographie compte déjà onze enregistrements qui ont reçu l’éloge de la critique. En 2007, il a lancé l’intégrale des œuvres de Charles Tournemi re sous étiquette AT MA, enregistrée sur l’orgue Casavant de l’église SaintJean-Baptiste de Montréal. Trois CD ont aussi été enregistrés à l’Oratoir e Saint-Joseph. Il a ét udié avec les clavecinistes Dom André Laberge et Luc Beauséjour ainsi qu ’avec l’organiste Bernard Lagacé. Il a reçu deux Premiers Prix à l’unanimité du jury en orgue et en clavecin du Conservatoire de musique de Montréal dans la classe de Mireille Lagacé. Il a complété un doctora t en interprétation à l’Université McGill sous la direction de John Grew et William Porter. Il s’est finalement perfectionné à Vien ne avec Michael Gailit, puis à Paris avec Pierre Pincemaille.

Fort d’une expérience de plus de 21 ans comme organiste liturgique, Vinc ent Boucher a été titulaire de l’orgue à la cat hédrale Sainte-Cécile de Valleyfield de 1996 à 2000. Depuis 1993, il est organiste adjoint à l’ église Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Diplômé de l’É cole des Hautes Études commerciales de Montréal et de l’Université d’Oxford (Angleterre), il travaille depuis plus de 15 ans dans le monde de la finance et est présentement conseiller en placements chez Financière Banque Nationale. Il détient le titre de Chartered Financial Analyst (FCA). Source : Communiqué de presse

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Robert Patrick Girard : 50 ans de titulariat par Robert Poliquin Le 9 novembre 2014, une fête a été organisée à l’église Saint-Dominique de Québec pour souligner les 50 années de service de Robert Patrick Girard comme organiste titulaire. Une très belle célébration organisée discrète ment, grâce à l’ étroite collaboration du curé, l’a bbé Pierre Gingras, des membres de la Chorale Saint-Dominique et de son directeur Richard Duguay, sans oublier la participation inattendue de son frère Claude à l’orgue. Plusieurs centaines de personnes ont a ssisté à l’événement dont les membres de sa famille , des amis, des collaborateurs et collaboratrices, des personnalités politiques et publiques. Le curé Pierre Gingras a offert, au nom de la paroisse SaintDominique, une très riche collection de livres publiés par le dio cèse de Q uébec. De nombreux témoignages d’appréciation ont également été

adressés à l’organiste à l’issue de la messe, soit verbalement et par écrit dans un livre dépo sé à l’avant de l ’église. Le jubilaire s’est montré très ému par cette attention. Par la suite, l’abbé Pierre Gingras a fait lecture d’une lettre de f élicitations provenant de madame Hélè ne David, ministre de la Culture et des Communications. La fête s’est poursuivie par un dîner sympathique réunissant une centaine de personnes. Son f rère Claude a présenté, d’une façon bien humoristique, un résumé de la carrière de Robert Patrick. Quelques jours plus tar d, soit le 1 3 novembre, la ministre faisait l'annonce officielle de la reconnaissance de l 'église Saint-Dominique comme fai sant désormais partie du p atrimoine culturel du Québec.

Dans l’ordre habituel, Robert Patrick Girard, la ministre Hélène David et le curé, l’abbé Pierre Gingras.

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L’organiste liturgique, porteur d’un aristocratisme mourant par Alexandra Fol Dans mon article « La musique est-elle une profession? Une question d’éthique »1, j’explique les distinctions entre éthique et morale, ainsi que les nuances entre les notions d’emploi (de gagnepain), de p rofession et de vocation afin d’e xaminer la possibilité que le domaine de la musique soit accepté par la popu lation en général comme une profession. L’obstacle qui empêche un tel développement désirable réside surtout dans l’histoire de l’art dont le déroulement a graduellement accorder de l’indépendance aux voies de l’ esthétique et de la fonctionnalité, un parcours qui suit plus ou moins l’accessibilité relativement croissante de la formation artistique. La tension notionnelle continue entre l’image de l’art comme p asse-temps des riches de fortune et la réalité de l’art comme choix de vie des riches d’esprit, obscurcie par un certain nombre de personnes qui appartiennent à ces deux catégories ainsi que par des imposteurs qui dénigrent et exploitent la notion même de l’art avec des faussetés et des prétentions d’originalité tentant ainsi de masquer l eur manque de t alent, mène à une situation malheureuse où les artistes reçoivent, dans les meilleurs des cas, le respect qu’ils méritent, mais presque toujours sans que ce soit accompagné d’u ne rémunération adéquate qui reflète la qualité de leur art et qui récompense toutes leurs heures de travail. Dans le passé, quand l’impulsion spirituelle et la situation financière de certains visionnaires leur permettaient d’investir le temps d’apprendre le métier d’artiste, la façon de l’exercer et, par conséquent, l’apprécier, élevant ainsi l ’aspect esthétique et spirituel du domaine en général, ils influencèrent un long cheminement qui a graduellement instauré dans l’imagination populaire l’image de l’artiste qui pos sède la noblesse d’un aristocrate d’esprit et la lib erté de choix que pr ocure l’aisance financière. Malheureusement, le déclin de cette classe sociale, celle qui subve ntionnait l’art, la volonté des artistes supérieurs de sacrifier es inconvénients d’avoir un employeur pour céder à la t entation de l’ indépendance artistique complète et l’ascension d’une nouvelle classe financiè-

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re qui s’est arrogée tous l es privilèges qu’accordait l’appartenance à l ’aristocratie sans toutefois les obligations qui en découlent, correspondirent, et même r ésultèrent, en la multiplication de p ersonnes qui se disent artist es, en la dévalor isation de la majorité des œuvres artistiq ues ainsi q u’en la préservation d’une quantité d’œuvres médiocres pour d es raisons de nostalgie et de prétention et enfi n, en la transformation d’une grande partie de c e qui pouvait être de l’art en des produits à être consommés — sans être utilisés. Au cours du siècle dernier, dans l’ ombre des processus énumérés ci-dessus, proc essus qui semblent toujours s’intensifier et sur lesquels j’ai passé rapidement en prés umant chez le lecteur une connaissance approfondie des sujets en question, émergea un personnage qui, sans nécessairem ent le vouloir ni le comprendre ou l’internaliser, continue d’incarner sous certai nes conditions : éducation, formation, sens de responsabilité et vision de la v ocation, un idéal art istique très concret insérer les dans lequel tout le monde cherche à qualités considérées idéales. Ce personnage méconnu, mystérieux et dont la valeur est fréquemment sous-estimée est l’organiste liturgique. L’organiste liturgique, à l’égard de qui chacun a une liste d’ attentes qui vo nt de raisonnables à irréalistes qu’il doit combler dans des condi tions qui fluctuent entre favorables et détestables, se trouve aujourd’hui, comme il l’a toujours été, un spécimen de ce qu’un artiste représente pour une multitude de person nes d’origines et de cu ltures diverses, des personnes qui réagissent à titre soit de supérieur soit d’inféri eur, et qui peuvent tout aussi bien posséder ou manquer des connaissances requises pour apprécier son œuvre. À différentes fins, ces personnes imag inent une vision composite d’une personne qui réunit en elle-même l’artisan et l ’artiste, le fonctionnaire et l e génie, dans le but de fournir un service qui satisfasse simultanément les exigences d’une régularité hebdomadaire et les aspirations au tra nscendantal, si fréquemment freinées par un manq ue de savoi r et de sagesse.

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Les difficiles tâches de servir une communauté en formant son goût, de fournir des services musicaux pratiques sans q u’ils ne devi ennent banals, de maintenir des relations personnelles positives afin d’assurer des comm unications fructueuses, d’offrir des sélections musicales q ui le mettent au défi de bousculer les h abitudes commodes de la majorité sans q u’elle ne se sente menacée par l’inconnu mais plutôt d’une façon à l’attirer vers le mieux, tout cela en se contentant d’être fréquemment sous-apprécié et, ces temps-ci, mal payé et, pire encore, pris pour acquis, placent l’organiste liturgique dans une po sition qui le force à constamment réévaluer son empressement à jou er le rôle social éducatif d’un aristocrate, rôle qui lui est assigné par des circonstances historiques particulières, tout en étant privé des privilèges qui l’accompagnent. Le mélange spécifique dans la vie des organistes, qui comprend des im pulsions nobles et parfois idéalistes et des ci rconstances d’emploi qui se détériorent continuellement dans une grande partie des églises chrétiennes, met injustement à l’épreuve ce qui est presque toujours une vocation musicale pure et belle, en la res treignant dans une réali té d’emploi de plus en plus ardue où, par exemple, sous prétexte de protéger l’indépendance artistique des organistes, les établissements relig ieux leur offrent des honoraires et la « liberté » d’être

forcés de qui tter à tout moment plutôt que des contrats stables et des salaires réguliers qui leur permettraient de développer un vrai ministère musical à long terme et en toute sécurité. Il n’est pas étonnant alors qu’un grand no mbre des meilleurs artistes, ceux qui sont des modèles de passion pour le travail, qui sont a nimés d’un puissant désir d’a méliorer constamment leurs aptitudes et d’approfondir leurs connaissances en vue d’aider les communautés et de stabiliser leurs vies, se déc ouragent devant le manque de vi sion qui affecte beaucoup d’ établissements religieux — couplée à la liste d’attentes s urhumaines que j’ai déjà énumérées — perdent graduellement et tristement l’envie d’offrir honnêtement le meilleur d’eux-mêmes et abandonnent le ministère musical avant que ce dernier ne dégénère de pénib le à sacrificiel et, parfois, suicidaire. Il reste à v oir si l’avenir apportera un renversement de ces tendances négatives. 1 Fol, Alexandra. « La musique est-elle une professi on? Une question d’éthique. » Revue Laudem 49 (2014)

Alexandra Fol est organiste titulaire et chef de chœ ur à la Missione Maria Ausiliatrice à Montréal (secteur Rivièredes-Prairies), secrétaire de LAUDEM et vice-présidente du Collège royal des organistes, section de Montréal.


La restauration de l’orgue Mitchell & Forté 1863, de Saint-François-Xavier-de-Brompton Tout d’abord, on ne peut présente r ce projet sans souligner l’extraordinaire implication du comité de restauration de l’orgue de Sa int-François-Xavier. Tout au long de ce projet de restauration, cette poignée de solides paroissiens a organisé de nombreuses activités de f inancement et a perm is à une communauté de se ra ssembler autour d’un projet culturel hors du commun. Il est tout à leur honneur d’avoir mis sur pied un projet de sauvegarde d’un instrument exceptionnel qui tient une place de c hoix dans le patrimoine organistique québécois. Bref historique Dès notre première visite, nous avons été frappés par le caractère singulier de cet instrument. Ayant été construit il y a plus de 150 a ns, soit quatre ans avant la Confédération, il témoigne sans complexe d’une époque charnière dans l’histoire de la facture d’orgue canadienne. Étant un des premiers orgues à sort ir de l’atelier Mitchell & F orté, il reflète, dans sa conc eption, une continuité stylistique assez évidente av ec les in struments issus de la t radition britannique. Répandue en Amérique à la fin du XVIII e siècle par les facteurs de Nouvelle-Angleterre, cette tradition de fac ture d’orgue remonta à Mo ntréal avec Samuel R. Warren. Ce dernier, chez qui Louis Mitchell et Charles Forté ont appris leur métier… Selon la correspondance conservée à SaintFrançois-Xavier, cet instrument a orig inalement été construit pour l’églis e Saint-Joseph de Montréal. À ce propos, il s’ avère qu’un contemporain anonyme a raconté sa visite de l’ orgue nouvellement construit. Il en a décrit tr ès précisément l’aspect et la composit ion dans un article publié dans un numéro du périod ique L’Écho du cabinet de lecture paroissial (Vol. 5 n o 22, Montréal, BasCanada, 18 novembre 1863). En voici les faits saillants :

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par Robin Côté

« Nous avons eu le plaisir, ces jours derniers, d’examiner un bel orgue, construit par MM. Mitchell et Forté, facteurs d’orgues de cette ville, — et que l’on doit inaugurer dans l’église Saint-Joseph de Montréal, dimanche, le 22 courant (fête de sainte Cécile). […] Ce dernier instrument joint à toutes les conditions d’une construction parfaite, une ampleur et, en même temps, une douceur dans la qualité du son qui se rencontre rarement dans un orgue nouvellement achevé, - et que bon nombre d’instruments, construits depuis déjà quelques années, n’ont encore pu acquérir. […] C’est un huit pieds en montre, à deux claviers, avec pédalier de vingt notes. […] Le buffet, qui mesure 24 pieds de haut, sur 12 de front et 8 de profond, est parfaitement imité en chêne. Il est de style gothique, et cependant présente une apparence très légère et gracieuse; orné de riches sculptures, avec sa montre dorée, il est incontestablement, en son genre, l’ornement le plus élégant qui ne décore aucune de nos églises du Canada. […] » Plus de 40 ans plus tard, en 1 911, les frères Casavant revendent l’instrument à la paroisse Saint-François-Xavier et portent le pédalier de 20 à 27 notes tout en laissant le Bourdon de 16 pieds à 20 notes. On joue donc les sept dernières notes en tirasse seulement. À part cette modification, rien ne semble avoir été modifié significativement. Par contre, plus récemment, l’état général de l’instrument s’est détérioré. Il a vé cu un déménagement de Montréal à Saint-François-Xavier en passant par Sain t-Hyacinthe, probablement en train et en charrette, a co nnu l’arrivée de l’électr icité, vu une tribune affaissée, le renversement accidentel d’un pot de pein ture… Bref, après 152 hivers, une restauration en profondeur était bienvenue! Malgré cela, on pouvait encore apprécier la finesse et la variété de ses timbres. Seule la disparition des anches durant le XXe siècle reste encore un mystère à élucider…

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Composition de l’instrument Grand-Orgue (54 notes) Montre 8’ Salicional 8’ 1 Dulciane 8’ 2 Bourdon (basse) 8’ 3 Bourdon (haute) 8’ Flûte harmonique 4’ Prestant 4’ Doublette 2’ 5 Mixture III Trompette (basse) 8’ Trompette (haute) 8’ Récit expressif (54 notes) Basse bouchée 8’ 3 Clarabelle 8’ 3 Principal 8’ 3 Flûte à cheminée 4’ 3 Hautbois 8’ Pédale (27 notes) 4

Bourdon 16’

Tremolo Souffleur Pédales de combinaison : pp : Dul 8, Bd (h+b) 8 mf : M 8, Sal 8, Dul 8, Bd 8, Fh 4, Pr 4 ff : tout le grand-orgue Accouplements : REC/GO, REC/PED, GO/PED Pédale d’expression Pression du vent : 3" (76mm) Diapason : 452Hz @ 700C (21,10C) 1 2 3 4 5

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Fa18-fa54, 1-17 partagé avec le Salicional 8’ Do1-fa17 Fa18-fa54 Do1-sol20 Composition de la Mixture-Cornet Do1 : 1 1/3’ - 1 3/5’ - 1’ Do37 : 2 2/3’ - 1 3/5’

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Flûte à cheminée, avant et après restauration

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Photos : Robin Côté Page 19


Aperçu des travaux Durant la r estauration, trois principes nous ont guidés dans notre travail : le resp ect du matériel d’origine, la réversibilité des a ctions posées (autant que possib le) et la fabrication des éléments manquants, cop iés sur les modèles originaux. Au niveau de la soufflerie, les pompes et l e pli sortant du réservoir ont été supprimés dans les années 1950 lors de l’ installation de la sou fflerie électrique. Celle-ci était installée dans la cave, ce qui propulsait de l’air froid et très humide dans l’orgue non sans caus er des probl èmes. La première action a été d’installer un nouveau ventilateur dans une boîte insonorisée dir ectement dans l’orgue. Les pompes et le pli sort ant du soufflet n’ont pas été reconstruits; le comité de restauration préférant allouer les ressources à l’installation de nouveaux jeux d’anches. Pour les sommiers, toutes les gravures ont ét é étanchéifiées à l’aide des colles animales traditionnelles. Les tables de sommier, les registres et les des sous de chapes ont été red ressés et g raphités selon la techni que traditionnelle. Les soupapes, qui sont d’ une longueur surprenante au Gr and-Orgue, ont to utes été redressées et remise s en pea u. La restauration de la mécanique, quant à elle, a nécessité une intervention un peu plus importante que prévue. Plusieurs éléments, comme les barres d’équerres, ont été solidifiés pour fiabiliser la mécanique. Les mécaniques de Pé dale et du Grand-Orgue en particulier, ont nécessi té la reconstruction de la majorité de leurs verge ttes verticales. Dans cet orgue, plus les vergettes étaient accessibles, plus elles ont s ouffert! Simple constatation : même restaurée et sans friction, la mécanique du clavier de Grand-Orgue reste assez dure, mais sans provoquer d’étonnement de la part des facteurs étant donné la taille des soupapes. Une attention particulière a été portée à la finition de la console. De nouv elles pastilles de ti rant de jeu ont été gravé dans le style des anciennes pour remplacer celles qui avaien t disparues. Le comité a choisi de ne pas repe indre la montre et de simplement nettoyer l e buffet. Toute la tuyauterie intérieure a été lavée, débosselée et ressoudée au besoin. D’entre tous les jeux, la Flûte à cheminée 4’ du Récit était la p lus endommagée. Tous les tuyaux ont été rallongés en u tilisant un alliage se rapprochant le plus possible de l’original.

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Tous les t uyaux neufs ont été fabriqués en utilisant les techniques propres au style de tuyauterie de l’instrument. Cependant, pour les anches, plusieurs questions se sont posées quant au choix du modèle sur lequel baser les nouveaux jeux. Étant donné les profondes similitudes musicales avec l’orgue Louis Mitchell 1872 installé à Saint-Fabiende-Panet, nous avons fabriqué la nouvelle Trompette et Hautbois selon des mesures précises, directement relevées sur les tuyaux à Sain tFabien. Du côté musical, les flûtes sont limpides et l’ensemble des fonds est velouté et somptueux. Entre autres particularités, cet instrument recèle u ne grande variété de jeux de fonds aux timbr es bien distincts les uns de s autres p ermettant de nombreuses combinaisons. Sur quatorze jeux, on retrouve donc des principaux, un Bourdon en b ois, une Flûte à cheminée en métal, une Flûte ouverte en bois, une Flûte harmonique en bois, un Salicional conique, une Dulciane étro ite, sans compter la Mixture et les anches. Au Grand-Orgue, la Mixture de trois rangs, qui s’appar ente à un cornet de principaux, apporte clarté et vi vacité. Au Récit, l’amalgame des fonds et du Hautbois rappelle bien la texture de la section des bois d’un orchestre beethovénien tandis que la Trompette donne l’éclat à l’instrument et fait le lien entre les fonds et la mixture. Toutes ces caractéristiques réunies en font un instrument attachant, au son chaleureux et au vent bien vivant, idéal pou r la musique des premiers romantiques tels Mendelssohn, Schumann, Rinck, Wesley, mais aussi toutes les transcriptions d’œuvres chorales et orchestrales de compositeurs anciens et contemporains de l’époque comme Häendel, Bizet ou Rossini. Véritable témoin sonore du milieu du XIX e siècle, l’orgue de Sain tFrançois-Xavier est à visite r sans hésitation lors de votre prochain passage dans la magnifique région de l’Estrie. 1

Robin Côté est vice-président chez Juget-Sinclair.

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Fernand de La Tombelle, la renaissance d’un humaniste par Jean-Emmanuel Filet Le nom du compositeur français Fernand de La Tombelle n’évoque peut-être pas un souvenir clair dans l’esprit de chacun. Pourtant, sa musique eut un grand rayonnement de son vivant, y compris au Québec. Un exemple pa rmi d’autres, l’une de ses œuvres maîtresses, Crux, oratorio pour solistes, chœur, orchestre et grand orgue fut interprétée, à deux reprises, à Montréal1. Mais qui était le baron Fernand de L a Tombelle ? Un étonnant touche-à-tout qui fut à la fois compositeur, pianiste et organiste, pédagogue et co nférencier, poète et écrivain , folkloriste, photographe, peintre amateur doué d’un réel talent, un homme féru d’astro nomie, d’archéologie, d’automobiles et même cycliste émérite.

Fernand de La Tombelle (1854-1928)

En tant que composit eur, son souci de la forme ainsi que la clarté de s es idées en font un digne représentant du classici sme romantique français, à l’exemple de ses m aîtres et amis Alexandre Guilmant, Théodore Duboi s ou encore Camille Saint-Saëns. Notre compositeur abordera quasiment tous les genres, à l’exception du grand opéra, e t cela en quanti té (on peut estimer son catal ogue d’œuvres à près de 5 00 numéros d’opus). Une place particulière peut être attribuée à sa musique de chambre (il remporta d’ai lleurs le prix Chartier de l’Institut en 1896 pour celle-ci) ou encore à sa musique chorale, La Tombelle étant sans doute en France durant la « Belle Époque », l’un des piliers les plus importants dans l’écriture de chœurs à voix d’hommes (chœ urs d’Orphéon). L’â ge avançant, la musique relig ieuse prendra une place de plus en plus importante dans sa production, sous forme de cantates e t d’oratorios majestueux. Dans une volonté affichée de démocrati sation de la grande musique et de sa décentral isation du milieu parisien, il comp osera également une multitude de cantiques (fig.1), motets et autres messes souvent à la portée de tous2.

La Tombelle se retrou ve également aux ori gines de la fondation de la Schola Cantorum en 1896, aux côtés de C harles Bordes, V incent d’Indy et Alexandre Guilmant. Il y tiendra la classe d’harmonie pendant une dizaine d’années3. Orateur recherché, il sera souvent fait appel à lu i pour parler des sujets musicaux les plus variés.

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Le 2 février 1922, au théâtre Saint-Denis, l’Association des Chanteurs de Montr éal sous la direction de Jean Goulet (près de 200 personnes, musiciens et chanteurs) interprète cet oratorio. L’œuvre sera aussi présentée en 1923 à l ’église Saint-Enfant-Jésus par les musiciens de la paroisse à l’occasion du Vendredi-Saint.

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Mais La Tombelle fut également instrumentiste, initié tout d’abord par sa mère (élève de T halberg et Liszt) puis par Guilma nt. Avec ce dernier, il participa, à l’orgue mais surtout au piano, aux fameux concerts du Tro cadéro lancés en 1878 lors de l’Exposition universelle. Il découvre l’orgue aux alentours de 1870 à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse grâce à l’organiste local, Jules Leybach. Par la suite, des études assidues avec Guilmant renforcèrent son intérêt pour l ’instrument. Bien souvent, il remp laça ses amis et maîtres, Guilmant et Dubois, que ce soit à la T rinité ou bien à La Madeleine (il y fut organiste assistant de 1885 à 1898). Il réa lisa en outre nombre d’inaugurations d’instruments et fut réellement un c oncertiste de talent.

La place nous manquerait pour être parfaitement exhaustif, mais ajoutons cependant à ce catalogue déjà bien rempli, un grand corpus de mélodies souvent dignes d’intérêt, des pi èces pour pi ano, orgue, harmonium, ou encore de l a musique d’orchestre ou d’harmonie sous for me de sui tes d’orchestre, de musi que de scène ou de ballet. Page 21


Figure 1 : Exemple de cantique d’exécution facile, ici destiné à une communauté proche de Montréal. (Manuscrit conservé aux archives du diocèse de Périgueux et Sarlat).

Ayant la plume facile en musique, La Tombelle peut manier tout aussi aisément les mots. On l ui doit de nombreux poèmes (qu’il met parfois en musique), des scènes de théâtre en rime ou prose, des articles et ou vrages ayant trait à des sujets musicaux, mais également des récits de voyage fort développés et, c hose plus surprenante, un opuscule culinaire : Les pâtés de Périgueux ! Enfin, bien que parisien de naissance, La Tombelle reste une figure attachée par ses racines au Périgord, terre où il passa la plus grande partie d e sa vie en son château de Fayrac. Défendant le folklo-

re local, il notera et harmonisera nombre de thèmes populaires de cette région, c omme le firent ailleurs en France Tiersot, Bourgault-Ducoudray, d’Indy, Canteloube, Emmanuel… L’objet du présent article est double : d’une part, présenter rapidement le personnage et, d’a utre part, signaler la sortie, cette année, de deux manuscrits inédits de l’a uteur aux éditions musicales Delatour qui pourront intéresser les curieux de la musique romantique française4. Il s’agit d’un Épithalame pour violon et piano (ou orgue ) ainsi que de Jeanne d’Arc, une suite d’épisodes symphoniques pour orgue, sur laquelle il con vient de s’attarder un instant.

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Par exemple l’inauguration de l’orgue de l a Schola Cantorum et celui d’Azcoitia, en Espagne en 1898, celui de la cathédrale de Laon en 1899 (a vec Charles Tournemire), celui de l a cathédrale d’Albi en 1904 (avec Adolphe Marty), celui de Saint-Étienne-de-la-Cité à Périgueux en 1905 (ave c Alexandre Guilmant), celui de la cathédrale de Tulle en 1 912, celui de Montau ban en 1917 (avec Georges Debat-Ponsan) et celui du S acréCœur de Toulouse en 1924. Page 22

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Depuis quelques années déjà, la musique de La Tombelle est disponible par le disque. Pour ne mentionner que les disques monographiques, citons l’oratorio Les sept paroles de N.S. J.C. aux édi tions XXI-21, également deux disques de musi que de ch ambre, l’un sous l’étiquette Ligia, l’autre chez Azur classical.

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La Tombelle écrir a toute sa vie pour son instrument de prédilection : l’orgue. Mais la Jeanne d’Arc occupe une place à part dans sa produc tion. En effet, totalisant un peu plus de troi s quarts d’heure de musique, il s’agit de so n œuvre la plus développée. Elle fut écrite en 1905 à l’initiative de l’évêque de Périgueux et Sarlat. Cette suite de neuf tableaux, racontant la vie de l a sainte, sera créée par l’auteur sur l’orgue Merklin de NotreDame de Bergerac le 4 juin de cette même année. L’année 1905 marque en France la séparation de l’Église et de l’État. Il s’agit d’une période troublée où l’héroïne lorraine peut se v oir comme étant la grande consolatrice d’un peuple affligé mais aussi, et surtout, comme unificatrice d’un pays e n proie au doute c oncordataire. Jeanne, fille de Dieu et également enfant de France, doit donc s’appréhender comme élément de rassemblement et d’apaisement. Cette symphonie hagiographique se compose de neuf mouvements groupés en cinq parties et relatant de manière chronologique les principaux événements de la vie de Jeanne d’Arc , de Domrémy au bûcher de Rouen e t à sa Gloir e. La Tombelle utilise des formes très en vogue à son époque (marche, pastorale, cantilène accompagnée, etc.) tout en les insérant jud icieusement dans la trame narrative de l’histoire. Nous n’avons que peu d’informations sur la genèse de la co mposition. Néanmoins, une lettre adressée à l’abbé Cyprien Boyer (compositeur et professeur au petit séminaire de Bergerac) en mars 1905 nous éclaire en partie sur l’ordre dans lequel les mouvements furent composés et sur les préférences de l’auteur : « J’ai presque terminé mon travail de composition. Je n’ai plus à f aire qu’une marche d’entrée à Re ims. C’est un peu difficile car je ne veux pas faire une marche à gros effets ge nre militaire, ce qui serait du plus mauvais goût (quoique plaisant à bea ucoup de g ens) et d’ un autre côté, écrire une march e Triomphale sans bombarde, c’est un pro blème un peu délicat à résoudre.

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Je vous recommande à l ’avenir la pastorale du début, le n° 2 (apparition de saint Michel) et le n° 8 (les voix dans la prison). Je crois q ue vous en serez content. Ce sera de l’archaïsme emmanché dans l e moderne le plus e xalté ! Palestrina et Debussy !!5 » Au point de vue esthétique, la partition est davantage tributaire de Gui lmant (les deux derni ers mouvements pouvant rappeler la Marche funèbre et Chant séraphique) et Saint-Saëns (la marche triomphale n’est pas sans parenté avec la Marche du synode de l’opéra Henri VIII) que de Palestrina et Debussy. Cependant, on décèle également par endroit l’influence du mouvement franckiste tout comme certains enchaînements harmoniques qui font écho aux premiers travaux de Fauré. Par deux fois également, le plain chant se trouve utilisé (le Te Deum ainsi que l’intr oït Gaudeamus omnes in Domino) pour les mouvements du s acre de Charles VII. Mais ce qu i donne force à l’ ensemble demeure le travail thématique réalisé. Deux thèmes principaux parcourent la composit ion, celui de J eanne ainsi que celui de l’Archange, s’enchaînant, se superposant, subissant no mbres de transform ations (rythmiques, mélodiques, etc.) au gré de l’épopée. Des motifs annexes sont également présents aux moments opportuns, ramenant chacun à une signification bien précise explicitée par l’auteur. Pour plus de renseignements ou pour se procurer les partitions (format papier ou électronique) ainsi que voir de s extraits, il et possible de se rendre sur le site de l’éditeur : http://www.editions-delatour.com/fr/744_de-latombelle-fernand 5

Fernand de La Tombelle, lettre à Cyprien Boyer, mars 1905, Archives du diocèse de Périgueux et Sarlat.

Jean-Emmanuel FILET est musicien organiste, improvisateur et compositeur. Il a étudié au niveau du doctorat en composition à l’Université de Montréal. Il est présentement étudiant au Conservatoire de la Suisse italienne.

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Les 50 ans du Conservatoire de musique de Trois-Rivières Introduction par Michel Villemure Les activités du 20 février dernier inscrites dans le cadre des festivités marquant le 50 e anniversaire du Conservatoire de musique de Trois-Rivières se sont déroulées en deux étapes: 

Concert multigénérationnel

Pro Organo (Mauricie) offrait un concert multigénérationnel, en la ch apelle du Séminaire SaintJoseph de Trois-Rivières, qui se voulait un « hommage à l’orgue et à ses professeurs » comme l’a si b ien écrit Marie-Josée Montminy dans le journal Le Nouvelliste du mardi 17 février dernier. Les organistes ont ravi l’assistance en interprétant des œuvres d’anciens professeurs et d’élèves du Conservatoire. Michelle Quintal nous en fait un compte-rendu dans le texte qui suit. 

Lancement de livre

À la suite à ce rendez-vous festif, nous nous sommes transportés au 587 Radisson où Michelle Quintal, ex-enseignante de l’ institution nous présentait son dernier-né : Bernard Piché, grand maître de l’orgue. Il s’agit d’une biog raphie de Bernard Piché publiée avec la collaboration de R oger Barrette aux Éditions GID. On lira avec intérêt la recension qu’en fait Claude Beaudoin dans la section Parutions de ce numéro. Il nous faut souligner la publication, par la FQAO, d’un texte de Michelle Quintal retraçant l’histoire des cinquante années du Conservatoire à travers des témoignages d’anciens élève s. Ce texte est disponible auprès de la FQAO ou votre association locale au coût de 3 $ ou 5 $ par la poste. Ces activités nous ont permis de tour ner sur le passer un regard chargé d’admiration et de reconnaissance et d’envi sager vers un avenir plein de promesses.

Concert multigénérationnel ou Tradition et Modernité par Michelle Quintal «Un des plus beaux concerts d’orgue que j’aie entendu à cause des œuvres d’abord et mais aussi à cause du talent des interprètes .» Yvon Paillé, écrivain et mélomane Le thermomètre affic he moins 20 degrés C elsius dehors. En dépit de ce froid intense qui sévit depuis le début d u mois, une centaine de mélomanes gravissent la dizaine de marches ennei gées du Séminaire Saint-Joseph pour se rendre dans l a chapelle écouter sept or ganistes de différentes générations : Ïoan Bastar ache, Claude Beaudoin, Philippe Bournival, Laura Guindon, Jocelyn Lafond, Raymond Perrin et Michelle Quintal. Et ce, afin de rendre hommage à Bernard Piché, Noëlla Genest, Raymond Daveluy et R aymond Perrin qui se sont succédé comme titulaires de la classe d’orgue du Conservatoire de Trois-Rivières depuis 1966. Pro Organo (Mauricie) et le C onservatoire se sont associés pour créer cet événement. Au programme : Piché, Thompson, Beaudoin, Daveluy, Perrin, Bournival, Lafond, œuvres québécoises auxquelles s’ajoutent les musiques de Jehan Alain et de César Franck. Un écran installé à l’avant de la ch apelle permet de suivre le jeu des interprètes. Raymond Perrin a présenté les œuvres au programme non seulement pour guider les auditeurs, mais aussi pour donner le temps aux organistes de préparer l’orgue étant donné que cet instrument ne dispose pas de mémoire électronique. À cet égard, il est opportun de mentionner l’aide d es musiciens Joseph G uilmette et Magali Lemieux ainsi que des organistes Laura Guindon et Jocelyn Lafond qui ont agi comme assistants.

Longue vie au Conservatoire de musique de TroisRivières, « ville d’histoire et de culture » ! Mixtures, numéro 42, mai 2015

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Le concert débute par l’audition de Michelle Quintal jouant deux Interludes pour le Magnificat, courtes pièces destinées à l’Office des Vêp res que Bernard Piché a composées à Trois-Rivières et Hymne de gloire à la bienheureuse Marguerite Bourgeoys écrite à Lewiston (Maine). Laura Guindon, jeune élève de la classe d’o rgue de Perrin s’installe ensuite à l’ instrument pour nous faire entendre d eux œuvres de Pi ché : By the Sea, éditée chez Fischer à New-York et Postlude pour la fête de Saint-Joseph parue dans la Revue Saint-Grégoire à Québec.

Dame-du-Cap » nous rappelait Perrin, qui a déjà été son assistant. L’improvisateur Claude Beaudoin a eu l’heureuse idée de choisir un th ème de Jean Langlais, thème qui lui avait ét é proposé, en 1985, par Raymond Daveluy (qui a été son professeur d’orgue et d’improvisation) à l’occasion d’un concert célébrant le 25 e anniversaire du titulariat de Daveluy à l’ orgue de la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal. Claude avait noté ce long thème, ce qui nous a val u un beau mo ment de création musicale instantanée.

Ïoan Bastarache, organiste à la cathédrale de Trois-Rivières, a interprété deux extraits de Vitraux en l’honneur de Marie, œuvre que C laude Thompson avait écrite à la suite d’une commande de Pro Organo (Mauricie). Créée en 2008 par Raymond Perrin et à qui elle est dédiée, cette œuvre célèbre le 375 e anniversaire de la ville. Raymond Perrin a souligné, avec justesse, la coïncidence de la tenue de ce concert le 20 février 2 015 avec le décès de Claude Thompson deux ans plus tôt. L’état de l’orgue utilisé pour l’événement de ce soir préoccupait Claude Thom pson puisque quelque temps avant son décès , il avait tenu à i nformer Jacquelin Rochette, direct eur artistique chez Casavant Frères, des travaux qu’il serait souhaitable de réaliser afin d’améliorer cet instrument. Rappelons qu’en 1960, le facteur mascoutain dota it la chapelle d’un orgue de 32 jeux r épartis sur trois claviers et pédalier qui fut harmonisé par Phelps. Depuis longtemps, ce Casavant est utilisé pour les cours du Conservatoire, pour les répétitions des élèves et aussi pour les concerts. Au fil des pages du registre du Séminaire dans lequel sont co nsignées les heures de travail, j’ai retrouvé avec émotion les si gnatures non seulement du professeur Bernard Piché, mais aussi celles d’élèves tels Pierre-Michel Bédard, Pierre Paul, Denise Gélinas, Jacques Lacombe, etc.

De Raymond Daveluy, nous avons entendu le choral Valet will ich dir geben et Andante en mi mineur (extrait de la Première Sonate), œuvres écrites en 1955, publiées chez Jacq ues Ostiguy en 1980 et interprétées successivement par Michelle Quintal et Raymond Perrin. Ce dernier nous a fait découvrir sa Fantaisie pour orgue composée en 1981. Cette musique mériterait d’être entendue plus souvent.

Raymond Perrin a joué Litanies de Jehan Al ain, frère de la grande organiste et professeure MarieClaire Alain qui accueillit da ns sa classe parisienne Noëlla Genest avant son installation à Trois-Rivières. « Madame Genest interprétait cette pièce à l’orgue de la basili que le 15 août à la sortie de la messe qui clôturait la neuvaine à Notre-

Jocelyn Lafond a joué Andantino en la bémol de César Franck et aussi Fugue en si mineur dans le style de César Franck de son crû. C es deux dernières œuvres au programme se voulaient une évocation de Bernard Piché, élève de Tournemire, lui-même élève de César Franck. Mentionnons que Jocelyn Lafond était arrivé de Belgiqu e la veille du concert afin de part iciper à ce bel hom-

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Philippe Bournival qui, avec Claude Beaudoin et Raymond Perrin, est aussi « passeur de mémoires », nous a présenté deux extraits de sa Fantaisie sur le Livre vermeil de Montserrat dans lequel il y a des passages improv isés. Mentionnons que Philippe a recréé cette œuvre dans une version différente avec vi olon lors d’un co ncert à l ’église Saint-Frédéric de Drummondville le dimanche suivant. De ce compositeur, Laura Guindon a interprété Esquisses sur Trois-Rivières : Cathédrale et Les Forges du Saint-Maurice. L’audition de ce dernier extrait a quelque peu étonné les auditeurs. En effet, à l’ écran, on pouvait suivre le je u de cette jeune interprète touchant le clav ier de la main gauche, les deux pi eds jouant le pédalier tandis que l e marteau tenu dans sa mai n droite frappait une enclume : bel exemp le de musique concrète.

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Il a joué depuis pour Les Amis de l’orgue de Québec, les A mis de l’orgue de Montréal et a aussi dirigé les musiciens de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières dans la création d’une œuvre de sa jeune collègue Rébecca Marois (élève du cours d’écriture de Gilles Bellemare). Jean-Éric Guindon, nouveau président de Pro Organo (Mauricie), a eu la délicat esse, en avantconcert, de mentionner la présence de Michel Villemure. Ce dernier a été président de Pro Organo (Mauricie) de 2007 à 2014 et membre du comité d’administration pendant plus de 20 ans. Cet événement devait se teni r à l a cathédrale de Trois-Rivières. Cette proposition n’a pas ét é retenue parce que l’instrument de ce lieu n’est pa s en bon état. J ean-Éric Guindon a profité de ce rassemblement de mélo manes venus de Montréal, Saint-Hyacinthe, Drummondville, Longueuil, Québec, Joliette, Repentigny et Laval pour faire appel à leur g énérosité afin d’aider à remettre en état convenable ce Casavant 1914, op us 565, restauré par Létourneau en 1 992 mais insuffisamment entretenu au cours d es années. Espérons qu’un jour, on pourra enregistrer sur ce t orgue les œuvres nouvelles entendues lors de ce concert. La soirée s’est terminée au Conservatoire de Trois-Rivières, rue R adisson, où les auditeurs étaient invités à visite r la salle d ’orgue dont les murs étaient nouvellement ornés de photos des premiers professeurs titulaires. Johanne Pothier, directrice du Conservatoire et l’organiste Régis Rousseau, directeur des études des Conser vatoires de la province, accueillaient le public dans leur institution.

Récitals d’orgue à la basilique Été 2015 7 juin

Martin Brossard (Trois-Rivières)

14 juin

Gabrielle Tessier (Saint-Lambert

21 juin

Laura Guindon (Trois-Rivières)

28 juin

Raymond Perrin (Trois-Rivières)

5 juillet

Jean Côté (Saint-Augustin-de-Desmaures)

12 juillet

Marie-Hélène Greffard (Saint-Nicolas)

19 juillet

Mélanie Barney (Saint-Jérôme)

26 juillet

Philippe Bournival (Trois-Rivières)

2 août

Henri-Franck Beaupérin (Angers, France)

9 août

Jean Ladouceur (Montréal)

16 août

Marc Senneville (Baie-du-Febvre)

Concerts d’orgue Quand ? Où ? Qui ? Consultez la rubrique Concerts à 

www.fqao.org

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23 août

Benoît Bacon (Québec)

30 août

Frédéric Deschamps (Albi, France) Les dimanches à 14 heures Entrée libre Contribution volontaire 626 Notre-Dame Est Trois-Rivières, QC G8T 4G9 Page 27

Informations: (819) 374-2441


Nécrologie Marcelle Martin-Gratton (1917-2014) Marcelle Martin-Gratton est une organiste, pianiste, professeure née à Montré al le 19 août 19 17 et décéd ée le 3 novembre 2014 à l’âge de 97 ans. Ceux qui ont connu le Montréal musical des années 1935 à 1975 ont vu d éfiler les noms des quatre s œurs Martin, dans des rôles variés : Gilbe rte, Marcelle, Magdeleine et Raymonde. Marcelle étudie le piano avec son père, Alphonse, sa sœur Gilberte et Arthur Letondal, l'écriture et l'orgue avec Georges-Émile Tanguay. Elle est parfois appelée à re mplacer celui-ci aux gra ndes orgues de l’église de l’Immaculée-Conception. En 1931, elle remporte la bourse de piano du Matinee Musical Club et le Delphic Study Club lui attribue une mention honorable. En 1935 , elle obtient plusieurs prix de l’Académie de musique de Québec et son lauréat en piano en 1936. En décembre 1938, elle est nommée organiste à l’église Saint-Viateur d’Outremont. Elle obtient un diplôme en orgue de l’Académie de musique de Québec en 1941 et remporte , la même année, le Prix d'Europe pour l'orgue. À New York, elle poursuit ses études d'org ue avec Joseph Bonnet et Gaston Dethier à la J ulliard School of Music (1941-1945) et est o rganiste à l'église S aintVincent-de-Paul, paroisse française de Manhattan. À son reto ur à Montréal, le Bureau des co ncerts canadiens et l'impresario Georges-Armand Robert la présentent au public. Elle joue aux concerts de la Société Casavant et don ne un récital à l'église Saint-Viateur d'Outremont où elle reprend le poste d'organiste qu'on lui avait confié en 1938. En 1953, elle devient organiste à l’église SaintJoseph de Ville Mont-Royal où elle demeurera titulaire jusqu’à sa retraite le 8 mars 1998.

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Elle fut soliste à la Sociét é Radio-Canada, joua avec l'Orchestre symphonique des jeunes de Montréal et l'Orchestre symphonique de Montréal, notamment dans la Symphonie no 3 de SaintSaëns sous la direction de Zubin Mehta. Avec la Symphonietta d'Ethel Stark, elle joua l e Concerto pour orgue et orchestre de Poulenc. Elle enseigna aux collèges de Sain t-Laurent et de Sain teThérèse (1949-1954), à l'Univ ersité de Montréal (vers 1967), au Conservatoire de musique de Montréal (1970-1976) et au Conservatoire de Rimouski (1975-1976). Elle était l’épouse du chef d'orchestre Fernand Graton décédé le 2 août 2000. Hélène Panneton apporte le commentaire suivant : « J'ai eu le plaisir de rencontrer Marcelle Martin-Graton à quelques reprises. En 1989, tandis que j'étais chargée par Radio-Canada de tracer les grandes lignes de l'hi stoire de la musique à Saint-Viateur, je lui ai demandé d'évoquer ses souvenirs de l'époque où elle y tenait les clav iers sous la direct ion d'Auguste Descarries, son maître de chapelle. À ce moment-là, elle était toujours organiste à Mo nt-Royal et j'ai été marquée par le f ait que, malgré son âge (elle avait 72 ans), elle se faisait un poin t d'honneur de jouer des préludes et fugues de Bach à la messe — et pas les plus faciles! Au dire de ceux qui ont collaboré avec elle, tels le chef de chœur Jean-Pierre Guindon et l'abbé Gabriel Villemure, Marcelle Martin-Graton se démarquait par son professionnalisme exemplaire et sa fidélité au travail. Le répertoire qu'elle choisissait d'interpréter était toujours magnifiquement en place et révélait une personnalité bien affirmée. On peut présumer qu'elle avait mis toute sa vie dans la musique qu'elle a servie aussi longtemps que ses f orces le lui ont permis, ce qu i pourrait expliquer son extraordinaire longévité… » Ses funérailles ont eu lieu le 15 n ovembre à l'église Saint-Joseph de Mont-Royal. Mixtures, numéro 42, mai 2015


Anniversaires en musique par Irène Brisson L’année 2015 réserve quelques intéressantes découvertes ou redécouvertes aux organistes, principalement dans le domaine de la musique ancienne. Né à Nure mberg entre 1409 et 1415, Conrad Paumann était un de s plus importants instrumentistes de son temps. Malgré sa céc ité, il jouait de l’orgue, d u clavicymbalum, du lu th, de la harpe et de la vièle à archet. Considéré en 1447 comme un « maître au-dessus de tous les maît res » par l’écrivain Hans Rosenplüt, il occupa le poste d’organiste de l’église Saint-Sebald de sa ville natale, et, vers 1550, entra au service du duc Albert III de Bavière à M unich. Il voyagea à travers l’Allemagne et l ’Italie, joua pour pl usieurs princes et souverains. Il termina sa carrière comme organiste de la Liebfrauenkirche de Munich, où il fut inhumé en 1 473. Son é pitaphe le décrit comme « le plus talentueux des maîtres de tou s les instruments de musique. » Grand improvisateur, Paumann composa quelques préludes pour clavier, et ornementa des chansons à la mode. Il eut de nombreux élè ves grâce auxquels sa m usique a p u être notée. Son traité de composition et d’ improvisation, le Fundamentum organisandi, daté de 1452, a été recopié dans un manuscrit de chants, le Lochamer Liederbuch (le livre de chant d e Locham). Cinq de ses pi èces figurent également dans le Buxheimer Orgelbuch (le livre d’orgue de Buxheim) com pilé durant les années 1450-1470. Né vers 1595 à Bu ssetto — petite ville d’Italie du Nord qui devra plus tard sa célébrité à Gius eppe Verdi —, Tarquinio Merula, dont on souligne le 350e anniversaire de la mort, fut principalement organiste et maître de chapelle à Bergame, à Crémone et à Lodi. En 162 4, il séjourna à Varsovie, à la cour du roi Sigismond III de Pologne, puis retourna définitivement en Italie.

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Excellent organiste, il passait pour être un « grand et extravagant esprit ». Il composa des madrigaux et des motets co ncertants dans l’esprit de Giovanni Gabrieli et de Claudio Monteverdi, des sonates et des canzoni da sonare pour plusieurs instruments. Pour le clavier, il laisse des toccatas, des caprices in spirés de Girolamo Frescobaldi, un Capriccio cromatico et une Sonata cromatica. Ces deux œ uvres contrapuntiques exploitent de façon systématique des mouvements chromatiques ascendants et descendants. Elles n’ont toutefois pas l’audace ni les durezze des pages similaires de Frescobaldi et de Giovanni Marie Trabaci. La musique pour clavier de Me rula a été publiée en 1961 par Alan Curtis (Monumenti di musica italiana, série I. Bärenreiter, Kassel, 1961). C’est à Wechmar (Thuringe), foyer de la dynastie de la famille Bach, qu’est né Heinrich Bach (1615-1692), le père des orga nistes Johann Christoph et de Johann Michael. Sa jeuness e, sa grande piété et la fin de sa vie offrent de grandes similitudes avec celles de son petit-neveu Johann Sebastian. Il fit son a pprentissage musical avec son père puis, au décès de ce derni er, le poursuivit avec son frère aîné Johannes. De 1641 à sa mort, il occ upa un pos te mal pay é d’organiste à Arnstadt, et mourut aveugle. Il a composé des motets, des concertos vocaux, des préludes et fugues et des cho rals. Une seule cantate de style concertant est parvenue jusqu’à nous et, des trois chor als qui lui sont a ttribués, deux seraient en fait de Johan n Heinrich Buttstedt, un disciple de Pachelbel. Il y a 350 ans, naissaient deux organistes nordallemands sensiblement contemporains de D ietrich Buxtehude : Johann Nicolaus Hanff et Nicolaus Bruhns.

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On sait peu de c hoses sur Nikolaus (Nicolaus) Hanff (1665-1711), sinon qu’il est né à Wechmar et que son oncle Markus, organiste à la cathédrale de Ratisbonne, lui enseigna l’orgue. Il occupa plusieurs postes d’organiste, à Hambourg, à Eutin et à Schleswig, dans le nord de l’Allemagne, et compta parmi ses élèves le jeune Johann Mattheson. De ses œuvres, il ne reste q ue trois cantates et sept cho rals pour o rgue. Le méditatif et éloquent Ach Gott, vom Himmel sieh darein est délicatement orné à la B uxtehude et parsemé à la main gauche de discrets passages chromatiques, tandis que le lumineux Ein feste Burg ist unser Gott, lui aussi orn é, se t ermine sur un e brillante pirouette. Issu d’une famille de musiciens du nord de l’Allemagne, Nicolaus (Nikolaus) Bruhns (1665-1697) apprit la musique avec son père et son oncle, puis avec Buxtehude. Virtuose de l’orgue et du violon, il exerça son art à Husum et au Danemark. Il pouvait, paraît-il, chanter et jouer du violon tout e n s’accompagnant avec le pédalier de l’orgue. Mort dans sa 32e année, il ne laisse que douze cantates sacrées et cinq compositions pour orgue : quatre préludes et fugues dominés par le stylus phantasticus de so n temps et une vaste fantaisie sur le choral Nun Komm der Heiden Heiland. Le « grand » Prélude et fugue en mi mineur, découpé en plusieurs sections faisant alterner des toc catas et des mo uvements fugués à la manière de Buxtehude, abonde en chromatisme, tandis que son Prélude et fugue en sol majeur laisse présager les œuvres de jeunesse de Bach, qui le tenait en haute estime. La fantaisie de l’Avent sur Nun Komm der Heiden Heiland est à la f ois décorative et contrapuntique, riche en chromatisme, en ornements, en échos et en changements de claviers et de rythmes. Dans le prochain numéro, nous rendrons hommage à l’organiste québécois E rnest Gagnon (1835-1915). Page 30

INTERMÈDES À L’ORGUE 2015 JONATHAN OLDENGARM, DIRECTEUR ARTISTIQUE

LES JEUDIS À 12 H 15 CONTRIBUTION VOLONTAIRE 2 JUILLET Wayne Carroll 9 JUILLET Matthew Larkin 16 JUILLET Peter Van de Velde 23 JUILLET Jonathan Oldengarm 30 JUILLET Susanna Veerman 6 AOÛT Wim Does 13 AOÛT Henri-Franck Beaupérin 20 AOÛT Mélanie Bourrassa, clarinette Josée April, orgue 27 AOÛT Jonathan Oldengarm


Ici et là au Québec... Montréal par Gabrielle Tessier

Rétrospective À l’heure d e lire ce bref artic le, la saison des Amis de l’Orgue de Montréal vient tout juste de se terminer. Nous avons débuté l’année en novembre avec un récital d’orgue en l’ég lise St. Matthias de Westmount. Nous avons eu la j oie immense accueillir Mark McDonald, étudiant au doctorat à l’Université McGill. Nous sommes heureux d’avoir pu l e féliciter pour sa performance remarquable au Concours d’orgue Arp Schni tger. En effet, l’auditoire présent a pu apprécier les nombreuses qualités qui lui ont valu d’emporter le deuxième prix de ce concours très prestigieux. Quelques mois plus tard, soit en février, nous avons été très chaleure usement accueillis par Jean-Willy Kunz à la Maison Symphonique pour une visite de l’orgue Pi erre-Béïque. Les vingt membres ayant pu réserver leur place ont tous apprécié les explications passionnées et très précises de notre hôte lors de cette activité réclamée depuis longtemps! Comme le dit le proverbe « Les voyages forment la jeunesse », cet adage s’appliqu e tout à fait au parcours actuel de Jocelyn Lafond, organiste titulaire de la cathédrale de Saint- Hyacinthe et di plômé du Conservatoire de Trois-Rivières. Gagnant du Premier prix du Co ncours d’orgue de Québec en 2014, il poursuit actuelleme nt ses études en Belgique auprès de grands maîtres. Le 4 mars dernier, nous avons eu l ’occasion de l ’entendre aux claviers d’un orgue méconnu de la scène montréalaise : l’orgue Casavant de l’église Sacré-Cœur-deJésus. Il nous a offert le plaisir immense de redécouvrir cet instrument dans une prestation impeccable. Au moment d’écrire ces lignes, nous som mes dans les derniers préparatifs d’un co ncert de grande envergure. AOM s’associe avec André Pappathomas, chef de chœur, et Alexandra Fol, organiste, tous deux occupant une place préMixtures, numéro 42, mai 2015

pondérante dans le milieu de la musique contemporaine montréalaise, dans l’élaboration d’un concert de musique nouvelle improvisée pour orgue et chœurs. Pour cet événeme nt, nous avons fait un appel de partitions aux compositeurs et, de cet appel, nous sont parvenues 19 œuvres d’origines diverses provenant tant du Mo yen-Orient que de Montréal. Elles auront été travaillées puis interprétées en concert le 26 av ril, toujours en l’église Sacré-Cœur-de-Jésus. Événement unique, l’orgue allié aux chœurs transcende son rôle traditionnel. Notre dernière activité a été l’excursion annuelle. Le 2 mai, nous avons visité les orgues de salon du grand Montréal. Tr ois organistes ont eu la g entillesse d’accueillir un petit groupe d’amis de l’orgue dans leur demeure, soit Réjane Desautels, Jacques Boucher et Robert Sigmund. En après-midi, nous avo ns été accueillis à l’a telier Juget-Sinclair pour y découvrir les multiples facettes du fac teur d’orgues. Le hasard a vo ulu que leur orgue Opus 8 soit à l’atelier lors de notre visite. Il s’agit donc d’ un quatrième orgue de salon que nous avons eu la chance d ’écouter. Pour couronner le tout, Robin Côté, organiste et em ployé de Juget-Sinclair, nous a présenté une con férence sur la conception et l’harmonisation des orgues de salon. C’est par cette activité intime que la saison 2014-2015 des Amis de l’Orgue de Montréal se clôture. Regard vers l’avenir L’année 2015-2016 sera dévoilée très bient ôt... Tenez-vous à l’affût, de belles surprises sont prévues. Visitez notre site web : www.amisorguemtl.com

Les 20 et 22 novembre 2014, lors d’un concert intitulé « Amour, délices et orgue », Hélène Panneton a eu le bon heur d’interpréter le Concerto pour orgue et orchestre de Francis Poulenc avec l’Orchestre symphonique de Longueuil sous la direction de Marc David et ce, à l’ église SainteFamille de Boucherville.

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Québec par Esther Clément

Aux Amis de l’orgue de Québec La 48e saison des A mis de l’o rgue de Québec s’achève bientôt, mais encore deux grand s événements figurent au programme : le con cert du réputé français Michel Bouvard ainsi que l’activité très populaire aupr ès des jeunes, « Organiste d’un jour ». Les premiers concerts de la saison 2014-2015 ont permis d’entendre les organistes Vincent Boucher, François-Henri Houbart et Pierre Pincemaille. Deux grands concerts ont été présentés en collaboration avec le P alais Montcalm sur l e nouvel orgue de la Salle Raoul-Jobin. Dominique Gagnon a fait vibrer avec vigueur les 2 846 tuyaux de ce nouvel instrument. Sylvain Barette écrit à ce sujet : « Récital extrêmement propre, registrations subtiles et compréhension stylistique impeccable ont fait d e cet après-midi un délice pour les nombreux au diteurs présents. » L’ autre concert présenté sur ce magnifique instrument a été le concerthommage à Antoine Bouchard, sous la présidence d’honneur de recteur de l’Universit é Laval, Denis Brière. Professeur émérite de la Faculté de musique de l’Université Laval, Antoine Bouchard est une personnalité marquante dans le milieu de l’orgue et sa réputation dépasse maintenant nos frontières. Quatre organistes ont particip é à ce concert-hommage : Jacques Boucher, l’un de ses premiers étudiants, titulaire de l’orgue de l’église Saint-Jean-Baptiste à Montréal, Jacquelin Rochette, également un de se s anciens étudiants, organiste à S aint-Hyacinthe et directeur artistique de la maison Casavant Frères, Esther Clément, sa dernière étudiante en maîtrise, titulaire de l’ orgue de l’ église de Sain t-Joseph-deBeauce et Richard Paré, titulaire de l’ orgue de l’église Saints-Martyrs-Canadiens de Québec et son successeur comme professeur à la Faculté de musique de l’Université Laval. Page 32

Cette année, une conférence sur « L’orgue virtuel » a été présentée en février par François Ratté. Depuis des siècles, l’orgu e a su tirer profit des avancées technologiques. Aujourd’hui, l’ordinateur est omniprésent dans nos vies et touche de plus en plus le domaine de l’orgue. Grâce à cet outil et utilisant diverses technologies, l’orgue virtuel permet de reproduire des instruments « réels » et ce, de façon assez saisissante. Ce type d’instrument offre de nouvelles possibilités et facilités d’utilisation du roi des instruments. L’or ganiste MarieHélène Greffard a illustré avec conviction et musicalité les différe nts propos de la conférence sur un « orgue virtuel ». Enfin, les Amis de l’orgue ont présenté en février le grand gagnant du Concours d’orgue de Québec, Jocelyn Lafond. Un récital aussi beau qu’exemplaire, selon Sylvain Barette. Autres concerts 

Dans le cadre d’une série présentée pour l’Avent au Palais Montcalm, on a pu également entendre un concert sortant des sentiers battus avec Gilles Parenteau dans une prestation originale et inédite à l’orgue et à la batterie. L’organiste Mélanie Barney et le quintette de cuivres Buzz ont pour leur part ravi le public. La justesse de jeu du q uintette était remarquable et la fusion ave c l’orgue, fort réussie.

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Du côté de la C hapelle du Musée de l’ Amérique francophone, plusieurs récitals ont permis d’entendre les organistes Catherine Todorovski, Sylvain Barrette et la clav eciniste Lysiane Boulva. Marc d’Anjou, John Grew, Frédéric Deschamps et Anne-Marie Forest seront les prochains invités de la Chapelle dans les mois à venir.

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De nombreux concerts se prépa rent également dans la grande région de Québec pour célébrer la belle saison qui est à nos portes. Le traditionnel Festival du printemps à SaintRoch aura l ieu tous les mercredis du mois de mai à 12 h 15. Cette année, les or ganistes invités sont Mélanie Barney, Francine Nguyen-Savaria, Olivier Lavoie-Gagné ainsi qu’Édith Beaulieu, organiste-titulaire de l’église Saint-Roch.

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Du côté de la Beauce, le Festival d’orgue de Sainte-Marie de Beauce fête son 15e anniversaire! Les invités de cette éd ition seront l’Ensemble classique A piacere de Québec, sous la dir ection de C atherine-Élizabeth Loiselle, et l’or ganiste-titulaire Dominique Gagnon (7 juin), Richard Paré (15 juin) ainsi que Gabrielle Tessier (21 juin). Tous les concerts sont présentés les d imanches à 15 heures dans la magnifique église de SainteMarie sur écran géant. L’entrée est gratuite. Notre confrère Claude Lemieux annonce la création d’une série de concerts d’orgue à La Pocatière. De conception originale et audacieuse, cette série prend le nom de Concerts Promenade, car elle se déroule en deux endroits différents : la p artie baroque, au Guilbault-Thérien de la cat hédrale (dont le posit if est maintenant expressif) et la par tie symphonique, au grand orgue sympho nique Casavant du collège Sain te-Anne. À la pause, le pu blic sera invité à traverser la rue pour se retrouver dans l’enceinte du collège. Cette série prend son envol le 19 a vril avec un concertévénement qui s’intitulait « Hommage à Antoine Bouchard ». Y ont participé outre Claude Lemieux, les élèves dont l’abbé Bouchard a commencé la formation dans le Bas- SaintLaurent : Danny Belisle, Pierre Bouchard, Michel Boucher, Louise Fortin-Bouchard, Claude Girard, Rémi Martin et Jean-Guy Proulx. Au mois d’août, on pourra entendre les organistes Jocelyn Lafond et Claude Lemieux ainsi que l’organiste français Bruno Mathieu, professeur au Conservatoire de la Ville de Paris et titulaire du gra nd orgue de la cathédrale de Corbeil (Essonne). La restauration de l’orgue de chœur de la basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec par la maison Létourneau est mai ntenant terminée. La bénédiction et l’inauguration de l’ instrument ont eu lieu le 5 avril dernier avec l’organiste-titulaire Marc D’Anjou. Une belle série d’été de 15 c oncerts vient d’être annoncée. Elle aura l ieu les di manches après-midi à 14 heures. Elle s’échelonne du 31 mai au 6 septembre.

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Mauricie par Michel Villemure

Le grand orgue de la cathédrale Saint-JeanBaptiste de Nicolet reprendra sa voix dans q uelques mois! Né en 1909 dans les ateliers Casavant Frères de Saint-Hyacinthe, il port e fièrement l’Opus 381 et fut installé l’année même dan s la cathédrale. Cette dernière fut dé molie à la suite d’un tragique glissement de terrain qui avait fait des mor ts, emporté des maisons d’habitation, des commerces, le collège de Frères des Écoles Chrétiennes et une partie de l’évêché. C’était en 1955. Démonté et mis au repos le temps de la co nstruction d’une nouvelle cathédrale, l’Opus 381 fut réinstallé par le f acteur Odilon Jacques dans le nouvel édifice ouvert au public et au cu lte en 1963. Le jeu de Voix humaine est d’origine française de type Cavaillé-Coll. Plus que ce ntenaire, le grand orgue de 44 jeux de la cathé drale est reconnu pour ses qualités exceptionnelles par le Comité des orgues du Conseil du patrimoine religieux du Québec. Effectuée par les Ateliers Bella vance de S aint-Hughes depuis le mois de ja nvier 2015, la restauration permettra à l’instrument d’ être plus fidèle à sa mission première au sein des différentes célébrations liturgiques. Il pe rmettra la tenue de concerts de haut niveau. Les travaux devraient être terminés en novembre ou décembre juste à temps pour Noël 2015. Tout don en soutien à ce projet peut-être fait à l'ordre de « La CECR de Nicolet, restauration de l'orgue » et adressé à : Comité de la restauration de l'orgue, a/s M. Claude Larose, secrétaire-trésorier. Évêché de Nicolet 49, rue Mgr-Brunault Nicolet, QC J3T 1X7

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Parutions par Robert Poliquin Vincent Boucher Les 12 Noëls de Louis-Claude Daquin Orgue Beckerath/Juget-Sinclair, 1960/2012, V/P, 78 jeux, 118 rangs) Basilique de l’Oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal, Montréal, Qc Quelques semaines avant Noël 2014, paraissait ce disque que je qualifierais de véritable cadeau de Noël. Il s’agit de l’un des premiers enregistrements réalisé sur cet instrument depuis sa restauration. Tantôt joyeux, tantôt méditatif, Vincent Boucher, grâce à ses registrations soignées, nous fait revivre ces variations sur des Noëls français. À mettre dans votre panier de Noël pour 2015. Le ou la récipiendaire vous en remerciera. ATMA, ACD 2 2703, 2014 Michelle Quintal avec la collaboration de Roger Barrette Bernard Piché : grand maître de l’orgue Québec, Éditions GID, 2015, 188p. ISBN 978-2-89634-243-3, 29, 95 $ Le 20 févri er 2015, dans le cadre des cél ébrations du ci nquantième anniversaire du Conservatoire de musi que de Tro is-Rivières, l'organiste Michelle Quintal a procédé au l ancement de son li vre Bernard Piché, grand maître de l'orgue. Fruit d'un travail colossal qui s'étendit sur trois décennies, Michelle Quintal a su nous faire découvrir ce grand organiste, professeur, concertiste et composi teur de renommée internationale. Après des études avec H ervé Cloutier à Montréal , Bernard Pi ché est lauréat du Pri x d'Europe, édition 1932, mais il ne le recevra qu'en 1936 après qu'une i njustice flagrante n’ait été corri gée par l a Cour Suprême du Canada. Il s'envole alors pour la France et la Belgique où il étudiera avec des grands maîtres, dont Charl es Tournemire. À son retour, il reprend son pos te à l a cathédrale de Troi s-Rivières tout en poursuivant sa carrière de concertiste en Amérique. À ce moment, en 1945, l es Pères dominicains de l'église Saint-Pierre-et Saint-Paul de Lewiston, qui l'ont remarqué lors d'un concert, lui offrent le po ste d'organiste-titulaire de leur importante église. Il y rayonnera jusqu'en 1966, date où il reviendra à Trois-Rivières pour donner suite à la promesse que Wilfrid Pelletier lui avait faite en 1943 d'y donner des cours d'orgue gratuits. Il occupera ce poste jusqu'en 1973, date de sa retraite. L’orgue de l a cathédrale ayant été dém oli en 1967, il ne prendra plus aucune charge paroissiale. Il continuera toutefois de donner des concerts jusqu’en 1980, neuf ans avant sa mort. Michelle Quintal a découvert cet homme extraordinaire en le côtoyant amicalement. Sa charmante conjointe, par ailleurs, lui a fait découvrir plusieurs facettes de son Bernard bi en-aimé. Pendant trente ans, l'auteure a cherché, colligé, joué, endisqué les œuvres de Bernard Piché. Page 34

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Elle a aussi trouvé en quel ques-uns de ses anci ens élèves des éclairages nouveaux. La plupart de ces musi ciens d'avant 1945 et d' après 1967 ont continué à jouer et à animer la vie musicale de Trois-Rivières comme organistes de paroi sses ou accompagnateurs. So n nom rayonne à Li moges avec Pierre-Michel Bédard, à Rome avec l e Père Pierre Paul ainsi qu’à Trois-Rivières avec Raymond Perrin, pour ne citer que ceux-là. Tout ceci, en plus d’avoir contacté des personnalités contemporaines aux témoi gnages éloquents, tels Raymond Daveluy, Mgr Claude Thompson, l’abbé Léo Cloutier et d’autres personn es qui ont marqué la vie musicale et artistique de notre cité de Laviolette. Les recherches de mada me Quintal portent sur toutes les facettes de la vie professionnelle de Bernard Piché : la saga du Prix d'Europe (voir la première annexe), son perfectionnement en Belgique et en France, sa carrière nationale et internationale, sa fin de carrière de pédagogue au Conservatoire, les témoignages de collègues illustres et de quel ques élèves, la liste de toutes ses com positions analysées et interprétées par elle-même et d'autres musiciens trifluviens. L’auteur nous fait part aussi de sa vi e familiale et de la préci euse collaboration de sa conjointe. Un chapitre fait écho aux publications qui lui sont dédiées ou qui interprètent ses œuvres ainsi qu’aux hom mages qu’il a reçus. En annexe, on retrouve des programmes de concerts. Bref, avec son collab orateur Roger Barrette, on peut se réjouir que « grâce à Michelle Quintal, ce livre va contribuer à faire connaître Bernard Piché à un l arge public » (page 110). Quant à Louise Decelles, reportrice pour le service international de la radio de la Société RadioCanada, on ne peut que se rallier à sa concl usion de la page 125. « À l'immense talent et à l'impressionnante culture de Bernard Piché, il faut ajouter ses nombreuses qualités de cœur et d'esprit : si ncérité, intégrité, charité et humilité en faisaient un être d'exception qui mérite le rayonnement auquel Michelle Quintal se cons acre depuis plusieurs années, et n ous devons dire toute no tre reconnaissance à c ette dernière ». Claude Beaudoin

Un hommage à Antoine Bouchard DVD, 27:32 minutes Dans le cadre de récents concerts donnés en hommage à Antoine Bouchard, tant à Sai nt-Pascal-de-Kamouraska, à Québec, et à La Pocatière, l’organiste Jacques Boucher a recuei lli, auprès de 14 per sonnes, des témoignages sur l’homme et l’œuvre. Ces témoignages ont été assemblés et sont ici présentés. Le DVD est disponible à l’adresse suivante : Ingenius Films, 11 rue Dutch, Bedford, QC J0J 1A0 450-248-4104, 450-288-4552 pierrebouchard@axion.ca Il peut être commandé au coût de 15 $ (frais de poste compris)

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L’orgue sur le web par André Côté En octobre dernier se tenait à Mo ntréal le Concours international d’orgue du Canada. Les performances des concurrents, dont cel le du grand l auréat David Baskeyfield, sont maintenant disponibles pour écout e au grand bonheur des mélomanes qui n’ont pu as sister à cette compétition de haut niveau. Le s ite du CIOC présente les vidéos des trois finalistes : http://www.ciocm.org/videos En complément, le site de la CBC Music permet d’apprécier les performances de tous les candidats lors des rondes préliminaires : http://music.cbc.ca/#!/blogs/2014/10/Watch-the-finalround-of-the-2014-Canadian-International-OrganCompetition La radio France Musique conserve et rend disponible sur une section de son si te des émissions produites autour du roi des instruments. On y retrouve des captations de concerts mais aussi des documentaires avec, par exemple, « Hommage à Jean Boyer » ou les séries « Organistes ex cathedra » (œuvres pour i nstruments autres que l’orgue écrites par des musi ciens principalement reconnus comme organistes) et « Talents fauchés » (morts dans la fleur de l’âge). http://www.francemusique.fr/classique/orgue À la question « Quelle est l’œuvre la plus longue du répertoire organistique? », on peut apporter plusieurs réponses si l’on considère le répertoire « standard », mais rien ne permet de soupçonner l’insolite bonne réponse qui est de… 639 ans! D ans l’église de S aintBurchard à Halberstadt, en Allemagne, on entend le son d’un orgue spécialement dédié à cette performance qui joue depuis 2001 sans discontinuer, de façon auto matisée, la pièce de John Cage intitulée « As Slow as Possible ». Le pre mier son n’a été joué qu’en févri er 2003 (17 mois après le début de l’exécution), le dernier changement de note a eu l ieu en octobre 2013, le prochain est prévu pour le 5 septembre 2020 et la fin de la pièce est prévue pour rien de moins qu’en 2640.

Une page Wi kipédia donne davantage de détails techniques sur cette œuvre : http://fr.wikipedia.org/wiki/Organ2/ASLSP (Veuillez noter que le « 2 » figurant dans l’adresse doit obligatoirement être en exposant [code de caractère Alt+0178]). Au cours des dernières décennies, l’orgue étant moins confiné aux églises, il peut s’affranchir des contraintes architecturales et fonctionnelles imposées par les lieux de culte. Ainsi plusieurs salles de conc ert comportent un orgue de conception plutôt surprenante. L’un de ceux-ci est sans contre dit l’orgue du Wal t Disney Concert Hall. Bien qu’étant de tai lle appréciable mais commune pour une salle de cette envergure, c’est surtout sa façade qui attire l’attention. http://disneyhallorgan.com La disposition très peu orthodoxe des tuyaux de façade (32 pieds en boi s, présentant une certaine courbure et n’étant pas plantés à la verticale) a inspiré le descriptif « looking like pickup sticks or French fries » aux facteurs Glatter-Götz/ Rosales. http://www.rosales.com/instruments/op24/ insideDHorgan.pdf Le dixième anniversaire de son installation a été l’occasion de la réédition du livre de Jennifer A. Zobelein « A Forest of Pipes », publié afin de faire connaître la conception, l’installation ainsi que l’engouement suscité par cet instrument plutôt particulier. http://aforestofpipes.com/ Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

http://www.slate.fr/story/96491/orgue-eglise-partition639-ans

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Revue des revues par Gaston Arel et Robert Poliquin FRANCE L’orgue francophone / BULLETIN DE L’ORGUE FRANCOFFAO, 13 rue de Balzac, 93600 A ulnay-sousBois, France.

PHONE,

No 50, Décembre 2014 : Éditorial : 50 p our 100 — Postscriptum : L’orgue qui cause français — Hist orique de L’Orgue francophone — La collection de cartes postales d’Alexandre Cellier — L’orgue du temple d’Yverdonles-Bains — L’orgue restauré de la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal — La musique et le chant dans l’église protestante calviniste — In memoriam : Marie-Louise Girod, Maurice Moerlen, Philippe Hartmann — Retour sur la Route « Au fil de la Moselle » — Compte rendu de l’assemblée générale 2014. Orgues nouvelles / Coet Sal — Mériadec, 5 6400 Plumergat, France. (Supplément de musique et CD avec chaque numéro) No 26, Automne 2014 : Éditorial — Orgue et ast ronomie : Entretien avec D ominique Proust; L’harmonie des sphères; Un cosmos chantant; Pureté des harmonies?; William Herschel, musicien et astrono me; Conception astronomique chez J. S. Bach — Claude Ballif : Le Ballif intime; Sa musique et sa postéri té; Témoignages — Daniel Roth : de Bach à Duruflé — Grande voix : Pierre Moreau, un homme de bi en — Formation : La méth ode Suzuki et l’orgue — Tal ent méconnu : Ermend Bo nnal, un musicien subtil — Talent bri sé : Jean-Cl aude Touche, un musi cien, un héros — Info en montre, Boî te expressive. No 27, Hiver 2015 : Éditorial — Orgues de cinéma : Bref historique; Plan panoramique; Organ Stop P izza; Les trois vies du plus grand Wurlitzer anglais; L’art de l’orgue de cinéma; La « Duchess » de Compton; L’orgue de cinéma en France; Gaumont-Pal ace… ParamountOpéra — Carnet de voyage au Japon : Six concerts… six tableaux; La richesse des orgues de salle; L’école d’orgue / Les Sapporistes — L’orgue romantique allemand de Bourron-Marlotte — Béthune : C oncours Pierre de Manchicourt — Montréal : Concours international d’orgue du Canada; Le grand orgue Pierre-Béique — Grande voi x : Pi erre Cogen, l’école de S ainteClothilde — Talent d’aujourd’hui : Jean-Claude Henry — Retour en Slovaqui e — Infos en montre, Boîte expressive. Suisse La Tribune de l'orgue / R E V U E S U I S S E R O M A N D E , Guy Bovet, CH-2000 Neuchatel, Suisse Mixtures, numéro 42, mai 2015

V 66, No 4, 2014 : Édi torial — Le voyage en Bel gique du Musée suisse de l 'orgue — Une vi e avec l '«Orgelbewegung» — M. Joseph Audan, Saint-François-deSales, Paris — Le quart d’heure d’improvisation : intonations & cie: un peu de pétillant — L a partition du trimestre : Danse des Mirlitons — Les voyages de M. Philéas Fogg — L'abbaye de Bel lelay devient un haut lieu de l'orgue — À propos de l'orgue de M. Delessert — Maurice Wenger et le festival de Valère — Claude Dubuis — Samuel Ducommun — Actualités. V 67, No 1, 2015 : Édi torial — L'orgue : obje t utile ou article de luxe — Louis Niedermeyer, Cavaillé-Coll et le salaire des arti stes — La musi que à Notre-Dame de Paris et un jupon à la galerie de l'orgue — Le Prélude et fugue en ré majeur BWV 532 — Le quart d’heure d’improvisation — L'orgue Kuhn 1955 de l a cathédrale de Moscou et le restaurant « La Marée » — Les voyages de M. Philéas Fogg — Un orgue de cinéma Wurlitzer à Saint-Gall — Pierre Vallotton — Mari e-Louise Girod — Parrot — Lionel Vaucher — Actualités. CANADA Organ Canada / Orgue Canada / JOURNAL BIMENSUEL DU COLLÈGE ROYAL CANADIEN DES ORGANISTES (RCCO/ CRCO), 202-204 St. George Street, Toronto, ON V 27, No 36, November 2014 : V arying Textures i n Hymn Accompaniments — The Organs of Salzburg Cathedral — Michaelmas in Oxford — Honors : Marni e Giesbrecht, Frances Harkness, Carol R amer, Fred Graham — Pragmati c Registration — Third Annual Church and Organ Tour — College News. V 28, No 1, January 2015 : Extend Your Career — Winnipeg Organ Festival : Join the festivities, July 4-9, 2015 — A Ne w Website for the RCCO — Women in Cathedral Music — W innipeg Student Academy — S t Paul's Church, Toronto: A Musical Legacy — Musi cal Training for Anglican Postulants — Revitalising Your Children's Music Ministry — The Canadian International Organ Competition 2014: Grand Prize Winner David Baskeyfield — College News. V 28, No 2, March 2015 : Timothy Eaton Memorial United Church — Wi nnipeg Organ Festi val — Organist's Toolkit — Considering the Canon — St. Joseph's Oratory, Montreal: Vincent Boucher Appointed Titular Oragnist — Enhance Your Performance By Cari ng For Your Body — Seventy Years of Musi c Making in Estonia — An Organ Schol ar in London, UK — Revitalising Your Children's Music Ministry — College News. Page 37


ÉTATS-UNIS The Tracker / JOURNAL OF THE AMERICAN GUILD OF ORGANISTS (AGO), 475 Riverside Drive, Suite 1260, New York, NY 10115 V 59, N o 1, Winter 2015 : From the Chairman: Forging Ahead — From the CEO: Thoughtful Giving — The Syracuse Convention: Contrasts and Colors — A Renaissance for the Organ H istorical Society? — Lynnwood Farnam on A merican Organs — Spectres of the Past: Seeking Cavaillé-Coll Organs in North America — In The Tracker 50 Years Ago — S ociety News. The American Organist / JOURNAL OF THE ORGAN HISTORICAL SOCIETY (OHS), P.O. Box 26811 , Richmond, VA 23261 V 48, No 11, November 2014 : Stephen Layton on Performing Bach’s Christmas Oratorio — Ego Renewal as Found in Thomas Day’s Why Catholics Can’t Sing — AGO Service Playing Test: Eicker’s Psalm 47 — Multum in Parvo, Part V: The Holtkamp Martini Organ — Rheinberger and the Reform of Catholic Church Musi c : Part II — Doblinger Vienna Publishes Rediscovered Organ Concerto by Jean Langlais — Feature: Dahlgren Chapel, Georgetown University, Washington, DC; Shoenstein, III/P, 16/19, 2014.

V 49, No 4, April 2015 : In Memori am: Charles Dodsley Walker — IMSLP as a Practical Resource for Service Playing — What’s Wrong with Contemporary Christian Music? — Feature: Cathedral of St. Paul, St. Paul, MN; Aeolian-Skinner, Opus 518, 1927-1963 / Quimby, Opus 69, 2013, IV/P , 78/77; S anctuary: Opus 518, 1927, III/P, 32/31. The Diapason / 3030 W. Salt Creek Lane, Suite 201, Arlington Heights, IL 60005 V 105, No 10, October 2014 : R emembering William Allbright at 70 — Tenth International Organ and Early Music Festical, Oaxaca (Mexico): Presentation of the Newly Restored Organ in Santa Maria de la Asuncion Tlacolula— Feature: St. John of Latt ingtown Episcopal Church, Locust V alley, NY; Glück, Opus 18, 2014, II/P, 40/21. V 105, No 11, November 2014 : A Conversation with Frederick Swann — AGO National Convention 2014 — Feature: St. Benedi ct’s Catholic Church, Chesapeake, VA; Berghaus, 2014, II/P, 29/33. V 105, No 12, December 2014 : Raymond H. Herbek (1924-2014), A Lfe i n Music — Poli sh Organ Music: An Overview of 15th-18th Century Repert oire, Sources and Modern Editions — 2014 S ewanee Church Music Conference — 20 15 Midwinter Pipe Organ Conclave in La Grange, IL — Feature: Bryn Al thyn Cathedral, Bryn Althyn, PA; Kegg, IV/P, 57/46.

V 48, No 12, December 2014 : Carl G. Harris Jr.: Trailblazer in Choral Music — Historic American Organ Dedications: Town Hall, New York City — 2015 Anniversaries — The Choi r Director as Pastoral Caregiver — Feature: Kotzschmar Organ, Merri ll Auditorium/City Hall, Portland, ME; A ustin, Opus 323 1 912-2000 / Fol eyBaker 2014, V/P, 133/102.

V 106, No 1, January 2015 : 17th Albert Schweitzer Organ Festival — Dame Gillian Weir Playing a “coda” at Hexham Abbey — A Conversation with Daniel Roth — Feature: Spreckels Organ Pavilion, Balboa Park, San Diego, CA; Austin, Opus 453, 1915-2014, IV/P, 79/76.

V 49, N o 1, January 2015 : A GO Pipe Organ Encounters 2015 — Ki mmel Center Organ Day IV — S teinway & Sons: A Tonal Journey — Feature: Zion Lutheran Church, Baltimore, MD; Murphy & A ssociates, Opus 60, 2014, III/ P, 34/43.

V 106, No 2, February 2015 : 2014 Organ Historical Convention, Syracuse — Ear ly Organ Co mposer Anniversaries in 2015 — Feature: St. Vincent Archabbey Ba silica, Latrobe, PA; Buzard, Opus 40, 2014, III/P, 51/72; Sanctuary II/P, 9/11.

V 49, No 2, February 20 15 : More Bl essed in Our D ecrease — Deep River: The Li fe and Musi c of R obert Shaw — The Organ Pres ervationist — Feature: Fisk Twomanual Organs in Liturgical Settings: Christ Church, Andoner, MA; St. Paul’s Chapel, Rikkyo Gakuin, Niiza (Japan); St. Mark’s Lutheran Church, China Grove, NC.

V 106, No 3, March 201 5 : From the A lexander Boggs Ryan Collection: The Letters of Marc el Dupré and Alexander Boggs Ryan — 2014 Haarl em International Organ Festival — Rememberi ng Richard Rephann (1932-2014) — Feature: St. Mark’s Anglican Church, Niagara-onthe-Lake, ON; Kney, Opus 82, II/P, 14/15.

V 49, No 3, March 2015 : Mari lyn Mason Tribute — Remembering Donald Teeters — De Profundis with Trombones — The L egacy of the Bach Organ — Organ Scenes in French Opera: Meyerbeer’s Influence — Th e Derrick & Fe lgemaker Portable Pipe Organ — Feature: St. Vincent Archabbey, Latrobe, PA; Buzard, Opus 40, 2014, III/P, 51/72; Sanctuary II/P, 9/11.

V 106, No 4, A pril 2015 : The 2014 U niversity of Michican Organ C onference — Remembering Charles Dodsley Walker (1920-2015) — Feature: Igl esia Ni Cristo, Quezon City, Philippines; Schlueter, 2014, IV/P 98/49.

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