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Numéro 29

Novembre 2008

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

www.fqao.org


Mixtures Coordonnateur Robert Poliquin

Sommaire 4

Comité de rédaction Claude Beaudry, Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Michelle Quintal

Concours d’orgue 5

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Révision

15 19 21

Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : 5 $ par numéro

Date de tombée : 1er du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com

Les orgues de la cocathédrale Saint-Antoine-dePadoue de Longueuil Les congrès/conférences/colloques

Claude Beaudry et Gérard Mercure

Les Copies de la Capitale

La nouvelle traction électrique proportionnelle de NovelOrg Les instruments

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Impression

Les lauréats La facture d’orgue

Collaborateurs à ce numéro Josée April, Irène Brisson, André Côté, Robert Ducharme, Denis Gagné, Francis Gagnon, Marcel Lamonde, Pierre Pelletier, Robert Poliquin, Michelle Quintal, Jean-Claude Rivard

Présentation

Le 10e Festival Orgue et couleurs XXIXe semaine de l’orgue italien à Saorge (France) Congrès FQAO 2008 Les chroniques

23 24 26 26

Ici et là, au Québec... - Montréal - Mauricie - Drummondville - Québec

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Anniversaires en musique Publications L’orgue sur le web

Mixtures Robert Poliquin 1203, avenue d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca

Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Novembre 2007 ISSN 1201-5741

Mixtures, numéro 29, novembre 2008

En couverture : Orgue Casavant, Opus 26/1034, 1891/1924/1991 92 jeux, 122 rangs, ~ 7 000 tuyaux Traction électro-pneumatique Basilique Notre-Dame Montréal, QC

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Présentation Quiconque croit ou affirme que le monde de l’orgue au Québec est révolu, voire même démodé, et qu’il ne se passe rien d’intéressant en ce domaine, n’a certainement pas vécu au Québec durant la période estivale et au début de l’automne de l’année 2008. Jamais l’activité organistique n’aura été aussi présente et vivante. Il suffit de se reporter, rétroactivement, au calendrier des activités, si incomplet soit-il, publié par la FQAO sur son site internet. Ainsi, du 1er juin au 15 octobre, on y recense pas moins de 150 activités partout au Québec comme, par exemple, les différentes séries estivales de concerts, le Concours d’orgue de Québec, le congrès de la FQAO, les festivals automnaux (Orgue et couleurs ainsi que le Festival des couleurs de l’orgue français), sans oublier le Concours international d’orgue du Canada. Il faut signaler également la participation de certains de nos membres à des congrès, séminaires et colloques nationaux et internationaux, les travaux de restauration, de rénovation, de relocalisation et de réharmonisation d’instruments qui ont cours à travers le Québec, ainsi que les projets d’enregistrements par différents artistes. Comme Mixtures se veut le reflet de la vie organistique au Québec, on comprendra que, pour rendre compte d’un aussi grand nombre d’événements tous aussi intéressants les uns que les autres, les pages de notre revue ne suffisent pas. Une telle situation force le comité de rédaction à différer, faute d’espace disponible, la publication de certains comptesrendus et activités. Ce n’est que partie remise et tous nos précieux collaborateurs, de toutes les régions du pays, sont invités à continuer de nous faire part de ce qui se passe dans leur milieu. Au moment d’aller sous presse avec ce numéro, voilà que le prochain commence déjà à se remplir : preuve additionnelle de la vitalité de la vie de l’orgue au Québec Robert Poliquin Coordonnateur

Au cours de ses travaux de recherche, dans les années 1980, la musicologue québécoise Élisabeth Gallat-Morin trouve des lettres écrites par le chanoine La Corne, adressées de Paris à ses confrères de la cathédrale Notre-Dame de Québec qui l’avaient mandaté de rechercher, pour eux, un orgue pour la cathédrale, à la suite des rénovations complétées en 1744. En 1753, ils demandent au chanoine La Corne, qui résidait à Paris, de négocier un tel achat. Par la suite, le musicologue français Pierre Hardouin trouve un contrat, daté du début du mois de mars 1753, pour un orgue commandé au facteur français Robert Richard par les chanoines de Québec. L'instrument d'un clavier avec pédalier en tirasse et comprenant une douzaine de jeux arrive à Québec la même année. Six ans plus tard, l'instrument est détruit lors du siège de Québec. La firme québécoise Juget-Sinclair a été choisie pour construire une réplique de cet instrument qui sera installé en 2009 dans la chapelle du Musée de l'Amérique Française de Québec, marquant ainsi l'aboutissement d'un travail acharné, mené pendant dix ans par un comité spécial et la Fondation du patrimoine laurentien. Page 4

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Les lauréats des Concours d’orgue Concours international d’orgue du Canada Montréal, octobre 2008

Frédéric Champion (France)

Né en 1976, à Lyon, Frédéric Champion a poursuivi ses études musicales à Lyon, Paris et Toulouse. Il a été l’élève de Louis Robillard à Lyon, de Michel Bouvard à Paris et Jan Willem Jansen à Toulouse. Il est titulaire de nombreux prix décernés entre 1998 et 2004 lors de concours internationaux d’orgue récompensant ses interprétations de la musique d’orgue du XVIe siècle à nos jours. Il a remporté, entre autres, le premier prix au concours Minoru Yoshida de Tokyo en 2004, et le deuxième prix aux concours de Lucerne et de musique de chambre FNAPEC de Paris en 2002. Il se produit régulièrement comme soliste, avec orchestre ou chœur en Europe et au Japon. Il enregistre pour Radio-France, la radio autrichienne et la radio-télévision japonaise.

Concours d’orgue de Québec Québec, juin 2008 professeurs, il a compté Allen Wayte, Peter Togni et Jonathan Oldengarm. Il a participé à des cours de maître avec Marie-Claire Alain et Ben van Oosten.

Donald Hunt Natif de Halifax, Nouvelle-Écosse, Donald Hunt a commencé ses études musicales à l’âge de quatre ans. Il a poursuivi l’étude du piano avec Audrey Hartlin et Michael Leggat pendant quelques années avant de se tourner vers l’orgue. Parmi ses

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Sa musicalité et son interprétation à l’orgue lui ont mérité plusieurs distinctions. Il a fait ses débuts comme soliste à l’âge de 21 ans à titre d’artiste invité au congrès national du CRCO à Halifax en 2006. Il a été d’abord organiste substitut à la paroisse de Jollimore à Halifax (20012003). Au cours de l’été 2004, il a occupé le poste d’organiste à l’église St. Augustine. Il est présentement assistant à la cathédrale Christ Church de Montréal, sous la direction de Patrick Wedd. Donald Hunt est inscrit à la maîtrise en musique à l’École de musique Schulich de l’Université McGill, où il travaille l’interprétation avec John Grew et l’improvisation avec William Porter.

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Novel Org 655, boulevard Jean-Paul Vincent, suite 8 Longueuil, QC J4G 1R3 450-646-3132 / 1-888-646-3132 www.novelorg.com


La nouvelle traction électrique proportionnelle de NovelOrg

En janvier 2006, The American Organist publiait un article écrit par James Johnson sous le titre Digital Innovations in Organ Playing Actions. M. Johnson y décrivait sa vision de l’avenir à propos d’un système de traction basé sur les nouvelles technologies numériques. Il s’interrogeait sur la pertinence d’intégrer ces technologies à l’orgue et arguait que ces innovations devaient être le fruit de l’initiative et de l’engagement direct de spécialistes en technologie numérique. À son insu, M. Johnson avait une vision d’un système effectivement nouveau-né, fruit d’une équipe de spécialistes en technologie numérique — et musiciens de surcroît —, issus du milieu de l’électricité et de l’électronique. NovelOrg a été fondée en 2003 pour le développement et la commercialisation de systèmes de commande informatisés pour les orgues à tuyaux. Son président, Pierre Pelletier, est ingénieur et inventeur qui a fait carrière à HydroQuébec et au CITEQ. Le vice-président, Mathieu Bouchard, bachelier en ingénierie, supervise la technologie avec André Chénier, technicien spécialisé en design électronique. La nouvelle traction électromécanique conçue par NovelOrg a été installée sur l’orgue Guilbault-Thérien de la cathédrale Sainte-Anne de La Pocatière en avril 2008. La restauration avait comme objectif de fournir une assistance aux claviers pour les accouplements tout en conservant l’intégrité de la traction mécanique de l’instrument. Grâce à cette assistance, l’organiste peut, sans effort supplémentaire, accéder à une palette sonore élargie et réaliser une performance artistique fidèle à son talent.

par Marcel Lamonde et Pierre Pelletier

Valeurs du passé et exigences du futur L’idée d’inventer une traction idéale pour l’orgue à tuyaux n’est pas nouvelle, comme le prouve l’avènement de la traction électropneumatique au début du 20e siècle. La technologie d’alors a donné lieu à un mouvement inusité vers une facture d’orgue modernisée où l’on avait déjà pressenti la multiplicité des possibilités sonores devenues accessibles par l’intermédiaire d’une nouvelle console utilisant l’électricité, mais non sans compromis de sonorité. À cause des technologies disponibles à l’époque, cette vision mettait en veilleuse le besoin fondamental d’allier la flexibilité appréciée des consoles électriques modernes et la sonorité de l’orgue mécanique, reconnue depuis des siècles. Encore fallait-il que la technologie soit assez avancée pour permettre la concrétisation d’une telle idée et finalement allier le meilleur de deux mondes. En effet, on a alors abandonné les sommiers à gravure et repensé l’harmonisation, ce qui a donné lieu à des instruments de plus grande dimension certes, mais de conception complètement nouvelle, électropneumatiques et électriques, très différents de la mécanique. Durant la dernière décennie, quelques entreprises ont exploré des concepts de traction proportionnelle à base d’électronique. Quelquesunes ont réussi à réaliser des prototypes mais non sans peine, puisque la technologie de l’époque était en grande partie analogique et beaucoup plus coûteuse à réaliser. Avec sa nouvelle traction électromécanique à ouverture progressive et grâce à la nouvelle technologie numérique, NovelOrg évite les compromis sonores typiques de l’électromécanique, et offre cette sonorité traditionnelle des sommiers à gravures, une technologie séculaire pour faire parler les tuyaux et dont les qualités ont été démontrées de façon probante par la traction mécanique.

Marcel Lamonde est prêtre et professeur de physique du Collège Sainte-Anne de La Pocatière. Pierre Pelletier est ingénieur et président de NovelOrg.

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Cette nouvelle technologie offre évidemment un perfectionnement respectueux des plus hautes normes de qualité et de fiabilité, qui sont inhérentes à la facture d’orgue, puisque la traction est en fait placée directement au cœur de l’orgue et qu’elle est en grande partie responsable de sa sonorité. Technologie NovelOrg Le principe de base du fonctionnement de cette nouvelle traction est de transmettre fidèlement à la soupape les mouvements subtils du toucher de l’organiste, comme c’est le cas d’une traction mécanique classique qui relie la touche à la soupape du tuyau par un jeu de tiges et de leviers. L’organiste peut ainsi maintenir le parfait contrôle de son jeu à l’instrument, ce qui relève la performance artistique, reflet de la personnalité du musicien. NovelOrg a développé un nouvel électro-aimant parfaitement adapté à l’ouverture progressive des soupapes. Des détecteurs lisent en permanence la position des touches qui est traitée numériquement et transmise sur une seule paire de fils à chacun des microcontrôleurs des soupapes qui assurent une ouverture correspondant précisément à l’enfoncement de la touche. Son système de connexion à base numérique facilite grandement l’installation et l’entretien sans recourir à des experts. Cette technologie a été conçue pour s’adapter sur des orgues possédant déjà une mécanique ou pour remplacer la mécanique sur des orgues neufs. Les algorithmes de compensation en température et en déplacement assurent à long terme un arrimage parfait des sons qui proviennent des soupapes actionnées mécaniquement et des soupapes actionnées électriquement. Il est donc possible d’alléger une mécanique existante sans la modifier et rajouter des possibilités supplémentaires d’accouplement des claviers. De plus, tous les procédés de réglage sont très simples, évitant des travaux souvent fastidieux pour les facteurs d’orgues.

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Tendances : technologie, sonorité et économie Nous estimons que le système de traction conçu par NovelOrg répond aux attentes des organistes. Les musiciens désirent en effet avoir tous les avantages de la console moderne sans perdre le contrôle de la sonorité au bout du doigt. Pour répondre à ces attentes, les facteurs d’orgues construisent actuellement des orgues hybrides munis d’une traction mécanique et de systèmes électriques d’accouplement en mode tout ou rien (on-off) qui permettent aussi de jouer l’orgue à partir d’une console éloignée. C’est une solution qui n’est pas sans compromis au niveau des coûts et de la sonorité de l’instrument. La technologie de NovelOrg permet aux facteurs d’orgues de fournir plus facilement les fonctionnalités exigées, et ce, à des coûts raisonnables. La nouvelle technologie convient autant pour la restauration que pour les orgues neufs. En effet, la restauration des vieux instruments est grandement facilitée. Il est maintenant plus simple de remplacer ou même de rajouter plus aisément des sommiers à gravures. Dans bien des cas, il est impossible, pour des raisons physiques, d’installer des tractions mécaniques. L’implantation de la nouvelle traction dans les orgues neufs diminue les coûts de fabrication compte tenu de la simplification considérable de tous les aspects : • • • • • • • • •

Conception et plans simplifiés. Fabrication et main-d’œuvre optimisée. Connexion sérielle exclusive. Ajustements réalisés au clavier. Réduction des temps de montage en atelier et sur le site. Possibilités accrues pour l’architecture et la disposition des tuyaux. Aucune contrainte d’accouplements et de sommiers additionnels. Simplification de l’entretien et des réglages. Systématisation du dépannage et des réparations.

La nouvelle traction n’est pas limitative. Elle permet d’avoir accès à une infinité de possibilités, que ce soit dans la manière de toucher le clavier ou d’utiliser toutes les possibilités de la tuyauterie existante. Elle offre des avenues originales à la facture d’orgue et à la musique. Mixtures, numéro 29, novembre 2008


DÉMONSTRATION À L’ORGUE DE LA CATHÉDRALE DE LA POCATIÈRE L’orgue de la cathédrale de La Pocatière a été construit en 1974 aux ateliers Guilbault-Thérien. C’est un orgue classique à traction mécanique, trois claviers manuels et pédalier avec la particularité que sa console est inversée de sorte que l’organiste fait face au chœur et à la nef. Dès son installation, cet orgue présente des difficultés de lourdeur à l’enfoncement des touches, particulièrement au grand-orgue et à la résonance. Cette lourdeur devient particulièrement pénible lors de l’accouplement des claviers. Aucun facteur d’orgues n’avait pu offrir une solution satisfaisante à ce problème avec lequel les organistes ont dû composer, comme l’illustre un passage du volume de Jacques Boucher et d’Odile Thibault : Récit au Grand-Orgue, Entretiens avec Antoine Reboulot. À la page 179 nous retrouvons ce commentaire de monsieur Reboulot, parlant d’Aline Daveluy : « Moi, je l’ai vue à Sainte-Anne de La Pocatière, sur un orgue dur comme du chien, … avec une console retournée, et mal retournée d’ailleurs : c’était un exploit. »

En 2006, l’organiste actuelle, madame Jeanne Chartier, obtenait du conseil de Fabrique l’autorisation d’entreprendre une autre tentative pour remédier à ce problème. Ce sont Les Ateliers Guilbault Bellavance Carignan, de Saint-Hyacinthe, qui ont le mérite d’avoir proposé la solution à ce problème jusque-là insoluble : la traction numériquement assistée de NovelOrg. Monsieur l’abbé Marcel Lamonde, physicien, a évalué la technologie et confirmé qu’elle devrait être avantageuse et performante sur cet orgue. Il a d’ailleurs participé à titre de conseiller et de collaborateur tout au long des travaux qui ont été effectués au printemps 2008. Le 4 mai 2008 avait lieu le concert inaugural de l’orgue rénové avec l’organiste Vincent Boucher. Premier opus d’une nouvelle technologie La restauration de l’orgue de La Pocatière devait donc rendre les accouplements plus légers avec en prime la possibilité d’en ajouter sans que la mécanique originale des claviers n’en soit aucunement modifiée. Il fallait respecter en priorité l’intégrité de l’instrument avec la contrainte de pouvoir continuer de jouer avec sa seule mécanique, comme auparavant, ou encore avec assistance électromécanique, au choix de l’organiste. Tenant compte de cette contrainte, la firme NovelOrg a quand même proposé d’installer, aux fins de démonstration, des accouplements supplémentaires en 16’ et 4’ aux différents claviers.

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C’était là tout un défi qui a été relevé par NovelOrg en collaboration avec Les Ateliers Guilbault Bellavance Carignan. Les contraintes d’accessibilité et d’espace, les frictions et l’inertie de la mécanique à conserver ont exigé leur lot d’ingéniosité et de patience! Il apparaissait évident que cette nouvelle technologie serait d’une grande simplicité d’installation dans un orgue nouveau soulagé des complexités mécaniques traditionnelles. Conclusion Voilà donc une percée depuis longtemps rêvée et rendue possible par la rapidité des récents microcontrôleurs informatiques. Désormais, les facteurs d’orgues ont accès à une nouvelle technique de rénovation d’orgues, mais surtout à une nouvelle façon de bâtir des orgues neufs sans les coûteuses et complexes mécaniques d’autrefois, offrant une souplesse de jeu et des possibilités qui s’affranchissent des limitations de la mécanique tout en conservant sa finesse. Une nouvelle page de l’histoire de la facture d’orgue a été écrite à la cathédrale de La Pocatière : son orgue est devenu le premier d’une nouvelle génération à traction numériquement assistée. La démonstration est ouverte à tous les organistes et facteurs d’orgues désireux de mesurer les performances de l’instrument. Quant au premier orgue neuf bâti avec cette nouvelle technologie, il est déjà en construction, au Texas, pour la cathédrale Sacré-Cœur de Houston.

Oeuvres pour orgue et pour choeur de

Éditions Cheldar

Denis Bédard Rachel Alflatt, gérante

8465 Quayside Court Vancouver, BC, V5P 4W1

Tel./Fax: (604) 322-5995 cheldar@cheldar.com

Présence de l’orgue le samedi, 8 heures 30

Montréal 91,3 Sherbrooke 100,3 Trois-Rivières 89,9 Victoriaville 89,3 et bientôt à Rimouski Page 10

Pour formuler des suggestions ou enregistrements à présenter :

Martin Yelle RVM Victoriaville 71, rue Saint-Louis Victoriaville, QC G6P 3P6

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La restauration des orgues de la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue à Longueuil

par Denis Gagné

Historique

Les orgues du passé

De 1675 à 1698, la chapelle du manoir seigneurial sert de lieu de culte aux habitants du village. À la suite de la construction du Fort Longueuil en 1698, c’est la chapelle de celui-ci qui tiendra lieu d’église paroissiale. Il faudra attendre jusqu’en 1724 pour que le village de Longueuil soit doté de sa première église. Érigée sur un terrain donné par le seigneur du lieu, l’église rectangulaire de 80 pieds est construite selon le plan récollet.

Le premier orgue de l’église est commandé aux facteurs George Zingraff et Joseph Bourdon, de Montréal, en 1821 et installé dans un buffet sculpté par André Achim, de Longueuil.

Elle sera démolie en 1816 afin de céder sa place à la nouvelle dont la construction avait débuté en 1811. Cette dernière, deux fois plus grande que la première, sera en partie construite avec les pierres du Fort Longueuil. Construite selon le plan de l’abbé Pierre Conefroy, c’est-à-dire de forme rectangulaire avec ajout de transepts, l’église possède une façade-écran dissimulant une toiture à deux versants. C’est dans cette église que prendra place le premier orgue de la paroisse. L’ancien lieu de culte étant devenu beaucoup trop petit pour la population, la fabrique confie aux architectes Maurice Perrault et Albert Mesnard le mandat de dessiner un temple monumental qui coûtera plus de 100 000 $ à construire et à décorer. La construction se déroule de 1884 à 1887 et sera achevée en 1911. L’édifice est construit selon un plan byzantin en forme de croix et surmonté d’une coupole et sa décoration est de style néo-gothique. Avec ses 74 mètres de longueur (avec la sacristie) et ses 41 mètres de largeur au niveau des transepts, elle demeure, encore aujourd’hui, la plus vaste église du diocèse de Saint-Jean-Longueuil. Sa flèche s’élève à plus de 80 mètres du sol.

En 1886, à la suite de la construction de l’église actuelle, l’instrument de 1821 est déménagé dans celle-ci et installé à la tribune derrière le maître-autel. Au même moment, la fabrique se porte acquéreur, pour la somme de 3 500 $, d’un orgue Mitchell qui prend place au centre de la tribune arrière. Cet instrument de 30 jeux à traction mécanique répartis sur deux claviers et pédalier faisait, selon les archives paroissiales, la fierté des habitants de la ville. Malgré trois jeux et un clavier de moins, l’orgue de Longueuil avait la même puissance que celui construit quelques années plus tôt pour l’église du Gesù de Montréal. De plus, il possédait une Montre de 16 pieds qui ajoutait à l’ensemble un effet majestueux de profondeur dans la vaste nef. Mis à part l’ajout d’une soufflerie électrique en 1912, l’orgue de Mitchell n’a connu aucune transformation jusqu’à son remplacement en 1930.

L’église a été élevée au rang de cocathédrale en 1982 et, en 1984, l’édifice est reconnu comme « monument historique ».

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L’instrument actuel En 1930, à la suite des travaux majeurs réalisés à l’intérieur de l’église et à l’agrandissement de la tribune de l’orgue, le curé de l’époque, Mgr Georges Payette, commande deux nouveaux instruments à Casavant Frères. Afin de dégager la rosace de la façade et pour accueillir une chorale plus nombreuse, il est précisé que l’instrument sera logé dans deux buffets surélevés, situés de par et d’autre du vitrail. Le grand orgue, qui possède 35 jeux répartis sur trois claviers et pédalier, est contrôlé par une console située près de la balustrade et dotée de toutes les technologies en vogue à l’époque. Une partie de la tuyauterie de l’orgue Mitchell est réutilisée dans sa construction. L’orgue de chœur compte neuf jeux et, en plus de posséder sa propre console, il est aussi jouable à partie de la console du grand orgue. On ne conserve rien de la tuyauterie de l’orgue de 1821 mais le buffet de Achim est cependant agrandi, repeint et conservé. Les nouvelles orgues, de style anglo-américain et qui ont coûté 18 255 $, sont inaugurées le 11 décembre 1931 par la jeune organiste française Renée Nizan.

Les travaux ont débuté par la remise en fonction de l’orgue de chœur. Toutes les composantes mécaniques de celui-ci ont été restaurées et deux jeux ont été interchangés afin de donner un caractère plus affirmé à chaque division. En plus d’une remise à neuf complète de tout le système mécanique, du remplacement des moteurs d’expression par de nouveaux offrant une plus grande amplitude et du recuirage de tout l’orgue, les principaux travaux effectués à l’orgue de tribune sont les suivants : •

Les diverses sections de l’orgue et les familles de jeux ont été rééquilibrées entre elles afin d’obtenir un fondu sonore plus intéressant et ainsi faciliter l’équilibre entre les claviers.

La Mixture du Grand-Orgue a été recomposée de façon plus classique et le rang de tierce à été retiré de celle-ci. Les flûtes de ce clavier ont aussi été transformées pour diversifier la palette sonore.

Une deuxième Mixture a été ajoutée, dotant l’instrument de deux plein-jeux distincts. Elle prend place sur la chape du Cornet de Récit. Le choix d’une Progression harmonique II-IV rangs se justifie par le fait que le récit ne possède pas de Prestant de 4’ essentiel dans la composition de tout plein-jeu. La Progression harmonique fait entrer le rang de 4’ dès le deuxième Fa, ce qui camoufle le vide créé par l’absence d’un Prestant.

Le Positif a été doté d’un Cornet décomposé auquel vient s’ajouter un Principal de 4’.

Finalement, le Violoncelle de la Pédale a été rediapasonné afin de devenir un Principal de 8’ et une extension de 12 tuyaux neufs à l’aigu a été ajoutée afin de permettre à l’organiste de disposer d’une Basse Choral de 4’. Pour donner de la profondeur à l’ensemble de l’orgue, une Flûte résultante de 32’ a aussi été ajoutée.

La restauration Après plus de 70 ans de bons services, l’instrument montrait des signes évidents de fatigue. L’orgue de chœur était devenu injouable et le grand orgue nécessitait des travaux importants de remise à neuf. En plus des fuites au niveau des réservoirs d’air, des nombreux tuyaux muets et de l’encrassement général de la tuyauterie, l’orgue présentait aussi des faiblesses sur le plan tonal. Bien que puissant, l’instrument est lourd, pâteux, et manque nettement d’harmoniques aiguës. De plus, les sections présentent, entre elles, un déséquilibre considérable. Sur les conseils de la firme Lévesque-Roussin, choisie pour réaliser les travaux, le projet original, qui consistait en une simple remise à neuf des composantes de l’orgue, s’est transformé en une restructuration sonore complète. Ce projet d’envergure visait à confirmer l’esthétique symphonique de l’instrument tout en lui conférant plus de polyvalence.

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Les travaux se sont terminés par la réharmonisation générale de l’instrument. Le tout a été réalisé par Jacques L’Italien, harmoniste chez Lévesque-Roussin, dans un souci d’équilibre et

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de luminosité, tant sur le plan horizontal que vertical. L’esthétique romantique de l’instrument à été conservée et même confirmée. Cependant, les larges timbres anglo-américains de l’orgue d’origine ont cédé leur place à des sonorités nettement plus françaises et plus affirmées. L’orgue a été ré-inauguré en mai 2008 par Marc D’Anjou, organiste titulaire à la basiliquecathédrale Notre-Dame de Québec, dans un programme d’œuvres variées allant de Bach à Bédard. Remerciements à Yves Lévesque, Paul Racine, Francine Savaria et Laurent Villeneuve pour leur précieuse collaboration.

Le grand orgue

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Orgue de tribune Casavant, Opus 1430, 1931 Levesque-Roussin, 2008 36 jeux, 38 rangs

*

Grand-Orgue

Récit expressif

Positif expressif

Pédale

Montre 16’ Montre 8’ *Flûte harmonique 8’ *Flûte à cheminée 8’ Prestant 4’ *Flûte conique 4’ Doublette 2’ *Mixture 1 1/3’ IV Trompette 8’

Bourdon 16’ Principal 8’ Bourdon 8’ Viole de gambe 8’ Voix céleste 8’ Flûte harmonique 4’ Octavin 2’ Progression harmonique 2 2/3’ II-IV Trompette 8’ Hautbois 8’ Voix humaine 8’ Tremolo

Principal 8’ *Flûte bouchée 8’ *Octave 4’ *Flûte ouverte 4’ Nazard 2 2/3’ Quarte de nazard 2’ *Tierce 1 3/5’ Clarinette 8’ Tremolo

*Résultante 32’ Flûte ouverte 16’ Bourdon 16’ *Principal 8’ Flûte 8’ (ext) Bourdon 8’ (ext) *Basse de chorale 4’ (ext) Bombarde 16’

Jeux ayant été ajoutés, déplacés, coupés et/ou reconstruits.

REC/GO 16,8,4; POS/GO 16,8,4; REC/POS 16,8,4; REC 16,4; POS 16,4; GO 4 GO/PED 8,4; REC/PED 8,4; POS/PED 8,4 Chœur : REC/GO 16,8,4; REC/PED 8,4 GO/PED 8,4; GO 8,4; REC 16,8,4 Combinaisons: Partiels : REC 5, GO 3, POS 3, PED 3 Généraux : 4 Chœur partiels: REC 3, GO + PED 2

Orgue de choeur Casavant, Opus 1431, 1931 Levesque-Roussin, 2008 9 jeux, 9 rangs

Orgue de chœur

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Grand-Orgue Récit expressif

Pédale

Montre 8’ Mélodie 8’ *Prestant 4’

Bourdon 16’

Principal 8’ Bourdon 8’ Gambe 8’ *Flûte 4’ Trompette 8’ Tremolo

REC/GO 16,8,4; GO/PED 8,4; REC/PED 8,4 REC 16,4; GO 4

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Le 10e Festival Orgue et couleurs par Robert Poliquin Le mois d’octobre 2008 passera sans doute à la postérité comme ayant été le mois de l’orgue à Montréal. Trois événements majeurs s’y sont déroulés : le Festival Orgue et Couleurs du 26 septembre au 5 octobre, le Concours international d’orgue du Canada du 5 au 19 octobre et le Festival des couleurs de l’orgue français les quatre dimanches. Le Festival Orgue et couleurs est né de la volonté de mettre en valeur l’orgue Casavant de l’église Très-Saint-Nom-de-Jésus, restauré en 1999. À la suite de la dernière phase de restauration de cet instrument, Pierre Larivière, directeur de la Maison de la culture Maisonneuve, s’est associé à Régis Rousseau, organiste titulaire, pour mettre en place ce nouvel événement. Dès sa première édition en 1998, le Festival a connu un grand succès. Depuis lors, il n’a cessé de croître en importance et en diversité en présentant l’orgue et … jazz, hip hop, tango, musique ancienne, impro, danse, symphonie, chants en latin, théâtre, littérature, musique actuelle, big band, voix … couleurs. Pour le dixième anniversaire, Régis Rousseau, directeur général et artistique, et ses collaborateurs ont élaboré une programmation des plus diversifiées.

Régis Rousseau, organiste titulaire à l’église Saint-Nom-deJésus, directeur général et artistique du Festival.

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Les concerts « midi à la carte » Ces concerts offraient une tribune à douze organistes, âgés de 14 à 28 ans, étudiants des neuf classes d’orgue des conservatoires et universités du Québec et ce, lors de cinq récitals dans cinq églises de Montréal : Saint-Nom-de-Jésus, TrèsSaint-Rédempteur, Saint-Léon de Westmont, le Gesù, et St. John the Evangelist. Ces récitals nous ont permis de découvrir une relève qui s’annonce très prometteuse. Chaque artiste, par sa prestation, a enthousiasmé les auditeurs et les a convaincus qu’il existe réellement une relève d’organistes au Québec. Les concerts apéro En fin d’après-midi, ces concerts, plus intimistes, offraient des prestations avec des voix magnifiques dans les chœurs des églises. Tout d’abord, le contre-ténor Daniel Cabena et Tim Pyper à l’orgue nous ont fait vivre une messe en musique avec la Missa in Simplicitate de Jean Langlais suivie du cycle Aspects of Time de Barrie Cabena, père du contre-ténor. Suivirent, des mélodies et prières françaises avec la soprano Aurelia Calabrese, le baryton Sébastien Ouellet et Denis Bonenfant à l’orgue. Lors de cette prestation, il faut noter les registrations tout à fait remarquables, choisies pour les deux orgues de l’église Saint-Nom-de-Jésus, dans l’interprétation des Gnossiennes de Erik Satie. Ensuite, à l’église Très-Saint-Rédempteur, le contre-ténor JeanFrançois Gagné et l’organiste Dominique Gagnon, nous ont présenté des œuvres lyriques baroques et romantiques. Puis vint le « temps des fées » avec la soprano Caroline Demers et l’organiste Louis Brouillette. Cette série s’est terminée par un concert très spécial : en collaboration avec le groupe qui présente L’automne Messiaen 2008 pour souligner le centenaire de naissance du compositeur Olivier Messiaen (1908-1992) et dans le cadre enchanteur et intime d’un salon du Château Dufresne, nous avons assisté, sous la direction de Louise Bessette, à une prestation du Quatuor pour la fin des temps précédée d’un quatuor écrit par Nicolas Gilbert en hommage à Messiaen et intitulé Le temps des impossibles. Page 15


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5 La relève au Québec : (1) François Pothier-Bouchard (classe de Raymond Perrin, Conservatoire de Trois-Rivières), Laurence Jobidon et Emmanuel Bernier (classe de Danny Belisle, Conservatoire de Québec. (2) Jonathan Vromet (classe de Jean LeBuis, Conservatoire de Montréal, Marie-Hélène Greffard (classe de Richard Paré, Université Laval). (3) Carl-Mathieu Neher (classe de Danielle Dubé, Conservatoire de Gatineau) Nicolas-Alexandre Marcotte (classe de Réjean Poirier, Université de Montréal). (4) À l’avant : Béatrice Létourneau et Nicolas Delisle-Godin (classe de Josée April, Conservatoire de Rimouski) Christophe Gauthier (classe de Luc Beauséjour, CEGEP Saint-Laurent); à l’arrière : Francine Nguyen-Savaria (voix). (5) Marie-Claude Duchesne (classe de Céline Fortin, Conservatoire de Saguenay) Jordan James de Souza (classe de John Grew, Université McGill). Page 16

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Les grands concerts Les six grands concerts présentés en soirée ont sans aucun doute constitué le sommet de ce Festival. Le premier concert fut un hommage à la valse viennoise, aux mélodies d’amour et comportait la visite d’une exposition picturale mettant en vedette Marianne Fiset, soprano et Julie Boulianne, mezzo-soprano, accompagnées par l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Le deuxiè– me concert soulignait le dixième anniversaire du Festival et les 125 ans du quartier Maisonneuve. Pour cette célébration, Victoire Du Sault (18451908), mère des frères Dufresne, s’est réincarnée dans la voix de la narratrice Pauline Gill. Se sont réunis autour d’elle, la soprano Chantal Lambert, le ténor Marc Hervieux et les organistes Mélanie Barney et Dominique Lupien, la Compagnie musicale La Nef ainsi que le Quatuor Molinari pour une visite en musique d’un quartier historique. Puis, lors du troisième concert, on a fait place à la danse. L’organiste Matthieu Latreille a interprété des pièces d’orgue pour pédalier solo tandis que la troupe Le Jeune Ballet du Québec présentait des chorégraphies de Frédéric Tavernini et Hélène Blackburn. Après un répit de deux jours, les grands concerts se sont poursuivis avec une prestation intitulée : Remix de classiques. En première partie, l’organiste Isabelle Demers nous a donné une prestation époustouflante et très convaincante d’œuvres de Maurice Duruflé, Jehan Alain, Gyorgy Ligeti et Max Reger. La pièce de résistance de ce concert était la relecture qu’a faite Yves Daoust, compositeur de réputation internationale et l’un des pionniers de la musique électroacoustique au Québec, de 14 chorals bien connus de l’Orgelbüchlein de Jean-Sébastien Bach. En effet, pendant que Régis Rousseau interprétait ces chorals au grand orgue, le compositeur superposait des sons électroniques ainsi que des voix dont les textes étaient tirés de poèmes québécois. Cette œuvre était une commande conjointe du Festival Orgue et couleurs et des Réseaux des arts médiatiques. L’idée de joindre l’orgue à des sons électroniques surtout dans des chorals de Bach peut paraître, de prime abord, absurde, mais elle constitue une expérience intéressante et démontre une créativité certaine chez le concepteur. De l’approche électroacoustique, on est passé, lors Mixtures, numéro 29, novembre 2008

du concert suivant, à un mariage de l’orgue avec les cuivres proposé par le Quintette de cuivres Buzz et l’organiste Raymond Perrin. Après une première partie consacrée à des œuvres écrites ou arrangées pour orgue, cuivres ou orgue et cuivres, la deuxième partie nous emmenait en orbite avec Les Planètes de Gustav Holst dans un arrangement pour orgue et cuivres d’Enrico O. Dastous. Cette série de sept mouvements, où l’éclat et la splendeur des cuivres se mêlent à la majesté de l’orgue, nous a replongés dans une atmosphère de musique de film à grand déploiement. Un bref entracte dans cette série de concerts nous permettait d’assister à un hommage original à Olivier Messiaen. Pour l’occasion, 100 bougies étaient déposées, l’une après l’autre, sur l’autel de célébration dans une église plongée dans l’obscurité, et ce, dans un intervalle d’une minute entre chacune. Durant tout ce temps, l’organiste Patrick Wedd a interprété Le Banquet céleste qui a passé d’une durée de 10 à 100 minutes. Événement saisissant où l’on pouvait entendre, distinguer et savourer les harmonies de chaque accord et tout spécialement lors du crescendo central où les jeux de 32 pieds de la pédale nous ont fait vibrer en résonnant de toute leur puissance pour ensuite se fondre graduellement alors que le tout se terminait dans un pianissimo céleste. Événement unique et tellement saisissant qu’à la fin de la prestation, plusieurs minutes se sont écoulées avant que les personnes présentes quittent la quasi-transe qui s’était créée tout au long de l’événement. Et que dire du moment où la 94e bougie, la plus grande de toutes, a été déposée sur l’autel marquant ainsi l’âge de Messiaen au moment de son décès.

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Le Festival s’est terminé par deux concerts à grand déploiement. Le premier, en compagnie de Caroline Bleau, Marianne Lambert, Patrick Olafson et Stephen Hegedus réunis autour de Marie-Denise Pelletier et accompagnés par Pierre Benoît (piano) et Régis Rousseau (orgue), alla à la rencontre de grands airs d’opéra et des plus belles mélodies des comédies musicales de Broadway. Les arrangements étaient signés Dominique Lupien. Dans une église bondée, le spectacle correspondait à tous les goûts du vaste auditoire. En collaboration avec le Concours international d’orgue du Canada, la rencontre de clôture s’est déroulée à l’église presbytérienne St. Andrew et St. Paul. L’organiste américain James Higdon s’est joint à l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières, sous la direction de Jacques Lacombe, dans l’interprétation du Concerto pour orgue, cordes et timbales de Francis Poulenc, œuvre principale du concert. Cet instrument, composé d’un orgue de chœur et d’un orgue de tribune, et dont les 95 jeux et 118 rangs en font le plus considérable à Montréal, était de taille à se mesurer à l’orchestre et à y apporter toutes les colorations nécessaires pour une interprétation magistrale. Comme à chaque édition de l’événement, les grands concerts débutent par ce qui est connu d’appeler la Fanfare du Festival. Cette année, l’œuvre avait été commandée au compositeur Enrico O. Dastous s’intitulait The Call of the Equinox Guardian et écrite en deux versions : « orgue et quintette de cuivres » ainsi que « orgue et deux cuivres ». Conclusion Avec une équipe très bien rodée et grâce au travail de nombreux bénévoles, ce 10e Festival Orgue et couleurs a été des plus réussis et s’est déroulé de façon impeccable. Pour ma part, c’était une première expérience et je dois convenir que j’ai été agréablement surpris. On peut déjà se demander ce que Régis Rousseau et son équipe concoctent ou trament pour la ou les prochaines éditions. À coup sûr, ils trouveront quelque autre idée originale, voire incongrue, pour faire connaître et apprécier l’orgue, tant auprès des connaisseurs que du grand public.

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Anniversaires en musique (suite de la page 28)

du monde entier pour en faire son propre langage, s’émerveillait devant une simple fleur et notait, comme nul autre, les chants les plus capricieux des oiseaux du monde entier, pour en faire son propre langage. C’était aussi l’organiste de la Trinité - qui resta fidèle à sa tribune durant soixante ans – église du quartier Saint-Lazare où j’aimais m’engouffrer avant les cours, dans l’espoir de l’entendre improviser, lui qui entre deux Bach avait fait découvrir à ses paroissiens, pas toujours très heureux, il faut l’admettre, les rythmes hindous les plus sensuels, les âpres dissonances de ses magnifiques accords et ses registrations qui étaient tout sauf conventionnelles. Je pense notamment à ses extraordinaires Chants d’oiseaux d’une audace et d’une délicatesse inouïes ou aux Mains de l’abîme du Livre d’Orgue de 1951. Messiaen, c’était enfin le pédagogue admiré de tous au Conservatoire, celui dont les analyses exemplaires, à la fois rationnelles et sensibles de la 40e symphonie de Mozart et du Sacre du Printemps sont entrées dans l’histoire; celui qui allait, après Debussy, renouveler le langage musical français, créer ses propres gammes et évoluer selon un style profondément original, mais qu’il voulait accessible, en expliquant dans le moindre détail toutes les subtilités de sa pensée. Il a formé des élèves venus de tous pays pour s’imprégner de sa pensée, puis suivre leur chemin original et novateur, qu’ils s’appellent Boulez, Xenakis, Shinohara ou Gilles Tremblay. » Les années ont passé et toujours, lorsque je pense à ce grand croyant dont la musique d’orgue s’élève vers Dieu, j’entends trembler les murs d’une cathédrale gothique tandis que d’un clocheton, s’envole gracieusement un oiseau.

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XXIXe semaine de l'orgue italien à Saorge, Alpes-Maritimes, France

Par Josée April

vrir la tendresse, la poésie et la force de cette musique. Nous avons eu le plaisir de l’expérimenter sous nos doigts et de la vivre avec notre cœur. Nous avons eu accès aux orgues de La Brigue, Breil-sur-Roya, l’Escarène, Sospel, Fontan et Saorge.

Saorge est un magnifique village issu de l’urbanisme médiéval qui surplombe la vallée de la Roya dans les Alpes-Maritimes. Il est l’hôte d’un stage où l’on y étudie les spécificités de l’orgue italien sur des instruments des XVIIIe et XIXe siècles, spécialement des instruments de Serassi, Lingiardi, Grinda et Vittino. Les professeurs de cette semaine de l’orgue italien étaient : Pierre Perdigon (Grenoble), Mireille Lagacé (Montréal) et André Rossi (Marseille). C’est avec enthousiasme que quelques membres de la classe de clavecin et d’orgue du Conservatoire de musique de Rimouski (Marie-Julia Boucher, Nicolas Delisle-Godin et Béatrice Létourneau) partirent avec leur professeur (moi-même) et leurs mamans (Élisabeth Beaudoin, MarieJosée Delisle et Marie East) pour la belle région de Nice le 24 juillet 2008. Arrivés à Nice, nous avons rejoint Emmanuel Bernier (classe d’orgue de Danny Belisle au Conservatoire de musique de Québec) et nous fîmes le trajet de la vallée des merveilles. Ce décor de montagnes et de grands espaces nous inspira pour ce qui allait être notre découverte de l’âme de la musique italienne des XVIe, XVIIe, XVIIIe et début XIXe siècles pour orgue. Chapeautés par des professeurs de grande réputation, nous avons eu le plaisir de découMixtures, numéro 29, novembre 2008

Nous étions treize étudiants, ce qui nous permettait d’avoir beaucoup de temps pour travailler sur les instruments. Le soir, nous nous réunissions pour manger tous ensemble dans une fraternité de vacances. Dès le premier jour, nous avons rencontré Christophe Gauthier, un jeune étudiant de Mireille Lagacé et Luc Beauséjour, qui s’est joint à nous. Ce fut une expérience des plus agréables. Les élèves venaient de la France, de la Belgique et du Canada. Nous étions encadrés par un musicologue, Xavier Sant, qui nous a fait découvrir des compositeurs et des traités très intéressants.

L’orgue de l’église paroissiale de Saorge a été construit par les frères Lingiardi en 1847. Le buffet date de 1739, époque du premier orgue. Le clavier de 54 notes avec première octave courte et extension Do1-La5 est l’original et il se divise entre basses et dessus entre le Do dièse3 et le Ré3. Le pédalier est l’original, « a leggio », de 19 notes avec première octave courte et extension réelle de 17 notes (deux touches actionnent la « terza mano » Page 19


et le « rollante »); on y retrouve 12 notes réelles, 8 pour l’octave courte et 4 pour les notes chromatiques dans la 2e octave. Un pédalier « a leggio » est un pédalier légèrement incliné qui ne comporte généralement qu’une octave réelle. Quelques touches actionnent des accessoires ou registres comme les campanelli, la terza mano, le rollo, la grosse caisse ou encore le flagioletto.

Les jeux de l’orgue italien comprennent ceux du ripieno (le plein jeu italien) pour lequel on peut choisir la couleur puisqu’il est décomposable, et des jeux comme la Voce umana, le Cornetto chinese, la Flauto in ottava, la Viola bassi, les Timpani et bien d’autres qui nous permettent de choisir une grande variété de couleurs sonores et de faire chanter l’instrument. Les buffets de l’orgue italien sont comme un décor de théâtre et ces buffets ont même un rideau que l’on déroule une fois la pratique terminée.

Les campanelli sont des clochettes en bronze frappées par des petits marteaux; la terza mano est l’accouplement d’octaves aiguës; le rollo imite l’effet d’un roulement de tambour et le flagioletto produit un son comparable au gazouillis des oiseaux. Les registres sont actionnés par des manettes à encastrement latéral, disposées sur deux colonnes verticales à droite du clavier.

Répétition la veille du concert, le chœur étant caché derrière l’autel en avant de l’église. L’effet était magique dans l’église.

Durant le stage, nous avons travaillé des œuvres de Merula, Frescobaldi, Storace, Zipoli, Pasquini, Galuppi, Padre Davide da Bergamo et bien d’autres. Nous avons même eu l’occasion d’intégrer le chant grégorien à nos concerts. Au concert des professeurs, le chœur des étudiants dirigé par Emmanuel Bernier a pu donner la réplique grégorienne en alternance aux versets exécutés à l’orgue par André Rossi. Nous avons aussi eu la chance de voir le carillonneur à l’action puisqu’il nous a gentiment invités à monter au sommet du clocher de l’église. La population de Saorge a été très accueillante. Nous leur sommes très reconnaissants et nous gardons un excellent souvenir de ce moment de vie partagé avec eux.

Marie-Julia à l’orgue de La Brigue Page 20

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Congrès FQAO 2008 — Un rendez-vous avec l’histoire par Irène Brisson Le 10e congrès de la FQAO fut un réel succès : près de cinquante participants venus de tout le Québec se sont retrouvés, les 11 et 12 août sur la Côte-de-Beaupré et à Québec, sous le signe de l’amitié, à la fois pour l’assemblée générale annuelle et pour la découverte d’instruments de la région. Le soleil s’étant mis de la partie, les congressistes ont pu marier les plaisirs de l’orgue à celui de la nature et des petites routes de campagne qui conduisent à Beaupré et à Saint-Joachim-deMontmorency.

La soirée s’est poursuivie à l’Auberge Baker de Château-Richer, un restaurant fort connu de la région, où, durant le souper, la FQAO et les Amis de l’orgue de Québec ont rendu un bel hommage à Claude Lagacé, qui fut organiste à la basilique Notre-Dame de Québec de 1961 à 1993. Homme d’une grande érudition et d’un esprit plein de finesse, Claude Lagacé, du haut de ses 91 ans, nous a régalés de ses souvenirs que l’on souhaite lire bientôt.

Tout d’abord, place à l’assemblée générale au cours de laquelle certains membres du conseil d’administration, dont le mandat venait à terme, ont été réélus pour un nouveau mandat d’une durée de trois ans. Ce sont : Gérard Mercure (Rimouski), Robert Poliquin (Québec), Martin Brossard (Mauricie), Réal Gauthier et Yves Garand (représentants des membres associés) ainsi que JeanFrançois Downing (représentant des membres individuels). Cette assemblée fut aussi l’occasion de procéder au lancement du très beau disque de Pierre Bouchard, réalisé sur les deux orgues de la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré et de prendre connaissance des publications et des enregistrements de quelques collègues. Afin de permettre aux congressistes de bien profiter des deux concerts présentés à la basilique, le père Guy Pilote, recteur de la basilique, a fait visiter les lieux, captivant son auditoire par sa grande connaissance des moindres détails (mosaïques, sculptures et fresques) ornant la monumentale église haute ainsi que sa crypte. Dans cette dernière, Marie-Hélène Greffard et François Grenier ont interprété, avec beaucoup de musicalité, quelques pages en solo et à quatre mains. Puis, du haut de sa tribune, Pierre Bouchard, un des trois organistes de la basilique, a donné un solide récital consacré à Bach (Passacaille et fugue), au Livre d’orgue de Montréal et à la magnifique pièce de Vierne intitulée Cathédrales, dont il a su recréer toute l’atmosphère mystérieuse. Un grand moment de musique!

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De gauche à droite, Jean-François Downing et Gérard Mercure, respectivement secrétaire et président de la FQAO en compagnie du récipiendaire, Claude Lagacé.

Le lendemain, les participants avaient le plaisir d’entendre, sous les doigts de son titulaire, Vincent Brauer, le très bel orgue Wilhelm (1968) à traction mécanique, situé dans l’église de Beaupré. Quelques découvertes musicales, dont la superbe Fantaisie chromatique de Carolus Luython, un contemporain flamand de Sweelinck, et la très touchante Oveja perdida (brebis égarée) du compositeur et organiste basque espagnol Jesús Guridi. Quelques kilomètres plus loin, l’église historique de Saint-Joachim, datant de 1779, attire le regard des visiteurs, avec son maître autel signé François Baillairgé, ses dorures, et ses ornements qui sont les témoignages d’un important pan d’histoire

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succédant à la conquête britannique. Pour les congressistes, l’orgue de Napoléon Déry (1885), intact depuis sa construction, est présenté par Nathalie Gagnon qui a préparé un très intéressant programme dans lequel Franck et Guilmant côtoient les organistes du Québec, qu’ils s’appellent Gustave Gagnon, Arthur Letondal ou William Reed. Tout un exploit de sa part, que d’avoir interprété des œuvres de caractère martial sur un seul clavier et 13 notes de pédalier!

C’est à la cathédrale anglicane Holy Trinity que se termine la journée, avec un passionnant récital commenté de Benjamin Waterhouse, consacré à la musique d’orgue anglaise du XVIIIe siècle, interprétée sur le petit orgue English & Sons de 1790, acquis en 2004 par la cathédrale pour souligner son bicentenaire, et restauré par Hellmuth Wolff. Une occasion exceptionnelle pour réentendre, avec soufflerie manuelle s’il vous plaît (!) ce répertoire comme il devait sonner à l’époque.

Vers 11 heures, les congressistes prennent la direction du vignoble Royarnois, situé en pleine campagne, sur la route du Cap-Tourmente. Avec amour et fierté, nos hôtes nous expliquent l’implantation en 1993 de leur vigne et nous font déguster un exquis rosé et un Rouge de Montmorency rouge bien fruité. Le tout, suivi d’un buffet froid fort copieux.

La dernière activité officielle de ce congrès stimulant a été la présentation d’un documentaire sur DVD consacré l’histoire de l’orgue Létourneau (2002) du centre Winspear d’Edmonton. Intitulé l’Opus d’Amour, ce film relate comment cet instrument a vu le jour grâce à un don de deux millions de dollars d’un mécène, le docteur Stewart Davis, qui voulait, par ce geste, perpétuer la mémoire de sa femme bien-aimée, disparue après 54 ans de mariage. On assiste, fascinés, à la construction et à l’installation de l’instrument de 96 jeux et plus de 6500 tuyaux, à la gestation du concerto que Jacques Hétu a écrit pour Rachel Laurin, et qui fut créé par elle lors du concert inaugural. Touchant et impressionnant. Le facteur Fernand Létourneau a tenu personnellement à présenter le documentaire et à répondre aux questions des congressistes. En prime, ceux qui le désiraient ont été invités par Douglas Kitson, le chef des carillonneurs de Holy Trinity, à une démonstration de l’art de sonner les cloches. Tout un rituel, subtil et pas si évident que cela!

Sur le chemin du retour, escortés par la pluie, les participants se rendent au Palais Montcalm de Québec, pour faire connaissance avec l’histoire de cet édifice et la reconstruction de la salle, considérée maintenant comme la meilleure de Québec sur le plan acoustique. La démonstration par Hellmuth Wolff et Richard Paré de l’orgue positif Wolff (2007) de la salle Raoul-Jobin a été suivie par un court récital de Richard Paré et de la violoniste Nicole Trotier.

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De l’avis de tous, ce 10e congrès restera gravé dans les mémoires, pour sa remarquable organisation, son ambiance et son programme passionnant. Merci à Robert Poliquin et à Louise FortinBouchard, assistés de Nathalie Gagnon, de Pierre Bouchard et Claude Beaudry pour leur travail colossal qui a permis cette réussite.

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Ici et là au Québec... Montréal par Robert Ducharme

Fin de saison chez les Amis de l’orgue

Le temps des fêtes passé, les activités des Amis de l’Orgue de Montréal reprenaient le 26 mars avec un récital de Dany Wiseman à l’église Saint-Viateur d’Outremont. C’était l’occasion pour l’ancien organiste de Notre-Dame de Lévis, qui a fait ses études et commencé sa carrière dans la région de Québec, de se faire mieux connaître du public montréalais. Son programme exigeant se terminait par trois pages majeures d’Olivier Messiaen, inaugurant ainsi les célébrations du centenaire du compositeur. L’activité suivante eut lieu le 30 avril à NotreDame-de-Grâce où le titulaire, Matthieu Latreille, donnait une conférence-concert sur Maurice Duruflé dont il a travaillé l’intégrale de l’œuvre d’orgue. L’exposé, abondamment illustré de photos à l’écran et d’exemples à l’orgue, comportait l’historique de l’œuvre et une description du style du compositeur. La soirée se termina par l’interprétation du Prélude et Fugue sur le nom d’ALAIN. Enfin, pour clore la saison, la traditionnelle excursion de la Fête de Dollard puis du Jour des Patriotes eut lieu le 19 mai sur l’île de Montréal. Cette année, nous sommes allés à la découverte (ou redécouverte) d’orgues méconnus de la ville. Certains de ces instruments très intéressants et jadis utilisés lors de concerts ne sont, pour la plupart, maintenant entendus que lors des offices religieux. L’excursion de cette année revêtait un caractère particulier puisqu’aux Amis de l’Orgue de Montréal se joignait un groupe d’Américains réunis sous l’égide du site Pipedreams.com. Ces voisins, des « mordus » de l’orgue, ont passé douze jours à visiter les instruments historiques de la vallée du Saint-Laurent. Deux autobus, deux langues, deux nationalités, une seule passion, l’orgue.

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L’orgue en été à Montréal

Cet été, les amateurs d’orgue de Montréal avaient l’embarras du choix puisque jusqu’à six récitals par semaine leur étaient proposés par les différentes séries estivales. D’abord le mardi midi, nous étions conviés à l’église unie St. James où le directeur de la musique, Philip Crozier, présente, tous les midis de juin, juillet et août, des organistes d’ici et d’ailleurs, et, à l’occasion, d’autres instrumentistes ou chœurs. Le mercredi midi, c’est à Lachine que l’on doit se rendre. Ces récitals du midi, proposés par le directeur musical de l’église des Saints-Anges, Yves Garand, constituent la plus jeune série estivale et prolongent ainsi la saison. Depuis des décennies, le mercredi soir est associé dans la mémoire des amateurs d’orgue à l’Oratoire Saint-Joseph où le titulaire, Philippe Bélanger, y propose une série qui se limite maintenant au mois d’août. Le jeudi midi, nous sommes invités à l’église presbytérienne St. Andrew & St. Paul où, en juillet et août, le directeur de la musique, Jonathan Oldengarm, nous fait entendre de jeunes organistes en début de carrière et des professeurs émérites. Le dimanche soir, le rendez-vous est à la basilique Notre-Dame. Le 10 août, après un récital de haute virtuosité entièrement exécuté de mémoire, Isabelle Demers a joué, en rappel, le Prélude et Fugue de Maurice Duruflé en hommage à Pierre Grandmaison, le directeur artistique de la série, pour souligner le 35e anniversaire de sa nomination comme titulaire des grandes orgues de Notre-Dame. Enfin, pendant le mois d’août, à la cathédrale Christ Church, le Festival Jusqu’aux Oreilles, consacré à la musique actuelle, a accordé une place de choix à l’orgue en invitant Patrick Wedd à rejouer l’intégrale de l’œuvre d’orgue de Messiaen qu’il avait déjà donnée il y a quelques années.

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Pierre Pincemaille à Lachine

Les séries estivales de récitals d’orgue terminées, les Concerts Lachine avaient invité Pierre Pincemaille à inaugurer la saison régulière des SaintsAnges en musique. Pour débuter, l’organiste de la basilique Saint-Denis a montré sa nette préférence pour le répertoire symphonique en choisissant des œuvres où une certaine filiation était visible (Franck, Vierne, Duruflé, Messiaen), mais le moment fort du concert fut l’interprétation de sa propre transcription d’extraits de L’Oiseau de feu d’Igor Stravinski, brillante performance pour laquelle l’aide de deux assistants fut quand même requise. L’artiste termina son récital en improvisant un Prélude, choral et variations sur « Nous chanterons pour toi, Seigneur ».

Mauricie par Michelle Quintal

Organistes créateurs aux Trois-Rivières •

Philippe Bournival

La Suite médiévale pour violon et orgue de Philippe Bournival a été créée par le compositeur lui-même à l’orgue et le violoniste Antoine Bareil le 20 avril dernier. Cette œuvre est divisée en trois mouvements : Ouverture, Méditation et Fête foraine. Elle a été entendue lors d’un concert organisé par Pro Organo (Mauricie) à la chapelle Kermaria des Filles de Jésus. Philippe Bournival a aussi transcrit pour orgue la 5e Symphonie en do mineur de Beethoven, œuvre qu’il a jouée à la basilique Notre-Dame à Québec le 18 mai, à la basilique Notre-Dame-du-Cap le 20 juillet et aussi à l’église unie St. James à Montréal le 22 juillet. Son Introduction et Passacaille en ré mineur a été interprétée en 2006 par François Pothier-Bouchard, organiste à la cathédrale de Trois-Rivières, à l’occasion d’un examen de fin d’études au Conservatoire de Trois-Rivières. Cette œuvre, commandée en 2004 par Pro Organo (Mauricie), a été créée par le compositeur lors du concert Hommage au Conservatoire de TroisRivières qui fêtait son 40e anniversaire d’existence.

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Ajoutons que Philippe Bournival interprétera le Concerto pour orgue, orchestre à cordes et timbales de Francis Poulenc avec l’OSTR dirigé par Jacques Lacombe qui y jouera le Premier choral de César Franck. Ce concert, au bénéfice du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, aura lieu à la basilique le 14 novembre prochain. •

Claude Thompson

Le 8 novembre prochain, à la cathédrale de Trois-Rivières, l’organiste Suzanne Bellemare jouera, de Claude Thompson, Scherzo en mode éolien, œuvre qui lui est dédiée, à l’occasion d’un concert hommage au compositeur. Les Petits Chanteurs de Trois-Rivières, sous la direction de Luc Darveau, instigateur de ce projet remarquable, interpréteront, entre autres, Finale, le cinquième mouvement de la Cantate pour le 350e anniversaire de la ville de Trois-Rivières pour chœur et orchestre (1984). Transcrite récemment par Claude Thompson pour chœur et orgue, cette partition sera jouée par François PothierBouchard qui accompagnera aussi Vous êtes sans pareille (1977), Kyrie « Oro Supplex » (1982), Gloria en mode de Sol (1978), Sanctus de la Messe d’action de grâce (1997). Pro Organo (Mauricie) a aussi commandé, à Claude Thompson, une œuvre pour orgue solo qui sera créée par Raymond Perrin en 2009 lors des fêtes du 375e anniversaire de Trois-Rivières. •

Martin Brossard

Le 27 juillet dernier, lors des Récitals d’orgue à la basilique Notre-Dame-du-Cap, Martin Brossard, titulaire des grandes orgues, a joué deux extraits de sa Grande Suite Symphonique pour orgue : Complainte et Lamentation, Toccata. Écrite entre 1997 et 2005, cette suite fait partie de son Septième livre d’orgue. Dans cette même série de concerts, le 6 juillet dernier, j’ai joué Prélude en do mineur extrait du Triptyque de son Premier livre d’orgue (2001). •

Bernard Piché

En 2008, le comité de toponymie de la ville de Trois-Rivières a donné son aval à l’appellation de Bernard-Piché à une nouvelle rue de TroisRivières, suite à un dossier que j’avais présenté en 1999 et qui avait été appuyé entre autres par Mixtures, numéro 29, novembre 2008


le conseil de direction de Pro Organo (Mauricie) et le conseil d’administration de la FQAO auxquels j’adresse mes sincères remerciements. J’ai aussi joué des œuvres de Piché à la basilique Sts. Peter & Paul à Lewiston (Maine) le 16 juillet dernier. •

Gilles Rioux

Lors de son concert à l’église des Saints-Anges de Lachine, le 29 juin dernier, Gilles Rioux a joué son œuvre Ode au Saint-Laurent (2004) ainsi que sa transcription de la Suite de Peer Gynt d’Edward Grieg (2002). De cette Suite, il joua aussi des extraits lors des Journées de la Culture, événement organisé le 28 septembre par Pro Organo (Mauricie) à la cathédrale de Trois-Rivières. L’Orphéon de Trois-Rivières, présentera, sous la direction de Gilles Rioux, son chef attitré, un concert intitulé Noël nouvelet, le 6 décembre en l’église Saint-Boniface et le lendemain, en la cathédrale de Trois-Rivières, avec la participation de la soprano Marielle Fortier-Landry, de l’organiste et pianiste François Pothier–Bouchard, de la violoniste Renée-Claude Perreault, et du violoncelliste François Toutant. Cet ensemble interprétera des noëls dans des arrangements de Patriquin, de Raymond Daveluy et de Gilles Rioux. Épopée trifluvienne pour orgue, chœur et orchestre de Gilles Rioux sera créée, le 2 mai 2009 à 20 heures à la cathédrale de Trois-Rivières par le compositeur aux claviers du grand orgue, les Petits Chanteurs de Trois-Rivières, la Maîtrise du Cap, l’ensemble vocal de l’Université du Québec à Trois-Rivières, le chœur Pro Musica, l’Orphéon de Trois-Rivières et l’OSTR sous la direction de Jacques Lacombe. Commandée par l’OSTR à l’occasion du 375e anniversaire de fondation de la ville, cette œuvre d’envergure, divisée en quatre mouvements et d’une durée de vingt minutes, rend hommage au courage et à la détermination de tous ces gens qui ont fait TroisRivières. Le premier mouvement, « Terre fertile », est basé sur le folklore La lipitou et exprime la vitalité des pionniers, gens simples et courageux, qui ont posé les jalons de la ville. Le deuxième mouvement, « Lieu de paix », rappelle que l’histoire de Mixtures, numéro 29, novembre 2008

cette ville est intimement liée à celle des religieuses Ursulines et autres communautés d’hommes et de femmes qui ont éduqué les différentes générations. Basé sur l’hymne Salve Regina, ce mouvement met en relief la ferveur des gens d’ici et leur attachement à la Vierge Marie. « Ville phénix », troisième mouvement, nous ramène au 22 juin 1908 alors que l’incendie éclate au centre-ville. Le grand feu de Trois-Rivières a duré trois jours et a détruit plus de 200 résidences et presque tous les commerces de la ville. En tout, 800 bâtiments ont brûlé. Mais cent ans plus tard, tel un phénix, TroisRivières renaît courageusement de ses cendres. « Cité de nos pères », quatrième mouvement conclut avec l’hymne de Trois-Rivières, œuvre de J. A. Thompson et Millicent : Cité de nos Pères, combien nous t’aimons. Ce panorama illustre la vitalité de la création pour orgue en Mauricie. En 2009, 375e anniversaire de Trois-Rivières, Pro Organo présentera un concert intergénérationnel réunissant les forces de ce milieu musical.

Québec •

La série d’été à Chalmers-Wesley

Du 29 juin au 7 septembre, à 18 heures, une série de concerts a été présentée à l’église unie Chalmers-Wesley. Dans l’ordre, on a pu entendre Danny Belisle, David Palmer, Denis Bédard et Rachel Alflatt, Vincent Boucher, Marc-André Doran, Benjamin Waterhouse, Philip Crozier et Sylvie Poirier, Isabelle Demers, Jacques Boucher et Jacquelin Rochette. Cette année, la série délaissait son format de 60 minutes et adoptait le format de 90 minutes avec pause. De plus, chaque récital était élaboré autour d’un thème. C’est ainsi que l’on a eu droit à des récitals centrés tantôt sur la musique baroque, la musique romantique et tantôt sur des compositeurs spécifiques tels Bach, Reger, Tournemire, Daniel-Lesur, Dupré, Messiaen. Découverte de répertoire rarement joué par des interprètes de haut calibre. Bravo!

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Drummondville

Québec

par Francis Gagnon

par Robert Poliquin et Jean-Claude Rivard

Le début d’une nouvelle saison

Le premier concert de la série 2008-2009 a eu lieu le 26 septembre 2008. Orgue et harpes étaient au rendez-vous avec les musiciens Gisèle Guibord, orgue et harpe, et Robin Grenon, harpe. Près de 200 personnes se sont déplacées pour cette première activité de l’année. Il y a de quoi réjouir les organisateurs! Tous ont été émerveillés par cet heureux mariage de la harpe avec l’orgue. Une heureuse découverte! Notons particulièrement l’émouvante interprétation des deux artistes, qui sont au summum de leur art, du Concerto d’Aranjuez de Joaquin Rodrigo. Un moment fort selon plusieurs mélomanes qui ont apprécié la prestation qu’a faite madame Guibord de la Toccate de Théodore Dubois ainsi que son interprétation fort poétique de l’Ave Maria et de l’Ave Maris Stella de Jean Langlais. Bref, un concert très varié avec une touche « latino ». Mission accomplie! Pour plus de détails : http://www.orgue.ca/ •

Conseil d’administration

En ce début de nouvelle année, plusieurs modifications sont apportées à la composition du conseil d’administration. Marie-France Lessard accède au poste nouvellement créé de coordonnatrice. Elle s’occupera principalement des contrats avec les artistes et les paroisses, des finances de l’organisme, la publicité, etc. Des nouvelles personnes s’ajoutent au conseil dont l’abbé Paul-André Cournoyer, David Croteau et Martin Yelle. Ce dernier accepte de piloter le projet d’inventaire des orgues pour la région du Centre du Québec. Pour sa part, Francis Gagnon, titulaire des orgues de l’église Saint-Frédéric, devient directeur artistique en remplacement de Gilles Fortin qui accède au poste de vice-président. Me Louis Savoie poursuit son implication en tant que président tandis que Robert Parr en demeure le secrétaire. Tout est en place pour que les Amis de l’orgue de Drummond connaissent une excellente saison!

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Retour sur la 41e saison (2007-2008)

Dans la dernière livraison de Mixtures, nous dressions un bilan de la 41e saison des Amis de l’orgue de Québec et, malheureusement, nous avons oublié de mentionner le splendide récital qu’a donné Serge Laliberté aux orgues de l’église du Très-Saint-Sacrement de Québec, le 24 février 2008. Son récital, fort apprécié de tous, comprenait des œuvres de Buxtehude, Bach, Dandrieu, Mendelssohn, Alain et Tanguay. Nos excuses à monsieur Laliberté pour ce malheureux oubli. •

La 42e saison des Amis de l’orgue

Cette nouvelle saison s’est mise en branle le 13 septembre, aux Saints-Martyrs-Canadiens, avec un éblouissant concert de Dominique Gagnon, deux fois lauréat du Concours d’orgue de Québec et organiste titulaire à Sainte-Marie-de-Beauce. Du panache, de la couleur et des pièces pas toujours connues, qu’il faisait bon découvrir sous ses doigts et … sous ses pieds! Dans le cadre des Journées de la culture, le 28 septembre, en l’église Saint-Thomas-d’Aquin, une activité de « Jeux d’orgue » était présentée par Louise Fortin-Bouchard et l’organiste titulaire de l’endroit, Jean-Eudes Beaulieu. Cette activité permet au grand public d’améliorer ou de rafraîchir ses connaissances sur l’orgue à tuyaux : son fonctionnement, ses jeux et son répertoire. Le 12 octobre, Benjamin Waterhouse, organiste titulaire à la cathédrale anglicane Holy Trinity de Québec, présentait, aux grandes orgues de l’église Saint-Roch, un programme diversifié comprenant des œuvres de Bach, Howells, Messiaen et aussi des compositeurs québécois Alain LeBlond et Joseph-Arthur Bernier. Le 16 novembre, la grande virtuose et compositrice reconnue Rachel Laurin sera l’invitée, aux Saints-Martyrs, dans un programme d’œuvres de Buxtehude, Bach, Widor et Daveluy. Son programme comprend aussi une de ses propres compositions. Un moment très attendu de la saison!

Mixtures, numéro 29 novembre 2008


Au début de 2009, le 8 février, à la salle HenriGagnon de l’Université Laval, le doyen de la Faculté de musique de cette institution, Paul Cadrin nous fera réfléchir sur l’avenir de l’orgue et de son répertoire. Suivra, le 1er mars, à l’église Saint-Thomas-d’Aquin, un récital de Claude Lemieux, organiste à l’église Sainte-Monique (arrondissement des Saules à Québec). Il jouera des œuvres de Buxtehude, Bach, Soler et Denis Bédard. Selon une tradition bien établie, le lauréat du Concours d’orgue de Québec est invité dans la saison qui suit l’événement. Donald Hunt se fera entendre le 29 mars, aux Saints-Martyrs-Canadiens. La saison se terminera le 25 avril, aux SaintsMartyrs-Canadiens, par un récital de Réal Gauthier, organiste titulaire à l’église de l’ImmaculéeConception de Montréal, dans un programme d’œuvres de Buxtehude, Bach et Liszt. •

Œuvres d’Édith Beaulieu

Sa deuxième Messe brève, composée pour les fêtes du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec et primée lors du concours organisé conjointement par FideArt et la Commission de la Capitale Nationale, a récemment été entendue à plusieurs reprises dans les églises de la ville de Québec et de la région ainsi que lors du Festival des musiques sacrées de Québec.

Claude Lavoie, 90 ans De nombreux organistes, disciples, musiciens et mélomanes se sont donné rendez-vous à l’église Chalmers-Wesley, le 5 octobre dernier, le temps d’un concert pour célébrer les 90 ans de l’organiste, compositeur et pédagogue Claude Lavoie.

Le Scherzo, extrait de sa Symphonie no 1, a été interprété, lors du Congrès RCCO/CRCO 2008 qui avait lieu, en juillet, dans la région de KitchenerWaterloo (ON), par Ryan Enright. •

Festival Handel

Du 9 novembre au 7 décembre, l'Atelier de musique baroque de la Faculté de musique de l’Université Laval, dirigé par Richard Paré, présente à la salle Henri-Gagnon de l’université et à l’église Sainte-Geneviève, un festival Handel au cours duquel douze de ses grands concertos pour orgue seront interprétés par huit organistes. Chaque concert comprend également un volet de musique de chambre avec plusieurs solistes invités. Ce festival se veut un prélude à l'année Handel (mort en 1759). Détails : www.mus.laval.ca Mixtures, numéro 29, novembre 2008

Photo: Irène Brisson

L’un de ses disciples, Richard Paré, son successeur aux orgues à Saints-Martyrs-Canadiens, a joué des œuvres de Dunstable, Greene, Balbastre, Krebs, Bach, Gigout, Langlais ainsi que Méditation sur un Ave Maris Stella et les Variations sur O Filii et Filiae de Claude Lavoie. Une petite réception a suivi et a permis de fraterniser avec le jubilaire. Page 27


Anniversaires en musique Par Irène Brisson J’éprouve toujours beaucoup de tristesse à rappeler l’anniversaire d’un compositeur mort prématurément, comme ce fut le cas de Julius Reubke (1834-1858), disparu à vingt-quatre ans. Fils du facteur d’orgues Adolf Reubke, qui signa les orgues de la cathédrale de Magdebourg et du Gewandhaus de Leipzig, Julius fut initié à la musique par son père et étudia le piano avec le Polonais Theodor Kullak (un élève de Karl Czerny) et fut, sur la recommandation de Hans von Bülow, envoyé à Weimar en 1856 travailler avec Franz Liszt, dont il fut sans doute le plus brillant élève en piano et en composition. L’année suivante, le jeune prodige dédiait à son maître une imposante sonate pour piano suivant l’esprit de son modèle. La même année, il composait et créait une monumentale sonate pour orgue, construite sur le Psaume 94, une oeuvre complexe, qui n’est pas sans rappeler la Fantaisie et fugue sur Ad nos, ad salutarem undam de Liszt. Emporté par la tuberculose, il fut pleuré par Liszt qui écrivit à son père : « Personne ne peut savoir plus intensément combien la perte de votre Julius est grande pour l'art sinon celui qui a suivi avec admiration ses nobles, constants et talentueux progrès de ces dernières années et qui lui gardera à jamais son amitié ». En 1958, mourait le compositeur anglais Ralph Vaughan Williams (né en 1872), connu essentiellement pour ses dix symphonies, sa très belle Fantaisie pour cordes sur un thème de Thomas Tallis. On lui doit cependant cinq préludes pour orgue, composés en 1920 et en 1956 sur des thèmes gallois. Épris de Bach et de la modalité propre aux chants folkloriques, le musicien les traite en choral (Rhosymedre, Hyfrydol) ou les entrecoupe d’éléments figuratifs (Bryn Calfaria) et les agrémente d’un contrepoint plein de souplesse. Enfin, le 10 décembre 1908, naissait le plus original des compositeurs français du XXe siècle, Olivier Messiaen. Je vous offre pour la circonstance quelques souvenirs de mes années d’études parisiennes, que j’avais rassemblés au lendemain de sa mort (en 1992) pour une revue de Québec (Musique vivante) : Page 28

Olivier Messiaen (1908-1992) « Il longeait à pas feutrés les murs crasseux du Conservatoire de la rue de Madrid, son béret sur la tête, une partition à la main. Nous, les nouveaux de la classe d’histoire de Norbert Dufourcq, nous le regardions passer comme s’il avait été Dieu le Père : Olivier Messiaen, l’auteur de la TurangallîlaSymphonie (il mettait de l’emphase sur « lîla ») nous dévisageait avec bienveillance, nous disait parfois bonjour de sa voix douce et chantante, se demandant peut-être ce qui causait notre béatitude ! C’était en 1967. Cette année-là, sa prestigieuse classe d’analyse, dont il était le titulaire depuis trente ans, allait devenir la classe de composition, ce qu’elle était dans les faits. Mais en cette période de transition, on n’acceptait plus de nouveaux élèves et j’en avais le cœur gros. Olivier Messiaen, c’était alors pour moi le poète de la nature, l’ami des oiseaux, une sorte de « Petit Prince » adulte qui, tel Saint François d’Assise (auquel il allait plus tard consacrer un opéra), s’émerveillait devant une simple fleur et notait, comme nul autre, les chants les plus capricieux des oiseaux (suite, page 18)

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Publications Par Robert Poliquin Louis-Claude D’Aquin : Noëls pour orgue François Zeitouni Orgue Guilbault-Thérien, Chapelle du Grand Séminaire, Montréal

Premier enregistrement québécois de l’intégrale de cette œuvre depuis celle que son maître, Raymond Daveluy, a réalisé en 1995 aux grandes orgues de l’Oratoire Saint-Joseph. De plus, il arrive à temps pour se retrouver parmi les étrennes des fêtes. En effet, c’est un cadeau que nous fait l’artiste. Ces douze pièces, en forme de variations, utilisent des thèmes provenant de noëls populaires. Le grand orgue français, à traction mécanique, du Grand Séminaire de Montréal (Opus 35, IV/P, 39/63) se prête idéalement à l’exécution de ce répertoire. Magnifique! Disques XXI, CD 2-1609, 2008

Kauffmann, Krebs : Hautbois et orgue Philippe Pélissier, hautbois / Catherine Todorovski, orgue Orgue Grenzing, Abbatiale de Saint-Cyprien-en-Périgord (France) Tantôt au hautbois, au hautbois d’amour ou au cor anglais, Philippe Pélissier nous amène avec l’organiste Catherine Todorovski au travers de belles œuvres de concert et de chorals, écrits avec instrument obligé, par Georg Friedrich Kauffmann et Johann Ludwig Krebs. Cet orgue, construit par Gerhard Grenzing en 1982 (III/P, 21 jeux) à traction mécanique, se marie bien à l’instrument solo et chante allègrement tout au long de cet enregistrement. Quoique enregistrée en 2004, cette prestation vient de paraître. De plus, l’emballage indique « 2CD », en fait, il s’agit du même disque présenté sous deux formats techniques différents : l’un pour les lecteurs conventionnels de CD et l’autre pour les systèmes SDR à cinq canaux. BNL 112935

Passion Consuelo Morosin, soprano / Mireille Taillefer, mezzo-soprano Denis Bonenfant, orgue Orgue Casavant, Église Saint-Antoine-Marie-Claret, Montréal

Enregistrement d’un concert donné en mars 2008 qui regroupe des mélodies propres au temps de la Passion (Bach, Pergolesi, Verdi). Entre les prestations vocales (solos et duos), l’organiste interprète la Suite du premier ton de Pierre Du Mage. L’orgue, un Casavant, opus 1061, à traction électro-pneumatique de 33 jeux répartis sur 3 claviers manuels et pédalier, provient de la chapelle du Collège Mont-Saint-Louis à Montréal où il a été installé en 1924. Il a été acheté par la paroisse à la fermeture du collège en 1970. Disponible auprès de Denis Bonenfant, 208 Jeannotte, Mont-St-Hilaire, Qc J3H 4K8

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L’orgue sur le web par André Côté Cette chronique est déjà la 22e que j’ai le bonheur d’écrire pour la revue Mixtures. Sans plus tarder, la voici : • Parmi les organistes européens qui ont exercé leur talent en Amérique, Joseph Bonnet a eu une relation toute particulière avec le Québec. Il a, à la suite de tournées américaines, séjourné dès l’été 1944 au Québec où il est décédé non sans avoir touché, voire inauguré, de nombreux orgues de la province et formé plusieurs élèves. Il est inhumé au cimetière de l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. Ce site présente avec force détails l’homme et son œuvre. http://www.josephbonnet.org/ • À la lecture des mes chroniques précédentes, vous aurez découvert que je porte un intérêt particulier à la facture d’orgue. C’est donc avec bonheur que j’ai visité l’imposante section du site du ministère de la Culture et de la Communication du gouvernement français consacrée à Aristide Cavaillé-Coll. On y retrouve des notes biographiques détaillées, sa généalogie, les musiciens qui ont influencé son œuvre, les divers ateliers qu’il a dirigés. Le site propose également des séquences audio et vidéo. http://www.culture.gouv.fr/culture/cavaille-coll/fr/ • Il existe sur la toile de nombreux forums de langue anglaise dédiés à l’orgue. En français, ils se font plus rares. Permettez-moi de vous proposer le plus incontournable : celui d’Organographia. Après s’être préalablement inscrit, le participant bénéficiera de milliers de messages, commentaires, questionnements postés par les 425 membres. Le tout y est soigneusement classé : Histoire – Facture – Orgue et liturgie – L’organiste – Vie culturelle.

• Le Trésor de la Langue Française informatisé. « Quel est le lien avec le sujet de la présente chronique? », me direz-vous. Cette ressource imposante, que j’ai eu l’occasion d’utiliser à quelques reprises, nous révèle bien des choses par rapport à notre instrument chéri. Rien sur la description technique, mais que de détails sur l’étymologie ainsi qu’une foule de citations et de locutions! http://atilf.atilf.fr/ Pour terminer, voici deux sites à ne pas manquer bien que ne traitant pas spécifiquement d’orgue : • Une partie du site de Dave Grossman, un passionné de l’œuvre de Johann Sebastian Bach, nous offre des numérisations de manuscrits d’ouvrages du maître : http://www.jsbach.net/images/ manuscripts.html Pour tout savoir sur ce petit instrument bien utile qu’est le diapason : http://www.musica-stnazaire.com/dossiers/ diapason.htm Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

Concerts d’orgue Quand? Où? Qui? Consultez la rubrique Concerts à

www.fqao.org

http://organographia.cultureforum.net/ Page 30

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Mixtures #29, novembre 2008  
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