Page 1

Numéro 39

Novembre 2013

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

www.fqao.org


Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

Les Concerts Lachine présentent

Les Saints-Anges en musique SAISON 2014 Tous les derniers dimanches du mois à 15 h — Entrée libre

Église Saints-Anges 1400 boulevard Saint-Joseph, Lachine

Consultez notre site internet pour la programmation

www.concertslachine.ca

Laurent Duval L’orgue ce méconnu Montréal, FQAO, 2012, 305p. 11 planches couleur 20 $ (+ 4 $ frais d’expédition par la poste) Cet essai, écrit en 2001, est un incontournable pour quiconque désire connaître le développement de l’orgue au Québec. Après un bref rappel de l’histoire du développement de l’orgue au cours des siècles, l’auteur nous amène au début du XIXe siècle en nous dépeignant le rôle qu’a joué Albert Schweitzer dans la sauvegarde de l’orgue classique. À ce rappel historique s’enchaîne l’histoire de la facture d’orgue au Québec ainsi que de sa « renaissance » à la fin des années 1950 et au début des années 1960. La deuxième partie de l’ouvrage nous amène au cœur du répertoire de la musique d’orgue et s’attarde principalement sur l’œuvre pour orgue de J. S. Bach avec un bref commentaire sur ses principales œuvres.

Libellez votre chèque au nom de la FQAO et expédiez, par poste à FQAO 1749 rue Boisvert, Laval, QC H7M 2L1


Mixtures

Sommaire

Coordonnateur Robert Poliquin

Les organistes

Comité de rédaction Claude Beaudry, Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Michelle Quintal

4

Collaborateurs à ce numéro Gaston Arel, Irène Brisson, Sylvain Caron, Esther Clément, André Côté, Denis Juget, Luc Létourneau, Marc O’Reilly, Hélène Panneton, Robert Poliquin, Jacquelin Rochette, Gabrielle Tessier

Les instruments 8 16 22

Révision Claude Beaudry et Gérard Mercure

23

Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : Canada : 5 $ par numéro États-Unis : 7 $ par numéro Europe : 11 $ par numéro

Date de tombée : 1er du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com Mixtures Robert Poliquin 1203, rue du Sieur-d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca

Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Novembre 2013 ISSN 1201-5741

Le nouveau Casavant de la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm à Québec La petite histoire du grand orgue Beckerath de la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph Un orgue centenaire : le Casavant de l’Espace Hypérion (ancienne église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier) à Québec Un nouvel orgue dans le région de Montmagny Les compositeurs

Impression Les Copies de la Capitale

La passion musicale : un geste de transmission entrevue de Sylvain Caron avec Jacques Boucher (2e partie)

24 26

Auguste Descarries : Un musicien québécois à découvrir « Autour de Bach » en Estrie Les chroniques

28 30 31 33 34 36 37

Anniversaires en musique Ici et là, au Québec... - Montréal - Québec - Drummondville Parutions L’orgue sur le web Revue des revues

En couverture : Casavant, Opus 3896, 2013 3 claviers manuels et pédalier 37 jeux, 51 rangs, 2 846 tuyaux Traction mécanique/électro-pneumatique des claviers Traction électrique des jeux Salle Raoul-Jobin, Palais Montcalm Québec, QC Photo : Palais Montcalm — Maison de la musique

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Page 3


La passion musicale : un geste de transmission (2e partie) Une entrevue de Sylvain Caron avec Jacques Boucher S.C. Votre départ de Radio-Canada coïncide avec l’arrêt des émissions d’orgue. Est-ce vous qui avez décidé d’arrêter ces émissions? J.B. Bien sûr que non, c’est la direction qui a pris cette décision. Cela faisait partie d’une vision nouvelle de la radio. Personnellement, nommé directeur, j’avais travaillé sur le contenant, mais non sur le contenu des émissions. Il est normal qu’un directeur veuille aussi changer le contenu, cela fait partie de sa mission. Mais à ce point… Il est aussi normal que tous ne soient pas du même avis. On a évalué et présumé, de manière interrogeable, la capacité du public à écouter de la musique. Ce que l’on entend aujourd’hui n’a rien à voir avec la radio des années 1960 à 1980. Ce qui me gêne n’est pas tellement ce qu’on y entend, mais surtout ce qu’on n’y entend plus. Pour moi, l’impact de ce changement n’est pas d’abord radiophonique, mais avant tout culturel. Nous sommes moins confrontés à la musique classique, aux œuvres contemporaines et à la diversité des instruments. L’impact peut être aussi direct que celui de ne pas donner le goût de jouer un instrument de musique. Par exemple, il est aujourd’hui difficile de recruter des hautboïstes ou des contrebassistes. Mais depuis combien de temps n’avons-nous pas entendu ou vu de récitals de hautbois ou de contrebasse à la radio ou à la télévision? Lorsque j’étais enfant, le lundi matin, des amis se réunissaient à la tannerie pour fumer à la pipe du tabac que mon père achetait des producteurs de Joliette. Souvent, dans la conversation, l’un d’eux demandait : « As-tu entendu le récital de Richard Verreau hier soir aux Beaux dimanches? » Après une bonne discussion, un autre poursuivait : « Astu vu la pièce de théâtre avec Albert Millaire et Jean-Louis Roux? » Ces discussions avaient lieu dans une simple tannerie, parce que l’on avait vu et entendu des musiciens et des acteurs. Or, pendant mes quatre ans où j’ai été doyen de la Faculté de musique de l’Université de Montréal, où 1

Les lecteurs qui souhaiteraient obtenir des informations détaillées sur la carrière et les activités de Jacques Boucher peuvent consulter son site web : www.jacquesboucher.org Page 4

j’ai tout de même côtoyé des milliers d’étudiants, aucun n’est venu me parler de Radio-Canada. L’impact culturel de la société d’État n’est plus le même que jadis. SC. Est-ce par souci de maintenir un impact culturel dans vos activités professionnelles que vous avez poursuivi votre carrière aux Jeunesses musicales du Canada? En 1997, on a offert aux employés de RadioCanada de bonnes conditions de départ volontaire à la retraite. Je me suis alors interrogé sur ma volonté à poursuivre mon travail dans une radio complètement changée. Aucun de mes prédécesseurs n’avait fait de focus group pour décider quelle œuvre allait être commandée. Un homme éminemment cultivé, comme Jean Vallerand, était suffisamment compétent et perspicace pour déciMixtures, numéro 39, novembre 2013


der lui-même des œuvres à commander afin de créer un patrimoine, sans perdre plusieurs journées en réunion et en consultation pour effectuer les choix. C’était la mise en œuvre d’une vision artistique. Malgré tout, quitter RadioCanada représentait la perte de la sécurité que représente un emploi permanent. Rétrospectivement, je considère que partir aura été une bonne décision, parce que cela m’aura permis d’être plus créatif, et de poursuivre mon travail non pour des raisons pécuniaires, mais par motivation. Le bonheur, c’est de créer et de communiquer. Quelque temps après mon départ, le poste de directeur aux Jeunesses musicales du Canada s’est ouvert. C’était un défi intéressant, mais difficile, puisque je devais travailler à l’échelle nationale non plus avec quelques centaines de collaborateurs comme à la radio, mais avec six. Et cela au moment même où on créait le Concours international de Montréal et que la maison des Jeunesses musicales devait être rénovée. Je devais procéder à l’embauche de jeunes artistes qui allaient faire des concerts un peu partout au Canada. Néanmoins, ces choses se sont faites parce que le mouvement des Jeunesses musicales est remarquable, basé sur un réseau d’équipes de bénévoles dans chacune des localités. Ces bénévoles vivent quelque chose de gratifiant à travers la musique. Le directeur et le bureau central ne peuvent pas s’attacher à une idée : ils doivent la faire partager, de manière à ce que chaque communauté s’approprie un projet. Il y a parfois autant de bonheur à être dans la coulisse que sur la scène. Le bénévole se dit que si le musicien est sur la scène, c’est grâce à lui, qui est dans la coulisse. Il participe au projet à sa manière, et contribue à son succès. À mon départ de la direction, je pouvais compter sur 22 collaborateurs… Lorsque je suis entré dans mon bureau de directeur des Jeunesses musicales, l’une des premières choses que j’ai faites a été de lire tous les procès-verbaux, depuis les origines du mouvement en 1949 jusqu’à pratiquement mon arrivée. Que voulait faire le fondateur, Gilles Lefebvre? Il avait une idée de structure associative, et il a réussi à persuader le milieu d’y participer. Au Collège de Sainte-Anne en 1958, une cotisation de cinq dollars s’ajoutait à mes frais de Mixtures, numéro 39, novembre 2013

scolarité. Je ne l’ai nullement regretté, puisque pour cette modique somme, j’ai eu droit à des concerts fabuleux, avec les meilleurs jeunes musiciens du Canada et d’ailleurs. En 1998, il n’y avait plus de couvents et presque plus de collèges. Nous avons plutôt décidé de travailler avec les diffuseurs, comme les centres culturels, les associations locales et les municipalités. Les bénévoles et les diffuseurs se sont réunis autour d’une cause, celle du début de la carrière des jeunes musiciens. Si l’on perdait un organisme tel que les Jeunesses musicales, il y aurait une dégringolade considérable de la culture musicale au pays. S.C. Effectivement, le tissu musical repose sur des associations qui permettent au milieu d’être structuré, et qui encouragent la réussite des musiciens. Sans doute y a-t-il plusieurs organismes dont nous mésestimons l’importance? J.B. Il y a tant d’organismes dont le rôle est important pour la musique que je ne pourrais pas ici tous les nommer. Je me permets toutefois de souligner la contribution importante de l’Académie de musique du Québec, qui organise chaque année depuis 1911 le Prix d’Europe. Ce prix a permis à nos meilleurs talents d’aller se former en Europe auprès des plus grands maîtres. Ils sont revenus ici en jouant un rôle majeur pour le développement de la musique dans notre société. Si l’on perdait cette structure, l’impact serait majeur. À RadioCanada, nous avons soutenu la création musicale par des commandes de milliers d’œuvres et par d’innombrables concerts. Le milieu de la composition serait-il aussi vigoureux si Radio-Canada n’avait pas été là pour eux? Et qu’adviendra-t-il de la relève en composition dans les prochaines années? Nous sommes aujourd’hui un peuple créatif parce que d’autres, avant nous, ont cru et ont travaillé au développement de la création. De nous dépend aussi le sort des générations futures. Que souhaitons-nous leur léguer? S.C. Nous sommes créatifs, mais ne manquonsnous pas manquons de leaders pour prendre en main l’organisation et la structuration des activités musicales? J.B. C’est vrai, une personne peut être un excellent musicien sans pour autant être un bon leader. J’aime bien le mot vocation, qui vient du latin vocatio : l’action d’appeler. Il faut se sentir appelé Page 5


pour jouer un tel rôle. Diriger et organiser sont des services qui, malgré la visibilité qu’ils procurent, demandent une grande dose d’humilité. Ce n’est pas un travail d’autorité hiérarchique, mais plutôt un travail de mise en lien. La créativité, tant artistique qu’organisationnelle, consiste à faire des liens entre des choses ou des personnes qui, au départ, sont séparées. Une fois l’objet réalisé, l’auditeur ou le spectateur ne voit pas le travail de lien qui a été effectué. C’est pourquoi je parle d’humilité. N’empêche que je n’ai jamais ménagé mes efforts pour mener à bien mes projets, non seulement par plaisir du produit fini, mais aussi pour la satisfaction que j’éprouve à être autre chose qu’un bureaucrate et à créer de l’animation musicale. Cela a été ma motivation tout au long de ma carrière. S.C. Dans la vie musicale québécoise, les différentes associations régionales des Amis de l’orgue jouent elles aussi un rôle important. Pourtant, les organismes subventionnaires déplorent souvent le peu de public présent aux concerts, au point parfois de remettre en cause la subvention accordée. Que penser de la question du public dans les concerts d’orgue? J.B. Soyons réaliste : on ne pourra jamais démocratiser l’orgue au point où il faudra répéter un concert quatre fois dans la même église pour répondre à la demande. Par contre, l’orgue est un instrument communautaire. Pendant longtemps, il a été presque le seul instrument de diffusion culturelle dans une communauté. Je prends l’exemple de ma paroisse d’enfance, Saint-Pascal-de-Kamouraska. L’orgue de la paroisse était bien modeste. Nous sommes au début des années 1960. Antoine Bouchard revenait d’Europe la tête et les oreilles remplies de sonorités d’instruments fabuleux. La facture d’orgue était alors en plein renouveau. Comment un jeune organiste pouvait-il demeurer passif dans cette situation? Le curé de la paroisse a alors appuyé les projets de l’abbé Bouchard et fait un travail remarquable en associant la communauté paroissiale au projet d’un nouvel orgue. Ce n’était plus le projet d’un individu, mais celui d’une communauté, qui était fière d’y participer. À l’inauguration, l’église était complètement remplie, et le nouvel orgue est devenu un fleuron de la facture québécoise. Depuis des dizaines Page 6

d’émissions radiophoniques et des disques y furent enregistrés. En 2014, un festival marquera le 50e anniversaire de l’inauguration. Pour développer le public de l’orgue, on doit d’abord bien réfléchir à la composition des programmes qui seront joués. Il faut demeurer soucieux de l’accessibilité de la musique et de sa bonne communication. On ne présente pas le même programme à un congrès d’organistes et à un concert destiné à des néophytes. Il est souvent souhaitable de combiner l’orgue à d’autres instruments. On oublie trop souvent que l’orgue est non seulement un instrument soliste, mais aussi un instrument chambriste. Une seconde condition importante à la réussite des concerts est de s’associer au milieu. Un organisateur ne peut pas réussir seul, il lui faut trouver dans sa communauté des gens qui ont la passion de l’orgue. Cela est non seulement nécessaire à l’organisation, mais aussi à la mise en marché du produit, qui appartient à toute une communauté et non à un individu. Je souligne également que l’approche des médias est cruciale : il est difficile de bien parler de l’orgue. On l’aborde souvent de manière très technique. Un article qui parlerait du double échappement du piano n’aurait aucun impact sur le public. Pourquoi alors tant insister sur des aspects tels que la mécanique de l’instrument dans les médias? Plus que pour les autres instruments, chaque orgue est unique, tributaire du lieu pour lequel il a été construit ou réaménagé. Parler des spécificités d’un instrument permet non seulement d’intéresser un public, mais de le rendre conscient de la valeur d’un orgue en tant que patrimoine. Récemment, j’ai fait un disque sur cinq orgues du Bas-Saint-Laurent, avec saxophone. Nous avons misé sur l’aspect patrimonial des instruments. Dans le contexte où plusieurs églises sont menacées de fermeture, l’orgue prend une valeur nouvelle, celui de rendre les gens d’une région fiers de leur patrimoine. Les églises sont un bien précieux pour une communauté; pourquoi attendre qu’il y ait une menace de fermeture pour les valoriser? Le Québec recèle bon nombre de trésors méconnus. Dans les localités où nous avons fait les enregistrements, nous avons été reçus avec enthousiasme. Chaque maire s’est impliqué en achetant pour sa municipalité des disques, qui deviennent un outil de représentation culturelle. En

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


outre, pourquoi ne ferait-on pas de concerts où serait racontée l’histoire de la vie musicale de la paroisse? Dans la plupart des églises, il y a eu des musiciens remarquables qui ont fait de la musique pendant de nombreuses années. À Saint-Pacôme, Yvette Gagnon, la sœur d’André, a été l’organiste pendant plus de 60 ans. Dans l’Est-du-Québec, l’abbé Destroismaisons a joué un rôle important. Il ne faut pas perdre la mémoire de ces réalisations remarquables, qui sont source de fierté et d’exemples pour le présent. Bien entendu, il faut valoriser le mécénat. Un donateur ou un commanditaire souhaite souvent être vu et reconnu pour l’impact du geste qu’il pose. Il veut que l’on se souvienne de lui, que l’on dise aux générations futures que c’est grâce à lui que la culture s’est perpétuée, que le lieu est demeuré vivant malgré une période difficile. Il faut aussi être à l’écoute des idées nouvelles. Les jeunes ont des idées différentes qu’il faut savoir accueillir. Ils ont leurs propres réseaux, et sont capables de « folie » et de fantaisie. Quatre jeunes entrepreneurs qui s’impliquent dans une paroisse peuvent radicalement changer la dynamique d’une communauté. Une dynamique qui passe de « qu’est-ce que ça donne? » à « qu’est-ce que je veux transmettre? » Parmi les nouveaux outils de diffusion, le canal VOX (qui s’appelle maintenant MAtv) joue un rôle important puisque c’est une chaîne communautaire. Plusieurs bénévoles enregistrent des concerts dans leur région, l’été. Il y a aussi Radio Ville-Marie, qui rejoint un demi-million d’auditeurs dans la plupart des régions du Québec.

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

J’y anime une émission d’orgue dans des conditions artistiques fabuleuses, avec la plus grande liberté. Je peux maintenant diffuser les récitals qui ont été enregistrés dans de bonnes conditions. Peut-être y a-t-il des associations d’Amis de l’orgue qui souhaiteraient m’envoyer leurs enregistrements? La technologie permet aujourd’hui de faire des enregistrements d’excellente qualité avec un équipement relativement peu coûteux et simple d’utilisation. Je conclurai en disant que la formule du concert peut avantageusement être revisitée. J’aime beaucoup théâtraliser la présentation et m’associer aux gens de verbe. Dans la foulée de mon disque avec saxophone, je ferai quelques concerts sur le thème d’Histoire de Sax. Albert Millaire revêtira le personnage d’Adolphe Saxe, l’inventeur du saxophone, et racontera son histoire en écho avec les œuvres musicales. Assurément, la formule n’est pas faite pour les congrès d’organistes, mais elle attirera les gens et leur fera apprécier la musique. Ce sera léger comme formule, mais riche musicalement. L’orgue est un instrument qui, plus que tout autre, à cause de son invisibilité, peut facilement être ghettoïsé. Comment faire en sorte qu’il devienne l’instrument d’une passion partagée? Tel est le sens de ce que j’ai fait, et telle est la raison d’être, incontestablement, de la musique. Sylvain Caron est professeur titulaire à la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Il y enseigne l’écriture, la musicologie et la recherche-création. Il a occupé, pendant 12 ans, la fonction de vicedoyen. Il est aussi organiste.

Page 7


Le nouveau Casavant du Palais Montcalm à Québec par Jacquelin Rochette1 Depuis l’annonce de la construction de l’orgue Casavant de la salle Raoul-Jobin, nous entendons de toutes parts des expressions de joies, et surtout une expression qui revient sur toutes les lèvres : depuis le temps qu’on attend cet orgue. Dès mars 2002, le maire Jean-Paul L’Allier annonçait un budget de trois millions de dollars pour l’achat d’instruments de musique pour le Palais Montcalm qui sera reconstruit. Il disait qu’on y trouverait clavecins, pianos et grand orgue. L’appel d’offres pour l’orgue a été lancé le 17 mai 2004. On y apprend que la salle dont la construction remonte aux années 1930 sera transformée et entièrement reconstruite dans le style Art-Déco. On mentionne la forme « shoe box » pour la réalisation d’une acoustique qui sera exceptionnelle. Le plancher de la salle est abaissé d'un étage, le grand balcon démoli, et deux petits balcons ajoutés. On indique aussi que la nouvelle salle sera le lieu de résidence de l'ensemble Les Violons du Roy. L’orgue trônera à l’avant de cette salle de mille places, au-dessus de la scène. Le facteur retenu devra fournir un instrument qui réponde aux exigences techniques du devis, en particulier que ce soit un grand orgue de concert de trois claviers à traction mécanique, d’environ 36 jeux, d’esthétique Gottfried Silbermann, et qui puisse servir le répertoire avec orchestre.

Dépassement budgétaire, incendie au cours des travaux de rénovation de la salle, il faudra attendre plusieurs années avant que la commande de l’orgue ne soit passée. La concrétisation de ce grand orgue est non seulement l’achèvement de la salle Raoul-Jobin, elle représente pour les musiciens de la vieille capitale la réalisation d’un rêve de plusieurs décennies. En effet, lorsque je me suis inscrit à l’École de musique de l’Université Laval au milieu des années 1970, nous, étudiants, évoluions dans ce mouvement du renouveau de l’orgue classique où l’instrument à traction mécanique est un incontournable. Nous rêvions tous du moment où nous aurions, à Québec, un grand mécanique de trois claviers pour mieux rendre le répertoire de Bach et de ses contemporains. Nous trouvions ces instruments à Montréal, et nos modèles se trouvaient à Saint-Pascal-de-Kamouraska et à NotreDame-des-Sept-Douleurs à Edmundston au Nouveau-Brunswick. D’ailleurs, nous n’hésitions pas à faire le pèlerinage pour aller voir, entendre et jouer ces instruments. En classe, nos discussions portaient souvent sur la conception des orgues. Que de souvenirs de ces échanges avec mes maîtres Antoine Bouchard et Antoine Reboulot sur l’orgue français, l’orgue allemand, et la juste synthèse qu’un Gottfried Silbermann avait réussie dans ses instruments.

Le Palais Montcalm après rénovations.

Page 8

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


Considérations pour la composition sonore de l’instrument Pour déterminer la composition sonore de l’instrument et répondre à la demande qu’il puisse se prêter naturellement à l’interprétation soliste ou concertante des répertoires du XVIIIe siècle, nous avons d’abord étudié les documents nous présentant Gottfried Silbermann, et nous avons considéré ses devis, les tailles et l’harmonisation des orgues qu’il a créées. Nous avons aussi considéré les besoins d’un orgue qui a à fusionner avec l’orchestre, et nous avons fait nos choix. Gottfried Silbermann

Gottfried Silbermann (1683-1753) est un contemporain de Johann Sebastian Bach (16851750). Il est d’ailleurs connu qu’ils ont travaillé ensemble, discutant des problèmes techniques et des réalités acoustiques en facture d’orgues, et qu’ils étaient collègues et amis. Silbermann était un visiteur régulier chez Bach à Leipzig, et il a même été le parrain de Carl Philipp Emmanuel Bach. Très tôt, Gottfried est initié à l’ébénisterie par son père. Puis, de 1702 à 1707, il étudie la facture d’orgues avec son grand frère Andreas à Strasbourg, et pendant deux ans avec le facteur Thierry à Paris. Il était d’ailleurs entendu qu’à la fin de sa formation, Gottfried ne travaillerait pas dans le même territoire que son frère. Alors, dès 1710, Gottfried retourne dans sa Saxe natale et ouvre son atelier à Freiberg. L’aspect le plus important des instruments de Gottfried Silbermann est sans contredit leur sonorité distincte qu’on qualifie « de chantante »,

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

« d’argenté ». En comparaison avec la facture d’Arp Schnitger, les différences majeures de la facture Silbermann traduisent incontestablement l’influence des concepts de la facture française, auquel Gottfried a ajouté ses propres idées dues en partie à ses grandes connaissances en chimie et physique et à ses discussions avec ses collègues musiciens. Gottfried utilise des contenus en étain plus élevés, assurant du même coup une richesse à ses sonorités. Les flûtes sont suaves, articulées, argentées, les anches sont fondamentales, qualifiées de « bassonnantes » sans pour autant manquer de présence et de caractère « anché », et le Posaune de la Pédale procure à Johann Sebastian Bach ce support fondamental si essentiel à l’architecture sonore. Le résultat de la série d’harmoniques formant les Cornets et jeux de Tierce donne une sonorité généreuse où on remarque l’imitation d’un jeu d’anche, et on conclut en disant que la sonorité de l’ensemble est certes généreuse et agréable, somme toute moins acide que la production plus nordique. Gottfried Silbermann a fabriqué quelque 45 instruments, dont 31 subsistent toujours. De ces instruments, quatre seulement possédaient trois claviers, et deux nous sont parvenus, les deux autres ayant été détruits durant les guerres. À l’étude de ses instruments, nous constatons que Silbermann a « standardisé », sauvant du temps de dessin, de mise en production et d’outillage, mais ne lésinant en rien sur la qualité des composantes et de l’exécution. Il n’est donc pas surprenant que près de 70 % de ses orgues soient encore en fonction. Gottfried a fabriqué les plus petits instruments quasiment tous identiques tant pour la composition que pour le buffet, et la différence majeure se trouve dans l’harmonisation finale et l’accord, où il a su adapter, soignant les timbres dans les acoustiques où il travaillait. En créant de tels instruments, il est évident qu’il appréciait grandement la musique, et en avait une excellente compréhension, ce qui était essentiel pour que ses instruments puissent traduire avec clarté la musique contrapuntique de son temps, la musique d’un Johann Sebastian Bach, par exemple.

Page 9


Photo : Palais Montcalm — Maison de la musique


Construction d’un orgue dans une salle de concert L’élaboration d’un orgue de salle de concert est différente du travail de facture d’orgue plus traditionnelle que l’on trouve dans les lieux de culte. Il doit en effet répondre à des exigences spécifiques de fusion avec l’orchestre et d’accompagnement de chœurs où flexibilité et dynamique sont à la base de l’architecture tonale de l’instrument. L’orgue doit donc posséder en priorité toutes les ressources nécessaires pour le répertoire orchestral. Aussi, le succès d’un orgue ne se résume pas à ses seules qualités sonores. L’orgue est un instrument qui doit être capable de transmettre la démarche artistique du musicien avec précision et souplesse. Le facteur d’orgues doit savoir calculer et choisir les techniques qui permettront à l’instrument de servir efficacement et discrètement l’harmonie donnée aux tuyaux. Composition et devis À la lumière de toutes ces considérations, nous avons élaboré un instrument de 37 jeux indépendants. L’orgue Casavant porte le numéro d’opus 3896, indiquant qu’il est le 3896e instrument sorti des ateliers de Saint-Hyacinthe. L’orgue compte 51 rangs de tuyaux répartis sur trois claviers manuels et pédalier, pour un total de 2 846 tuyaux. Nous y retrouvons les principales particularités de l’esthétique de Gottfried Silbermann avec les adaptations nécessaires pour un grand instrument d’orchestre. La souplesse et la flexibilité de l’orgue doivent se rapprocher de celle qu’on retrouve dans les ensembles instrumentaux ou vocaux. La mise en harmonie, timbre et transitoires d’attaques, sont déterminants dans la réussite de l’instrument. Nous avons créé des principaux présents, d’attaques franches sans être tranchantes, qui se superposent à des jeux de gambes et de flûtes comportant plus d’inertie et des jeux doux. Il faut que l’orgue soit capable de suivre la dynamique de l’orchestre dans les nuances extrêmes, sans risque de créer de déséquilibre. Nous avons

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

créé des jeux de fonds très doux, d’autres plus puissants, des jeux apportant de la couleur à la façon des bois, des jeux d’anches de timbre compatible avec les instruments d’orchestre. Bref, nous avons créé une riche palette sonore autant dans ses nuances, dans la variété de ses timbres que dans son étendue, qualités essentielles pour un instrument de concert. L’efficacité de la boîte expressive du Récit est un autre attrait de la flexibilité de l’instrument. Construite à doubles parois, elle est munie d’un mécanisme qui permet à l’organiste un contrôle sans heurts de pianissimo à forte, permettant ainsi de contrebalancer les nuances de l’orchestre sans avoir nécessairement à changer de registration. Le timbre des mixtures, qui n’a pas d’équivalent à l’orchestre, a été extrêmement soigné. Nous avons créé des mixtures qui permettent au discours contrapuntique d’être bien servi, reprenant les idées directrices des compositions de Silbermann. Le traitement tient compte du rôle musical de chaque division, et permet un crescendo lors des ajouts et retraits successifs. L’orgue peut aussi balancer et suivre les nuances des basses de l’orchestre avec la richesse de ses fonds et de ses anches de 32’ et de 16’. Le Posaune de 32’ a des résonateurs en bois et est pleine longueur à partir du premier fa. Pour le répertoire symphonique, quand l’orgue aura à dialoguer avec un orchestre plus important, une batterie d’anches formée de tuyaux dont le bout des pavillons est recourbé et de tuyaux installés horizontalement pour en assurer la présence trouve sa place sur deux claviers et à la pédale. Pour tous les jeux d’anches, équivalent des cuivres de l’orchestre, des anches Bertounèche plus fermées, sont retenues car elles sont plus adéquates pour se marier avec le timbre de l’orchestre. Un soin particulier a été apporté dans la définition des timbres des jeux d’anches pour le rôle musical de chaque département et pour suivre le crescendo de l’orchestre avec les ajouts successifs.

Page 11


La console du buffet

Localisation de l’orgue L’emplacement de l’instrument est idéal dans la salle. Localisé en plein centre, l’orgue est entièrement dans la salle, le plus bas possible et près de la scène, derrière les chœurs et l’orchestre. La position des divisions de l’orgue est excellente. Le Positif, contrôlé du premier clavier, est juste audessus de la console et pourra jouer le rôle d’un continuo quand la partition requerra plus de ressources sonores. Le Récit expressif est à l’arrière du Positif, tandis que le Grand Orgue et la petite pédale se trouvent au niveau supérieur, ce qui leur assure la meilleure projection sonore. Enfin, la grande pédale se trouve divisée de part et d’autre de l’instrument. Outre la console mécanique, placée directement sous l’orgue, une console électrique mobile est disponible sur scène. On préférera parfois le jeu Page 12

Photo : Palais Montcalm — Maison de la musique

de cette console pour faciliter la communication entre le chef, l’organiste et les autres musiciens. L’orgue est équipé d’un combinateur performant à multiples niveaux de mémoire permettant d’appeler n’importe quelle combinaison très rapidement. Traction mécanique et seconde console La traction mécanique des notes est limitée par la force physique de l’organiste. Au-delà d’une certaine taille d’orgue, il existe en effet le risque de voir une détérioration de la qualité de la mécanique qui devient trop dure. Pour pallier cela, Casavant a développé une assistance électro-pneumatique pour les grands instruments à traction mécanique et pour les instruments de salles de concerts où, comme pour la salle Raoul-Jobin, une seconde console mobile sur scène est souhaitée. Cette assistance électro-pneumatique est assemblée de telle sorte qu’elle est entièrement indé-

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


pendante de l’action mécanique. Ainsi, quand on joue l’action mécanique, on ne sent pas la mise en route de la seconde action, et vice-versa. Il n’y a pas de compromis de qualité d’actions. L’action électro-pneumatique est beaucoup plus nerveuse que les électro-aimants (« pull-down magnets ») largement utilisés en facture d’orgues. Aussi, avec des capteurs à effet Hall, l’assistance est asservie à la mécanique, assurant une entrée prompte, une répétition nerveuse, et surtout un relâché synchronisé à la mécanique. La qualité du touché dans les grands ensembles est nettement plus précise et l’organiste ne souffre pas d’une impression de retard ou d’une impression que la machine est lente. Cette assistance est une seconde action qui est activée par la seconde console électrique mobile sur la scène. Différents points de connexions sont prévus pour les besoins anticipés.

La console de scène Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Architecture et buffet Pour la conception et la réalisation du magnifique buffet, nous avons collaboré avec monsieur Jacques Plante, l’architecte des travaux et professeur à l’École d’architecture de l’Université Laval. Nous avons étudié le style Art-déco de l’édifice du Palais Montcalm. L’idée du « claustra », l’élément ornant l’arrière-scène, a été appliquée au concept des grillages du buffet. Nous avons assimilé les techniques de construction des boiseries de la salle, en contreplaqué d’érable. La finition permet non seulement d’apprécier le grain du bois, mais comporte deux finis sur les panneaux situés en hauteur : un fini lustré et un fini plus satiné divisés par une ligne fine noire. Rien n’a été laissé au hasard. Les panneaux et motifs sont en continuité parfaite avec les lignes de boiserie de la salle, et la finition est identique avec les différents éclairages qui sont utilisés.

Photo : Palais Montcalm — Maison de la musique Page 13


Acoustique Au niveau de l’acoustique, l’orgue était aussi vivement souhaité pour remplacer le rideau qui trônait à la place depuis l’ouverture de la salle en 2006. Ce rideau absorbait davantage plutôt que de supporter les richesses harmoniques. Nous avons été en lien avec l’acousticien Larry S. King, de la firme ARTEC Consultants de New York qui a réalisé cette acoustique remarquable, généreuse, qui nous permet d’apprécier les subtilités des développements harmoniques et de l’expression des musiciens. Avec lui, nous avons discuté de la densité des boiseries, de l’angle de diffusion des différents panneaux du buffet pour que l’orgue, par sa géométrie, contribue à la diffusion sonore et offre un meilleur support aux formations orchestrales et chorales. Nous avons aussi planifié la réalisation du système de vent de l’orgue. Tous les porte-vent de l’orgue sont en bois avec joints d’étanchéité assurant qu’il n’y ait aucune émission de bruit. Le ventilateur est localisé dans le soubassement de l’orgue, dans une chambre en béton avec doubles portes munies de joints d’étanchéité. Enfin, pour assurer la stabilité de l’accord, le ventilateur puise l’air dans la chambre d’orgue, et la prise d’air est spécialement construite avec déflecteurs pour qu’il n’y ait aucune transmission de bruit. On a aussi logé le Tremblant à vent perdu du Récit avec le ventilateur, dans une boîte insonorisante, pour s’assurer que ce mécanisme soit absolument inaudible de la salle. L’alimentation en vent se fait uniquement par de grands réservoirs de taille généreuse (rectangulaires, à table mobile et simple éclisse), de manière à ce que le vent soit souple et que l’émission sonore des différents mélanges de jeux chante comme il est souhaité, sans pour autant qu’elle soit affectée de « houppements ». Chaque réservoir est localisé le plus près possible de la division correspondante. Les sommiers sont équipés de régulateurs de pression (anti-secousses). Circulation et accès à l’orgue L’instrument que nous avons réalisé pèse quelques 28 600 livres. Il y a donc eu vérification que la structure de la plate-forme soit adéquate pour supporter ce poids.

Page 14

L’instrument occupe essentiellement tout l’espace sur environ 10 mètres de largeur, plus de trois mètres de profondeur, et quelque 10 mètres de hauteur. Comme l’espace est assez limité à l’avant de l’instrument, nous avons convenu de créer un passage à l’arrière de l’orgue, pour permettre la circulation d’un côté à l’autre du balcon. Pour ce faire, les réservoirs de l’orgue ont été positionnés de part et d’autre de l’instrument, et nous avons aménagé un passage avec boiseries finies de façon identique à celles de la salle, avec portes d’accès pour l’entretien de l’instrument. Ces portes seront aussi utiles pour voir les composantes internes lors de visites de l’instrument. Conclusion L’engouement pour la musique classique se répand à travers le monde et stimule les dirigeants des grandes villes à construire des salles de concerts aux qualités acoustiques exceptionnelles et équipées de grandes orgues de concert. Parmi ses dernières réalisations, outre le grand orgue du Palais Montcalm, Casavant Frères termine l’instrument de la Maison Symphonique de Montréal, et a réalisé ceux du Kennedy Center à Washington, DC, du Kauffman Center for the Performing Arts à Kansas City, Missouri, du National Theater à Ordos en Mongolie intérieure, et du Grand Theater à Hefei en Chine. Nous exprimons toute notre reconnaissance aux administrateurs, aux musiciens et aux partenaires du Palais Montcalm et de la ville de Québec pour leur confiance, leur appui et leur empressement à collaborer avec nous dans toutes les étapes de réalisation du nouvel orgue de la salle RaoulJobin. Sans leur travail acharné et leur détermination, la réalisation et le succès de ce grand orgue de concert tant souhaité n’auraient pu se concrétiser. C’est en musique que les générations futures apprécieront cet exploit et souligneront la vision de ces bâtisseurs.

1

Jacquelin Rochette est directeur artistique chez Casavant Frères.

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


Casavant, Opus 3896, 2013 3 claviers manuels et pédalier 37 jeux, 51 rangs, 2 846 tuyaux Traction mécanique / électro-pneumatique des claviers Traction électrique des jeux II. Grand-Orgue Montre 16’ Montre 8’ Flûte à cheminée 8’ Prestant 4’ Quinte 2 2/3’ Doublette 2’ Dessus de Cornet 8’ V Fourniture 1 1/3’ IV Zimbelstern Bombarde 16’ Trompette (en chamade) 8’ Posaune 8’ Clairon 4’ Carillon (G-g2) Rossignol I. Positif Principal 8’ Bourdon 8’ Prestant 4’ Flûte à fuseau 4’ Nazard 2 2/3’ Octave 2’ Tierce 1 3/5’ Quinte 1 1/3’ Cymbale 2/3’ IV Cromorne 8’ Tremblant doux Bombarde 16’ (GO) Trompette 8’ (GO) Clairon 4’ (GO)

Pédale Basse résultante 32’ Contrebasse 16’ Montre 16’ (GO) Soubasse 16’ Bourdon 16’ (REC) Octavebasse 8’ Bourdon 8’ Octave 4’ Contre-Posaune 32’ Posaune 16’ Bombarde 16’ (GO) Trompete 8’ Trompette 8’ (GO) Clairon 4’ (GO)

III. Récit expressif Bourdon 16’ Bourdon 8’ Salicional 8’ Céleste 8’ Octave 4’ Flûte conique 4’ Gemshorn 2’ Mixture 2’ III-V Basson 16’ Trompette 8’ Hautbois 8’ Tremblant à vent perdu

Étendue des claviers : 61 notes (C-c4) Étendue du pédalier : 32 notes (C-g1) Accouplements : GO/PED; POS/PED; REC/PED 8,4 POS/GO; REC/GO; REC/POS Combinaisons ajustables : Électronique, 12 généraux, à 256 niveaux de mémoire Crescendo ajustable; Expression du Récit; Interface MIDI

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Page 15


La petite histoire du grand orgue Beckerath de la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal à Montréal par Denis Juget

C’est en 1957 que Rudolf von Beckerath installe un orgue de 44 jeux à la Trinity Lutheran Church de Cleveland en Ohio. À cette occasion, il fait le voyage jusqu’à Montréal, invité par les organistes Kenneth Gilbert, Raymond Daveluy, Lucienne et Gaston Arel. Un voyage pour le moins décisif puisqu’il se concrétise ultérieurement par l’installation de trois instruments : celui de la Queen Mary Road United Church en 1959, celui de l’Oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal en 1960 et le magnifique orgue de l’église de l’ImmaculéeConception en 1961. Trois instruments majeurs de Beckerath qui propulsèrent la réforme de l’orgue au Québec et dans toute l’Amérique du Nord. Mise en contexte La première correspondance concernant l’achat de l’orgue de la basilique de l’Oratoire SaintJoseph-du-Mont-Royal date du 25 février 1958. Il s’agit d’une lettre de la direction du sanctuaire, adressée à monsieur Rudolf von Beckerath, facteur d’orgues allemand, l’informant qu’il avait été choisi pour construire le grand orgue de la basilique, laquelle, à cette époque, était toujours un vaste chantier sur le point d’aboutir. Le contrat a été signé le 23 juin 1958, le facteur s’engageant à livrer l’orgue 30 mois plus tard. Toute la correspondance subséquente concernant la conception de l’instrument est constituée de lettres écrites dans un français très élaboré et raffiné, de part et d’autre. Au cours de ces échanges, monsieur Beckerath soumit aux autorités de l’Oratoire une composition sonore et différentes esquisses de buffet sous forme d’aquarelles aux teintes dominantes de bleus et de jaunes. Les architectes de l’Oratoire n’apprécièrent pas les premiers dessins proposés : trop de lignes obliques. Ils demandèrent à voir des lignes verticales plus dominantes. Quant à la composition sonore, monsieur Daveluy, organiste de l’Oratoire, proposa, par l’entremise du recteur, de la modifier afin d’être en mesure de jouer un Récit de Tierce.

Page 16

Aquarelle soumise par Rudolf von Beckerath (Archives de l’Oratoire Saint-Joseph)

En 1959, la construction put enfin commencer dans les ateliers de Hambourg et, quelques mois plus tard, 167 caisses furent envoyées par bateau vers Montréal. L’installation de l’instrument prit huit mois. Le 13 novembre 1960, monsieur André Marchal, éminent organiste français, donna le concert inaugural. La pièce d’ouverture, le Prélude et fugue en ré majeur fut interprété par l’organiste titulaire de l’orgue, Raymond Daveluy. Marchal continua le programme avec des œuvres de Louis et de François Couperin, de Clérambault, de Daquin, de Tournemire. Il interpréta aussi la Tierce en taille de Nicolas de Grigny, le Troisième Choral de Franck, la Fantaisie en sol mineur de Bach, le Te Deum de Langlais et termina son programme par une improvisation.

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


Photo : Robin C么t茅


Rapidement, l’orgue de l’Oratoire connut un rayonnement considérable. Concerts et enregistrements se succédèrent. Monsieur Daveluy, compositeur et organiste titulaire pendant de nombreuses années, œuvra dans ce sens. Eut lieu aussi la série de concerts des mercredis soir, LES CONCERTS SPIRITUELS, où se produisirent de grands organistes. Aujourd’hui, l’orgue et les Petits Chanteurs du Mont-Royal contribuent toujours au faste des cérémonies. Description de l’instrument Le buffet est construit en pin d’Oregon avec un système de grands panneaux en contreplaqué. La structure intérieure est faite de gros poteaux de bois et de traverses de métal profilées en I. L’instrument est de toute évidence inspiré du « Werkprinzip ». Il s’agit d’une conception verticale où chaque plan sonore est bien défini. La Pédale, avec sa Montre de 32', est de chaque côté de l’instrument. Le Grand-Orgue est au centre avec sa Montre de 16' et dessous se trouve le clavier de Bombarde avec les chamades. Tout en haut du buffet trône le Récit, derrière son Principal de 8' en façade, hors boîte. L’Écho quant à lui est directement au-dessus de la console. Le Positif de dos est loin du dos de l’organiste... à plus de quatre mètres de distance. Il est disposé en encorbellement centré sur la rambarde du jubé. L’orgue est monumental : il mesure 18 m de hauteur, 14 m de largeur et pèse près de 40 tonnes! L’orgue est alimenté en vent par deux ventilateurs installés dans une pièce à l’étage inférieur de la tribune. La pression du vent aux réservoirs primaires est de 96 mm. Chaque sommier a son propre régulateur, de type « Schwimmer », sur toute la surface du fond de laye. Les pressions des claviers se situent entre 68 et 76 mm et celle de la Pédale est de 96 mm. Les tuyaux de la Montre 32' et la Bombarde 32' de Pédale sont en zinc, ceux des Montres 16' et 8' sont en étain. La majorité du plenum, les flûtes ouvertes et les anches sont en « spotted metal », un alliage de 50 % de plomb et 50 % d’étain. Les flûtes bouchées sont en étoffe, un alliage plus riche en plomb. L’harmonie des fonds est réalisée à pied ouvert avec un parler rapide, proche de l’octave, riche en harmoniques.

Page 18

Quelques anecdotes Lors du montage de l’instrument, les facteurs eurent la désagréable surprise de voir qu’on appliquait des panneaux absorbants sur les plafonds de la basilique. Beckerath en fut très mécontent et essaya tant bien que mal de composer avec la nouvelle acoustique beaucoup plus sèche. Il fit construire une Soubasse 16’ de Pédale plus grosse et transféra le jeu d’origine dans le nouvel orgue de l’Immaculée-Conception. En 1966, des travaux importants furent entrepris dans la basilique. La décoration intérieure fut complètement changée, on installa les dalles de pierre sur toute la surface du plancher et on enleva les panneaux acoustiques. Après ces travaux, Beat Grenacher et Hellmuth Wolff firent des retouches et égalisèrent l’harmonie. Le buffet de l’orgue, qui était à l’origine plus clair, d’une teinte miel ambré, sensiblement comme l’intérieur de la console, fut refait plus foncé, d’une teinte tirant sur le rouge bourgogne. C’est aussi à cette époque que furent adressées à Beckerath des demandes de modifications : l’ajout d’une Trompette au Récit, l’ajout de l’accouplement Récit sur Positif et de deux tirasses, GrandOrgue sur Pédale et Récit sur Pédale, plus deux autres demandes surprenantes : déménager l’orgue dans le transept gauche et diviser le buffet du Positif de dos en deux sections! Beckerath refusa de réaliser toutes ces demandes. L’entretien de l’orgue fut assuré successivement par Odilon Jacques, puis par Karl Wilhelm, qui ajouta une tirasse Grand-Orgue en 1967. Par la suite, la maison Wolff & Associés, qui assura l’entretien de l’instrument de 1970 à 2004, améliora le combinateur. Originalement limité à cinq généraux avec deux niveaux de mémoire, il fut alors augmenté à 10 généraux, quatre partiels de Pédale et 64 niveaux de mémoire. Les boutons de registre furent changés et les cuillères, remplacées par des pistons de pied. En 2004, JugetSinclair prit le relais jusqu’au démontage de l’instrument en septembre 2011.

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


Hissage de la console Photo : Arnaud Duchenaux

Les échafaudages Photo: Robin Côté

Hissage de la Montre 16’ Photo: Céline Richard

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Page 19


La restauration À la suite d’une subvention importante versée à L’Oratoire par le ministère de la Culture, les fonds réservés à l’orgue sont confiés au Conseil du patrimoine religieux du Québec. Bien que l’instrument ne date que de 1960, on le considère comme un instrument historique. Les démarches en vue d’une restauration commencent. Le facteur d’orgues George Taylor, ayant travaillé chez Beckerath, est nommé consultant. Son entreprise, Taylor & Boody de Staunton en Virginie, a restauré avec succès, en 2009, le grand orgue Beckerath de Pittsburgh installé en 1963. Les entreprises Casavant Frères, Juget-Sinclair, et les Orgues Létourneau soumissionnent sur un cahier des charges très précis. La restauration de l’instrument est confiée à Juget-Sinclair. Les travaux de restauration débutent en septembre 2011 et, après plus de 8 000 heures de travail, se terminent en juin 2012. Cette intervention conforte la pensée artistique des concepteurs de l’instrument; aucune modification majeure n’est réalisée. Seuls les éléments de mécanique ayant une masse trop grande, tels que vergettes, équerres, fils, écrous, abrégés, etc. sont remplacés. L’esthétique musicale est scrupuleusement respectée, jusque dans la façon dont les tuyaux parlent. Excepté les buffets et la grande façade de 32’, tout est méthodiquement démonté, nettoyé et restauré au besoin en commençant par le haut. Les mécaniques sont débranchées et la console, sortie du buffet. Ce bloc console, avec ses cinq claviers et tous les accouplements, est transporté à l’atelier Juget-Sinclair. Tout au long de la restauration de l’orgue, deux équipes travaillent en parallèle, une à l’Oratoire pour restaurer la tuyauterie et les sommiers, l’autre à l’atelier pour restaurer les boiseries de la console et construire les nouvelles pièces de mécanique. Toutes les mécaniques entre les claviers et les sommiers étaient à refaire. Les fils de console, balanciers, équerres, vergettes, pendules, guides et abrégés sont reconstruits sur le tracé d’origine. Au remontage, tous ces éléments sont bien alignés, de façon à réduire les frictions. La précision de cet alignement et le soin porté à la fabrication de toutes ces pièces constituent l’essence même d’une mécanique fiable et performante. Page 20

Les sommiers étaient en bon état. On notait cependant un désaffleur entre le cadre et les barrages qui occasionnait des cornements. Les grilles sont redressées et recouvertes de papier. Tous les joints d’étanchéité en peau, la peau des soufflets et celle des régulateurs sous les layes sont remplacés. La tuyauterie était dans une condition exceptionnelle. Elle n’avait pas été endommagée par les accords. On notait simplement quelques affaissements des gros tuyaux et des pointes des pavillons des anches. Toutes les parties endommagées sont alors refaites, et les gros tuyaux, suspendus par des ressorts, afin de réduire le poids au niveau du pied. La poussière qui tapissait toutes les surfaces, incluant la tuyauterie, était comme un voile qui, petit à petit, avait assombri l’instrument. Les 5 811 tuyaux sont nettoyés à l’aspirateur et au compresseur, puis égalisés et accordés! Quelques changements sont apportés à l’instrument. Les cinq premiers tuyaux de la Montre 16’ de façade sont remplacés par des tuyaux neufs. Ces gros tuyaux s’étaient rapidement affaissés et avaient déjà été redressés en 1971. Ils se trouvaient, encore une fois, dans un état très dangereux au moment du démontage de l’instrument. À l’origine, ces cinq tuyaux étaient alimentés par un sommier pneumatique pour ne pas occasionner une trop grosse dépression des gravures du sommier principal. Deux autres sommiers pneumatiques sont construits pour alimenter le reste de la première octave afin d’atténuer ces mêmes problèmes de dépression. Les moteurs des tirages de jeux sont remplacés, ainsi que les boutons. La forme et le lettrage sont copiés sur ceux des deux autres orgues Beckerath de Montréal. Un nouveau combinateur est installé et des pistons supplémentaires sont insérés sous chaque clavier. Un grand orgue mécanique de cette taille exige de l’interprète un effort physique considérable. Le remplacement des vergettes en bois par de la fibre de carbone, un matériau plus léger, et la construction de nouveaux abrégés amènent une réduction de la masse en mouvement et, conséquemment, permettent une articulation plus subtile. La mécanique, auparavant lourde, spongieuse et plutôt lente, est maintenant plus légère, plus précise dans les attaques et à la relâche des notes, même avec les claviers accouplés. De tout le travail de restauration, le changement qui est le plus notable pour l’organiste se trouve sous ses doigts! Mixtures, numéro 39, novembre 2013


Photos: Robin Côté

Ont participé aux travaux de restauration : L’atelier Juget-Sinclair : Jocelyn Bélair, Robin Coté, François Couture, Dean Eckmann, Jean-Dominique Felx, Denis Juget, Céline Richard et Stephen Sinclair. Assistants : Raymond Batroussy et Arnaud Duchenaux. Sous-traitants : — Aug. Laukhuff; façade Montre 16’, moteurs d’expressions. — Richard Houghten Company ; consultant électronique, installation combinateur et câblage (Richard Houghten et Vladimir Vaculik). — SSOS; combinateur électronique. Consultant : George Taylor, facteur d’orgues. Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Page 21


Un orgue centenaire par Robert Poliquin Le 15 juin 2013, on célébrait, à Québec, le centenaire de l’orgue Casavant, Opus 519, de Casavant Frères installé dans la salle de l’Espace Hypérion (ancienne église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier). En effet, c’est le 15 juin 1913, que J. Arthur Bernier, organiste en l'église Saint-Jean-Baptiste de Québec, Henri Gagnon, juste de retour de ses études en Europe et avant sa nomination à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, et le titulaire, Léon J. Dessane inauguraient, lors d’un grand concert ce magnifique instrument. Pour souligner cet événement, cinq organistes invités (Édith Beaulieu, Emmanuel Bernier, Claude Lemieux, Jean-Guy Proulx, Jacquelin Rochette) ont fait vibrer l’instrument centenaire devant une foule impressionnante d’organistes, de mélomanes et d’amateurs de musique d’orgue. Historique Cet orgue est remarquable à plusieurs points de vue. Dans la plupart des grands projets que les frères Casavant avaient réalisés à Québec depuis le milieu des années 1890, ils avaient utilisé des buffets et tuyaux d'instruments existants de Mitchell et Warren. Cet orgue, entièrement neuf, devient, si on veut, un démonstrateur de leur savoir-faire.

La composition sonore de l'instrument est de Claver et Samuel Casavant. Le plus remarquable dans cet instrument, c’est le raffinement des timbres qui nous sont parvenus pratiquement inchangés. On y retrouve les influences premières de l'esthétique symphonique française mais aussi l'influence locale, l'adaptation aux acoustiques de nos églises où le support sonore est fort différent de celui des grandes cathédrales françaises. L'influence de l'esthétique anglo-saxonne et américaine est indéniable. C'est ainsi que l'on retrouve des principaux plus moelleux, une Montre plus forte et costaude, des jeux de flûtes en bois, à bouches inversées et à doubles bouches. À l'interne, les divisions du Grand-Orgue et de la Pédale sont placées au centre tandis que les divisions expressives sont disposées à l'arrière. Le Récit est du côté de l'évangile alors que le Positif et le Solo sont réunis dans la même boîte expressive du côté de l'épitre. Référence : Rochette, Jacquelin : L'orgue de l'église NotreDame-de-Jacques-Cartier : allocution à l'occasion du centenaire de l'instrument; Québec, 15 juin 2013

Le dessin du buffet est de l'architecte GeorgesÉmile Tanguay de la firme Tanguay et Lebon. Ce buffet est un très bel exemple d'un buffet orné du début du XXe siècle. Il a été construit par Henri Angers, de Québec, pour la somme de 2 000 $, le tout étant prêt le 15 mai 1913. Il a été peint par les peintres de la firme Gauthier et Frère, de Québec, pour la somme de 245 $. Le coût total de cet instrument de 52 jeux et 55 rangs répartis sur quatre claviers manuels et pédalier fut de 12 800 $. La console est en cerisier. Très belle boiserie ouvrée, les jeux sont placés à la française, c'està-dire, en gradins de part et d'autre des claviers. Elle est munie du système de combinaisons développé par les Casavant. Le combinateur a été partiellement restauré et tous les pneumatiques des sélecteurs sont d'origine. Page 22

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


Nouvel orgue dans la région de Montmagny par Luc Létourneau Un nouvel orgue de concert verra bientôt le jour au Québec! Le 26 janvier prochain, à 15 heures, aura lieu en l’église Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, charmant petit village tout près de Montmagny, une inauguration d’orgue avec bénédiction solennelle de l’instrument.

Tous les organistes qui désireraient avoir accès à l’instrument après le concert inaugural sont priés de faire connaître leur intention, par courriel, à madame Greffard à l'adresse courriel suivante: mh.greffard@hotmail.com.

Cet orgue, de 26 jeux / 22 rangs répartis sur deux claviers manuels et pédalier, a été reconstruit par Les Ateliers Guilbault Bellavance Carignan. Il s’agit de l’orgue Casavant, Opus 2257, datant de 1957 (14 jeux) provenant de l’église Saint-Zéphirin-deCourval (Nicolet). Il a été augmenté à partir d’un second orgue. Le concert inaugural sera donné par Marie-Hélène Greffard. L'entrée est gratuite.

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Page 23


Auguste Descarries :

Un musicien québécois à découvrir

par Hélène Panneton

C’est à juste titre que le nom d’Auguste Descarries commence à trouver résonance dans l’esprit des musiciens et mélomanes du Québec. La fondation, en avril 2012, de l’Association pour la diffusion de la musique d’Auguste Descarries (ADMAD), la production d’un disque de sa musique religieuse et son lancement le 11 octobre dernier à l’occasion d’un concert-conférence, des éditions de ses pièces pour piano et de plusieurs de ses œuvres sacrées, la publication prochaine dans Les Cahiers des Dix d’un article de quarante pages sur Descarries écrit par la musicologue Marie-Thérèse Lefebvre, toute cette activité contribue à faire renaître en 2013 un musicien qui, en son temps, avait fait école et suscité le respect de ses contemporains. En décembre 1929, ce Lachinois d’origine rentre à Montréal au terme d’un séjour de huit ans à Paris où l’avait conduit le Prix d’Europe en 1921. Au fil de sa carrière, il sera actif à titre de compositeur, professeur, concertiste, conférencier, maître de chapelle et organiste. À son retour au Québec, il avait cependant éprouvé quelques difficultés à se tailler une place dans un milieu musical dont les chefs de file ne juraient que par la musique française. Or, en France, Descarries avait plutôt fréquenté des musiciens russes représentatifs du mouvement néoromantique. Ces influences transparaissent dans les œuvres sacrées que Descarries conçoit pour le culte à l’église Saint-Viateur d’Outremont où il est maître de chapelle de 1938 jusqu’à sa mort en 1958. Il compose des œuvres majeures en lien étroit avec l’action liturgique. Le corpus de musique religieuse, qui a fait l’objet d’un tout premier enregistrement sur étiquette Espace 21, comprend cinq motets pour voix solistes et orgue ainsi que six œuvres chorales, dont deux messes pour chœur à voix égales. Il faut songer que ces œuvres sacrées ne représentent que le quart environ de la production totale du compositeur qui a signé également des mélodies, une Rhapsodie canadienne (1928) et des œuvres de musique de chambre, sans compter de nombreuses pièces pour piano, la plupart de ces compositions étant à l’état de manuscrit. Page 24

Les quelque 400 personnes qui ont convergé vers l’église Saint-Viateur, le 11 octobre dernier, pour le concert de lancement du disque « Œuvres sacrées pour chœur, solistes et orgue » et le lancement de la Messe des Morts dans une édition du Nouveau Théâtre Musical y avaient sans doute été poussées par la curiosité. Elles en sont ressorties charmées par la beauté de toute cette musique qui dormait dans des archives depuis plus de 50 ans et que l’auteure de ces lignes a pris plaisir à mettre au jour, avec la conviction qu’elle valait la peine d’être partagée par le plus grand nombre d’interprètes et d’auditeurs. L’année 2013 marque un jalon important dans la redécouverte d’un musicien d’envergure. Auguste Descarries resurgit comme une pièce manquante dans le paysage musical des années 1930 à 1960 au Québec, auquel il aura apporté une contribution remarquable. Pour se procurer un CD ou des partitions de Descarries, consulter www.associationaugustedescarries.com

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


Autour de Bach

Les Amis de l’orgue de L’Estrie

par Marc O’Reilly

Pour sa troisième année d’existence, Les Amis de l’Orgue de Sherbrooke ont planifié une saison autour de Bach. L’année débute avec la prestation de Dom André Laberge à l’orgue de la chapelle St. Mark’s (Wilhelm, 1992) de l’Université Bishop’s. Dom Laberge consacre son programme à J. S. Bach. Aux grandes grgues de la cathédrale Saint-Michel de Sherbrooke, Marie-Hélène Greffard sela l’invitée lors du deuxième concert dans un programme varié allant de Bach à Messiaen. Le troisième concert, également donné à la chapelle St. Mark’s nous fera entendre des œuvres de Bach et Britten interprétées par l’organiste Gabrielle Tessier et l’altiste Tina Cayouette. Le dernier concert de la saison intitulé « Autour de Bach » sera l’occasion pour les mélomanes de découvrir une instrumentation inusitée dans un programme éclectique. L’organiste Chantal Boulanger et le contrebassiste Jean-François Martel nous convient à une prestation de découvertes sonores autour de l’univers de J. S. Bach. Les deux interprètes nous feront découvrir des œuvres ou des arrangements du grand maître de Leipzig et aussi d’Arvo Pärt réalisés par le compositeur estrien Marc O’Reilly. On pourra y entendre, entre autres, le choral de la Passion Erbam dich mein, o Herre Gott / Aie pitié de moi, ô Seigneur Jésus, BWV 721 revisité harmoniquement par le compositeur. Tout en restant dans le style baroque, l’arrangeur revisite le célèbre Prélude de la 2e suite pour violoncelle seul de Bach en y ajoutant une introduction et un interlude au positif ainsi qu’une finale en duo avec la contrebasse. Dans le concept de ce concert, trois œuvres maîtresses retiennent l’attention : la Sonate pour viole de gambe, le Credo de la Messe en si mineur tous deux de J. S. Bach et la création de la Suite pour contrebasse et positif de Marc O’Reilly. Dans cette dernière ainsi que dans le Credo de Bach, la technologie du « Loop station1 » est utilisée. 1

Le « Loop Station » est une technologie numérique utilisant le procédé de composition de la répétition. Page 26

Jean-François Martel, contrebassiste et Chantal Boulanger, organiste

La Sonate pour viole de gambe, rarement jouée en concert, sera donnée dans sa version originale. Dans le même esprit que les suites baroques, O’Reilly utilise trois danses (prélude, sarabande et gigue) pour la composition de sa Suite pour contrebasse et positif. Cette technologie souvent utilisée dans la musique commerciale et pop est reprise par le compositeur dans un tout autre contexte. Ici, elle est au service de la musique afin d’apporter plus d’ampleur à l’aspect sonore et formel.

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


La réalisation de l’arrangement du Credo de la Messe de Bach n’aurait pas été possible sans le support de cette technologie. Voici, brièvement, comment l’arrangeur a structuré cette fugue à sept voix soutenues par une basse continue. En premier lieu, comme cette technologie utilise la répétition comme procédé de composition, il a fallu choisir une section de la basse continue pour l’élaboration de l’arrangement afin de combler la faiblesse de ce procédé dans la musique de Bach. Considérant ce point de vue majeur, et des problématiques de modulations dans le Credo, les mesures 9 à 24 (16 mesures) ont été retenues, car elles permettent l’utilisation du « Loop » tout en gardant l’aspect fugué de l’œuvre. Le lien suivant vous permet de visionner la partition du Credo ainsi que la version audio de la pièce de Bach. http://www.youtube.com/watch?v=PufdRq4mjZA

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Pour les personnes qui aimeraient plus de détails techniques concernant le développement de cet arrangement et le projet de ces deux artistes, vous pouvez visiter le site suivant : http://jeanfrancoismartel.ca Ce projet de partenariat avec les Amis de l’orgue de l’Estrie a été réalisé grâce à l’obtention d’une bourse dans le cadre des bourses en région « Programme d’aide financière 2011-2014 du Fonds de l’Estrie pour les arts et les lettres » pour les artistes et écrivains professionnels à toutes les étapes de la carrière. Le Conseil des arts et des lettres du Québec octroie des montants à chaque région de la province, il se peut que l’appellation de soutien financier diffère d’une région à l’autre. Je vous souhaite de belles réalisations avec les interprètes et compositeurs de votre région et les meilleures chances aux artistes dans leurs demandes de projets.

Page 27


Anniversaires en musique par Irène Brisson Né en Thuringe l’année de la mort de JeanSébastien Bach, disparu l’année de la naissance de Richard Wagner et de Giuseppe Verdi, l’organiste Johann Gottfried Vierling (1750-1813) fut un disciple de Carl Philipp Emanuel Bach et de Johann Kirnberger. Il a rédigé un traité d’improvisation (1794) et un autre sur la basse continue (1805). Il a aussi composé quelque 160 cantates sacrées, un opéra et plusieurs recueils de musique pour orgue, ainsi que des pièces pour clavecin et de la musique de chambre. Ses œuvres pour orgue, qui suivent la tradition de Bach, consistent essentiellement en des chorals et en de courts préludes très pratiques pour un usage liturgique. Si le monde célèbre cette année avec faste le bicentenaire de la naissance de Wagner et de Verdi, il convient de souligner aussi celui d’un des plus grands pianistes français du XIXe siècle, CharlesValentin Morhange (1813-1888), qui a troqué son nom de famille pour le prénom de son père, Alkan. Enfant prodige et frère aîné de plusieurs musiciens, il est admis en piano et en violon au Conservatoire de Paris à l’âge de six ans. En 1824, - il a 11 ans ! - il remporte un premier prix de piano dans la classe du réputé Joseph Zimmermann et, dix ans plus tard, un premier prix d’orgue dans celle de François Benoist, dont l’élève le plus célèbre sera César Franck. Il donne ses premiers concerts comme violoniste en 1821, mais c’est princiPage 28

palement le pianiste virtuose de 17 ans que le public adulera. Ami de Liszt, de Chopin et de Franck, qui lui dédiera en 1862 sa Grande pièce symphonique, Alkan est surnommé « le Berlioz du piano » par le pianiste et chef d’orchestre Hans von Bülow. Il se partage entre la composition, l’enseignement et les concerts, se retirant toutefois périodiquement de la scène pour de longues années. Attiré par la musique ancienne, il est un des premiers Français à souscrire en 1850 à la Bachgesellschaft. De1873 à 1880, il organise une série annuelle de six « Petits concerts de musique classique » ayant pour but de faire connaître les maîtres du passé plutôt que ses propres œuvres. Étant d’origine juive, Alkan occupera très brièvement un poste d’organiste dans une synagogue (1851), et ne parviendra jamais à se faire accepter dans une église catholique. Cela explique peut-être son engouement pour le piano à queue avec pédalier qui sortira en 1853 des ateliers de Pierre Érard. Alkan le présente deux ans plus tard à l’Exposition universelle de Paris et donnera régulièrement des concerts sur cet instrument, jouant notamment la Toccata et fugue en fa majeur BWV 540 de Bach. Son piano-pédalier se trouve maintenant au Musée des instruments de musique de la Villette à Paris. De plus en plus solitaire, Alkan meurt à 74 ans. Une légende tenace veut qu’il ait été écrasé par sa bibliothèque tombée sur lui alors qu’il tentait d’y prendre un volume. Pianiste virtuose comparable à Liszt et à Thalberg, Alkan était un grand érudit, un homme plein d’esprit, un personnage original, voire excentrique, mais souvent enclin à la misanthropie, surtout après s’être vu préférer Antoine Marmontel à la succession de son maître Zimmermann en 1848 au Conservatoire. Il laisse 76 œuvres publiées, dont la plupart pour piano, ainsi qu’un bon nombre de partitions inédites. On doit à son intérêt pour le piano-pédalier trois recueils importants pour cet instrument : 12 Études pour les pieds seulement (1866), 13 Prières, op. 64 (1866) Mixtures, numéro 39, novembre 2013


dédiés à la mémoire de Pierre Érard, 11 Grands Préludes et une transcription du Messie de Händel, Op. 66 (1866) dédiés à César Franck, ainsi qu’un Benedictus, op. 54 (1859), deux Petits préludes sur les huit gammes du plain-chant (1859), un Impromptu sur le choral de Luther "Un fort rempart est notre Dieu" (Ein’ feste Burg ist unser Gott), op. 69 (1866) et un Bombardo-Carillon à quatre pieds seulement, ou quatre mains, sur clavier ordinaire (1879). L’orgue est mentionné dans quelques partitions, telles les 5 Préludes dans tous les tons majeurs et mineurs pour piano ou orgue de 1847, les 11 Pièces dans le style religieux et une transcription du Messie de G. F. Haendel, op. 72 (1867) pour orgue, harmonium ou « piano sans pédalier ». Tombée dans l’oubli après sa mort, la musique pour piano d’Alkan a été redécouverte dans les années 1960 et, plus récemment, les organistes se sont intéressés à ses œuvres pour pianopédalier ou pour orgue. Son style, son approche de l’instrument et son toucher sont ceux d’un pianiste, comme le démontrent son Prélude op. 66 n° 3 et son Benedictus op. 54, une œuvre lyrique qui se situe entre une sonate de Schubert — un compositeur dont il jouait les œuvres en concert — une ballade de Chopin ou une rhapsodie de Liszt. Son étonnant Impromptu op. 69 sur Ein’ feste Burg, dédié à François Benoist, est à la limite du style « pompier » de Louis Lefébure-Wély et des excentricités de Franz Liszt. Ses études pour pédalier sont d’une grande virtuosité, à l’image des Caprices pour violon seul de Paganini : on y trouve une abondance de trilles, de doubles pédales et d’accords qui se démarque nettement de ce qui pouvait se faire à l’orgue à l’époque. Pour en savoir plus sur ce fascinant personnage, on lira avec intérêt l’ouvrage collectif publié sous la direction de Brigitte François-Sappey qui lui est consacré (Charles-Valentin Alkan, Fayard, 1991, 336 pages). Il y a 150 ans, naissait à Metz Gabriel Pierné (1863-1937), mort la même année que CharlesMarie Widor, Louis Vierne, Maurice Ravel et Albert Roussel. Lorsqu’en 1871, l’Alsace et la Lorraine sont annexées par l’Allemagne, sa famille décide de s’installer à Paris. Admis cette même année au Conservatoire, le jeune garçon comptera parmi Mixtures, numéro 39, novembre 2013

ses professeurs Antoine Marmontel, César Franck et Jules Massenet. Au terme de ses études, ponctuées par des Premiers Prix de piano, de contrepoint et fugue, d’orgue, et couronnées par un Prix de Rome (1882), il entreprend une prometteuse carrière de pianiste. En 1890, il succède à Franck comme organiste à Sainte-Clotilde, un poste qu’il occupera pendant huit ans avant de se consacrer essentiellement à la composition. De 1903 à 1934, Pierné dirige les Concerts Colonne, d’abord comme chef suppléant, puis comme chef principal. Mettant son talent au service du grand répertoire symphonique comme de la musique moderne. Il est l’auteur de près de 150 œuvres, dont quelques-unes pour orgue : une Fugue en sol mineur, op. 3 (1882) dédiée à César Franck, et surtout 3 Pièces op. 29 (1892) consistant en un Prélude en sol mineur, fréquemment joué en concert, une Cantilène et un Scherzo. Enfin, on ne saurait passer sous silence le 50e anniversaire de la mort de Paul Hindemith, (18951963) : issu du courant expressionniste allemand des années 1920, ce compositeur allemand s’en détacha peu à peu pour adopter un langage polytonal intégré à un cadre néoclassique. Cela lui valut de sévères critiques de la part des autorités nazies qui lui reprochèrent de pervertir « de la manière la plus vile la musique allemande », et de la remplir des « plus abominables dissonances ». Il dut s’exiler en 1938 en Suisse puis aux États-Unis et mena ainsi une belle carrière internationale. Son important catalogue comprend quelques œuvres pour orgue : trois Sonates (1937-1940), un Concerto (1962) et une pétillante Kammermusik, op. 46 n° 2, pour orgue et orchestre (1927).

Page 29


Ici et là au Québec...

Le 7 septembre 2012, nous avons accueilli, en l’église St. Andrew and St. Paul, l’organiste et musicologue français Franck Besingrand. Lors de cette soirée, il a prononcé une conférence illustrée d'exemples musicaux interprétés à l'orgue, à propos du renommé organiste et compositeur français, Louis Vierne, dont c’était le 75e anniversaire de décès en 2012.

en l’église St. John the Evangelist où Federico Andreoni nous interpréta un programme enlevant autour de l’orgue dansant à travers l’Europe. Le 21 avril, les organistes membres du conseil d’administration des AOM, soient Denis Bonenfant, Nina De Sole, Jean Ladouceur et Gabrielle Tessier, se sont réunis à la tribune de l’orgue de Saint-Pierre-Apôtre pour offrir un concert-bénéfice au profit de cette même église, qui offre gracieusement l’utilisation des lieux pour nos activités. Pour le plaisir des auditeurs, une sélection d’œuvres de chaque organiste compositeur de l’église Sainte-Clotilde à Paris, à travers le temps, a été présentée. L’excursion annuelle du 20 mai, dernière activité de la saison 2012-2013 nous amena dans la région de Cornwall et Ottawa.

Le 16 septembre, nous avons collaboré avec la série de concerts Les Arcs Boutants à l’église Saint-Pierre-Apôtre pour promouvoir le lancement du tout premier CD solo de Mélanie Barney, The Power of the Organ 2, sur étiquette Fidelio. Dans ce CD, elle propose à ses auditeurs un mélange de grands classiques du répertoire symphonique pour orgue et des transcriptions d’œuvres célèbres, de Wagner à Saint-Saens.

La saison 2013-2014 s’est ouverte le 3 octobre en la cathédrale Christ Church où nous avons reçu, en collaboration avec la Faculté de musique de l’Université de Montréal et le Festival Orgue et Couleurs, l’organiste belge de réputation internationale, Bernard Foccroulle. Précédé par sa réputation, l’interprète a enthousiasmé une foule nombreuse composée à la fois de la crème des organistes et de mélomanes passionnés.

Le 13 décembre, les Amis de l’orgue reçoivent Gilles Cantagrel au Centre Saint-Pierre, lors d’un souper rencontre. Cette activité aux places limitées a permis aux passionnés de la musique de Johann Sebastian Bach de partager leur amour pour la musique ainsi qu’un repas, avec le musicologue français.

Pour prendre connaissance des prochaines activités des AOM, vous êtes invités à consulter régulièrement le site web officiel : http://www.amisorguemtl.com

Montréal par Gabrielle Tessier

Amis de l’orgue de Montréal La saison 2012-2013 fut, comme à l’habitude, remplie d’activités diverses et intéressantes.

Les retrouvailles annuelles des Amis de l’orgue de Montréal ont eu lieu le 11 janvier 2013, en l’église Saint-Pierre-Apôtre. Les nombreux jeux thématiques autour de l’orgue, tout comme le banquet ont contribué à ce que la rencontre devienne une véritable fête! Les trois premières activités de l’année 2013 étaient des récitals et concerts d’orgue. Le 27 janvier, nous nous sommes rassemblés en l’église St. James United autour de Philip Crozier, qui nous interpréta un programme somptueux de musique anglaise. Le 17 février, nous nous sommes rendus Page 30

Grande région de Montréal La musique, comme les saisons, est un long parcours, et le temps nous est donné pour que nous puissions chercher et trouver le véritable concert. Printemps Sanctuaire Marie-Reine-des-Cœurs, l’Orgue en Mai, les vendredis du mois de mai, 12 h 15. Église Saint-Jean-Baptiste, Spirituart, les dimanches de mars, 16 h. Été Basilique Notre-Dame, Festival international des grandes orgues, les dimanches de juillet et d’août, 19 h. Mixtures, numéro 39, novembre 2013


St. Andrew and St. Paul Presbyterian Church, Organ Intermezzi, les jeudis de juillet et d’août, 15 h. St. James United Church, Summer Recitals, les mardis de juillet et d’août, 12 h 30. Académie estivale d’orgue McGill, en juillet. Automne Église Saint-Pierre-Apôtre, Les Arcs-Boutants, les dimanches de septembre, 15 h. Informez-vous pour les concerts hors série. Chapelle du Grand séminaire de Montréal, Festival des couleurs de l’orgue français, les dimanches d’octobre à 15 h. St. John the Evangelist, Orgue Avenir, les dimanches de novembre à 15 h. L’oeuvre complète de J. S. Bach par Federico Andreoni : le 2e dimanche de chaque mois à 15 h, de janvier à mai, 2013 à 2015. Orgue et couleurs, Festival d’automne, de la fin septembre au début octobre. CIOC, Festival Rendez-vous des grands, en novembre. Hiver Salle Redpath Hall, McGill Noon-Hour Organ Recital series, les vendredis de novembre, janvier et février, 12 h 30. En tout temps Oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal, les dimanches, 15 h 30. Église Saints-Anges, Lachine, Les Saints-Anges en musique, tous les derniers dimanches du mois, 15 h. Cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue, Longueuil, L’heure d’orgue, chaque 3e dimanche du mois, 14 h. Récitals d’orgue occasionnels Église du Gesù, Midi ès Musica, les mardis, 12 h. Église Saint-Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Louis, Les dominicales, tous les dimanches, 16 h.

Concerts d’orgue Quand? Où? Qui? Consultez la rubrique Concerts à

www.fqao.org

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Québec par Esther Clément

Il y a de l’effervescence dans le monde de l’orgue à Québec, c’est le moins qu’on puisse dire! L’arrivée et l’inauguration du nouvel instrument au Palais Montcalm et l’offre généreuse de concerts d’orgue partout en région ont de quoi combler tout amateur d’orgue. Amis de l’orgue de Québec Tout d’abord, la 47e saison des Amis de l’orgue a débuté en grand avec le traditionnel concert Portes Ouvertes mettant en vedette l’organiste bien connue Mélanie Barney de Montréal. Les nombreuses transcriptions de musique de film qu’elle a offertes au public ont permis aux spectateurs de sortir des sentiers battus et aussi d’attirer un nouveau public. Par la suite, l’activité Jeux d’orgue s’est tenue le 29 septembre sur l’orgue centenaire de l’Espace Hypérion (anciennement l’église Notre-Dame-deJacques-Cartier). Animatrice chevronnée, l’organiste Louise Fortin-Bouchard a expliqué et présenté toute la richesse et les diverses possibilités de l’orgue. Ses propos étaient illustrés avec brio par l’organiste Édith Beaulieu. Le même jour, la musicologue Irène Brisson accueillait les nombreux curieux (plus de trois mille!) venus découvrir la nouvelle acquisition du Palais Montcalm. Des organistes de la relève (Dominic Grondin, Emmanuel Bernier, Renée Gagnon, Gordon Brown et Benoît Bacon) ont eu la chance de démontrer les possibilités sonores de ce nouvel instrument aux nombreux visiteurs. De plus, une autre présentation avait lieu au Musée de l’Amérique francophone avec l’organiste Benjamin Waterhouse. Décidément, on peut désormais parler de ce 29 septembre comme une journée faste pour l’orgue à Québec! Les amateurs d’orgue ont eu la chance d’entendre le jeune et brillant organiste François Grenier le 13 octobre à l’église des Saints-Martyrs-Canadiens. Le lendemain se tenait l’excursion annuelle qui a permis aux voyageurs de découvrir quatre magnifiques instruments de la Mauricie : SaintStanislas-de-Champlain, Saint-Pierre de Shawinigan, cathédrale de l’Assomption et SainteCatherine-de-Sienne de Trois-Rivières. Page 31


La saison qui se poursuit s’annonce toute aussi captivante avec la venue de Jacques Boucher et la saxophoniste Sophie Poulin de Courval, le 10 novembre. Par la suite, Isabelle Demers (1er décembre) et Dom André Laberge (16 mars 2014) se produiront au nouvel orgue de la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm à la suite d’une entente de collaboration entre les Amis de l’orgue de Québec et le Palais Montcalm. Pour clôturer la saison, nous recevrons Rachel Laurin le 26 avril et, le 25 mai, l’activité Organiste d’un jour fera découvrir l’orgue à des jeunes. De plus, Marie-Hélène Greffard présentera un récital le 8 décembre prochain au Palais Montcalm dans le cadre des Dimanches de l’orgue et sera suivie la semaine suivante par l’Ensemble Caprice et Jean-Willy Kunz, nouvel organiste en résidence de l’OSM.



En juillet dernier, les frères Robert Patrick et Claude Girard lançaient à Lévis et à Québec leur deuxième disque d’orgue en duo, intitulé L’opéra aux grandes orgues, consacré à des transcriptions, pour orgue à quatre mains, d’airs d’opéra de Mozart et de Bizet, signées Robert Patrick Girard. Cet enregistrement survient six ans après leur premier, entièrement consacré à Mozart (Mozart… permettez-nous) et fait suite au succès remporté il y a deux ans par les concerts Amours, Délices et Orgue présenté par les deux frères dans le cadre du Festival d’opéra de Québec. Leur nouveau disque a été enregistré à l’église Notre-Dame-de-laVictoire de Lévis sur l’orgue Mitchell (1870) restauré et reconstruit par Casavant en 2000.



Décidément, Claude Lemieux ne reste jamais sans projet très longtemps… Depuis le 22 septembre, il anime chaque dimanche à 10h et 16 h sur les ondes de Radio-Galilée (Cion-fm, 90.9, Québec) une émission consacrée à l’orgue, intitulée Point d’orgue! Cette émission est en rediffusion plusieurs fois par semaine. De plus, il a présenté un récital au Musée de l’Amérique francophone le 6 octobre dernier intitulé Trois fois passera.



Un autre événement mémorable a eu lieu en Beauce le 27 octobre : un concert réunissant cinq organistes de la Beauce pour célébrer le 100e anniversaire de l’orgue Casavant de l’église de Saint-Joseph. Dominic Grondin, Éric Vachon, Robert Gosselin, Dominique Gagnon ainsi que l’organiste-titulaire Esther Clément se sont partagé la tribune des grandes orgues pour faire connaître et apprécier cet instrument magnifique de 35 jeux répartis sur trois claviers et pédalier.



Du côté du Musée de l’Amérique francophone, plusieurs événements ont été présentés à l’orgue qu’on appelle maintenant communément "le 1753", dont un récital de Geneviève Soly le 3 novembre dernier. Cependant, une grande nouvelle retient l’attention : l'apparition officielle du fonds Hubert et Florence Laforge constitué d'un don en argent de 100 000 $ par ces deux mélomanes, ainsi qu’un clavecin conçu par M. Laforge. La somme d'argent sera dédiée entièrement à la mise en valeur de l'orgue Juget-Sinclair, Opus 35,

Autres événements 

Le traditionnel Festival du printemps de l’église Saint-Roch s’est poursuivi encore cette année en présentant quatre concerts où l’on a pu entendre Emmanuel Bernier, Claude Lemieux, Robert Patrick Girard et l’organiste-titulaire, Édith Beaulieu.



Une série de concerts a eu lieu cet été à la basilique Notre-Dame de Québec. Les organistes Olivier Lavoie-Gagné, Denis Gagné, Emmanuel Bernier et Julie Pinsonneault s’y sont produits.



Le 15 juin dernier, concert soulignant le centenaire de l’orgue Casavant de l’Espace Hypérion (voir autre texte dans ce numéro).



Du côté de la Beauce, les amateurs d’orgue ont été comblés lors du Festival d’orgue de Sainte-Marie présenté en juin dernier par le concert d’ouverture mettant en vedette le réputé chœur Les Rhapsodes de Québec ainsi que la soprano Luce Vachon et l’organistetitulaire Dominique Gagnon. Les autres invités de ce Festival, François Zeitouni ainsi que Jacques Boucher et la saxophoniste Sophie Poulin de Courval, ont su charmer l’auditoire par des prestations de haut niveau.

Page 32

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


de la cathédrale de Québec, dont l’original a disparu sous les bombardements du siège de la ville en 1759. Les donateurs ont affirmé avoir trouvé la manière idéale de prolonger leurs engagements de vie et leur passion pour la musique. Bravo pour cette magnifique contribution! L’inauguration de l’orgue du Palais Montcalm Enfin, le rêve est devenu réalité! Les 2 846 tuyaux de ce grand orgue ont résonné sous les pieds et les doigts habiles d’un grand musicien de chez nous, Richard Paré, lors du gala inaugural du 4 octobre dernier. L’engouement de la population pour ce dernier joyau de la maison Casavant a été tel que trois supplémentaires (le 5 octobre, les 27 et 28 novembre) ont été ajoutées au premier concert prévu. Accompagné par Les Violons du Roy et de son chef Bernard Labadie, Richard Paré a usé de finesse dans ses registrations pour démontrer toutes les possibilités de l’orgue de 37 jeux. Son jeu impeccable, son articulation claire et sa fougue, notamment dans la célèbre Toccata et fugue en ré mineur de Johann Sebastian Bach, ont prouvé au public ébahi qu’il était un organiste accompli au sommet de sa gloire! Ce moment historique en a ému plus d’un; c’est assurément le début d’un intérêt nouveau ou renouvelé pour ce majestueux instrument!

Drummondville Félicitations à Jocelyn Lafond, directeur artistique des Amis de l’orgue de Drummond et étudiant en orgue dans la classe de Raymond Perrin au Conservatoire de musique de Trois-Rivières pour avoir obtenu la première place au Concours de musique du Canada (2013) pour les 25 ans et moins et le Premier prix au Concours Lynwood-Farnam (2013) organisé par la section de Montréal du Collège royal canadien des organistes et tenu en l’église St. James United de Montréal. Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Page 33


Parutions par Robert Poliquin  

Œuvres célèbres pour orgue (SMD 230-1) Arvo Pärt : Œuvres pour orgue et transcriptions (SMD 228-1) Vincent Boucher Orgue Beckerath, 1960 (V/P, 78 jeux/117 rangs) Basilique de l’Oratoire Saint-Joseph, Montréal, QC Afin de souligner la restauration de l’instrument, Vincent Boucher nous offre deux enregistrements. On pourrait qualifier le premier comme s’adressant au public en général avec des œuvres connues de J. S. Bach, Pachelbel, Boëllmann, Vierne et Widor alors que le second nous invite à pénétrer dans l’univers un peu particulier d’Arvo Pärt. De Bach, on entend la célébrissime Toccata et fugue en ré mineur et la non moins célèbre Toccata, Adagio et fugue en do majeur ainsi que trois chorals. La Chaconne en fa mineur de Pachelbel couronne cette incursion baroque. Par la suite, nous nous transportons en France des XIXe et XXe siècles avec la Suite gothique de Boëllmann, la Berceuse de Louis Vierne pour se terminer par la Toccata de la Symphonie no 5 de Widor. Un beau cadeau de Noël à offrir et à recevoir. Quant à l’œuvre de Pärt, Vincent Boucher signe plusieurs adaptations et certaines prestations font appel à la violoniste Andrea Tyniec, au percussionniste François Saint-Jean et à l’organiste Jacques Boucher. On y retrouve trois des sept Antiphones pour le Magnificat et Summa, originalement écrites pour chœur a cappella, le Cantus in memory Benjamin Britten, transcrit par Jean-François Noël et originalement pour orchestre à cordes, le célèbre Fratres et Spiegel im Spiegel écrits pour violon et clavier sans oublier les œuvres originales pour orgue (Pari Intervallo, Trivium, Annum per annum) ou pour piano (Variationen zur gesundung von Arinuschka et Für Alina). Les multiples ressources sonores de l’orgue font que ce voyage musical tout intérieur fait un bien énorme à l’âme. Sublime et envoûtant! Société métropolitaine du disque, 2013 (En vente à la boutique de l’Oratoire)

L’opéra aux grandes orgues Robert Patrick Girard et Claude Girard Orgue Mitchell 1870 / Casavant, Opus 475, 1912/3803, 2000 (III/P, 42 jeux/53 rangs) Église Notre-Dame-de-la-Victoire, Lévis, QC Les frères Girard nous amènent à l’opéra avec des transcriptions originales signées Robert Patrick Girard. Après quelques airs tirés des Noces de Figaro et de la Flûte enchantée de Mozart, le plat de résistance, Carmen, de Bizet, nous enivre. Développée autour du thème de la mort, cette suite regroupe les principaux airs de l’opéra. La finesse des transcriptions et le jeu précis des interprètes font apprécier l’œuvre et les sonorités de l’orgue dont la restauration de 2000 a comporté, entre autres, la traction mécanique des claviers. À vous de vous laisser enchanter. Brillant et divertissant! Artistes, RPG12013, 2013 (En vente chez Sillons, Québec) Page 34

Mixtures, numéro 35 novembre 2011


Bach, Bull & Bombardes Isabelle Demers Orgue Murphy & Associates, Opus 53, 2009 (III/P, 39 jeux/49 rangs) St. Patrick’s Church, New Orleans, LA Cette Québécoise maintenant devenue responsable de l’enseignement de l’orgue à l’Université Baylor, à Waco (Texas), nous présente un programme très varié. Après une œuvre de John Bull, elle nous amène dans l’univers de Max Reger avec incursions chez Mendelssohn, Widor et Thalben-Ball sans oublier deux œuvres québécoises : le PréludeCarillon d’Amédée Tremblay et la Toccata de la 6e Sonate pour orgue de Raymond Daveluy. Avec une très brillante technique et un goût musical raffiné, cette prestation mérite des éloges sans retenue. La beauté sonore de l’instrument apporte un support indéniable. Pro Organo, CD 7259, 2013 Music by Rachel Laurin Rachel Laurin Orgue Casavant, Opus 701, 1914/1988 (III/P, 43 jeux/54 rangs) Église Sainte-Anne, Ottawa, ON Rachel Laurin n’a plus besoin de présentations. Depuis plusieurs années, cette compositrice produit des œuvres significatives et de haut calibre. Cet enregistrement en est une preuve de plus. Sa Fantaisie pour harpe et orgue ainsi que sa Sonate pour cor et orgue sont des exemples probants. Mais que dire de ses pages pour orgue solo : Épilogue, Prélude et fugue en fa mineur, et ses Pièces brèves. Ces dernières, dont le titre peut laisser croire qu’elles sont faciles, s’adressent, au contraire, à des organistes virtuoses. Cet enregistrement fait appel à la collaboration de Caroline Léonardelli (harpe) ainsi qu’à Damian Rivers-Moore (cor) et Karen Holmes (orgue). Tout simplement un MUST. Raven, OAR-943, 2013

Le nouvel orgue Thomas de la cathédrale de Monaco Olivier Vernet Orgue Thomas, 2011 (IV/P, 98 jeux/112 rangs) Cathédrale Notre-Dame-Immaculée, Monaco Cet enregistrement est la reproduction du concert d’inauguration de cet orgue. Dans ce programme qui inclut des œuvres de Hanff, J. S. Bach, de Grigny, Guilmant, de Séverac, Ibert, Alain, Duruflé et Litaize, on retrouve, à notre grande joie, des œuvres du québécois Denis Bédard spécialement composées, en 2011, pour cet événement et dédiées à Olivier Vernet. On y entend Huit méditations ayant pour thème les invocations utilisées dans le cérémonial de la bénédiction d’orgue, et des extraits d’une Messe pour orgue (Méditation, Communion et Sortie). Élaboré principalement pour illustrer les diverses sonorités de l’instrument dans différents répertoires, le programme est un brillant hommage à notre confrère. Ligia, 0104245-12, 2012 (2 CD)

Mixtures, numéro 39, novembre 2013

Page 35


L’orgue sur le web par André Côté En guise d’entrée en matière, je vous propose pour cette 33e édition (déjà!) de la chronique L’Orgue sur le web un site généraliste mais très riche en contenu : « Organ Promotion ».

Une vidéo donne un bon aperçu du résultat plutôt surprenant obtenu ainsi que de la préparation technique de l’évènement : http://www.youtube.com/watch?v=JlYVUtJsQRk

http://www.orgelmeisterkurse.de/en/ Son centre d’intérêt consiste en la nomenclature des stages, des festivals, des compétitions, des classes de maître et des voyages autour de l’orgue. Par ailleurs, on y retrouve des suggestions de CD et de DVD, une liste des anniversaires à célébrer en musique et des vidéos témoignant de diverses activités tenues. Parmi celles-ci, on appréciera particulièrement « Mysterious Atmosphere – Secret Visits at Organ » qui nous amène, sur la pointe des pieds, aux plus grandes tribunes de France. Grâce à son site personnel, Jean-Marie Tricoteaux, nous fait partager son expérience en tant qu’harmoniste facteur d'orgues et expose les caractéristiques des différents styles d’orgues (par exemple : Allemagne du Nord, Silbermann, Français XVIIe siècle…). Dans l’intéressante section « Documentation », l’auteur démystifie les principes de l’harmonisation en présentant les paramètres et les techniques de base de cet art. http://www.tricoteaux.com/ On reproche souvent au monde de l’orgue son conservatisme. Un projet du LIMSI (Laboratoire d'Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l'Ingénieur) a, à l’intérieur de son mandat de rapprocher art et sciences, créé l’événement « Orgue et réalité augmentée » qui consiste en un concert mêlant orgue et nouvelles technologies. Le produit final est un spectacle multimédia (son et lumière) qui pourrait bien inspirer plusieurs organisateurs d’évènements dans les années à venir et intéresser un nouveau public moins familier avec les concerts d’orgue traditionnels. http://vida.limsi.fr/doku.php? id=wiki:Orgue_Augmentee_fr Page 36

Pour demeurer dans le domaine des modernités apportées à l’orgue, jetons un coup d’œil au concept « Modulorgue ». Selon les mots mêmes des initiateurs, « le Modulorgue allie fabrication traditionnelle et innovation technologique dans le respect des exigences actuelles de qualité musicale, de polyvalence d'usages, de fiabilité et d'accessibilité financière. Le Modulorgue est un orgue ouvert aux pratiques musicales actuelles sans remettre en cause un usage traditionnel. Il s’agit d'un orgue qui incite à la créativité des musiciens, des compositeurs et des usagers, programmeurs culturels et acteurs de la liturgie. » http://www.modulorgue.com/ Une nouvelle technologie de transmission appelée IPC (Individual Pipe Control) est à la base du concept et amène de nouvelles possibilités quant à la composition et à la mobilité des instruments produits. Il y a fort à parier, n’en déplaise aux traditionalistes, qu’en son temps, un visionnaire comme Bach aurait probablement jeté un coup d’œil intéressé aux nouvelles avenues apportées par de telles innovations. Comme à l’habitude, je terminerai sur un clin d’œil humoristique. Amis organistes, oseriezvous l’inconvevable? : jouer le « Vol du bourdon » de Rimsky-Korsakov à l’orgue… le thème étant joué à la pédale. http://www.youtube.com/watch?v=hHZvMAJUN5g

Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

Mixtures, numéro 39, novembre 2013


Revue des revues par Gaston Arel et Robert Poliquin FRANCE L’orgue francophone / BULLETIN DE L’ORGUE FRANCOFFAO, 13 rue de Balzac, 93600 Aulnay-sousBois, France.

PHONE,

No 47, Juillet 2013 : Éditorial — Évocation et hommages à Henri Delorme — La route des orgues en pays stéphanois et alentours : Saint-Étienne, Saint-Victor-surLoire, Saint-Genest-Lerpt, Pommiers, Montbrison, LePuy-en-Velay, La Chaise-Dieu. Orgues nouvelles / Coet Sal — Mériadec, 56400 Plumergat, France. (Supplément de musique et CD avec chaque numéro) No 20, Printemps 2013 : Éditorial : Adieu Marie-Claire Alain — Dossier Jean Langlais : Une vie dédiée à la musique, Témoignage de Suzanne Chaisemartin, Au miroir de sa musique, Le concertiste et l’improvisateur, L’enseignant, Carnet de tournée — Une Europe des orgues dans un bourg du Périgord — Printemps des Orgues à Mantes-en-Yvelines — Transsibérien — Romainmôtier, 44 ans d’enseignement — Tribune électronique — Quid novi? Duruflé: Prélude sur le Veni Creator — Éternités— Nanterre, un instrument métamorphosé— Boîte expressive. No 21, Été 2013 : Éditorial — Normandie : Histoire de la facture normande, Facteur, créateur ou marionnette, L’orgue Coutances de Cavaillé-Coll, Petit et Grand...Les Andelys, Notre-Dame de Vire, Apprendre l’orgue, l’orgue… ça se mérite, Un très doux tremblement de terre Louis Thiry, Compositeurs, L’Académie de Dieppe, Une terre de musiciennes — Quid novi? Tournemire: Élévation de l’Office de Noël — Orgues en péril : Rouen Saint-Nicaise, Abbeville — Orgue vivant : Hip-hop… Hip Orgues — Infos en montre, Boîte expressive. Musica et memoria / ASSOCIATION ÉLISABETH HARVARD DE LA MONTAGNE, 31 rue du Chagnaud, 17460 Rioux, France. 33e année, No 121 à 128, Année 2012 : André Lavagne, doyen des Prix de Rome et centenaire heureux! — Les orgues d’Outre-mer — Igor Stravinsky et Ida Rubinstein — Un musicien de notre temps : Guy Miaille — Pierre de Bréville, fameux auteur de mélodies — Édouard Souberbielle, un Maître de l’orgue — Jean-Pierre Laffage, baryton — Plaidoyer pour Frédéric-Guillaume Kalkbrenner —Il y a 10 ans… Joachim Harvard de la Montagne — Une violoniste au destin tragique : Ginette Neveu — Un autre destin tragique : Bernard Coqueret — DispariMixtures, numéro 39, novembre 2013

tion d’un musicien de chœur : René Maillard — André Jarrand, magistrat et organiste — Obituaire des musiciens 2012 — Revue des revues. SUISSE La Tribune de l'orgue / R E V U E S U I S S E R O M A N D E , Guy Bovet, CH-2000 Neuchatel, Suisse 65e année, No 1, 2013 : Éditorial — Les transcriptions pour orgue de L’Estro Armonico de Vivaldi — De l’orage à Fribourg — Le quart d’heure d’improvisation : Les cadences, encore et toujours — La partition du semestre : Le Canon de Pachelbel — Un joli conte (du Grosde-Vaud… : catholique) — Les voyages de M. Philéas Fogg — Marie-Claire Alain (10.08.1926–26.02.2013) — Les 100 de Pierre Segond — Orgues neuves, restaurées — Actualité : disques, partitions, livres, correspondance, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, calendrier des concerts. 65e année, No 2, 2013 : Éditorial — Nouvelles du Musée Suisse de l’orgue : Non, Ktesibios n’aurait pu l’imaginer — Encore une table de registrations françaises — Le quart d’heure d’improvisation : La protofugue — La partition du semestre : Impromptu de Schubert — Délices et orgues en Savoie au XIXe siècle — L’orgue Grenzing du Séville et le restaurant Sabina — Les voyages de M. Philéas Fogg — Actualité : disques, partitions, livres, divers, correspondance, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, calendrier des concerts. 65e année, No 3, 2013 : Éditorial — Le pyrophone, charme et douceur de l’orgue de feu — La séparation de l’État et de l’Église en France — L’arrangement de musiques orchestrales — Églises américaines à Paris — Le quart d’heure d’improvisation : Capturer Daphnis (et Chloé) — La partition du semestre : Ich steh’ an deiner Krippen hier — Les voyages de M. Philéas Fogg — Les trois orgues de Stralsund… — Actualité : disques, partitions, livres, divers, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, calendrier des concerts. CANADA Organ Canada / Orgue Canada / JOURNAL BIMENSUEL DU COLLÈGE ROYAL CANADIEN DES ORGANISTES (RCCO/ CRCO), 202-204 St. George Street, Toronto V 26, No 2, March 2013 : Orgelfest Ottawa 2013 — A New Beckerath organ in Sault Ste Marie — Calgary Organ Festival and Symposium — The Thick Glass Wall — Page 37


UK Report : Breaking in an Organ Scholar — Jens Korndörfer in a Recital for Ottawa’s Pro Organo Series — A Bette Back to School Option for Working Organist? — Hymn Tasting Satisfies Musical Hunger — World Premiere of a New York by John Burge — James Burchill’s Travels — Message du Président — RCCO Centre News — RCCO Nominations : Regional Message — A Year in the Life of the RCCO Winnipeg Centre — Hindsight — L’Académie d’Orgelfest — Positions Available, Sixteenth Notes. V 26, No 3, May 2013 : Orgelfest 2013 — Great Canadian Organs : The organ of Le Grand Séminaire, Montréal — Recent Works by Rachel Laurin on CD — UK Report — From the Ranks — Organ Selection : Offertorium by Clarence Lucas — Message du Président — RCCO Centre News — Report from the By-laws Committee; ECCO Membership — Hindsight — Sir Ernest MacMillan Memorial Foundation Award 2014 — Positions Available, Sixteenth Notes. V 26, No 4, July 2013 : Second Howard Fairclough Organ Competition — Festival Bach+ on the Great Beckerath Organ — Les Journées d’improvisation à l’orgue du Québec — Godfrey Hewitt Scholarship Competition 2013 — The Four R’s of Good Organ Technique I — International News — Review — UK Report — Message du Président — RCCO Centre News — Hindsight — Positions Available, Sixteenth Notes. o

V 26, N 5, September 2013 : Five Year Plan — The Four R’s of Good Organ Technique II — Sing! — News from Abroad — Organ Selection : Pélude et Petit canon by Vincent d’Indy — UK Report — Message du Président — RCCO Centre News — Chaplain’s Column —Hindsight — Positions Available, Sixteenth Notes. ÉTATS-UNIS The Tracker / JOURNAL OF THE AMERICAN GUILD OF ORGA(AGO), 475 Riverside Drive, Suite 1260, New York, NY 10115 NISTS

V 57, No 4, Fall 2013 : From the President — Variety and Spice: The 58th Annual OHS Convention in Vermont — Historic Photographs of Aeolian Organs Scanned and Catalogued — An Interview with David Yearsley — Why Do Organist Take So Little Interest in the Science and Art of Organ Construction? The American Organist / JOURNAL OF THE ORGAN HISTORICAL SOCIETY (OHS), P.O. Box 26811, Richmond, VA 23261 V 47, No 5, May 2013 : Ivory Aerobics — New Online Learning Program for Youngsters — The Lutheran Organ — Feature: University Church, Fordham University, New York; Schoenstein, Gallery:III/P, 72/35; Choir:II/P 26/14. Page 38

V 47, No 6, June 2013 : Musical Treasure in Earthen Vessels — Behind the Pipes: A Look Inside the Historic Aeolian at Longwood Gardens — Feature: Trinity Lutheran Church, Sheboygan, WI; Buzard, Opus 41, III/P, 40/52. V 47, No 7, July 2013 : Herbert Howells, the Teacher — Feature: Memorial Union, Indiana University, Bloomington, IN; C.B. Fisk, Opus 91, III/P, 44/56. V 47, No 8, August 2013 : Rediscovering Richard Purvis at 100 — Continuo: The Art of Creative Collaboration — The Music of Jean-Louis Florentz: Debout sur le soleil — 20th Century Organ Music — Feature: Osterhab Kirke, Horsens (Denmark); Lewtak, II/P, 26/35. V 47, No 9, September 2013 : What Should Today’s Church Music Sound Like? — To Transcribe the Timeless: The Music of Charles Tournemire — Feature: Hungard Episcopal Church, Bridgetown, VA; Holtkamp, II/P, 13/18. The Diapason / 3030 W. Salt Creek Lane, Suite 201, Arlington Heights, IL 60005 V 104, No 4, April 2013 : Beyond the Nun Danket of Sigfrid Karg-Elert — Marie-Claire Alain (1926-2013) — Organ Feature: Advent Lutheran Church, Melbourne FL; Schlueter, III/P, 51/36. V 104, No 5, May 2013 : In Search of the Secrets of Medieval Organs of Sigfrid Karg-Elert — Organ Feature: St. Joseph’s Oratory, Montreal; Beckerath/Juget-Sinclair, V/P, 78/117. V 104, No 6, June 2013 : 17th National Choral Conference 2012, Princeton, NJ — Brief Glimpse of Organs and Churches in Waraw, Bialystock, Bialowieza and Krakow — Organ Feature: First Baptist Church, Washington DC; Austin, Opus 1795, Chancel: V/P, 154/83, Gallery: II/P, 45/35. V 104, No 7, July 2013 : Continuo: The Art of Creative Collaboration —Pipe Organs in Newfoundland and Labrador (Canada) — Organ Feature: Actors’ Chapel, St. Malachy’s Church, New York; Peragallo/Aeolian-Skinner, III/P 73/43. V 104, No 8, August 2013 : Robert Clark, Master Teacher — Franz Liszt and Johann Gottlob Töpfer : A Fruitful Relationship in Weimar — Organ Feature: St. Paul’s Episcopal Church, Murfreesboro, TN; Létourneau, Ops 125, II/P, 32/28. V 104, No 9, September 2013 : Conversation with Robert Powell at 80 — Fugal Improvisation in the Baroque Era, revisited — Organ Feature: The Episcopal Church of the Good Shepherd, Lexington, KY; Goulding & Wood, Opus 50, IV/P, 72/58. Mixtures, numéro 39, novembre 2013


Mixtures #39, novembre 2013  
Mixtures #39, novembre 2013  
Advertisement