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Numéro 32

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

www.fqao.org

Mai 2010


Mixtures Coordonnateur Robert Poliquin

Sommaire 4

Comité de rédaction Claude Beaudry, Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Michelle Quintal

Les organistes 5 11

Collaborateurs à ce numéro Gaston Arel, Irène Brisson, André Côté, Denis Juget, Robert Poliquin, Yves-G. Préfontaine, Michelle Quintal, Jean-Claude Rivard, Martin Yelle

Présentation

Gilles Fortin Gérard Gagnon Hommage Prix Opus 2010

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Hommage à Hellmuth Wolff Les congrès/conférences/colloques

18 Révision

Congrès annuel 2009 RCCO/CRCO Les chroniques

Claude Beaudry et Gérard Mercure

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Anniversaires en musique

24 24

Ici et là, au Québec... - Nominations - Montréal

26 28 29

Parutions L’orgue sur le web Revue des revues

Impression Les Copies de la Capitale Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : 5 $ par numéro

Date de tombée : 1er du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com Mixtures Robert Poliquin 1203, avenue d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Mai 2010 ISSN 1201-5741

Mixtures, numéro 32, mai 2010

En couverture : Beckerath, 1959 5 claviers manuels, 77 jeux, 117 rangs Traction mécanique des claviers et des jeux Basilique de l’Oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal Montréal, QC

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Présentation 11e congrès de la FQAO Drummondville (2 et 3 août 2010) Le printemps est arrivé et un congrès de la FQAO se prépare. Cette année, c’est au tour des Amis de l’orgue de Drummond de nous accueillir dans la belle région du Centre-du-Québec. Comment parler d’orgue et de Drummondville sans penser à Gilles Fortin et aux orgues de l’église Saint-Frédéric! Nous aurons l’occasion, lors de ce congrès, de découvrir sur place la vitalité de cette région et peut-être d’y faire des découvertes. La première journée sera consacrée à une reconnaissance de l’apport de Gilles Fortin au milieu de l’orgue et de la formation musicale. Nous soulignerons également les 15 ans bien sonnés de la FQAO. La deuxième journée du congrès nous fera voyager. Nous découvrirons la richesse du patrimoine à sauvegarder en jetant un coup d’œil sur l’inventaire des orgues de la région Centre-du-Québec, réalisé cette année. Nous en aurons un aperçu en écoutant « in situ » le magnifique Brodeur de 1893 de l’église de Sainte-Monique-de-Nicolet. Par la suite, nous jetterons un regard vers une réalité nouvelle : un orgue « récupéré », installé dans une église achetée par une maison funéraire et qui sert toujours au culte en usage partagé avec la paroisse. Le Centre-du-Québec vous attend également avec quelques visites intéressantes et quelques surprises. Venez en grand nombre à ce congrès! En ces temps où parfois l’incertitude nous atteint, nous retrouver ensemble pour partager une même passion est salutaire et source de mobilisation commune. Nous ne pouvons pas espérer une restauration de ce qu’a été le passé mais devons regarder l’avenir avec optimisme et trouver collectivement des voies créatives pour une présence vivante et actuelle de l’orgue au Québec. Martin Yelle Vice-président

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Gilles Fortin

ORGANISTE, CHEF DE CHŒUR, COMPOSITEUR, PÉDAGOGUE, GESTIONNAIRE

par Michelle Quintal et Martin Yelle

Défendre le statut de musicien, c’était son côté bagarreur; mais développer la culture musicale dans son milieu, c’était sa vocation (Claude Tousignant1)

Portrait d’un organiste hors Montréal et Québec Gilles Fortin est né en 1932 à Bedford, ville sise près de la frontière américaine. Sa mère et sa grand-mère y ont été organistes entre les années 1915 et 1922. Ces deux femmes lui ont fait découvrir certaines pièces de piano et lui ont appris à les lire. Dans la famille de son père, tous chantaient. Gilles Fortin suivait aussi religieusement les récitals d’orgue à la radio de Radio-Canada où se produisaient les interprètes de ce temps tels Claude Lavoie et Jean-Marie Bussières de Québec, Françoise Aubut, Georges Lindsay, Félix Bertrand, Georges-Émile Tanguay, Eugène Lapierre de Montréal et Bernard Piché de Trois-Rivières. À l’âge de 12 ans, il a l’honneur d’accompagner à l’orgue un salut au Saint-Sacrement chanté par un chœur de 250 voix! Sœur Saint-Jean-del’Eucharistie, des Sœurs de Saint-Joseph, lui a donné ses premiers cours de piano. Par la suite, il a étudié avec Édouard Guité, titulaire de l’orgue de l’église Sainte-Thérèse de Cowansville. Ce musicien, dont la fille Lucette a étudié au Conservatoire de Montréal avec Bernard Lagacé puis en Europe avec Anton Heiller et Gaston Litaize et qui est, depuis 25 ans, organiste à l’église Sainte-Anne d’Ottawa, avait travaillé avec 1

Georges Lindsay, alors titulaire des orgues de la cathédrale de Montréal. De tradition, dans sa famille, les garçons fréquentent le Séminaire de Saint-Hyacinthe et les filles, le Couvent des Sœurs de la Présentation. Tous doivent passer par là, ce n’est pas négociable. Cadet de la famille, il doit suivre la même voie, peu importe si son intérêt va à la musique bien plus qu’aux études classiques. Plusieurs activités musicales y sont cependant offertes : harmonie, chorale, orchestre, piano, violon, orgue, etc. Les cinq années passées au séminaire sont déterminantes sur le plan musical et ce, grâce à la présence du maître Conrad Letendre qui y enseigne le piano et l’orgue. Ce musicien aveugle lui transmet le goût et la soif du métier. Au séminaire, dans ses temps libres, il travaille le piano et l’harmonium. Puis, il peut avoir accès, dans la chapelle, à l’orgue Casavant (opus 1313, 1929, 46 jeux, 4 claviers). Quel instrument pour un jeune apprenti! Il est bientôt prêt à accompagner les nombreux offices religieux suivis par une communauté de plus de six cents étudiants. En juin 1950, il annonce à son père, qu’en accord avec son maître, Conrad Letendre, il a pris la décision de faire carrière en musique.

Gilles Fortin, Le pouvoir de l’opposition, préface. Éditions Musilab,1995

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Arrivée à Montréal Gilles Fortin s’installe donc à Montréal en septembre 1950. Conrad Letendre l’ayant informé qu’une nouvelle paroisse serait fondée à Ville Saint-Laurent, celle de Saint-Sixte, il y offre ses services au curé, l’abbé Léandre Lacombe, qui l’accepte. Comme cette paroisse ne possède pas encore d’église, donc pas d’orgue, Gilles Fortin réussit à avoir accès à l’orgue Casavant (75 jeux répartis sur 4 claviers) de la chapelle du Collège Saint-Laurent. Il y trouve aussi un piano, instrument qui lui est nécessaire étant donné qu’il étudie avec Arthur Letondal, professeur de piano et Gabriel Cusson, professeur de sciences musicales. Letendre l’envoie aussi chez Raymond Daveluy, titulaire des orgues de l’église Saint-JeanBaptiste, afin qu’il se familiarise avec le répertoire liturgique qui, à cette époque, était très vaste et complexe : une sorte de tutorat avant la lettre. Arrivée à Drummondville Gilles Fortin nous raconte cet épisode pittoresque2 : Conrad Letendre était plus qu’un professeur d’orgue, il agissait comme père spirituel auprès de plusieurs jeunes organistes. Agissant comme consultant de plusieurs curés pour le choix des organistes, il apprenait, avant tout autre, que des postes allaient se libérer et pouvait ainsi les offrir à ses élèves. En 1949, à la mort de Henri Schampaert, musicien aveugle et titulaire des orgues de Saint-Frédéric de Drummondville pendant plus de quarante ans, le curé, Mgr Paul Mayrand, et le directeur de la chorale, le Dr Jos Houle, s’étaient mis d’accord pour faire appel à un jeune organiste de carrière pour lui succéder. On avait pensé offrir le poste à Raymond Daveluy, prix d’Europe 1948, mais celui-ci, à son retour du continent européen, décida de s’établir à Montréal. Bernard Lagacé, qui l’avait remplacé à l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal, remit donc le poste à son titulaire et opta pour Drummondville où il arriva le 1er novembre 1950. Son séjour allait toutefois être de courte durée. En effet, en mars 1951, 2

Ibidem, p. 25-26 Page 6

plusieurs changements se produisent parmi les organistes : Georges-Émile Tanguay, organiste à l’église Immaculée-Conception, prend sa retraite et Raymond Daveluy, qui décide de poser sa candidature, obtient le poste. Bernard Lagacé, qui désire retourner à Montréal, reprend Saint-Jean-Baptiste et Saint-Frédéric redevient libre. Conrad Letendre me fait alors demander et me dit : « Drummondville est libre. Pose ta candidature et le poste est à toi. » « Non, jamais » répondis-je. Pourtant, une heure plus tard, je sortais de chez lui convaincu de me rendre à Drummondville le dimanche suivant, c’est-à-dire le 18 mars 1951. J’y fais la connaissance du curé que je trouvai assez sympathique. Il me dit : « Le poste t’intéresse, tu es recommandé par Letendre, Daveluy et Lagacé. Je t’engage à cent dollars par mois, plus un dollar par office. Si tu "toffes" un an, on révisera ton salaire. » J’acceptai l’offre et il ajouta : « De plus, le séminaire de Nicolet aura besoin d’un professeur de piano et d’orgue en septembre prochain et c’est mon organiste qui sera engagé. » Il tint parole. Un défi m’attendait : apprendre les messes polyphoniques du répertoire de la chorale, car le directeur décidait, durant l’Introït, quelle messe serait exécutée selon les effectifs présents. Répertoire : quinze messes. J’avais quinze jours pour les apprendre. J’avais donc décidé de prendre la relève et j’arrivai avec armes et bagages le 1er avril 1951. C’était une nouvelle vie qui commençait, avec plein de défis à relever. Pendant les quatre années suivantes, Gilles Fortin se rendra à Montréal chaque semaine pour suivre des cours de piano, d’orgue et de sciences musicales. Arthur Letondal, qui avait été organiste au Gesù et à la cathédrale de Montréal pendant près d’un demi-siècle, enseignait le piano à la façon d’un organiste. Ce musicien de 80 ans l’encourageait à travailler et à poursuivre sa carrière. Un jour, il lui dit : « Vous savez, un organiste est toujours sous les ordres de son directeur de chorale. Souvent plus compétent, il doit quand même se soumettre à des décisions musicales pas toujours heureuses. Cela a été mon cas toute ma vie. Je vous souhaite d’être un jour votre propre chef, c’est-à-dire d’être organiste et directeur de la chorale, comme cela se fait chez les protestants. » Gilles Fortin ne se doutait pas que ce souhait deviendrait réalité quelques Mixtures, numéro 32, mai 2010


années plus tard. À la suite d’une recommandation d’Arthur Letondal, Gilles Fortin rencontre Charles Courboin, le célèbre organiste de la cathédrale Saint-Patrick de New-York, qui l’initie au double rôle de directeur de chorale et d’organiste, ateliers qui lui seront très utiles pendant treize ans. Le 11 avril 1955, le jeune organiste de SaintFrédéric épouse Pierrette Hains. Pour l’occasion, Raymond Daveluy tient l’orgue et les cinquante choristes de la chorale interprètent, entre autres, Ave Maria à 4 voix mixtes et orgue de Gilles Fortin. La vie réserve quelquefois des surprises! Le 15 juillet 1961, le Dr Jos Houle, directeur de la chorale pendant 25 ans, décède à l’âge de 50 ans. Le 1er août suivant, Gilles Fortin lui succède comme directeur tout en conservant ses fonctions d’organiste!!! Organiste et directeur de chorale Tout en sachant que peut-être le concile Vatican II apportera des changements, la chorale continue à chanter en latin. Des musiciens invités participent aux messes dominicales. Également responsable de la musique à la Commission scolaire et au Cégep, Gilles Fortin décide, en juillet 1975, de quitter son poste d’organiste et de directeur de la chorale Saint-Frédéric. « Ce fut, pour moi, la plus dure épreuve de ma vie professionnelle » nous confia-t-il. Le curé, l'abbé Martin Courchesne, accepte sa démission et lui fait parvenir une lettre l'autorisant à accéder à l’orgue autant qu’il le désirerait. Activités parallèles Peu de temps après son arrivée à Drummondville, Gilles Fortin est engagé par le poste de radio CHRD qui vient d'ouvrir ses portes. En plus de préparer différentes émissions musicales qui mettent en valeur les talents locaux, il est responsable de l'achat d'un piano et d'une discothèque de base. Les émissions débutent le 24 décembre 1954 et, le soir même, la messe de minuit est radiodiffusée de l'église Saint-Frédéric. Par la suite, la grand-messe dominicale sera radiodiffusée durant plus de 25 ans.

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Cette collaboration à CHRD dura presque deux ans et lui a permis de connaître davantage les musiciens de la ville et de la région. Membre fondateur, en 1966, de la FAMEQ (Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec), organisme comptant alors 400 membres répartis dans 10 associations, Gilles Fortin en fut le premier président. En 1968, le 2e congrès de cet organisme eut lieu à Drummondville sous le thème de L’éducation à l’heure du rapport Rioux. Ce congrès se termina par un récital, suivi d’une célébration liturgique, les deux à l’église Saint-Frédéric. Antoine Reboulot était l’organiste invité pour l’occasion. La messe, célébrée par l’abbé Antoine Bouchard, professeur d’orgue à l’Université Laval, revêtait un caractère solennel. Pour la circonstance, la chorale mixte de Saint-Frédéric, composée de soixante voix, dirigée par Gilles Fortin, exécuta la Messe solennelle de Gaston Litaize. Ce congrès marqua le deuxième et dernier terme de Gilles Fortin comme président de la FAMEQ. Le 16 novembre 2007, à l’occasion du 40e anniversaire de la FAMEQ, à l’église Saint-Frédéric, Gilles Fortin a tenu la partie d’orgue dans l’interprétation du final de la 3e Symphonie de Camille Saint-Saëns. Pédagogue et gestionnaire En 1958, Gilles Fortin met sur pied un programme de musique pour tout le territoire de la commission scolaire de Drummondville. À partir de l’année scolaire 1958-1959 et jusqu’en 1964, il y enseigne aux classes du secondaire et initie les professeurs du primaire aux notions de base de l’enseignement de la musique. Il fonde une chorale avec des professeurs, l’Harmonie de Drummondville et met sur pied un orchestre à cordes formé d’élèves de la commission scolaire et de musiciens de la ville et de la région. De 1964 à 1972, il est enseignant et coordonnateur de musique pour la régionale Saint-François. De 1968 à 1982, il intervient au niveau secondaire et collégial soit comme responsable, soit comme coordonnateur ou comme conseiller pédagogique. À partir de 1972 jusqu’en 1994, il œuvre au Cégep comme coordonnateur. En 1983, à la suite d’une suggestion de son supérieur immédiat au Cégep, Simon Du Mouchel, Gilles Fortin crée Musilab, une corporation sans but lucraPage 7


tif. Les objectifs de départ étant de favoriser l’accessibilité du milieu à la culture musicale et de collaborer au développement du Centre de formation musicale et de ses technologies appliquées (CFMTA), cette nouvelle corporation se verra confier plusieurs mandats dont, entre autres, la gérance d’un studio d’enregistrement de qualité professionnelle et l’édition de publications d’œuvres et de méthodes musicales. Grâce à des dons et des levées de fonds, Musilab a permis, entre autres, l’achat d’un orgue Casavant. Cet instrument (1967, traction électro-pneumatique, 8 jeux, 2 claviers et pédalier), provenait du couvent des Servantes de Jésus-Marie de Shawinigan. Les professeurs d'orgue furent Antoine Reboulot, Lucienne l'Heureux-Arel, Paul Vigeant auxquels a succédé Francis Gagnon. Avec la collaboration du secteur musique du Cégep, Musilab a contribué à mettre en place un orchestre à cordes régional qui est à l’origine de l’Orchestre symphonique de Drummondville. En 1993, le département de musique et ses trois secteurs sont regroupés au sein du CFMTA et Gilles Fortin en devient le coordonnateur. C’est au cours de cette même année 1993, après 36 années d’enseignement, que Gilles Fortin annonce qu’il prendra sa retraite à compter du 30 juin 1994. Retour aux sources Parallèlement à ses tâches d’enseignant, en juin 1960, Gilles Fortin retourne aux études afin de se conformer aux exigences du ministère. Bien qu’il ait à son crédit de sérieuses études musicales effectuées de 1950 à 1955 auprès d’excellents maîtres : Conrad Letendre, Arthur Letondal, et Gabriel Cusson, ce ne sont pas des diplômes officiels reconnus. Ainsi, à l’âge de 33 ans et ayant femme et 3 enfants, il s’inscrit à l’École normale de musique de Westmount, la seule école affiliée à l’Université de Montréal qui acceptait, à ce moment-là, de recevoir des hommes. Après avoir complété l’étape du premier cycle, il s’inscrit au brevet d’enseignement spécialisé dont les cours sont dispensés les vendredis soirs et les samedis durant l’année scolaire. Par la suite, à l’Université Laval, il entreprend des études au niveau de la licence.

Retraite active En septembre 1994, le curé de Saint-Frédéric, Mgr Jean-Yves Fréchette, lui demande d’être à l’orgue pour la messe dominicale de 11h15. Le voilà de retour au grand-orgue après une absence de 19 ans. Ce bénévolat lui permet de conserver sa forme comme organiste et l’oblige à réviser son répertoire. Gilles Fortin inaugure, le 6 septembre 1998, le Casavant 1900 à traction mécanique de HamNord dont le relevage vient d’être réalisé par Fernand Létourneau. Il donne des concerts à Drummondville en 2003 à l’église Saint-Frédéric avec le Chœur et l’Orchestre symphonique de Drummondville à l’occasion de Noël. Il participe aussi, en 2004, en tant qu’organiste aux concerts lors du Festival mondial des cultures et à la Journée de la Culture. Orgues de l’église Saint-Frédéric Les grandes orgues ont été construites par Casavant en 1931 (opus 1448, 69 jeux, 4 claviers). Cet instrument est le plus grand sur la rive sud du Saint-Laurent, de Valleyfield à Gaspé3. Quant à l’orgue de chœur, il a été construit par Casavant en 1946 (opus 1808, 10 jeux, 2 claviers), et était, à l’origine installé dans la crypte avant d’être aménagé dans le chœur de l’église principale. En 1997, il devint évident que les instruments devaient recevoir une cure de rajeunissement. Gilles Fortin reçoit alors mandat, de la part du conseil de fabrique, de surveiller les importants travaux qui seront réalisés par Casavant au coût de 365 000$, le tout défrayé par des bienfaiteurs de la région. Le concert inaugural, donné par Lucienne L’Heureux-Arel et Gaston Arel, a lieu le 5 mars 2000. Le 17 juillet 2000, Gilles Fortin fonde les Amis de l’orgue de Drummond. En 2002, il convainc le comité exécutif de cette association de réaliser, aux orgues de Saint-Frédéric, un CD intitulé L’Orgue au Centre-du-Québec. Les œuvres qui y apparaissant sont de Conrad Letendre, Raymond Daveluy, Jean Chatillon et Gilles Fortin; Lucienne L’Heureux-Arel et Gaston Arel sont à la console 3

Pour plus d’informations sur cet orgue et les travaux de restauration, voir : Jacquelin Rochette : « Les orgues Casavant, Église St-Frédéric de Drummondville », Mixtures no 12, avril 2000).

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de l’orgue. Fait à mentionner : les interprètes et les compositeurs sont tous de la région et issus des classes du maître Conrad Letendre.

BIBLIOGRAPHIE

Les distinctions reçues

Le pouvoir de l’opposition. Éditions Musilab, 1995.

1966 : Trophée de la Cité de Drummondville, décerné à la personne s’étant le plus dévouée pour la cause des arts dans sa communauté; 1997-1998 : La Chambre de commerce et d’industrie de Drummond lui rend hommage en tant que partenaire du développement socio-économique de la région; 1999 : Afin de souligner sa contribution exceptionnelle au domaine musical de la région, on donne le nom de Centre MusiMédia Gilles Fortin au CFMTA du Cégep de Drummondville; 2000 : La Fondation Gilles Fortin est créée par Musilab afin d’encourager et de financer le développement du CFMTA du Cégep; 2003 : Récipiendaire du Paul Harris Fellow, sur recommandation du club Rotary de Drummondville; 2005 : Prix Hommage Gal’Art, octroyé par la Conférence régionale des élus du Centre-duQuébec, afin de souligner son implication dans la communauté drummondvilloise. Conclusion À la suite d’une suggestion de Francis Gagnon (titulaire des orgues de 2004 à 2010), la chorale de Saint-Frédéric, sous la direction de Pierre Bessette, a interprété, le 27 avril 2008, à la messe de 10 heures, la Messe Regina Mundi de Gilles Fortin pour chœur mixte et orgue accompagnée par le compositeur. Ce dernier a joué à la sortie des extraits de son œuvre Thème et variations sur l’Ode à la Joie de Beethoven. À l’occasion de leur 9e saison, en 2009-2010, Les Amis de l’Orgue de Drummond présentent cinq concerts sous le titre : Hommage à Gilles Fortin, un bâtisseur. En février dernier, lors d’une rencontre à la tribune de Saint-Frédéric, ce communicateur a introduit 120 élèves du primaire non seulement à l’orgue mais aussi aux métiers d’accordeur, d’harmoniste et de facteur d’orgue. Il prépare ainsi un public pour les concerts et peut-être de futurs organistes.

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Monographie

Par le souvenir des différentes étapes qui ont marqué sa carrière de musicien professionnel, Gilles Fortin nous fait assister au développement de la musique tout particulièrement dans la région de Drummondville. Plus qu'un recueil anecdotique, Le pouvoir de l'opposition est le récit d'une passion pour la musique avec ses grandeurs et ses misères, ses torrents et ses tourments.

Partitions musicales • • • • • • • • • • • • • •

Ave Maria (1952) pour soprano et piano (chœur à quatre voix mixtes ad libitum et orgue). Éd. Pi-Gi. Berceuse (1955) pour soprano et piano. Éd. Musilab. Regina Mundi en latin, trois voix égales sur des thèmes grégoriens. Éd. Pi-Gi. Messe UT-RE-MI-FA-SOL dite Nouvelle Messe brève, pour 4 voix mixtes comprenant Kyrie, Gloria, Sanctus et Agnus Dei. Éd. Pi-Gi, 2005. Notre Père en mi bémol (1982). Notre Père, en ré (1982). Éd. Musilab, 1993. Noëls d’antan pour baryton et orgue. Messe du Bon Pasteur à quatre voix mixtes pour chœur et assemblée. Méditatif pour orgue. Éd. Lucarel. Hommage à la Vierge pour orgue solo. Éd. Pi-Gi, 2002. Thème et variations sur Ode à la joie de Beethoven, pour grand orgue. Éd. Lucarel. Messe de Noël, en français, pour chœur à quatre voix mixtes et orgue, (1993). Éd. Musilab. Fantaisie sur 3 noëls populaires pour quatre voix mixtes et orgue. Éd. Lucarel. Trois Messes des défunts pour 3 voix mixtes et orgue et Acclamation Alleluia, psaume 148, pour 4 voix mixtes et orgue. Éd. Pi-Gi.

Enregistrement •

« Méditatif ainsi que Thème et variations sur l’Ode à la Joie de Beethoven » (gravés sur L'Orgue au Centre du Québec par Lucienne L’Heureux-Arel). À suivre, dans le prochain numéro, Témoignages Page 9


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Gérard Gagnon

ORGANISTE, PÉDAGOGUE ET COMPOSITEUR

par Jean-Claude Rivard Il s'est donné pour maxime et devise la "règle des trois P" commandant la sobriété alimentaire, la vitalité intellectuelle et l'activité physique. Comme question de fait, on retrouve notre organiste octogénaire, trois fois par semaine, au club de tennis Avantage où il est un doyen de ligue. « C'est pour me dégourdir les jambes et avoir les pieds plus à l'aise au pédalier », explique-t-il en souriant. Quand il fait beau, il sort aussi sa bicyclette, notamment pour aller se balader sur le Sentier des Cheminots qui serpente à un jet de pierre de sa fenêtre. Tout cela, en plus de s'adonner à plusieurs passions, comme l'horticulture (sa serre loge une collection de 300 cactus), l'astronomie, l'ornithologie et l'observation de la nature, etc. Sans compter qu'il lui faut aussi, depuis trois ans, voir presque seul aux tâches domestiques et aux affaires de la maison depuis le départ pour l'autre monde de sa compagne de vie. À cet égard, il peut cependant compter sur l'aide discrète de ses trois enfants domiciliés tout près: Serge, Nathalie (bien connue des mélomanes comme pianiste-claveciniste) et Geneviève.

Photo: Jean-Claude Rivard

L'organiste Gérard Gagnon, qui a compté, en 2009, cinquante ans de titulariat à l’église SaintAmbroise de Québec (secteur Loretteville), est un homme étonnant. Effacé et discret mais droit comme un chêne et à peine grisonnant en dépit de ses 80 ans, il reste fidèle à ses deux messes dominicales hebdomadaires ainsi qu'aux messes de mariage, de funérailles et autres offices paroissiaux qui requièrent ses talents de musicien. Sa carrière d'enseignant et de pédagogue dans des écoles secondaires et, surtout, durant trente ans, au Conservatoire de musique de Québec, il la poursuit toujours auprès d'une demi-douzaine d'élèves (deux ont plus de quarante et cinquante ans) dans le studio de musique qu'il a installé dans le sous-sol de sa maison, une ancienne école protestante transformée et réaménagée pour les besoins d'une famille. Mixtures, numéro 32, mai 2010

Le docteur, il ne le connaît presque pas. Sa dernière visite y fut pour obtenir l'autorisation de poursuivre la conduite de son auto, selon les exigences de la SAAQ, car il en a encore besoin. Homme épris de grands espaces et de liberté, il adore notamment aller contempler la nature des boisés montagneux de l'arrière-pays. Originaire de la rive sud de Québec, Gérard Gagnon avait douze ou treize ans au début de ses études classiques quand il a appris à jouer de la trompette dans l'Harmonie au Collège de Lévis. Ce n'est que plus tard qu'une tante organiste et musicienne, dame Alexandra Gagnon, l'a convaincu qu'il devrait peut-être étudier le piano et l'orgue. C'est ce qu'il a fait d’abord auprès de l'abbé Alphonse Tardif, et ce, jusqu’au décès de celui-ci survenu en 1951 et ensuite auprès Joseph Turgeon qui l’a remplacé.

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À l'époque, il n'était pas question, pour un étudiant en orgue, d'aller "pratiquer" à l’église Notre-Dame de Lévis. Ce sont donc les orgues des Moniales Trappistines, à Saint-Romuald, qui ont d'abord chanté sous ses doigts, avant son admission, en 1952, au Conservatoire de musique de Québec, dans la classe d'un Claude Lavoie fraîchement rentré de Paris avec son Prix d'Europe, en compagnie de collègues aussi talentueux que l'abbé Antoine Bouchard. Il fréquenta, à la même époque, auprès du maître Constantin Klimoff, l'École de musique de l'Université Laval logeant alors dans l'historique bâtiment de pierre de la rue Sainte-Famille. En 1955, sa carrière de musicien devait cependant prendre une nouvelle orientation. En effet, le directeur du Conservatoire, Henri Gagnon l'autorise à suspendre ses études, durant deux ans, pour qu'il puisse accepter un poste d'organiste et de chef de chœur à La Malbaie. Il y fut aussi directeur d'une harmonie (1957) et professeur de musique dans une école secondaire. Il était encore à La Malbaie, en 1959, lorsqu'il y a découvert et épousé la femme de sa vie, dame Ghislaine Lapointe. Peu après, le curé de Loretteville, Mgr Jean-Charles Dumas, l'invitait à accepter le titulariat des orgues Casavant (opus 442, 1911, 29 jeux répartis sur deux claviers et pédalier) de l'ancienne église Saint-Ambroise, incendiée lors de travaux de réfection, en 1967. Gérard Gagnon n'avait pas pour autant interrompu ses études en musique. Son regard s'était notamment porté du côté de la France où, de 1966 à 1968, il a fréquenté l'École normale de musique pour s'y spécialiser dans le domaine de l'harmonie, du contrepoint et de la fugue. « J'étais trop âgé pour pouvoir entrer au Conservatoire supérieur de musique », relate-t-il. À Paris, il s'est principalement spécialisé dans les formes dérivées du contrepoint: canon, fugue, fuguette, etc. Dans ce Paris des années soixante, il a éprouvé les affres de la vie de Bohème tout autant que la vie épique d'une communauté étudiante en pleine ébullition sociale. Avec sa femme et deux enfants en bas âge, il a notamment vécu, à Brunoy, avec des ressources limitées, l'inconfort de logements singulièrement froids et humides durant l'hiver. « Ma femme a été admirablement courageuse de pouvoir tenir le coup », reconnaît-il. Page 12

De retour au pays, sa carrière s'est définitivement orientée vers l'enseignement musical. Pendant plus de trente ans, il fut professeur d'harmonie au Conservatoire de Québec, avec des prêts de services occasionnels aux conservatoires de Rimouski, de Chicoutimi, de Trois-Rivières et de Montréal où, jusqu'à l'an 2000, il y a vu défiler des générations d'étudiants dont il voit aujourd'hui évoluer la carrière de certains avec fierté. L'organiste Richard Paré, titulaire à l’église SaintsMartyrs-Canadiens à Québec, est du nombre. « J'ai jadis rêvé de devenir organiste de concert mais j'ai malheureusement commencé mes études musicales trop tard, à 19 ans » reconnaît-il en précisant que c'est son intérêt pour l'enseignement qui a finalement défini son orientation de carrière. Certes, il lui est occasionnellement arrivé de se produire comme concertiste. C'est ainsi qu'il a participé, par sa propre prestation en qualité de titulaire, le 30 novembre 1969, au concert inaugural des orgues Wilhelm de l’église SaintAmbroise présenté par son ami de toujours, l'abbé Antoine Bouchard comme artiste invité. Une bonne partie de la carrière de Gérard Gagnon a été consacrée à la création et à la composition musicale. À Loretteville, comme organiste et directeur de chorale, il a produit plusieurs œuvres pour voix mixtes et pour voix d'hommes. Le chœur paroissial et la réputée chorale de sœur Pauline Trépanier ont ainsi profité de ses talents. Dans le domaine de la musique d'orgue, son affection pour le contrepoint et la fugue ainsi que pour les variations sur des thèmes connus lui ont inspiré plusieurs œuvres presque toutes manuscrites et, malheureusement, non encore transcrites, éditées ou publiées, au regret de ses admirateurs. On y trouve des Variations de Pâques sur un thème de Haendel (Jésus notre maître est ressuscité), des Variations sur un thème de l'Avent (Venez divin Messie), une Fugue sur un thème de Joseph Gélineau (Je mets ma confiance), une Toccata dans le style de Bach, etc.. La description et le devis de l’orgue de l’église Saint-Ambroise de Loretteville apparaissent ciaprès. Mixtures, numéro 32, mai 2010


Cet instrument, de style classique aux sonorités baroques allemandes, a été conçu et construit à Saint-Hyacinthe par le facteur Karl Wilhelm. Il fait la fierté des paroissiens et est l’un des rares instruments à traction mécanique de la région de Québec. Le buffet principal, de chêne massif, loge la majeure partie de la tuyauterie alors qu’une partie de la tuyauterie de la pédale est logée dans un buffet séparé placé à l’arrière du buffet principal. Également de bois franc au fini nature, la console loge les claviers, une partie de la soufflerie et le mécanisme du pédalier. Contrairement aux orgues romantiques, l’instrument est dépourvu de "pédale d'expression". On y retrouve, par contre, une série de trois leviers, commandés par le pied, pour permettre l'accouplement des claviers.

Photo: Jean-Claude Rivard

Wilhelm, 1969 18 jeux, 23 rangs Traction mécanique des claviers et des jeux Grand-Orgue

Positif

Montre 8’ Flûte à cheminée 8’ Prestant 4’ Nazard 2 2/3’ Quarte 2’ Tierce 1 3/5’ Fourniture IV Trompette 8’

Bourdon 8’ Flûte à cheminée 4’ Doublette 2’ Larigot 1 1/3’ Cymbale II-III Cromorne 8’ Tremblant

Pédale

Accouplements

Soubasse 16’ Flûte ouverte 8’ Prestant 4’ Basson 16’

Positif/Grand-Orgue Positif/Pédale Grand-Orgue/Pédale 1174 tuyaux

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L'enclos entourant le banc de l'organiste est un ajout ultérieur. Comme l’orgue est placé sur le plancher de la nef, cet enclos est destiné à éviter que l'organiste, au niveau de la foule, ne se fasse bousculer, les jours de grande affluence. Les panneaux de bois qui s'y trouvaient jadis ont été retirés, il y a trois ans, afin de permettre de voir et d’apprécier le jeu de pieds de l’organiste. Un médaillon de métal fixé sur le côté droit du buffet évoque la dédicace de cet instrument de musique, le 1er septembre 1969, en souvenir des Lorettevilliens morts au champ d'honneur lors des conflits armés auxquels le Canada a participé. Le concert inaugural, qui a pris la forme d’un concert de Noël, fut présenté par l'abbé Antoine Bouchard, le 30 novembre 1969.

Concerts d’orgue Quand? Où? Qui? Consultez la rubrique Concerts à

www.fqao.org

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Hellmuth Wolff, récipiendaire d’un prix Opus 2010 PRÉSENTATION ET ENTRETIEN

par Denis Juget

Le facteur d'orgues Hellmuth Wolff vient de recevoir un prix Opus «Reconnaissance à un facteur d'instrument» pour l'ensemble de son œuvre. Cette reconnaissance couronne l'installation en 2008 de l'orgue de l’université North Texas à Denton, qu'il a lui-même baptisé «Opus Ultimum». Né en 1937 en Suisse, Hellmuth Wolff fait son apprentissage au sein de la firme Metzler & Fils. Sa curiosité l’amène par la suite à travailler auprès de plusieurs facteurs, en Hollande, en Autriche, aux États-Unis et pour finir au Canada, car, avant son départ pour l’Amérique, il avait déjà eu vent de l’énorme impact de l'orgue de l’Oratoire SaintJoseph sur la scène québécoise! En 1963, il se joint à l'atelier de Casavant Frères, qui avait depuis peu repris la construction d'orgues mécaniques. Après une brève collaboration avec Karl Wilhelm, il s’installe à son compte en 1968 à Laval. Au fil des ans, l'atelier Wolff & Associés rayonne sur toute l'Amérique du Nord et acquiert une réputation enviable parmi les grands facteurs d'orgues. L’atelier deviendra aussi un lieu de passage et d'apprentissage pour bon nombre d'entre nous. J'y ai travaillé cinq années dans un climat d'effervescence exceptionnel à la fin des années 80. C'est à ce titre «d'ancien de chez Wolff» que je vous présente cette entrevue. DJ − Aviez-vous, dès les premières années de votre apprentissage, l'objectif de fonder votre entreprise pour concevoir vos propres instruments, ou cette idée a-t-elle germé tout doucement au cours de votre formation? HW − En entrant dans le métier à l’âge de quinze ans, on est encore un peu vert et on ne sait pas trop où aller. J’étais dans ma première année d’apprentissage, lorsque j'ai vu mes patrons jeter un clavier plaqué d’ivoire au feu! Je l’ai sauvé à temps, et ce clavier a fait débuter mon premier projet d’orgues. C’était fou et, à cause de mon ignorance, j’ai fait plein de gaffes. Il me fallait trouver des solutions pour m’en dépêtrer – de quoi meubler mes pensées pendant les tâches monotones. De plus, les questions théoriques m’ont vite rattrapé. Cette aventure, aussi imparfaite qu’elle Page 14

Photo: Andrew Mazurella

pouvait l’être, m’a rapidement donné une vision d’ensemble. L’idée d’avoir ma propre entreprise est arrivée beaucoup plus tard. Je ne suis même pas certain que je me serais lancé à mon compte si j’avais pu trouver un atelier avec un bon climat de travail et un peu de liberté. Mais bon, ce sont ces objectifs qu’on essaie d'atteindre dans sa propre boîte, en plus de vouloir construire des instruments selon ses goûts. DJ − La facture d'orgues étant un travail d'équipe, quelle était la dynamique d'atelier de ces premières années? HW− Le début était loin d’être facile, je partais sans le sou et je donnais mes premiers orgues pour une bouchée de pain, mais j'ai quand même eu la chance de pouvoir réaliser un premier instrument d’envergure aux États-Unis, ce qui m’a permis de garder le bateau à flot. L’équipe était Mixtures, numéro 32, mai 2010


petite et compétente, mais en période de montage, l’atelier restait vide. C’est plus tard que nous avons réalisé qu’il faut une plus grande équipe pour que les grands projets puissent se chevaucher. DJ − Comment décririez-vous le style de vos instruments au début de votre carrière? Étiez-vous en phase avec le milieu de l'orgue nord-américain ou étiez-vous tourné vers l'Europe? HW − C’était le début de la réforme de l’orgue en Amérique et j’étais forcément orienté par ma formation européenne, mais aussi par le contact avec mes confrères et amis américains, dont certains, comme Charles Fisk et John Brombaugh avaient, par leur formation scientifique, une vision plus large que la mienne. Avec des clients souvent formés en Europe, il faut écouter les musiciens et échanger les idées plutôt que d’imposer les nôtres. Parfois, lorsque les organistes ne se représentent pas ce qui est physiquement possible, il faut interpréter leur rêve pour arriver à une solution réaliste. DJ − Au Québec, vous avez construit plusieurs instruments d'esthétique fort variée. Le Québec at-il aussi, dans le milieu de l'orgue, son côté distinct? HW − Bien sûr, ce côté distinct était affirmé par les premiers facteurs, qui se sont inspirés de la facture française de leur temps, tels que Warren ou Mitchell et, plus tard, Casavant. En ce qui me concerne, j’ai été frappé par cette spécificité dès mon arrivée chez Casavant, lorsque les plans d’un orgue français pour Saint-Pascal de Kamouraska m’ont été confiés! Cette facture différente était nouvelle pour moi et devait me guider par la suite pour mes premiers instruments, comme celui d’Oka, et plus encore pour l’orgue classique français de l’université McGill. DJ − J'ai lu dernièrement que la durée de vie d'un instrument peut être relativement courte, tout juste une génération. Souvent, les organistes vont préférer un orgue à leur main plutôt que de s'adapter à un instrument existant. Vous avez dernièrement réinstallé deux de vos instruments construits dans les années 70. Avez-vous le sentisentiment d'un échec dans une telle situation?

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HW − Nous savons tous que les changements de goût font plus de victimes parmi les orgues que leur vieillissement, mais il arrive aussi qu’un changement de place puisse s’avérer bénéfique! Le hasard a voulu que trois de mes instruments aient dû céder leur place à de plus grands − et pas forcément de meilleurs! Notre premier orgue construit aux États-Unis, celui de Wilton vient de remplacer un autre de nos instruments, celui de Topeka au Kansas, détruit dernièrement par le feu. Celui de l’Université Cornell (qui a été payé en sous ce qu’aujourd’hui son remplacement coûte en dollars!) a été remplacé par un orgue dans le style de Schnitger qui se devra de réussir dans sa quête d’authenticité, tandis que le mien sert maintenant à l’enseignement à l’Université de Binghamton, N.Y., non loin de la ville d’Ithaca, où se trouve le campus de Cornell, ce qui est quand même bien. Vous, chez JugetSinclair, vous avez remplacé l’orgue de Wellesley, un Casavant qui date de notre époque. Le vôtre est plus petit et sûrement mieux adapté à son environnement, mais apparemment l’ancien a commencé une nouvelle vie dans une autre église où il se porte bien. DJ − On m'a souvent demandé si j'éprouvais de la tristesse à la fin de l'installation d'un orgue neuf. Quel lien avez-vous avec vos instruments? HW − On peut changer la question et demander ce qui compte le plus pour un projet : l’acoustique, l’environnement architectural ou les musiciens? Bien sûr, on veut que les trois soient de haute qualité, mais une fois qu’on a composé avec les difficultés physiques d’une installation, ce sont les gens qui importent le plus. Ils nous disent souvent qu’il est triste de nous laisser partir à la fin d’un projet. Si l’éloignement nous empêche de revoir nos amis et de pouvoir entendre nos instruments assez souvent, nous avons quand même la chance d’avoir quelques orgues près de chez nous. Je vous souhaite qu’un jour cette chance vous arrive aussi! DJ − Parlez-nous de vos dernières réalisations. HW − Depuis l’an 2000 nous avons alterné orgues d’église avec orgues de salle de concert.

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L’orgue de la Cathédrale Christ Church, de Victoria, BC (Photo: Hellmuth Wolff) Page 16

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Sans l’avoir choisie nous-mêmes, c’est une bonne formule! À part les orgues continuo, nos deux derniers instruments sont également les plus grands. Logiquement, je dirais que les grosses compagnies devraient aussi s’occuper des grosses commandes, mais il arrive que ce soient les clients qui nous choisissent, en se basant sur nos réalisations. Les défis des orgues de la Cathédrale Christ Church de Victoria, en ColombieBritannique (61 jeux) et de la salle de concert de l’université North Texas (60 jeux) étaient de taille, mais nous avons été choyés, car les trois atouts mentionnés plus tôt dans notre entretien étaient au rendez-vous! DJ − On peut dire que vous êtes depuis peu en préretraite, mais dans les faits, vous gardez les deux pieds dans le monde de l'orgue. En guise de conclusion, parlez-nous de vos projets à venir. HW − Dans l’immédiat, un congrès international de facteurs d’orgues se tiendra cet été à Montréal, ce qui nécessite passablement de préparation pour mes collègues et moi. En cours de route, François Desautels, qui a déjà participé aux projets de réfection des deux orgues mentionnés précédemment, m’aidera également pour transformer l’orgue des Lagacé, notre Opus 2. Cet instrument trouvera une nouvelle vocation dans une salle de concert du Musée des BeauxArts de Montréal, dans l’ancienne église Erskine and American, qui fera partie d’une nouvelle section consacrée à l’art canadien et à la musique.

Présence de l’orgue le dimanche, 8 heures

Montréal 91,3 Rimouski 104,1 Sherbrooke 100,3 Trois-Rivières 89,9 Victoriaville 89,3 Gatineau 1350 AM

Pour formuler des suggestions ou enregistrements à présenter :

Martin Yelle RVM Victoriaville 71, rue Saint-Louis Victoriaville, QC G6P 3P6

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Congrès 2009 RCCO/CRCO — Toronto par Robert Poliquin L’année 2009 marquait le centenaire de fondation du Royal Canadian College of Organists / Collège Royal Canadien des Organistes. L’organisme a tenu à célébrer cet anniversaire dans la ville qui l’a vu naître. Pour l’occasion, une imposante programmation réunissant des artistes de grande renommée avait été préparée. Les concerts présentés au cours de ce congrès peuvent être regroupés en quatre parties : 1.

Concerts majeurs

Le premier grand concert fut donné par Rachel Laurin à l’église anglicane St. Paul’s (Casavant, Opus 550, 1914/1955, électro-pneumatique, 4 claviers et pédalier, 112 jeux, 119 rangs, 7461 tuyaux). Son programme regroupait des œuvres de Cabena, Buxtehude, Willan, Ager, Dupré, Laurin et Daveluy. La très talentueuse organiste nous a révélé la magnificence de cet instrument qui, à son origine, était considéré comme le cinquième plus grand orgue au monde. Le deuxième concert se déroulait à l’église unie Metropolitan où résonne le plus grand orgue au Canada : un Casavant, Opus 1367, 1930/1998, électro-pneumatique, 5 claviers et pédalier, 120 jeux, 131 rangs, 9082 tuyaux. Ce concert était précédé par un récital de carillon exécuté par Gerald Martindale dans des œuvres de Siebers, Garner, Möller, Price, Bach, St. Saëns et de Klerk. Ce carillon de 23 cloches a été le tout premier installé au Canada en 1922. Le nombre des cloches a été porté à 35 en 1960 et à 54 en 1971. Il fait partie des 11 carillons actuellement en opération au pays. Le concert d’orgue qui suivait mettait en vedette Dame Gillian Weir et Rachel Laurin avec l’orchestre symphonique de Kitchener-Waterloo sous la direction de Edwin Outwater. Dame Weir nous fit entendre le Choral no 1 de César Franck alors que Rachel Laurin a interprété le Concerto pour orgue et orchestre de Jacques Hétu. Ayant été retenus à l’extérieur pour l’écoute du récital de carillon, nous avons dû prendre place à la tribune Page 18

arrière de l’église, car la nef était déjà remplie à pleine capacité et, comme les chambres d’orgue sont disposées face à face dans le sanctuaire, il était difficile, à regret, de bien entendre la partition d’orgue du concerto. Le dernier grand concert présentait Ken Cowan sur le nouvel instrument de l’église anglicane All Saints’ Kingsway (Casavant, Opus 3874, 2009, électro-pneumatique, 41 jeux, 51 rangs, 3 claviers et pédalier) dans un répertoire allant de Bach, Karg-Elert, Mendelssohn, Thalben-Ball à Dupré. Le programme comprenait aussi, en première, Trois Postludes de Denis Bédard. Ces dernières œuvres, alliant de très beaux thèmes à de savants développements s’adressent toutefois à des organistes avertis.

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2.

Concerts-midi

Les concerts-midi d’une durée approximative d’une heure nous ont fait découvrir avec bonheur de beaux instruments à traction mécanique : celui de l’église presbytérienne St. Andrew’s (Wilhelm, Opus 57, 1983, mécanique, 49 jeux, 69 rangs, 3 claviers et pédalier) avec Craig Humber dans des œuvres de Bach, Mozart, Mendelssohn, Willan et Medek et celui de l’église Our Lady of Sorrows (Casavant, Opus 2805, 1965, mécanique, 25 jeux, 35 rangs, 2 claviers et pédalier) avec James David Christie dans un programme de Scheidemann, Sweelinck, Böhm, Buttstett, Bach, Buxtehude. Notons que ce dernier instrument a été abondamment utilisé par l’organiste Peter Hurford lors de son enregistrement de l’intégrale des œuvres de J.S. Bach sur étiquette Decca. Les deux autres concerts-midi étaient consacrés à la musique vocale avec pièces d’orgue en préludes ou en alternance. Ainsi, à l’église anglicane St. Paul’s, l’organiste français Thierry Escaich a joué des œuvres de Tournemire, Brahms et Alain, suivies de ses propres compositions alors que des œuvres vocales de Duruflé, Messiaen et Villette étaient interprétées par le Exultate Chamber Singers dirigé par John Tuttle. Ce concert se terminait par une grande et brillante symphonie improvisée en quatre mouvements par Thierry Escaich. Le dernier concert-midi, à la basilique St. Paul’s (Williams, 1898, mécanique, 23 jeux, 26 rangs, 2 claviers et pédalier), présentait le Tafelmusik Chamber Choir dirigé par Ivars Taurins dans des œuvres de Purcell, Bach, Blow, Monteverdi, Buxtehude, Willan, Carissimi, Zelenka et Henderson. Le concert d’orgue, entièrement consacré à des œuvres canadiennes (Letondal, Reed, MacMillan), a été donné par Jonathan Oldengarm. De ce programme, je retiens surtout la merveilleuse prestation de la Passacaglia en sol mineur de Sir Ernest MacMillan. 3.

Services

Les offices religieux furent aussi des occasions qui permettaient d’entendre d’autres musiciens et d’autres instruments.

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Lors de deux services d’Evensong, il nous fut possible d’apprécier le jeu d’Andrew Ager, à la cathédrale anglicane St. James (Warren 1853, 1888 / Casavant, Opus 1530, 1936/1967/1976, électro-pneumatique, 68 jeux, 88 rangs, 4 claviers et pédalier) dans un programme de compositeurs lithuaniens contemporains (Kalnins, Zarins, Vasks et Kalejs). À l’église catholique/ anglicane St. Thomas (Guilbault/Thérien, électro-pneumatique, Opus 37, 1991, 48 jeux, 69 rangs, 3 claviers et pédalier / une reconstruction du Warren 1885 et Casavant 1911) John Tuttle a joué des œuvres de Bach, Bédard, Duruflé et Guillou. Un moment mémorable fut le récital donné par Patrick Wedd à l’église catholique/anglicane St. Mary Magdalene (Breckels & Matthews, 1906, électro-pneumatique, 51 jeux, 52 rangs, 3 claviers et pédalier) avant la célébration de la messe. Le programme était axé sur des œuvres de Healey Willan qui fut titulaire de cet instrument. Enfin, on a pu assister à une excellente prestation de la part d’Isabelle Demers, lors du service du Collège, dans des œuvres de Laurin, Coghlan et Reger à l’orgue de l’église anglicane Holy Trinity (Casavant, Opus 3095, 1970, mécanique, 48 jeux, 74 rangs, 3 claviers et pédalier). Cet orgue, récemment installé, provient de l’église unie Deer Park de Toronto. 4.

Fête du Canada

Pour le 1er juillet, une programmation spéciale avait été préparée. D’abord, un récital de carillon à la Tour des soldats de l’Université de Toronto par Michael Hart dans des œuvres de Handel, Lavallée, Knox, Kaldenberg, Sor, Wesley et Bach. Par la suite, nous étions conviés à un concert familial en la salle de convocation de l’Université. Dans un premier temps, Ryan Jackson nous a fait apprécier l’orgue de cette salle (Casavant, Opus 474, 1911/1929/1980/2008, électro-pneumatique, 77 jeux, 96 rangs, 4 claviers et pédaliers) en jouant Bédard, Chilcott, Bach, Akerley et Vierne. Il s’est ensuite joint au narrateur Giles Bryant dans un conte mettant en honneur l’école St. Bart. Page 19


Nous avons fièrement appris le chant de ralliement de l’école qui fut intercalé entre les strophes du conte. Plusieurs familles assistaient à cet événement. Nous nous sommes ensuite déplacés à l’église presbytérienne Knox pour un concert de chant choral donné par le chœur Nathaniel Dett dirigé par Brainerd Blyden-Taylor et accompagné par Joy Lee. Enfin, à l’église communautaire Lawrence Park (Casavant, Opus 3768, 1998, électro-pneumatique, 41 jeux, 52 rangs, 3 claviers et pédalier), nous avons assisté à la finale du Concours national d’orgue dont la demi-finale avait eu lieu, le dimanche précédant l’ouverture du congrès, en l’église anglicane Holy Trinity. Les résultats furent : Premier prix : Aaron Tan Deuxième prix : Matthew Coons Troisième prix : Kevin Dill Congrès 2010 Le congrès 2010 se tiendra du 18 au 22 juillet à Victoria (BC) avec une journée additionnelle à Vancouver. Des informations supplémentaires sont disponibles à l’adresse internet suivante : http://www.rcco2010.ca

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Anniversaires en musique par Irène Brisson L’année 2010 se place sous l’égide de Chopin, de Schumann, dont on souligne le bicentenaire de la naissance, et de Mahler, né il y a 150 ans. Durant ses études à Varsovie, le merveilleux pianiste qu’était Chopin avait été nommé organiste de son lycée à l’âge de quinze ans : « Ah ! Monseigneur - écrivait-il à Jean Bialoblocki (novembre 1825) - quel chef je suis devenu ! Le premier personnage après Monsieur le Curé ! Je tiens l'orgue tous les dimanches chez les Visitandines et les autres chantent. » Il se laissait parfois emporter par ses improvisations, au point d’en oublier la liturgie. Plus tard, il lui arrivera de toucher l’orgue, comme ce sera le cas à Marseille, le 24 avril 1839, en hommage à son ami disparu, le ténor Adolphe Nourrit. Schumann a, pour sa part, approfondi, à Leipzig, sa connaissance de Bach en jouant à l’orgue des fugues en compagnie de sa femme Clara qui, selon lui, « serait en peu de temps une organiste fort distinguée » (Journal, juillet 1841). En 1848, dans ses Conseils aux jeunes musiciens, il écrit : Si vous passez devant une église et que vous y entendez un orgue, entrez et écoutez. S’il vous est même permis de vous asseoir sur le banc de l’orgue, essayez de placer vos petits doigts sur les touches et admirez la grandeur et la puissance de notre art. Ne négligez aucune occasion de vous exercer sur l’orgue; il n’y a pas d’instrument aussi efficace pour corriger les erreurs ou les habitudes d’une mauvaise éducation musicale. En 1845, Schumann a composé pour orgue ou piano avec pédalier deux cahiers de six études opus 56 (en canon) et 58, ainsi que six fugues sur B.A.C.H, opus 60. Quant à Mahler, il a utilisé l’orgue dans ses deuxième et huitième symphonies. Comment rester indifférent à l’imposante présence de l’orgue dans le début de la symphonie des Mille, lors du puissant Veni Creator?

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Que ces noms prestigieux ne nous fassent pas oublier les anniversaires de naissance ou de mort de plusieurs organistes et compositeurs ayant laissé leur trace dans l’histoire de la musique de leur pays : Conrad Paumann, Antonio de Cabezón, Sebastian Durón, Bernardo Pasquini, Thomas Arne, Wilhelm Friedemann Bach, Samuel Sebastian Wesley, pour n’en citer que quelques-uns… Le présent article rendra hommage aux quatre premiers. Né vers 1410 à Nuremberg, l’organiste aveugle Conrad Paumann est, avec son précurseur italien Francesco Landini, l’un des pionniers de l’histoire du clavier. D’abord organiste de sa ville natale, il entre en 1450 au service du duc de Bavière à Munich. C’est dans cette ville qu’il mourra en 1473, après avoir connu une carrière prestigieuse, ponctuée par des voyages en Italie, où il sera fait chevalier. L’épitaphe inscrite sur sa pierre tombale rend hommage au « maître le plus ingénieux de tous les instruments et de la musique ». Le Fundamentum Organisandi de Paumann semble dater de 1452. Il s’agit d’un ouvrage pédagogique de premier ordre dont la trentaine de pièces constitue un bel exemple d’apprentissage de la composition et d’adaptation au clavier du colorisme de son temps : un cantus firmus grégorien ou profane, confié au ténor (main gauche ou pédalier, qu’il utilise à l’occasion), sur lequel la main droite brode d’élégants contours décoratifs. L’association Musique à la Renaissance vient d’en publier une édition moderne (collection Musique pour clavier avant 1600, transcription d’Alban Thomas) qui devrait intéresser tous les interprètes de musique ancienne. Cent ans après Paumann, un autre grand organiste aveugle développera une technique de clavier dont les répercussions se feront sentir à travers une grande partie de l’Europe : Antonio de Cabezón (1510-1556). Né près de Burgos, dans le nord de l’Espagne, il reçoit, de même que son frère Juan, une excellente formation musicale. À seize ans, il est nommé organiste et clavicordiste d’Isabelle de Bragance, épouse de Charles Quint, roi d’Espagne et empereur d’Autriche. Fidèle à la Page 21


famille royale jusqu’à la fin de ses jours, il comptera parmi ses élèves le futur Philippe II d’Espagne, au service duquel il sera attaché en 1543. Il accompagnera le souverain lors de ses voyages en Italie, en Allemagne, en Angleterre (Philippe II ayant épousé Marie Tudor en 1554) et aux PaysBas. Éminent polyphoniste et maître de la variation, Cabezón suit les traces des organistes francoflamands et italiens, connus en Europe grâce aux premiers imprimeurs de musique, dont Pierre Attaingnant. Il peut être considéré comme le fondateur de la grande école de clavier ibérique, qui comptera au XVIIe siècle des musiciens aussi remarquables que Francisco Correa de Arauxo et Juan Cabanilles. Par sa présence en Angleterre, il servira de modèle aux virginalistes auxquels il donne le goût de la variation, et à leurs émules néerlandais, au nombre desquels figure Jan Pieterszoon Sweelinck. Le répertoire de Cabezón consiste essentiellement en préludes ou tientos, en versets contrapuntiques sur des thèmes grégoriens (O lux beata trinitas) ou des chansons espagnoles ou françaises (Malheur me bat), en des fabordones (fauxbourdons), et en neuf séries de variations ou diferencias imaginatives, dont les plus célèbres sont celles Sobre in canto del caballero (sur le chant du chevalier) et sur Guárda me las vacas. Ses quelques 275 œuvres ont échappé à l’oubli grâce aux efforts de son fils Hernando qui les publia sous le titre : Obras de música para tecla, arpa y vihuela, (œuvres pour clavier, harpe et vihuela) montrant ainsi leur polyvalence. Figurent dans cet ouvrage plusieurs éloges de ses contemporains, dont ce sonnet d’Alonso Morales : « Si, de son chant triste et doux, Orphée put émouvoir les furies infernales (…) Antonio (…), avec une céleste et douce harmonie, éleva les âmes jusqu’au ciel. » On peut consulter en ligne la version numérisée de ce document remarquable à partir de l'article de Wikipedia sur Cabezón : http://en.wikipedia.org/wiki/Antonio_de_Cabez% C3%B3n ou relire avec plaisir l’édition moderne de Felipe Pedrell, révisée par Higinio Anglés. (Monumentos de la Música Española, vol. 27-29. Barcelone: Instituto Español de Musicología, 1966) Page 22

Deux organistes de la période baroque seront peut-être honorés avec plus de discrétion : l’Espagnol Sebastian Durón (1660-1716) et l’Allemand Johann Kuhnau (1660-1722). Le premier toucha les claviers de plusieurs grandes églises de son pays (dont ceux de la cathédrale de Séville) avant d’être nommé en 1691 organiste de la chapelle royale puis compositeur officiel du roi Charles II. En 1706, après la guerre de succession d’Espagne et l’avènement de Philippe V de Bourbon, ayant affiché son appui envers le prétendant autrichien, il fut suspendu de ses fonctions, incarcéré puis exilé à Bayonne. Il passa ses dernières années dans le sud de la France, notamment au service de la veuve du roi Charles II, Marie de Neuburg, dont il fut l’aumônier. Considéré comme le plus important compositeur espagnol de son temps, Durón fut cependant au cœur de la polémique qui secoua le milieu musical espagnol du début du XVIIIe siècle, alors sous le charme de la musique italienne. Il laisse des compositions religieuses, des airs profanes, des zarzuelas ainsi que des pièces pour orgue qu’on gagnerait à découvrir et à publier, si j’en juge par celles que j’ai pu consulter (La escuela de Órgano de Zaragoza en el siglo XVII, collection Orgue et liturgie, n° 74, 1967). Parmi ces dernières, des tientos faisant appel au medio registro ou jeux coupés, qui devraient bien sonner sur l’orgue Richard du Musée de l’Amérique française… On sent dans sa musique une connaissance de l’écriture italienne, avec ses durezze et ses belles lignes contrapuntiques. Sa Gaitilla de mano izquierda destinée sans doute à un jeu d’anches n’est pas sans rappeler les basses de trompette de l’école française. Plusieurs de ses œuvres ont été introduites au début du XVIIIe siècle dans les missions espagnoles d’Amérique latine, au Pérou, au Mexique et en Bolivie. Né également il y a 350 ans, le Saxon Johann Kuhnau (1660-1722) a fait ses études musicales à la célèbre Kreuzschule de Dresde où il a peut-être connu l’illustre Heinrich Schütz. C’est comme organiste qu’il fit ses débuts musicaux, mais, cédant sans doute à la pression sociale de l’époque, comme le feront plus tard Handel et Telemann, il entreprit des études de Mixtures, numéro 32, mai 2010


droit à l’Université de Leipzig. Nommé organiste de l’église Saint-Thomas en 1682, il obtint son diplôme en droit six ans plus tard. La musique l’emportant, il sera nommé en 1701 Cantor de Saint-Thomas, un poste qu’il occupera jusqu’à sa mort. Lui succédera, dans cette fonction prestigieuse, mais exigeante et peu gratifiante, Johann Sebastian Bach. En plus d’une cinquantaine de cantates, Kuhnau laisse quatre volumes de pièces pour clavier publiées entre 1689 et 1700, dont les suites de la Neue Clavier-Übung (Nouvelle pratique du clavier, un titre dont Bach se souviendra) et les premières grandes sonates pour clavier, les Biblischer Historien (histoires bibliques). La plupart de ces œuvres sont essentiellement destinées au clavecin, mais peuvent se jouer à l’orgue. Toutes ces œuvres figurent dans la célèbre collection Denkmäler deutscher Tonkunst, Leipzig: Breitkopf und Härtel, 1901 (réédition en 1958), que l’on peut consulter en ligne : http://imslp.org/wiki/Keyboard_Works_(Kuhnau, _Johann) Le prochain numéro de Mixtures sera consacré à Bernardo Pasquini, à Thomas Arne, à Wilhelm Friedemann Bach et à Samuel Sebastian Wesley.

Récitals d’orgue à la basilique Été 2010

4 juillet

Suzanne Bellemare (Trois-Rivières)

11 juillet

Andréanne Deschênes Philippe Bournival (Trois-Rivières)

18 juillet

Raymond Perrin (Trois-Rivières)

25 juillet

Jocelyn Lafond (Saint-Eugène)

1er août

Pierre Bouchard (Québec)

22 août

Denis Bonenfant (Otterburn Park)

29 août

François Pothier-Bouchard (Trois-Rivières)

Les dimanches à 14 heures 626 Notre-Dame est Trois-Rivières, QC G8T 4G9 Informations: (819) 374-2441 recteur@ndc-cap.com Mixtures, numéro 32, mai 2010

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Ici et là au Québec... Nominations

Montréal

par Robert Poliquin

par Yves G. Préfontaine

C'est avec plaisir que nous apprenons la nomination de Sylvain Caron au poste de doyen de la Faculté de musique de l'Université de Montréal succédant à Jacques Boucher. En tant que professeur agrégé, il enseignait l’écriture musicale et, en tant que chercheur-créateur, en composition musicale appliquée à la liturgie. Il travaillait en collaboration avec des collègues à des activités de formation, de création et de réflexion sur le sujet.

Une fois de plus, une activité fébrile a animé le monde de l’orgue à Montréal au cours des derniers mois. À tout seigneur tout honneur, le signataire de ces lignes a proposé intégralement la Messe de Nicolas de Grigny avec plain chant alterné, à l’occasion du dernier récital du Festival des Couleurs de l’Orgue français en octobre, devant 300 auditeurs. Les concerts de l’église des SaintsAnges, à Lachine présentaient au même moment le grand lauréat du premier Concours international d’Orgue du Canada, Frédéric Champion, dans un programme varié impeccablement rendu.

L’organiste et chef de chœur bien connu Claude Lemieux est devenu le nouveau titulaire des grandes orgues de la basilique-cathédrale NotreDame de Québec. Il a été le choix enthousiaste des membres du jury à cause de ses talents indéniables de musicien, de son dynamisme et de son grand sens de l’organisation. Il s’est entre autres distingué à la direction artistique du populaire Festival Bach, du Festival des Rivières et comme réalisateur à la radio de Radio-Canada. Il entrera en poste le 10 mai prochain. Il remplace Marc D’Anjou qui en était le titulaire depuis 1993 et qui quitte le Québec pour poursuivre sa carrière dans la région de Vancouver. Nathalie Gagnon le remplacera à la tribune de l’orgue de l’église Sainte-Monique (Les Saules). Page 24

Les Amis de l’Orgue de Montréal, par ailleurs, ont accueilli avec beaucoup de plaisir le facteur Fernand Létourneau à l’occasion du 30e anniversaire de son entreprise. Dominique Lupien avait été invité pour la circonstance à faire l’éloquente démonstration de son talent et de celui du facteur d’orgues à l’église Saint-Gilbert de Saint-Léonard, où tous étaient conviés le 15 novembre. La rencontre annuelle, traditionnelle et sociale de début d’année a réuni, une fois encore, plusieurs irréductibles, à l’église Sainte-Brigide où l’organiste titulaire, Réjane Désautels nous a accueillis avec beaucoup de générosité, selon son habitude. C’est dans une atmosphère assez particulière que la fête a eu lieu : l’édifice non chauffé, de plus en plus privé de ses éléments décoratifs semblait plus ou moins abandonné, au point où nous avons même subi une insuffisance électrique à laquelle on a ingénieusement et rapidement pallié pour permettre la tenue, entre quelques visites à un luxuriant buffet, de trois mini concerts offerts par la titulaire, ainsi que par Mathieu Latreille et David Szanto. En mars, le conseil d’administration invitait ses membres à une soirée vidéo. Un réputé magasin de Montréal a mis sa salle d’esposition à notre disposition, avec beaucoup de générosité et de spontanéité. C’est ainsi qu’une trentaine de personnes ont pu visionner la sélection proposée sur une douzaine d’écrans de grands et petits forMixtures, numéro 32, mai 2010


mats. Au programme un documentaire fort intéressant sur la conception, l’élaboration, et l’installation du nouvel orgue Quoirin de la cathédrale d’Évreux, quelques extraits de la collection des « Notes personnelles » de Michel Chapuis, ainsi qu’un chapitre de l’Histoire de l’orgue, avec Gilles Cantagrel et produit par FR3. Cette première expérience dévédéïque (c’est comme cinématographique, quoi!) s’avéra concluante et sera certainement retenue dans les prochaines saisons. Au moment où vous lirez ces lignes, j’aurai présenté un exposé illustré à l’orgue sur Jehan Titelouze et ses hymnes, compositeur que j’ai eu l’occasion de fréquenter assez assidûment au cours des dernières années. Le 8 novembre, c’était fête à l’église St. John the Evangelist (oui, oui, la petite église au toit rouge derrière la Place des Arts…). Mireille Lagacé, Garth MacPhee, John Grew, William Porter et Federico Andreoni ont apporté une contribution remarquée et appréciée à la célébration du 25e anniversaire de l’inauguration de l’orgue, opus 27 de Hellmuth Wolff. Suivi d’un goûter, l’événement présenté en toute simplicité avait attiré un auditoire nombreux. Il se poursuit au rythme d’un concert par mois jusqu’en avril. Il convient de souligner une initiative éminemment louable de notre collègue Jonathan Oldengarm, responsable de la musique à l’église St. Andrew & St. Paul. En février, il a mis sur pied une série de concerts dont les recettes ont été entièrement versées en aide à Haïti.

A VENDRE Harmonium électrifié de marque Thomas Organ and Piano Co. faisant office d'orgue. Il possède deux claviers, treize jeux, un pédalier de deux octaves et demi. La console est en chêne, joliment ornée. Les tuyaux sont décoratifs, silencieux et amovibles. Excellent instrument de pratique, en bon état de fonctionnement. Prix 1 200 $ MoniqueL. Moffet, 418-832-8753

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Parutions par Robert Poliquin Vivaldi : Sonate e concerti Benoît Loiselle, violoncelle et Vincent Boucher, orgue Wilhelm, 1973, III/P, 33 jeux, 45 rangs Église anglicane St. Matthias de Westmount Du baroque à faire rêver. Tout au long de ce disque, le violoncelle, dans les mouvements rapides, dialogue avec autorité avec l’orgue. Puis, dans les mouvements lents, il retrouve sa voix chantante et langoureuse. Vincent Boucher nous fait apprécier les riches sonorités de cet instrument par des registrations soignées et un jeu remarquable. Au programme, deux sonates pour violoncelle et basse continue puis trois transcriptions signées Vincent Boucher soient le premier mouvement du Stabat Mater, le Domine Deus, extrait du Gloria, puis un concerto pour violon et orgue. Enfin, deux concertos transcrits pour orgue par J. S. Bach. ATMA, ACD 2-2568, 2009 Holst: The Planets Ensemble de cuivres Buzz et Mélanie Barney à l’orgue Casavant, Opus 520, 1913 / Guilbault-Thérien, 1991 III/P, 42 jeux, 50 rangs Église Saint-Viateur d’Outremont Dans cette transcription du montréalais Enrico O. Dastous, l’œuvre de Gustav Holst prend ici une dimension toute originale. Le quintette assure la partition réservée aux cuivres tandis que l’orgue amalgame celle des cordes et des bois. On y découvre une œuvre remarquable dont les effets sont saisissants. Quant aux artistes, ils font preuve d’une très grande sensibilité musicale. Par des registrations originales, Mélanie Barney nous fait apprécier la superbe sonorité de l’orgue de Saint-Viateur. Superbe, hautement recommandé! FIDELIO, FACD028, 2009 Fauré: L’œuvre pour violon et piano Olivier Thouin, violon et François Zeitouni, piano Sans être un disque consacré à la musique d’orgue, je vous présente cet enregistrement où l’on retrouve l’intégrale des œuvres pour violon et piano de Gabriel Fauré et où l’organiste titulaire du Gesù à Montréal, François Zeitouni nous fait apprécier ses talents de pianiste. On y retrouve deux sonates et trois pièces diverses. Cette belle musique romantique mérite d’être écoutée et apprécie surtout lorsqu’elle est interprétée avec autant de brio par des artistes de haut niveau. Disques XXI, CD 2-1702, 2009

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The History of Organ DVD — 4 volumes (environ 1 heure chacun avec commentaires en français, en anglais ou en allemand) Arthaus Musik, 1997 Le volume 1 nous ramène aux origines. Débutant dans les ateliers de Bartolomeo Formentelli à Vérone. On y voyage à travers l’Italie, la France et l’Espagne où l’on découvre les origines, l’histoire et le développement de l’orgue. Commentaires et musique de Frescobaldi, de Arauxo, Cabezon, Attaignant, de Grigny, Daquin et Couperin avec les organistes Jean Boyer, Francis Chapelet, André Isoir et René Saorgin. Le volume 2 couvre le développement de l’orgue au cours des XVIIe et XVIIIe siècles mettant en vedette les œuvres de compositeurs allant de Sweelinck, en passant par Buxtehude jusqu’à l’âge d’or de J. S. Bach. Les commentaires et interprètes sont de Gustav Leonhardt, Bernard Foccroulle et Hans Heintze. Le volume 3 célèbre l’âge d’or de la musique d’orgue (première moitié du XVIIIe siècle). Les écoles française et allemande de la facture d’orgue est expliquée et illustrée avec des œuvres de Marchand, Dandrieu et J.S. Bach. Les intervenants sont Daniel Birouste, Gilles Cantagrel, Xaxier Darasse, André Isoir et Gustav Leonhardt. Le volume 4 nous fait découvrir le développement de l’orgue au cours de la période allant du début du XIXe siècle jusqu’à nos jours avec des visites en France et en Suisse. L’impact des changements dans la société, des goûts et styles musicaux, de même que les développements technologiques sont examinés et illustrés avec des œuvres de Gherardeschi, Widor, Reger, Franck, Alain et Messiaen. Les organistes invités à illustrer cette période sont Marie-Claire Alain, Louis Robillard et René Saorgin. Série très intéressante pour tous les amateurs de musique d’orgue qui veulent en savoir davantage sur l’évolution de cet instrument à travers les siècles. Hautement recommandé.

Organs of Toronto Alan Jackson et James Bailey Toronto; Royal Canadian College of Organists, 2001, 156p. ISBN 0-9678713-0-X Ce livre, préparé dans le cadre du Toronto Organ Festival tenu en 2001, nous introduit les 23 instruments visités et/ou entendus au cours de cet événement plus 13 autres qui présentent des caractéristiques spéciales soit au niveau historique ou provenant de différents facteurs. Après un bref historique de l’édifice où il est installé, l’histoire de l’instrument nous est révélée accompagnée de son devis. Indispensable à quiconque s’intéresse à l’histoire de l’orgue au Canada ou qui désire visiter Toronto. Mixtures, numéro 32, mai 2010

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L’orgue sur le web par André Côté Au moment de la rédaction de cette chronique, les Jeux Olympiques de Vancouver tirent à leur fin. Cette fenêtre ouverte sur le monde m’a probablement secrètement inspiré cette interrogation : « Comment se porte le monde de l'orgue en Russie? » Des recherches m'ont permis de découvrir ces quelques ressources : « The Organ : Russian journal about organ culture » (Орган журнал об органной культуре)

Le site « Biographical Dictionary of the Organ » répertorie 17 324 compositeurs, organistes et facteurs ayant contribué au répertoire d’orgue. Outre des biographies, on y retrouvera une chronologie, des anniversaires et bien d’autres choses. Il s’agit d’une compilation de la version papier publiée par W. B. Henshaw chez Barton Music. Toutefois, l’accès complet aux données du site requiert une inscription payante. http://www.organ-biography.info/

http://www.organjournal.com/english.htm démontre bien, par la présentation de chroniques et d'articles variés, la vitalité de l'orgue dans ce pays. Pour un survol de l’histoire de l’orgue en Russie, on pourra consulter avec intérêt l’article paru dans « The BIOS Reporter » (publication de The British Institute of Organ Studies). On y mentionne des références à l’orgue remontant au XIIe siècle. http://www.npor.org.uk/Reporter/jul02/ rus702.htm Des compétitions telle la « Mickael Tariverdiev International Organ Competition » attire à Kaliningrad des interprètes des quatre coins du mone. http://www.organcompetition.ru/?lang=en À l’image de ce que l’on retrouve en Europe de l'Ouest et en Amérique, des associations font la promotion de l'orgue par le biais d'activités variées : concerts, classes de maîtres, conférences et visites d’instruments. Entre autres, « International Club of the Friends of the Organ in Russia » :

Tout adepte de la cause de l'orgue voulant afficher ses couleurs ne manquera pas de passer par la boutique virtuelle « Pipe Organ Goodies and Music Gifts » http://www.cafepress.com/pipe_organs On y retrouve une foule d'objets promotionnels allant du t-shirt à la tasse à café, en passant par les cartes postales, les casquettes, les affiches, les calendriers … le tout, bien évidemment, aux couleurs de l’orgue.

http://www.artbene.ru/friendsclubeng Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

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Revue des revues par Gaston Arel et Robert Poliquin FRANCE L’orgue francophone / BULLETIN DE L’ORGUE FRANCOPHONE FFAO, 13, rue de Balzac, 93600 Aulnay-souBois, France.

ne vivait qu’au présent..et qui ne savait pas s’arrêter — L’aventure improvisée — L’Oratoire du Louvre : Henriette Puig-Roget, Marie-Louise Girod. Singapour : Des orgues et une passion centenaires.

N 39 — 2009 : Éditorial — 350 ans de musique chez les Sulpiciens de Montréal — Souvenirs d’un facteur d’orgues lyonnais de la fin du IIe millénaire — Blesi, Bartholomaei et les Gunzinger: facteurs d’orgues en Lorraine entre 1878 et 1920 revisités — Route des orgues en Eurégio Meuse-Rhin — Assemblée générale de la FFAO — Le Liber Fratrum Cruciferorum Leodiensium — Bonaventure Laurens et l’orgue — Un nouvel orgue en Suisse: Bellelay — Toulouse-Bonnefoy, un orgue Puget — Hommage à Pierre Hardouin — Concert à la mémoire d’Hervé Lussigny — Pierre Froidebise et Hubert Schoonbroodt.

No 6 – Automne 2009 : Éditorial — Dom Bedos de Celles : Une vie au service de l’orgue — Dom Bedos et son traité — La reconstitution de l’orgue Dom Bedos de Sainte-Croix à Bordeaux — Italie : un orgue neuf Dom Bedos-Roubo — La dynastie des Clicquot — Enquête auprès des facteurs d’orgues. Trévise, ville d’Écho — Influences sérénissimes Lyon : Lyon-les-orgues — Édouard Commette — Un siècle d’organiste : Joseph Reveyron — Marcel Paponaud — Paule Pellier, une figure lyonnaise — Michel Bouvard parle de…Jean Bouvard — Il fait bon être musicien à Lyon : un confluent de musique. Orgues en Aveyron.

Orgues nouvelles / Coet Sal—Mériadec, 56400 Plumergat, France.

Un supplément de musique et un CD mixte accompagne chaque numéro de ce magazine.

No 4 – Printemps 2009 : Éditorial – Québec — La Belle Province : Une brève histoire de la musique dans la Belle Province — Une découverte essentielle (Le livre d’orgue de Montréal) — Orgues et facteurs historiques — 35 ans de bonheur musical (Le Studio de musique ancienne de Montréal) — Musique & orgue : un enseignement hydride — Le Conseil du patrimoine religieux — Yves-G. Préfontaine : Du XIXe au XXIe siècle : Une vie organistique intense — Laudem 1er Concours international d’orgue de Lyon — Cinq siècles d’orgue : Allmaar — Le piano des organistes : Louis Vierne, Marcel Dupré et…Clara Haskil — Avec Tournemire, du piano à l’orgue — Le parcours sinueux d’un organiste et pianiste — Du piano chez Marcel Dupré…à celui de Rolande Falcinelli — Ce que nous devons à Jean-Pierre Leguay — Bernard Foccroule : Orgue et Opéra…

Musica et Memoria / ASSOCIATION ELISABETH HARVARD DE LA MONTAGNE, Le Moulin Blanc, 87300 Bellac, France.

No 5 – Été 2009 : Éditorial – Orgue & orchestre: Thierry Escaich : Interpréter, improviser, composer… et orchestrer — Arcanes de Richard Dubugnon — Hindemith-Falcinelli : Accostages inattendus — Jean Guillou…orfèvre des timbres — Le concerto chez Régis Campo — Le son de l’orgue n’est pas soluble dans l’orchestre — Un chef, trois organistes —– Le concerto pour orgue dans l’Angleterre du 18e s. Freiberg, ville d’Écho : Sur les traces de G. Silbermann — Pierre Cochereau : Une curiosité à 180o — M-L. Girod se souvient…— Chapuis… une longue complicité — Reconstitutions d’improvisations — L’homme pressé…

No65 — Juillet 2009 : Le concert renaissance à l’église Saint Pierre-Saint Paul de Gonesse — Promenades en Yvelines — Un instrument parisien de Cavaillé-Coll : l’orgue de ND d’Auteuil — Mendelssohn à l’orgue — Joseph Haydn : L’orgue et deux instruments insolites — Augusta Holmès : musicienne oubliée — Complément aux centenaires et cinquantenaires — Gratitude et félicitations — Écouté pour vous — Lu pour vous — Disques de musique d’orgue — Quelques concerts d’orgue de juillet à octobre 2009.

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29e année, No 109-112 — 2009 : Notes sur quelques lauréats méconnus du Prix de Rome: Joseph Daussoigne-Méhul, Pierre Roll, Charles Constantin, Raymond de Pezzer — Louis Moreau Gottschalk — In memoriam: Pierre Hardouin et Michel Pinte — Itinéraire d’un musicien du XIXe siècle, de Paris à la Nouvelle-Orléans — Hommage à Corneil de Thoran, direction de la Monnaie à Bruxelles — Un musicien cubain: Alejandro Garcia Caturla — Louis Niedermeyer, l’École de musique classique et religieuse — Obituaire des musiciens (2008). Bulletin d'information de l'Association des amis de l'orgue de Versailles et de sa région / 7 rue de Béarn, 78000 Versailles, France.

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SUISSE L’orgue / REVUE INDÉPENDANTE, François Widmer, 4 chemin de la Criblette, CH 1091 Grandvaux, Suisse. No 1/2009 — Mars 2009 : Éditorial — Facture d’orgues et système métrique — Un orgue et son épilogue — Ensemble, jouons du Charles Haenni — Rétablissez la liturgie! — L’orgue Felsberg de Habikino/Osaka — Une chronique Fleur de vie: la revanche de Mozart — Trois parutions des Éditions Armelin — La musique est-elle réconciliatrice? - Les expositions universelles et l’orgue. No 2/2009 — Juin 2009 : Éditorial — L’orgue Roethinger de l’église catholique de Saint-Imier —Anniversaires en musique — L’orgue et l’Église — Le monde de l’orgue en France: Saint-Antoine-l’Abbaye et la Vallée de la Roya — Un site internet sur les orgues et les vitraux — Oraison funèbre pour l’orgue de Saint-Paul à Lausanne — Le respect de notre langue préférée. No 3/2009 — Septembre 2009 : Éditorial — Les projets d’orgue de Saint-Pierre à Rome de Cavaillé-Coll — L’Espace Saint-Gervais de Genève — Le centenaire du facteur Rudolf von Beckerath — La famille des facteurs Spaich — L’orgue Merklin du Temple-Neuf à Strasbourg. No 4/2009 — Décembre 2009 : Éditorial — L’orgue Felsberg de Saint-Gervais à Genève — Hommage à Pierre-Georges Roubaty, maître de chapelle de la cathédrale de Fribourg — Orgue-Bulle — Ses traces restent visibles: Heinrich Gurtner (1924-2009) — Au son de nos orgues, servons le Seigneur dans l’allégresse! — Anniversaires en musique — Les deux orgues du temple de Cully. La Tribune de l'orgue / R E V U E S U I S S E R O M A N D E , Guy Bovet, CH-2000 Neuchatel, Suisse 61e année, No1, 2009 : Éditorial — Aspect de la musique d’orgue symphonique française — Cherchez les Mixtures — Les concerts d’Ulisse Matthey à Crémone (I) — Le quart d’heure d’improvisation — Augustin Gonvert — Orgues neuves, restaurées — Les voyages de M. Philéas Fogg — Actualités Couverture : Le nouvelle orgue de Bellelay 61e année, No2, 2009 : Éditorial — Les concerts d’Ulisse Matthey à Crémone (II) — Le quart d’heure d’improvisation — Services divers, quelques normes pour les organistes — L’hôtel de commune de Dombresson — Orgue spatialisé,... le nouvel orgue de Jean Guillou à Rome — Orgues neuves, restaurées — Les voyages de M. Philéas Fogg — Actualités.

61e année, No3, 2009 : Éditorial — L’orgue de Schramberg et le restaurant Hirsch — Le quart d’heure d’improvisation — On a retrouvé l’orgue de l’hospice du Grand Saint-Bernard — L’orgue du temple de Serrières — Les voyages de M. Philéas Fogg — Mark Twain : Ascension en télescope — Actualités. 61e année, No4, 2009 : Éditorial — L’orgue de Vuadens, une énigme résolue — Adapter Rameau à l’orgue — Bach et les 16 Pieds (I) — Le quart d’heure d’improvisation — L’orgue de Saint-Antoine-l’Abbaye — Les voyages de M. Philéas Fogg — Mark Twain : Ascension en télescope — Encore sur le Grand-Saint-Bernard — Actualités. CANADA Organ Canada / Orgue Canada / JOURNAL BIMENSUEL DU COLLÈGE ROYAL CANADIEN DES ORGANISTES (RCCO/CRCO), 202-204 St. George St., Toronto RCCO CENTENNIAL NUMBER 2009 Greetings from Valerie Hall and Frederick Swann — F. Francis interviews Québec organ builders Hellmuth Wolff, Denis Juget and Stephen Sinclair — Organ Selection : Minuet and Trio by Dr. Albert Ham — To Foster Excellence — RCCO Publications : A Brief History — Friends of the RCCO : Celebrating the Centennial — From the Ranks by David Seeley — My College of Organists. September 2009 : Rudolf von Beckerath: A Celebration of His Centenary at Bremen — A New Casavant for All Saints’ Kingsway Anglican Church in Toronto — Organ Selection: Trumpet Tune by James Leonard — Hindsight — A Tribute to Nancy Fraser — Toronto International Organ Convention 2009. November 2009 : Why Should Boys Sing? — 2009 Toronto International Organ Festival Album — Markwell James Perry (1916-2009) — Walter MacNutt: Celebrating His Legacy — Organ Selection: Choral Fantasia on “Veni Emmanuel” by Walter MacNutt — Hindsight — Traditions in Western Plainchant. January 2010 : Annual Festival of New Organ Music 2009 — From the Builders — From the Ranks — McGill Summer Organ Academy — Reviews — F.R.C. Clarke (1931-2009) — Organ Selection: Epiphany Postlude by F.R.C. Clarke — Guy Thérien’s Last Instrument: Op. 44 . March 2010 : A Spencer Organ in Hamilton — Worlds of Sound, Circles of Song — From the Builders — Earl Clark Honoured — 1909 Remembered: National Council in Brantford — Organ Selection: Prelude on Down Ampney by John Beaver .

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Oeuvres pour orgue et pour choeur de

Éditions Cheldar

Denis Bédard Rachel Alflatt, gérante

8465 Quayside Court Vancouver, BC, V5P 4W1

Tel./Fax: (604) 322-5995 cheldar@cheldar.com

Concerts

Salon musical Monique Gendron

Monique Gendron 271, avenue McDougall Outremont QC H2V 3P3

Téléphone: 514.270.8038 Courriel : moniquegendron@vl.videotron.ca


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