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Numéro 40

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

www.fqao.org

Mai 2014


Programme

Congrès

9 h 30

Inscriptions

10 h

Salle Raoul-Jobin, Palais Montcalm Orgue Casavant, 2013 Présentation : M. Jacquelin Rochette Récital : M. Robert Patrick Girard

12 h

Dîner — Café Buade

13 h 30

Assemblée générale

15 h

Chalmers-Wesley United Church Orgue Warren, 1890 / Casavant, 1912 / Guilbault-Thérien, 1982 / Casavant, 2013 Présentation : M. Jacquelin Rochette Récital : M. Jacquelin Rochette

16 h 30

Musée de l’Amérique francophone Orgue Juget-Sinclair, 2009 (Richard 1753) Présentation : M. Hubert Laforge Récital : M. Pierre Bouchard

18 h

Hommage à madame Noëlla Genest

19 h

Souper — Restaurant Chez l’Autre

« FQAO — 20 ans » Québec 2 juin 2014

Inscriptions sur www.fqao.org

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Laurent Duval L’orgue, ce méconnu Montréal, FQAO, 2012, 305p. 11 planches couleur 20 $ (+ 4 $ frais d’expédition par la poste) Cet essai, écrit en 2001, est un incontournable pour quiconque désire connaître le développement de l’orgue au Québec. Après un bref rappel de l’histoire du développement de l’orgue au cours des siècles, l’auteur nous amène au début du XIXe siècle en nous dépeignant le rôle qu’a joué Albert Schweitzer dans la sauvegarde de l’orgue classique. À ce rappel historique s’enchaîne l’histoire de la facture d’orgue au Québec ainsi que de sa « renaissance » à la fin des années 1950 et au début des années 1960. La deuxième partie de l’ouvrage nous amène au cœur du répertoire de la musique d’orgue et s’attarde principalement sur l’œuvre pour orgue de J. S. Bach avec un bref commentaire sur ses principales œuvres.

Libellez votre chèque au nom de la FQAO et expédiez, par poste à FQAO 1749 rue Boisvert, Laval, QC H7M 2L1


Mixtures

Sommaire

Coordonnateur Robert Poliquin

Les organistes

Comité de rédaction Claude Beaudry, Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Michelle Quintal Collaborateurs à ce numéro Gaston Arel, Marie Audette, Irène Brisson, Esther Clément, André Côté, Robin Côté, Philip Crozier, Olivier Lavoie-Gagné, Denis Juget, Luc Létourneau, Rémi Martin, Robert Poliquin, Jacquelin Rochette, Gabrielle Tessier

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Noëlla Genest Les instruments

13 18 20

Le grand orgue de l’église unie Chalmers-Wesley L’orgue de Saint-Pierre-du-Sud Un orgue neuf à Montréal Les concours, congrès, conférences

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Révision

Les concours d’orgue au Québec en 2014 Les chroniques

Claude Beaudry et Gérard Mercure

25 Impression Les Copies de la Capitale Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : Canada : 5 $ par numéro États-Unis : 7 $ par numéro Europe : 11 $ par numéro

26 27 28 30 32 33

Anniversaires en musique Ici et là, au Québec... - Montréal - Québec - Rimouski Parutions L’orgue sur le web Revue des revues

Date de tombée : 1er du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com Mixtures Robert Poliquin 1203, rue du Sieur-d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca

Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Mai 2014 ISSN 1201-5741

Mixtures, numéro 40, mai 2014

En couverture : Edward Lyle, 1878 Restauration Juget-Sinclair, 2000 2 claviers manuels et pédalier 10 jeux, 10 rangs Traction mécanique des claviers et des jeux Église Saint-Pierre La Patrie, QC

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Noëlla Genest

La rétrospective d’une vie bien remplie

par Irène Brisson

Il y a de ces personnes qui marquent à vie notre cheminement, en raison de leur influence, de leur enseignement, de leur expérience, de leur sagesse et de leur grand cœur. C’est le cas de l’organiste Noëlla Genest, à laquelle la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue rendra hommage lors de son congrès du 2 juin prochain. Formation musicale Née à Saint-Nicolas le 12 décembre 1940, Noëlla Genest est l’aînée d’une famille de sept enfants. Ses parents aiment la musique, sa mère chantait à la maison et aurait pu envisager une carrière professionnelle, si bien que six des sept enfants furent encouragés à apprendre à jouer d’un instrument. Noëlla Genest a étudié durant six ans le piano à l’école, avec les religieuses du couvent qu’elle fréquentait, et a suivi de 1959 à 1964 des cours de piano complémentaire au Conservatoire, avec Guy Bourassa, un professeur très rigoureux, dont elle parle encore avec admiration. Elle a 16 ans lorsque l’orgue entre dans sa vie : l’église de SaintNicolas n’ayant plus d’organiste, le directeur de la chorale lui demande d’accompagner les offices religieux. Elle occupera son poste jusqu’en 1962. « La chorale était intéressante et l’orgue de 15 jeux de Casavant résonnait agréablement dans la belle église en bois qui fut incendiée en 1961 » raconte-t-elle. Après quelques mois, le maître de chapelle la dirige vers Claude Lavoie pour qu’il la prépare au concours d’admission en orgue du Conservatoire. « Claude Lavoie a augmenté ma passion pour l'orgue et très tôt, il m'a dit que j'avais le potentiel pour "faire quelque chose" dans le métier. » Admise dans sa classe en 1957, Noëlla Genest fera sous sa direction de brillantes études couronnées en 1964 par un Premier Prix d’orgue, suivi l’année suivante d’un Premier Prix d’histoire de la musique, « avec grande distinction », dans la classe de Magdeleine Martin. Dans l’intervalle, elle décroche également des prix en harmonie et en contrepoint.

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Quelques jours avant son concours d’orgue qui, selon les règlements de l’époque, se jouait entièrement de mémoire et en présence de neuf juges, Noëlla Genest participe à un « exercice public » aux grandes orgues des Saints-MartyrsCanadiens. Le critique E. A. Grenier la décrit comme une « talentueuse et formidable organiste d’à peine vingt ans ». (Le Soleil, 4 juin 1964) Avec Claude Lavoie, raconte Noëlla Genest, « J'ai appris les bases de la technique, l'art de jouer le pédalier par tâtonnement, comme le faisaient les aveugles ; j’ai aussi appris la rigueur rythmique. À l'époque, au Québec et ailleurs, on jouait l'orgue selon l'école de Dupré, avec un jeu lié, on touchait Bach de la même manière que les romantiques. Claude Lavoie, qui était un excellent musicien, avait compris que l'orgue pouvait être un instrument vivant. Il nous a donc enseigné à phraser très différemment. On ne parlait pas alors d'articulations mais on s'éloignait du legato absolu. Il a aussi pressenti une autre manière de faire les registrations, en utilisant davantage les mixtures et les jeux aigus. »

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En 1961, l’église de Saint-Nicolas, signée Thomas Baillairgé et construite entre 1821 et 1823, est détruite par un incendie. Noëlla Genest accompagne alors les offices dans la salle paroissiale sur un orgue Hammond. L’année suivante, le petit Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap (Capde-la-Madeleine) étant à la recherche d’un organiste, la jeune fille quitte son village natal pour la Mauricie, conciliant ses études à Québec avec la tâche exigeante d’un lieu de pèlerinage. En attendant la construction du grand orgue Casavant de trois claviers (75 jeux, traction électropneumatique) pour la nouvelle basilique, elle devra se contenter d’un autre orgue Hammond. C’est sur le nouvel instrument pas encore complété qu’elle jouera en 1964 lors de la messe d’inauguration du nouveau sanctuaire. Nommée titulaire de cet orgue imposant, elle conservera son poste durant 24 ans, y laissant une empreinte durable :

les grandes orgues de Saint-Bavon de Harlem, de Saint-Séverin de Paris et de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal. Trois-Rivières Lors de sa dernière année d’études en France, Noëlla Genest se voit proposer un poste d’enseignement par le directeur du Conservatoire de musique de Trois-Rivières, Czeslaw Kaczynski. En 1968, ce sera d’abord un cours d’analyse auquel s’ajouteront le solfège et la dictée, suivis de l’histoire de la musique. En 1973, elle succède à Bernard Piché, titulaire de la classe d’orgue du conservatoire et demeurera à ce poste jusqu’en 1979. Sa carrière se partage alors entre la tribune du sanctuaire, l’enseignement et les concerts.

« Lorsque j'étais enfant dans les années 1960 », raconte Gilles Desrochers, organiste à l’église des Dominicains de Toulouse, « j'allais, au sortir de l'école, à la Basilique Notre-Dame du Cap-de-la-Madeleine voir le montage du grand orgue. De là est née cette fascination pour cet instrument et pour l'organiste titulaire Noëlla Genest. J'aimais l'entendre jouer et parfois je lui demandais d'aller près d'elle pour la voir jouer. C'était magnifique de constater avec quelle souplesse et quel aplomb elle faisait sonner ce grand orgue. » En 1965, Noëlla Genest remporte le Premier prix du Concours d'orgue du centre de Montréal du Collège Royal Canadien des Organistes (appelé plus tard Concours d'orgue John-Robb puis Concours Lynnwood-Farnam). La même année, grâce à une bourse du Gouvernement du Québec, elle va se perfectionner à Paris en cours privés auprès de Marie-Claire Alain, une femme « très brillante, très musicienne, et en même temps d’une grande simplicité. » Pendant trois ans, elle découvre avec elle l’art de registrer la musique d’orgue baroque française, élargit son répertoire, apprenant notamment les grandes œuvres de Jehan Alain. Elle la suit également pour un stage estival à Harlem (Pays-Bas). En 1966-67, elle donne ses premiers concerts sur

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Basilique Notre-Dame-du-Cap (Trois-Rivières) Orgue Casavant, Opus 2679, 1969/1990, 75 jeux / 114 rangs Page 5


Son rôle à Notre-Dame-du-Cap

Son enseignement à Trois-Rivières

Le Père Hervé Aubin, animateur de pastorale à Notre-Dame-du-Cap, nous livre une belle description du rôle de Noëlla Genest comme organiste liturgiste et comme âme des concerts d’orgue qu’elle a organisés l’été au sanctuaire, dès 1969 :

Noëlla Genest a formé plusieurs musiciens de talent à Trois Rivières :

« On sait que la pastorale dans un sanctuaire comporte un volet important de célébrations liturgiques et paraliturgiques. Madame Genest comprenait l’importance de la fonction d’organiste liturgique. Elle avait le souci de choisir les pièces d’orgue en fonction des célébrations. Être organiste dans un lieu de pèlerinage demande qu’on soit respectueux de l’expression de la foi populaire ; qu’on n’oublie pas qu’une bonne proportion des participants aux célébrations sont des pèlerins, donc des gens de passage. Ce qui signifie qu’on accepte d’accompagner souvent les mêmes chants simples et archiconnus. Ce à quoi, madame Noëlla Genest s’est toujours prêtée de bonne grâce. Cette organiste a eu à cœur de mettre en valeur le magnifique orgue Casavant de la basilique NotreDame-du-Cap. Par son talent d’interprète d’abord, mais aussi, par son initiative d’instaurer des concerts d’orgue, assurés par divers organistes invités, durant les mois d’été. »

Raymond Perrin, son élève d’orgue jusqu’à ce qu’elle parte pour Québec, son assistant à la Basilique de 1985 à 1988, et son successeur au Conservatoire à partir de 1988 ; Claude Beaudoin, qui sera durant 23 ans organiste à la cathédrale de Trois-Rivières ; le Père Pierre Paul, maintenant maître de chœur à Saint-Pierre de Rome ; Pierre Michel Bédard, professeur au Conservatoire de Limoges ; Jacques Lacombe, qui a commencé sa carrière comme organiste avant d’être le grand chef d’orchestre qu’on connaît. « Pour elle, un étudiant aura toujours été un être en devenir qu’on se doit avant tout d’ouvrir à la valeur intrinsèque de la musique en tant que richesse culturelle collective. Elle s’est constamment montrée très soucieuse de faire en sorte que ses classes fonctionnent en collégialité, sachant prendre un soin jaloux à la valorisation de chacun, poussant vers les plus hauts sommets les plus talentueux tout en permettant à ceux qui rencontraient des difficultés de se dépasser, étant douée d’une grande perspicacité à déceler les moindres faiblesses dans la technique instrumentale ou dans la perception musicale. » (Raymond Perrin) En solfège, Noëlla Genest a eu de nombreux élèves dont Jean Letarte, Louise Pellerin, Pierre Normandin, et Gilles Bellemare. Deux d’entre elles, se souviennent : « Excellente pédagogue, appréciée par ses élèves, madame Genest savait simplifier la matière, la rendre accessible sinon facile étant donné que l'apprentissage de ces matières que sont le solfège et la dictée peut être considéré aride. » (Micheline Gauthier-Morissette) « Je pense à elle, tous les jours où j’enseigne, car je fais faire du solfège à mes étudiants de hautbois, pour parfaire leur intonation. Chaque fois, je me revois à TroisRivières, préparant mes cours de solfège et

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aussi travaillant avec madame Genest au piano (avec grande patience et amour), essayant de bien me faire chanter mes intervalles ! Assez tôt j’ai compris que je devais utiliser la même technique pour chanter mes intervalles intérieurement pour améliorer mon intonation sur mon hautbois. C’est donc depuis ce temps que je chante tous les jours avec madame Genest en jouant mon hautbois. » (Louise Pellerin concertiste et professeure Conservatoire de Zurich) La concertiste Durant ses années trifluviennes, Noëlla Genest entame une belle carrière d’interprète : elle joue à l’Oratoire Saint-Joseph, à l’Immaculée-Conception (1970), à la cathédrale Maire-Reine-dumonde de Montréal (1976), assure seule les trois premières saisons estivales des concerts d’orgue qu’elle a créés en 1969 à la basilique Notre-Dame-du-Cap. Pour Claude Beaudoin, « la délicatesse de son jeu n’empêchait pas de déployer une puissance remarquable dans les pièces du répertoire le demandant, toute frêle qu’elle semblait être. » Elle est invitée par toutes les associations d’orgue du Québec, notamment trois fois aux Amis de l’orgue de Québec (1970, 1974, 1985), aux Amis de l’orgue de Rimouski, et se fait entendre régulièrement à l’émission Une saison d’orgue à Radio-Canada où elle sera notamment la première à jouer les chorals, opus 122, de Brahms.

En 1971, en compagnie de l’avocat Jean Girouard et d’un solide comité comprenant notamment l’abbé Claude Thompson, Jean et Michelle Thiffault, Fernand et Luce Beaudet, Micheline GauthierMorissette, Noëlla Genest fonde la société d’orgue Pro Organo Mauricie et sera responsable de sa programmation pendant une dizaine d’années. « Son implication […] en fait une visionnaire qui n’a reculé devant rien pour propager son amour de l’orgue et nous inculquer le sens de l’engagement » écrit Claude Beaudoin. Par ailleurs, elle collabore au renouveau liturgique avec l’abbé Claude Thompson et sa maîtrise, et enregistre sur disque avec eux la Messe pour l’assemblée (1964) de Thompson et la Messe pour la nef de Dom Georges Mercure.

À la suite d'un des récitals de Noëlla Genest à l'Oratoire Saint-Joseph en 1973, le critique musical Claude Gingras écrit dans La Presse (Montréal, 2 août 1973) : « S'appuyant sur une technique très solide, une musicalité profonde et une science évidente de l'écriture d'orgue et recourant à une registration toujours riche mais équilibrée, Noëlla Genest a su mettre en évidence la structure des grandes pages de Bach et faire communier ses auditeurs à l'esprit des œuvres austères de Hindemith et Jehan Alain. »

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À la cathédrale Nativité-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie, de Cornwall en 1987.

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Québec – Le Conservatoire En 1979, Claude Lavoie prend sa retraite après 27 ans d’enseignement au Conservatoire de musique de Québec. Outre Noëlla Genest, il avait eu pour élèves d’excellents organistes tels Antoine Bouchard, Sylvain Doyon, Robert-Patrick Girard, Denis Bédard, Dom Richard Gagné et Richard Paré. Choisie pour lui succéder, Noëlla Genest commence par se partager entre les deux conservatoires et devient, à 39 ans, la troisième titulaire de cette classe fondée par Henri Gagnon. Sous sa direction, Nicole Lemieux, Sylvain Barrette, Claude Doré, Jean-Pierre Tailleur, Édith Beaulieu, André Gagnon, Manon Jobin, Dominique Gagnon, Dany Wiseman et Frédéric Roberge obtiendront de brillants Premiers Prix d’orgue. Six d’entre eux remporteront le Concours JohnRobb ; André Gagnon et Dominique Gagnon se distingueront également au Concours d’orgue Claude Lavoie (aujourd’hui Concours d’orgue de Québec). « Femme de caractère et d’engagement pour la réussite de ses élèves, Noëlla Genest m’a appris la rigueur, ingrédient essentiel à tout travail bien fait. » (Dominique Gagnon organiste à Sainte-Marie-de-Beauce et professeur d’orgue au Cégep de Sainte-Foy) « En plus de m'avoir donné l'essentiel de ma formation musicale, elle a été pour moi une figure importante dans mon passage de l'adolescence à l'âge adulte. Je suis certain qu'aucun de ses élèves n'aura oublié ses prescriptions de cures de lenteur et de double-staccato qui donnaient des résultats impressionnants dans la propreté du jeu. Tout ce bagage musical, cette discipline et cette rigueur qu'elle m'a enseignés ont été des atouts importants pour moi et ont une valeur inestimable. » (André Gagnon actuaire et organiste suppléant) Édith Beaulieu, titulaire des grandes orgues de l’église Saint-Roch de Québec décrit une leçon avec Noëlla Genest :

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« Elle avait toujours à cœur de choisir pour moi un répertoire qui me plairait et, dans les dernières années, à mesure qu’elle me connaissait, elle savait faire des choix de plus en plus judicieux. Lorsqu’une nouvelle œuvre était commencée, je la lui jouais et elle me disait toujours « Bon travail de lecture ! » en guise d‘encouragement. Elle entrait ensuite dans le détail du doigté, des articulations, du toucher, du style et de l’expression à mesure que les semaines passaient. Madame Genest parlait toujours doucement et n’élevait jamais la voix tout en ayant beaucoup d’autorité et se montrant fort exigeante. » Sans compter les nombreux élèves auxquels Noëlla Genest a donné des cours de piano complémentaire, d’autres organistes ont également profité de son enseignement : Rachel Alflatt, Marie-Chantale Côté, Anne-Michèle Lefèbvre, Marie-Hélène Bastien, Paul Grimard, Mathieu Blain, Jean-Philippe Soucy, François Grenier et Marie-Hélène Greffard. Cette dernière, qui se destinait au piano, suivait des cours d’orgue complémentaire avec Noëlla Genest : « C'est grâce à elle que j'ai eu la piqûre pour l'orgue, et maintenant c'est mon instrument de prédilection ! » reconnaît celle qui remportera en 2011 le Premier Prix du Concours d’orgue de Québec. « C’est sous sa gouverne, rigoureuse mais toujours respectueuse du jeune musicien que j'étais, que je m'attelai à la tâche. Plusieurs enseignants se seraient sans doute davantage désespérés de mes lacunes techniques, mais Noëlla insistait sur la musique, sur ce que l'on transmettait en jouant de cet instrument du ciel et c'est précisément là que je fus conquis. J'ai donc trouvé en elle un maître attentif qui savait reconnaître avec acuité les forces et les faiblesses de ses élèves. J'ai donc persévéré et passé cinq belles années avec elle dans l'apprentissage et la découverte au quotidien. » (Mathieu Blain concertiste)

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« J'ai eu l'honneur d'être le dernier élève que madame Genest a conduit à l'obtention d'un diplôme (soit le diplôme de Supérieur I, aujourd’hui, baccalauréat). Je me sens privilégié d'avoir connu cette dame au grand cœur, avec qui je suis demeuré très ami. Je dois dire que j'ai toujours été fasciné par sa volonté et sa force de caractère […] Outre de solides bases techniques, je lui dois particulièrement de m'avoir communiqué le goût de l'équilibre, de la clarté et de la précision — tant au plan de l'interprétation que dans la façon de registrer — , et de m'avoir sans cesse encouragé à rechercher un jeu incarné et éloquent. » (François Grenier organiste à Saint-Félix de Cap-Rouge)

Au cours de ses dernières années au conservatoire, Noëlla Genest a créé un cours d’harmonie au clavier très apprécié, dont certains concertistes actuels lui parlent encore aujourd’hui. Les anciens élèves de Noëlla Genest sont unanimes pour souligner son dévouement, sa conscience professionnelle, sa compétence, sa rigueur et sa probité : « Elle a été un guide fiable, certes capable de douter, de réfléchir mais sans jamais brimer la liberté de laisser foncer, de laisser la nature du musicien s’épanouir. Elle savait encourager et féliciter. Elle savait défier. Tant qu’à avoir une bonne oreille, de bons doigts, mieux vaut s’en servir. Encore fautil apprendre à s’en servir. Tant dans le souci du détail que dans l’horizon de l’ensemble, Noëlla m’a fait comprendre ce que c’est qu’être un musicien dans cette tranche de vie où on choisit de le devenir vraiment. » (Sylvain Barrette concertiste et pédagogue)

Conservatoire de musique de Québec Casavant, Opus 3270, 1974, 19 jeux / 24 rangs, traction mécanique

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« En plus d'être une brillante organiste, Noëlla a été un professeur d'orgue exemplaire : très soucieuse de donner une solide base technique à ses élèves, elle a également toujours été à l'affût des nouvelles tendances sur le plan de l'interprétation », écrivaient en 2005 Rachel Alflatt et Denis Bédard, actuellement organistes à Vancouver. « Il faut écouter, comparer, analyser, étudier, continuellement chercher à revenir aux sources. Accepter qu’on n’a jamais fini d’apprendre » confie Noëlla Genest à Roland Héroux (Le Nouvelliste, 7 juillet 1987). C’est pourquoi, durant les années 1980, dans sa recherche d’authenticité historique, elle suit plusieurs stages et académies d’été en Europe sur des instruments anciens et avec les spécialistes les plus renommés de l’époque : à Saint-Bertrand-de-Comminges (Michel Chapuis), à SaintJacques de Compostelle (Montserrat Torrens), au Liechtenstein (Michael Radulescu), à Toulouse (Xavier Darasse), en Allemagne du Nord (Harald Vogel), à Romainmôtier (Guy Bovet et MarieClaire Alain). « Elle n'a pas hésité à modifier assez radicalement son approche de la musique baroque » et « a su faire profiter ses élèves de son expérience en ce domaine », confirme Denis Bédard. Les concerts Aux responsabilités de l’enseignement s’ajoute le poste d’organiste au Cap-de-la-Madeleine qu’elle conservera jusqu’en 1988, transmettant le flambeau à Gilles Rioux. Elle n’acceptera pas de poste régulier à Québec, mais se fera un plaisir de remplacer fréquemment ses collègues dans la plupart des grandes tribunes. De 1980 à 2004, elle donne de nombreux concerts à travers le Québec, de Montréal à Rimouski et, à partir des années 1980, elle se fait connaître hors du Québec : en France (Belfort et Paris), en Suisse (Lucerne, Burgdorf), en Ontario (Ottawa, Cornwall), dans l’Ouest canadien (Calgary, Edmonton, 1985) et, toujours, elle démontre une grande capacité à s’adapter à l’instrument sur lequel elle joue.

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En 1982, elle enregistre, aux grandes orgues de Notre-Dame-du-Cap un disque consacré à des œuvres de Bach, Walther, Widor, Vierne et Alain (Siscom SC-11213). Ses programmes de concert ainsi que son disque témoignent de son vaste répertoire et de sa polyvalence. Aux Amis de l’orgue de Québec, elle joue en 1985 des œuvres de Bach, de Reger et le gigantesque Prélude et fugue sur le nom de BACH de Liszt, qui lui vaut le commentaire suivant de Marc Samson : « une virtuosité aussi sûre qu’éclatante, rendant ainsi à l’une des partitions les plus spectaculaires de la littérature de l’orgue son panache dans l’invention harmonique et ses contrastes dans la progression dramatique. » (Le Soleil, 15 octobre 1985). Attirée dès sa jeunesse par les compositeurs du XXe siècle, tels Paul Hindemith et Jehan Alain, elle suscite des commandes à des compositeurs québécois. En 1983, dans le cadre du Congrès national du Collège des organistes, elle crée l’Ode à l’aurore d’Alain Gagnon et, au congrès de la FFAO de 1991, elle est aux claviers de la basilique Notre-Dame-du-Cap pour la création du Rondo et Fugue de Gilles Rioux, qui écrit : « Je fus alors à même de constater son grand professionnalisme, son écoute attentive à mes désirs de compositeur, son jeu intelligent ainsi que sa grande musicalité. » Au fil des années, et au contact des nombreux organistes qu’elle a fréquentés, Noëlla Genest met l’accent sur un répertoire plus ancien, fait d’œuvres baroques espagnoles, allemandes (Walther, Kuhnau, Muffat, Buxtehude, Bach) et françaises, dans lequel son jeu clair et précis se marie à une parfaite compréhension stylistique et à des registrations toujours bien choisies. « Elle accordait beaucoup d’importance à la comparaison de différentes éditions pour les œuvres de Bach, de Buxtehude ou d’autres compositeurs plus anciens », rapporte Édith Beaulieu.

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Photos Harvey Rivard, 1991

À l’âge de 7 ans (1947)

Chez elle, à la retraite, en 2014

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Noëlla Genest et Claude Lavoie (22 avril 2004) Photo: Louise Leblanc

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Les Amis de l’orgue de Québec. La retraite. Comme elle l’avait fait à Trois-Rivières, Noëlla Genest s’implique à Québec dans l’organisation de concerts et entre en 1983 dans le conseil d’administration des Amis de l’orgue de Québec. Elle y restera jusqu’en 2010, étant tour à tour conseillère, coordonnatrice du Bulletin (1987-1997) pour lequel elle rédigera plusieurs articles, directrice artistique (1997-2007) et secrétaire (2007-2010). Elle s’est acquittée de ces nombreuses responsabilités avec passion, compétence et dévouement, contribuant ainsi au rayonnement et à la défense de l’orgue à Québec. En 2004, après 37 ans d’enseignement à TroisRivières puis à Québec, Noëlla Genest prend sa retraite, tout en continuant ses activités aux Amis de l’orgue de Québec. Ses anciens élèves et collègues souligneront son départ en lui offrant un concert aux Saints-Martyrs-Canadiens. Pour honorer cette belle carrière faite de succès et de dévouement, le Collège Royal Canadien des Organistes, Centre de Montréal, lui décerne le « Prix de distinction 2009 ». Noëlla Genest a réussi à vivre entièrement de son art. Lorsqu’on lui demande si c’était à refaire, elle répond lucidement : « J’ai été dans la bonne époque. Mais aujourd’hui, je dirais aux aspirants organistes : vous allez devoir faire autre chose pour gagner votre vie. » Un portrait D’apparence et de santé délicates, Noëlla Genest témoigne d’une force de caractère remarquable tout en étant d’une grande sensibilité. Déterminée et rigoureuse dans tout ce qu’elle entreprend, elle est d’une franchise légendaire, tant avec ses amis qu’avec ses élèves : lorsqu’elle fait un compliment, il est sincère et mérité. Elle sait écouter, réconforter et encourager ceux dont elle reçoit les confidences. Sociable, elle aime recevoir. Sa famille et ses amis occupent une place importante dans sa vie : il faut l’entendre parler avec affection de ses petits-neveux Guillaume et Tristan, dont elle supervise discrètement les études musicales.

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En dehors de l’orgue, Noëlla Genest aime le violon, le violoncelle, le piano, la musique de chambre. Si elle a vendu son clavecin et son orgue et ralenti ses activités professionnelles, elle a conservé son piano dont elle joue, pour le plaisir. Elle aime aussi la musique sacrée, avec un faible pour la polyphonie de la Renaissance, Schütz, Monteverdi, Bach. Les compositeurs qui la touchent particulièrement sont Chopin, Schubert, Schumann, Rameau, et elle fait preuve de curiosité à l’égard de la musique contemporaine. On la rencontre d’ailleurs régulièrement à bon nombre de concerts et à l’opéra. Depuis quelques années, avec des amis, elle a formé un « cercle musical » au cours duquel chacun apporte quelques disques pour écouter, discuter et échanger ses impressions : cela permet de beaux moments de découverte de nouveaux enregistrements, d’œuvres ou d’interprétations exceptionnelles. Il n’y a pas que la musique dans la vie de Noëlla Genest : chaque jour, beau temps mauvais temps, elle fait sa marche de santé, seule ou avec des amis, ce qui remplace le ski de fond qu’elle faisait lorsqu’elle était plus jeune. Pour le plaisir, elle a suivi quelques cours de psychologie et de philosophie à l’Université du Québec à TroisRivières. Elle lit des éditorialistes de qualité, des revues d’actualité, des articles futuristes. En ce moment, elle est plongée dans Avoir ou être d’Erich Fromm. Elle aime le cinéma, qu’elle découvre depuis qu’elle est à la retraite, les arts, visite les expositions présentées par les musées de Québec et va chaque été à Baie-Saint-Paul, source d’inspiration pour de nombreux peintres. Bref, elle a une vie bien remplie. « Rien ne s’accomplit en ce monde sans passion » écrivait le philosophe Georg Wilhelm Friedrich Hegel dans son Introduction à la philosophie de l’histoire. Cette phrase résume bien le parcours remarquable de la carrière d’organiste et de pédagogue de Noëlla Genest.

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Le grand orgue de l’église unie Chalmers-Wesley de Québec par Jacquelin Rochette1 Au lendemain de la conquête, la ville de Québec était une ville de garnison. Les services religieux pour la communauté protestante nouvellement installée étaient assurés par les aumôniers de l’armée britannique dans les quartiers militaires. À partir de 1776, le gouvernement prit possession d’une partie du collège des Jésuites, et une chapelle pour le culte y fut aménagée. À peu près au même moment, les Anglicans occupèrent le couvent des Récollets. Dès 1800, on voit s’organiser des communautés de Méthodistes, de Congrégationnistes, de Presbytériens. L’église Wesley, aujourd’hui l’Institut canadien, fut érigée par les Méthodistes en 1849. L’église Chalmers, un bâtiment néo-gothique remarquable de l’architecte John Wells, sera complétée en novembre 1852 pour la communauté libre presbytérienne d’Écosse. À partir de 1925, les deux communautés tinrent des activités communes. En 1931, l’union était conclue et le bâtiment de la rue Sainte-Ursule devient l’église unie ChalmersWesley. Les vitraux et le mobilier liturgique de l’église Wesley viennent enrichir le décor de l’église unie.

L’église Wesley, aujourd’hui l’Institut canadien. Mixtures, numéro 40, mai 2014

L’histoire de la musique de ces communautés est particulièrement riche. La tradition chorale remonte à février 1876. Plusieurs organistes et maîtres de chapelle se succéderont et contribueront de façon significative à la vie musicale du milieu. William Reed eut une carrière nord-américaine et fut le professeur d’Henri Gagnon. H. Gordon Perry a eu sa propre émission de radio dans les années 1940, diffusée en direct tous les dimanches soir. Il fut un des fondateurs de la Quebec Choral Society qui évoluera de 1930 à 1952. On y présentera plusieurs oratorios, tel le Messie de Häendel, Elijah et Saint Paul de Mendelssohn, la Création de Haydn. La bibliothèque de l’église en témoigne. La plupart du temps, l’orgue est le seul instrument accompagnateur de ces présentations musicales. La moitié des organistes de l’église — William Reed et H. Gordon Perry, Richard T. Bevan et Alain LeBlond — ont publié des œuvres pour orgue et chœurs.

L’église actuelle Page 13


Le premier orgue à tuyaux de l’église Chalmers fut commandé au facteur S. R. Warren & Son de Toronto, à l’automne de 1889. Son installation fut complétée dans la première quinzaine d’août 1890. C’est un instrument de deux claviers, qui comporte ce devis : Great Organ Open Diapason 8’ Melodia 8’ Dulciana 8’ Principal 4’ Harmonic Flute 4’ Fifteenth 2’ Trumpet 8’

Swell Organ

Pedal Organ

Bourdon 16’ TC Violin Diapason 8’ Stopped Diapason 8’ Viola di Gamba 8’ Flauto Traverso 4’ Violina 4’ Piccolo 2’ Mixture III Cornopean 8’ Oboe & Bassoon 8’

Double Open Diapason 16’ - façade Bourdon 16’

Il est intéressant de noter les similitudes avec la composition de l’orgue Warren & Son de l’église SaintJoseph de Deschambault, construit en 1892. L’orgue Warren fut reconstruit et agrandi par la maison Casavant Frères en 1912-1913 et porte le numéro d’opus 506. Toute la mécanique de l’instrument est neuve et à traction électropneumatique. L’ensemble de la tuyauterie est conservé et réutilisé, de même que le grand réservoir et ses pompes, le buffet et les tuyaux de façade. La nouvelle composition s’établit comme suit :

Great Organ Open Diapason 8’ Violin Diapason 8’ 1 Gemshorn 8’ 1 Doppelflute 8’ Principal 4’ Harmonic Flute 4’ Fifteenth 2’ Mixture III Trumpet 8’ 1

1 2 3 4

Choir Organ Melodia 8’ Dulciana 8’ 1 Waldflute 4’ 1 Flautino 2’ 1 Clarinet 8’ 1 Cor anglais 8’ Tremolo

Swell Organ 2

Bourdon 16’ Open Diapason 8’ 1 Viola da Gamba 8’ 4 Vox Coelestis 8’ Stopped Diapason 8’ 1 Aeoline 8’ Flauto Traverso 4’ Violine 4’ Piccolo 2’ Cornopean 8’ Oboe 8’ 1 Vox Humana 8’ Tremolo 3

Pedal Organ 1

Open Wood 16’ Double Open Diapason 16’ Bourdon 16’ 1 Gedeckt 16’ (Swell) 1 Flute 8’ (ext) 1 Bourdon 8’ (ext)

Jeu neuf Basse neuve Violin Diapason rediapasonné la Viola di Gamba

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Mixtures, numéro 40, mai 2014


Photos: Alain LeBlond

Mixtures, numĂŠro 40, mai 2014

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L’instrument ne subira aucune modification ni réparation majeure jusqu’en 1982. À cette époque, des travaux sont confiés à la maison GuilbaultThérien. L’évaluation indique que l’orgue est toujours actionné par l’ancien système électropneumatique, et qu’il est normal qu’il ne réponde plus comme il le devrait, qu’il soit usé et lent après une aussi longue période. Des travaux sont planifiés en trois étapes, selon une priorité établie et les budgets disponibles. Il faut souligner le travail du comité de l’orgue et le soutien de la communauté pour le succès de la collecte de fonds qui a permis l’exécution des travaux de réparations. Dans un premier temps, les supports et les attaches des tuyaux de façade sont renforcés. Par souci d’économie, les grands réservoirs anciens sont remplacés par des neufs de dimension moindre. Les pneumatiques de la console sont refaits à neuf, et le système de combinaison d’origine est restauré. L’orgue, mieux alimenté en vent, retrouve ses capacités sonores. Dans un deuxième temps, les travaux portent sur la division du Grand-Orgue (Great). Toutes les actions pneumatiques de l’action primaire (distributeurs), des tirages de jeux, des planches à

boursettes sont refaites à neuf. Les électros avec couvercle en bois sont remplacés par des neufs. On profite du travail à la division pour apporter une cure de rajeunissement à la sonorité, une approche qui était très courante et recherchée à l’époque. Ainsi, l’architecture sonore de la division est revue, et plusieurs jeux sont soit remplacés, soit reconstruits. Une nouvelle Mixture et la Trompette reconstruite à la française viennent changer la voix de l’instrument. Les budgets le permettant, l’intervention se continue au Récit (Swell) avec l’ajout d’un Plein-Jeu neuf, la modification du Hautbois avec des anches françaises, et la création d’un jeu de Tierce réalisé en modifiant la tuyauterie jugée non indispensable. Le jeu de Voix humaine est aussi retravaillé et son timbre est davantage ouvert. Cette nouvelle sonorité permettra à l’instrument de s’illustrer pendant plus de trois décennies dans une série de récitals d’été dont la notoriété a franchi les frontières. L’orgue a gagné en couleur au goût du jour, quoique la recherche d’un style plus classique a forcément modifié son équilibre. Les budgets ne permettront pas de continuer les travaux jusqu’à tout récemment.

Casavant opus 506 / Révision Guilbault-Thérien 1982-1985 Great Organ 1

Bourdon 16’ Open Diapason 8’ Doppelflute 8’ 2 Principal 4’ 3 Flute 4’ 4 Quint 2 2/3’ 2 Fifteenth 2’ 5 Mixture IV 6 Trumpet 8’ 2

1 2 3 4 5

du Swell, renforcé réharmonisé reconstruite du Gemshorn neuve Page 16

Choir Organ Melodia 8’ 7 Dulciana 8’ Waldflute 4’ Flautino 2’ Clarinet 8’ Cor anglais 8’ Tremolo

Swell Organ Open Diapason 8’ Stopped Diapason 8’ Viola da Gamba 8’ Vox Coelestis 8’ 8 Octave 4’ 9 Open Flute 4’ 10 Nazard 2 2/3’ 11 Flute 2’ 12 Tierce 1 3/5’ 13 Plein-Jeu III/IV 14 Oboe 8’ 2 Vox Humana 8’ Tremolo

Pedal Organ Open Wood 16’ Double Open Diapason 16’ Bourdon 16’ Gedeckt 16’ (Great) Flute 8’ (ext) Bourdon 8’ (ext)

6

11

7

12

aigus neufs, anches neuves enlevée et remplacée par la suite 8 Violine réharmonisée 9 Aeoline reonstruite, Flauto traverso déposée 10 Dulciana reconstruite

Piccolo réharmonisé de la Mixture 13 neuf 14 anches neuves Cornopean déposé Mixtures, numéro 40, mai 2014


Ce n’est qu’à la fin de la dernière décennie qu’il est possible de terminer les travaux de recuirage, grâce à l’octroi d’une subvention du Conseil du patrimoine religieux. Les pneumatiques des actions primaires (distributeurs) des Récit (Swell) et Chœur (Choir), des tirages de jeux, des planches à boursettes et des trémolos sont renouvelés, ainsi qu’une partie des pneumatiques des actions postés des jeux de Pédale. Casavant Frères est ensuite invité à continuer les travaux à l’automne de 2013. Le renouvellement des électros et des cuirs des actions postés des jeux de Pédale est complété, et les tuyaux décollés ou fendus des Bourdon 16’ et Flute 16’ de la Pédale sont réparés. Cependant l’intervention de Casavant porte principalement sur le renforcement de la structure du buffet. Lors de l’installation des nouveaux réservoirs en 1982, la structure des anciens réservoirs qui retenait les poutres des tourelles de façade a été enlevée. La structure étant affaiblie, la façade a commencé à s’affaisser. Casavant a démonté la boiserie de la façade et l’a transportée à ses ateliers. Une charpente d’acier y a été intégrée. Les semelles des tuyaux de façade, et les actions de ces tuyaux ont été réparées ou remplacées, et l’harmonie des tuyaux en montre a été égalisée. L’église Chalmers-Wesley est un lieu où l’histoire et l’art se rencontrent. Son orgue y résonne depuis presque 125 ans. Concerts et activités musicales s’y tiennent depuis autant d’années. ChalmersWesley, avec son très joli clocher qui se détache dans le ciel du Vieux-Québec, conserve une petite partie de l’histoire de la vieille capitale où les Holt, Renfrew, Brodie, Thomas, Ross, Alexander, Vaux, Webster, Turner, et tant d’autres y ont laissé leur marque. C’est dans ce lieu, une sorte de petit musée religieux, historique et ethnologique, que la FQAO convie ses membres lors du congrès marquant son vingtième anniversaire le 2 juin prochain.

Récitals d’orgue à la basilique Été 2014 22 juin

Philippe Bournival (Trois-Rivières)

29 juin

Denis Gagné (Montréal)

6 juillet

Suzanne Bellemare (Trois-Rivières)

13 juillet

Claude Girard (Rivière-du-Loup)

20 juillet

Jonathan Vromet (Montréal)

27 juillet

Gabrielle Tessier (Saint-Lambert)

3 août

Denis Bonenfant (Montréal)

10 et 17 août 24 août

Relâche Marc D’Anjou (Québec)

31 août

Marie-Hélène Greffard (Saint-Nicolas) Les dimanches à 14 heures Entrée libre Contribution volontaire

1

Jacquelin Rochette est directeur artistique chez Casavant Frères. Il a été directeur musical de l’église Chalmers-Wesley de septembre 1980 à juin 1987.

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626 Notre-Dame Est Trois-Rivières, QC G8T 4G9 Informations: (819) 374-2441 www.sanctuaire-ndc.ca Page 17


L’orgue de Saint-Pierre-du-Sud Un joyau prend vie

Le 26 janvier dernier, un nouvel orgue était inauguré au Québec, plus précisément à Saint-Pierrede-la-Rivière-du-Sud, à trente minutes à l’est des ponts de Québec, sur la rive sud du SaintLaurent. Cette petite municipalité, qui fêtait en 2013 ses 300 ans de fondation possède un patrimoine bâti exceptionnel, notamment grâce à son église historique classée, datant de 1785. Ce temple présente des qualités acoustiques exceptionnelles. Au début de l’année 2013, un comité de paroissiens s’est formé sous le nom de Comité de l’orgue de Saint-Pierre-du-Sud. À ce moment, il était devenu évident que l’orgue à traction tubulaire, installé en 1929 par la Compagnie des Orgues Canadiennes de Saint-Hyacinthe, était sur le point de rendre l’âme. Les efforts requis pour le sauver s’avérant trop considérables, il valait mieux envisager l’installation d’un nouvel instrument, tout effort de restauration ne se justifiant ni sur le plan de sa facture, ni de sa sonorité. Les travaux ont été confiés à l’équipe de JeanFélix Bellavance, des Ateliers Bellavance de SaintHugues, près de Saint-Hyacinthe.

par Luc Létourneau1 De nombreux bénévoles de la paroisse ont également mis la main à la pâte tout au long du processus, lequel s’est échelonné sur près d’un an. La volonté du Comité de l’orgue et de son président était claire : il fallait construire un instrument de concert, qui serait mis en valeur par l’acoustique extraordinaire du lieu et par son décor bien conservé. Trois instruments usagés ont donc été utilisés pour réaliser les travaux : l’orgue Casavant, opus 2257 (1955) de Saint-Zéphirin-de-Courval (Centre-du-Québec), l’orgue Providence (1963) de l’église Saint-Jean-Baptiste de Drummondville et quelques tuyaux de l’ancien orgue. Le nouvel instrument comprend, entre autres, les caractéristiques suivantes : une tuyauterie de type Haskel à la section Pédale, un Basson 16’ à la Pédale, qui est une extension de la Trompette 8’ du GrandOrgue et un système SSL. Ce système électronique permet environ 200 niveaux de mémoire, un transpositeur, un crescendo programmable et de nombreuses autres spécificités qui rendent l’instrument des plus polyvalents et des plus propices à la présentation de concerts. Le 31 mai prochain, un concert de l’Ensemble de musique sacrée de Québec, sous la direction de Richard Duguay, sera présenté avec le concours de l’organiste Marie-Hélène Greffard. Dans un avenir prochain, la mise sur pied d’un Festival d’orgue et de musique de chambre est envisagée. Un organisme sans but lucratif (OSBL) a d’ailleurs été créé à cette fin. Pour toute information, visite ou achat de billets pour le concert du 31 mai, contactez le signataire de cet article : Téléphone : 418-513-0506 Courriel : letourneau.luc@gmail.com

1

Luc Létourneau est le président du Comité de l’orgue de Saint-Pierre-du-Sud.

Église Saint-Pierre

Photo : Corporation du patrimoine religieux du Québec Page 18

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Casavant, Opus 2257, 1955 / Les Ateliers Bellavance 2014 2 claviers de 61 notes et pédalier de 32 notes 26 jeux, 22 rangs Grand-Orgue

Récit (expressif)

Pédale

Montre 8’ Flûte à cheminée 8’ Dulciane 8’ Prestant 4’ Doublette 2’ Sesquialtera II Mixture III Trompette 8’

Principal violon 8’ Bourdon 8’ Viole de gambe 8’ Voix céleste 8’ Flûte harmonique 4’ Nasard 2 2/3’ Flûte à bec 2’ Tierce 1 3/5’ Hautbois 8’ Tremolo

Résultante 32’ Bourdon 16’ Violon 16’ (ext) Bourdon 8’ (ext) Octave Basse 8’ Flûte 4’ Choral Basse 4’ (ext) Basson 16’ (ext) Trompette 8’ (GO)

Grand-Orgue 4’

Récit 16’, muet 8’,4’ Récit/Grand-Orgue 16’,8’,4’

Grand-Orgue/Pédale 8’,4’ Récit/Pédale 8’,4’

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Un orgue neuf à Montréal! Enfin, presque neuf

Vous en conviendrez, ce n’est que très rarement qu’un orgue réinstallé provoque, aux yeux et aux oreilles, un sentiment d’union avec son nouvel environnement. Pourtant, quand la volonté et l’audace de l’amoureux du patrimoine s’y mettent, cela devient possible. C’est avec plaisir que l’on peut maintenant voir et entendre à Montréal, un petit instrument hors du commun dont la soufflerie n’est actionnée qu’à la main ! Fort probablement construit autour de 1855, cet élégant chamber organ de Samuel Russell Warren a été fabriqué pour une certaine Miss Ogden de TroisRivières. Par la suite, l’orgue a été offert à l’Église Unie de Dunham en 1907 par Stephen J. et Reid P. Small pour remplacer un reed-organ. Plus de cent ans après l’installation de l’orgue à Dunham, la paroisse entreprend de le faire restaurer. En 1999, nous avons été mandatés pour restaurer l’orgue au plus près de son état d’origine. Quinze ans plus tard, la communauté se voit devant l’obligation de se départir de l’église. Ayant été informés de la situation, nous avons été mis à contribution pour tenter de trouver une solution pour l’orgue. Grâce à la courtoisie de Joyce Martin, représentante de la communauté de Dunham, la générosité de Federico Andreoni et le support de l’Église St. John the Evangelist, ce petit instrument raffiné peut maintenant résonner avec dignité à deux pas de la Place des Arts ! Bien qu’étant dans un état de conservation exceptionnel, la restauration de cet instrument a quand même fait l’objet de questionnements et de décisions difficiles. En analysant le corpus de tuyauterie, on remarque d’emblée une similitude de construction avec les instruments de Chambly, de Saint-Paul d’Abbotsford et de Frelighsburg. La basse de Bourdon est en épicéa d’un grain très serré munie de lèvres en noyer, et la tuyauterie de métal est coupée au ton et est d’une solidité remarquable. Cependant, au début du XXe siècle, deux jeux étrangers tant du point de vue technique que sonore ont été installés. Le premier, un dessus de Gambe de 8’, a pris place sur un flan ajouté au sommier. Le second, une Voix céleste

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par Robin Côté1 d’une taille extrêmement fine a été disposée sur une chape existante dont le jeu original avait été supprimé. En analysant la dimension des trous de faux-sommier et en questionnant des experts tels Barbara Owen, les deux jeux gambés de 8’ ont cédé leur place à une Flûte à cheminée de 4’ fabriquée et harmonisée selon les techniques de S. R. Warren. Le faux fini de chêne, bien que très réussi, recouvre le faux fini d’origine qui imitait probablement la teinte rougeâtre de l’acajou ou du bois de palissandre. Probablement réalisé lors du déménagement de l’instrument au début du XXe siècle, le faux fini chêne a été conservé. Toute la tuyauterie est placée dans une boite expressive actionnée par une pédale-levier à cran. L’harmonisation reflète très bien l’ambiance d’un salon éclairé à la bougie : l’Open Diapason de 8’, d’un timbre charnu, est secondé par une Dulciana d’une sonorité douce et suave. Les fonds de 8’ sont éclaircis par le solide Principal de 4’ ou teintés par la délicate Flute de 4’. La pression du vent est de 3’’ et le diapason est d’environ 448 à 20°C. Le diapason peut nous paraître élevé aujourd’hui, mais il est tout à fait normal pour l’époque. Au XIXe siècle, le Canada est un Dominion sous administration britannique et les facteurs canadiens accordent leurs instruments selon les diapasons officiels de Londres. Diapasons au pluriel, car il y en avait plusieurs en usage tels que le diapason militaire, de chambre et de salle de concert. À la suite du remontage de l’orgue à l’église St. John the Evangelist, Federico Andreoni, directeur de la musique, a préconisé l’usage de la pompe manuelle plutôt que le réemploi de la soufflerie électrique, décision qui ajoute incontestablement au charme de sa douce sonorité.

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Robin Côté est facteur d’orgues chez JugetSinclair.

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Photos : Robin Côté

Orgue Samuel Warren (ca 1855) Clavier manuel (54 notes — C-f3) Open Diapason 8’ (2e Fa) Stopped Diapason 8’ (basses) Dulciana 8’ (2e Fa) Principal 4’ Flute 4’ Pédalier (13 notes — C-c0) Tirasse permanente

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Nécrologie Hellmuth Wolff (1937-2013) D’origine suisse, Hellmuth Wolff fit son apprentissage chez Metzler & Söhne et se perfectionna par la suite auprès de facteurs d’orgues européens et américains avant de s’installer au Canada. Dès son arrivée au Québec en 1963 dans la grande maison Casavant Frères, il fut impliqué dans la construction d’orgues mécaniques. Il travailla aussi deux ans chez Karl Wilhelm, de 1966 à 1968. La facture d’orgues à cette époque baignait dans un véritable terreau de créativité, stimulé par la construction de nombreuses églises, par la réforme de l’orgue et l’installation à Montréal entre 1959 et 1961, de trois orgues de Rudolf von Beckerath. C’est dans ce contexte qu’Hellmuth créa son entreprise en 1968 à Laval, sur la RiveNord de Montréal. Il y construisit 50 orgues, certains fortement influencés par des modèles historiques, comme l’orgue classique français de l’Université McGill (1981), l’orgue baroque nordique de l’Université de Toronto (1991) et son Opus Magnum, un orgue baroque tardif de l’Allemagne du Sud pour la cathédrale Christ Church de Victoria, en Colombie-Britannique (2006). Il qualifiait volontiers ses instruments neufs comme étant polyvalents et résolument modernes. Son dernier orgue, l’Opus 50 est celui de la salle de concert de l’Université de North Texas à Denton. Intuitif, Hellmuth était en recherche permanente. On pourrait dire qu’il ne connaissait pas la « ligne droite » dans la création de ses instruments. Il était un harmoniste hors du commun et l’ensemble de son travail était guidé par une vision musicale. Son atelier fut un lieu d’échanges intenses et une pépinière de facteurs d’orgues, car à sa façon, il était bon pédagogue et il aimait partager son savoir. J’ai rencontré Hellmuth Wolff la première fois au congrès ISO de Toulouse en 1983. À ce moment, j’étais apprenti en France chez le facteur Robert Chauvin, mais aussi amoureux d’une belle Québécoise! Il m’a spontanément invité à venir travailler chez lui.

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Impliqué dans l’organisation de l’International Society of Organbuilders (ISO), Hellmuth fut sur le conseil d’administration de 1986 à 1998 et aussi membre du comité de l’organisation du congrès AIO-ISO (American Institute of Organbuilders — International Society of Organbuilders) de Montréal en 2010. Il aimait échanger avec ses collègues facteurs d’orgues et communiquer, ce qui nous a valu encore dernièrement plusieurs articles de sa plume colorée dans l’ISO Journal. Grand mélomane engagé sur la scène musicale montréalaise, on le voyait souvent aux concerts. Il va nous manquer. Il a fermé et vendu son atelier l’année dernière. Il laisse dans le deuil ses enfants Martin et Maya, sa petite fille Ariane et son épouse Claudette qui l’a épaulé tout au long de sa carrière. Denis Juget Facteur d’orgues

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Sylvie Poirier (1948-2013) Sylvie Poirier naît le 15 février 1948, à Montréal dans une famille d’artistes dont le père était orfèvre-joaillier. Sa mère, peintre et sculpteur, fut l’ancienne élève de Paul-Émile Borduas, fondateur du « Groupe des automatistes de Montréal » et auteur du célèbre manifeste du « Refus global ». Dès sa plus tendre enfance, Sylvie est initiée à la pratique du dessin et de la peinture, dans laquelle elle se révèle particulièrement douée. Elle démontrera dès son plus jeune âge non seulement un talent aussi précoce qu'inoubliable pour le dessin et la peinture, mais également une étonnante sensibilité musicale. Sylvie Poirier fit ses études en piano et en orgue à l’École de musique Vincent-d’Indy. En 1970, elle obtint un baccalauréat en orgue dans la classe de Françoise Aubut, puis étudia au Conservatoire de musique de Montréal sous l’égide de Bernard Lagacé et obtint un Premier Prix d’orgue en 1975. L’année suivante elle étudie à l’Université de Montréal avec Antoine Reboulot. De 1983 à 1987, elle fondera la société « Unimusica Inc. » dont elle sera présidente et dont l'objectif sera de réunir à la fois les arts de la musique, de la peinture et des émaux sur cuivre, ainsi que ceux de la poésie, de la photographie et autres. Elle se verra même, tout au long de cette prolifique et passionnante entreprise, enrôlée par le médecin oncologue fondateur de « vie nouvelle » de l’Hôtel-Dieu, pour élaborer un enseignement spécialement ciblé à l'intention des patients atteints de cancer et intitulé « Psychologie de vie à travers le dessin », soit la connaissance de soi par le dessin et la peinture. Sylvie Poirier a donné des concerts en Amérique, en Europe et fit plusieurs enregistrements pour Radio Canada. Sylvie Poirier et son mari Philip Crozier formaient un duo reconnu, entre autres, pour la création et l’enregistrement discographique d’œuvres originales commandées à des compositeurs aussi bien canadiens qu’étrangers.

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Sylvie a aussi enregistré des œuvres pour orgue de Jean Langlais et de Petr Eben, dont Le labyrinthe du monde et Le paradis du cœur, œuvres dont elle a fait la création nord-américaine en 2005. Parallèlement à ses activités organistiques, elle était aussi une artiste peintre professionnelle. Philip Crozier

"La réalisation d'un tableau représente tout d'abord pour moi un côté conscient et ensuite un arrière-pays infiniment vaste de psyché inconsciente; seule l'interférence de l'espace et du temps crée de la réalité. La totalité ne se réalise que dans l'instant, l'éternel présent. Réaliser l'intégrité, l'harmonie et le rayonnement, non vide mais plein de rien. Les espaces vides unifient les objets et je vois les vides comme des formes, c'est un langage de l'esprit et du cœur. Je m'imagine parler du fond de moi-même, mais c'est l'esprit du temps qui parle; je ne suis qu'un instrument de l'imagination d'une force créatrice et cela agit. C'est un abandon. C'est pourquoi un tableau n'est jamais terminé, c'est celui ou celle qui le regarde qui le continue. Pour moi l'art est un processus d'auto régulation spirituelle, une force énergétique vitale." -Sylvie Poirier Page 23


Les concours d’orgue au Québec en 2014 Québec

Montréal

Le prochain Concours d’orgue de Québec, organisé par la Fondation Claude Lavoie, aura lieu le 12 juin prochain à l’église Saints-Martyrs-Canadiens, de Québec. Cinq des meilleurs jeunes organistes du Canada, dont l’âge varie de 21 à 34 ans, ont dû se soumettre à une épreuve éliminatoire qui consistait à fournir l’enregistrement d’un programme d’œuvres imposées.

Initié et dirigé par l’éminent organiste John Grew, le Concours international d’orgue du Canada, aura lieu, à Montréal, du 8 au 19 octobre 2014, en trios étapes ouvertes au public.

Les candidatures retenues sont celles des organistes Emmanuel Bernier, François Grenier, Laurence Jobidon, Jocelyn Lafond et Julie Pinsonneault. Le jury est constitué de cinq organistes réputés : Gaston Arel (Montréal), Pierre Bouchard (Québec), Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin (France), Nathalie Gagnon (Québec) et Jonathan Oldengarm (Montréal). Le programme comporte cette année une œuvre originale imposée, commandée à Pierre Genest, compositeur québécois. Mentionnons que la création de cette œuvre, ainsi que le prix qui lui est rattaché, fait l’objet d’une commandite du facteur d’orgues, Les Ateliers Bellavance Inc.

Comme étape préparatoire au concours, le jury préliminaire, composé de Lynne Davis FirminDidot, Joan Lippincott, Jan Overduin, Richard Paré et Jean-Guy Proulx, s’est rencontré, du 4 au 6 avril, afin d’analyser les 42 candidatures reçues d’organistes de très haut niveau. Provenant de 12 pays, elles se partagent entre 17 femmes et de 25 hommes âgés de 19 à 33 ans. Seuls 16 candidats seront acceptés à se présenter aux étapes suivantes et leur identification sera connue le 8 mai prochain. Afin de se qualifier, les candidats devaient soumettre leur candidature avant le 30 janvier 2014, être âgés de 35 ans ou moins, et fournir un enregistrement d’œuvres imposées. Pour plus de renseignements, visitez le site web de l’organisation : www.ciocm.org Alexia Jensen Responsible des communications et du marketing

À l’issue du concours, le grand prix Claude Lavoie d’une valeur de 15 000 $ sera remis au gagnant. Un deuxième prix de 7 500 $ et un prix de 1 000 $, pour la meilleure interprétation de l’œuvre originale imposée, seront également décernés. Le site web du Concours d’orgue de Québec peut être consulté à l’adresse suivante : www.coq-fondationclaudelavoie.com Marie Audette, secrétaire

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Anniversaires en musique par Irène Brisson 2014 est une année particulièrement faste pour les anniversaires de naissance ou de mort d’organistes et de compositeurs. En raison du manque d’espace dans le présent numéro, cette rubrique s’en tiendra à leur énumération. Si certains musiciens relèvent essentiellement du domaine de la musicologie, d’autres sont nettement plus connus des organistes. Il y a 450 ans : naissance de Francisco de Peraza (1564-1598), organiste à Séville, Gregor Aichinger (1564-1628), et de Hans Leo Hassler (15641618), tous deux organistes à Augsbourg, le second ayant également œuvré à Dresde. Il y a 400 ans : mort de l’organiste d’origine franco-flamande Giovanni ou Jean de Macque (v. 1550-1614), qui fit carrière en Italie, principalement à Naples, laissant une quarantaine de pièces de clavier comprenant des ricercari, des canzone et des capricci contrapuntiques et riches en dissonances appelées durezze. Naissance de Franz Tunder (1614-1667) beau-père et prédécesseur de Buxtehude à la Marienkirche de Lübeck. Il y a 350 ans : mort de Charles Racquet (15971664), organiste parisien célèbre pour une remarquable Fantaisie publiée en 1636 par Marin Mersenne dans son Harmonie universelle afin de montrer « ce qui se peut faire sur l'orgue ». Naissance de Johann Speth (1664-1720), Georg Dietrich Leyding (1664-1710), organiste à Brunswick (Braunschweig) dont on a conservé

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quelques partitions pour orgue, et de Pierre Dandrieu (1664-1733), auteur de 42 noëls dont plusieurs ont été remaniés par son neveu JeanFrançois. Il y a 300 ans : mort de Guillaume-Gabriel Nivers (1632-1714), organiste à la chapelle royale de Versailles. Naissance de deux disciples de Johann Sebastian Bach : son fils, Carl Philipp Emanuel (1714-1788) et Gottfried Homilius (1714-1785), auteur de nombreux chorals, organiste et cantor à Dresde. Il y a 250 ans : mort du théoricien, claveciniste et compositeur d’opéras Jean-Philippe Rameau (1683-1764), également organiste, reconnu pour ses improvisations. Mort de Wilhelm Heronymus Pachelbel (1696-1764), organiste à Nuremberg et fils de Johann Pachelbel. Il y a 200 ans : mort de Charles Burney (17261814), organiste anglais, voyageur et célèbre historien de la musique. Il y a 150 ans : naissance de Guy Ropartz (1864-1955), élève de César Franck. Auteur de plusieurs pièces pour orgue. Dans le prochain numéro de Mixtures, nous mettrons l’accent sur quelques-uns de ces compositeurs et organistes. En attendant, nos lecteurs consulteront avec intérêt l’article de John Collins paru dans la revue américaine The Diapason de février.

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Ici et là au Québec... Montréal par Gabrielle Tessier

La saison musicale des Amis de l’orgue de Montréal bat son plein. Les retrouvailles annuelles ont eu lieu le 10 janvier 2014 en l’église Saint-PierreApôtre. Le concert-conférence Exaltabo Te, dont vous trouverez un compte-rendu plus bas, a attiré une foule de mélomanes en l’église Saint-Viateur d’Outremont le 24 mars dernier. C’est juste avant les fêtes que nous avons reçu la nouvelle du départ de deux membres appréciés du conseil d’administration. En effet, Denis Bonenfant ainsi que Jean Ladouceur, respectivement ancien président et vice-président, ont quitté leurs fonctions. Nous les remercions sincèrement pour leur travail ininterrompu au fil des ans. Afin d’assurer la continuité du programme d’activités initialement prévu, le conseil a nommé Gabrielle Tessier pour assurer la présidence par intérim, cumulant aussi le poste de trésorière. Jean Claude Bournival a été nommé vice-président. Nous souhaitons la bienvenue à Martin Boucher en tant qu’administrateur. Veuillez noter qu’il est maintenant possible de faire un don en ligne aux Amis de l’orgue de Montréal via la plateforme Paypal, en cliquant sur le bouton Faire un don, sur le site web de l’organisation : www.amisorguemtl.com. De plus, il est également possible d’acheter les billets en ligne pour les prochains événements qui seront annoncés en temps et lieu. Il sera bientôt possible de devenir membre par un formulaire en ligne. Compte-rendu du concert Exaltabo Te Le 24 mars 2014 avait lieu en la somptueuse église Saint-Viateur d’Outremont le concertconférence Exaltabo Te. En ce premier dimanche après-midi d’un printemps qui tarde à venir, un bon nombre de mélomanes et d’organistes sont venus écouter, sans doute par curiosité ou encore par nostalgie d’une époque révolue, ce concert d’œuvres de musique sacrée canadienne d’avant le concile Vatican II. D’emblée, la musicologue et conférencière Irène Brisson a fait un survol pas-

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sionnant en une trentaine de minutes de l’histoire de la musique religieuse de l’époque de la Nouvelle France jusqu’à Vatican II. Le tout devant un auditoire captivé et conquis par les propos et le dynamisme de la conférencière. Du haut de la tribune, l’organiste Denis Gagné et le baryton Sébastien Ouellet ouvrirent le concert en peignant une magnifique fresque musicale d’un Québec religieux des années 1850 à 1950. Remplissant le vaste vaisseau de l’église de sa voix chaude de baryton, Sébastien Ouellet a su interpréter avec raffinement et subtilité lorsque nécessaire ou clamer avec ferveur, les textes parfois un peu démodés d’une époque révolue, tributaire de sa foi. À la console du magnifique orgue Casavant 1913, l’organiste Denis Gagné a, pour sa part, formidablement exécuté les pages de cette littérature d’orgue malheureusement tombée dans l’oubli, et parfois, avouons-le, boudée de certains organistes. Il est vrai que quelques pages de ce répertoire sont parfois sirupeuses si nous pensons, par exemple, à la Prière de Joseph Arthur Bernier ou à la pompeuse et édulcorée Marche pontificale de Gustave Gagnon qui en a fait sourire plus d’un! Notons tout de même la présence d’œuvres à caractère plus sobre tel que l’Offertoire d’Arthur Letondal. Pour tout dire, le concert-conférence Exaltabo Te a ouvert une fenêtre sur un répertoire musical trop souvent méconnu à notre époque. En effet, ces œuvres instrumentales et vocales, qui occupent sans conteste une place de choix parmi le répertoire de musique sacrée canadienne, tardent à sortir de leur léthargie dans laquelle elles sont entrées, précieusement rangées ou oubliées dans le fond des armoires à partitions de certaines églises depuis quelques décennies. Olivier Lavoie-Gagné Semaine de concerts sur l’orgue Pierre-Béique 28, 29 mai et 1er juin : Concerts inauguraux avec Olivier Latry et Jean-Willy Kunz 31 mai : Journée portes ouvertes de l’orgue avec le concours de Christian Lane.

Mixtures, numéro 40, mai 2014


Québec par Esther Clément

La 47e saison des Amis de l’orgue de Québec s’achève bientôt mais encore trois grands événements figurent au programme : le concert très attendu de l’organiste virtuose Rachel Laurin, l’activité Organiste d’un jour ainsi qu’un concert de l’organiste française Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin, titulaire adjointe du grand orgue de l'église Saint-Sulpice à Paris. Les premiers concerts de la saison 2013-2014 ont permis d’entendre les organistes Mélanie Barney, Édith Beaulieu (Jeu d’orgue), François Grenier, Jacques Boucher et la saxophoniste Sophie Poulin de Courval. Les autres concerts qui ont suivi dans la saison ont revêtu un caractère particulier puisqu’ils étaient présentés sur le nouvel orgue de la Salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm. On peut affirmer que cette première collaboration entre les Amis de l‘orgue de Québec et le Palais Montcalm a été une réussite puisque le public était au rendez-vous en grand nombre! Entre 400 et 600 personnes ont applaudi chaleureusement les performances d’Isabelle Demers et de Dom André Laberge, dont c’était l’une de ses rares apparitions publiques. Dans le cadre d’une série présentée pour l’Avent au Palais Montcalm, on a pu également entendre Marie-Hélène Greffard et l’organiste Jean-Willy Kunz. Autres concerts 

Décidément, l’orgue qu’on appelle maintenant communément « le 1753 » à la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone ne chôme pas! Soutenus par le fonds Hubert et Florence Laforge, plusieurs récitals ont permis d’entendre les organistes Geneviève Soly, l’Ensemble Nouvelle-France et Robert Patrick Girard, Sylvain Barrette, Réjean Poirier, Hermel Bruneau ainsi que Jean-Guy Proulx. Plusieurs événements sont à venir cet automne pour cet orgue historique.

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Le traditionnel Festival du printemps à Saint-Roch présentera cette année, tous les mercredis du mois de mai, les organistes Jocelyn Lafond, Gabrielle Tessier, Benoit Bacon ainsi que l’organiste-titulaire Édith Beaulieu.

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Du côté de la Beauce, le Festival d’orgue de Sainte-Marie de Beauce présentera sa 14e édition. Le 1er juin, le Chœur de l’Université Laval, sous la direction de Guy Lavigne, et l’organiste-titulaire Dominique Gagnon seront les invités. Par la suite, le 8 juin, nous recevrons Aubert Lavoie. Enfin, le 15 juin, Mélanie Barney nous offrira des transcriptions ainsi que de la musique de film. Tous les concerts sont présentés les dimanches à 15 heures dans la magnifique église de SainteMarie sur écran géant. L’entrée est libre. Bienvenue dans la belle région de la Beauce à seulement 20 minutes des ponts! Pour célébrer la fin des travaux de restauration de l’orgue de l’église unie ChalmersWesley, un concert-gala sera donné le 22 juin à 19 heures, par Jacquelin Rochette. Dans le cadre des Fêtes du 350e anniversaire de Notre-Dame de Québec, sous la présidence de Mgr Denis Bélanger, c.s.s., recteur de la Basilique-cathédrale et curé de Notre-Dame de Québec, lancement, le mardi 17 juin 2014 à 19 h 30 à la Basilique-cathédrale de Musique et musiciens et J’écoute parler nos gens de Claude Lagacé, organiste émérite de la cathédrale et professeur titulaire retraité de la Faculté de musique de l’Université Laval. Publiés aux Éditions GID, ces deux livres seront disponibles en librairie par la suite. Suivi d’une séance de signature, le lancement sera précédé d’un bref récital d’orgue de Marc D’Anjou, titulaire actuel, avec la participation de David Souza, ténor.

Rimouski

INTERMÈDES À L’ORGUE 2014 JONATHAN OLDENGARM, DIRECTEUR ARTISTIQUE

LES JEUDIS À 12 H 15 CONTRIBUTION VOLONTAIRE 3 JUILLET Claudia Tesorino, saxophone Jonathan Oldengarm 10 JUILLET Robert Sigmund 17 JUILLET Gagnant du Concours d’orgue Lynnwood-Farnam 24 JUILLET Gabrielle Tessier 31 JUILLET Henri-Franck Beaupérin 7 AOÛT Kurt-Ludwig Forg

par Rémi Martin

14 AOÛT Thomas Annand

Les Amis de l’orgue de Rimouski présenteront, encore cet été, une série de concerts qui permettra d’entendre les artistes suivants:

21 AOÛT Marc-André Doran

2 juillet 9 juillet 23 juillet 30 juillet 13 août

Thomas Annand Emmanuel Bernier Marc-André Doran Jonathan Oldengarm Pascal et Isabelle Demalsy

Ces concerts ont lieu les mercredis soir à 20 heures à la cathédrale Saint-Germain de Rimouski.

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28 AOÛT Jonathan Oldengarm


Parutions par Robert Poliquin Richard Paré Orgue Samuel Warren & Son, 1892 (II/P, 18 jeux/19 rangs) Église Saint-Joseph, Deschambault Le 300e anniversaire de fondation de Deschambault, en 2013, nous procure une magnifique occasion d’entendre ce chef-d’œuvre de la facture d’orgue classé par la Commission des biens culturels. Après avoir traversé les années sans modifications, il a été restauré à l’identique par Karl Wilhelm en 1966. Dans un programme qui inclut des œuvres de J.S. Bach, Buxtehude, Stanley et Boëllmann s’ajoutent des œuvres de trois générations de compositeurs québécois : Bédard, Bernier, Lavoie, et Létourneau. La sonorité exceptionnelle de cet instrument nous parvient ici dans toute sa magnificence. Un incontournable à se procurer absolument! Disponible au bureau de la Fabrique de la paroisse.

Œuvres sacrées pour chœur, solistes et orgue Solistes et chœur sous la direction de Gilbert Patenaude Hélène Panneton, orgue Orgue Casavant, Opus 520, 1913 / Guilbault-Thérien 1991 (III/P, 42 jeux/50 rangs) Cet enregistrement nous ramène à la période d’avant Vatican II et nous présente des œuvres religieuses écrites par Auguste Descarries (1896-1958) qui fut maître de chapelle à l’église Saint-Viateur d’Outremont. On y retrouve deux messes, quatre motets pour voix solo, quatre œuvres mariales pour différentes voix ou chœur. Aux belles voix des solistes, s’ajoutent un chœur splendide et le jeu souvent discret d’Hélène Panneton qui soutient admirablement l’ensemble. Pour les plus jeunes, c’est l’occasion de connaître un répertoire quasi oublié et, pour les plus âgés, un beau voyage dans le temps. Société métropolitaine du disque/Espace 21, SMD 232-1, 2013 Deux siècles d’orgue à la Chapelle royale de Versailles Michel Bouvard, Frédéric Desenclos, François Espinasse, Jean-Baptiste Robin Orgue Clicquot-Tribuot 1710 / Boisseau-Cattiaux 1995 (III/P, 46 jeux/67 rangs) Que d’histoire dans cet instrument souvent relevé, sauvé lors de la Révolution, reconstruit par Cavaillé-Coll et Gonzalez avant d’être reconstruit selon les principes et techniques d’origine par les facteurs Boisseau et Cattiaux. Le résultat : l’un des plus beaux instruments de la facture française du siècle de Louis XIV et digne de ses prestigieux titulaires que furent Couperin, Marchand, Dandrieu et Daquin. Le programme nous présente des œuvres de compositeurs français des XVIIe et XVIIIe siècles. Enregistrement tout à fait remarquable par des artistes de très haut calibre qui rendent à cette musique toute sa fraicheur. Alpha, 950, 2013

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Mixtures, numéro 35 novembre 2011


Symphonies d’orgues Joanna Kaja-Vallière et Domenico Severin Orgue Cattiaux, 2011 (III/P, 38 jeux/52 rangs) Église Saint-Pierre-Saint-Paul, Courbevoie Mis à part la Toccata, Adagio et Fugue de J.S. Bach joué par Joanna Kaja-Vallière, les autres œuvres sont présentées en duo. Ces pages nous permettent de connaître et d’apprécier la riche palette sonore de l’instrument. À part quelques œuvres connues de Haendel et Mozart, l’enregistrement comporte des œuvres écrites originalement pour d’autres médium telles les ouvertures de Rossini ou les Danses hongroises de Brahms. Celles-ci prennent alors de nouvelles couleurs sonores et permettent une lecture différente. Programme intéressant et registrations originales. Appassionato, AP 005, 2013

Regina renata Andreas Fischer, Pieter van Dijk et Wolfgang Zerer Orgue Flentrop, 2013 (IV/P, 61 jeux/98 rangs) Église Sainte-Catherine, Hambourg Comme son titre l’indique, on assiste à la naissance d’un instrument roi. La reconstruction de l’instrument d’esthétique Renaissance/ Baroque détruit au cours de la Seconde Guerre mondiale en 1943 marque un événement unique dans le monde organistique. Au Rückpositiv installé en 2009 succéda, en 2013, l’installation des autres divisions. Cet enregistrement présente la première documentation sonore de l’instrument. Les trois organistes, qui ont suivi l’évolution du projet pendant près de 20 ans, nous offrent des œuvres de Scheidemann, Reincken, J.S. Bach, Degenhardt et Distler. Sonorité à la Flentrop tout à fait exceptionnelle. Un incontournable. Es-Dur, ES 2050, 2013

The American Symphonic Organ Jean-Baptiste Robin Orgue Skinner, Opus 660 et 726, 1920/1986 (IV/P, 74 jeux/79 rangs) Cincinnati Museum Center at Union Terminal, Cincinnati, OH Ces deux instruments, réunis en un seul, forment un des meilleurs orgues symphoniques américains. Ils ont été construits par Ernest M. Skinner vers la fin des années 1920 et acquis par le Cincinnati Museum Center, installé dans une ancienne gare ferroviaire, sur une période de 25 ans à partir de 1986. On y présente des transcriptions d’œuvres symphoniques souvent inédites de Debussy, Albéniz, Bartok, Bizet, Barber, Mahler et Liszt. L’artiste utilise des registrations qui s’apparentent à une instrumentation orchestrale reflétant les couleurs, les effets de masse et les caractères distinctifs des cinq divisions placées tout autour de la rotonde et l’équilibre entre les cinq boîtes expressives. Enregistrement agréable à entendre et réentendre! Brillant Classics, 947276, 2013

Mixtures, numéro 40, mai 2014

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L’orgue sur le web par André Côté ECHO (European Cities of Historical Organs) est une association formée de neuf villes de neuf pays d’Europe partageant un patrimoine organistique important. Par différents moyens, elle favorise la protection de cet héritage dans les villes d’Alkmaar (Pays-Bas), Bruxelles (Belgique), Freiberg (Allemagne), Fribourg (Suisse), Innsbruck (Autriche), Lisbonne (Portugal), Toulouse (France), Treviso (Italie) et Trondheim (Norvège).

Pour nous Canadiens, le monde de l’orgue se résume bien trop souvent à l’Amérique (du Nord, principalement) et à l’Europe. D’autres contrées sont pourtant bien nanties en tout ce qui touche à l’orgue. C’est notamment le cas de l’Australie avec diverses associations comme « The Organ Music Society of Sydney »

http://www.echo-organs.org/

Existant depuis 1950, cette organisation fait la promotion de l’orgue par différents moyens. Son site internet recense les évènements musicaux, les publications (dont The Sydney Organ Journal) et les nombreux et intéressants instruments non seulement de Sydney mais aussi de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et des pays environnants.

Pour chaque ville, des liens nous conduisent vers les instruments importants, les principaux organistes et les activités qui s’y tiennent. Des sites internet spécialisés viennent compléter l’information. En tant qu’interprète à la recherche d’une interprétation toujours plus authentique, nous devons nous renseigner sur les doigtés anciens. Un article très intéressant de Dominique Ferran, publié sur le site « Clavecin en France », reprend le texte d’une conférence abordant les différentes époques et écoles de pensée en ce domaine. Cet article, comportant de nombreuses illustrations extraites de documents historiques, est disponible en format PDF. http://www.clavecin-en-france.org/spip.php? article181 Il est toujours impressionnant d’entendre les confidences de personnalités qui ont vécu une époque donnée en côtoyant les acteurs principaux. L’organiste et compositeur Henri Büsser livre en entrevue (à l’âge de 100 ans!) ses rencontres avec, entre autres, Franck, Widor, Debussy et Gounod. Ce dernier fut, selon son dire, son père spirituel. Büsser fut un témoin exceptionnel de la vie musicale de la seconde partie du XIXe siècle au début du XXe siècle. Cette savoureuse vidéo a été réalisée en 1972 :

http://sydneyorgan.com/

Dans la foulée des populaires sites de petites annonces, voici celui qui s’attribue lui-même le titre du « Marché de l’orgue et de la pièce détachée », Orgue-annonces est un site internet de petites annonces de particuliers et de professionnels qui propose des annonces en ligne pour acheter ou vendre des orgues à tuyaux, numériques ou électroniques, des harmoniums, des orgues de barbarie ainsi que des pièces détachées se référant à ces instruments. http://www.orgue-annonces.com/ Un lien bien utile pour le bricoleur ou l’amateur d’orgue à la recherche d’une bonne affaire!

Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

http://www.ina.fr/video/CPF86632057/henribusser-video.html

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Mixtures, numéro 40, mai 2014


Revue des revues par Gaston Arel et Robert Poliquin FRANCE L’orgue francophone / BULLETIN DE L’ORGUE FRANCOFFAO, 13 rue de Balzac, 93600 Aulnay-sousBois, France.

PHONE,

No 48, Décembre 2013 : Éditorial — La route des orgues à Saint-Étienne et alentours — Une petite histoire de l’organetto — L’orgue de Sixt-Fer-à-Cheval en Haute-Savoie — L’orgue à cylindres de l’église SaintPierre d’Airvault — Les problèmes de l’enseignement de l’orgue en Russie — In memoriam André Bouras — Assemblée générale 2013, Rapport moral — La route des orgues 2014 — Les concours d’orgue 2013. Orgues nouvelles / Coet Sal — Mériadec, 56400 Plumergat, France. (Supplément de musique et CD avec chaque numéro) No 22, Automne 2013 : Éditorial — Un nouvel orgue à Radio-France — Interpréter Titelouze — La tradition symphonique — Patrimoine : les six orgues de Maïra — Rock et orgue : Frank Zappa — Toulouse les Orgues : le Festival et le Concours —À l’ami Robert Helmschrott — Quelle mélodie pour notre chant ? — Gonzalo de Beana : Arte novamente inventada pera aprender a tager — Bernard Foccroulle : Cappricio sopra Ré-Fa-MiSol — Talents méconnus : Charles-Valentin Alkan — Info en montre, Boîte expressive. No 23, Hiver 2014 : Éditorial — Puget Toulouse 18401960 : une dynastie, douze décennies; fin d’une dynastie; l’orgue Puget, la fiabilité et l’efficacité des boîtes expressives; l’héritage — Ô Toulouse : la magie de Toulouse les Orgues — Bouvard, Rechsteiner, le relais — Orgues de Barbarie : petite histoire; Haydn, Mozart et l’orgue mécanique — Talents d’aujourd’hui : Vincent Paulet — Yves Devernay : la passion au bout des doigts — Jeune talent: Wolfgang à Versailles — Imprévisible Chapelet — Giacinto Scelsi : In nomine Lucis — Infos en montre, Boîte expressive.

l’orgue de l’église Saint-Bavon — Les voyages de M. Philéas Fogg — Nouvel orgue au Temple de Broye — Personnalités — Actualité : courrier, disques, partitions, livres, divers, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, calendrier des concerts. 66e année, No 1, 2014 : Éditorial : Le Pape parle aux organistes — Des goûts musicaux des français — Henri Deshayes, organiste de l’Annonciation et les récitals d’Eugène Gigout — Le coin des organistes en paroisse — Un interview d’Yves Rechsteiner de Toulouse les orgues — Le quart d’heure d’improvisation : caractère et couleurs — Au lac ? Marcel ? — Les voyages de M. Philéas Fogg — Les 250 ans de l’orgue de Saint-Étienne de Moudon — Actualité : disques, partitions, revue de presse, cours, concours, congrès et académies. CANADA Organ Canada / Orgue Canada / JOURNAL BIMENSUEL COLLÈGE ROYAL CANADIEN DES ORGANISTES (RCCO/ CRCO), 202-204 St. George Street, Toronto

DU

V 27, No 1, January 2014 : Isbjorn! A Musical Exploration Beyond the Artic Circle — Honorary Awards Recipients — Our Trust is in the Lord — Barrie Cabena Birthday Bash — UK Report — President’s Message: Why I am a Teacher — Reviews — Centre News — Hindsight — Chaplain’s Column — Positions Available, Sixteenth Notes. V 27, No 2, March 2014 : Two Wolff Organs in Montreal — Festival at the Forks — Tributes to Hellmuth Wolff — Organ Selection — Opus Wolff : A life’s work in photographs — President’s Message: Forward Planning and Meeting Deadlines — Chaplain’s Column — Gingerbread Organ — Hindsight — Nominations Report — Centre News — Chaplain’s Column — Positions Available, Sixteenth Notes.

SUISSE La Tribune de l'orgue / R E V U E S U I S S E R O M A N D E , Guy Bovet, CH-2000 Neuchatel, Suisse 65e année, No 4, 2013 : Éditorial — L’arrangement de musique orchestrales — Le nouveau mouvement à Paris : Charles Bordes et Saint-Gervais — Le quart d’heure d’improvisation : caractère et couleurs — Quelle pédagogie pour commencer l’orgue ? — Si Bach avait connu le piano… — Chamonix : La tartiflette — Haarlem et Mixtures, numéro 40, mai 2014

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ÉTATS-UNIS The Tracker / JOURNAL OF THE AMERICAN GUILD OF ORGANISTS (AGO), 475 Riverside Drive, Suite 1260, New York, NY 10115 V 58, No 1, Winter 2013 : From the Executive Director — From the President: The OHS, Where we are headed… — The Brooklyn Pilcher (Chapel of the Spa Apartments, Clifton Springs, NY) Lives Again ! — The Zandt Collection of Books on the Organ — A Wonderful Organ of 1625 Found in France — In The Tracker 50 Years Ago — Archives Corner — News, Reviews, Ex Libris, Minutes, Obituaries, Endnotes. The American Organist / JOURNAL OF THE ORGAN HISTOSOCIETY (OHS), P.O. Box 26811, Richmond, VA 23261 RICAL

V 47, No 10, October 2013 : AGO Boston 2014 Convention — AGO Certification Examination Results 2013 — In the Beginning Was the Word: The Subversion of the Christian Message — AGO Colleague Examination 2013: The Modulating Bridge — Feature: 140th Anniversary of Schantz Organ Company. V 47, No 11, November 2013 : AGO Boston 2014 Conventions: Workshops and Commissions — Increasing Interest in Organ Recitals — New Organ Repertoire for the Colleague Exam — Bach’s Feet: The Organ Pedals in European Culture — Sewanee Church Music Conference 2013 — Christmas Pastorales of Johann Valentin Rathbeger — The Organ Library and Archives of the Boston Chapter at 30 Years — Youth and the Organ — New Life for a Scottish Chamber Organ — Feature: Merton College, Oxford (England); Dobson, Opus 91, III/P, 44/52. V 47, No 12, December 2013 : 2013 Tallahassee Church Music Conference — AGO Boston 2014 Convention: Commissions — AGO Pipe Organ Encounters 2013 — APOBA: Can’t It Be Louder?! — God Among Us: A Theological Reading of Messiaen’s Dieu parmi nous — Feature: Trinity Lutheran Church, Reading, PA; Murphy & Associates, Opus 58, III/P, 37/48. V 48, No 1, January 2014 : AGO Boston 2014 Commissions — Libby Larsen: 2014 Distinguished Composer — Multum in Parvo, Part III: The Holtkamp Portative — AGO Certification Requirements — Musicians “On the Side” — University of Michigan Conference on Organ Music — Fully Retired: Interview with John Ditto — Feature: Covenant Presbyterian Church, Charlotte, NC; Schluetter, II/P, 54/32.

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V 48, No 2, February 2014 : Ralph Vaughan Williams: A Rediscovered Manuscript — Musicians “On The Side” — An Organ at the Crossroads: Indiana University Organ Conference — 2013 East Texas Pipe Organ Festival — Musical Rhetoric in J. P. Sweelinck’s Keyboard Variations, Part I — New Home for Giuseppe Englert’s Organ — Feature: St. Paul Episcopal Cathedral, San Diego, CA; Quimby, IV/P, 97/85. V 48, No 3, March 2014 : AGO 2014 Boston Convention Commissions — Pogorzelski-Yankee Bequest Enables AGO to Enrich Lives through organ Music — A New View on Bach — Musical Rhetoric in J. P. Sweelinck’s Keyboard Variations, Part II — Musicians “On the Side” — Historical Organ Study Tour 2013 — Feature: Church of St. Francis Xavier, New York, NY; Peragallo, Opus 700, III/P, 72/52. The Diapason / 3030 W. Salt Creek Lane, Suite 201, Arlington Heights, IL 60005 V 104, No 10, October 2013 : In the Footsteps of Richard Webster — 2nd Annual Church and Organ Tour (Hamilton, ON) — The Organ: A Dangerously Inexpressive Musical Instrument — Organ Feature: Providence United Methodist Church, Charlotte, UC; Parkey, Opus 14, III/P, 65/64. V 104, No 11, November 2013 : A Life in Church Music: Donald P. Hustad (1918-2013) — 2013 Sewanee Church Music Conference — Organ Feature: Reid Chapel, Samford University, Birmingham, AL; AeolianSkinner, Opus 1384, 1962/Quimby, II/P, 52/48. V 104, No 12, December 2013 : Anglo-Dutch Organ Transplant: A Henry Willis organ in Leiden (Netherlands) — 16th Albert Schweitzer Organ Festival — OHS 2013: Burlington, VT — Organ Feature: Fordham University Church, New York, NY; Roosevelt 1879/Schoenstein, Gallery: III/P, 80/35; Sanctuary: II/P, 26/14. V 105, No 1, January 2014 : 2013 British and French Organ Music Seminars — The Organ at St. James United Church, Montréal, QC — The Resurrection of a John Renton Scottish Chamber Organ — Organ Feature: St. Bridget R.C. Church, Richmond, VA; Buzard, Opus 42, III/P, 32/38. V 105, No 2, February 2014 : 2013 McGill Summer Organ Academy — Early Organ Composer’s Anniversaries in 2014 — Organ Feature: Hertz Hall, University of California, Berkeley, CA; Noack, Opus 98, III/P, 35/43. V 105, No 3, March 2014 : Conversation with Robert Powell at 80 — Fugal Improvisation in the Baroque Era, revisited — Organ Feature: St. Alban’s Episcopal Church, Tucson, AZ / St. Albert’s Priory, Oakland, CA; Fritts, Opus 35/36, II/P, 22/21. Mixtures, numéro 40, mai 2014


Mixtures #40, mai 2014  
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