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Numéro 33

Novembre 2010

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

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Mixtures Coordonnateur Robert Poliquin

Sommaire 4

Comité de rédaction Claude Beaudry, Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Michelle Quintal Collaborateurs à ce numéro Gaston Arel, Sylvain Barrette, Irène Brisson, André Côté, Jean Côté, Isabelle Demers, Robert Poliquin, Yves-G. Préfontaine, Michelle Quintal, Hellmuth Wolff, Martin Yelle

Éditorial Les organistes

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Gilles Fortin (2e partie) Claude Lavoie Jacques Hétu et l’orgue Isabelle Demers (1re partie) Les congrès/conférences/colloques

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Révision

FQAO 2010 — Drummondville AIO/ISO 2010 — Montréal Les chroniques

Claude Beaudry et Gérard Mercure

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Anniversaires en musique

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Ici et là, au Québec… - Informations générales - Montréal - Québec

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Parutions L’orgue sur le web Revue des revues

Impression Les Copies de la Capitale Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : 5 $ par numéro

Date de tombée : 1er du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com Mixtures Robert Poliquin 1203, avenue d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca

Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Novembre 2010 ISSN 1201-5741

Mixtures, numéro 33, novembre 2010

En couverture : Casavant, Opus 2679, 1964/1990 3 claviers manuels et pédalier (5 divisions) 79 jeux, 114 rangs, 5425 tuyaux Traction électro-pneumatique Basilique Notre-Dame-du-Cap Trois-Rivières, QC

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Éditorial La FQAO appuie La coalition pour la sauvegarde de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus prend de l’ampleur et la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue joint sa voix au comité de sauvegarde. Cette prise de position fait écho à celle de plusieurs intervenants qui se sont déjà prononcés en faveur de la sauvegarde de cet instrument : représentants du patrimoine, citoyens, organistes, mélomanes, etc. L’orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus a une valeur inestimable pour les différents acteurs du monde de l’orgue que la FQAO représente. Il est exceptionnel non seulement pour Montréal, mais pour le Québec tout entier. Restauré à grands frais et non sans raison, cet instrument est un exemple magistral de la qualité de la facture des grandes orgues québécoises, un incontournable par sa palette sonore extrêmement diversifiée, sa force d’éloquence et son buffet richement décoré. Il comporte un orgue de chœur pouvant être joué aussi bien indépendamment qu’à partir de la console principale. Il offre des possibilités musicales uniques. Il a été conçu pour le lieu qu’il habite, un endroit où il chante admirablement et où il s’intègre harmonieusement aussi bien au plan visuel que sonore. En effet, la sonorité de ces grandes orgues et l’acoustique de l’église sont exceptionnelles. On ne peut pas se permettre de perdre une telle richesse. Ils sont des acquis extraordinaires à conserver et à valoriser par un projet novateur. La récente décision du ministère de la Culture de refuser d’entamer une procédure de classement de l’église risque de faire grandir la grogne des membres du comité de sauvegarde et de ses partisans. Cette décision se base sur une étude datant de 2002-2003 émanant du Conseil du patrimoine religieux pour justifier sa décision. Cette position est inacceptable puisque, lors de cette étude, l’intérieur de l’église n’a jamais été évalué alors que c’est justement ce qui se trouve à l’intérieur qui fait la beauté et la richesse de cette église. La FQAO appuie donc les membres du comité de sauvegarde qui souhaitent une intervention positive de la ministre pour sauver le bâtiment et son orgue. Sources: Communiqué de presse de la FQAO, 4 octobre 2010, par Martin Yelle Les appuis se multiplient par Steve Caron, Montréal Express, 4 octobre 2010 Page 4

Mixtures, numéro 33, novembre 2010


Gilles Fortin

ORGANISTE, CHEF DE CHŒUR, COMPOSITEUR, PÉDAGOGUE, GESTIONNAIRE

par Michelle Quintal et Martin Yelle

Témoignages « En 1987, Gilles Fortin a eu une idée originale, idée qu’il faut mettre en relation avec son désir d’être toujours davantage au service d’une liturgie authentique dans l’esprit du Concile Vatican II dans laquelle s’intégrerait une musique de qualité. Aidé d’une équipe, il réalisa alors un sondage auprès de plusieurs diocèses du Québec et du Canada français, sondage qui a révélé que beaucoup de gens impliqués dans la pastorale liturgique désiraient recevoir une formation de base en musique et liturgie. Par la suite, il organisa à Drummondville une rencontre avec Dom André Laberge, les abbés Antoine Bouchard et moi-même, ainsi que Paul Vigeant pour réfléchir sur le contenu d’un tel cours. J’acceptai de prendre la responsabilité de dispenser ce cours. Une première session fut donnée à Drummondville de janvier à avril 1988. Vingt-six personnes s’y inscrivirent. Il s’agissait d’animateurs, d’organistes et de chanteurs de dix-sept paroisses des diocèses de Nicolet et de Saint-Hyacinthe. Devant le succès de ces cours, on récidiva l’année suivante avec une possibilité d’une formation à distance qui intéressa également plusieurs personnes. Il faut rendre hommage à monsieur Gilles Fortin pour une telle initiative qui a rendu sans nul doute de grands services. » Mgr Claude Thompson Fondateur et directeur émérite des Petits Chanteurs de Trois-Rivières. « Gilles Fortin est un ami de longue date puisque nous avons étudié auprès du même maître Conrad Letendre qui dispensait ses cours à Saint-Hyacinthe, soit à la cathédrale ou à la chapelle du Séminaire. Je peux témoigner des moments magiques où nous avons travaillé ensemble au cours de quelques messes de minuit. Mais le meilleur souvenir demeure celui où nous avons collaboré à l’enregistrement de la Mixtures, numéro 33, novembre 2010

Photo prise en avant-première du Congrès 2010 de la FQAO lors de la signature du Livre d’or de la ville de Drummondville. Dans l’ordre habituel, Gérard Mercure, président de la FQAO, Gilles Fortin, et Yves Grondin, maire suppléant. Photo: Journal L’Express

Messe pour deux orgues de Louis Vierne. L’émission fut diffusée sur les ondes de Radio-Canada, le jour de Noël de cette année-là. Organisateur-né, il rayonne bien au-delà de ses fonctions de musicien d’église. Il met sur pied un département de musique au Cégep de Drummondville et s’impose comme personnalité musicale auprès des citoyens de sa ville. Les nombreuses facettes de sa personnalité et son dévouement pour la cause de la musique en font un artiste très apprécié dans son milieu. » Lucienne l’Heureux-Arel Titulaire des orgues de Saint-Léon de Westmount, professeur et éditrice. « Que serait la vie musicale à Drummondville sans la contribution de Gilles Fortin? La question elle-même nourrit la réponse et oriente la réflexion sur l’apport de ce musicien à sa communauté du Centre du Québec. L’organiste, d’abord, a imposé son style et nourri sa pensée par un travail assidu et une curiosité musicale qui ne l’a jamais quitté. ComposiPage 5


teur, Gilles Fortin propose des pages qui reflètent tant une connaissance des styles et des acquis du passé qu’une sensibilité musicale enviable. Attentif aux réalisations modernes en facture d’orgue il a, avec prudence, souhaité restaurer le grand Casavant de Saint-Frédéric avec bonheur, ayant comme objectif de faire en sorte que cet orgue puisse avec fidélité servir un vaste corpus musical. Animateur de la vie musicale, il a contribué à la diffusion de notre instrument par une série de récitals qui font appel tant aux organistes de sa région qu’à l’école d’orgue du Québec et, occasionnellement, à des solistes de l’étranger. Enfin, le pédagogue a joué un rôle d’importance au CEGEP de sa ville. Véritable visionnaire académique, Gilles Fortin a situé le département de musique de cette institution au plus haut niveau. Cela impose respect et admiration. » Jacques Boucher Titulaire du grand orgue de Saint-Jean-Baptiste de Montréal Doyen de la Faculté de musique de l’Université de Montréal (2006-2010) En terminant ce tour d'horizon du parcours de Gilles Fortin, nous tenons à souligner la présence indéfectible et ce depuis 55 ans, de son épouse, elle-même musicienne. Pierrette Hains, soprano, a étudié le chant avec Roger Filiatrault et Bernard Diamand à l'école de musique Vincent-d'Indy. Gilles Fortin lui a dédié son Ave Maria. Sans cette compagne exceptionnelle, Gilles Fortin aurait-il fait la carrière qui est la sienne?

Concerts d’orgue Quand? Où? Qui? Consultez la rubrique Concerts à

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Mixtures, numéro 32, mai 2010


Claude Lavoie MUSICIEN DE CHEZ-NOUS

par Sylvain Barrette En 1942, son professeur, l'abbé Alphonse Tardif, lui met en tête de se présenter au concours du Prix d'Europe, pour l'expérience. Le jeune Claude, aussi humble que paquet de nerfs, sera bien trop nerveux s'il se présente là avec des ambitions. Se présenter... pour l'expérience... sans plus. À l'épreuve de dictée musicale, l'examinateur offre de donner le la avant de jouer le texte à noter. « Pas besoin », répond Claude. En fin de dictée, le jeune concurrent remet un texte parfait mais « un demi-ton trop bas », lui dit-on. « Faux, réplique l'élève, ce qui est trop bas, ce n'est pas mon texte, c'est le piano ». Vérification faite, Claude a raison. Aux autres épreuves et surtout à l'orgue, Claude Lavoie éblouit. Il remporte le Prix d'Europe avec la meilleure note jamais attribuée jusqu'alors : 94,3%.

Photo : Irène Brisson

Je craignais ce moment. Premier appel téléphonique en vingt ans. Me reconnaîtrait-il? Il y aurait de quoi être oublié même d'un « moins vieux » que lui. Ouf! Il se souvient de moi, un de ses derniers élèves. En revanche, son adresse précise?... les indications pour me rendre chez lui?... et d'autres menus détails me confirment que sa mémoire n'est plus ce qu'elle était. À peine suis-je entré dans son appartement que je lui demande de me chanter un la. Sans réfléchir, il me chante un la pile, pile. « Plus pile que ça, tu meurs » diraient nos jeunes. Pourtant, sa voix qui a toujours été chétive, « chétive » encore davantage. On a la voix qu'on peut à 92 ans. Réputé distrait, déjà dans sa jeunesse, Claude Lavoie n'a de toute façon jamais été un modèle de mémoire. Mais, à 92 ans, le la de 440 Hertz est bien ancré dans ce cerveau. Je lui dis que ce type de mémoire m'épate et je lui rappelle alors sa fameuse histoire qu'il a dû répéter mille fois dans sa vie. Surprise! Lui, ne s'en souvient pas. Cette fois-ci, c'est amusant, c'est moi qui la lui raconte. Mixtures, numéro 33, novembre 2010

Ses yeux suivent mon histoire avec un intérêt certain. Il ne s'en souvient pas, mais il vit intensément ces petites minutes où je lui raconte un extrait de sa vie. Je comprends qu'il n'est plus temps d'essayer d'en savoir davantage sur sa carrière. C'est Rivière-du-Loup qui l'a vu naître « ville de 11,000 habitants à peu près dans ce temps-là, en 1918 », précise-t-il. Je n'essaie pas de vérifier, ça m'est égal. Je sais déjà que son père l'amène partout au village, tel un petit Mozart. Tous entendent bien qu'il peut jouer et reproduire n'importe quoi à l'oreille. Tous savent aussi que, si humbles soientils, ses parents lui fournissent une bonne stimulation musicale. Son père est mélomane et sa mère joue du piano comme elle parle; sans problème et tous les jours. Elle jouera, de fait, jusqu'à la veille de sa mort à 99 ans. À l'âge du collège, Claude Lavoie quitte le Bas-du-Fleuve pour le collège de Lévis. C'est là que l'abbé Tardif fera sa connaissance et prendra en main la formation de cet enfant si doué. Il faut lui donner la meilleure éducation musicale possible; lui apprendre à lire la musique serait un bon départ. Quelques années plus tard, c'est le Prix d'Europe. Mais en 1942, en pleine guerre, l'Europe, c'est les États-Unis. Boston le reçoit. Après les premiers examens, le directeur de la Longy School of Music lui annonce qu'il est récipiendaire d'une bourse qui couvrira désormais tous ses frais d'études. Il étudie Page 7


l'orgue avec E. Power Biggs et fait un peu de direction d'orchestre. Surtout, il sera confié pour les matières d'écriture à la grande musicienne française Nadia Boulanger que la guerre a fait fuir en Amérique. Elle dira à tous avoir rarement vu élève si doué et à Claude qu'il devrait être chef d'orchestre plutôt qu'organiste. Mais déjà un poste d'organiste prestigieux lui est offert à Boston. En acceptant un emploi aux États-Unis, risquait-il devoir aussi s'enrôler obligatoirement dans l'armée américaine comme une note d'Ottawa lui fit savoir? Il préfère revenir chez les siens, y vivre en français et former, à son tour, des musiciens. Justement, un poste d'organiste se libère à Québec, à Beauport plus précisément. Le poste laissé vacant par Charles Lapointe donne au jeune Lavoie sa première tribune. Il y fait sensation. Pendant qu'il occupe ce poste, la guerre terminée, il aura droit à des congés pour étudier à Paris avec les grands maîtres de l'orgue de l'heure, André Marchal et Gaston Litaize. À peine revenu d'Europe, Claude Lavoie succède comme professeur d'orgue au Conservatoire de musique de Québec à celui qu'il avait tant admiré en allant l'écouter aux Vêpres du dimanche à la Basilique de Québec. Henri Gagnon, alors directeur du Conservatoire, confie ainsi sa classe d'orgue à une relève prometteuse. C'est là que se révèlent ses qualités de pédagogue rigoureux et d'être humain sensible. Peuton reconnaître les élèves de Claude Lavoie? Oui et non : loin d'être des copies conformes de leur maître, ses élèves ont tous pu développer leur propre approche, reflétant ainsi la volonté de Claude Lavoie de respecter la personnalité de chacun. Une génération complète d'élèves de Claude Lavoie occupera ainsi de nombreux postes d'organistes et de professeurs d'orgue dans de nombreuses villes du Québec. Au cœur de ces années d'enseignement, on offre à Claude Lavoie une nouvelle tribune dans une paroisse qui lui construira l'orgue de ses rêves. Difficile de refuser. C'est en 1959 que Claude Lavoie inaugurera l'orgue de l'église Saints-Martyrs-Canadiens située en haute-ville à Québec, Page 8

instrument encore identifié aujourd'hui comme un orgue-phare dans la vie musicale de la Vieille Capitale. Dans les années qui suivent, la carrière s'épanouit librement, équilibrant enregistrements, concerts, enseignement et évidemment poste d'organiste d'église. Au début de la soixantaine, le paquet de nerfs a les nerfs moins solides. Avec la satisfaction du devoir accompli et confiant en l'avenir, Claude Lavoie décide de prendre sa retraite du Conservatoire. Quelques années plus tard, en 1983, il jouera sa dernière messe en l'église SaintsMartyrs-Canadiens. La carrière terminée, il cherchera pourtant encore à aider les jeunes. Il offre une somme d'argent substantielle pour créer, en 1989, la Fondation qui porte son nom et qui permettra à des étudiants organistes de mériter récompense par voie de concours. Pour couronner le tout, Claude Lavoie sera nommé Chevalier de l'Ordre National du Québec en 1990. Maintenant que la vie l'invite à suivre d'un peu plus loin les choses de ce monde, Claude Lavoie vit paisiblement. Il est en bonne santé, mais plus lent qu'avant. Il entend à rire et fait de nombreuses siestes. Si sa nature timide et la fatalité de la guerre ont favorisé son établissement ici à Québec dans les années 40, on peut s'enorgueillir, aujourd'hui, d'avoir pu garder au Québec, exprès pour nous, un artiste authentique et de l'avoir encore... si près de nous.

Mixtures, numéro 33, novembre 2010


Jacques Hétu et l’orgue par Michelle Quintal Le compositeur Jacques Hétu, décédé le 9 février dernier, est né en 1938 à Trois-Rivières1, ville qui a reconnu l’importance de ce musicien en 2008 en l’intronisant au « Panthéon de la musique classique ». À l’occasion du 375e anniversaire de cette ville, il avait composé Sur les rives du SaintMaurice, opus 78, œuvre commandée et créée par l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières le 13 septembre 2009. Cette formation a déjà joué de ce compositeur, entre autres Mirages, opus 28, en 2006 et Antinomie, opus 23, en 1989. J’ai connu Jacques Hétu à l’occasion du 7e colloque de l’Association de Recherche en Musique du Québec (devenue plus tard la Société québécoise de recherche en musique) tenu à Trois-Rivières en 1988. Louise Cloutier, présidente et coordonnatrice de ce colloque, m’avait demandé de préparer un texte soulignant le 50e anniversaire de naissance de Jacques Hétu. Je me suis rappelé qu’Isabelle Delorme, professeure d’écriture au Conservatoire de Montréal, citait avec fierté les noms des compositeurs qu’elle avait contribué à former tels François Morel, André Prévost, Roger Matton et aussi Jacques Hétu. Par la suite, j’ai découvert sa Missa pro trecentesimo anno pour double chœur, orgue et grand orchestre, opus 38, composée en 1985 à l’occasion du 300e anniversaire de naissance de J. S. Bach à la suite d’une commande de la Société Radio-Canada. Cette œuvre d’une durée de 50 minutes, entrecoupée de 4 interludes (Invocation, Louanges, Méditation et Choral), dirigée par Otto Werner-Müller avec Pierre Grandmaison à l’orgue de la basilique NotreDame de Montréal, a été entendue à l’émission Les Grands Concerts le 1er novembre 1985. Pour ma part, j’ai joué Méditation, le 24 février 1991, au Salon musical de Monique Gendron. L’œuvre Variations pour orgue, opus 42, a été créée par Gaston Arel. Ces variations ont été écrites à la suite d’une commande du docteur Michel Laporte. Il dit avoir eu le bonheur de les créer sur le magnifique Casavant de l’église du Gesù à Montréal et que cette œuvre fut diffusée sur les ondes 1

Son arrière grand-père a été maire de Trois-Rivières d’octobre 1888 à juillet 1889.

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Photo: Denis Bernier, UQAM

de Radio-Canada. Écrites dans un style de forme tout à fait classique, ces variations font appel aux ressources de l’orgue tant par ses couleurs que par sa majesté. Un peu plus tard, dans le cadre des Concerts spirituels à l’Oratoire Saint-Joseph, en présence du compositeur, Gaston Arel a interprété à nouveau cette œuvre remarquable. Le public a réagi très favorablement à cette audition. Il est toujours fascinant de rencontrer un compositeur dans l’élaboration d’une œuvre nouvelle. Malgré sa grande réputation et ayant peu écrit pour l’orgue solo, Jacques Hétu s’est prêté volontiers à quelques rencontres avec l'interprète. C’est à ce moment-là que celui-ci a vraiment connu l’homme dans sa grande simplicité et son affabilité proverbiale. D’abord publiée aux Éditions Jacques Ostiguy, cette œuvre est maintenant disponible aux Éditions musicales Lucarel. Le 22 septembre 2002, à l’occasion de l’inauguration de l’orgue Létourneau du Winspear Centre d’Edmonton, le Concerto pour orgue et orchestre, opus 68, a été créé par Rachel Laurin et l’Orchestre symphonique d’Edmonton sous la direction de Mario Bernardi. Cette œuvre, commandée conjoinPage 9


tement par la CBC et la Edmonton Concert Hall Foundation, a été rejouée le lendemain par l’interprète à qui le concerto est dédié. D’une durée de 28 minutes, l’œuvre, publiée aux Éditions Doberman, est divisée en cinq mouvements (Fantaisie – Scherzo – Passacaille – Interlude - Rondo). Rachel Laurin l’a rejoué en février 2008 à Ottawa au Centre national des Arts avec l’orchestre symphonique d’Ottawa, puis en juin 2009 à Toronto à l’orgue de la Metropolitan United Church avec le Kitchener-Waterloo Symphony Orchestra à l’occasion du Congrès national du RCCO/CRCO. Il a aussi été interprété par Olivier Latry, à Toronto, au Roy Thomson Hall avec l’Orchestre symphonique de Toronto sous la direction de Peter Oudijan. En 1999, Jacques Hétu a donné son nom à une école publique dans le secteur Cap-de-laMadeleine de la ville de Trois-Rivières qui dispense un enseignement musical aux élèves de niveau primaire. Pour ces jeunes musiciens, il a composé Fantaisie sur « Un bon matin » pour petit orchestre (flûtes, violons, alto et violoncelle), œuvre créée le 2 juin 2002 et qui a été reprise en mai 2010. « Pourquoi avoir donné le nom de Jacques Hétu à notre école? » expliquait le pianiste Mario Readman. Une question d’un de ses élèves a été l’élément déclencheur : « Existe-t-il encore de grands compositeurs? — Bien sûr, qu’il y en a encore aujourd’hui. — Alors, pourquoi ne les connaît-on pas? » Et Mario Readman d’enchaîner : « Quand j’étais étudiant, j’avais découvert les Variations pour piano, son opus 8, œuvre que j’admirais beaucoup. Et Jacques Hétu est trifluvien d’origine. C’était donc celui que devaient connaître nos jeunes élèves, car Jacques Hétu a consacré beaucoup d’années de sa vie à l’enseignement. Je me souviendrai longtemps de ce jour où, accompagné de la directrice de cette école, Sylvie Beaudoin, et de l’organiste Claude Beaudoin2, nous sommes entrés dans la cour du grand maître pour lui demander la permission de donner son nom à notre école. Et Claude Beaudoin d’ajouter : « Quand Jacques Hétu se rendait à Québec, il profitait de l’occasion pour venir nous saluer et disait avec fierté à ses amis et collègues qui l’accompagnaient : " Je vous présente mon école." » C’est ainsi que le flambeau de la passion pour la musi-

que classique passe en d’autres mains. Sylvie Cadieux ajoute : « Monsieur Jacques s’émouvait de la capacité des jeunes élèves parmi lesquels certains assureront la relève. » Soit comme compositeurs ou soit comme organistes-compositeurs, ne sait-on jamais. Jacques Hétu confia, lors d’une entrevue au cours d’un colloque en avril 2002 tenu à son école, que l’audition d’un concert d’orgue donné par Raymond Daveluy, en 1954 au collège Brébeuf, où il était pensionnaire, avait été à l’origine de sa vocation de compositeur. Le programme de ce concert comportait, entre autres, des œuvres de Couperin, Buxtehude et J. S. Bach3. Qu’il me soit ici permis de faire un parallèle et de rappeler le témoignage quasi similaire livré par Raymond Daveluy : « en 1941 ou 1942, au collège Jean-de-Brébeuf, l’écoute d’un éblouissant récital de Bernard Piché a contribué certainement à ma vocation d’organiste. » IN MEMORIAM Le 19 février dernier, en l’église Saint-Viateur d’Outremont, plusieurs musiciens sont venus rendu hommage à Jacques Hétu en interprétant ses œuvres. Les Petits Chanteurs de la Maîtrise du Cap de l’école de musique Jacques Hétu ont interprété, sous la direction de Claire Bisaillon, le Veni Domine, opus 39, de Félix Mendelssohn. Au début de la cérémonie, Rachel Laurin a joué Interlude, le quatrième mouvement du Concerto pour orgue et orchestre, interlude dont la majeure partie est écrite pour orgue solo. À la sortie, elle a spontanément improvisé sur un motif du premier mouvement de ce concerto (Fantaisie). POSTLUDE La 5e Symphonie pour grand orchestre et chœur, œuvre ultime de Jacques Hétu, a été créée, le 3 mars 2010, à Toronto, par l’orchestre symphonique de cette ville et diffusée sur les ondes d’Espace Musique. Le 7 septembre dernier, sous la direction de Jacques Lacombe, l’Orchestre symphonique de Montréal 3

2

Claude Beaudoin a étudié l’orgue avec Noëlla Genest et Raymond Daveluy. Page 10

Fonds Raymond Daveluy MUS 203 (2003-1,3), Boîte 1, Chemise 10, Montréal, Collège Jean-de-Brébeuf : programme de concert, 1954. Mixtures, numéro 33, novembre 2010


a interprété Sur les rives du St-Maurice. Cette œuvre sera reprise, en première américaine, au New Jersey Performing Arts Center, le 22 avril 2011, par le New Jersey Orchestra sous la direction de son nouveau directeur, Jacques Lacombe. « À quand la reprise de la Missa pro trecentesimo anno? » suggérait Jean-Pierre Guindon et permettez-moi d’ajouter « À quand la reprise de son Concerto pour orgue et orchestre qui n’a pas encore été entendu au Québec et pourquoi pas à la Place des Arts dans la nouvelle salle (l’Adresse symphonique) où l’on annonce l’installation d’un grand orgue? »

Salon musical Monique Gendron

Mercis à Gaston Arel, Claude Beaudoin, Sylvie Cadieux, Raymond Daveluy, Jeanne Desaulniers, Jean-Pierre Guindon, Rachel Laurin, Gilles Leclerc et Mario Readman pour leur aide dans cette recherche.

Monique Gendron 271, avenue McDougall Outremont QC H2V 3P3

Téléphone: 514.270.8038 Courriel : moniquegendron@vl.videotron.ca

Oeuvres pour orgue et pour choeur de

Éditions Cheldar

Denis Bédard Rachel Alflatt, gérante

8465 Quayside Court Vancouver, BC, V5P 4W1

Tel./Fax: (604) 322-5995 cheldar@cheldar.com

Présence de l’orgue le dimanche, 8 heures

Montréal 91,3 Rimouski 104,1 Sherbrooke 100,3 Trois-Rivières 89,9 Victoriaville 89,3 Gatineau 1350 AM Mixtures, numéro 33, novembre 2010

Pour formuler des suggestions ou enregistrements à présenter :

Martin Yelle RVM Victoriaville 71, rue Saint-Louis Victoriaville, QC G6P 3P6

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Isabelle Demers UNE AUTO-ENTREVUE

Vous êtes une jeune organiste que plusieurs découvrent avec étonnement et admiration et, de ce fait, vous attirez notre curiosité. Quand et comment avez-vous commencé à vous intéresser à la musique, et qu'est-ce qui vous a amené à l'orgue plus précisément? (FP)

Bien que j’aie entièrement rédigé cette « autoentrevue », plusieurs organistes d’ici et d’ailleurs ont gracieusement accepté de me soumettre des questions. Je voudrais donc remercier Irène Brisson (Québec) et Suzanne Purtee (Huntsville, Alabama), ainsi que François Pinard (Montréal), Robert Poliquin (Québec), et François Zeitouni (Montréal), pour leurs questions.

1re partie

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J’ai commencé à apprendre le piano à l’âge de 6 ans et suis entrée au Conservatoire à 11 ans. L’orgue n’est venu que plus tard, lorsque j’avais 16 ans, tout d’abord en privé avec Yves Garand puis, un an plus tard, en orgue complémentaire dans la classe de Jean LeBuis. Il faut croire que j’avais un certain talent puisque je suis entrée dans sa classe principale à 18 ans, directement en Fin-III! J’ai donc fait mes Fin-III en piano et orgue la même année et, comme il me fallait compléter mes autres cours avant d’obtenir mon DES-I, j’ai continué et ai fait mes deux concours deux ans plus tard. Il me faut ajouter que j’étais alors d’abord et avant tout pianiste, et que j’avais d’ailleurs décidé d’abandonner mes études d’orgue après mon concours. Je suis donc partie pour Paris afin d’y poursuivre mes études de piano; à ma grande surprise, j’y ai découvert que j’aimais l’orgue plus que le piano, et ai décidé d’auditionner à Juilliard afin d’y faire ma maîtrise. Ayant été pianiste avant d’être organiste, quelle a été l’influence du piano sur votre formation d’organiste? (FZ) Il me faut tout d’abord préciser que j’ai eu la chance d’avoir un professeur de piano tout simplement formidable au Conservatoire, M. Raoul Sosa. Il a joué un grand rôle dans mon développement musical et personnel, m’aidant non seulement à bâtir ma technique mais aussi à comprendre les grandes œuvres du répertoire de piano, de la sonate de Liszt à Gaspard de la Nuit en passant par l’op. 110 de Beethoven. Il est donc évident que je ne serais pas la musicienne que je suis aujourd’hui si je n’avais pas eu la chance d’étudier avec lui. J’ai aussi beaucoup appris de mon travail avec des chanteurs, surtout dans la division du soir à Juilliard; ils m’ont enseigné, consciemment ou non, l’art du phrasé. Mixtures, numéro 33, novembre 2010


Parlez-nous un peu de Juilliard. Vous y avez étudié avec un professeur déjà légendaire, Paul Jacobs, malgré son tout jeune âge; parlez-nous de votre expérience là-bas. (RP) Il y a plusieurs raisons qui font de Juilliard un endroit très intéressant. Ce n’est pas nécessairement une école qui convient à tous, mais c’était l’endroit parfait pour moi. Vivre à New York est très excitant et stimulant; il y a une vie culturelle incroyable, avec le Met, Avery Fischer Hall, Carnegie Hall, etc. Et Juilliard fonctionne maintenant comme une grande famille; la plupart des étudiants vivent dans le dortoir, et l’école s’assure de leur bienêtre en leur offrant des services tels qu’une clinique de physiothérapie avec des intervenants spécialisés dans les blessures découlant de la pratique intensive d’un instrument. Je suis cependant allée à Juilliard pour y étudier avec Paul Jacobs, un artiste et une personne remarquable. Il est peut-être connu plus particulièrement pour ses concerts-marathon, durant lesquels il a joué l’œuvre complète de Bach (2003) et de Messiaen (en plusieurs occasions). Il est évident qu’une telle entreprise peut en faire sourciller plus d’un, mais une seule rencontre avec M. Jacobs a suffi à me convaincre que, loin d’être un cirque, cet exploit était motivé par son amour profond de la musique. Il exige de ses élèves une dévotion entière pour leur art. Je me rappelle avoir eu des leçons (supplémentaires puisqu’il est aussi très généreux) à minuit le vendredi soir! Il m’a beaucoup appris sur la registration et sur les moyens d’exploiter à fond toutes les possibilités d’un instrument. Il s’agissait souvent de trucs aussi simples que de fermer la boîte du récit lorsqu’on ajoute des jeux (ce qui, bien que simple, demande quand même une certaine coordination!) Ceci étant dit, M. Jacobs donne également à ses élèves plus âgés l’opportunité de développer leur propre style – Daniel Sullivan, Chelsea Chen, Cameron Carpenter et moi avons tous gradué la même année (2006), et pourtant Dieu sait que nos personnalités artistiques n’ont pratiquement rien en commun! Pour un organiste, cependant, le moment fort de la semaine demeure la classe d’orgue du jeudi matin. Tous les élèves doivent y jouer une pièce nouvelle (i.e. nouvellement apprise) à chaque semaine, si possible de mémoire, et bien sûr sans Mixtures, numéro 33, novembre 2010

assistant. La classe étant ouverte pour le grand public, on y retrouve parfois des organistes assez connus (tel Fred Swann), des agents, ou tout simplement des aficionados de l’orgue. Je crois que c’est une classe détestée de tous les élèves, mais on ne pourrait trouver meilleur entraînement pour une carrière d’organiste de concert. Enfin, j’ai aussi eu la chance d’étudier l’analyse schenkerienne avec Carl Schachter à Juilliard. La méthode de Schenker (et sa théorie, puisqu’il s’agit à la fois d’une méthode d’analyse et d’une théorie de la musique) s’impose lentement dans les écoles américaines comme la méthode analytique par excellence, et M. Schachter est en partie responsable de cette situation puisqu’il a formé la plupart des schenkeriens actuels. Il serait trop long d’expliquer ici les nombreux éléments de cette théorie, mais j’aimerais mentionner qu’étant basée sur différents niveaux structurels qui se déroulent simultanément, elle permet de mieux comprendre la structure d’une œuvre. Participez-vous à des concours nationaux ou autres? Si oui, lesquels? Sinon, que pensez-vous des concours? (IB) J’ai fait plusieurs concours nationaux et internationaux durant mes deux premières années à Juilliard. En fait, je crois même en avoir fait six la première année (Miami, Poister, Dublin, CCO, NYACOP, Jordan), ce qui m’a tenue somme toute assez occupée! J’en ai très peu fait depuis, tant par nécessité que par choix. Durant les deux premières années de doctorat à Juilliard, l’accent est mis sur les cours d’histoire et de théorie, ce qui ne laisse pas assez de temps pour la préparation d’un concours. De plus, j’ai aussi réalisé que ma carrière ne serait probablement pas lancée lors d’un concours puisque je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler « a good competition player ». Par contre, je pense qu’il est très important de faire beaucoup de compétitions puisque, gagne ou perd, on peut y établir les rencontres nécessaires pour la poursuite d’une carrière. Par exemple, j’ai été invitée à jouer à la convention du RCCO/CRCO tenue en 2009 à Toronto parce que j’avais participé au Concours National du RCCO/CRCO en 2005. J’ajouterais que les concours ne récompensent pas toujours les qualités privilégiées par le public, par exemPage 13


ple la mémorisation et la virtuosité (et non pas parce que ce ne sont pas des qualités appréciées d’un jury, mais plutôt parce que le jury ne peut généralement pas voir les participants). Nous allons parler, si vous le voulez bien, du fait que vous donnez vos récitals sans aucune partition. Nous sommes sidérés par votre phénoménale mémoire. En vous observant vous-même, comprenez-vous de quelle manière vous parvenez à retenir l'entièreté de ces pièces? De quelle façon procédez-vous? Voulezvous nous faire partager votre technique de mémorisation? Y a-t-il des trucs, des astuces? Comment réussir à ne jamais se perdre dans le dédale des reprises, répétitions, variations et modulations, et autres ressemblances entre les diverses sections d'une œuvre? Est-ce que cela vous a déjà joué de vilains tours — un mouvement manqué, une répétition de trop, un blanc, le besoin d'improviser? Vous devez apprendre les mélodies, harmonies et rythmes, mais que sont-ils pour vous? Des notes pures, des doigtés, des successions d'intervalles, des sonorités? Sûrement un peu tout, mais avez-vous conscience de favoriser certains aspects plus que d'autres? Y voyez-vous des forces, des faiblesses? (FP) La mémoire est en effet un sujet assez fascinant, que je ne suis pas certaine de bien comprendre! J’ai appris à mémoriser très jeune, en fait à 6 ans lorsque j’ai commencé mes leçons de piano. Le but de l’exercice était à l’époque de mémoriser une pièce dans la tonalité originale la première semaine, puis de la mémoriser dans les onze autres tonalités pour la leçon suivante. Mon professeur étant un ardent défenseur du do mobile, je pense qu’elle croyait que j’employais cette technique pour mémoriser, ce qui n’était cependant pas le cas puisque j’ai l’oreille absolue. J’ose penser que cet entraînement a contribué à développer ma mémoire, ou tout au moins mon habileté à transposer! Au Conservatoire, étant pianiste, je devais naturellement tout mémoriser (une petite anecdote à ce sujet : le devoir de ma première leçon d’accompagnement était de travailler la première chanson de Fauré afin d’apprendre l’art de tourner les pages, art important s’il en est un! Faisant ni une ni deux, j’avais mémorisé la pièce pour la prochaine leçon, ce qui, loin d’impressionner mon professeur, m’avait plutôt attiré des remontrances!) Page 14

Avant d’arriver à Juilliard, je n’avais cependant jamais pensé mémoriser de manière systématique le répertoire pour orgue. Cependant, Paul Jacobs m’ayant encouragé à jouer de mémoire pour la classe d’orgue, j’y ai vu un moyen de me démarquer de mes collègues. J’ai depuis réalisé que la mémorisation nous permet de mieux connaître une œuvre, peut-être plus particulièrement si le tempo est lent. Ayant toujours mémorisé instinctivement, je ne peux pas nécessairement expliquer le fonctionnement de ma mémoire. J’essaie cependant de posséder les trois types de mémoire jugés essentiels par Paul Jacobs – mémoire auditive, mémoire musculaire (des doigts), et mémoire intellectuelle (cérébrale). Les deux premières étant moins fiables que la troisième, il faut nécessairement toutes les maîtriser avant de se risquer à jouer par cœur. J’essaie aussi d’avoir des « memory posts », des points de repère qui permettent une solution de rechange en cas de trou noir. Un autre truc, peut-être moins connu, est d’inverser le tempo des œuvres, en pratiquant une pièce rapide très lentement et vice-versa. Cette technique permet d’éviter de se fier à la mémoire des doigts, en plus d’accélérer le processus de mémorisation des pièces lentes. Ceci étant dit, si la mémoire à long-terme est importante, un concert nous demande aussi de mémoriser une longue série de manœuvres qui change forcément avec chaque concert. Il y a ici aussi quelques trucs, comme de favoriser une séquence numérique préétablie plutôt que de choisir les pistons pour leur emplacement sur la console. En général, je peux mémoriser, en deux jours, une séquence de 300 ou 400 manœuvres, dépendamment du répertoire et de l’instrument. J’ajouterais que, n’ayant jamais rien fait de tel avant d’arriver à Juilliard, il ne s’agit pas d’un don, mais bien d’une habileté qu’il suffit de développer. On me demande aussi souvent comment j’apprends mes transcriptions? Je les mémorise directement à partir de la partition d’orchestre, sans les écrire.

NDLR : Nous poursuivrons cette entrevue dans notre prochain numéro.

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Congrès FQAO 2010 — Drummondville par Jean Côté

Les 2 et 3 août derniers, la FQAO organisait, au Centre du Québec, un congrès permettant de faire entendre de jeunes et talentueux organistes jouant sur quelques beaux instruments de cette région; on rendait aussi un vibrant hommage à Gilles Fortin, organiste, chef de chœur, compositeur, pédagogue et gestionnaire. Étant originaire de la région, c’était pour moi un retour aux sources et il me paraissait opportun de vous livrer mes impressions sur ce congrès. Le 2 août, en avant-midi, les édiles municipaux, sous la direction de monsieur Yves Grondin, maire suppléant à madame la mairesse Francine Ruest-Jutras, accueillaient les membres du conseil d’administration de la FQAO par un cocktail de bienvenue et les invitaient à signer le livre d’or de la ville. Après le dîner, la FAOQ tenait son assemblée générale annuelle à l’Hôtel-Motel Le Dauphin au cours de laquelle furent traitées les affaires générales de la Fédération et où furent élus les membres du conseil d’administration pour la prochaine année. Par la suite, une visite du département de musique du Cégep de Drummondville avec démonstration musicale à l’orgue et au clavecin ainsi que du studio d’enregistrement nous a convaincu de l’excellence de la formation musicale offerte par l’institution. En fin d’après-midi, la FQAO rendait un bel et vibrant hommage à Gilles Fortin qui a, entre autres, présidé à la naissance du département de musique du Cégep de Drummondville et des Amis de l’orgue de Drummond. Lucienne L’Heureux-Arel livra un touchant discours d’intronisation et ce, en présence de plusieurs membres de la famille Fortin. Titulaire du grand-orgue de l’église Saint-Frédéric durant plusieurs années, Gilles Fortin a contribué à assurer une musique de haute qualité lors des célébrations liturgiques. Il a également formé bon nombre de jeunes organistes. Il œuvre toujours dans le domaine de la musique liturgique comme organiste et compositeur. Élève d’Arthur Letondal et de Conrad Letendre au séminaire de

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Saint-Hyacinthe, il a côtoyé les Lagacé, Bégin, Arel, L’Heureux, Daveluy et bien d’autres.

Gilles Fortin recevant la distinction de « membre honoraire de la FQAO » des mains de son président, Gérard Mercure.

Le souper qui suivit fut l’occasion d’échanges et sitôt terminé, plusieurs ont pu acheter partitions et disques offerts par les exposants. En soirée, un magnifique concert nous a permis d’entendre Dominique Lupien, de Montréal, aux claviers du grand orgue Casavant de l’église Saint-Frédéric. Je connais bien cet orgue puisque j’ai eu l’opportunité de le toucher à maintes occasions au cours de mes études collégiales. Certes, à l’époque, il ne possédait pas tous les atouts actuels dont certains ont été introduits à la suite de sa restauration mais sa fréquentation aura fait naître chez moi la passion de l’orgue et de sa littérature. Encore une fois, je fus conquis tant par l’interprète que par l’instrument. Le lendemain avant-midi, destination SainteMonique de Nicolet afin d’y découvrir un fort bel instrument qui, quoique difficile à manier, fut admirablement joué par Jocelyn Lafond et François Pothier-Bouchard. Ils nous ont fait découvrir la beauté des timbres de ce Brodeur 1891 restauré par Létourneau en 2002. J’y ai retrouvé avec plaisir l’abbé Jonathan Lemire, un ami de mes parents alors qu’il était vicaire à Saint-Joseph de Page 15


LÉVESQUE-ROUSSIN ENR. Facteurs d’orgues

Chapelle des Jésuites, Québec Déry 1887 / Casavant, Opus 826, 1920 Traction tubulaire-pneumatique Grand Orgue

Récit (expressif)

Pédale

1– Bourdon 16’ 2– Montre 8' 3– Mélodie 8’ 4– Dulciane 8’ 5– Prestant 4’ 6– Flûte harmonique 4’' 7– Doublette 2’ 8– Mixture III 9– Trompette 8’

10– Principal 8' 11– Bourdon 8' 12– Viole de gambe 8' 13– Voix céleste 8' 14– Flûte traversière 4' 15– Violon 4’ 16– Nazard 2 2/3’ 17– Piccolo 2’ 18– Voix humaine 8' 19– Hautbois 8' 20– Trompette 8’ - Trémolo

21– Flûte ouverte 16’ 22– Bourdon 16' 23– Bourdon 8' 24– Flûte 8' 25– Violoncelle 8’

Reconstruction des terrasses Installation d’un combinateur électronique à 10 niveaux de mémoire 414 Saint-Alphonse Nord Thetford-Mines (Québec) G6G 3W8

téléphone sans frais: 1-888-338-6645 levesqueroussin@hotmail.com


Drummondville et qui a été un instigateur du projet de restauration de cet orgue De retour à Drummondville, une intéressante visite aux installations de « Roses Drummond » nous a permis d’en apprendre un peu plus sur la culture en serres de cette belle fleur. Par la suite, un excellent dîner nous attendait à la salle Royale, une ancienne salle de cinéma convertie en salle de réception. Ce lieu a fait remonter en moi plusieurs souvenirs d’enfance survenus lors des séances de cinéma du samedi après-midi. Après le dîner, Martin Yelle nous a entretenus du projet de l’inventaire des orgues de la région du Centre du Québec qu’il a piloté et nous a fait une démonstration du site internet qui y est associé. Cet inventaire se veut un bel exemple d’initiatives réalisées afin de mieux connaître et apprécier notre patrimoine « organistique ». Puis, nous voilà à l’église Saint-Joseph laquelle appartient maintenant à la Maison funéraire Yves Houles et Frères à la suite d’une entente tripartite survenue entre cette firme, l’assemblée de Fabrique et le diocèse de Nicolet. Ce partenariat, unique en son genre au Québec, libère la Fabrique de la gestion et de l’entretien du bâtiment tout en permettant son usage aux fins de culte (mentionnons que la Fabrique conserve la totalité des différentes collectes) et autorise l’entreprise funéraire à y aménager et d’utiliser l’espace pour ses propres besoins. Le président-directeur-général de l’entreprise, Gaston Houle, véritable visionnaire quant à la sauvegarde du patrimoine religieux, nous a entretenus des différentes modalités de l’entente et nous a expliqué les motifs qui ont poussé sa firme à agir de la sorte. L’installation d’un nouvel orgue (Casavant, Opus 2151, 1952, 2 claviers manuels et pédalier, 16 jeux et 16 rangs) est due à son initiative et fait suite aux rapports d’experts concernant l’état de l’orgue alors en usage. Devant des constats peu reluisants, il fut décidé de le remplacer par un nouvel instrument qui en est à sa troisième vie. En effet, il a été installé, lors de la fabrication, en l’église Saint-Christophe, de Ville de Laval. Lorsque cette église ferme ses portes, en 2003, l’instrument est déménagé en l’église Saints-Martyrs-Canadiens, à Victoriaville, par les Ateliers Guilbault Bellavance Carignan, de Saint-Hyacinthe.

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Maintenant que cette dernière église est, à son tour, vouée à la fermeture, la même firme fut chargée d’en faire la transplantation. De l’ancien instrument (un Odilon Jacques, datant de 1942), on a transporté, dans le buffet du nouvel orgue, les jeux de Trompette, de Nazard et de Mixtures III rangs et ce, tout en conservant, dans les murs latéraux de la tribune, les éléments décoratifs de l’ancien buffet. Sans contredit, la sonorité du nouvel orgue est de loin supérieure à celle de l’ancien. Encore une fois, les jeunes organistes Lafond et Pothier-Bouchard, issus de la classe de Raymond Perrin du Conservatoire de musique de Trois-Rivières, nous ont éblouis. Étant originaire de cette paroisse, ce dernier concert me rappelait d’innombrables souvenirs, car mon père a fait partie du chœur d’hommes de cette église pendant quarante ans.

L’orgue Casavant de l’église Saint-Joseph de Drummondville

Merci aux organisateurs, et principalement à Martin Yelle et Luc Lafond, qui ont œuvré à l’organisation et au déroulement de cet événement qui s’est achevé sur le constat que l’orgue est bel et bien vivant au Centre du Québec et particulièrement à Drummondville. Toutefois, je relève une fausse relation d’octave entre cette vitalité et le faible nombre d’organistes présents à ce congrès. Un trop bel été en a peut-être dissuadé quelques uns… Enfin, il y aura d’autres congrès…

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Congrès AIO/ISO 2010 — Montréal par Hellmuth Wolff Cette année, du 8 au 13 août, un congrès a réuni deux associations de facteurs d’orgues à Montréal, l’International Society of Organbuilders (ISO) ainsi que l’American Institute of Organbuilders (AIO). Les 230 participants ont été logés à l’hôtel Sheraton de Laval où, profitant du fait qu’il n’y avait pas d’autres congrès cette semainelà, il y avait amplement de place pour les expositions et les conférences. Tandis que les membres de l’ISO aiment visiter les orgues, les membres de l’AIO préfèrent écouter des conférences sur différents aspects de la facture d’orgue. La raison en est bien simple : les Américains ont du rattrapage à faire, tandis que les membres de l’ISO, qui viennent surtout de l’Europe, sont passés par un apprentissage en règle. Le congrès était organisé par un comité formé de facteurs québécois, membres de l’ISO et/ou de l’AIO, auxquels s’ajoutait René Fréchette, directeur général du Concours international d’orgue du Canada et gestionnaire hors pair. Didier Grassin présidait le congrès de l’ISO, et Fernand Létourneau, celui de l’AIO. Il n’était pas toujours facile d’harmoniser nos points de vue, mais notre merveilleux métier nous a aussi enseigné comment surmonter les embûches et concilier les divergences. Enfin, le tout s’est déroulé sans anicroche et nos invités semblaient avoir été comblés par la diversité des instruments, la beauté de nos églises et la qualité de nos interprètes. Nous avons quand même entendu quelques voix discordantes : certains organistes abusaient des masses sonores de certaines orgues tonitruantes. Ils auraient dû savoir que nous ne nous laisserions pas si facilement impressionner et que nous apprécierions davantage des sonorités délicates et un jeu sensible. Nous nous sommes dit tout au long de nos délibérations préparatoires que les organistes devraient montrer la plus grande variété de registrations possibles plutôt que de faire une démonstration de leur virtuosité, mais le message ne semble pas toujours avoir été entendu…

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Il y a quand même eu quelques merveilles de démonstrations, par exemple celle de Jonathan Oldengarm sur notre instrument de l’église St. John the Evangelist, à Montréal et, deux jours plus tard, dans un tout autre registre, aux orgues Casavant de la cathédrale de Saint-Hyacinthe. Je mentionnerais également celle de Réal Gauthier qui jouait un récital Buxtehude/Bach sur le magnifique Beckerath de l’Immaculée-Conception, ce qui a ému plusieurs parmi nous, surtout les anciens collègues ayant travaillé chez Rudolf von Beckerath et qui sont venus des quatre coins du monde. La tournée des orgues commençait au Grand Séminaire par une prestation d’Yves Préfontaine jouant des extraits du Livre d’orgue de Montréal sur l’orgue Guilbault-Thérien, comme l’a fait d’ailleurs Patrick Wedd à la visite suivante sur l’orgue Wilhelm de la cathédrale Christ Church. Considérant toutes les constructions érigées sur la propriété (et même en dessous!) de la cathédrale anglicane, il est regrettable que les autorités n’aient rien fait pour améliorer l’acoustique ingrate de leur église. Après deux jours de visites d’orgues, il fallait également faire le tour des ateliers de Saint-Hyacinthe. Nous avons donc rempli quatre autobus pour y laisser une moitié des participants devant l’usine de Casavant Frères et l’autre devant celle des Orgues Létourneau. Dans chacun des établissements, nous avons reçu une démonstration technique : chez

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Létourneau, les employés nous montraient leur technique de polissage des tuyaux de façade tandis que chez Casavant, c’était une machine CNC qui devait nous épater. Cette merveilleuse machine numérique (que nous avons aussi utilisée pour nos instruments) est faite pour nous libérer des travaux monotones; elle perce des milliers de trous dans les chapes et, avec elle, la fabrication des pièces gravées devient un jeu d’enfant. Par ailleurs, à part cette machine et des dessins faits par ordinateur, pas beaucoup de changements dans les vieux ateliers depuis que nous y avons travaillé dans les années soixante : même les frères Casavant ne s’y perdraient pas s’ils revenaient sur terre. Les ateliers de l’autre côté de la Yamaska sont un peu plus modernes, mais quel labyrinthe, cette ancienne usine d’épuration d’eau! D’accord, l’entreprise occupe un autre bâtiment neuf quelques kilomètres plus loin – mais tout de même, la construction d’un atelier neuf ferait du bien aux deux compagnies maskoutaines! Après ces visites d’ateliers, nous étions tous réunis pour entendre le récital déjà mentionné de Jonathan Oldengarm à la cathédrale de Saint-Hyacinthe, précédé d’une séance de photo, prise du haut de la tribune, de tous les congressistes placés dans la nef. Sur le chemin du retour, une autre présentation nous attendait à Saint-Léonard : Richard Paré jouait un récital, un brin trop presto, sur l’orgue Létourneau de l’église Saint-Gilbert. Cet orgue, bien fait et bien équilibré, est le seul instrument de ce facteur à Montréal; dommage qu’un buffet plutôt quelconque lui ait été imposé par le même architecte qui a agi, quelques années auparavant, comme « conseiller » dans le projet d’orgue du Grand Séminaire. D’autres bonnes démonstrations auxquelles j’ai pu assister ont été jouées par Hélène Panneton sur le chaleureux Casavant de l’église Sainte-Cécile de Milton, par Marc-André Doran sur notre instrument de l’église de la Visitation à Montréal, et par Dom André Laberge sur l’orgue Wilhelm de l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. L’orgue-harmonium de Saint-Paul d’Abbotsford est une curiosité que Christopher Jackson a su mettre en valeur. Le beau temps qu’il faisait dans le bucolique village nous a tous mis de bonne humeur pour le restant de cette journée passée dans les Cantons de l’Est.

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Je n’ai pu entendre qu’une partie du concert public d’Isabelle Demers à l’église Saint-Jean-Baptiste. Elle jouait l’opus 73 de Reger avec une grande virtuosité, mais je me suis demandé pourquoi elle avait choisi une pièce aussi rébarbative et longue (en nous donnant des notes musicologiques expliquant ce fait même…) et en revenant constamment sur les mêmes registrations, comme la partition le veut, bien sûr. D’autre part, Dany Wiseman aurait mieux fait de se passer des accouplements en octave du Casavant de l’église SaintsAnges de Lachine. Je ne peux prouver qu’il s’en servait, mais un orgue auquel on a ajouté des mixtures peut facilement sonner trop strident si on n’y fait pas attention! On pourrait en dire autant de la façon dont Julia Doktor faisait sonner l’orgue Casavant de Saint-Charles-Borromée, un orgue qui a pourtant conservé sa sonorité veloutée de 1916. Mes collègues se sont également plaints d’une surabondance de chamades pendant la prestation de Pierre Grandmaison à la basilique Notre-Dame et, à l’Oratoire Saint-Joseph, ils auraient préféré entendre Philippe Bélanger dans un répertoire approprié plutôt qu’une improvisation. Arrivant quelques minutes après le début de cette improvisation, je me suis demandé si on était encore en train d’accorder les anches… Par contre, le même Philippe Bélanger a joué un sympathique petit récital composé de musique anglaise qui ne sonnait pas dépaysée sur l’orgue Louis Mitchell de Vaudreuil. L’instrument a été respectueusement restauré par Fernand Létourneau et la photo de la magnifique église Saint-Michel de Vaudreuil a fait la une du journal de l’ISO : les nos 34 et 35 contiennent plusieurs articles sur les orgues et les facteurs du Québec. Par ailleurs, le volumineux programme du congrès, conçu par Andrew Forrest, est une ressource pleine de renseignements détaillés sur les orgues visités et il restera un précieux souvenir pour nous tous. La conférence d’ouverture s’adressait aux membres tant de l’ISO que de l’AIO. Patrick Wedd en était le modérateur et le thème portait sur la facture d’orgue au Québec. Quatre facteurs se partageaient la tâche : Robin Côté sur le début de la facture jusqu’à Louis Mitchell (quelques jours plus tard, Karl Raudsepp devait donner une conférence pour l’AIO sur Warren), Simon Couture sur l’histoire

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de 1850 à 1955, Hellmuth Wolff sur la réforme de l’orgue de 1955 à 1980 et Fernand Létourneau sur les 30 dernières années. Karl Wilhelm, qui a joué un rôle important dans la réforme de l’orgue au Canada, a brillé par son absence… Comme il me fallait accompagner nos invités dans la tournée des orgues, j’ai dû manquer les conférences de l’AIO sauf une, celle de Gerhard Grenzing qui avait pour titre « Des orgues traversant les mers en bateau en bois de noyer ». Son exposé faisait preuve d’une immense richesse de renseignements sur des orgues espagnols qui ont abouti à la cathédrale de Mexico et à l’île de Majorque, et qu’il a restaurés (on peut aussi lire son article sur les orgues de Jordi Bosch, publié par l’ISO en 1993 et disponible sur son site : www.grenzing.com).

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Ce congrès conjoint se terminait par un banquet animé par Éric Lagacé et son trio de jazz, puis par Luc Beauséjour jouant Scarlatti sur un de nos continuos. En finale, ils se sont réunis pour jouer une composition qu’Éric Lagacé avait écrite sur des thèmes de sonates en trio de Bach, un amalgame parfait pour la circonstance. Comme ce fut le cas après le premier congrès des Amis de l’orgue, (organisé de pair avec nos amis français) et, quelques années plus tard, après le congrès de l‘Organ Historical Society, nous avons toutes les raisons d’être fiers de notre riche patrimoine organistique!

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Anniversaires en musique par Irène Brisson Il y a trois cents ans, mourait à Rome le compositeur toscan Bernardo Pasquini, né en 1637. Installé à Rome en 1650, sept ans après la mort de Frescobaldi, il y reçut une formation musicale très solide et occupa plusieurs postes d’organiste. Dès 1690, il figure parmi les premiers membres de la respectable académie poéticomusicale des Arcadiens, aux côtés d’Arcangelo Corelli, d’Alessandro Scarlatti et des frères Marcello. Pédagogue réputé, il compta parmi ses élèves Georg Muffat, Francesco Gasparini, Francesco Durante et Domenico Zipoli. Si ses œuvres vocales sont quelque peu tombées dans l’oubli, sa musique de clavier représente une passerelle importante entre Frescobaldi, auquel il emprunte les effets de surprise et les modulations savoureuses des toccate, ainsi que le goût de l’aria instrumentale et du ricercar, et l’aube du XVIIIe siècle. À l’occasion d’un voyage à la cour de Louis XIV, il eut l’occasion de se familiariser avec l’école de clavecin des prédécesseurs de Couperin et de Rameau, ce qui se traduit dans quelques œuvres par une liberté rappelant les préludes non mesurés, une déclamation théâtrale calquée sur les tragédies de Lully, ainsi que par la composition de nombreuses suites de danses à la française. Il y a trois cents ans également naissaient deux compositeurs très admirés de leurs contemporains : Thomas Augustine Arne (1710-1778) et Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784). Tous deux nous montrent qu’il n’est pas toujours facile, en musique, d’être le fils de son père! Né à Londres autour du 12 mars, Thomas Augustine Arne était issu d’une famille de tapissiers. Son père le destinait au droit et lui fit faire de solides études. Très jeune, Thomas Arne s’intéressa à la musique et étudia, en cachette, semble-til, le violon et le clavecin, avant d’obtenir de son père la permission de se consacrer à son art. Étant catholique en terre anglicane, plusieurs portes lui furent fermées à la cour comme dans les églises, ce qui ne l’empêcha pas de se voir décerner, en 1759, un doctorat en musique par Mixtures, numéro 33, novembre 2010

l’Université d’Oxford, et de remporter de nombreux succès avec près de 90 partitions pour la scène dont plusieurs ont disparu lors de l’incendie du théâtre de Covent Garden (1808). Un des airs provenant de son masque Alfred, Rule, Britannia! (1740) est devenu un véritable chant de ralliement patriotique anglais. La musique pour clavier de Thomas Arne est nettement plus modeste que celle de ses contemporains Maurice Greene, William Boyce et John Stanley, qui exerçaient d’importantes fonctions d’organistes. Elle consiste en huit sonates pour clavecin ainsi qu’en six concertos pour orgue ou clavecin et petit ensemble instrumental, écrits sans doute pour son fils dans les années 1750, et publiés à titre posthume une trentaine d’années plus tard. Comme le faisait Handel, les concertos d’Arne font appel à de nombreux mouvements pour clavier seul. Le compositeur démontre une belle habileté d’écriture et est aussi à l’aise dans le style baroque que dans la galanterie, oscillant allègrement entre les deux dans un même concerto. Né le 22 novembre 1710 à Weimar, Wilhelm Friedemann Bach est le fils aîné de Johann Sebastian Bach, et son préféré sans doute. Il fait son apprentissage dans un petit livre pour clavier qui lui est dédié (Clavier-Büchlein vor Wilhelm Friedemann Bach, 1720-1726) et l’on peut suivre son cheminement à travers les Inventions à deux voix et Symphonies à trois voix, le premier volume du Clavier bien tempéré et les six sonates en trio de son père. Soucieux de lui donner la formation la plus complète possible, Bach l’envoie étudier le violon avec le réputé Johann Gottlieb Graun et l’encourage à entreprendre, à 19 ans, des études en droit à l’Université de Leipzig. En 1733, Friedemann Bach remporte brillamment le poste d’organiste à la Sophienkirche de Dresde, une nomination très intéressante, puisque cette ville était celle de la résidence du Prince-Électeur de Saxe, récemment couronné roi de Pologne sous le nom d’Auguste III. Seule ombre au tableau : le roi, converti au catholicisme, n’assiste plus aux offices de l’église luthérienne où se fait entendre le grand improvisateur. Page 21


Se partageant entre ses fonctions dominicales et la composition, Friedemann forme quelques élèves, dont Johann Gottlieb Goldberg, que l’on a associé peut-être à tort, aux géniales variations de Johann Sebastian Bach. Après treize ans dans la capitale saxonne, Friedemann est nommé organiste à la Liebfrauenkirche de Halle, un poste jadis convoité par son père. Dans la ville natale de Handel, suivant les traces de son père, il exerce les fonctions de cantor ou director musices, ce qui l’amène à composer des cantates, qu’il serait intéressant d’approfondir. En 1750, la mort du « vieux Bach » semble déstabiliser Friedemann. Peu à peu, ses relations avec ses supérieurs vont se détériorer : on l’accusera d’insubordination, de « mauvaise conduite », on lui reprochera des absences non autorisées, ce qui n’est pas sans rappeler comment les autorités leipzicoises avaient traité son défunt père. Démissionnant de son poste en 1764 sans avoir trouvé un autre emploi, Friedemann Bach se contente de vivre de leçons et de concerts d’orgue. Durant ces années de vaches maigres, il se départit de nombreux manuscrits musicaux de son père, ce que la postérité lui reprochera. Après avoir tenté sa chance dans plusieurs villes d’Allemagne, il s’installe en 1774 à Berlin, capitale de la Prusse de Frédéric II. Son frère Carl Philipp Emanuel y fut longtemps claveciniste et le roi avait encore en mémoire les magistraux canons et que Bach avait joués en sa présence en 1747 (l’Offrande musicale). Les improvisations de Friedemann suscitent toujours autant d’admiration et attirent sur lui l’attention de la sœur du roi, la princesse Anna Amalia, passionnée de musique. Malheureusement, ayant perdu en 1778 ou 1779 la confiance de sa protectrice, pour avoir dénigré en sa présence un élève de son père, Johann Philip Kirnberger, il vivra dans le plus grand dénuement jusqu’à sa mort, continuant à vendre au plus offrant les précieux manuscrits du grand Bach. Sa disparition sera mentionnée dans le Magazin der Musik comme étant celle d’un « homme irremplaçable. Sa perte sera profondément ressentie par tous les admirateurs de la véritable harmonie et de la profondeur de l’art des sons ». Témoin privilégié de la carrière de son père, ainsi que son frère Carl Philipp Emanuel, il confiera de précieux souvenirs au premier biographe de Bach, Johann Nikolaus Forkel. Page 22

Musicalement très proche de son père, il a tenté de s’en démarquer tout au long de sa vie, ce qui n’a pas empêché ses contemporains de toujours le comparer à son modèle. Ses symphonies et concertos, ses œuvres pour clavecin ou pianoforte, dont une dizaine de fantaisies nous donnent un aperçu de sa véritable personnalité musicale. S’il préférait improviser à l’orgue, il a composé à partir des années 1740 près d’une vingtaine de fugues montrant son solide bagage musical. Celle en do mineur (Falk 32) est nettement inspirée du thème du Thème royal de l’Offrande musicale. Une collection de huit courtes fugues (F.31) pour clavier seul, fortement influencées par les Sinfonie à trois voix de son père, a été publiée en 1778, à une époque où ce genre était tombé en déclin. Sept chorals (F.38) destinés à un de ses élèves restent dans la lignée conventionnelle des œuvres contrapuntiques issues de l’école de Pachelbel. Peu développés, ils sont loin d’être aussi complexes ou imaginatifs que ceux de son père. Né la même année que Schumann et Chopin, Samuel Sebastian Wesley (1810-1876) est le petit fils du fondateur de l’Église méthodiste Charles Wesley. Il doit son second prénom à l’admiration que son père, l’organiste Samuel Wesley (1766-1837), vouait à Bach. Ayant appris la musique comme enfant de chœur à la chapelle royale de Londres, il sera dès 1832 organiste dans différentes cathédrales anglaises (Hereford, Winchester, Exeter) où son caractère jugé irascible lui portera parfois ombrage. On lui doit d’avoir développé dans son pays la pratique du pédalier et d’avoir poursuivi l’œuvre de son père en faisant connaître la musique de Bach en Angleterre. Wesley, trop souvent confondu avec son père, a enrichi le répertoire liturgique anglican de nombreux hymnes et Anthems. Grand improvisateur et concertiste, en 1843, on le considéra dans son pays comme « le plus grand organiste vivant », et ce, malgré le respect que les Anglais vouaient à Mendelssohn. Pour son instrument, il laisse près d’une vingtaine d’œuvres pour orgue de chambre ou pour grand orgue, qui offrent un singulier mélange de styles, allant de Mozart à Mendelssohn, puisant leurs racines dans la tradition baroque du voluntary et de la fugue de Bach, et préfigurant parfois le chromatisme expressif de Franck.

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Ici et là au Québec... Informations générales Gilles Maurice Leclerc a été intronisé en tant que 50e Président du RCCO/CRCO au cours du congrès annuel tenu à Victoria, BC, du 18 au 22 juillet 2010. Natif d’Ottawa, il est membre du CRCO depuis déjà 30 ans au cours desquels il a comblé divers postes et responsabilités. Détenteur d’une maîtrise en musicologie, il est organiste à l’église SaintFrançois d’Assise, sa paroisse natale. Il est aussi connu comme compositeur de musique d’orgue et de musique liturgique. Plusieurs de ses œuvres sont disponibles aux Éditions Lucarel. Un premier groupe d’œuvres pour orgue a été gravé sur CD par le compositeur. Nous avons eu le plaisir de l’accueillir au cours du congrès de la FQAO en août dernier, à Drummondville. Récemment, la firme Juget Sinclair obtenait le contrat pour la restauration du grand Beckerath de la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph. Il fournira du travail à l’équipe pour une durée d’environ neuf mois. La firme complètera, pour décembre 2010, la restauration de deux instruments historiques situés en milieu rural et construits tous deux en 1896 par Casavant Frères : l’Opus 70 (16 jeux) de l’église Saint-Alexandre en Montérégie et l’Opus 72 (18 jeux) de l’église Saint-Léon-le-Grand près de TroisRivières. Les deux instruments sont à traction mécanique et possèdent un système de vent à opération manuelle. Ces deux projets, impliquant deux instruments très similaires, offrent des opportunités uniques et intéressantes pour des restaurations. La tuyauterie endommagée dans l’orgue de Saint-Alexandre peut être restaurée en utilisant, comme guide, celle de Saint-Léon. De même, les pièces manquantes du système de vent dans l’orgue de Saint-Léon pourront être reconstruites en utilisant celui quasi identique de Saint-Alexandre. Ces travaux sont subventionnés en partie par le Conseil du patrimoine religieux du Québec.

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Doctorat honorifique à Kenneth Gilbert Kenneth Gilbert recevait, le 19 juin dernier, un doctorat en musique « Honoris Causa » de l’Université Laval. Voici un extrait de la présentation faite à l’occasion de la collation des grades par Richard Paré. Kenneth Gilbert est né à SaintHyacinthe et a étudié la musique à Montréal. Gagnant du Prix d’Europe en 1953 pour son interprétation à l’orgue, il poursuivra des études en France pendant deux ans avec des maîtres réputés dont Nadia Boulanger et Gaston Litaize. À son retour, il crée, à la demande de Wilfrid Pelletier, une classe de clavecin au Conservatoire de musique de Montréal. Par la suite, il deviendra professeur de clavecin à l’Université McGill et il mettra sur pied la première classe de clavecin à la Faculté de musique de l’Université Laval. Il est important de préciser qu’à la fin des années 50 et les années 60, le clavecin connaissait une sorte de renaissance et la façon de bien jouer cet instrument était loin de notre culture, même si quelques instrumentistes en avaient fait, précédemment, une certaine diffusion. À son talent d’interprète, Kenneth Gilbert ajoute les qualités de musicologue-chercheur et pédagogue. En effet, son étude approfondie de la musique d’un François Couperin lui a permis d’aborder ce répertoire avec une justesse stylistique et une approche d’authenticité sans précédents jusqu’alors. Avec son collègue, Gustav Leonhardt, il fut un pionnier dans la manière de redonner au répertoire des XVIIe et XVIIIe siècles ses lettres de noblesse. Kenneth Gilbert sera le premier musicien en ce XXe siècle à bien comprendre la manière la plus juste d’exprimer la musique française de cette époque. En 1968, il enregistre sa première intégrale de la musique pour clavecin de François Couperin. L’édition de cette intégrale constituait la première d’une série d’éditions musicologiques Page 23


des grands maîtres du clavecin parmi lesquelles figurent les intégrales de Rameau, d’Anglebert et de Scarlatti. Ses nombreux enregistrements lui ont valu d’obtenir, de la part des redoutables critiques de Le monde de la musique, le prestigieux Diapason d’or et ce, à deux reprises. Le monde de la musique, à propos de la réédition en compact de son intégrale Couperin pour clavecin, écrivait récemment : « un moment important dans l’histoire de l’interprétation : pour la première fois, on pouvait entendre les ornements organiquement intégrés à la matière musicale, et de la façon la plus naturelle. Plus de vingt ans après sa première parution, cet enregistrement reste un modèle de style, d’élégance de phrasé et de justesse de ton, dont l’apparence de facilité est la marque même du grand art ». En 1971, Kenneth Gilbert s’établit en Europe où il enseigne successivement aux conservatoires d’Anvers en Belgique, de Stuttgart en Allemagne, au Mozarteum de Salzbourg et à de nombreuses académies d’été. Il donne de nombreuses classes de maître. En 1988, il devient le premier Canadien à occuper un poste de professeur au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, sa ville d’adoption. C’est vraiment toute une génération de clavecinistes qui a profité de la qualité de son enseignement. N’ayant pu moi-même bénéficier de son enseignement comme étudiant universitaire, je garde toujours un souvenir impérissable de l’Académie de clavecin à Anvers à laquelle j’ai participé en juin 1978. C’est avec émerveillement et admiration que je prenais contact avec ce maître qui attirait des étudiants de partout dans le monde pour parfaire leur art du clavecin. Je découvrais alors son immense culture, son talent d’interprète dans tout le répertoire dédié à cet instrument à l’époque baroque. Son intérêt pour l’organologie de l’orgue et l’histoire du Québec ont fait germer en lui un projet extraordinaire. En effet, c’est à son instigation et à la suite de ses recherches que la chapelle du Musée de l’Amérique française de Québec, a vu renaître le premier orgue français construit pour la basilique-cathédrale de Québec en 1753 par le facteur Robert Richard. L’instrument original a été détruit lors des bombardements de la ville de Page 24

Québec en 1759. Le facteur Juget-Sinclair a rendu tangible sa reconstruction et Kenneth Gilbert en a fait la présentation l’automne dernier, invité par les Amis de l’orgue de Québec, lors d’un récitalconférence. Kenneth Gilbert a mené, conjointement et avec brio, une carrière vouée à la recherche, à l’enseignement et à l’interprétation. De nombreux prix et distinctions lui ont été décernés en hommage à l’ensemble de sa prestigieuse carrière et de son importante contribution au domaine des arts. Il est membre de la Société Royale du Canada, membre de l’Ordre du Canada, membre honoraire de l’Académie Royale de Londres, fellow du Collège Royal de Musique de Londres remis par le Prince de Galles, fellow honoraire du Collège Royal Canadien des Organistes, officier de l’Ordre des Arts et des Lettres de France et Croix d’Honneur 1re classe de la République d’Autriche. Il est détenteur de doctorats honorifiques émanant de l’Université de Melbourne, en Australie, et de l’Université McGill. En 2006, il a reçu un prix Opus, le « Prix Hommage » du Conseil Québécois de la Musique.

Montréal par Yves G. Préfontainec avec la collaboration de Jean-Claude Bournival et Robert Ducharme

Encore une fois la vie de l’orgue à Montréal fut extrêmement riche au cours des derniers mois : les dimanches à la basilique Notre-Dame, direction artistique Pierre Grandmaison, bien couverts par la critique, les mardis à l’église St. James avec comme maître d’œuvre Philip Crozier, les mercredis (soirs, désormais) aux Saints-Anges de Lachine sous la direction artistique de Yves Garand, les jeudis à St. Andrew et St. Paul coordonnés par Jonathan Oldengarm qui a lui-même présenté des prestations remarquées, auxquels s’ajoutent Orgue et Couleurs, le Festival des Couleurs de l’Orgue français, et de nouvelles initiatives comme les Arcs-boutants à l’église SaintPierre-Apôtre. Les Amis de l’Orgue de Montréal ont conclu leur saison avec l’excursion annuelle, cette fois à Québec, qui a permis de faire connaissance, notamment, avec l’orgue Richard du Musée de l’Amérique française. Juin a vu le retour des 24 heures Mixtures, numéro 33, novembre 2010


du banc et ce, à l’église du Gesù. De façon ininterrompue, les 24 programmes par autant d’organistes furent, même au cœur de la nuit, de tout premier ordre. Par ailleurs, les activités de l’automne ont repris avec l’assemblée générale. Le secrétaire Jean-Paul St-Germain et le signataire de ces lignes n’ont pas souhaité renouveler quelques mandats. Le nouveau conseil se compose de Denis Bonenfant, président, Denis Gagné, viceprésident, Suzanne Ozorak, secrétaire, Éliane Thomas, Hellmuth Wolff et Jean Ladouceur, conseillers. La grande révélation organistique des derniers mois a sans doute été Isabelle Demers. Où qu’elle soit passée, elle a ébloui les auditoires par sa musicalité et sa très grande maîtrise de l’instrument On peut la découvrir à travers l’entrevue présentée dans les pages qui précèdent. Autre événement exceptionnel, la création, fin septembre à l’église Saints-Anges de Lachine, par Rachel Laurin, de la 7e sonate, d’une durée de 45 minutes, de Raymond Daveluy. Un grand moment. Le volet « orgue » du Festival Orgue et Couleurs a présenté une série de concerts gratuits fort appréciés, tant par leur diversité que par la qualité des artistes invités. Parmi ceux-ci, François Zeitouni et la lauréate du concours Lynnwood Farnam (CRCO) 2010, Han Mi Kang. Les concerts de la basilique Notre-Dame furent d’excellente tenue eux aussi. Un grand cru, pourrait-on dire. Mis à part Isabelle Demers déjà évoquée plus haut, le récital de Matthieu Latreille a retenu l’attention et nous sommes certainement ici devant une force montante de l’orgue actuellement. La 16e édition du Festival des Couleurs de l’Orgue français, qui se déroule les dimanches après-midi d’octobre, présentait, en ouverture, Matthew Provost dans un programme entièrement consacré à la musique espagnole. Fascinante rencontre. À travers tout cela, plusieurs événements isolés, proposés par des organistes étrangers tel HenriFrançois Beaupérin, d’Angers, ainsi que d’autres qui ont permis de découvrir de jeunes musiciens d’ici tels Jean-Michel Grondin et Gabrielle Tessier. Le Festival de jazz de Montréal s’est également immiscé dans l’univers de l’orgue en présentant un concert saxophone (John Surmann) et orgue (Howard Moody) dans sa programmation. Expérience concluante semble-t-il! Mixtures, numéro 33, novembre 2010

Québec par Robert Poliquin

À deux reprises au cours du printemps, des groupes sont venus visiter les différents instruments de la ville de Québec. D’abord, un groupe provenant des sections de Montréal, Kingston et Ottawa du RCCO/CRCO qui, en deux jours, a réussi un quasi mini-marathon en visitant 11 instruments, puis ce fut le tour des Amis de l’orgue de Montréal de nous rendre visite lors de leur excursion annuelle. L’organiste-compositrice Édith Beaulieu a présenté une nouvelle composition, le 19 juin, à l’église Saints-Martyrs-Canadiens : sa Missa Brevis no 3 pour chœur à 4 voix mixtes et orgue, opus 6. L’œuvre a été reprise dans le cadre de l’émission Le Jour du Seigneur, le 10 octobre, lors du dimanche de l’Action de Grâces, directement de l’église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier. La 44e saison des Amis de l’orgue de Québec a été lancée le 11 septembre dernier avec un récital d’Alexander Weimann dédié aux victimes de l’attentat du World Trade Center le 11 septembre 2001. Prestation de très haut niveau car l’artiste a démontré une musicalité accomplie et une technique absolument fantastique. Un mois plus tard, la traditionnelle excursion culturelle reprenait vie avec une visite dans la région des Bois-Francs : Plessisville, Arthabaska, Warwick, Ham-Nord et Victoriaville. Au moment où vous lirez ces lignes, nous aurons tout juste assisté au récital donné par Frédéric Champion, le gagnant du premier Concours international d’orgue du Canada en 2009. On en reparlera. Le dernier récital de cette première moitié de saison aura lieu le 23 novembre à la chapelle du Musée de l’Amérique française où Nathalie Gagnon nous présentera un concert de Noëls sur l’orgue Juget-Sinclair reproduisant l’orgue Richard 1753 de la basilique de Québec. Après avoir été en fonction de 1978 à 2010 en l’église Sainte-Marie-Médiatrice, l’orgue personnel de Claude Lavoie a été récemment installé en l’église Notre-Dame-de-Lorette de Wendake. Page 25


Parutions par Robert Poliquin The new and the old – L’ancien et le nouveau Isabelle Demers Orgue Marcussen (1995) la chapelle St. Augustine, Tonbridge School (Angleterre) IV/P, 67 jeux, 90 rangs, Traction mécanique des claviers / électrique des jeux

C’est sur un orgue relativement inconnu de ce côté de l’Atlantique que cette jeune Québécoise a choisi de réaliser son premier enregistrement. Il est installé dans un chapelle qui a été reconstruite en 1988 à la suite d’un incendie. Au programme, des compositions familières de Bach et Reger interprétées de façon convaincante mais aussi des extraits, dans une transcription personnelle, de la musique de ballet Romeo and Juliet de Prokofiev. À partir de registrations variées et bien pensées, l’artiste nous permet d’apprécier les vastes et magnifiques sonorités de l’instrument. On remarque aussi une vibrante synergie entre l’artiste et l’instrument. Hautement recommandé! Acis, APL 42386, 2010 Itinéraire Jacques Boucher Orgues du Québec et de France Dans cet enregistrement, l’artiste nous amène à la rencontre de huit des plus beaux instruments du Québec et deux des derniers instruments construits par Cavaillé-Coll, en France, et ce, dans un vaste répertoire allant de Matthias Weckmann à Antoine Bouchard. Il s’agit d’une compilation extraite d’enregistrements antérieurs qui, selon le souhait de l’artiste, se veut « des souvenirs ou des tableaux de voyage à l’intention du mélomane face au riche et vivant patrimoine organistique qui est porteur d’un vivant message de culture et capable d’évoquer la beauté de l’œuvre des créateurs ». Idéal comme cadeau à tout mélomane ou amateur de patrimoine. Disques XXI, CD 2-1718, 2010 Suzanne Ozorak Orgue Stahlhuth 1912 / Jann 2002 de l’église Saint-Martin, Dudelange (Luxembourg) IV/P, 82 jeux, 88 rangs, Traction électro-pneumatique L’artiste a enregistré ce disque en souvenir de l’église Sacré-Cœur d’Ottawa détruite par le feu en 1978 et où elle fut organiste de 1972 à 1978. Le répertoire interprété reflète celui qui a dû retentir dans ce temple depuis l’installation du Casavant en 1911 jusqu’à sa disparition. On y retrouve du Lemmens, Lefébure-Wély, Liszt, Saint-Saëns, Buck, Franck, Dupré et Gagnon. Une improvisation de l’artiste complète le programme. De prime abord, le choix de l’orgue de Dudelange peut paraître étrange mais sa sonorité ronde et chaleureuse rappelle celle que l’on retrouvait dans les instruments produits par la maison Casavant au début du XXe siècle; c’est à s’y méprendre. Prestation très convaincante! Disponible chez Opus II. Page 26

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Alessandro Scarlatti : Complete Keyboard Works, volume 2 Alexander Weimann Orgue Wilhelm, Opus 129, 1993, Église Très-Saint-Rédempteur, Montréal II/P, 15 jeux, 15 rangs, 752 tuyaux, Traction mécanique des claviers et des jeux

Lorsque l’on mentionne des œuvres pour clavier de Scarlatti, on pense d’abord à Domenico en oubliant celles de son père Alessandro qui a surtout composé des œuvres vocales. Dans un premier volume, l’artiste nous fait connaître ce répertoire au clavecin. Mais, au fait lesquelles de ces œuvres sont pour clavecin et lesquelles pour orgue ? À cette question, l’artiste nous répond que la réponse est totalement subjective. Ici, l’artiste utilise son choix discrétionnaire et place certaines toccatas en paire avec des fugues alors que des pièces individuelles sont structurées pour former des sonates et enfin d’autres sont laissées en pièces détachées. Tout au long de cet enregistrement, l’artiste fait preuve d’une très grande sensibilité musicale et nous fait goûter à un superbe répertoire très peu enregistré. Ce disque doit faire partie de toute bibliothèque de musique tant par la rareté du répertoire que pour la beauté de l’interprétation. ATMA, ACD 2-2528, 2010 (2 CD) Théodore Dubois : Messes pour solistes, chœur, cuivres et orgue Michel Brousseau, direction et Jean-Willy Kunz, orgue Orgue Casavant, Opus 615, 1915/1995, Église Saint-Jean-Baptiste de Montréal

À partir de l’armoire aux trésors de la famille de Théodore Dubois, Michel Brousseau découvre et rapporte avec lui, de France, des œuvres chorales telles que la Messe de la Délivrance et la Messe solennelle de saint Rémi. Dubois est surtout connu, chez nous, pour son oratorio Les Sept Paroles du Christ qui est un classique pour la semaine sainte. Cet enregistrement est une première mondiale et son écoute nous ramène au temps où, les jours de fêtes, le chant du commun de la grand’messe était interprété comme on disait « en parties ». Quant à la Messe de la Délivrance, elle a été composée en 1919 au lendemain de la fin de la Première Guerre mondiale. L’utilisation des cuivres lui donne un caractère quelque peu militaire. Pourquoi pas une telle présentation pour la messe du Jour du Souvenir ? Une belle découverte ! ATMA, ACD 2-2528, 2010 (2 CD) Musique française pour violon et orgue Anne Robert, violon et Jacques Boucher, orgue Orgue Casavant, Opus 615, 1915/1995, Église Saint-Jean-Baptiste de Montréal IV, 65 jeux, 92 rangs, Traction électro-pneumatique

Un programme de haute qualité et tout en douceur. Une musique à faire rêver. On y découvre des compositions françaises écrites pas Donnay, de Bréville, Armingaud, Journeau, Joubert et Boulnois qui côtoient celles de compositeurs plus connus tels les Guilmant, Dubois, Saint-Saëns et Gounod. Et, pour terminer, une belle pièce d’un Français naturalisé Canadien, Antoine Reboulot. Deux grands interprètes qui nous livrent une magnifique prestation. XXI, CD 2 1716, 2010

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L’orgue sur le web par André Côté Le Livre d'orgue de Montréal est le plus volumineux manuscrit de musique d'orgue française de l'époque de Louis XIV à nous être parvenu. Les éditions moderne et en fac-similé étant maintenant épuisées, les éditeurs en ont autorisé la parution sur le site de la « Bibliothèque et Archives nationales du Québec ». La souplesse du web permet d’ajouter au contenu original, des enregistrements de Kenneth Gilbert extraits des archives de la Société Radio-Canada. http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/livreorgue/

Animé d’un souci éducatif, j’ai souvent suggéré des sites constituant une excellente introduction à l’orgue. À ceux déjà mentionnés dans les chroniques antérieures, ajoutons la section « Les jeux de l’orgue » http://decouverte.orgue.free.fr/jeux.htm du site « À la découverte de l’orgue » qui permet, à l’aide d’informations pertinentes et d’illustrations particulièrement bien réussies, de saisir l’essentiel de l’appareil phonateur de l’orgue sans toutefois verser dans les détails trop techniques.

Bien que symbole de modernité, l’internet devient de plus en plus témoin du passé par l’immense capacité d’archivage et la disponibilité universelle qu’il offre. À titre d’exemple, le site de vidéos en ligne YouTube permet de voir et d’entendre Louis Vierne jouant, vers 1930, un extrait du choral In Dir Ist Freude de J. S. Bach. http://www.youtube.com/watch?v=rJKCaGha7nE De tels documents d’archives seraient autrement, bien entendu, très difficilement accessibles. Le site « The New York City Organ Project » présente un répertoire exhaustif des orgues des cinq quartiers de la ville de New York. Le classement y est d’abord effectué par quartier puis par catégories d’endroits où retrouver ces instruments (églises, institutions, théâtres, résidences…). La liste inclut même les orgues détruites, vendues et déménagées. http://www.nycago.org/Organs/NYC/index.html Parmi les nombreuses revues s’intéressant au monde de l’orgue, « Orgues nouvelles » semble particulièrement attrayante de par son contenu et sa présentation. http://orgues-nouvelles.weebly.com/

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Pour terminer sur une note plus ludique : le site dédié à l’orgue du Christchurch Town Hall de Nouvelle-Zélande présente des puzzles représentant quelques instruments intéressants de par le monde. http://www.nzorgan.com/puzzle/jigsaws/ jigsawonline.htm

Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

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Revue des revues par Robert Poliquin FRANCE L’orgue francophone / BULLETIN DE L’ORGUE FRANCOPHONE FFAO, 13 rue de Balzac, 93600 Aulnay-sous-Bois, France. No 41 — 2010 : Éditorial — En marge du livre de Brigitte Alzieu : Portraits d’orgues… et d’organistes — Orgues à chats, ânes et cochons — L’orgue Robert Richard de la cathédrale de Québec (1753-1759) — Jacques-Nicolas Lemmens : Nouveaux éclairages sur la vie et l’œuvre d’un organiste — L’orgue Piccaluga 1764 de la chapelle Sixtine de Savone — Orgalie : Fédération des orgues du territoire de Belfort —Congrès 2009 : Orgues en Lorraine du sud — Retour à Lunéville : Origines, structure et significations d’un buffet aux tuyaux masqués — Assemblée générale de la FFAO 2009. No 42 — 2010 : Route des orgues en Allier et à l’entour — Petite chronologie de l’orgue dans l’Allier et à l’entour — Les orgues entendus en concert : Vichy, Riom, Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme, Moulins, Souvigny — Complément à l’inventaire des orgues d’Auvergne. L’orgue francophone en bref Route des orgues – Stages, académies, classes de maîtres – Prix de composition – Festival – CD – Livres et Partitions – Revue des revues – DVD Vidéo – Matériel pédagogique, exposition – Échos et Brèves de tribunes – Avis de recherche – Juridique – Internet – Petites annonces Orgues nouvelles / Coet Sal—Mériadec, 56400 Plumergat, France. (Supplément de musique et CD avec chaque numéro) No 7 — Hiver 2010 : Éditorial — L’orgue Renaissance: l’orgue en Allemagne centrale; la construction d’un instrument à l’ancienne; l’orgue Schumacher de l’église Saint-Jacques de Liège; des orgues mésotoniques au XXIe siècle; construction de la musique et principes d’architecture à la Renaissance; composer aujourd’hui pour les orgues anciens — Lisbonne: richesses lusophoniques — Cantates de Bach en concert à Paris — Sapporo: Kitara Concert Hall, hommage à Takemitsu. No 8 — Printemps 2010 : Éditorial — L’orgue espagnol: les voix (voies) du renouveau; la belle aventure de l’orgue espagnol; typologie de l’orgue espagnol; la facture d’orgues (1950-2010); l’orgue, les organistes et la musique liturgique; le génie de l’orgue du Palais Royal:

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Jodi Bosch; les siècles d’or de la musique d’orgue ibérique — Régions d’Espagne : Aragon, Catalogne, Castille et Léon, Andalousie — Info en Montre : académies, colloques, inaugurations, festivals, concours internationaux — Philippines : Las Pinas et l’orgue de bambou — Olivier Greif, un pur musicien — Organiste conservateur? : voyage en Absurdie, sur les pas de Claudel; les dangers de la chasse au dahu; conservation et usage, nécessités culturelles; conservateur, un nouvel avenir. No 9 — Été 2010 : Éditorial — Dossier Formation : enseigner; les nouveaux territoires de l’enseignement de la musique; Marcel Landowski, un pionnier du paysage musical contemporain; CRR : la classe d’orgue de Lille; cours de didactique; les tribulations de jeunes enseignants; l’improvisation au clavier; orgue et musique contemporaine; enseigner aux enfants; la pédagogie au sein de l’ANFOL; les stages; l’intégration des jeunes déficients visuels dans les écoles de musique — Info en Montre : académies, colloques, inaugurations, festivals, concours internationaux — Les orgues en Suisse romande : Fribourg et Porrentruy; naissance d’une grande aventure; faire naître et vivre un instrument; l’apport de Michael Radulescu — Uruguay : Dans le sillage de Ricardo Paseyro. Musica et Memoria / ASSOCIATION ELISABETH HARVARD DE LA MONTAGNE, 31 rue du Chagnaud, 17450 Rioux, France. 30e année, No 113-116 — 2010 : Vibrations sonores et harmonie universelle — Huberte Vecray (19232009), soprano belge — Henri Carol (1910-1984), un maître de la musique sacrée — Célestine Galli-Marié (1840-1905), créatrice de Carmen (1875) — Prémices de la sociologie de la musique comparée — Charles Cyroulnik, une brillante carrière de violoniste prématurément interrompue — La thérapie par les sons — Max Méreaux, un musicien de notre temps — Obituaire des musiciens (2009) — Notes sur quelques lauréats méconnus du Prix de Rome de composition musicale (suite) — Lyne Dauby (1912-2010), l’envol d’un cygne — Revue des revues. Bulletin d'information de l'Association des amis de l'orgue de Versailles et de sa région / 7 rue de Béarn, 78000 Versailles, France. No67 – Juillet 2010 : Assemblée générale — Yvonne Loriod : une grande pianiste interprète de Messiaen nous a quitté — Anniversaires 2010 — Les orgues de Niort — L’orgue de chœur de la cathédrale Saint-Louis Page 29


de Versailles – Facteur d’orgue et négociant en vins, il y a trois cent ans naissait Charles-Joseph Riepp – Souvenirs d’un compositeur oublié : Félix Fourdrain – Écouté pour vous – Lu pour vous – Disques de musique d’orgue – Quelques concerts d’orgue entre janvier et mai 2010. Le tuyau / BULLETIN DE LIAISON DE L’ASSOCIATION « CONNAISSANCE ET PRATIQUE DE L’ORGUE », 31ter avenue Saint-Lazare, CS 82137, 34060 Montpellier, France. No 45 — 2e semestre 2009 : Éditorial — Un orgue en timbre — Rubrique discographique — Revue des revues — L’orgue aux expositions universelles — St Pons de Thomières et Micot (nouvelles du colloque) — Courrier des lecteurs. SUISSE La tribune de l’orgue / REVUE DE SUISSE ROMANDE, Guy Bovet, CH-2000 Neuchatel, Suisse. e

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62 année, N 1 2010 : Éditorial — Le voyage en Italie du nord du musée suisse de l’orgue — Bach et les 16 pieds (II) — Le quart d’heure d’improvisation — Nouvelles du musée suisse de l’orgue, Roche — L’orgue de Vuadens : complément — L’orgue Antegnati d’Almenno et l’Antica Osteria Giubi? — Les voyages de M. Philéas Fogg — Actualités. 62e année, No2 2010 : Éditorial — Bach et les 16 pieds (III) — La Symphonie romane de Widor : regards d’interprète — Le quart d’heure d’improvisation — L’orgue Grenzig du temple des Eaux-Vives et le bistrot du boucher? — Les voyages de M. Philéas Fogg — Mark Twain : Ascension en télescope — Le plus ancien orgue des Pays-Bas menacé — Orgues neuves, restaurées… — Les instruments de Marie Dufour au Conservatoire de Neuchâtel — Actualités. CANADA Organ Canada / Orgue Canada / JOURNAL BIMENSUEL COLLÈGE ROYAL CANADIEN DES ORGANISTES (RCCO/ CRCO), 202-204 St. George St., Toronto, ON

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May 2010 : Selwyn College Chapel Choir — Hellmuth Wolff: Ultimum Opus — Calgary Organ Festival & Symposium — Reviews — From the Ranks — Organ Selection: Prière — President’s Message — Hindsight — Centre News — Barrie Cabena Music Scholarship — Church Positions Available — Sixteen Notes. July 2010 : A new Juget-Sinclair Organ in St Louis — The Choir of St Barnabas’ Anglican Church — Organ Selection: Nocturne — Reviews — President’s Message — Hindsight — Howard Fairclough Competition — RCCO Page 30

Honorary Appointments — RCCO Centre News — Sixteenth Notes — Church Positions Available. September 2010 : Photos from Victoria’s International Organ Festival — Rendez-vous des grands — The 48th Haarlem Improvisation Competition — Reviews: Pipes Around the Pacific — Organ Miniature: Quiet Curve — Reviews — President’s Message — Gilles Maurice Leclerc — Hindsight — Membership and Branding Committee Report — Church Positions Available —Sixteen Notes. ÉTATS-UNIS The Tracker / JOURNAL OF THE ORGAN HISTORICAL SOCIETY (OHS), P.O. Box 26811, Richmond, VA 23261 Vol 54 No 2 — Spring 2010 : Rudolf von Beckerath and Charles Letestu — A Zero Point-two-Percent Legacy — The Roosevelt Organ of All Saints’ Harlem — Two Indiana Organbuilders in Baltimore. Vol 54 No 3 — Summer 2010 : The Classical British Organ 1660-1760 — Blowing by Electricity — E. Power Biggs Fellowship. 2010 Organ Atlas : Pittsburg — Description, history and photos of organs featured during the 2010 National Convention. (186 pages) The American Organist / JOURNAL OF THE AMERICAN GUILD OF ORGANISTS (AGO), 475 Riverside Drive, Suite 1260, New York, NY 10115 Vol 44 No 6 — June 2010 : Johann David Tannenberg: Instrument Maker — Pipe Organs of the Rich and Famous: Florence Twombly — Organ Feature: St Mark the Evangelist R.C. Church, San Antonio, TX (J.P. Buzard). Vol 44 No 8 — August 2010 : Canadian International Organ Competition — An Annual Bach Marathon — Organ Feature: St. Agatha R.C. Church, Columbus, OH; St. Rita R.C. Church, Dallas, TX; First Congregational Church, Sioux Falls, SD (Bedient). Vol 44 No 9 — September 2010 : A Conversation with Yuko Hayashi — Pedagogy Column: Eben’s Moto Ostinato — Australia’s Newest Grand Concert Organ — Organ Feature: St. Matthew’s Episcopal Church, Wilton, CT (Reuter). Vol 44 No 10 — October 2010 : A Visit with the Future — Pipe Organs of the Rich and Famous: C. Bai Lihme — Organ Feature: Martin Luther College, New Ulm, MN (Schantz).

Mixtures, numéro 33, novembre 2010


Mixtures #33, novembre 2010  
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