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Anniversaires en musique par Irène Brisson 2007 est une année de rêve pour les organistes : plusieurs anniversaires d'envergure pourront alimenter les concerts et le répertoire dominical. À tout seigneur, tout honneur, commençons par le tricentenaire de la mort de Dietrich (Diderik) Buxtehude (16371707), qui sera souligné avec éclat dans sa ville d'adoption, Lübeck, par un festival de musique (en mai), une exposition et un concours international (en septembre) : http://www.buxtehude2007.de/ D'abord organiste à Helsingør (Elseneur) au Danemark, il succède en 1668 à son beau-père Franz Tunder à la Marienkirche de la ville hanséatique de Lübeck. Buxtehude fit de cette église un foyer musical très actif, non seulement grâce à son talent d'organiste et de compositeur, mais également en développant les concerts dominicaux de musique sacrée et de musique de chambre créés par Tunder (AbendMusiken) et dont la tradition se poursuivit jusqu'au début du XIXe siècle. On sait que Haendel, Mattheson, Bach lui rendirent visite entre 1703 et 1705 pour l'entendre jouer et improviser et rêvèrent de lui succéder, mais furent sans doute découragés par la condition fixée par Buxtehude : l'obligation d'épouser sa fille Anna Margareta, plus âgée que ses prétendants de quelque dix ans! Buxtehude entre dans l'histoire avec près d'une centaine de pièces d'orgue comprenant des chorals traités avec une grande imagination et des préludes et fugues exploitant le stylus phantasticus cher à l'Allemagne du Nord. Il laisse également une centaine de compositions vocales sacrées (motets, cantates) et de belles sonates pour cordes montrant son intérêt pour la musique italienne de son contemporain Corelli. La même année que meurt Buxtehude, disparut également Nicolas Gigault (né vers 1627 - mort le 20 août 1707). Organiste à Saint-Martin-des-Champs et à Saint-Nicolas-des-Champs, il fut un des premiers, avec ses contemporains Louis Couperin, Nicolas Lebègue et Guillaume-Gabriel Nivers à délaisser l'écriture linéaire de Titelouze, dont il aurait été l'élève, pour un style moderne, combinant des éléments de danse et de déclamation théâtrale, des rythmes pointés – notés comme tels, ad nauseam – tout en respectant les tons d'église. Son livre d'orgue de 1685 comprend 184 pièces destinées aux offices dominicaux, qui n'ont pas la noblesse de celles d'un Lebègue, mais qui méritent un détour : Gigault cherche à se démarquer de ses contemporains par des figures de style virtuoses et imaginatives, sans toutefois atteindre à la profondeur de ses successeurs Couperin, de Grigny ou Marchand. Page 22

Habile contrapuntiste ne dédaignant pas l'écriture à cinq voix, il respecte les ordonnances du Cérémonial des évêques et sait mettre en valeur le plain-chant exigé, dans un langage rhabillé d'ornements, de ports de voix, de « durezze » à l'italienne et de « flatemens » à la mode. De courts préludes, des fugues et des « recherches » (ou ricercari), des duos, des trios colorés sur les différents versets de la messe ou des hymnes (Veni Creator, Pange lingua) et des pièces libres dans les tons d'église constituent ce répertoire, un peu tape-à-l'oeil, très inégal et pas toujours inspiré, mais bien commode! Enfin, le plus aimable des organistes français du XVIIIe siècle voit le jour cette même année : Michel Corrette (1707-1795). Fils de Gaspard, il fut le témoin de la métamorphose du répertoire d'orgue français, de l'époque glorieuse de Clérambault, de Couperin et de Marchand, contemporains de son père, aux pièces plus décoratives de Balbastre, et au désastre de la Révolution. Organiste au Temple, chez les Jésuites et à Sainte-Madeleinede-la-Cité, il est passé à la postérité avec ses Concertos comiques (Margoton, J'ai du bon tabac) et sa quinzaine de méthodes « pour apprendre facilement » tous les instruments de son temps, jusqu'à la mandoline, la vielle à roue et la contrebasse. Pour l'orgue, il compose six concertos dans l'esprit de Haendel et cinq volumes de pièces, publiés entre 1737 et 1787 ont été conservés. Sachant combiner l'esprit du Grand Siècle et l'engouement de ses contemporains pour Vivaldi, il signe des oeuvres tantôt respectueuses de la tradition française, tantôt pittoresques et désirant plaire facilement, répondant au changement de goût de l'auditoire de son temps : d'où les effets pittoresques des orages et autres tonnerres, qu'il utilise dans son dernier recueil. Dans le prochain numéro de Mixtures, nous rendrons hommage à Jean Langlais (1907-1991), et rappellerons le décès, il y a 40 ans, d'Henri Mulet et, il y a trente ans, de Conrad Letendre.

Mixtures, numéro 26, avril 2007

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Mixtures #26, avril 2007  

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