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Numéro 41

Novembre 2014

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

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Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Laurent Duval L’orgue, ce méconnu Montréal, FQAO, 2012, 305p. 11 planches couleur 20 $ (+ 4 $ frais d’expédition par la poste) Cet essai, écrit en 2001, est un incontournable pour quiconque désire connaître le développement de l’orgue au Québec. Après un bref rappel de l’histoire du développement de l’orgue au cours des siècles, l’auteur nous amène au début du XIXe siècle en nous dépeignant le rôle qu’a joué Albert Schweitzer dans la sauvegarde de l’orgue classique. À ce rappel historique s’enchaîne l’histoire de la facture d’orgue au Québec ainsi que de sa « renaissance » à la fin des années 1950 et au début des années 1960. La deuxième partie de l’ouvrage nous amène au cœur du répertoire de la musique d’orgue et s’attarde principalement sur l’œuvre pour orgue de J. S. Bach avec un bref commentaire sur ses principales œuvres.

Libellez votre chèque au nom de la FQAO et expédiez, par poste à FQAO 1749 rue Boisvert, Laval, QC H7M 2L1


Mixtures

Sommaire

Coordonnateur Robert Poliquin Comité de rédaction Claude Beaudry, Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Michelle Quintal Collaborateurs à ce numéro Gaston Arel, Chantal Boulanger, Irène Brisson, Esther Clément, André Côté, Philip Crozier, Jean-François Downing, Raymond Perrin, Robert Poliquin, Jacquelin Rochette, Gabrielle Tessier

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Présentation : La FQAO a 20 ans Jacques Boucher, nouveau président de la FQAO Les organistes

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Hommage à John Grew Noëlla Genest: les témoignages Honneur au mérite! Les instruments

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Révision

Le grand orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique de Montréal Les concours, congrès, conférences

Gérard Mercure Impression

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Les Copies de la Capitale Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : Canada : 5 $ par numéro États-Unis : 7 $ par numéro Europe : 11 $ par numéro

Date de tombée : 1er du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com Mixtures Robert Poliquin 1203, rue du Sieur-d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca

Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Novembre 2014 ISSN 1201-5741

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Le Concours international d’orgue du Canada 2014 Congrès FQAO 2014, 20 ans déjà! Les chroniques

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Nécrologie Anniversaires en musique Ici et là, au Québec... - Montréal - Québec - Mauricie - Estrie Parutions L’orgue sur le web Revue des revues

En couverture : Casavant, Opus 3900, 2014 4 claviers et pédalier 83 jeux, 116 rangs Traction mécanique des claviers Traction électrique des jeux Maison symphonique Montréal, QC (photo: Casavant Frères)

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Présentation La FQAO a 20 ans

Le jeudi 9 juin 1994, avait lieu, au sous-sol de l'église Saint-Dominique de Québec, l'assemblée de fondation de la Fédération Québécoise des Amis de l'orgue. Mise sur pied pour promouvoir l'orgue à tuyaux, son répertoire et ses interprètes à l'échelle du Québec, la FQAO entend poursuivre sa mission en s'appuyant d'abord sur les sociétés régionales qui ont présidé à sa naissance. Ces associations fondatrices sont les suivantes : Pro Organo-Mauricie, Pro Organo-Saint-Hyacinthe, les Amis de l'orgue de Montréal, les Amis de l’orgue de Québec, les Amis de l'orgue de Rimouski et les Amis de l'orgue du Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’est en mars 1985 que Lucien Poirier publiait dans le Bulletin des Amis de l'orgue de Québec un article qui avait pour titre « En marge d'un projet de regroupement des différentes associations francophones des Amis de l'orgue ». Cet article avait été écrit au retour de sa participation au congrès de la FFAO (Fédération Francophone des Amis de l'orgue) tenu en France, à Châlons-sur-Marne à l'été 1984. Trois réunions exploratoires tenues les 15 octobre 1991, 24 novembre 1991 et le 6 décembre 1992 ont permis d'échanger des idées et de définir les buts et objectifs d'une telle fédération. Les résultats sont transmis aux associations le 29 janvier 1993 et, le 16 mai, le constat est d’aller de l’avant avec le projet. M. Marc-Aurèle Thibault fut chargé d’obtenir les lettres patentes lesquelles furent reçues le 14 septembre 1993. Les statuts et règlements furent élaborés en avril et mai 1994 par Gaston Arel avec l’aide de Réal Gauthier et de Me Antoine Leduc, et la convocation à l’assemblée de fondation, fixée au 9 juin, fut expédiée le 25 mai. Le premier conseil d'administration était composé de : Gaston Arel, président, Jean-Guy-Proulx, viceprésident, Denis Morneau, secrétaire, Robert Patrick Girard, trésorier, Rachel Alflatt, Louise FortinBouchard, Monique Gendron, Jean Morissette et Gilles Rioux, conseillers. Les projets prioritaires que la Fédération met de l'avant dans les mois suivants furent la tenue d'une Journée québécoise de l'orgue, qui prendra la forme d'un congrès annuel (devenu bisannuel) et la publication d'un bulletin de liaison qui prit le nom de Mixtures. (D’après un texte de Denis Morneau)

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Jacques Boucher, président de la FQAO Lors de son dernier congrès à Québec, le 2 juin, le président par intérim de la Fédération Québécoise des Amis de l'Orgue (FQAO), Harold Thibeault, a annoncé la nomination de Jacques Boucher au sein de son Conseil d'administration, lequel sera le nouveau président de l'organisme. Jacques Boucher est considéré comme un des principaux animateurs de la vie de l’orgue au Canada. À titre de réalisateur ou d’organiste, il est l’artisan de plus de 1500 récitals consacrés à l’instrument à tuyaux, ainsi qu’à l’école et la facture d’orgue québécoises. Avantageusement connu comme infatigable réalisateur et directeur des émissions musicales à la Société Radio-Canada, il a occupé également les fonctions de président de la commission musique de la Communauté des Radios publiques de langue française. Il a successivement été directeur des Jeunesses Musicales du Canada et doyen de la faculté de musique de l’Université de Montréal. Depuis 1986, Jacques Boucher est titulaire de grand orgue Casavant, opus 615, de l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal. En ce 20e anniversaire de fondation, la FQAO est fière d’accueillir Jacques Boucher en tant que nouveau président du conseil d’administration.

Concerts d’orgue Quand ? Où ? Qui ? Consultez la rubrique Concerts à 

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Hommage à John Grew John Grew est un tour de force. C’est un véritable plaisir de travailler avec lui dans le cadre du Concours international d’orgue du Canada, et son dévouement et les nombreux efforts qu’il a déployés à l’égard du roi des instruments au cours de son impressionnante carrière à titre d’artiste de spectacle, de pédagogue, et d’administrateur ont laissé une marque indélébile sur cet art au Québec, partout au Canada, et bien ailleurs. En préparation à la 3e édition du Concours international d’orgue du Canada (dont il est le cofondateur et le directeur artistique), j’ai été heureux d’inviter ses collègues et amis à faire un témoignage en son honneur. Thomas Leslie, directeur général Concours international d’orgue du Canada J’ai rencontré John Grew lorsque j’étais étudiante à l’Université Acadia à la fin des années 1960. J’ai étudié l’orgue avec lui pendant un an dans le cadre de ma majeure en piano. Il était un enseignement merveilleux et a suscité chez moi l’intérêt envers cet instrument, que j’accorde toujours à ce jour. Nos chemins se sont croisés plusieurs fois au cours des années suivantes parce qu’il a toujours maintenu son lien avec la Nouvelle-Écosse, sa province natale. Je me souviens du jour où je suis allée à l’Université McGill en 1980 pour l’installation de l’orgue de Hellmuth Wolff à la salle Redpath. Cette réalisation découlait de la vision et des efforts de John. Il a agi à titre de conseiller dans le cadre de nombreux projets d’orgue en Nouvelle-Écosse — j’ai en tête l’orgue Wolff à l’Atlantic School of Theology et l’orgue Casavant à l’église anglicane St. John à Lunenburg, après un terrible incendie. J’entretiens mon lien avec John Grew principalement dans le cadre du festival Musique Royale, un festival de musique ancienne en NouvelleÉcosse, où je joue le rôle de directrice artistique et administrative depuis 1999. John a fondé cet organisme. C’était son rêve, dans les années 1980, de faire connaître aux communautés de la province la musique ancienne telle qu’elle aurait été entendue et vécue il y a 200 ans. Il a rassemblé un groupe de personnes avec un intérêt commun, d’où est né le festival Musique Royale, qui s’est promené de communauté en communauté pendant les étés et a fait appel aux experts du domaine de la musique ancienne. Page 6

Musique Royale est une célébration du patrimoine et de la culture de la Nouvelle-Écosse et John y participe activement depuis sa création en 1985. John Grew est un citoyen canadien tenu en haute estime. Il a consacré sa vie à de grandes réalisations du domaine de la musique et est respecté à l’échelle nationale et internationale. Barbara Butler directrice artistique de Musique Royale Récemment, j’ai assisté au récital du lancement de la saison du professeur Kevin Komisaruk à la chapelle du Knox College. En ce charmant après-midi, alors que l’orgue Wolff (opus 33) remplissait les lieux de ses sons baroques de l’Allemagne du Nord, de nets souvenirs de la salle Redpath, de mes collègues organistes et du professeur John Grew ont refait surface. Ce que j’ai le plus apprécié chez John, outre son enseignement exceptionnel et sa passion pour la musique, c’est son sincère souci du bien-être de ses étudiants. Même s’il était occupé, il prenait le temps de nous écouter. En faisant une rétrospection de ses réalisations et de son influence sur le paysage culturel de notre pays, on saisit la stratégie totale en jeu, laquelle est continuellement remodelée et remaniée, au bénéfice personnel (et au grand dam?) de l’artiste lui-même. Ici à Toronto, je ressens de la fierté quand j’entends (depuis mon minuscule bureau à côté de la salle de pratique d’orgue) les étudiants du professeur Komisaruk apprendre les mêmes sonates en trio que John m’a enseignées. Mixtures, numéro 41, novembre 2014


Qui plus est, je suis plein d’espoir quand je vois une nouvelle génération de jeunes étudiants, qui ne se sont pas forcément intéressés à l’orgue par le chemin traditionnel de l’église, se rendre compte à quel point l’orgue à tuyaux est vraiment « cool ». Je chérirai toujours mes cours, mes repas et mes conversations avec John... et j’espère qu’il continuera de nous surprendre avec ses idées épatantes et étranges! Samuel Tam John Grew, c’est : Un homme affable, Un ami fidèle, Un être attentionné et généreux, Un père pour tous ses élèves, Un artiste, Un cerveau toujours en ébullition, Un foisonnement d’idées nouvelles qui ont, quelques décennies, permis de changer paysage organistique de Montréal. C’est une figure incontournable de l’orgue Canada, et je suis à la fois heureux et honoré le connaître ! Merci John !

en le au de

John Grew. Incomparable John Grew. Le plus francophile des anglophones que je connaisse. John le pédagogue, le concertiste, l'organiste d'église. John l'entrepreneur, le penseur. John le sérieux, le drôle, le perplexe, l'épicurien, le profond, le subtil, le rigoureux. John qui doute, qui affirme, qui questionne, qui solutionne. John l'ami, le conseiller, le juge. La force tranquille, la bonhomie, l'aménité, la retenue, la fidélité. John outré, indigné, fâché. Le sourire de John, ses éclats de rire, ses rougissements. John et les bons crus. Et les mets indiens. John des festivals et des académies. John des concours et du concours. John de l'Europe et le l'Amérique. John et ses collègues, John et ses maîtres et Marie-Claire. Et ses amis. Surtout. Incomparable John Grew. Parler de John? Voilà, c'est fait! Yves-G. Préfontaine

Olivier Latry Mixtures, numéro 41, novembre 2014

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John Grew est né à Glenholme, près de Truro, en Nouvelle-Écosse, le 30 avril 1940. Il fait ses études musicales à l’Université Mount Allison, à Sackville, au Nouveau-Brunswick où il travaille le piano et l’orgue où il obtient un baccalauréat en 1961. Il poursuit ses études à l’Université du Michigan à Ann Arbor qu’il termine avec une maîtrise en 1966. Parmi ses professeurs, on retrouve Maitland Farmer, Marilyn Mason, Kenneth Gilbert, Marie-Claire Alain et Luigi Ferdinando Tagliavini. Pendant ses études, il obtient des bourses du Conseil des arts du Canada. En 1970, le jury du Concours international d’orgue de Genève lui décerne, à l’unanimité, la Première médaille. De 1966 à 1973, il occupe différentes fonctions de chargé de cours au sein de plusieurs universités, tant américaines que canadiennes. Après avoir occupé les postes d’organiste et de maître de chapelle dans diverses églises du NouveauBrunswick et en Ontario, il œuvre, de 1967 à 1980, à l’église unie Queen Mary Road, du secteur Hampstead à Montréal. Il commence à enseigner à l’Université McGill en 1968 en tant que chargé de cours et devient professeur en 1973. Au cours des ans, il prend la relève de la classe d’orgue de Kenneth Meek et de la classe de clavecin de Kenneth Gilbert. Il met sur pied le programme de musique ancienne de l’Université McGill, le plus important de ce genre au Canada. De 1991 à 1996, il occupe le poste de doyen de la Faculté de musique (devenue, en 2005, l’École de musique Schulich). En 1977, il collabore avec le facteur Hellmuth Wolff pour concevoir et faire construire un orgue classique français qu’il fait installé dans la salle Redpath, une des salles de concert les plus importantes de Montréal. À l’occasion de son inauguration, en juin 1981, il organise, avec Donald Mackey, un vaste symposium « L’orgue à notre époque » qui attire quelque 400 participants provenant d’Europe, des États-Unis et du Canada. En 1985, il fonde « Musique Royale », un festival d’été de musique d’époque présenté sur des sites historiques de la côte atlantique.

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À partir de 1976, il organise de multiples cours de maîtres donnés par des organistes réputés puis, en 1997, il met sur pied l’Académie estivale d’orgue de McGill qui se tient tous les deux ans et enfin, en 2008, il organise la première édition du Concours d’international d’orgue du Canada. En 2005, il recevait le Distinguished Teaching Award de l'Université McGill en reconnaissance des succès exceptionnels obtenus avec ses élèves. À travers ses activités pédagogiques, il mène aussi une carrière de claveciniste et d’organiste qui le mène, outre au Canada, en Angleterre, en Autriche, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en France et en Yougoslavie. Il s’est également fait entendre à plusieurs reprises sur les ondes de CBC et de Radio-Canada, ainsi que de la RTBF (Belgique), de Radio-France et de la radio allemande. De plus, il a été invité à faire partie du jury de nombreux concours internationaux. John Grew a enregistré des œuvres de Buxtehude, de Hambraeus, et des Variations sur des noëls sur l’étiquette McGill Records, ainsi que des symphonies de Widor et l’intégrale de l’œuvre de Nicolas de Grigny sur l’étiquette ATMA Classique.

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J’ai rencontré John Grew pour la première fois dans son studio d’enseignement à McGill il y a plus de quarante (!) ans. Il est difficile de s’imaginer que cette version de moi-même allait faire carrière en musique; j’étais un vrai novice n’ayant reçu aucune formation, faisant son entrée dans le monde de la musique. Mais John a un don rare au sein de la communauté d’enseignants, soit celui de déceler et d’extraire la perle de la plus coriace des huîtres. Il a vu au-delà de mon apparence d’enfant sauvage et a stimulé mon développement musical jusqu’à l’obtention de mes diplômes universitaires d’études de premier cycle et supérieures. Au fil du temps, il m’a fait cadeau d’une bonne technique du clavier, d’une solide éthique de travail, d’une discipline de pratique efficace, des principes de bon goût et d’un amour profond pour le répertoire de musique à clavier des XVIIe et XVIIIe siècles. Et je n’étais pas le seul. La liste d’étudiants qui sont passés par son studio inclut un nombre remarquable de personnalités musicales importantes du Canada, des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Europe, qu’elles soient des artistes de spectacles, des érudits ou des enseignants. Il est un pédagogue remarquable, capable de transmettre l’essentiel de l’art de la musique en montrant l’exemple et en adaptant son approche à chaque personne dans son studio. L’importance qu’il accorde au bienêtre de ses étudiants est légendaire; je crois que nous nous considérons tous membres de sa famille élargie, et nous avons tous eu la chance d’entretenir avec John un lien personnel ou professionnel enrichissant et fructueux depuis la fin de nos études.

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Mais John discutait de bien plus que la musique avec ses étudiants. Avec lui, j’ai appris à apprécier la richesse des communautés dans lesquelles nous vivons et travaillons. Mes connaissances et mon amour de la littérature, des films, de l’architecture et de la géographie du Québec et d’ailleurs, surtout la Nouvelle-Écosse, sont nés d’éléments de conversations avec John au fil de notre relation. Et, grâce à lui, personne ne peut oublier que, premier de ses pairs, un bon vin fait partie de ces choses qui donnent à la vie tout son sens. Enfin, grâce à John, je peux maintenant ponctuer mes phrases de noms comme « Madiran », « Gascogne », « Le Gers », et « Roussillon » et paraître cultivé et civilisé! Hank Knox

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Deux événements ont coïncidé dans ce qui a semblé être un heureux alignement des planètes : ma découverte du manuscrit du Livre d’orgue de Montréal en 1978 et le projet, cher au cœur de John Grew, de la construction, grâce à la générosité d’un donateur anonyme, d’un orgue de type classique français à la salle Redpath de l’Université McGill, le premier à Montréal depuis le Régime français, dont aucun orgue n’a survécu. En mai 1978, la Société historique de Montréal m’avait demandé de présenter une conférence sur la musique en Nouvelle-France, que j’illustrais au clavecin. N’étant pas née au Québec, j’ai voulu vérifier certaines données historiques à la bibliothèque de la Fondation Lionel-Groulx, tout près de chez moi, lieu peu ou pas fréquenté par des musiciens. On m’annonce qu’il y a « de la vieille musique dans la voûte » . Après ma maîtrise en musicologie à l’Université de Montréal et à la suite d’une rencontre lors de l’Académie d’été de Kenneth Gilbert à Anvers, je prenais des leçons de clavecin avec John Grew depuis quelques mois lorsque je fis la découverte du manuscrit. Il fut donc tout naturellement le premier à qui je l’ai montré pour avoir son avis. Par la suite, il m’a aidée à « naviguer » dans le monde de l’orgue de XVIIe et XVIIIe siècles que je connaissais peu. Pendant ce temps, prenait forme le projet de construire un orgue de style classique français à la salle Redpath, projet qui n’alla pas sans susciter de la controverse dans le milieu de l’orgue. Pourquoi reconstruire un orgue aux possibilités si limitées, sur lequel on ne peut jouer que de la musique française? C’est pourquoi John Grew prend plaisir à y jouer aussi du Bach et de la musique contemporaine. Préparant le colloque international « L’orgue à notre époque », à l’occasion de l’inauguration de l’orgue réalisé par le regretté Hellmuth Wolff, et sachant que je tentais de retracer les partitions de musique ayant survécu depuis le Régime français, John Grew, jamais à court d’idées, m’a demandé d’organiser une exposition pour les faire connaître aux quelque 400 visiteurs. Une université telle que Berkely possédait certes une

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belle collection de musique française des XVIIe et XVIIIe siècles, « mais eux, ils ont dû les acheter », me dit-il. J’ajouterais que, même au Québec, plusieurs ont a été étonné de découvrir ainsi notre patrimoine musical dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. Organiser une exposition était une expérience tout à fait nouvelle pour moi, mais devant l’enthousiasme de John Grew, on ne saurait refuser. Le Livre d’orgue de Montréal, exposé pour la première fois, fit l’objet d’une communication de ma part et d’un récital de Kenneth Gilbert qui fit résonner cette musique pour la première fois au XXe siècle, avec les sons authentiques du XVIIIe siècle. Pendant plusieurs années, j’ai pu apprécier les qualités rares de pédagogue chez John Grew. Il est capable de tenir un discours sur la musique (ce qui n’est pas le cas de tous les interprètes, si doués soient-ils), d’expliquer la démarche, de conduire progressivement vers des objectifs proposés. Puis une fois atteints, de nous faire monter une marche plus haut. Mais il ne se contente pas d’être excellent interprète et professeur, tant à l’orgue qu’au clavecin. Pleinement impliqué dans le milieu culturel, il a créé l’Académie estivale d’orgue de McGill. Et depuis quelques années, au lieu de prendre une retraite paisible, il a lancé le Concours international d’orgue du Canada. Ces deux activités attirent à Montréal nombre de visiteurs et font connaître notre exceptionnel patrimoine organistique. Dans le cadre de ces deux activités, John Grew m’a invitée à présenter une conférence sur l’orgue en Nouvelle-France, pour familiariser les auditeurs avec notre patrimoine culturel et en m’encourageant à montrer des illustrations de nos bâtiments anciens; j’ai l’impression parfois que chez lui l’architecture l’emporte sur la musique! Si je dois résumer, John Grew est pour moi un organiste et claveciniste de grande qualité, un pédagogue remarquable, un animateur enthousiaste du milieu culturel et un ami. Élisabeth Gallat-Morin

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Même si je n’ai suivi qu’un an de cours hebdomadaires réguliers avec John, il m’a aidée à devenir claveciniste pendant mes années à McGill. Les classes de maître hebdomadaires en compagnie des quelque dix apprentis clavecinistes avaient lieu devant public, mais ne m’effrayaient pas. Il réussissait à faire ressortir le meilleur de chacun d’entre nous. Pendant la deuxième année de ma maîtrise en musique, il a pris un congé sabbatique bien mérité, qui a eu deux effets marquants sur moi. J’ai enseigné le clavecin aux étudiants de premier cycle et j’avais des cours très occasionnels avec Kenneth Gilbert, Colin Tilney, ou John. Les étudiants comme les enseignants suppléants m’ont donné des idées pendant la préparation de mon récital solo obligatoire. Mes rapports continus, bien que ponctuels, avec John ont toujours été réjouissants. Il mérite toute notre appréciation pour avoir été la force derrière la magnifique installation dont profite aujourd’hui l’École de musique Schulich. Et il mérite nos félicitations, non seulement pour ses excellentes compétences en enseignement, mais également pour sa tolérance et sa courtoisie à l’égard de ma fille pendant ses débuts au hautbois, qui sonnait comme un canard à travers nos murs mitoyens d’appartement. Bravo pour tout, John! Sandra Mangsen

Nous sommes entrés à notre première académie en 2007, et, même si nous sommes tous deux chanteurs, John s’est assuré de bien nous accueillir dans son monde d’orgue et d’instrument à clavier. Non seulement John est devenu notre mentor, il a également stimulé notre passion pour les arts et notre recherche constante de l’excellence, à la fois dans nos activités artistiques et administratives. La contribution de John à la musique de clavier est incommensurable et son engagement envers les gens qui l’entourent, inestimable. Devon Wilkinson et Jonathan Patterson Je serai à jamais reconnaissante envers John de m’avoir accueillie, moi qui n’avais en poche que mon enthousiasme prodigue, au sein du programme de musique de McGill, en 1974. Sous son aile, parmi un groupe de passionnés clavecinistes, je me suis épanouie, et j’ai appris ce que c’était d’être musicien. J’imagine John en train de lever un sourcil sceptique à la lecture de ces témoignages, lui qui ne tolère guère la flatterie et la flagornerie. Tout de même, John pourrait accepter qu’on dise de lui qu’il « était un enseignant inspirant », s’il savait à quel point il s’agit d’un euphémisme. Mimi S. Waitzman

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John Grew, un grand poète des sons, est mon maître et j’en suis fière. Je le remercie spécialement pour l’esthétique musicale qu’il m’a inculquée, pour l’ouverture d’esprit qu’il m’a transmise, pour la passion de la recherche et de l’authenticité sonore qu’il a influées sur moi et pour le développement de mon esprit musical et d’analyse auquel il a largement contribué. Josée April « The early bird catches the worm » nous disait John Grew au début de chaque année à McGill, pour nous encourager à pratiquer l'orgue dès le petit matin! Mais bien plus qu'une mise en garde contre la grasse matinée, ce proverbe nous rappelle qu'il est bon de saisir des opportunités, car elles ne se représenteront peut-être jamais. John, merci de m'avoir enseigné cette phrase, grâce à laquelle ma carrière professionnelle est chaque jour plus passionnante!

Elizabeth Wharton a dit : « On peut répandre la lumière de deux façons : être la bougie, ou le miroir qui la reflète ». John Grew possède une lumière intérieure brillante et son don a été de créer et de soigner la même lumière chez chacun de ses étudiants; John est à la fois la bougie et le miroir. L’une des beautés de son enseignement repose sur sa capacité de motiver à la fois l’esprit et le cœur. John abordait tous ses étudiants avec compassion, empathie et inspiration. Il nous a poussés à trouver notre propre voix, que nous soyons musiciens ou non, et à réaliser non seulement ce que la musique avait à nous offrir, mais ce que nous pouvions faire pour transmettre ce don aux générations à venir. La citation d’Elbert Hubbard me vient toujours en tête quand je pense au don de John de stimuler ses étudiants à s’épanouir à partir de leur for intérieur : « L’enseignant est celui qui suscite deux idées là où auparavant il n’y en avait qu’une seule ». Jordan de Souza

Jean-Willy Kunz

Hans-Ola Ericsson

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Noëlla Genest : les témoignages par Robert Poliquin Lors de la publication de Mixtures du mois de mai 2014 où l’on rendait hommage à Noëlla Genest à l’occasion de sa nomination en tant que « membre honoraire » de la FQAO, plusieurs témoignages ont été recueillis auprès de ses anciens collègues et élèves. Ceux-ci nous ont transmis d’émouvants témoignages et comme l’auteure de l’article, Irène Brisson, en accord avec l’équipe de rédaction, a décidé de les mentionner à l’intérieur de son article, ceux-ci ont été judicieusement résumés vu la contrainte de l’espace disponible. La démarche de cueillette de témoignages s’avère souvent lourde et ardue. Aussi, l’auteure et l’équipe de rédaction, tiennent à souligner l’apport important de Michelle Quintal à ce processus, et dont, malheureusement, nous avons oublié de faire mention lors de la publication initiale de l’article. Nous lui présentons nos plus sincères excuses pour cet oubli bien involontaire. Nous tenons aussi à assurer tous ceux et celles qui ont fourni un témoignage, que la version intégrale de chacun a été transmise à madame Genest. Un témoignage nous est parvenu après la finalisation de l’article. Nous désirons vous en faire part.

« J’ai été l’élève de Noëlla Genest de 1978 à 1984. Aujourd'hui, si je fais ce métier qui consiste à entretenir et accorder des orgues à tuyaux, c'est grâce à mon professeur d'orgue. Tout a commencé par une question qu’elle m’a posée en 1981 : « Veux-tu faire carrière en musique? » J’ai répondu : « Non, mon intention, c'est de travailler dans l’entretien et dans l'accord des orgues », ce que j’avais eu l’occasion de faire en 1977 avec Marcel Bertrand. Alors, elle m'a dit qu’elle connaissait quelqu'un qui faisait ce métier : François Caron, de Montréal, responsable de l'entretien de l'orgue de la basilique de Notre-Dame-duCap. J'ai poursuivi mes études d'orgue jusqu'à la fin mai 1984 et, le mois suivant, j’ai contacté François Caron. J’ai travaillé avec lui de 1984 à 1994, à Montréal et, depuis 1994 je suis à Embrun (Ontario) auprès de Sylvain Brisson. J'ai donc beaucoup de reconnaissance envers mon professeur d'orgue Noëlla Genest pour le métier d’organier que je poursuis encore après 30 ans. »

Jean-François Gariepy, organiste et organier

Honneur au mérite Les 30 ans de carrière de Jacquelin Rochette au sein de la maison Casavant Frères, en tant que directeur artistique, ont été soulignés le 2 septembre 2014 par le Gouvernement du Québec. Il a reçu la « Médaille de l'Assemblée nationale du Québec » des mains de la députée provinciale de Saint-Hyacinthe, Chantal Soucy. On a tenu à rappeler que son talent résonne partout à travers le monde et qu'il a raison d'être très fier de sa plus récente réalisation, le grand orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique de Montréal. Dans sa réponse, Jacquelin Rochette a mentionné que « ce n'est pas donné à toutes les institutions de continuer à rayonner pendant 135 ans et de demeurer un chef de file. Nos fondateurs avaient une vision de la musique et nous devons la protéger et renouveler sans cesse nos acquis. » Mixtures, numéro 41, novembre 2014

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Photo: Casavant Frères


Le grand orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique par Jacquelin Rochette1 Le grand orgue Pierre-Béique, nommé ainsi en hommage au fondateur et directeur général de l’Orchestre symphonique de Montréal de 1939 à 1970, a été inauguré le 28 mai dernier lors d’un grand concert gala. Olivier Latry aux claviers fit entendre en soliste le grand orgue d’orchestre dans la célèbre Toccata et fugue en ré mineur de Johann Sebastian Bach. Le concert fut présenté à guichets fermés, et fut repris les 29 mai, 1er et 9 juin, toujours devant une salle comble. Nous avons pu entendre le majestueux instrument dialoguer et se fondre avec l’orchestre dans des œuvres de Franz Liszt, Camille Saint-Saëns, Kaija Saariaho et Samy Moussa. Pour le dernier concert, l’organiste en résidence de l’OSM, Jean-Willy Kunz, était aux claviers. Un événement portes ouvertes proposant sept récitals solos et des ateliers animés par des artisans de Casavant Frères complétait cette série d’événements mémorables. La conception d’un orgue d’orchestre comporte plusieurs aspects particuliers. En effet, l’instrument est conçu pour répondre à des exigences spécifiques de fusion avec l’orchestre et avec les différents ensembles avec lesquels il aura à performer. Tantôt, il sera soliste, tantôt il jouera un rôle d’instrument accompagnateur, ou encore il prendra place parmi les instruments d’orchestre. En définissant l’architecture tonale, la riche palette des couleurs, et en élaborant la spécificité des timbres, nous nous sommes souciés des objectifs de clarté et de beauté du discours, de dynamique et de contrôle, qui animent tout musicien dans sa création. Le facteur doit offrir à l’organiste un instrument à traction mécanique, une machine de plus de vingt-cinq tonnes, qui se contrôle du bout des doigts. La démarche artistique du musicien est servie par la richesse des couleurs et l’équilibre des plans sonores, par l’action précise des mécanismes, et la souplesse des contrôles. Ainsi, nous avons privilégié par différents calculs les techniques qui permettent à la machine de servir efficacement et discrètement l’harmonie donnée aux tuyaux, nous assurant de donner au musicien la maîtrise de toutes les ressources.

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Le Grand Orgue Casavant Frères Opus 3900 Le Grand Orgue Casavant Frères est un instrument d’esthétique française de 83 jeux répartis sur quatre claviers et pédalier, pour un total de 6 489 tuyaux. Nous avons établi la composition en collaboration avec Olivier Latry, organiste de Notre-Dame de Paris et représentant de Maestro Kent Nagano et de l’Orchestre symphonique de Montréal. Les rôles traditionnels des Grand-Orgue, Positif et Récit trouvent leurs places habituelles aux trois premières divisions manuelles. Le quatrième clavier contrôle une double division sous expression, le Grand-Chœur. Cette division peut être vue comme une extension expressive du Grand-Orgue. Neuf jeux de cette division comportent une octave grave additionnelle jouable au pédalier, procurant des jeux sous expression aux pieds, ajoutant à la souplesse de l’instrument. Quatre autres jeux sont localisés dans une seconde boîte expressive et sont harmonisés sur pression d’air plus élevée permettant l’obtention de timbres particuliers, tels le Diapason avec entaille de timbre, un Plein-Jeu harmonique, et le Cor français. L’orgue comporte quatre divisions en boîte expressive. Le terme « division expressive » indique que les tuyaux de ladite section de l’orgue sont enfermés dans une chambre munie de volets que l’organiste peut actionner de la console pour diminuer ou augmenter le volume sonore. Toutes les chambres d’expression du grand orgue Pierre-Béique sont construites avec doubles parois et joints d’étanchéité pour l’obtention de larges écarts dynamiques et d’effets sonores grandioses. Ainsi, le musicien peut passer d’un pianissimo à un fortissimo et suivre les nuances de l’orchestre sans avoir à changer de registrations; il obtient ainsi la souplesse et la flexibilité qu’on trouve dans les ensembles instrumentaux ou vocaux. Pour pouvoir suivre toutes les gradations d’intensités de l’orchestre, l’orgue comporte pas moins de dix-huit jeux de fond de 8’, de la très douce

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Voix éolienne, aux Gambes, Bourdons et Principaux, aux Violon, Diapason et Flûte harmonique beaucoup plus forts. On trouve une batterie d’anches à chacune des divisions, et des jeux d’anche de détail, des synthèses flûtées et de nombreuses mutations, et plusieurs jeux avec entailles de timbre. Les paramètres de construction des tuyaux ont été établis avec le plus grand soin, du choix des alliages aux choix des anches et aux compositions des mixtures, tenant compte du rôle musical de chaque division, de son emplacement et des timbres souhaités, du volume et de l’acoustique de la salle. Des fondamentales substantielles pour supporter l’orchestre, l’harmonisation ascendante de l’ensemble, et la grande clarté des timbres se mariant avec les instruments d’orchestre constituent les caractéristiques principales de l’ensemble sonore que nous avons défini à la Maison symphonique. Enfin, toutes les possibilités orchestrales ne limitent pas le répertoire soliste de l’orgue. En effet, les jeux de mutations, cornets, anches

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qui composent les sonorités caractéristiques de l’orgue sont largement représentés dans toutes les divisions. Disposition des composantes internes La position de l’orgue dans la salle offre une situation idéale pour la projection tonale. La firme Artec, de New York, responsable des questions acoustiques, a eu droit de regard sur toutes les décisions, s’assurant ainsi des qualités acoustiques et du support remarquable des sons sur toute leur étendue. Pour l’orgue, des ouvertures ont été pratiquées dans le balcon où se trouve la console mécanique pour permettre la projection de la division du Positif, tout en conservant la majeure partie du balcon pour la projection des chœurs et de l’orchestre. La disposition de l’instrument est établie pour que l’architecture sonore de ce grand orgue d’orchestre soit rendue de la façon la plus convaincante qui soit.

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Le Positif expressif est disposé de par et d’autre de la console mécanique. Il est utile pour l’accompagnement des chœurs qui se trouvent juste endessous. Sa définition harmonique le rend apte à bien servir le répertoire qui exige finesse, subtilité et articulation. Au-dessus de la console, sur un même niveau, se trouvent le Grand-Orgue à l’avant, le Grand-Chœur à l’arrière, et les jeux de Pédale répartis de chaque côté. Cet ensemble sur un seul niveau est privilégié pour les dialogues avec grand orchestre. Enfin, au niveau le plus élevé se trouvent la division Récit, et les jeux haute pression du GrandChœur. Cet emplacement favorise une excellente projection. Les volets de ces divisions expressives sont disposés horizontalement, pour permettre une projection sonore vers l’orchestre. Boiserie et tuyaux de façade, esthétique visuelle L’idée originale du concept visuel du grand orgue Pierre-Béique est de notre collègue Didier Grassin. Casavant Frères, en collaboration avec DiamondSchmitt et Ædifica, a conçu un buffet spectaculaire, un ensemble visuel unique qui est non seulement le point focal de la salle, mais une sorte de signature du lieu, comme l’a si bien exprimé M. Grassin. L’identification est telle que l’OSM a retenu le design de la façade comme logo de l’orchestre. Les tuyaux verticaux de Montre de 32’ et 16’ de Pédale, et de 16’ du Grand-Orgue, sont disposés de façon très dynamique, et créent un mouvement ascendant de gauche à droite. Des blocs de Trompettes-en-chamade (tuyaux horizontaux), dont un est mobile et peut être rentré à l’intérieur de l’orgue (ce qui permet une dynamique sonore remarquable), complètent l’ensemble avec la Montre de 8’ du Grand-Orgue dans la partie basse sur la droite. La répartition des grands et petits tuyaux crée un effet de verticalité et de fluidité, effet accentué par les plus grands tuyaux qui descendent même devant la face du balcon. La forme des tuyaux reprend celle d’un tube coupé à angle. La non-apparence des structures métalliques donne l’illusion que les tuyaux flottent devant l’orgue. La légèreté visuelle de la façade a comporté plusieurs défis de taille, considérant que

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plusieurs grands tuyaux de 32’ avoisinent un poids de près de 1 000 lb chacun, avec en plus leur structure métallique de plusieurs centaines de livres. La boiserie derrière les tuyaux de façade a été créée en continuité avec celle de la salle, utilisant le hêtre des forêts de Gatineau dans des planches de dimensions et textures différentes. Trois sections ou boucliers créent les effets de profondeurs de cette boiserie dont la courbe convexe est contraire à celle concave des tuyaux de façade. Il faut aussi noter le grand espace dévolu à la console mécanique, espace qui lui confère une autorité sans équivoque, ajoutant à la puissance visuelle de l’instrument. Un soin particulier a été apporté à l’ouverture de la boiserie pour la projection sonore de l’instrument. Des ouvertures plus larges sont pratiquées aux niveaux où se situent les bouches des tuyaux intérieurs, et les ouvertures sont maximales aux endroits où les tuyaux de façade couvrent les boiseries. Dans l’ensemble, l’orgue profite de près de 50% d’ouverture pour la projection sonore. Enfin, un bel escalier en bois est aménagé et permet d’accéder en toute sécurité aux niveaux supérieurs du grand orgue. Ainsi, l’accès pour l’entretien et l’accord s’en trouve facilité, et l’Orchestre symphonique peut présenter son grand orgue Pierre-Béique à ses mélomanes et supporteurs. Un orgue à la fine pointe de la technologie L’orgue est à traction mécanique et est doté d’une seconde action électropneumatique entièrement indépendante de la mécanique. Cette action électropneumatique, développée par les frères Casavant à la fin du XIXe siècle, est entièrement renouvelée dans sa réalisation. Elle permet d’assister l’action mécanique pour la traction des notes de façon à ce que l’effort physique de l’organiste ne soit jamais trop sollicité. Casavant a retenu le système électropneumatique pour sa réponse beaucoup plus nerveuse que celle obtenue des électro-aimants largement utilisés en facture d’orgue. L’assistance électrique est actionnée par des capteurs à effet Hall. Ces capteurs sont programmés différemment pour l’ouverture et la fermeture des soupapes. Ainsi, le système électropneumatique

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est asservi à la mécanique, assurant une entrée prompte, une répétition nerveuse, et surtout un relâché parfaitement synchronisé à la mécanique. La qualité du toucher dans les grands ensembles est nettement plus précise et l’organiste ne souffre jamais d’une impression de retard ou de lenteur des mécanismes. Cette assistance peut être mise en œuvre par un signal électrique externe. Une seconde console amovible localisée sur scène permet de jouer l’orgue par son action électropneumatique. Trois points de connexions sont disponibles pour localiser la console amovible à l’avant de la scène ou parmi les instruments de l’orchestre. Trois souffleries de capacité impressionnante sont installées dans une pièce insonorisée et située à l’extérieur de l’enceinte acoustique de la Maison symphonique. L’alimentation en vent est réalisée par de généreux réservoirs; elle est généreuse et largement suffisante pour supporter les plus grandes demandes avec octaves graves. Avec le concours de régulateurs (anti-secousses), le vent est souple et l’émission sonore des différents mélanges de jeux chante comme il est souhaité. Les portevent sont en bois, et le système de vent est très silencieux. Enfin, les consoles sont équipées de systèmes de contrôles électroniques à la fine pointe de la technologie. En effet, il est possible de programmer certaines fonctions sur une tablette iPad, pour ensuite les communiquer aux consoles par un système sans-fil (WI-FI). Les Sostenuto substitutif ou additif, le pédalier divisé au choix de l’organiste, l’insertion d’une combinaison dans une séquence de combinaisons déjà établie, l’interface MIDI, l’interface d’enregistreur/reproducteur, la gestion de la bibliothèque des registrations incluant l’attribution de comptes particuliers pour chaque interprète, sont des possibilités que les organistes peuvent utiliser à la console électrique. De plus, comme les deux consoles partagent le même combinateur, les musiciens peuvent programmer les registrations indépendamment des deux consoles. Le temps d’accès étant précieux, autant de fonctions assurent un travail efficace aux artistes dans les préparations de concerts, en plus de permettre l’écoute des registrations et des équilibres sur scène et dans la salle.

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En conclusion La réalisation de ce grand instrument a nécessité plus de quarante mille heures de travail, et la collaboration de nombreux intervenants. Nous tenons à transmettre nos plus sincères remerciements à madame Jacqueline Desmarais dont la générosité a permis la création d’un des plus grands orgues d’orchestre et le plus grand mécanique de notre maison. Nous soulignons avec gratitude le support inconditionnel de l’Honorable Lucien Bouchard, président du Conseil d’administration de l’OSM, et le travail acharné de toute l’équipe de l’OSM, sans qui la réalisation du grand orgue Pierre-Béique n’aurait pu devenir réalité. Sans vouloir faire une liste exhaustive, il nous faut mentionner l’enthousiasme, je devrais dire la passion et la collaboration d’Olivier Latry et de nos nombreux échanges si constructifs, de Louise Laplante (OSM), de Matthew Lella et de toute l’équipe de DiamondSchmitt, de Michel Languedoc d’Ædifica et l’équipe de SNC Lavalin, et de tous nos collègues de Casavant Frères. Le grand orgue opus 3900 de notre maison occupe une place royale à la Maison symphonique. Son succès repose sur le développement en parallèle de ses différents aspects. Nous considérons cet instrument comme un des plus achevés que nous ayons construits, tant au niveau de sa conception visuelle, de ses raffinements mécaniques qu’au niveau de la beauté de ses timbres et de la qualité de ses équilibres sonores. Nous sommes particulièrement fiers de la recherche et du travail soigné de l’harmonie dans la définition des timbres qui fusionnent avec ceux des instruments de l’orchestre, tout en préservant les acquis de clarté et de distinction des dernières décennies. Il n’est pas surprenant que plus de vingt mille mélomanes d’ici et d’ailleurs se soient déplacés pour apprécier cette gigantesque réalisation de chez-nous, reflet de ce que nous sommes et qui s’inscrit dans la continuité de notre riche tradition musicale et de facture d’orgue. Nous ne pouvons que souhaiter une longue vie à l’OSM et à la Maison symphonique, et une belle continuité à notre culture musicale. 1

Jacquelin Rochette est directeur artistique chez Casavant Frères.

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Casavant, Opus 3900, 2014 4 claviers manuels et pédalier 83 jeux, 116 rangs, 6 489 tuyaux Traction mécanique / électrique des claviers Traction électrique des jeux I. Grand-Orgue

II. Positif expressif

Montre 16’ Quintaton 16’ Montre 8’ Principal 8’ Bourdon 8’ Bourdon 8’ Flûte harmonique 8’ Flûte harmonique 8’ Prestant 4’ Prestant 4’ Flûte 4’ Flûte à cheminée 4’ Quinte 2 2/3’ Nazard 2 2/3’ Doublette 2’ Doublette 2’ Cornet 8’ V Tierce 1 3/5’ Grand Plein-Jeu 2 2/3’ III-V Larigot 1 1/3’ Fourniture 1 1/3’ IV-V Plein-Jeu 1 1/3’ IV Cymbale 1/2’ III Cymbale 2/3’ IV Bombarde 16’ Basson 16’ Trompette 8’ Trompette 8’ Chamades I Cromorne 8’ Chamades II Clairon 4’ Trémolo Chamades I Pédale Chamades II Montre 32’ **Soubasse 32’ Contrebasse 16’ Montre 16’ Montre (GO) 16’ Soubasse 16’ Bourdon 16’ **Grande Quinte 10 2/3’ Octave 8’ **Violonelle 8’ **Flûte 8’ Bourdon 8’ Grande Tierce 6 2/5’ **Quinte 5 1/3’ **Grande Septième 4 4/7’ Octave 4’ **Flûte 4’ Grande Tierce 3 1/5’ Contre-Bombarde 32’ Bombarde 16’ Basson 16’ **Clarinette 16’ Trompette 8’ Trompette-en-chamade 8’ Clairon 4’ Clairon-en-chamade 4’

Chamades I Dessus de Bombarde 16’ ***Basse de Trompette 8’ ***Dessus de Trompette 8’ 2e Trompette 8’ 3e Trompette 8’ Basse de Clairon 4’ Dessus de Clairon 4’

Chamades II Dessus de Bombarde 16’ ***Basse de Trompette 8’ ***Dessus de Trompette 8’ 2e Trompette 8’ 3e Trompette 8’ Basse de Clairon 4’ Dessus de Clairon 4’

* Jeu à haute pression en boîte expressive séparée ** Jeu expressif, en extension du Grand-Chœur *** Mobile Mixtures, numéro 41, novembre 2014

III. Récit expressif Bourdon doux 16’ Diapason 8’ Cor de nuit 8’ Voix éolienne 8’ Flûte traversière 8’ Viole de gambe 8’ Voix céleste 8’ Octave 4’ Flûte octaviante 4’ Nazard harmonique 2 2/3’ Octavin 2’ Cornet 8’ V Fourniture 1’ III Cymbale 1/2’ III Bombarde 16’ Trompette harmonique 8’ Hautbois 8’ Voix humaine 8’ Clairon harmonique 4’ Trémolo Chamades I Chamades II IV. Grand-Chœur expressif Bourdon 16’ *Diapason 8’ Violon 8’ Voix céleste 8’ Bourdon 8’ Grand Nazard 5 1/3’ *Octave 4’ Violon 4’ Flûte ouverte 4’ Grande Tierce 3 1/5’ Nazard 2 2/3’ Septième 2 2/7’ Quarte de Nazard 2’ Tierce 1 3/5’ Piccolo 1’ Mixture 2’ III-V Clarinette 8’ Trémolo Trombone 16’ Trompette harmonique 8’ *Cor français 8’ Clairon harmonique 4’ Cloches Chamades I Chamades II

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Le Concours international d’orgue du Canada 2014 Le Concours international d’orgue du Canada (CIOC) a conclu son épreuve finale le 17 octobre à la basilique Notre-Dame de Montréal. Après avoir écouté les récitals des cinq finalistes, les membres du jury international ont octroyé le premier prix à David Baskeyfield, du Royaume-Uni. Il remporte une bourse de 25 000 $, le prix à la mémoire de Polly Bales de 5 000 $, l’enregistrement et la distribution d’un CD produit par l’étiquette ATMA Classique, les services de l’agence Karen McFarlane Artists sur le marché nordaméricain et du mentorat en gestion de carrière par le CIOC pendant une période de trois ans. Les autres prix ont été remis à Andrew Dewar du Royaume-Uni (2e prix) et Daria Burlak de Russie (3e prix). Ces trois organistes ont eu la chance de jouer sur le grand orgue Pierre-Béique de l’Orchestre symphonique de Montréal à la Maison symphonique lors du Concert Gala, le 19 octobre.

Les lauréats : Daria Burlak, David Baskeyfield et Andrew Dewar Photo: Paul Eifert

Également octroyé à la suite des récitals pendant l’épreuve finale, le Prix Collège royal canadien des organistes (CRCO) de 5 000 $ revient à David Baskeyfield pour la meilleure interprétation d’une œuvre canadienne pendant la demi-finale ou la finale. M. Baskeyfield a également gagné le Prix du public Richard-Bradshaw. Rappelons qu’Andrew Dewar a remporté le Prix Bach 2014 lors de la première épreuve du CIOC : cela lui donne l’opportunité de donner un récital lors du Festival Bach de Montréal 2015. Les lauréats ont été choisis par un jury international présidé par John Grew (Canada), entouré de Jacques Boucher (Canada), James David Christie (États-Unis), Stefan Engels (Allemagne), Janette Fishell (États-Unis), Marnie Giesbrecht (Canada), Olivier Latry (France), Pier Damiano Peretti (Italie et Autriche) et Dame Gillian Weir (Royaume-Uni). Les prix totalisent plus de 70 000 $, une des plus grandes remises de prix parmi les concours d’orgue internationaux. (Source: CIOC, communiqué de presse) Page 20

David Baskeyfield à l’orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique de Montréal Photo: John Zimmerman

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Congrès FQAO 2014, 20 ans déjà! par Jean-François Downing1 En cette année du vingtième anniversaire de la FQAO, quoi de plus indiqué que de nous réunir dans la merveilleuse ville de Québec, berceau de la fondation de notre fédération! Le 2 juin dernier, nos précieux collaborateurs et collaboratrices des Amis de l’orgue de Québec nous avaient concocté une journée bien remplie, truffée de découvertes et redécouvertes dans le cadre enchanteur du Vieux-Québec. En avant-midi, nous étions conviés au Palais Montcalm pour les inscriptions d’usage et pour ensuite y découvrir le tout nouveau joyau de Québec, soit le grand orgue Casavant, opus 3896, de la splendide salle Raoul-Jobin. La présentation de l’instrument était confiée au concepteur de l’instrument lui-même, Jaquelin Rochette, directeur artistique de la maison Casavant Frères. Celui-ci nous a longuement entretenus sur l’approche stylistique de l’opus 3896, compte tenu de l’acoustique de la salle bien entendu, mais également du fait que l’orgue devait jouer un rôle prépondérant en complément de l’ensemble instrumental principal domicilié à la salle Raoul-Jobin, soit l’orchestre de chambre Les Violons du Roy (et de son chœur La Chapelle de Québec), dont la renommée est désormais internationale. Si certains plans sonores ont été inspirés du grand facteur Gottfried Silbermann, l’instrument, avec ses trois claviers et pédalier, 37 jeux et 51 rangs, est aussi capable de servir un large répertoire. M. Rochette nous a communiqué avec passion les soins énormes apportés à l’harmonisation et aux choix des matériaux allant jusqu’aux boiseries du magnifique buffet d’inspiration art déco. Si cet instrument est d’une grande réussite au plan sonore, ses aspects technologiques ne sont pas en reste. L’instrument est doté de deux consoles; la première, mécanique et en fenêtre, est dotée du système DAC, propre à Casavant, permettant une amélioration de l’action. Une seconde console, électrique et amovible, peut être déplacée sur la scène. À la suite de cet exposé, Robert-Patrick Girard (membre fondateur de la FQAO) nous a livré une brillante démonstration des possibilités de l’orgue avec des pages de Couperin, de Bach, de Fauré, de Schumann et de

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Alain. Si plusieurs d’entre nous s’attendaient à une acoustique sèche (le temps de réverbération est quand même très limité), l’audition a révélé une présence ample et chaleureuse de l’instrument. Une réussite à tous points de vue. À la suite de la « visite » de l’orgue, les congressistes se sont dirigés vers une véritable institution du Vieux-Québec, le restaurant Café Buade où un salon privé chaleureux aux murs de pierres historiques nous accueillait pour le repas du midi. C’est dans ce même salon qu’eut lieu l’assemblée générale annuelle de la FQAO où les membres ont ratifié les faits et gestes des administrateurs et ont procédé aux élections des postes venant à échéance. Robert Poliquin (Amis de l’orgue de Québec) et Harold Thibeault (Amis de l’orgue de Rimouski) ont été reconduits dans leurs fonctions, tandis que ce dernier, agissant en tant que président par intérim, nous annonçait que Jacques Boucher avait accepté l’invitation du conseil d’administration de présider celui-ci à compter de novembre. Félicitations aux nouveaux élus. Notre parcours nous emmenait ensuite à l’église unie Chalmers-Wesley, où une fois de plus, Jacquelin Rochette nous a fait une présentation de l’instrument et de son historique. L’instrument original, de trois claviers et pédalier, 31 jeux et 37 rangs et datant de 1890 (Warren), a subi plusieurs modifications depuis (Casavant 1912, Guilbault-Thérien 1982, Casavant 2013). M. Rochette fut directeur musical de cette communauté de 1980 à 1987 et il était donc tout indiqué qu’il nous en fasse également la démonstration musicale avec de fort belles pages de Pachelbel et Charles-Marie Widor. Les congressistes ont pu également visiter un lieu d’exposition d’archives musicales de cette communauté protestante qui se sont révélées d’un grand intérêt. Nos remerciements à Alain LeBlond, organiste titulaire, de nous avoir reçus avec grande générosité. C’est dans le décor somptueux de style Second Empire de la chapelle du Musée de l’Amérique francophone que nous menait ensuite notre par-

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cours. Ce lieu historique, autrefois tenant lieu de chapelle du Séminaire de Québec jusqu’à sa désacralisation en 1992, abrite un désormais célèbre instrument, l’orgue Richard. Un peu d’histoire au sujet de cet instrument s’impose : Sous le régime français, un orgue commandé au facteur parisien Robert Richard fut installé dans la cathédrale Notre-Dame de Québec, en 1753. Il comptait dix jeux (dont plusieurs « coupés » pour une plus grande variété de timbres) sur un clavier et pédalier, permettant de faire entendre les couleurs essentielles de la musique d'orgue française. Malheureusement, cet instrument a été détruit en 1759 par l'effet des bombardements britanniques et de l'incendie de la cathédrale. Celle-ci a bien été reconstruite durant les décennies suivantes, mais le nouvel orgue a dû être importé d'Angleterre, tout commerce avec la France étant alors interdit. Ainsi, la ville de Québec ne possédait toujours pas d'orgue de type dit « baroque » ou classique avec traction mécanique traditionnelle. C'est à l'imagination créative du claveciniste et organiste de réputation internationale, Kenneth Gilbert, que l'on doit l'initiative et la poursuite d'un tel projet. Deux récitals donnés en France sur des instruments reconstruits à neuf, en utilisant les plans heureusement conservés ainsi que les techniques traditionnelles de l'époque, dans leurs buffets d'origine (Clicquot 1710, chapelle du Château de Versailles; Jean de Joyeuse 1694, cathédrale Sainte-Marie d'Auch), inspirent Kenneth Gilbert une démarche similaire à Québec, toutes proportions gardées, où un instrument de ce style, bien que petit, a bel et bien existé jusqu'à la conquête. En 1998, Kenneth Gilbert s'entoure donc de musiciens, d'historiens et de spécialistes parmi lesquels la musicologue Élisabeth GallatMorin dont les travaux ont conduit à la découverte du devis original conservé au Minutier central des notaires de Paris. Le délicat travail de reconstruction a été confié aux facteurs d'orgues Juget-Sinclair, de Montréal.

Depuis son inauguration en 2009, cet instrument reçoit les éloges des musiciens, des historiens, des organiers et des mélomanes, et pour cause; le modeste instrument réussit à remplir le vaste vaisseau avec des timbres aussi délicieux que majestueux. Pour la présentation, quel bonheur que d’avoir invité Hubert Laforge, associé de très près à la réalisation de cet instrument, à nous entretenir sur sa passion pour celui-ci. Homme d’une prodigieuse culture et au parcours fascinant, son exposé fut rien de moins que passionnant. Le programme de démonstration ayant été confié à l’organiste bien connu de Québec, Pierre Bouchard, celui-ci a su nous régaler des qualités sonores exceptionnelles de cet instrument historiquement important. Son programme était composé d’œuvres de Cabezón, Sweelinck et Clérambault. La partie musicale du congrès terminée, un vin d’honneur fut servi à même ce lieu magnifique, accompagné de canapés et amuse-bouche très appréciés. Le président par intérim, Harold Thibeault a ensuite procédé à la cérémonie d’intronisation de Noëlla Genest à titre de « membre honoraire » de la FQAO.

Dans l’ordre habituel, Harold Thibeault, président par intérim FQAO, Noëlla Genest, Irène Brisson, Jean-François Downing, secrétaire FQAO et Richard Paré, président des Amis de l’orgue de Québec

Il a cédé la parole à Irène Brisson qui a livré un hommage coloré, vibrant et ponctué d’anecdotes à la vie et la carrière de pédagogue et concertiste de madame Genest, une grande dame de l’orgue de chez-nous qui a formé toute une génération d’organistes aux conservatoires de musique de TroisRivières et de Québec. Plusieurs de ses anciens (suite, page 30)

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Nécrologie Claude Lavoie (1918-2014) L’organiste Claude Lavoie est décédé le lundi 28 avril à l’âge de 95 ans. Né à Rivière-du-Loup le 19 juillet 1918, Claude Lavoie entre, en 1933, au Collège de Lévis où il étudie le piano et l'orgue avec l'abbé Alphonse Tardif jusqu'en 1942, année où il remporte le Prix d'Europe avec un résultat de 94,3 %, la plus haute note jamais décernée à ce moment-là par un jury du Prix d’Europe. Il se rend ensuite à Boston pour étudier avec Nadia Boulanger et E. Power Biggs, au Longy School of Music de Cambridge. Il profite aussi de son séjour pour étudier la direction chorale au New England Conservatory. En 1945, il reçoit d’Ottawa un avis l’avertissant que s’il ne rentre pas immédiatement au Canada, il deviendra conscrit américain et de ce fait, perdra sa citoyenneté canadienne. En décidant de quitter Boston, il renonçait au poste d’organiste qu’il occupait à la cathédrale catholique Holy Cross. De retour à Québec, il obtient le poste d'organiste de l'église de la Nativité-de-NotreDame à Beauport qu'il occupe pendant quinze ans, sauf pour les années 1950 et 1951 qu'il consacre au perfectionnement de sa formation, à Paris, auprès des maîtres André Marchal et Gaston Litaize pour l'orgue et Simone Plé-Caussade pour l'écriture musicale. À son retour, en 1952, le maître Henri Gagnon lui transmet sa charge de titulaire de la classe d'orgue au Conservatoire de musique de Québec. Au cours de ses 27 années d'enseignement, il y forma une pléiade d'organistes et de professeurs de musique parmi lesquels plusieurs se sont illustrés en remportant des Premiers prix. Ayant accepté, en 1959, le pupitre d'orgue de l’église Saints-Martyrs-Canadiens à Québec, il y fait installer, selon son devis, un grand orgue Casavant qui devait inspirer la nouvelle esthétique de l’orgue Mixtures, numéro 41, novembre 2014

au Québec favorisant ainsi le passage de l'orgue romantique à l'orgue néo-classique. Premier grand instrument du Québec construit selon cette nouvelle conception, il constitue l'une de nos richesses patrimoniales. Claude Lavoie en sera le titulaire pendant vingt-cinq ans. Ambassadeur de la musique d'orgue, Claude Lavoie a donné, au cours de sa carrière, plus de 200 récitals et inauguré une trentaine d'instruments. Il a, par ailleurs, été soliste invité de l'Orchestre symphonique de Québec et du Boston Symphony Orchestra. Claude Lavoie s’est joint à l'Orchestre de chambre de Radio-Canada à maintes reprises et a été un accompagnateur très recherché. Il prêta aussi son concours lors de concerts organisés par les Jeunesses musicales du Canada et, en 1965, il fut invité à présenter le concert inaugural du Congrès du Royal Canadian College of Organists à Hamilton. Claude Lavoie a aussi réalisé trois microsillons et un grand nombre d'arrangements pour orgue et pour chœurs. En 1989, Claude Lavoie met sur pied une fondation qui administre un concours d'orgue triennal destiné aux jeunes organistes canadiens les plus talentueux. Cette nouvelle institution est assurée de se situer aux premiers rangs des grands concours d'orgue qui se tiennent à travers le monde. Claude Lavoie est fait « Chevalier » de l’Ordre national du Québec, en 1990, par le premier ministre Robert Bourassa. En l’an 2000, lors du congrès annuel de la Fédération Québécoise des Amis de l’orgue, il est nommé « membre honoraire » de cette fédération. On relira avec plaisir l’excellent article de Sylvain Barrette paru dans Mixtures no 33, novembre 2010. Sources : Encyclopédie de la musique au Canada. Montréal, Fides, 1993 « Claude Lavoie a redonné via à l’orgue », La Musique, Vol 1, no 4, mars 1977.

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Maurice Lebel (1929-2014) L’abbé Maurice Lebel est décédé, le 26 septembre 2014, à l'âge de 85 ans. Né à Saint-Pascal-de-Kamouraska le 16 avril 1929, l'abbé Lebel a fait ses études classiques au Collège Sainte-Anne de La Pocatière, puis au Grand Séminaire de Québec. Il a été ordonné prêtre le 12 juin 1954 pour l’Archidiocèse de Québec. De retour au Québec après une mission au Paraguay, il entre au service de pastorale de l’Office des Communications sociales du diocèse de Québec et devient responsable de l’audiovisuel pour les sessions Alpec. Il a été membre de la fondation SISCOM et président fondateur de SISCOM Inc. qui a contribué à la sonorisation de nombreuses églises au Québec. L’écoute, dans son jeune âge, de vieux 78 tours sur un équipement plutôt délabré l’amène à rechercher des moyens pour améliorer l’appareil et s’adonner à des gravures maison. Toutefois, c’est au cours de son séjour au Collège Sainte-Anne de La Pocatière où la musique était fort à l’honneur qu’il parfait ses connaissances en électronique. L’heureux mariage de la musique et de l’électronique l’amène, étant donné son option personnelle de liturgiste et d’ex-organiste, à se diriger vers l’enregistrement de musique d’orgue et ce, dans leur milieu naturel et non pas en studio. À cette fin, il transforme un autocar en studio d’enregistrement afin de se déplacer partout au Québec. Il signe même des ententes avec la maison REM, de Lyon, et la société Harmonia Mundi afin de permettre aux artistes québécois une distribution internationale. Sans contredit, il est celui qui a enregistré le plus de disques d’orgue au pays. On relira avec plaisir l’entrevue qu’il a donnée à Louise Courville et qui a été publiée en mars 1992 dans le Bulletin des Amis de l’orgue de Québec.

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Anniversaires en musique par Irène Brisson L’année 2014 est celle du 300e anniversaire de la mort de Guillaume-Gabriel Nivers, un des organistes de la chapelle royale de Louis XIV. Né à Paris vers 1632, Nivers est issu d’une famille aisée. On sait peu de choses sur ses études musicales : il a peut-être été l’élève de Jacques Champion de Chambonnières et d’Henri Du Mont et aurait fréquenté l’Université de Paris. Vers 22 ans, il est nommé organiste à Saint-Sulpice, un poste qu’il occupera jusqu’à sa mort, soit pendant près de 60 ans. En 1678, Louis XIV le choisit pour être l’un des quatre organistes de la chapelle royale de Versailles, aux côtés de Nicolas Lebègue, de Jacques Thomelin et d’Antoine Buterne. Il y restera jusqu’en 1708 et aura dès 1693 le jeune François Couperin comme collègue. Cette fonction prestigieuse l’occupe un trimestre par année (celui de juillet) et lui permet non seulement de conserver son poste parisien mais également de succéder en 1681 à Henri Du Mont comme maître de musique de la reine. Cinq ans plus tard s’ajoutera la charge d’organiste de la Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr, un pensionnat pour filles fondé par Madame de Maintenon. Nivers a composé une vingtaine de recueils de motets et de cantates pour Saint-Sulpice et pour les pensionnaires de Saint-Cyr, des ouvrages théoriques faisant preuve d’une grande érudition, comme sa Dissertation sur le chant grégorien de 1683. Cependant, c’est surtout pour ses trois livres d’orgue parus en 1665, 1667 et 1675 qu’on le connaît. Publiés avant ceux de Nicolas Lebègue, de François Couperin et de Nicolas de Grigny, ces recueils font de lui, selon Norbert Dufourcq, le « précurseur de l’orgue louis-quatorzien » et nous donnent de précieux renseignements sur l’art de la registration française de l’époque. Ces miniatures groupées en suites pour tous les tons ecclésiastiques s’adressaient aux églises et sans doute davantage aux communautés religieuses que fréquentait Nivers. Néanmoins, seul le second livre respecte le Cérémonial des évêques (1662) qui règle l’usage de l’orgue et du chant sacré durant les offices : il contient une messe reposant sur le Kyrie IV (« Cunctipotens ») et 23 Mixtures, numéro 41, novembre 2014

hymnes, le tout destiné à être alterné avec des versets de plain-chant. Quant aux premier et troisième livres, ils comprennent chacun une centaine de courtes pièces parfois clavecinistiques et mettent complètement de côté le chant grégorien, ce qui est audacieux pour l’époque, compte tenu des exigences ecclésiastiques. Les titres de la plupart des œuvres d’orgue de Nivers témoignent du sens de la couleur et du détail que le compositeur donne à l’orgue : pièces « à deux cœurs » (sic) et « diminutions de la basse » héritées de ses prédécesseurs, duos, échos, récits suivant le goût du jour. Par leur concision, et n’étant pas d’une grande difficulté technique, ces œuvres peuvent s’avérer très utiles pour les organistes d’église. En 1714 naît à Weimar le cinquième enfant et second fils survivant de Johann Sebastian Bach, Carl Philipp Emanuel, dont un des prénoms est choisi en l’honneur de son parrain Georg Philipp Telemann. Élevé à Leipzig comme son frère aîné Wilhelm Friedemann, il fréquente l’École SaintThomas, apprend le clavecin, l’orgue, le violon et la viole de gambe, et déclarera plus tard : « pour la composition et le clavecin, je n'ai jamais eu d'autre maître que mon père. » Il entreprend également des études de droit à l’université, le grand Bach voulant éviter à ses fils la vie ingrate qu’il mène. C’est finalement la musique qui l’emporte puisque durant ses études de droit à Francfort-sur-l’Oder (1734-1738) il se fait remarquer par ses compositions et par les concerts qu’il organise, un peu comme l’avait fait Telemann durant sa jeunesse à Leipzig. En 1738, il entre au service du prince Frédéric de Prusse, fils du Roi-Sergent et futur Frédéric II. Claveciniste de ce flûtiste amateur, il le suivra à Berlin et à Sans-Souci (Postdam) et deviendra, aux côtés de Johann Joachim Quantz et de Carl Heinrich Graun, un des Page 25


piliers musicaux de la cour. De cette période date son important Essai sur la véritable manière de jouer les instruments à clavier (1753). En 1768, après 26 ans de service accaparant et mal rémunéré, il succède à son parrain Telemann comme Cantor ou Director Musices des principales églises de Hambourg, dans un poste ressemblant à celui que son père avait occupé à Leipzig. Il y restera jusqu’à sa mort en 1788, se consacrant principalement à la composition d’œuvres sacrées, de symphonies et de musique pour clavier, ainsi qu’à l’organisation de concerts, présentant notamment pour la première fois le Messie de Handel en Allemagne. Ayant hérité d’une partie de la musique de son père, Carl Philipp Emanuel Bach veilla à la faire connaître auprès de la jeune génération, celle de l’historien anglais Charles Burney et de Johann Nikolaus Forkel, futur auteur du premier ouvrage sur Bach. Il sera également un modèle pour Beethoven et pour Haydn qui déclarera : « Emmanuel Bach est le père, nous sommes ses enfants ». Celui qu’on surnomme parfois le « Bach de Berlin » ou le « Bach de Hambourg » maîtrise parfai-

tement le langage contrapuntique baroque cher à son père, comme en témoignent ses 5 fugues pour orgue, mais il lui a préféré la sensibilité de l’Empfindsamkeit, ce courant empreint de « galanterie » qui réagit à l’ère des Lumières : dans sa musique, l’émotion et le sentiment s’expriment de façon directe, au moyen de nuances fortement contrastées, d’effets de surprises, de silences dramatiques, de modulations brusques. Artisan de la sonate préclassique pour clavecin et pianoforte et de riches fantaisies pour clavicorde, Emanuel Bach a composé 2 concertos pour orgue ou pour clavecin, et au moins 17 œuvres pour orgue seul. Les plus élaborées sont 6 sonates pour orgue sans pédale (1755-1758), dont plusieurs étaient destinées à la sœur de Frédéric II, la princesse Anna Amalia, et une imposante Fantaisie et fugue en do mineur qui rappelle, par son caractère improvisé le stylus phantasticus des jeunes années de son père. On consultera avec intérêt la nouvelle édition critique de la musique d’orgue d’Emanuel Bach réalisée par Annette Richards et David Yearsley (Packard Humanities Institute Los Altos, Californie, 2008).


Ici et là au Québec... Montréal par Gabrielle Tessier et Philip Crozier

L’AG et les élections C’est dans le fort beau parloir du Grand Séminaire de Montréal que l’assemblée générale annuelle des AOM eut lieu en début d’octobre. La bonne humeur régnait et tous ceux présents semblaient heureux d’y être ! Exceptionnellement cette année, tous les postes administrateurs de l’association étaient soumis à l’élection. Nous tenons à remercier chaleureusement ceux qui ont participé à la vie organisationnelle des AOM et qui ont choisi de passer au suivant : Denis Bonenfant, Nina de Sole, Jean Ladouceur, et Jean-Sébastien Leclerc. Nous accueillons dans leurs nouvelles fonctions : Gabrielle Tessier, à la présidence, Jean-Claude Bournival à la vice-présidence, Peter Binsse au secrétariat, Jean Crépeau à la trésorerie, et Benoît Carrier en tant qu’administrateur. Deux administrateurs supplémentaires seront cooptés sous peu.

Claude-Lavoie (1er prix) du Concours d’orgue de Québec : Jocelyn Lafond. C’est autour d’une de ses propres compositions et d’œuvres de Bach et de Duruflé que nous pourrons apprécier tout le talent de Jocelyn. L’excursion aura lieu lors de la journée des Patriotes, en 2015, et le lieu reste toujours à déterminer. Comme nous sommes avant tout au service des membres, nous vous serions reconnaissants de nous faire des suggestions ! Ayant constaté le succès du souper-conférence autour de Gilles Cantagrel, c’est avec une grande joie que nous allons répéter l’expérience en juillet prochain. Notre invité sera Olivier Latry, avec qui nous discuterons, entre autres, du nouvel orgue de la Maison symphonique. Pour de plus amples détails au sujet de ces activités, nous vous invitons à consulter régulièrement notre site web. De plus, des activités additionnelles pourraient y être annoncées.

Les activités 2014-2015

Tournée en Europe 2014

Au moment où vous lirez ces lignes, la première activité aura déjà eu lieu. Le 2 novembre à 19 h, nous nous serons réunis autour de l’orgue somptueux de l’église anglicane St. Matthias (Wilhelm, 1973, 3 claviers, 33 jeux) afin d’écouter Mark McDonald interpréter une sélection des œuvres baroques qu’il a présentées au prestigieux Concours d’orgue Arp Schnitger, et qui lui ont valu de remporter le 3e prix de ce concours.

Du 13 juillet au 12 août 2014, l’organiste Philip Crozier a donné 11 récitals en Europe. L’itinéraire comprenait l’Autriche (cathédrale de Graz), l’Allemagne (cathédrales de Regensburg et de Meissen, l’orgue de Reger de la Stadtkirche de Meiningen, l’orgue historique Schnitger de l’église St. Jakobi de Hambourg), le Danemark (églises Skagen et Lemvig), la Suède (cathédrale de Karlstad) et la Hollande (église St. Brigida de Geldrop, cathédrale Sint-Jan de ‘s-Hertogenbosh). Le répertoire interprété comprenait des œuvres des compositeurs canadiens Denis Bédard et William Reed.

L’activité des retrouvailles sera revisitée et quelques changements seront apportés. Nous sommes majoritairement convaincus que tout un chacun préfère profiter des rigueurs du climat de janvier pour rester bien au chaud à la maison et boire un chocolat chaud, ou aller en famille faire de la glissade. Les retrouvailles auront lieu en fin de printemps lorsque la majorité des activités de la saison seront passées. Le mercredi 4 mars, ce sera fête à l’église SacréCœur-de-Jésus ! Encore une fois, nous célébrerons un organiste de chez nous, gagnant du Prix Mixtures, numéro 41, novembre 2014

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Québec par Esther Clément et Robert Poliquin

La saison des Amis de l’orgue de Québec 20132014 s’est terminée au printemps avec l’excellent concert de l’organiste française de réputation internationale Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin, titulaire adjointe de Saint-Sulpice à Paris. Pour faire suite au Concours d’orgue de Québec qui s’est tenu le 12 juin, les Amis de l’orgue ont profité de sa présence comme juge invitée pour présenter un grand concert qui amorçait une série intitulée « Paris à Québec! » Les amateurs d’orgue de Québec ont été comblés par la venue de deux autres organistes français, soit François-Henri Houbart (en octobre) et Pierre Pincemaille (en novembre), ce qui complète cette série exceptionnelle. Auparavant, un événement plein de jeunesse et de fraîcheur s’est tenu au mois de mai avec la troisième édition de l’activité Organiste d’un jour. Cet événement vise à faire découvrir l’orgue à de jeunes musiciens et encourager la relève. Cette année, plus de trente jeunes pianistes ont vécu l’expérience de jouer sur les grandes orgues de l’église Saints-Martyrs-Canadiens, bien encadrés par les organistes Marie-Hélène Greffard et Dominique Gagnon ainsi que par le compositeur Charles E. Jacobs. Victimes de leur popularité, les organisateurs ont même dû présenter trois concerts dans le même après-midi afin de laisser la chance à tous ces jeunes de toucher le « roi des instruments »!

L’excursion culturelle annuelle, tenue le 13 octobre, s’est encore révélée une réussite avec une participation record de 75 personnes et a nécessité la nolisement de deux autobus. Cette année, l’excursion partait à la découverte de plusieurs orgues de la région de Saint-Hyacinthe et comprenait une visite aux ateliers de Casavant Frères. Ainsi, le groupe a visité et entendu les orgues de cinq églises où il a été accueilli avec enthousiasme. Cinq jeunes organistes de la région de Montréal assuraient la présentation des concerts. Un délicieux souper, servi dans une ancienne église protestante, a terminé cette journée. Merci aux organisateurs Louise Fortin-Bouchard et Robert Poliquin. La saison déjà bien commencée promet encore de belles découvertes et grands moments musicaux avec, en janvier, une conférence sur « L’orgue virtuel » qui sera donnée par François Ratté et sera illustrée par Marie-Hélène Greffard ainsi que le concert du gagnant du Concours d’orgue de Québec, Jocelyn Lafond, en février. La belle collaboration avec le Palais Montcalm se poursuit et permet aux Amis de l’orgue de présenter, en décembre, l’organiste beauceron Dominique Gagnon et, en mars, un concert-hommage à Antoine Bouchard afin de souligner l’immense apport au monde de l’orgue de cet homme exceptionnel. Autres événements à Québec 

Le 8e Concours d’orgue de Québec, organisé par la Fondation Claude-Lavoie, a eu lieu le 12 juin à l’église Saints-Martyrs-Canadiens en présence d’un public nombreux et enthousiaste. Le premier prix a été décerné à Jocelyn Lafond, le deuxième prix ex-aequo à Emmanuel Bernier et François Grenier et le prix de la meilleure interprétation de la pièce imposée (« L’aire du temps », commandée à Pierre Genest) à Emmanuel Bernier. Félicitations à tous ces gagnants!

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Le 2 juin, à l’occasion du 20e anniversaire de sa fondation, la FQAO a tenu son congrès à Québec et plus précisément dans le VieuxQuébec. Cette activité, qui réunissait des organistes et des amateurs d’orgue de partout au Québec, a connu un vif succès grâce à qualité de son organisation et aux récitals de

La saison 2014-2015 a débuté en septembre avec le traditionnel concert Portes Ouvertes mettant en vedette l’organiste Vincent Boucher, de Montréal. Son jeu solide et musical a séduit le public de Québec. Par la suite, dans le cadre des « Journées de la Culture », le Jeux d’orgue s’est tenu le 28 septembre à l’église unie Chalmers-Wesley, dans le Vieux-Québec, avec la collaboration de Louise Fortin-Bouchard ainsi que de l’organiste Alain LeBlond. Encore une fois, un public curieux s’est présenté afin de mieux connaître cet instrument qui leur apparaît souvent « mystérieux ».

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Robert Patrick Girard, Jacquelin Rochette et Pierre Bouchard. Un vibrant hommage a aussi été rendu à Noëlla Genest, qui a été reçue comme « membre honoraire » de la FQAO pour sa remarquable carrière. 

À l’église Saint-Roch, le Festival du printemps à Saint-Roch a présenté, les mercredis midi du mois de mai, les organistes Jocelyn Lafond, Gabrielle Tessier, Benoit Bacon ainsi que l’organiste-titulaire, Édith Beaulieu.

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L’église unie Chalmers-Wesley a souligné la fin des travaux de restauration de son orgue par un concert donné le 22 juin par Jacquelin Rochette, directeur artistique chez Casavant Frères et qui fut directeur musical de cette église de 1980 à 1987.

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Du côté de la Beauce, toujours au cours du mois de juin, le Festival d’orgue de SainteMarie de Beauce a comblé les amateurs d’orgue avec les concerts de l’organiste-titulaire, Dominique Gagnon, de Aubert Lavoie ainsi que de Mélanie Barney. Les événements musicaux se succèdent aussi presque sans relâche à la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone! Quelques récitals ont permis d’entendre les organistes Dominique Proust, Richard Paré, Sylvain Barrette et, prochainement, Catherine Todorovski.

Restauration à la basilique-cathédrale NotreDame de Québec La firme Orgues Létourneau, de Saint-Hyacinthe, annonce l’obtention d’un contrat avec la basiliquecathédrale Notre-Dame de Québec pour la restauration et l’agrandissement de l’orgue de chœur. À la suite d’un incendie, le 22 décembre 1922, la cathédrale a été reconstruite selon les plans originaux, mais en utilisant l’acier et le béton; l’orgue de chœur Casavant fut le premier des trois instruments à être installés dans la cathédrale entre 1924 et 1927. L’orgue de chœur (deux claviers et pédalier, 23 rangs) est demeuré inchangé depuis son installation, mis à part des modifications aux tailles de

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certains jeux de la division du Récit. Du point de vue mécanique, l’instrument sera restauré incluant ses sommiers électropneumatiques à cases et le système de vent. Deux nouveaux jeux pour la division du Grand-Orgue — une Fourniture de trois rangs et une Trompette 8’ — seront construits et harmonisés de façon à se concilier avec la tuyauterie de 1924. Le système électrique et le système d’accouplements seront remplacés par des éléments modernes. Une toute nouvelle console sera construite et comprendra un pédalier de 32 notes et un système électronique de combinaisons à plusieurs niveaux. Cette console sera amovible et pourra être déplacée à l’intérieur du sanctuaire. Le projet s’inscrit dans le cadre des célébrations entourant le 350e anniversaire de la fondation de la paroisse Notre-Dame de Québec.

Mauricie par Raymond Perrin

Pro Organo-Mauricie a renouvelé son conseil d'administration lors de son assemblée de juin : Présidence: Michel Villemure Vice-présidence: Jean-Éric Guindon Secrétariat: Josée Martel Trésorerie: Francis Carignan Conseiller artistique: Raymond Perrin Administrateurs: Martin Brossard et Marc Senneville. Parmi les événements à souligner pour la 44e saison artistique de POM:  

Le 50e anniversaire de l’installation des grandes orgues Casavant de la basilique de NotreDame-du-Cap; Le 50e anniversaire du Conservatoire de musique de Trois-Rivières où se sont succédés comme professeurs d'orgue : Bernard Piché, Noëlla Genest, Raymond Daveluy et le titulaire actuel, Raymond Perrin.

La saison de concerts sera évidemment teintée de ces importants anniversaires.

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Estrie par Chantal Boulanger

Congrès FQAO 2014, 20 ans déjà! (suite de la page 22)

La saison 2014-2015 des Amis de l’orgue de l’Estrie a commencé le 28 septembre dernier avec Denis Gagné à l’orgue de la chapelle St. Mark’s de l’Université Bishop. Le répertoire, très diversifié, proposait surtout de la musique allemande de J. S. Bach à Mendelssohn en passant par Krebs et Walther et des extraits du Livre d’orgue de Montréal.

élèves étaient d’ailleurs au rendez-vous pour cet hommage bien mérité. Madame Genest rejoignait ainsi les rangs de ses illustres confrères ayant reçu cet honneur : Gaston Arel, Antoine Bouchard, Raymond Daveluy, Gilles Fortin, Dom André Laberge, Claude Lagacé, le frère Aurèle Laramée, Claude Lavoie, Bernard Piché, Antoine Reboulot et Joseph-Guy Roy.

Le deuxième concert sera présenté à l’église unie Plymouth Trinity, le 16 novembre. Sophie Poulin de Courval et Jacques Boucher nous offriront un concert avec une instrumentation inusitée : saxophone et orgue. Au programme des œuvres de Schubert, Rameau, Bédard, Boucher, Verdi et autres.

Le congrès s’est terminé par un excellent repas au restaurant Chez L’Autre, Place d’Youville où tous ont pu fraterniser et échanger. Je voudrais souligner le travail accompli par tous ceux et celles qui ont participé de près ou de loin à l’organisation du congrès 2014, mais tout particulièrement adresser, au nom du conseil d’administration, mes remerciements à Louise Fortin-Bouchard (membre fondatrice de la FQAO) et à Robert Poliquin pour un travail tout à fait exceptionnel et sans qui le congrès n’aurait su être un si grand succès.

Le 8 février, nous entendrons Laurence Jobidon à l’orgue de la chapelle St. Mark’s de l’Université Bishop. Son répertoire se composera d’œuvres baroques et modernes : Bach, Bruhns, Alain et Messiaen. Et pour terminer la saison, le concert présenté à la cathédrale Saint-Michel de Sherbrooke, le 21 mars proposera un programme pour chœur et orgue. En effet, le Chœur grégorien de Sherbrooke se joindra à quatre organistes de la région pour offrir des œuvres en lien avec le plain-chant et son influence dans la musique d’orgue. Vous entendrez des œuvres de Dupré, Langlais, Messiaen, des improvisations, quelques chants tirés du répertoire grégorien paraphrasés à l’orgue ainsi que deux créations du compositeur Marc O’Reilly.

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Jean-François Downing est secrétaire du conseil d’administration de la FQAO.

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Parutions par Robert Poliquin La musique, c’est de famille Jacques Boucher, Michel Boucher et Vincent Boucher Orgue Casavant, Opus 2747, 1964 (III/P, 29 jeux / 45 rangs) Église Saint-Pascal-Baylon, Saint-Pascal-de-Kamouraska, Qc Dans ce document, des membres de la famille Boucher désirent souligner le 50e anniversaire de l’installation de cet instrument. Ils interprètent un répertoire varié qui met en lumière l’harmonisation distinguée de l’instrument. Un deuxième CD nous fait entendre l’enregistrement du concert inaugural du 28 juin 1964, concert donné par le concepteur de l’instrument, l’abbé Antoine Bouchard qui revenait tout juste d’études en France. Dans les deux cas, il s’agit d’enregistrements historiques qu’il faut se procurer et conserver. Magnifique! Société métropolitaine du disque/Espace 21, SMCD 257-2, 2014

Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin Orgue Cavaillé-Coll, 1862,1883 / Mutin 1903 / Renaud 1991 (V/P, 102 jeux / 135 rangs) Église Saint-Sulpice, Paris Enregistrement non récent mais tout de même très intéressant puisqu’on y entend des œuvres de Denis Bédard (2 suites et la Rhapsodie sur le nom de Lavoie) interprétées sur ce chef-d’œuvre de CavailléColl. Le programme est complété par une sonate et d’autres œuvres libres de Félix Mendelssohn. L’interprète puise dans les innombrables ressources sonores de l’instrument pour rendre à chacune de ces œuvres des couleurs tout à fait superbes. Pour ces deux raisons, on doit se procurer ce disque et se régaler de ce festin sonore. Festivo, 6962142, 2007

Rollin Smith : Pipe Organs of the Rich and Famous Richmond, VA., The Organ Historical Society, 2014, 547p. ISBN 978-0-913499-45-0 Dans ce volumineux ouvrage, l’auteur raconte l’époque où l’orgue n’était pas seulement un symbole pour ceux qui avaient atteint la célébrité, mais aussi celle où l’orgue était considéré comme le summum de l’ameublement pour les maisons luxueuses. On le retrouve chez les têtes couronnées, les barons de l’industrie, les compositeurs et les organistes, les facteurs d’orgues mais aussi chez des personnes dont le nom nous est moins familier mais qui étaient de généreux mécènes en ce qui concerne le roi des instruments. Abondamment illustré, le volume contient l’historique de chaque instrument et son devis en plus de nous faire connaître son propriétaire. C’est un livre à déposer sur une table à café et à feuilleter de temps à autre. Merveilleux voyage à la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

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L’orgue sur le web par André Côté Depuis la dernière parution de Mixtures (printemps 2014), l’événement marquant du monde québécois de l’orgue fut certainement l’inauguration, en mai dernier, de l’orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique de Montréal (Casavant, Opus 3900). L’instrument, qui est l’un des plus grands orgues à traction mécanique au monde avec ses 116 rangs (83 jeux) faisant parler quelque 6 489 tuyaux, a fait l’objet d’une couverture « à la mesure de sa démesure ».

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, c’est la fin de la restauration du grand orgue de Notre-Dame de Paris qui retenait l’attention. Comme j’y faisais allusion dans ma chronique du numéro 38 de Mixtures (mai 2013), des travaux majeurs ont été menés sur cet orgue mythique. Il est maintenant, entre autres, pourvu d’une nouvelle console à la fine pointe de la technologie. France Musique en a fait son dossier du jour le 22 septembre 2014 :

L’émission Découvertes (ICI Radio-Canada) a préparé un très beau dossier couvrant la construction et l’installation de l’instrument : http://ici.radio-canada.ca/emissions/ decouverte/2013-2014/Reportage.asp? idDoc=339083 La Scena Musicale, à l’image de plusieurs autres publications, lui a consacré quelques pages : http://www.scena.org/lsm/sm19-6/ sm19-6_orgue_fr.html Pour connaître la composition détaillée de l’instrument, on se référera à la page officielle chez Casavant : http://casavantfreres.com/Jimdo/ProjectsTables/ ProjectsPages/3900-Montreal.html L’événement a même profité d’une couverture internationale comme en font foi les vidéos accessibles sur le site de World News : http://article.wn.com/view/2014/05/11/ Inauguration_of_the_Grand_Orgue_PierreBeique_ Concerts_broadc/

http://www.francemusique.fr/emission/ le-dossier-du-jour/2014-2015/l-orgue-de-notredame-de-paris-avec-thierry-escaich09-22-2014-08-13 Également, FranceTV a couvert l’évènement mettant en vedette cet orgue qui s’est vu modifié à de nombreuses reprises depuis sa création en 1450 : http://culturebox.francetvinfo.fr/expositions/ patrimoine/notre-dame-de-paris-ses-grandesorgues-un-delice-pour-lamour-de-la-musique189757 En terminant, voici un site qui s’avère bien utile lorsque, pour une raison quelconque, on désire retrouver un thème musical. L’interface permet de chercher en spécifiant la tessiture, des intervalles définis, les degrés de la gamme, le contour mélodique, la tonalité ou les chiffres indicateurs (ou toute combinaison de ces critères). La base de données contient 35 000 thèmes répartis dans les catégories suivantes : classique (au sens large), Renaissance et folklore européen. http://www.themefinder.org/

Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

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Revue des revues par Gaston Arel et Robert Poliquin FRANCE L’orgue francophone / BULLETIN DE L’ORGUE FRANCOFFAO, 13 rue de Balzac, 93600 Aulnay-sousBois, France.

PHONE,

No 49, Juillet 2014 : Route des orgues : Au fil de la Moselle (Congrès de la FFAO) Thionville, Metz, Luxembourg, Junglinster, Guentrance, Talange, Hayange, Konz, Trèves, Dudelange. Orgues nouvelles / Coet Sal — Mériadec, 56400 Plumergat, France. (Supplément de musique et CD avec chaque numéro) o

N 24, Printemps 2014 : Éditorial — Jean-Louis Florentz (1947-2004) : Un étonnant voyageur; Sa musique et son interprétation; Florentz l’enchanteur; L’œuvre intégrale d’orgue; Témoignages et entretiens avec Michel Bouvier, Olivier Latry, Éric Lebrun, Henri-Franck Beaupérin — Lausanne : De la Réforme au XXIe siècle — Talent d’aujourd’hui : Michel Boédec — Talent méconnu : Jean-Baptiste Weckerlin — Info en montre, Boîte expressive. No 25, Automne 2014 : Éditorial — Le Gers et l’orgue : Une longue histoire; Un pays de facteurs; L’orgue de Terraube; Les Magen; L’orgue Schmitt de Guimont et Jean Boyer; L’enseignement de l’orgue; Auch… le Jean de Joyeuse et l’orgue de chœur Cavaillé-Coll; L’orgue sensoriel; Monfort… Un orgue d’une rare qualité — Léon… et le rêve de Guillou devint réalité — Talent d’aujourd’hui : Jean-Baptiste Robin — Talent méconnu : Jean Giroud — Infos en montre, Boîte expressive.

(1922-2011) — Les orgues polyphones Debierre — Disparition récente de quatre lauréats du Prix de Rome : Henri Dutilleux (1916-2013), Jean-Michel Damase (1928-2013), Jacques Castérède (1926-2014) et André Lavagne (1926-2014) — Les variations et paraphrases sur les Noëls populaires dans le répertoire pour orgue en France au XXe siècle — Un Prix de Rome oublié : Théodore Mozin (1818-1850) — Revue des revues. Suisse La Tribune de l'orgue / R E V U E S U I S S E R O M A N D E , Guy Bovet, CH-2000 Neuchatel, Suisse V 66, No 2, 2014 : Éditorial — L'orgue et le nu — Quelle mélodie pour notre chant? D'un chant de ruines (de sons et de sens) — Le quart d’heure d’improvisation : Intonations & Cie; stratégies de survie? — En souvenir de Marie-Claire Alain : interview de Jacques Botford — Un foyer heureux — Hommage français à un organiste américain — À quatre orgues — Les voyages de M. Philéas Fogg — Actualités. V 66, No 3, 2014 : Éditorial : L'improvisation, une composition spontanée? — Quelle mélodie pour notre chant ? — En souvenir de Marie-Claire Alain : interview de Jacques Botford — La partition du trimestre : Wagner, Wesendonk, Lieder Nr. 1 — Le quart d’heure d’improvisation : Intonations & Cie : un condensé de choral — La Fantaisie en sol de J. S. Bach — Les voyages de M. Philéas Fogg — Innsbruck : ses orgues..., et ses.. «presque pas» de restaurants — Actualités. CANADA

Musica et Memoria / A S S O C I A T I O N É L I S A B E T H H A R V A R D D E L A M O N T A G N E , 31, rue du Chagnaud, 17460 Rioux

Organ Canada / Orgue Canada / JOURNAL BIMENSUEL DU COLLÈGE ROYAL CANADIEN DES ORGANISTES (RCCO/ CRCO), 202-204 St. George Street, Toronto, ON

34e année, No 129-132, 2013 : Épreuve facultative de musique du baccalauréat : aide mémoire, interprétation vocale et/ou instrumentale, pièces pour clavecin de Rameau — L’ancienneté chez les organistes et maîtres de chapelle — La biomusicothérapie du Dr. Bence — Otto Tichy, le dernier cantor de Moravie — Jean Lescanne, baryton belge — Élisabeth Verlooy, Kammersäng — Un atelier de facture de pianos à Nancy au début du XIXe siècle : Joseph Stezle — Une grande Dame de l’orgue : Marie-Claire Alain — Les orgues du Maroc et de la Tunisie — Un musicien méconnu : Léon Manière (1885-1954) — Michel Decoust, musicien entrepreneur et bâtisseur — Impression de voyage d’une organiste française aux États-Unis en 1937 — Marie-Thérèse Ibos

V 27, No 3, May 2014 : Four Rooms with a View : The Vineer Organ Library — A New Old Organ in Montreal — Festival at the Forks — McGill Summer Organ Academy 2013 — Mini-Academy in Ottawa (March 2014) — Two New Organs by Juget-Sinclair for Florida State University — The Organ of Knox Presbyterian Church in St. Thomas, ON — A Vancouver Organ Crawl — College News.

Mixtures, numéro 41, novembre 2014

V 27, No 4, July 2014 : The Rescue of Aeolian 1535 — Norman Brown (1922-2014) — Rachel Mahon in London — Educating the Audience — Claude Lavoie (19182014) — Sylvie Poirier (1948-2013) — The Blackstock Organ of St. Paul’s Anglican Church, Toronto — College News. Page 33


ÉTATS-UNIS The Tracker / JOURNAL OF THE AMERICAN GUILD OF ORGANISTS (AGO), 475 Riverside Drive, Suite 1260, New York, NY 10115 V 58, No 2, Spring 2014 : From the Executive Director — From the President: The OHS, How we will get there II : With the Help of Many People — Southern Comfort — Carl Barckhoff and St. Mary’s Church, Auburn, NY — A New Old Organ in Montreal — In The Tracker 50 Years Ago — Society News. V 58, No 3, Summer 2014 : From the Executive Director — From the President: The OHS, How we will get there I : Organizational Structure — The East Texas Pipe Organ Festival 2013 — A Temple of Commerce — In The Tracker 50 Years Ago — Society News. V 58, No 4, Fall 2014 : From the Executive Director — From the Chair: The OHS, What comes next? — Henry Kilgen, St. Louis Organbuilder — Lynwood Farnam on American Organs — Clarence Eddy on American Organs — In The Tracker 50 Years Ago — Society News. The American Organist / JOURNAL OF THE ORGAN HISTORICAL SOCIETY (OHS), P.O. Box 26811, Richmond, VA 23261 V 48, No 4, April 2014 : AGO Boston 2014 Convention — 25th Annual England Organ Tour — Angels Among Us: Expanding Our Circle of Friends — Feature: Grace Church, New York, NY; Taylor & Boody, Opus 65, IV/P, 77/96. V 48, No 5, May 2014 : AGO Boston 2014 Convention — Performing William Bolcom’s Gospel Preludes — A Successful Choir School in an Unlikely Place — Multum in Parvo IV: Aeolian-Skinner Enter the Small Organ Market — Feature: St. John Cantius Parish, Chicago, Il; Casavant/Weiler, Opus 1130 (1926), IV/P 49/54. V 48, No 6, June 2014 : AGO Boston 2014 Convention — The Grapes of Wrath and the Origins of John Steinbeck’s Rich Organ Tone — Repertoire for the AGO Colleague Exam: Langlais’s Canzona — A Conversation with Clyde Holloway — Feature: Church of St. Patrick, Huntington, NY; Glück, Opus 16, II/P, 29/16 and Opus 17, III/P, 56/46. o

V 48, N 7, July 2014 : From Bach to Beatbox at Royal Festival Hall — What I learned in Germany...And Do We Still Need Europe? — Increasing Interest in Organ Recitals: The Importance of Familiarity of Repertoire — Feature: Providence United Methodist Church, Charlotte NC; Parkey, Opus 14, III/P, 62/64.

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V 48, No 8, August 2014 : Music for an Emperor and by an Emperor — Restoring a Decorated Facade — Suzuki Organ: A Promise for the Future — Feature: St. George’s Hanover Square, London (England); Richards, Fowkes & Co., Opus 18, III/P, 48/63. V 48, No 9, September 2014 : Piccolo Spoleto’s L’Organo Series — J. S. Bach: The Complete Organ Works, The Leupold Edition Continues — Feature: St. Benedict R.C. Church, Richmond, VA; Pasi, Opus 5, II/P, 24/26. V 48, No 10, October 2014 : Atlanta Chapter Centennial — Rheinberger and the Reform of Catholic Church Music — Touch: Our Primary Means of Expression — Features: First Presbyterian Church, Lawrence, KS; Möller/Reuter, II/ P, 37/29 / First Presbyterian Church, Royal Oak, MI; Reuter, Opus 2241, III/P, 93/54. The Diapason / 3030 W. Salt Creek Lane, Suite 201, Arlington Heights, IL 60005 V 105, No 4, April 2014 : American Institute of Organbuilders Convention 2013 — An Introduction to the Organ Works of Fredrik Sixten — Feature: Christ Episcopal Church, Charlottesville, VA; Andover, Opus R-345, III/P, 38/40. V 105, No 5, May 2014 : 31st Conference of Roman Catholic Cathedral Musicians — Two Casavant Organs, 75 years, The Basilica of Sts. Peter and Paul, Lewiston, ME — Feature: Tallowood Baptist Church, Houston, TX; Schlueter, IV/P, 154/141. V 105, No 6, June 2014 : Catching up with Stephen Tharp: Reflections ten years later — A Tribute to Massimo Nosetti (1960-2013) — Feature: Christ Cathedral, Garden Grove, CA; Fratelli Ruffatti, V/P, 257/281. V 105, No 7, July 2014 : A Conversation with Ann Labounsky — Spring Hill United Methodist Church Renewing a 1915 Hinners — Feature: Merton College Chapel, University of Oxford, Oxford (England); Dobson, Opus 91, II/P, 43/52. V 105, No 8, August 2014 : In the Organ Lofts of Bordeaux, Toulouse and Paris: Oberlin’s Organ Tour de France — Celebrating Wilbur Held — Feature: Merrill Auditorium, Portand City Hall, Portland ME; Austin/ Foley-Baker, IV/P, 146/105. V 105, No 9, September 2014 : Baroque Iberian Battle Music for the Organ — The 2014 Ivory Trade and Movement Restrictions — Parsons Organs Builders Saving Schlicker Organ at Zion Lutheran Church, Mascoutah, IL — Feature: Memorial Presbyterian Church, Midland, MI; Létourneau, Opus 122, IV/P, 69/70.

Mixtures, numéro 41, novembre 2014


Mixtures #41, novembre 2014  
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