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Numéro 31

Novembre 2009

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

www.fqao.org


LÉVESQUE-ROUSSIN ENR. Facteurs d’orgues

Chapelle Mariale, Ermitage Saint-Antoine, Lac Bouchette Providence 1961 / Lévesque-Roussin 2009 Grand Orgue

Récit (expressif)

Pédale

1- Montre 8' 2- Bourdon 8' 3- Prestant 4' 4- Flûte 4' 5- Doublette 2' 6- Plein-Jeu IV 1 1/3' 7- Trompette 8'

8- Gambe 8' 9- Voix céleste 8' 10- Mélodie 8' 11- Principal 4' 12- Flûte harmonique 4' 13- Nasard 2 2/3' 14- Piccolo 2' 15- Tierce 1 3/5' 16- Larigot 1 1/3' 17- Hautbois 8' - Trémolo

18- Contre-Bourdon 32' 19- Bourdon 16' 20- Bourdon 8' 21- Flûte 8' 22- Principal 4' 23- Flûte 4' 24- Fagott 16' 25- Basson 8' 26- Chalumeau 4'

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Combinateur électronique à 100 niveaux de mémoire Séquenceur (généraux et divisionnels) Transposeur (± 6 demi-tons)

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Mixtures Coordonnateur Robert Poliquin

Sommaire 4

Comité de rédaction Claude Beaudry, Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Michelle Quintal

Les organistes 5

9 11

L’orgue Richard renaît La reconstruction de l’orgue Richard 1753 Les congrès/conférences/colloques

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Révision

Joseph Bonnet (1884-1944) Les instruments

Collaborateurs à ce numéro Irène Brisson, André Côté, Robert Ducharme, Élisabeth Gallat-Morin, Denis Juget, Robert Poliquin, Yves-G. Préfontaine, François Widmer, Hellmuth Wolff

Présentation

Le Festival des Couleurs de l’Orgue français Conférence autour de l’opus ultimum de Wolff Le Festival Orgue et Couleurs (11e édition)

Claude Beaudry et Gérard Mercure

Les chroniques Impression Les Copies de la Capitale Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : 5 $ par numéro

Date de tombée : 1er du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

20

Anniversaires en musique

22 22 24

Ici et là, au Québec... - Honneurs et nominations - Montréal - Québec

27 30

Parutions L’orgue sur le web

Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com Mixtures Robert Poliquin 1203, avenue d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Novembre 2009 ISSN 1201-5741

Mixtures, numéro 31, novembre 2009

En couverture : Juget-Sinclair, Opus 35, 2009 10 jeux, 14 rangs Traction mécanique des claviers et des jeux Chapelle du Musée de l’Amérique française Québec, QC

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Présentation Les 15 ans de la FQAO Lors de son prochain congrès qui se tiendra à Drummondville, la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue fêtera ses 15 ans bien sonnés. Le 9 juin 1994, avait lieu, en effet, au sous-sol de l'église SaintDominique, de Québec, l'assemblée de fondation de la FQAO. On soulignera lors du congrès le mérite de ses fondateurs, Gaston Arel, Antoine Bouchard, Robert P. Girard, Jean-Guy Proulx et Gilles Rioux, qui ont perçu la nécessité d’un regroupement des sociétés musicales offrant des concerts d’orgue au Québec. Accroître et diversifier les moyens d'action, que ce soit au niveau de l'information, de l'animation ou des échanges, telle était leur louable intention. La tenue d’un congrès et la publication d’un bulletin de liaison Mixtures, qui a pris au cours des ans l’allure d’une revue professionnelle, sont devenues les principales manifestations du lien plus étroit qui unit maintenant les Amis de l’orgue des diverses régions du Québec, les sociétés locales de concerts, les organistes professionnels, les facteurs d’orgues et les mélomanes. Alors que l’avenir de l’orgue est incertain, cette solidarité entre les divers intervenants a toujours, sinon davantage, sa raison d’être. Les fondateurs de la FQAO ont préféré, comme le rapportent les consultations de leurs futurs membres, la « promotion » de l’orgue à la « défense » de l’orgue. S’ils avaient à reprendre le même exercice, peut-être hésiteraient-ils aujourd’hui entre « promotion » et « sauvegarde ». À moins que la promotion de l’orgue et de son répertoire ne soit encore la meilleure façon d’en assurer la sauvegarde! Gérard Mercure Président

Pendant ce temps à Québec… C’est la fête... L’installation de la réplique de l’orgue Richard 1753, réalisée par la firme Juget-Sinclair de Montréal, dans la chapelle du Musée de l’Amérique française et ce, à quelques pas de son installation originelle, a semé un vent d’enthousiasme et de fierté. On pourra lire, dans ce numéro, un texte signé par la musicologue Élisabeth Gallat-Morin, concernant les péripéties de cette aventure, et un autre du facteur Denis Juget, qui fait état des défis techniques de réalisation. Nouvelle saison, nouveau départ Après un été riche en concerts tout aussi intéressants les uns que les autres, l’arrivée des couleurs automnales québécoises a été célébrée par la tenue des deux festivals montréalais : d’abord Orgue et couleurs tenu du 25 septembre au 4 octobre et ensuite celui des Couleurs de l’orgue français au cours de chaque dimanche du mois d’octobre. On pourra lire, dans ce numéro, des comptes rendus de ces deux événements. Pour les sociétés des Amis de l’orgue des différentes régions du Québec, l’arrivée de l’automne ressemble plutôt à un printemps où, après une certaine relâche durant la saison estivale, la ruche se remet à bourdonner et se remet en marche pour assurer une nouvelle saison d’activités. Et dire que dans quelques semaines, ce sera déjà Noël... Robert Poliquin Coordonnateur

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Mixtures, numéro 31, novembre 2009


Joseph Bonnet (1884-1944)

Par François Widmer1

L’année 2009 marque le 65e anniversaire de décès du grand organiste français en terre canadienne. Nous avons cru bon de lui rendre hommage en publiant ce texte paru en 2004, dans la revue suisse romande L’Orgue/revue indépendante. (NDLR)

Ces lignes ont été rédigées non par nostalgie d'un passé révolu, mais pour enrichir notre réflexion présente. En effet, tout arbre a autant besoin de racines que de branches, et le monde de l'orgue ne fait pas exception ! Décédé prématurément, et de surcroît en exil par les aléas de la guerre, Joseph Bonnet a par la suite moins marqué la mémoire collective du monde de l'orgue que certains de ses contemporains dont, par exemple, Marcel Dupré. Mais ce n'est que justice de rappeler sa mémoire, d'autant plus que sa production de compositeur, si elle n'est pas surabondante, est d'une qualité qui explique la pérennité de son succès.

Un ambassadeur de la musique française Organiste titulaire de Saint-Eustache depuis 1906, et après avoir quitté l'armée pour raison de santé, Joseph Bonnet est envoyé officiellement aux États-Unis au début 1917, avec d'autres musiciens, « pour rehausser le prestige musical de la France ». Il s'agissait d'y combattre les influences que les Allemands et les Autrichiens n'avaient pas manqué d'y exercer en envoyant leurs meilleurs artistes. La revue The Diapason, datée du 1er mars 1917, compare ses succès à ceux d'Ignace Paderewski (piano) et de Fritz Kreisler (violon). Pour ces premiers contacts avec le Nouveau Monde (entre janvier 1917 et juillet 1919), Bonnet donna une centaine de concerts, qui eurent un immense succès. Il retrouva ensuite régulièrement les États-Unis et le Canada, et sa notoriété outre-Atlantique explique pourquoi on lui demanda de fonder en 1921 un département d'orgue à la Eastman School of Music1 de l'Université de Rochester (état de New York). La Croix de Chevalier de la Légion d'honneur lui sera conférée pour tous ses succès outreAtlantique, le 14 juillet 1922.

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Francois.Widmer@unil.ch

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En avril 1940, après des tournées en Suisse et en Belgique, c'est aux Balkans (Zagreb, Belgrade, Sofia) qu'il fait à nouveau passer — en des temps redevenus difficiles — le souffle artistique de la France. Enfin, le 12 juin 1940, il joue à Saint-Eustache les trois Chorals de Franck pour la radio, alors que la Wehrmacht est aux portes de Paris. Elle y défile deux jours plus tard sur les Champs-Élysées, mais Joseph Bonnet a pu, au dernier moment, rejoindre sa femme Geneviève et leurs enfants Françoise-Romaine et Bénédict dans le Sud-Ouest. De là, ils atteindront Lisbonne en train, s'embarquant ensuite pour les États-Unis. Joseph Bonnet avait précédemment signé des contrats pour des concerts en ce pays à l'automne et souhaitait les honorer, appuyé d'ailleurs en cela par le ministère des Affaires étrangères. On peut le considérer une nouvelle fois comme l'« ambassadeur musical » de la France, aux fins de maintenir son prestige artistique à l'étranger. Tout cela en attendant de rentrer en son pays, de retrouver son orgue de Saint-Eustache, sa maison et ses proches. Même si un second « miracle de la Marne » ne s'est pas produit, il n'en pense pas moins que la France n'est que provisoirement vaincue; le sort ne lui permettra cependant pas d'y rentrer. Le 2 août 1944, il meurt prématurément lors d'un Page 5


séjour au Québec2, à Sainte-Luce-sur-Mer au bord du fleuve Saint-Laurent. Lorsque Joseph Bonnet débarque à New York, après bien des aléas, le 16 septembre 1940 (il s'y installera avec sa famille), il ne lui reste donc que quatre ans à vivre. Parcourant les ÉtatsUnis et le Canada, il y développe une intense activité professionnelle d'enseignement et de concerts. On lui devra en particulier la création de la classe d'orgue du Conservatoire de Montréal. Une carrière exemplaire Bordelais comme Charles Tournemire, fils d'organiste comme Marcel Dupré, Joseph Bonnet naît le 17 mars 1884. Ses dons musicaux se manifestant très tôt, son père étant son premier professeur d'orgue, le voici à quatorze ans titulaire de l'orgue de Saint-Nicolas, puis de la grande église Saint-Michel. Successeur de César Franck depuis peu (Sainte-Clotilde à Paris), Charles Tournemire lui prodigue son enseignement au début 1901. En novembre de la même année — alors qu'il vient de donner ses premiers concerts — Bonnet est admis dans la classe d'orgue du Conservatoire de Paris (Alexandre Guilmant et Louis Vierne). En juillet 1906, il y remporte le Premier prix d'orgue et d'improvisation, à l'unanimité des quatorze membres du jury présidé par Gabriel Fauré (au programme, notamment, Ad nos, ad salutarem undam de Liszt). Mais quatre mois plus tôt, il avait déjà gagné, à l'unanimité également3, le concours de repourvue du titulariat de SaintEustache, auquel il s'était présenté in extremis. Il y avait eu quatre candidats en tout, dont Henri Mulet (1878-1967), célèbre aujourd'hui encore pour son Tu es Petra et sa Sortie-Carillon. Alexandre Cellier (1883-1968), titulaire au Temple de l'Étoile et « registrant » pour le concours, rapporta ce qui avait convaincu le jury : « À cette époque, lourd et mal alimenté en vent, l'orgue de Saint-Eustache avait sonné plus nettement sous les doigts de Joseph Bonnet que sous ceux des autres candidats, et cela grâce à son souci constant de rigueur rythmique. Une des caractéristiques de son talent était en effet cette autorité rythmique, qui conférait à son jeu une clarté et une puissance singulière ». Il manifeste également un art consommé de la registraPage 6

tion, l’art de se faire entendre et comprendre. La tribune de Saint-Eustache, haut perchée, va bientôt être le lieu de rendez-vous de tous ceux qu'attire la plus haute virtuosité alliée à la dévotion pour les grands maîtres. Encore fallait-il gravir l'interminable « tire-bouchon » aux marches creusées par douze générations... En 1910, Bonnet donne à son orgue un cycle de quarante récitals, tous par cœur, sans rejouer une seule œuvre. Sa technique exceptionnelle est le résultat d'un travail incessant4. Jusqu'en 1914, le nouveau titulaire de SaintEustache parcourt la France et l'Europe pour des tournées qu'on n'hésite pas à qualifier de triomphales (c'est aussi au cours de cette période qu'il écrit toutes ses compositions). Ses dons magnifiques, ses remarquables exécutions, son charme personnel, tout cela suscitait des concerts de louange, et toute cette gloire naissante aurait pu l'enivrer. Mais il résista au démon du succès et ne succomba point aux éloges mondains. Le chœur des sirènes ne le fera pas dévier de la voie que sa conscience et sa volonté de perfection lui ordonnent de suivre. Son nom restera toujours associé à la tribune de Saint-Eustache, à ses fonctions d'organiste liturgique, auxquelles — comme on a pu le dire — « il demeura attaché avec le dévouement d'une figure de vitrail ». On se souviendra longtemps du soin méticuleux apporté au choix et à l'exécution du répertoire destiné aux célébrations. Il avait un respect absolu de la littérature écrite, alors que ses dons d'improvisateur auraient pu l'entraîner sur la voie de la facilité5. Selon lui, on ne devait rien faire entendre, dans les églises, qui ne soit comme une ébauche de la dolce sinfonia di Paradiso entendue par Dante. On ne reviendra pas ici sur les activités des années 1914-1920, déjà évoquées dans nos lignes d'introduction. Se trouvant à nouveau en Amérique en juin 1920, Bonnet participe en juin au Congrès international de chant grégorien, où il rencontre Dom Mocquereau, moine bénédictin de Solesmes célèbre par ses recherches sur le chant grégorien et son action inlassable en faveur de sa restauration. Cela le conforta définitivement dans ses efforts en vue de l'application véritable du Motu proprio de Pie X relatif à l'usage liturgique du chant grégorien (1903). Il avait déjà fait de fréquents séjours à Solesmes, pour en devenir oblat le 13 octobre 1922. Il fut président-fondateur de Mixtures, numéro 31, novembre 2009


l’Institut grégorien de Paris, puis son président d’honneur. Ce souci de revaloriser l'usage du chant grégorien explique pourquoi Bonnet fut au premier rang pour encourager Charles Tournemire en son travail de composition de L'Orgue mystique (publication de 1929 à 1936). Par cette entreprise audacieuse se concrétisait le vœu d'édifier avec le plain-chant catholique ce que d'innombrables compositeurs allemands (dont Jean-Sébastien Bach au premier chef) avaient tiré des chorals luthériens. Ayant atteint la cinquantaine et le sommet de la notoriété, le maître de Saint-Eustache pouvait envisager, Deo volente, plusieurs lustres encore d'activités gratifiantes centrées sur son titulariat. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale allait en décider autrement, comme cela a été évoqué plus haut.

Le grand orgue de l’église Saint-Eustache à Paris.

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La passion de la musique ancienne En 1906, Joseph Bonnet s'était installé à SaintEustache à la console de l'orgue édifié par Joseph Merklin en 1877-1878 (72 jeux sur 4 claviers et pédalier), logé dans l'impressionnant buffet de Victor Baltard (1854) ayant initialement abrité un instrument Ducroquet-Barker. Formé à l'école symphonique, le nouveau titulaire est cependant en même temps habité par le souhait de redécouvrir — et de faire redécouvrir — le répertoire antérieur à l'époque romantique, jusqu'aux origines (l'Organum triplex de Pérotin le Grand !). Dans les années 1920, telles seront aussi les préoccupations, notamment, de Charles Tournemire et d'André Marchal (lequel motivera bientôt le tout jeune Norbert Dufourcq). Un projet de restauration de l'orgue Merklin est confié au facteur alsacien Rickenbach, projet où l'esthétique néoclassique « prend ses marques » (Joseph Bonnet voulait retrouver des timbres tout à la fois clairs, délicats et puissants, rendant intelligible toute polyphonie6). C'est finalement la maison Gonzalez qui termine les travaux à la fin de 1931. L'instrument est désormais riche de 87 jeux répartis sur cinq claviers et pédalier. De nouvelles mixtures apparaissent au Solo et au Positif de dos, qui s'enrichit également du quatuor Tierce/Larigot/Septième/ Piccolo. L'instrument ainsi remanié fut béni le 18 février 1932 par le cardinal Verdier, archevêque de Paris. Lors du concert qui suivit, Bonnet interpréta Clérambault, Bach et Haendel, mais aussi Liszt (Ad nos, ad salutarem undam; sa passion pour la musique ancienne s'accordait avec son profond respect pour toute la littérature). Le jour de Noël de cette même année 1922, il tint son grand orgue restauré pour la première audition de la Messe en mi (chœur et deux orgues) de Léonce de Saint-Martin (ils se connaissaient depuis l'arrivée de ce dernier à Paris, en 1919, et Saint-Martin lui avait dédié son Choral publié en 1926). En véritables précurseurs, Alexandre Guilmant, maître vénéré de Joseph Bonnet, et André Pirro avaient publié de 1898 à 1914 les dix volumes des Archives des Maîtres de l'Orgue. En digne continuateur, Joseph Bonnet publia chez G. Schirmer (New York; 1917-1939) les six volumes intitulés Historical Organ Recitals, où sont reproduites avec tout l'appareil critique, notamment, de nombreuses œuvres des maîtres du Moyen Âge et de la Renaissance, tirées de l'oubli. Ce fut là un élément majeur de son travail d'édition. Page 7


Élévation spirituelle et qualités de cœur Joseph Bonnet eut trois passions dans sa vie : la musique, la France et la religion chrétienne. On pourrait croire qu'ainsi trois hommes cohabitèrent en lui, mais en fait tout son art et sa pensée furent conduits par sa riche vie intérieure et par son profond sentiment religieux. Il séjournait fréquemment à l'abbaye bénédictine de Solesmes, dont il disait qu'« on y respire l'air des hauteurs ». Cela explique certainement qu'il accueillait avec le même sourire le compliment ingénu de l'auditeur incompétent et l'approbation des techniciens de la musique ! Il ne connaissait ni concession, ni demi-mesure, et tout compromis lui était étranger. On a pu lire que c'est en cédant aux impératifs de sa vie intérieure (source de paix et de vraie satisfaction) qu'il aurait renoncé à la composition dès sa trentième année, servant ensuite de manière fervente les Maîtres qu'il interprétait, les faisant revivre (avec un véritable culte pour le très protestant Jean Sébastien Bach). Mais on doit aussi rappeler qu'il avait une vie débordante d'activités, et que donc la question de temps avait dû se poser. Selon un témoignage digne de foi, il aurait songé à se remettre à la composition.

Notes : 1

Le sponsor de cet établissement était George Eastman, fondateur de la firme Kodak.

2

Le titulariat de Saint-Eustache devenu ainsi vacant sera repourvu l'année suivante par André Marchal, jusqu'alors organiste de Saint-Germain-des-Prés.

3

Le jury était composé d'Alexandre Guilmant, Vincent d'Indy, Eugène Gigout, Louis Vierne et Charles Tournemire.

4

Après sa disparition, un témoin rapportera comment, vers 1910 précisément, il l'avait trouvé travaillant d'arrachepied (en un lieu de vacances) sur un médiocre harmonium-pédalier, réglant en un tempo très lent son legato et son staccato dans des sonates en trio et des fugues de J.S. Bach.

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Les programmes musicaux des offices paraissaient dans le Bulletin mensuel de la paroisse. À titre historique, toute l'année 1934 a été publiée dans L'Année liturgique au grand orgue (Montréal, Fides, 1948).

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Le souhait de voir évoluer la facture d'orgues explique sans doute aussi ses nombreux contacts avec Casavant, qui installa, déjà en 1923, un instrument d'une certaine importance en la résidence parisienne du banquier américain G. Blumenthal. Entre autres célébrités, Widor, Gigout et Dupré prirent le temps de le visiter.

Après son mariage, en 1927, avec Geneviève Turenne, Joseph Bonnet fut accueilli à bras ouverts par la famille de celle-ci. Une foule d'enfants et de petits-enfants se retrouvaient chaque été dans la propriété de ses beaux-parents au château de Condé-Sainte-Libiaire, près de Paris (ceux-ci firent construire pour leur gendre, en 1931, un orgue Gonzalez riche de 38 jeux). Tous les neveux et nièces de Bonnet se souviendront de sa présence rassurante (mais il disparaissait le dimanche...). Sans doute Joseph Bonnet a-t-il pressenti qu'il ne reverrait pas son pays natal. « Si je mourais au Canada, ce serait un peu la France ! » Son service funèbre, célébré le 4 août 1944, fut strictement en grégorien, sans orgue. Il est inhumé en l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. Une magnifique carrière s'était achevée dans l'humilité chrétienne. L'organiste de SaintEustache avait montré que l'abîme séparant parfois l'Art de l'artiste pouvait être comblé. Page 8

Orgue personnel de Joseph Bonnet acquis par les moines de Saint-Benoît-du-Lac en 1948 et inauguré le 9 octobre 1949 par André Marchal. Construit par les facteurs Victor et Fernand Gonzalez, cet instrument à traction électro-pneumatique possède 3 claviers et pédalier. Dom André Laberge et Dom Richard Gagné ont enregistré des œuvres de Joseph Bonnet cet orgue. (Éditions St. Benoît, SBL-5-01184) Mixtures, numéro 31, novembre 2009


L’orgue Richard renaît Par Élisabeth Gallat-Morin Deux cent cinquante ans après sa destruction lors du siège de Québec en 1759, l’orgue commandé en 1753 au facteur parisien Robert Richard, renaît de ses cendres grâce à la compétence de l’Atelier Juget-Sinclair. Un nouvel orgue pour la cathédrale agrandie La population de Québec ayant augmenté et des réparations étant devenues nécessaires à la cathédrale, Mgr Dubreil de Pontbriand, évêque de Québec, décide d’entreprendre l’agrandissement et la reconstruction de l’église. Les travaux qui débutent en 1745 entraînent, au grand mécontentement des chanoines, le démantèlement de l’orgue qu’ils avaient commandé en 1723 au montréalais Paul Jourdain.

partira pour Québec. Comment remonter l’orgue dans la cathédrale de Québec en l’absence du facteur qui ne peut faire le voyage? On numérote les tuyaux et on les lie entre eux dans l’ordre où ils doivent être posés. Le chanoine La Corne a de grands projets : faire venir le facteur à Québec afin de parachever l’orgue dont celui qu’il envoie en 1753 deviendrait le Positif. Au début du mois d’octobre 1753, l’orgue est prêt à jouer; Mgr de Pontbriand marque sa satisfaction par une généreuse contribution. Six ans plus tard, en juillet 1759, l’orgue périra dans l’incendie de la cathédrale, lors du siège de Québec. L’orgue reconstruit

En 1753, les chanoines du Chapitre de la cathédrale font commander un nouvel orgue à Paris et chargent de cette mission le chanoine Jean-Marie de La Corne de Chaptes, leur délégué en France. C’est à la lecture des lettres qu’il adresse à ses confrères de Québec (conservées aux Archives de l’Archidiocèse de Québec) qu’Élisabeth GallatMorin a pu dégager les renseignements pertinents qui ont permis au regretté Pierre Hardouin de retrouver au Minutier central des notaires à Paris le contrat initial, avec la composition de l’orgue (10 jeux, jeux coupés, pédalier en tirasse).

C’est l’organiste et claveciniste québécois Kenneth Gilbert, professeur honoraire de clavecin au Conservatoire de Paris et ancien professeur à l’Université Laval, qui a conçu l’idée de faire reconstruire à l’identique, en tant que monument historique disparu par fait de guerre. La démarche lui a semblé d’autant plus valable que le Vieux-Québec intra-muros ne compte aucun orgue à traction mécanique à l’ancienne ni de composition apte à rendre justice, par ses timbres caractéristiques et son Plein Jeu, aux œuvres du répertoire classique.

Les lettres nous permettent de suivre les démarches du chanoine. Peu familier des orgues, la Corne consulte à droite et à gauche; les organistes lui conseillent la présence d’une trompette qui « fera autant de bruit que tout le reste de l’orgue ». Le chanoine va jusqu’à demander l’avis de l’un des organistes du roi à Versailles, Jean Landrin, qui recommande l’ajout d’un jeu de tierce. Enfin, après avoir peiné à trouver un marchand qui accepte de se porter caution, le contrat avec le facteur Robert Richard est enfin signé devant notaire le 10 mars 1753.

En septembre 1998, il convoque, à l’Université Laval, une réunion des organistes de la Capitale, au cours de laquelle il expose son projet. Un Comité pour la reconstruction de l’orgue Richard 1753 est constitué, avec Antoine Bouchard et Kenneth Gilbert comme coprésidents, chargé d’explorer la faisabilité d’une telle démarche et d’en déterminer les modalités. Il est apparu au cours de cette première réunion que l’endroit idéal pour installer l’orgue serait, non pas la cathédrale actuelle mais le Musée de l’Amérique française (ancienne chapelle extérieure du Séminaire), situé à 50 mètres de l’emplacement d’origine de l’orgue, proposition acceptée d’emblée par le Musée.

Expertisé par Charles Jollage, organiste du roi de Pologne en exil en France, l’orgue est acheminé début mai par voie d’eau jusqu’à Honfleur, d’où il Mixtures, numéro 31, novembre 2009

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Le Comité, avec l’aide de la Commission de la Capitale nationale, publie aussitôt une brochure d’information, puis se réunit régulièrement pendant les dix années qui suivent pour mettre au point le projet et s’assurer l’adhésion des principaux acteurs de la vie musicale de la Capitale, notamment des Amis de l’Orgue de Québec et des institutions supérieures d’enseignement musical : Faculté de musique et Conservatoire. Les facteurs d’orgue Juget-Sinclair de Montréal, de formation française et réputés pour leur travail de facture à l’ancienne et leurs restaurations exemplaires, sont désignés à l’unanimité par le Comité pour élaborer un projet conforme au devis d’origine et aux éléments documentés concernant l’orgue Richard. En même temps, une collecte de fonds est mise en place et couronnée, après de considérables efforts, par le succès, grâce à des contributions publiques et privées venues du Québec et de France. L’orgue n’aurait pas vu le jour sans le travail inlassable d’Hubert Laforge, aussi président de la Fondation du patrimoine laurentien, qui a apporté un appui efficace; le secrétariat est assuré depuis le début par Benjamin Waterhouse et Élisabeth GallatMorin. Le contrat est signé au printemps de 2008. Le facteur Denis Juget a complété l’étude minutieuse du contrat et des lettres du chanoine La Corne, qui ne disent pas tout, par la visite d’orgues français de la même époque et de même type ayant survécu en France. L’orgue est installé dans l’une des tribunes latérales de l’ancienne chapelle extérieure du Séminaire, maintenant rattachée au Musée de l’Amérique française. Il a été présenté à la presse le 12 mai 2009 et est inauguré officiellement le 4 octobre par Michel Bouvard, organiste de la Basilique Saint-Sernin de Toulouse et professeur d’orgue au Conservatoire National Supérieur de Paris. Monsieur Bouvard a notamment fait un enregistrement pour RadioFrance sur l’orgue de Vicdessos dans l’Ariège (France), orgue « jumeau » de celui de Québec de par sa composition. Au programme, une pièce de Louis Marchand extraite de son livre d’orgue posthume, dont Québec (Université Laval) possède l’un des seuls deux exemplaires connus, l’autre étant conservé à la Bibliothèque nationale de France.

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Une semaine après l’inauguration, le 11 octobre, Kenneth Gilbert présente dans la chapelle une causerie-démonstration. Le centre historique de Québec est à nouveau doté d’un orgue qui « parle français », de par sa composition et son tempérament. Événements à venir Récital de Noël : le dimanche 13 décembre par Benjamin Waterhouse. L’étude historique d’Élisabeth Gallat-Morin, ainsi que les extraits des lettres du chanoine La Corne qui traitent de l’orgue, seront publiés en 2010 par le Musée de la Civilisation.

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La reconstruction de l’orgue Richard 1753 par Denis Juget Juget-Sinclair, Opus 35, 2009 Montre 4' * Tirasse directe Bourdon 8' * 25 notes C-c' Doublette 2' * Fourniture III Étendue du clavier Cymbale III 52 notes, C-D-e''' Flûte à Cheminée 4'* A = 392 hz Nazard 2 2/3' * Tierce 1 3/5' * Tempérament mésotoniTrompette 8' * que classique à 8 tierces Cromorne 8' * majeures pures Tremblant doux Pression du vent : 98mm Tremblant fort * Jeux coupés c”/c#” Alliage des tuyaux : Principaux 82% Sn Flûtes 9% Sn.

Grâce à la documentation que nous possédons au sujet de l’orgue Richard, nous avons été en mesure de concevoir un instrument à un clavier et pédalier dans l’esprit français du XVIIIe siècle. Cependant, il restait bien des interrogations et matière à interprétation pour être en mesure de dessiner l’instrument. Prenons par exemple le buffet. Il n’est pas fait mention du buffet ou de la façade de l’instrument dans les devis, contrat et correspondance associés. Mais nous avons trouvé des indices à ce sujet dans une lettre du Chanoine La Corne : « Celui que je vous envoie en serrait le Positif sans y rien ajouter ni changer et nous aurions un orgue semblable à ceux de Saint-Eustache, Saint-Médéric, les Petits-Pères, qui sont les plus beaux de Paris… » Cette phrase est le pivot de notre conception, car les trois orgues mentionnés sont de grands orgues de tribune avec des positifs de dos. Il est donc devenu évident que l’orgue de Québec ressemblait à ces exemples. C'est un orgue de 4 pieds. Cette appellation est donnée par le plus grand tuyau de la façade. Nous avons intentionnellement grandi le buffet en ajoutant de la surlongueur aux tuyaux de façade pour donner de la place à la trompette 8', le plus grand jeu de l'orgue et aussi le plus fort comme le mentionnait le Chanoine La Corne dans ses lettres! Comme l'orgue est placé sur le bord de la tribune, la console se retrouve à l'arrière de l'instrument. Le buffet est construit tout en chêne blanc. Les bâtis sont assemblés à tenons et mortaises chevillés. Les panneaux à grand cadre de façade, la mouluration et les sculptures de style rocailles sont inspirées des buffets français de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Le vent de l'instrument est fourni par deux soufflets cunéiformes placés sur le côté. Le souffleur peut aisément actionner les soufflets et rester en relation avec l'organiste. Un souffleur n'étant pas toujours disponible, un système automatique peut le remplacer, permettant de garder la même souplesse et musicalité d'un vent exempt des (suite, page 19)

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Le Festival des Couleurs de l’Orgue français 15 ans de belles découvertes !

par Yves-G. Préfontaine Un autre festival d’orgue me direz-vous… Nous sommes au printemps 1995. Depuis un an j’occupe les fonctions d’organiste et de maître de chapelle au Grand Séminaire de Montréal. Naturellement, je suis bien conscient de la spécificité de l’instrument érigé par Guilbault-Thérien qui sonne dans ce lieu. C’est d’ailleurs une des raisons qui me feront accepter la proposition que m’a faite monsieur Marc Ouellet p.s.s., recteur de l’époque, et maintenant cardinal-archevêque de Québec. J’étais d’autant plus heureux de cette nomination que, comme musicien, je ressentais et ressens toujours beaucoup d’affinités avec le répertoire dévolu à ce genre d’instrument, et plus largement à celui de toute l’époque qu’il représente. Une fois installé à cette tribune, sans préjudice à mes fonctions au sanctuaire MarieReine-des-Cœurs, l’idée d’y organiser des récitals a germé assez tôt en mon esprit. Et je dirais surtout à compter du moment où j’ai appris, au cours de conversations à bâtons rompus avec des membres de la direction, que le commanditaire principal de l’orgue souhaitait que l’instrument, installé tout de même dans un lieu privé, soit entendu en concert public. Bien sûr, il y avait eu quelques récitals depuis son inauguration en 1990. Mais il me semblait qu’un tel instrument en un tel lieu méritait mieux. C’est ainsi que le projet d’un festival s’est peu à peu imposé plus ou moins comme une évidence et qu’il est passé, avec l’appui sans réserve des autorités du Grand Séminaire, de projet à réalité. Il fallait choisir le moment. Comme je ne voulais pas être préoccupé par cette activité toute l’année, j’ai vite décidé de concentrer la série dans un délai relativement court. Après consultation, j’ai retenu le mois d’octobre et ses quatre ou cinq dimanches selon l’année. Et puisqu’au cours de ce mois, la nature se révèle dans toute sa splendeur, notamment sur le terrain et dans les vignes qui couvrent les murs centenaires du séminaire, le nom de Festival des Couleurs de l’Orgue français allait donc de soi,

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l’orgue français possédant lui aussi, comme chacun sait, une palette sonore unique des plus colorées. Je le mentionnais d’entrée de jeu, il s’agit d’un instrument assez particulier, qui trouve peu d’épigones en Amérique. (Il convient tout de même de mentionner la présence d’un illustre prédécesseur à Montréal : le très bel orgue Wolff de la salle Redpath de l’Université McGill). Les 47 organistes invités à participer à ce petit festival depuis 1995 furent donc appelés à prendre sérieusement en considération les caractéristiques de l’instrument, à savoir un tempérament inégal d’après Rameau, le diapason à 415 Hz, le pédalier à la française (j’ai banni, depuis plusieurs années, le pédalier américain AGO, je crois qu’on comprendra pourquoi…), un clavier qui s’arrête au mi et, bien entendu, les timbres qui définissent l’essence même de l’instrument français du début du XVIIIe siècle. À part de rares exceptions, tous et toutes ont démontré une bonne connaissance du répertoire approprié, et plusieurs, non seulement les Européens, une familiarité avec ce type d’instruments, soit pour les avoir joués in situ en tant que titulaires soit pour y avoir été invités. C’est ainsi qu’ont défilé à la tribune du Grand Séminaire : Marie-Claire Alain, qui les a probablement tous joués (!), Henri Delorme, titulaire de Souvigny (Clicquot), Frédéric Munoz, titulaire à St-Guilhem-le-Désert (J.-P. Cavaillé), Laurent Beyhurst, titulaire à Seurre (J. Tribuot). Que des Français ? Bien sûr que non ! Mais tout de même, j’ai trouvé intéressante l’idée d’inviter un organiste français pour illustrer ce festival « français ». Et, ma foi, jusqu’à maintenant, j’ai eu plutôt la main heureuse. J’ai voulu également que toutes les catégories d’organistes soient représentées : par exemple, que la gent féminine, quoique moins nombreuse dans ce métier, soit bien présente; et nos amis anglophones; et des organistes de l’extérieur de Montréal, de l’extérieur du Québec… Alors que j’échafaudais les premières saisons, je n’ai pas jugé nécessaire de proposer ma participation chaque année. Et, je dois le dire avec beaucoup de reconnaissance et d’humilité, ce sont mes collègues qui m’ont convaincu, comme j’en étais l’instigateur et le promoteur, de m’inscrire annuellement dans la programmation. Honnêtement, je n’ai pas mis beaucoup de temps à me laisser convaincre!…

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Un des grands objectifs de cette série de récitals est de faire découvrir l’extrême diversité du répertoire écrit sur une période de cent cinquante ans environ, soit plus ou moins de 1650 à 1800 et, au premier chef, le répertoire français puisque, comme on dit, l’instrument est « fait pour ». Mais également celui de tout le territoire européen de la même époque. Si beaucoup de musiciens et d’amateurs se tournent plus volontiers vers un répertoire plus tardif, force m’est de constater qu’il y a de plus en plus de musiciens qui s’intéressent à cette période et qui la défendent très bien. Les circonstances font que je rencontre assez fréquemment ces personnes pour lesquelles le Grand Siècle est une préoccupation reconnue, des gens qui s’y sont penchés et dont la réflexion transparaît tant dans la démarche que dans l’attitude face à ce répertoire parfois mal apprécié. Je crois que nous avons de belles saisons devant nous! Aucune contrainte n’est imposée aux artistes invités, si ce n’est de devoir jouer quelques pages de musique française. Tous reçoivent la liste de ce qui a été joué antérieurement, simplement à titre indicatif. Page 13


Au cours des années, nous avons eu droit à des moments magiques, certains dimanches : les Hymnes de Grigny avec Marc-André Doran, par exemple, ou cette année même, le récital extrêmement varié de Federico Andreoni, qui a illustré les horizons multiculturels de la musique d’orgue. Variété ? Plus de 125 compositeurs nommément identifiés, en plus une dizaine d’auteurs ou de livres anonymes ont été entendus sur cet orgue français depuis octobre 1995. Outre des œuvres françaises, les musiques italienne, espagnole, allemande, flamande et anglaise trouvent confortablement leur place dans cet environnement. Plusieurs rendez-vous du dimanche après-midi ont été l’occasion de découvertes fascinantes (Bovet, Tallis, Cornet, van Noordt…), de rencontres avec de merveilleux inconnus (Archimbaud, Calvière, Hasse, Loret…). Et puis non, nous ne boudons pas notre plaisir et même si le timbre n’est pas absolument approprié, Bach et Buxtehude trouvent régulièrement leur place dans les programmes… Le répertoire du XXe siècle n’a pas été en reste non plus. Il nous a été donné d’entendre, entre autres, certaines pages de Messiaen, Hakim, Hambraeus, Perrot, Leguay et Glass avec beaucoup d’efficacité et de plaisir. À ce titre, une brochure de 16 pages publiée à l’occasion de ce 15e anniversaire, fait état de tout le répertoire joué au cours des années. La rencontre de musiciens formidables et l’auditoire nombreux qui se presse les dimanches d’octobre à la chapelle du Grand Séminaire (normalement entre 200 et 350 personnes), constituent en soi une motivation à poursuivre. L’entreprise ne serait pas possible, à cette échelle, sans la participation exceptionnelle du commanditaire de l’événement, RONA, grâce à laquelle nous profitons d’affiches et de programmes de très haute qualité, et qui permet également d’offrir aux artistes des cachets décents. Si vous n’avez pas eu l’occasion d’assister à l’un ou l’autre de ces récitals dominicaux, pourquoi ne pas mettre une petite note à vos agendas 2010 alors que nos invités seront : Étienne Baillot (collégiale de Dole), Geneviève Soly, Matthew Provost, Laurent Martin et moi-même.

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Une conférence inaugurale autour de notre Opus Ultimum par Hellmuth Wolff L’Université North Texas, sise à Denton, au Texas, compte quelque 35 000 étudiants. Son école de musique est l’une des plus grandes au monde ― on ne pouvait pas s’attendre à moins d’un état où tout est gigantesque! L’école possède une variété d’instruments allant d’humbles orgues de Hofmann, Rieger et Fisk dispersés dans différentes salles de l’école, jusqu’à l’auditorium principal où se trouvent deux instruments, un Möller de 55 jeux (Opus 7676, 1949) et un orgue de 41 jeux de Gene Bedient (1985). Mis à part l’orgue Fisk de l’Université du Vermont, ce dernier instrument est le seul orgue classique français aux États-Unis. Il a été construit à l’origine pour une église anglicane du Michigan, dont l’acoustique n’était pas adéquate et qui ne répondait pas aux besoins liturgiques du lieu. Or, dans son nouvel emplacement, il est devenu un instrument fort apprécié1. La salle Winspear (il s’agit de la même famille de donateurs, d’origine canadienne, qui a fourni les fonds pour la salle de concert d’Edmonton, en Alberta, connue aussi grâce à son orgue…) est située dans le complexe du Murchison Performing Arts Center de l’Université, inauguré à l’automne 1999. La salle peut accueillir environ 1 100 personnes.

Murchison Performing Arts Center Université North Texas, Denton, TX. Mixtures, numéro 31, novembre 2009

Winspear Hall

L’orgue de concert Richard Ardoin-Paul Voertman, notre œuvre ultime acquis au coût de 1,5 million $ et installé dans cette salle, comprend 60 jeux répartis sur trois claviers et pédalier, pour un total de 3 820 tuyaux. L’instrument ne possède qu’un jeu et quelques centaines de tuyaux de moins que notre Opus Magnum (Cathédrale Christ Church de Victoria, BC). Cependant, chaque projet de construction d’un orgue constitue une occasion de relever des défis particuliers. Ici, même s’il n’est pas nécessaire de concevoir une structure pouvant résister aux tremblements de terre, il faut répondre aux exigences d’une clientèle constituée à la fois de mélomanes et d’étudiants, et dont les attentes ne coïncident pas nécessairement! Ainsi, en plus d’une profusion de jeux romantiques, cet orgue est également doté d’éléments typiques de la facture de l’Allemagne centrale, comme, par exemple, les familles de flûtes groupées sur l’un ou l’autre des claviers. Il contient également des jeux d’anches qui produisent le fameux effet de Gravität2. Tout d’abord, bien que le donateur et les administrateurs de l’Université aient été très accommodants, il fallait respecter un budget. D’autre part, il y a le répertoire qui exige que l’orgue possède une certaine envergure : il faut donc trouver l’espace pour loger tous ces tuyaux et Page 15


leur assurer un accès facile. Par contre, comme les autorités souhaitaient mettre l’accent sur les qualités acoustiques et la polyvalence de l’édifice, il fallait économiser ailleurs. Ainsi, la mécanique est restée simple et maniable. Comme les matériaux choisis pour construire la salle l’ont été beaucoup plus en raison de leur fonctionnalité que de leur noblesse, il fallait que le bois du buffet de l’orgue soit aussi « modeste ». Il est en peuplier massif teinté en deux couleurs. Toutefois, sur la façade, les lignes des lèvres et les bordures des claires-voies, plutôt des panneaux pleins, sont rendues plus visibles grâce à de la dorure. De plus, afin de lui donner un aspect ludique, quelques jeux de cubes à la Escher et dessinés par Jacques L’Italien ornent un lutrin de marqueterie. Le panneau au-dessus des tuyaux de façade du Positif comporte des plaques en cuivre, en laiton et en étain. La salle, dotée d’un système acoustique ajustable, est tout simplement épatante. On pourrait souhaiter un déplacement des réflecteurs d’ondes sonores pour dégager entièrement le buffet et obtenir ainsi une meilleure sonorité, mais on a observé récemment, par pur hasard, que le son est meilleur quand les réflecteurs obstruent partiellement la vue du buffet. En effet, l’angle de positionnement des réflecteurs projette le son de l’orgue vers l’auditoire. Si ceux-ci sont placés trop haut, ils dégagent la vue, mais leur orientation dirige le son vers la scène plutôt que vers l’auditoire. Il faut dire que l’orgue avait été présenté au public six mois avant la tenue de cette conférence par Jesse Eschbach, le titulaire de la classe d’orgue, qui s’était associé, pour l’occasion, au clarinettiste John Scott. Le programme comprenait un Prélude et fugue de Félix Mendelssohn (Op. 71, no 1), un cycle de l’Orgelbüchlein où les registrations riches en fonds, et chères à Bach, comme nous le savons depuis peu, ont été utilisées, le Troisième Choral de César Franck, la Méditation de Louis Vierne et, en première, l’excellente pièce Hommage à Messiaen, pour clarinette et orgue, commandée à Steven Harlos. Jesse Eschbach concluait brillamment son récital avec la formidable improvisation sur le Victimae pascali de Charles Tournemire telle qu’annotée par Maurice Duruflé.

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L’orgue de concert Richard Ardoin-Paul Voertman

Quant à la conférence entourant l’inauguration, elle s’est déroulée du 20 au 22 octobre 2008. Elle a été conçue et longuement planifiée par Jesse Eschbach. La liste des invités étonnait par son éclectisme mais coïncidait avec les objectifs recherchés, à savoir faire ressortir diverses opinions. Trois protagonistes, très différents comme interprètes, ont été invités : James David Christie, Dame Gillian Weir et Jean Guillou. Ces artistes se sont produits en concert en soirée et ont également dirigé des cours de maître. Lors d’un de ces cours, il était étonnant d’observer Jean Guillou démontrer un passage difficile d’une de ses œuvres à un élève de Cherry Rhodes; on aurait pu croire qu’il suffisait de jouer ce fragment sans anicroche, alors qu’il peut être interprété de différentes façons!

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Chaque concert a été l’occasion d’étonnements. Lors du premier concert, James David Christie, d’une façon très colorée et pleine d’entrain, a fait sonner l’orgue comme s’il venait de sortir des ateliers de Fritsche ou de Schnitger. En plus de son répertoire de prédilection consacré à Böhm, Bach et Buxtehude, il a présenté, accompagné par l’orchestre baroque de l’Université, un concerto pour orgue et a accompagné un Salve Regina de Händel. Dame Gillian Weir a présenté le deuxième concert avec un programme de musique romantique. D’abord germanique, avec Peeters, Brahms et Reubke, dont elle joua la célèbre sonate avec une perfection éblouissante. La deuxième partie était composée d’extraits de Widor, Mulet, Vierne et se terminait avec une Toccata peu connue de Marcel Lanquetuit. J’ai rarement entendu un concert aussi bien joué et avec des registrations aussi raffinées et fluides. Même si madame Weir a été avare de compliments concernant l’instrument, je me permets de croire qu’elle a dû l’aimer.

d’orgue de l’Allemagne du début au milieu du XIXe siècle. Malheureusement, j’ai dû sécher les autres conférences, car je devais assurer l’entretien de l’orgue. Le contenu de la conférence est disponible sur internet4. Somme toute, cette conférence fut une belle réussite, grâce au travail acharné de Jesse Eschbach, de James Scott, le doyen de la faculté, et de son équipe, et à l’hospitalité du personnel et de l’équipe technique de la salle Winspear.

Notes: 1

voir : http://www.music.unt.edu/organ/

2

Sons graves caractéristiques de l’orgue allemand.

3

Instrument à cordes pincées de la famille du luth.

4

voir : http://www.music.unt.edu/organ2008/schedule.php

Le troisième concert était tout aussi étonnant : Jean Guillou, visiblement en grande forme et trahissant certainement son âge, interpréta une transcription de l’ouverture Prometheus de Liszt, quelques Skizzen de Schumann et sa propre musique avec une véritable fougue. Son Colloque nº 8 pour marimba et orgue, avec la percussionniste Yi-Jan Liu, et son Concerto nº 1 pour orgue et orchestre, avec l’ensemble symphonique de l’Université, sont des pièces virtuoses, étincelantes et facilement accessibles pour un large public. Les thèmes des conférences étaient aussi diversifiés que les concerts. Ils allaient de l’interprétation de la musique pour orgue de Bach, par George Ritchie, aux influences orientales dans la musique d’orgue de Naji Hakim, par Crista Miller. Toutefois, la partie à laquelle j’ai pu assister ne comportait aucune illustration sonore des œuvres de Hakim, mis à part quelques airs joués à l’oud3. Je me suis demandé si l’auditoire connaissait assez bien l’œuvre de Hakim pour pouvoir se passer d’exemples. Quant à James Frazier, il a parlé des énigmes entourant Maurice Duruflé et son œuvre tout en nous donnant le goût d’en lire davantage sur le sujet. La conférence de Carole Terry, tout aussi intéressante, traitait des pédagogues et du répertoire de la principale école Mixtures, numéro 31, novembre 2009

La console avec ses cubes à la Escher sur le lutrin

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Festival Orgue et couleurs 2009 Par Robert Poliquin Le onzième festival automnal « Orgue et couleurs » s’est tenu du 25 septembre au 4 octobre 2009 sous la direction de Yves Garand, nouveau directeur général et artistique. Un festival où il y en avait pour tout le monde et pour tous les goûts : du grand orchestre symphonique à la soirée folklorique traditionnelle en passant par des prestations chorales et instrumentales de toutes sortes. Pour ma part, cette année, je me suis concentré sur les activités où l’orgue était à l’honneur non pas parce que les autres activités ne m’attiraient pas, mais plutôt parce que je devais effectuer des choix, compte tenu de mes disponibilités. Les concerts midi, baptisés « Midis Mendelssohn », dans le but de célébrer le bicentenaire de la naissance de Félix Mendelssohn, étaient superbes. C’est ainsi qu’on a pu entendre un large éventail de ses compositions pour orgue : sonates, préludes et fugues, chorals ainsi que diverses autres pièces. Ces concerts, présentés dans cinq églises différentes, étaient joués par cinq brillants organistes montréalais. Pour débuter, le lundi 28 septembre, Philip Crozier, sur l’instrument de l’église unie St. James dont il est le titulaire, nous a conquis par la musicalité de son jeu et ce, certainement grâce à quelques prouesses dont lui seul connaît le secret. Il faut souligner que cet instrument souffre de quelques malfonctions qui seront éventuellement corrigées lors des travaux de restauration qui viennent, tout récemment, d’être acceptés. Le lendemain, ce fut le tour de Gisèle Guibord de faire vibrer l’orgue de l’église du Gesù dans une magnifique prestation. Le mercredi, à l’église Saint-Viateur, dans le secteur Outremont, nous entendons l’organiste titulaire Hélène Panneton qui a profité de l’occasion pour nous faire apprécier, par de brillantes registraPage 18

ions, la riche palette sonore dont cet instrument est doté. Elle a aussi accompagné le baryton Vincent Ranallo dans des airs extraits d’oratorios de Mendelssohn. Le jeudi, Isabelle Demers nous attendait à l’orgue de l’église Saint-Nom-de-Jésus. Son programme comprenait, outre les œuvres de Félix Mendelssohn et de sa sœur Fanny, celles de JeanSébastien Bach et de Max Reger. Véritable feu roulant, sa prestation a été tout simplement époustouflante. Pour terminer la série, le vendredi, nous avions rendez-vous à l’église Saint-JeanBaptiste avec le titulaire de l’instrument, Jacques Boucher. Dans un programme où Mendelssohn partageait la vedette avec les grands de la musique symphonique française que sont César Franck et Charles Tournemire, Jacques Boucher, de main de maître, nous a fait apprécier les qualités extraordinaires de cet orgue réputé pour ce répertoire mais qui convient aussi à la musique ancienne comme on a pu le constater lorsqu’il a interprété un Magnificat, extrait du Livre d’orgue de Montréal. Quoi de plus original pour célébrer le lancement d’un disque dont l’œuvre majeure est Les Planètes de Gustav Holst que de le faire au Planétarium de Montréal. C’est ce que l’organiste Mélanie Barney et l’ensemble de cuivres Buzz ont imaginé. La voûte étoilée fournissait le décor tout désigné pour la projection d’un clip extrait de ce nouveau disque. J’ai assisté à deux concerts dans lesquels l’orgue faisait office de support de la voix humaine. D’abord, à l’église Saint-Nom-de-Jésus, dans un répertoire rarement exécuté, la soprano Stéphanie Pothier, accompagnée par l’organiste Denis Gagné, nous a fait entendre de la musique sacrée de grands compositeurs français des XIXe et XXe siècles : Gounod, Franck, Dubois, Vierne, Poulenc, Mixtures, numéro 31, novembre 2009


Litaize et Langlais. Que de belles découvertes! Heureusement, il est maintenant possible de réentendre ces œuvres, car les pièces présentées lors de ce concert font partie d’un nouveau disque (voir la rubrique « Parutions » dans ce numéro). Par la suite, curiosité sublime : une œuvre vocale romantique dont l’accompagnement de piano a été réalisé à l’orgue sur un instrument baroque italien, le Wilhelm de l’église Très-SaintRédempteur. Oui, Die Winterreise, un cycle de lieder de Franz Schubert, a été présenté par le ténor Éric Thériault et l’organiste Denis Bonenfant qui en a aussi signé l’adaptation pour orgue. Ce fut une agréable surprise ! Bravo aux artistes pour cette audace. L’activité que je n’aurais pas voulu manquer est le récital qu’a donné Édith Beaulieu à l’orgue de l’église Saint-Nom-de-Jésus. Le contenu de son programme était conçu de façon à exploiter les immenses ressources de l’instrument. La première partie débutait par la Suite du 2e ton de Louis-Nicolas Clérambault : un bijou tant au niveau technique du jeu que des registrations. Suivait la Grande pièce symphonique, Opus 17, de César Frank : véritable chef-d’œuvre où l’artiste a fait preuve d’une très grande musicalité afin de trouver les coloris appropriés qui nous ont tout simplement transportés. La deuxième partie s’ouvrait avec le Prélude et fugue en do mineur, BWV 546, de Jean-Sébastien Bach. Fidèle à ellemême, Édith Beaulieu nous en a donné une solide interprétation. Elle a ensuite interprété ses propres œuvres : d’abord la Suite Acadiana, en trois mouvements, qui repose, comme son titre l’indique, sur des thèmes acadiens puis, moment très attendu, deux mouvements de sa Symphonie pour orgue. Véritable masse sonore rappelant les symphonies de Vierne et de Widor, la Toccata conclusive mettait un point final à un récital tout à fait exceptionnel. Que dire d’une telle prestation ? Lorsqu’on connaît la physionomie de l’artiste (mesurant à peine 5 pieds et pesant environ 100 livres), on s’imagine difficilement où elle trouve cette énergie et cette vigueur pour présenter un tel programme. À l’an prochain, pour la 12e édition! J’ose espérer qu’elle nous présentera des activités aussi diversifiées et qu’elle nous réservera d’autres heureuses découvertes...

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(suite de la page 11) Reconstruction ... turbulences que généreraient les turbines des ventilateurs électriques. La possibilité de faire « son vent » nous transporte instantanément dans l'ambiance musicale de la Nouvelle-France.

Le clavier est suspendu à la moitié de sa longueur par des vergettes en chêne de grosses sections. Chaque touche est reliée directement via l'abrégé aux soupapes du sommier. Cet abrégé est en fer forgé, tout comme les sabres et les pattes des rouleaux de tirage de jeux. Le pédalier « à la française » est en tirasse directe. L'agencement des tuyaux sur le sommier est diatonique, avec les basses aux extrémités et les dessus au centre. La grille du sommier est en chêne, tablée sur le dessus et recouverte de papier pour le dessous. L'ordre des jeux suit la logique d'un Positif de dos. Les anches sont situées à l'arrière du buffet, juste au-dessus de l'organiste et sont faciles d'accès pour l'accord. Nous retrouvons dans cet instrument toutes les couleurs musicales propres à l'orgue français. La coupure des jeux en basses et dessus, avec changements rapides et quelques petites astuces d'écriture donnent des effets étonnants pour un orgue à un seul clavier et pédalier. Nous avons toujours gardé à l'esprit la nécessité de remplir un grand vaisseau, comme ce fut le cas pour l'orgue original dans la cathédrale. Nous nous sommes fortement inspirés des orgues de Vicdessos en Ariège et de Louvie-Jouzon dans les Pyrénées-Atlantique, tous deux des instruments à un clavier et jeux coupés. L'orgue de Houdan, beaucoup plus Parisien dans sa facture a été lui aussi source d'inspiration, tout comme le traité de facture d’orgue de Dom Bedos de Celles publié en 1766 et 1770. Mais avant tout, nous nous sommes laissés imprégner par les chefsd’œuvre de l’orgue classique français tout en souhaitant que les organistes feront de même en se mettant au clavier de cet orgue si particulier. Ont participé à la réalisation de cet instrument: François Couture, Robin Côté, Jean-Dominique Felx, Céline Richard, Jerome Veenendaal, Dean Eckmann, Stephen Sinclair et Denis Juget. Forgeron: Pierre Bedar. Dessin et réalisation des sculptures: Mathieu Patoine.

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Anniversaires en musique Par Irène Brisson Les anniversaires de Purcell, de Haendel, de Haydn et d’Albrechtsberger ont éclipsé ceux de compositeurs et d’organistes fort respectables, auxquels il convient de rendre hommage. Parmi eux, l’Autrichien Paul Hofhaimer (1459-1537), que ses contemporains appelaient « musicorum princeps ». Il fut dès 1480 organiste à Innsbruck, d’abord au service de l’archiduc Sigismond, puis à celui de l’empereur Maximilien Ier. À ce titre, il fut immortalisé par le peintre et graveur sur bois Hans Burgmair dans un des 137 volets du fameux Triomphe de Maximilien. Considéré comme le plus important organiste de son temps, Hofheimer forma plusieurs excellents élèves qui rayonnèrent à leur tour à travers l’Europe, tels Hans Buchner et Johannes Kotter. Comme plus tard Bach, il fut reconnu pour son expertise en facture d’orgue. Anobli par l’empereur en 1515, il termina sa carrière à Salzbourg, à la cathédrale et auprès de l’archevêque, des fonctions qu’occupera Mozart quelque 250 ans plus tard. De ce grand improvisateur, on connaît peu d’œuvres pour orgue : un Recordare et un Salve Regina en six sections (une étant de Kotter) montrant son habileté à broder autour d’un cantus firmus grégorien, ainsi que quelques élégantes transcriptions de chansons allemandes mises en tablatures. Deux élèves de Bach sont également dignes de mention : Johann Christoph Altnikol (Altnickol, 1720-1759) et Johann Christian Kittel (17321809). Originaire de Berna près de Seidenberg (aujourd’hui Zawidow en Pologne) Altnikol, qui a reçu une bonne formation musicale, arriva à Leipzig en 1744 pour étudier la théologie. Rapidement, il ne tarda pas à prêter main-forte à Bach comme violoniste, violoncelliste et chanteur à SaintThomas et à lui servir de copiste, tout en se perfectionnant auprès de lui au clavier. Il est entré dans l’histoire comme gendre de Bach, ayant épousé en 1749 sa fille Elisabeth Juliane Friedericia. Selon Johann Forkel, Bach lui aurait dicté, quelques jours avant sa mort son admirable choPage 20

ral Vor deinen Thron tret’ ich hiermit. Sur la recommandation de son maître, il fut nommé organiste de l’église Sankt Wenzel de Naumbourg. Parmi ses élèves figure Johann Gottfried Müthel, qui avait brièvement étudié avec Bach en 1750. Mort à l’âge de 39 ans, Altnikol a composé quelques motets et cantates que Bach trouvait « fort bien réussis », ainsi que quelques pièces pour clavier. La plupart de ces œuvres sont malheureusement perdues. Contemporain exact de Haydn, Johann Christian Kittel est né à Erfurt (en Saxe). Il appartient, comme Altnikol, à la dernière génération des élèves de Bach, et ce, durant les deux dernières années de la vie de ce dernier. Il avait seize ans à son arrivée à Leipzig, en 1748. Certains musicologues pensent que c’est lui, et non Altnikol, qui aurait transcrit le choral de Bach mentionné plus haut. Un an après la mort de son maître, il retourna dans sa ville natale et œuvra comme organiste et pédagogue, ayant notamment pour disciple Johann Christian Rinck (1770-1846) qui transmettra à la génération suivante la tradition du Cantor de Leipzig. Organiste virtuose et grand improvisateur dont les concerts étaient appréciés de Goethe et de Herder, il laisse seize Grands préludes qui ne manquent pas de panache, ainsi que de nombreux chorals publiés durant la première décennie du XIXe siècle. Ces œuvres, parfois académiques, se ressentent fortement de l’influence de Bach; elles montrent son habileté contrapuntique et, dans le cas des préludes, font preuve d’une virtuosité du pédalier héritée de la tradition nord-allemande. Son importante méthode d’orgue en trois volumes, Der angehende praktische Organist (L’apprenti organiste, 1801-1808), la première du genre en Allemagne, perpétue l’héritage de Bach et comprend des préludes et des modèles de chorals. Elle a été rééditée, en fac-similé, chez Breitkopf & Härtel avec une préface de Gerhard Bal. L’année où mourait Kittel, naissaient en Allemagne deux admirateurs romantiques de Bach : Felix Mendelssohn (1809-1847) et Friedrich Karl Kühmstedt (1809-1858). Ce dernier, né près de Weimar, étudia le piano avec Hummel et l’orgue avec Rinck, avant de s’établir à Eisenach, la ville Mixtures, numéro 31, novembre 2009


natale de Bach. Sa carrière instrumentale ayant été interrompue en raison de problèmes à la main droite, il se consacra essentiellement à l’enseignement et à la composition. On lui doit plusieurs recueils pour orgue de difficultés variées, comprenant des sonates, une pièce de concert sur la « Marche des prêtres » de la Flûte enchantée de Mozart, une Fantasia eroica op. 29 et de courtes pièces pédagogiques, convenant très bien aux offices religieux. Son langage musical, bien de son temps, n’échappe cependant pas à l’influence contrapuntique de son illustre modèle. À découvrir également, le Praguois Bohuslav Foerster (1859-1951) : fils d’un organiste notoire, il suivit les traces de son père et, de 1882 à 1888, succéda à Antonín Dvorak à l’orgue de Saint-Vojtĕch. Ayant suivi sa femme cantatrice à Hambourg en 1883 et, dix ans plus tard à Vienne, il enseigna dans les conservatoires de ces deux grandes villes, se lia d’amitié avec Gustav Mahler et retourna dans son pays natal à la fin de la Première Guerre mondiale, y devenant un des piliers de la vie musicale de Prague, en plus de se consacrer à la peinture. Foerster est l’auteur de près de deux cents œuvres, comprenant des opéras, des symphonies et de nombreux chœurs. De sa musique d’orgue, on retient une grande Fantaisie en do majeur (1896) et un Impromptu (1927), des œuvres d’esthétique postromantique fréquemment enregistrées par les organistes tchèques (notamment par Jan Hora). Nous terminerons notre brochette d’anniversaires au Canada, en rappelant la naissance à Montréal, il y a 150 ans, de deux remarquables organistes, issus de la même école : William Reed (18591945) et William Ramsay Spence (1859-1946). William Reed étudia l’orgue avec le distingué Romain-Octave Pelletier et avec Dominique Ducharme. Une bourse lui permit de partir en 1878 pour l’Angleterre afin de se perfectionner au réputé Keble College d’Oxford. De retour au Canada, il fut organiste dans plusieurs églises anglicanes et presbytériennes, à Sherbrooke, à Montréal et à Toronto, avant de s’établir en 1900 à Québec, où il œuvra, toujours comme organiste, dans deux églises presbytériennes de la vieille ville : Chalmers (aujourd’hui église unie Chalmers-Wesley, 1900-1906) et St. Andrews (1900-1913), tout en donnant des concerts, inaugurant l’orgue de la Mixtures, numéro 31, novembre 2009

Church of Advent de Montréal en 1897, ou participant, quatre ans plus tard, à l’exposition panaméricaine de Buffalo. La surdité l’obligea malheureusement à renoncer à l’instrument dès 1913, et à se consacrer à la composition et à la rédaction d’articles sur la musique. L’organiste de la basilique Notre-Dame de Québec, Henri Gagnon (18871965) fut son élève de 1900 à 1903. Outre des cantates sacrées, Reed a doté l’orgue de quelques pages que les organistes canadiens inscrivent régulièrement à leur répertoire : un Grand Chœur (1901), dédié à Romain-Octave Pelletier — une pièce que l’éditeur Charles Vincent décrivait comme « a good, healthy English organ music of the best kind » (une bonne et vigoureuse musique anglaise de la meilleure espèce) —, une délicate Cantilène (1905) une Légende, un Concert Overture (1906) et un Triumphal March (1908) dédiée à son condisciple William Spence. Quatre d’entre elles ont été publiées dans le Patrimoine canadien (vol. 4 et 19). Détail intéressant : la bibliothèque de l’Université Laval possède la partition du Grand Chœur ayant appartenu à Henri Gagnon, et qui semble avoir beaucoup servi! Né de parents d’origine anglaise, William Ramsey Spence étudia, à l’instar de Reed, le clavier à Montréal auprès de Romain-Octave Pelletier et occupa dès 1878 le poste d’organiste à St. John the Evangelist avant de partir en 1896 se perfectionner en violoncelle à Boston. De retour à Montréal, il fut nommé en 1901 organiste à l’église anglicane de Westmount (Church of the Advent, qui a changé de vocation il y a quelques années). Selon la notice biographique du Patrimoine canadien (vol. 19, p. XXIV), de 1912 à 1914, il aurait vécu à Vienne où il aurait fait partie, comme violoncelliste, de l’orchestre de l’empereur FrançoisJoseph. En 1914, il revint au Canada et s’installa à Perth (Ontario), où il occupa des fonctions d’organiste et de maître de chapelle à l’église St. James tout en participant activement avec sa femme violoniste à la vie artistique de la ville. La plupart de ses 192 œuvres ont été détruites en 1934, lors de l’incendie de l’église. Son Grand chœur pour orgue, dédié à William Reed a été publié dans le volume 4 du Patrimoine musical canadien. Il se situe dans la lignée du répertoire d’Alexandre Guilmant, tout en restant fidèle à l’esthétique postromantique britannique.

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Ici et là au Québec... Honneurs et nominations

Montréal

par Robert Poliquin

par Robert Ducharme

FRCCO

Le printemps des Amis de l’Orgue

Lors de son dernier congrès, tenu à Toronto, du 28 juin au 2 juillet 2009, le Collège royal canadien des organistes (RCCO/CRCO) a décerné le titre de « fellow (honoris causa) » à deux éminents organistes et piliers de la vie organistique au Québec : Antoine Bouchard et Kenneth Gilbert.

Pour leur première activité en 2009, les Amis de l’Orgue de Montréal étaient conviés à une conférence de Robin Côté sur la facture d’orgue au Québec. Le jeune conférencier s’est vite rendu compte que la matière était beaucoup trop vaste et a limité son propos à la Nouvelle-France. On a pu voir, reproduites à l’écran, les premières allusions à des travaux de réparation ou de construction d’orgues dans des actes notariés ou des contrats dès les années 1720, résultats des patientes recherches de la musicologue Élisabeth GallatMorin. Mais l’essentiel de la conférence a porté sur l’achat (abondamment documenté) à Paris de l’orgue Richard, son installation à la cathédrale de Québec en 1753 et sa destruction lors du bombardement de la ville en 1759. Robin connaissait bien le sujet puisque, étant à l’emploi de la maison Juget-Sinclair, il a lui-même travaillé à la reconstitution de cet instrument maintenant installé dans la chapelle du Musée de l’Amérique française à Québec.

RCCO/CRCO (section de Montréal) Le 13 septembre 2009, lors d'un « vin et fromages » tenu à l'église anglicane St. James the Apostle, le comité exécutif du Centre de Montréal du Collège royal canadien des organistes a tenu à remettre à Noëlla Genest le « Prix de Distinction 2009 » en reconnaissance pour sa contribution et ses services. Les autres récipiendaires étaient Bertha Dorval, John Grew et Karl J. Raudsepp. Nouveau président aux AOM Les Amis de l‘orgue de Montréal ont élu un nouveau président en la personne de Denis Bonenfant. Il succède à Yves-G. Préfontaine qui occupait ce poste depuis 2003 et qu‘il poursuit en tant qu‘administrateur. Nouveau directeur artistique aux AOQ Les Amis de l‘orgue de Québec ont nommé un nouveau directeur artistique en la personne de Alain Gagnon. Il remplace Gilles Simard qui occupait ce poste depuis 2006.

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L’an 2009 a été désigné Année de l’astronomie pour marquer le 400e anniversaire de l’invention du télescope par Galilée et de ses importantes découvertes. De là l’idée de ce concert organisé en collaboration avec le Planétarium de Montréal à l’église Saint-Nom-de-Jésus le 26 avril où l’interprétation à l’orgue de la suite The Planets de Gustav Holst devait être suivie d’une observation du ciel dans la cour de l’école voisine de l’église. Malheureusement, le ciel était très couvert ce soir-là et les auditeurs durent se contenter d’observer le télescope installé à l’arrière de la nef et de poser des questions aux représentants du Planétarium. En revanche, Mélanie Barney a joué d’une manière très convaincante The Planets dans des transcriptions qu’elle a soit arrangées, soit réalisées ellemême. Pour nous mettre dans l’ambiance, elle commença son programme par l’ouverture musicale du film de Stanley Kubrick, 2001 : A Space Odyssey, soit le début de Also sprach Zarathustra de Richard Strauss. Mélanie Barney a également Mixtures, numéro 31, novembre 2009


endisqué The Planets dans une version orgue et quintette de cuivres cette fois; le disque doit sortir cet automne. Ce fut là sans doute la dernière activité des AOM à Saint-Nom-de-Jésus puisque l’église allait fermer, en tant que lieu de culte, quelques semaines plus tard… Autre concert très attendu des membres de l’AOM, celui des frères Girard à St. John the Evangelist le 3 juin. Les frères Robert P. et Claude Girard, solistes réputés, unissent leurs talents dans un programme à quatre mains entièrement consacré à Mozart. Délaissant les habituelles Fantaisies en fa mineur, les deux frères ont euxmêmes réalisé les transcriptions de diverses œuvres très connues du maître de Salzbourg qu’ils ont d’ailleurs enregistrées sur disque. Comme c’était un concert avec écran géant, on pouvait voir, dans l’ouverture La Flûte enchantée en particulier, les mains sauter d’un clavier à l’autre, se croiser, souligner d’infimes détails, montrant ainsi que les transcripteurs avaient le moins possible sacrifié la complexité de la partition. On a eu droit aussi à un Ave verum à quatre pieds. Plusieurs des transcriptions entendues ce soir-là étaient nouvelles et ne figurent pas sur le disque. On aura remarqué que les programmes des deux dernières activités de l’AOM étaient entièrement composés de transcriptions… Pour leur traditionnelle excursion annuelle de la Journée des Patriotes, le 18 mai, les AOM se sont tournés vers le Centre du Québec. Aux habituelles visites d’églises et démonstrations d’orgues à Plessisville, Thetford Mines et East Broughton, se sont ajoutées la visite du Musée du Bronze à Inverness et la démonstration d’un harmonium à la Church of the Ascension. Séries estivales de récitals d’orgue Les récitals du mardi midi à St. James United Church, sous la direction artistique du titulaire de l’instrument Philip Crozier, se tiennent en juin, juillet et août, et constituent maintenant la plus ancienne série estivale d’orgue à Montréal. Bien que certains concerts soient réservés à d’autres instruments que l’orgue, c’est également la série qui fait le plus souvent appel à des artistes de l’extérieur : deux organistes d’Allemagne (dont Kurt-Ludwig Forg, qui est maintenant un habitué de la série), et deux de l’Ontario. On a pu ainsi Mixtures, numéro 31, novembre 2009

découvrir Andrew Ager, de Toronto, qui a consacré tout son programme à ses propres œuvres. En juillet et août à Lachine se donnent les récitals du mercredi de 12h15 à 12h45 à l’église des Saints-Anges sous la direction artistique de Yves Garand. Ces récitals sont un prolongement de la série régulière Les Saints-Anges en musique, le dernier dimanche de chaque mois, qui nous a permis d’entendre, le 31 mai, Donald Hunt, Premier prix du Concours d’orgue de Québec 2008, et le 28 juin, Johann Vexo, titulaire de l’orgue de chœur de Notre-Dame de Paris. Les traditionnels concerts du mercredi soir à l’Oratoire St-Joseph, qui ont, pendant de si nombreuses années constitué, notre plus prestigieuse série de récitals d’orgue, se sont tus cet été. Les jeudis à 12h15 se tient la série Organ Intermezzi à l’église St. Andrew and St. Paul. Le directeur artistique de la série, Jonathan Oldengarm, s’est réservé deux des neuf récitals; il a exécuté avec son brio habituel des programmes où on sentait son penchant pour le répertoire symphonique britannique et les transcriptions. Le 20 août, on a eu l’occasion de réentendre Wilhelmina Tiemersma, qui a aussi manifesté un fort penchant pour les transcriptions… Enfin, le dimanche soir, c’est à la basilique Notre-Dame que les amateurs d’orgue se donnent rendez-vous pour le Festival des grandes orgues 2009, sous la direction artistique du titulaire Pierre Grandmaison. Deux des concerts comportaient une importante participation chorale, celui du 12 juillet avec l’Orchestre et le Chœur de l’Île-de-France, et celui du 16 août pour célébrer l’Assomption. Jacquelin Rochette commença son programme par les Trois Ricercari sur le Victimae Paschali laudes de l’organiste italomontréalais bien connu Massimo Rossi; Gisèle Guibord nous fit entendre le délicieux et trop rarement joué Carillon orléanais d’Henri Nibelle; Réjean Poirier proposa un programme substantiel avec la Grande Pièce symphonique de Franck et la Cinquième Symphonie de Widor. Pierre Grandmaison devait donner le dernier récital mais, pour des raisons de santé, il céda sa place à Isabelle Demers qui clôtura brillamment la série.

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Nous avons remarqué, lors de nombreux récitals estivaux, une tendance croissante à présenter les compositeurs et à commenter les œuvres. Dans certains cas, le « présentateur » lisait tout simplement les notes du programme imprimé; dans d’autres, l’organiste se levait après chaque pièce pour s’adresser à son auditoire et commenter la pièce suivante. Sans renoncer complètement à cette habitude, car certains commentaires peuvent vraiment aider à apprécier la musique, il faudrait en limiter l’étendue et éviter les excès. L’Académie estivale d’orgue de McGill Tous les deux ans nous revient la McGill Summer Organ Academy où d’éminents professeurs d’ici et de l’étranger donnent des «classes de maître» dans la journée et des concerts dans la soirée. Cette année, l’activité avait lieu du 6 au 16 juillet. Le point culminant de cette édition 2009 de l’Académie fut sans doute le récital d’Olivier Latry à l’église des Saints-Anges, présenté en collaboration avec le Festival de Musique de Lachine. Le titulaire de Notre-Dame de Paris, fidèle à cette Académie depuis le début, semblait heureux de retrouver cet instrument rénové qu’il avait inauguré et joua entièrement de mémoire des œuvres de Saint-Saëns, Franck, Widor, Vierne, Messiaen, Escaich et Guillou (la fameuse Toccata) avant de conclure avec une époustouflante improvisation. Ne semblant même pas fatigué après une telle prestation, Olivier Latry offrit deux rappels à son public qui l’ovationnait et en redemandait.

Présence de l’orgue le dimanche, 8 heures

Montréal 91,3 Rimouski 104,1 Sherbrooke 100,3 Trois-Rivières 89,9 Victoriaville 89,3 Gatineau 1350 AM

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Pour formuler des suggestions ou enregistrements à présenter :

Martin Yelle RVM Victoriaville 71, rue Saint-Louis Victoriaville, QC G6P 3P6

Québec par Robert Poliquin et Gilles Lesage

Fin de la saison 2008-2009 aux Amis de l’orgue

Le dernier invité de la saison fut Réal Gauthier, titulaire du Beckerath de l’église de l’ImmaculéeConception à Montréal. Dans un fort beau programme, à l’orgue des Saints-Martyrs-Canadiens, l’artiste a totalement conquis l’auditoire tant par son âme musicale que par son exécution impeccable. La pièce de résistance, présentée en deuxième partie du concert, Fantaisie et fugue sur le choral « Ad nos, ad salutarem undam » de Franz Liszt, a été chaudement appréciée et longuement ovationnée. Séries printanières Le Festival du printemps à Saint-Roch qui se déroule au cours des quatre mercredis du mois de mai, sous la direction artistique d’Esther Clément, a innové cette année en ne nous présentant que des interprètes féminines : Lucie Beauchemin (Montréal), Nathalie Gagnon et Marie-Hélène Greffard (Québec) ainsi que Chantal Boulanger (Sherbrooke). Chacune, dans un répertoire très varié, a permis de faire apprécier les couleurs de ce grand instrument. Quant au Printemps de Saint-Sacrement, les organistes Dany Wiseman et Jean-Eudes Beaulieu ont présenté des programmes très intéressants. Dans le cadre du Festival des Rivières, l’organiste Marc d’Anjou et les cornemuses et tambours du 78e régiment Highlander ont présenté, à l’église Sainte-Monique-les-Saules, le 25 avril dernier, un programme très original intitulé Cornemuses et toccatas. Séries estivales Pour une neuvième saison consécutive, au cours des dimanches de juin, le Festival d’orgue de Sainte-Marie, sous la direction artistique de Dominique Gagnon, présente des activités mettant en vedette l’orgue Déry/Casavant de l’église de Sainte-Marie-de-Beauce. Cette année, la série accueillait les frères Robert P. et Claude Girard, l’organiste parisien Johann Vexo ainsi Mixtures, numéro 31, novembre 2009


que le Chœur du Vallon et Dominique Gagnon, organiste. Comme par les années passées, les concerts des dimanches de juillet et août ont eu lieu à l’église unie Chalmers-Wesley sous la direction artistique d’Alain LeBlond. Selon plusieurs mélomanes et auditeurs réguliers de la série, il était heureux que celle-ci retrouve sa formule originale d’une heure sans pause après avoir tenté la formule concert en deux parties en 2008. Monsieur LeBlond tient à présenter des organistes étrangers qui sont de passage ainsi que des interprètes de la région. On y fait d’heureuses découvertes. Depuis quelques années, le format de la messeconcert a suscité beaucoup d’intérêt, de sorte que dans plusieurs églises de la ville, chanteurs, instrumentistes et organistes présentent des programmes s’apparentant à de véritables concerts de musique sacrée. Qu’il suffise de mentionner celles des églises Saint-Jean-Baptiste avec Sylvain Doyon, Saints-Martyrs-Canadiens avec Richard Paré, Saint-Dominique avec Robert P. Girard et celles de Beauce-Appalaches avec Dominique Gagnon et Rachelle Thibodeau. Malheureusement, ces messes dominicales ont souvent lieu à la même heure. La 43e saison des Amis de l’orgue de Québec La première activité de la saison 2009-2010, tenue le 12 septembre, soulignait le 50e anniversaire de l’installation du magnifique instrument Casavant de l’église Saints-Martyrs-Canadiens. En effet, c’est en 1959 que ce grand orgue d’esthétique néoclassique de 69 jeux répartis sur quatre claviers et pédalier était installé à l’instigation de Claude Lavoie, organiste titulaire. Rentrant d’un séjour d’études de perfectionnement en France auprès d’André Marchal et de Gaston Litaize, Claude Lavoie était considéré comme une des figures dominantes de l’orgue au Québec. C’est en étroite collaboration avec le directeur artistique de la maison Casavant, Lawrence Phelps et son équipe, qu’il a travaillé intensément sur la composition sonore de cet instrument qui devint un des premiers grands orgues néoclassiques construits au Québec. Pour l’occasion et en présence de Claude Lavoie, le titulaire actuel de l’instrument, Richard Paré, était l’invité pour ce concert anniversaire.

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Possédant une très brillante technique et un sens affiné des registrations, il nous a proposé un programme superbe et grandiose. Débutant avec des pages des grands maîtres allemands Bruhns, Buxtehude et Bach, il a enchaîné avec le romantique Reger. Puis, en deuxième partie, des œuvres modernes et contemporaines de Joseph Bonnet, Jean Langlais, Claude Lavoie, Denis Bédard et Alain LeBlond. En rappel, il a ébloui l’audience avec le Final de la 1ère sonate de Guilmant. Dans le cadre des Journées de la culture, le 27 septembre, une activité de Jeux d’orgue s’est déroulée en l’église Saint-Sauveur. Louise Fortin-Bouchard, présentatrice et Jean-Charles Castilloux, organiste nous ont permis d’apprécier, en même temps que plusieurs paroissiens, un instrument laissé dans l’ombre. Ce fut un plaisir de découvrir et d’entendre ce Mitchell 1873 reconstruit par Casavant en 1903 et restauré par Guilbault-Thérien en 2001. Le 4 octobre, Michel Bouvard, organiste français, donnait un concert mémorable à l’occasion de l’inauguration du nouvel orgue Juget-Sinclair installé dans la chapelle du Musée de l’Amérique française. Suivait, le 11 octobre, une conférence-concert par Kenneth Gilbert. Voir l’historique de ce projet, relaté à la page 9, par Élisabeth Gallat-Morin, instigatrice avec Kenneth Gilbert de ce projet. On peut affirmer que l’ajout de cet instrument ouvre la voie à des concerts de musique française sur un instrument authentiquement classique français. Le 18 octobre, à l’église du Très-Saint-Sacrement, Jean Côté présentait un récital des plus intéressants sur l’instrument dont il est le titulaire. Son programme illustrait bien les magnifiques couleurs de son orgue. La première partie était consacrée à des œuvres de compositeurs de l’époque baroque : Hassler, Froberger, Salvatore, Böhm, Bachet et Gerber, tandis que la seconde faisait place à des œuvres de Mendelssohn, Reger, Litaize, Reboulot et du franco-ontarien Gilles Leclerc. Concerts à venir La prochaine activité de la saison aura lieu le 22 novembre, en la fête de sainte Cécile, à l’église Page 25


Sainte-Geneviève. Francis Gagnon sera l’organiste invité et la mezzo-soprano France Caya se joindra à la chorale de l’église, sous la direction de Pierre Grondines. En deuxième partie de la saison, les invités seront Marie-Hélène Greffard, (deuxième prix du Concours d’orgue de Québec, édition 2008) à Saints-Martyrs-Canadiens le 28 février 2010. Suivront Thomas Annand, à l’église Saint-Roch le 28 mars et Jonathan Oldengarm, à SaintsMartyrs-Canadiens, le 24 avril. De l'orgue pour le jubilé d'or de Sainte-Ursule Quoi de mieux que les grandes orgues pour fêter un anniversaire paroissial? C'est ce que le Comité des fêtes, dirigé par Richard Girard et Martine Dumais, marquant le cinquantenaire de la paroisse Sainte-Ursule (secteur Sainte-Foy) a mis en œuvre, l'été dernier, avec l'aimable participation des organistes Laurence Jobidon, JeanPierre Tailleur, Louise Fortin-Bouchard et Claude Lemieux qui ont ébloui les paroissiens à deux reprises, soit en prologue à la célébration eucharistique de 11 heures et, en reprise, à celle de 17 heures. La paroisse fidéenne a reçu l'aimable participation de deux fidèles paroissiens, Lucien et Anne-Marie Hudon. Madame Hudon partage la tâche d’organiste avec la titulaire, Marie-Hélène Bastien.

Lac-Bouchette par Robert Poliquin

L'Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette, lieu de pèlerinage fondé en 1907 et confié aux pères Capucins depuis 1930, est situé en plein cœur de la nature en bordure du lac Ouiatchouan, au LacSaint-Jean. La chapelle mariale, construite en 1950-1951 selon les plans de l'architecte Henri Tremblay, vient d'accueillir un nouvel orgue. Il s'agit, en fait, de l'orgue, opus 611, construit par Orgues Providence, de Saint-Hyacinthe, pour l'église Notre-Dame-de-Pitié, de Québec. Lorsque cette église ferme ses portes, en 2008, l’orgue est donné à l’Ermitage Saint-Antoine par la fabrique de la paroisse. Comme il est convenu que l’orgue soit modifié et enrichi avant sa réinstallation, la rédaction du cahier de charges et des plans est confiée au facteur Jacques L’Italien, de Concept L’Italien, de Sainte-Françoise, près de Trois-Pistoles. Après soumission, les travaux de réalisation (démontage, modification et réinstallation) sont confiés à la firme Lévesque-Roussin, facteurs d'orgues de Thetford Mines. L'instrument révisé et ainsi rajeuni dispose maintenant d'un système de combinaison électronique, d'un transposeur et d'un système MIDI. La console est située près du chœur tandis que le buffet est placé sur la tribune arrière de la chapelle. Le montage débute le 4 mai 2009 et est exécuté par Yves Lévesque, Jacques L’Italien, Réjean Malo et Jean-Claude Côté. L’harmonisation et l’accord débutent le 25 mai 2009 et sont réalisés par Yves Lévesque et Jacques L’Italien. Les travaux prennent fin le 5 juin 2009. Le nouveau buffet, qui mesure 22 pieds de haut, 12 pieds de profondeur ainsi que 9 pieds de large à la base et 12 pieds de large à la partie supérieure, est l'œuvre de l'ébéniste Réjean Malo, de Sorel-Tracy. Le concert inaugural, donné par Denis Gagné et Dany Wiseman, a eu lieu le 13 juin. Leur programme comportait deux pièces de Denis Bédard dont le père, Vincent Bédard, fut l’unique titulaire de cet orgue en l’église Notre-Dame-dePitié.

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Parutions Par Robert Poliquin Denis Bédard : Œuvres pour orgue II Denis Bédard, orgue Karn-Warren 1900 / Casavant 1999 III/P, 42 jeux, 51 rangs, Traction électro-pneumatique Cathédrale Holy Rosary, Vancouver, BC Après nous avoir présenté, il y a quelques années, une première série d’œuvres interprétées à la basilique Notre-Dame de Québec, le compositeur nous revient avec de nouvelles oeuvres, cette fois interprétées sur l’instrument dont il est l’actuel titulaire. Fidèle à lui-même, il continue de nous révéler son haut sens musical dans des œuvres destinées tant au service liturgique qu’au concert. Disque et partitions disponibles aux Éditions Cheldar (voir page 31)

Scali Musicali Sylvain Huneault Guilbault-Thérien, Opus 23, 1984 II/P, 16 jeux, 19 rangs, Traction mécanique Église du Précieux-Sang, Repentigny, QC À travers des compositions allant du XVIe au XVIIIe siècle et provenant d’Espagne (Heredia), d’Italie (Anfossi, Corbisiero, Fenaroli, Speranza), de Hongrie (Bakfark), d’Allemagne (Trexell, Pachelbel) et de l’Angleterre (Byrd, Stanly, Haendel), l’artiste nous fait apprécier les magnifiques couleurs de cet instrument. C’est un disque intéressant pour ceux et celles qui apprécient et recherchent ce répertoire. Disponibilité: Sylvain Huneault, 2765 rue de l’Hortensia, La Plaine, QC J7M 1L2

Souvenirs de Paris Musique sacrée française pour voix et orgue Stéphanie Pothier, soprano et Denis Gagné, orgue Casavant, Opus 1373, 1930 / Caron, Gagnon, Baumgarten 1980-90

III/P, 30 jeux, Traction électro-pneumatique Église Sainte-Agathe-des-Monts, QC

Les artistes nous ramènent dans la France des XIXe et XXe siècles avec un répertoire de musique sacrée pour voix et orgue très peu connu signé Gounod, Franck, Dubois, Vierne, Poulenc, Litaize et Langlais. Le disque contient des découvertes intéressantes et mérite qu’on s’y attarde. Disponibilité: Denis Gagné, 8337, rue Sainte-Claire, Montréal, QC H1L 1X3

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Musique française pour orgue Frédéric Champion Orgue de l’église Saint-Jean-Baptiste, Montréal Casavant, Opus 615, 1915/1999 IV/P, 65 jeux, 92 rangs Définitivement très à l’aise avec le répertoire symphonique, le gagnant 2008 du premier Concours international d’orgue du Canada, nous présente, sur un orgue taillé de toutes pièces pour ce répertoire, des œuvres de Widor, Duruflé, Dupré et Alain. Ce à quoi il ajoute les contemporains Escaich, Florentz et Robin. Il termine par sa propre transcription de la Danse macabre de Saint-Saëns. Magistrale performance ! ATMA Classique, ACD 2 2604, 2009 François COUPERIN : Messe à l’usage des paroisses et Messe propre aux convents Aude Heurtematte Orgue historique de l’église Saint-Gervais, Paris Thierry XVIIe siècle / Clicquot 1768 / Dallery 1843 / Gonzalez 1974 5 claviers manuels et pédalier 41 jeux, 59 rangs Traction mécanique des claviers et des jeux Zig-Zag Territoires, ZZT090403, 2009 (2 CD)

L’enregistrement dont il est ici question constitue un fait marquant : les Messes de François Couperin sont jouées sur l’orgue de Saint-Gervais, dont le compositeur était titulaire, par la titulaire d’aujourd’hui, Aude Heurtematte. Aussi paradoxal que ce soit, l’enregistrement de ces deux œuvres est, à ma connaissance, le seul qui ait été réalisé sur l’instrument du compositeur. Contrairement à plusieurs enregistrements faits dans des églises trop vastes, le vaisseau de Saint-Gervais correspond parfaitement, bien sûr, à ce que recherchait François Couperin lorsqu’il écrivit ses messes (proportions, devis, timbres, esprit de l’œuvre). Tant de Couperin ont régné à la tribune des grandes orgues que l’on peut parler sans forfanterie d’une authentique dynastie Couperin (1650-1850) comme on évoque les générations Bach en Allemagne : Charles, Louis, François, Nicolas, ArmandLouis. François Couperin (1668-1733) a 22 ans Page 28

quand il publie ses Messes, et il est titulaire de l’orgue de Saint-Gervais de 1685 à 1723. Du temps de François Couperin, 120 prêtres officiaient dans cette église, à raison de 400 offices par an, ce qui dit assez l’importance et le rayonnement de ce temple fréquenté par d’aussi grands personnages que Madame de Sévigné, Bossuet et Bourdaloue. Le premier instrument de cette église, qui remonte à 1601, a ensuite été modifié par Clicquot en 1768 pour demeurer pratiquement intact depuis, avec ses cinq claviers, phénomène assez exceptionnel dans l’histoire des orgues de Paris. La titulaire de l’orgue de Saint-Gervais, Aude Heurtematte, qui mène parallèlement une carrière d’enseignement et de concert à l’échelle internationale, se sent tout à fait chez elle à l’instrument de Couperin dont elle tire savamment parti. Outre ce poste qu’elle occupe depuis 1989, elle est professeur d’orgue au Conservatoire National de Région Mixtures, numéro 31, novembre 2009


de Lille depuis 1992, et titulaire de l’orgue de l’église des Billettes à Paris depuis 1985. Elle a enregistré des œuvres de Sweelinck et Scheidt à l’orgue Ahrend du Musée des Augustins de Toulouse (Grand Prix de l’Académie Charles Cros) et de Jacques Boyvin à l’orgue Clicquot de Souvigny. La Messe à l’usage des paroisses et la Messe propre aux convents défilent en une longue procession où s’affirment et s’affrontent sentiments et passions avec un élan que seul peut imprimer un grand interprète servi par un instrument où grands jeux, grands pleins-jeux et dialogues d’anches virulentes interviennent dans un cosmos de passions tout à l’image de la vie humaine. L’excellente prise de son fait davantage ressortir la beauté de ces Messes et le talent de l’organiste, dont le jeu toujours très vivant ajoute à l’œuvre : on a l’impression qu’elle nous raconte chaque fois une histoire nouvelle. Tout au long de ces courtes pièces contrastées, l’artiste déploie un grand éventail de touchers et donne carrière à son instinct pour le style de cette musique. L’articulation est toujours bien dosée et la carrure maintenue tout au long du morceau. Le choix de jeux, bien harmonisés, est toujours heureux et le bon goût de l’exécutante nous permet de découvrir toute la palette de ce magnifique instrument aux timbres multiples. Le premier disque : Messe à l’usage des paroisses, très solennel, s’impose pour maintes raisons. Le grand plein-jeu se déploie dans un débit d’une grande noblesse et respire avec ampleur. Les jeux d’anches dans la « Fugue » se présentent fièrement, et sont d’une belle élocution. Dans le « Récit de Chromhorne », les anches sont mordantes, les flûtes chantent et le chromorne se racle la gorge à souhait. Parlent ensuite avec autant d’éclat que d’autorité les trompettes et, de façon générale, les solos d’instrument sont bien tenus et tous les événements musicaux tombent à point nommé. La musique respire bien et une forte présence émane du clavier. Le « Dialogue sur la Voix humaine » offre une articulation mise au service de l’éloquence musicale. Les ornements soulignent le flux naturel de la musique sans pour autant l’altérer. Les registrations sur un orgue qui ne peut qu’inspirer rendent justice à ce bel instrument. Aude Heurtematte prend avec cette musique des libertés de bon aloi qui respectent la structure et se tiennent Mixtures, numéro 31, novembre 2009

Photo: Pierre Vallotton

bien loin de tout maniérisme. Le « Benedictus » avec chromorne en taille : belle introduction qui prépare le solo en taille (ténor). Tout est joué avec style, sur un instrument dont certains sons manquent d’égalité. Le deuxième disque : Messe propre aux convents nous transporte dans un univers plus intérieur, malgré la plénitude de la sonorité des premières mesures. Là encore, le sens de l’agogie de l’organiste se manifeste dans les notes inégales expressives et jamais mécaniques. Le « Récit de Chromorne », avec son rubato bien contrôlé, dessine une ligne très soutenue et exprime une grande paix intérieure. Le « Plein-jeu » offre, avec son jeu de 16 pieds, une présence très marquée. Ce disque plaira sûrement aux spécialistes de ce courant musical mais les auditeurs curieux du répertoire baroque trouveront aussi leur compte dans cet enregistrement qui vient combler une lacune difficile à expliquer. Claude Lagacé Ex-organiste de la Basilique de Québec Professeur retraité de la Faculté de musique de l’Université Laval Page 29


L’orgue sur le web Par André Côté Depuis sa création, il y a près de 20 ans, internet ne cesse d’évoluer et devient graduellement une plate-forme multimédia. Cette caractéristique en fait une gigantesque bibliothèque où retrouver toutes formes de documents. La vidéo y prend de plus en plus de place. L’Institut national de l’audiovisuel (France) http://www.ina.fr/ dont la mission est la conservation et la valorisation du patrimoine, sauvegarde, numérise et restaure les archives de la radio et de la télévision française. L’outil de recherche du site nous permet de trouver d’intéressantes vidéos d’archives en rapport avec l’orgue.

Pour le plaisir des yeux, internet demeure toujours une source intarissable en raison de la disponibilité de magnifiques photos facilement accessibles. Le site « L’orgue et ses buffets » http://orgues.ublog.com/ se consacre uniquement à la présentation de photographies de buffets d’orgues. Une visite de ce site permet au néophyte de constater que l’orgue offre souvent autant à voir qu’à entendre. Vous aimez l’orgue et souhaitez mieux connaître Cavaillé-Coll, son œuvre, son époque? L’Association Aristide Cavaillé-Coll

Entre autres :

http://www.cavaille-coll.com/

veut favoriser la conservation et l’illustration de ses instruments par le biais de publications, d’interventions, d’organisation de concerts, de colloques, de conférences ou de visites d'instruments.

Une entrevue avec Pierre Cochereau (1959); Un reportage sur l'orgue de la cathédrale Notre-Dame de Nancy (1965); La présentation des orgues de la cathédrale de Reims par son organiste (1967); Une maladie (la lèpre de l'étain) a attaqué les tuyaux des orgues de la cathédrale SaintAndré de Bordeaux (1965)

Internet devient également source de documents écrits numérisés qui, autrement, seraient difficilement disponibles. À titre d’exemple, ces Tables de registrations pour la musique d’orgue française du XVIe au XIXe siècle : http://www.daimi.au.dk/~reccmo/lists/Tables-deregistrations.pdf qui sont une imposante compilation (faite par Roland Lopes) de textes authentiques basés sur des fac-similés, présentant l’art de la registration chez les compositeurs de cette période. Page 30

Dany Wiseman se joint aux organistes québécois qui ont leur vitrine sur la Toile en nous présentant un site d’une élégance classique au contenu bien étoffé. http://www.danywiseman.com/ Pour en connaître davantage sur Joseph Bonnet et l’association qui a pour mission de perpétuer sa mémoire : http://www.josephbonnet.org Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

Mixtures, numéro 31, novembre 2009


Oeuvres pour orgue et pour choeur de

Éditions Cheldar

Denis Bédard Rachel Alflatt, gérante

8465 Quayside Court Vancouver, BC, V5P 4W1

Tel./Fax: (604) 322-5995 cheldar@cheldar.com

Concerts

Salon musical Monique Gendron

Monique Gendron 271, avenue McDougall Outremont QC H2V 3P3

Téléphone: 514.270.8038 Courriel : moniquegendron@vl.videotron.ca


Mixtures #31, novembre 2009  
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