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Le Manuscrit (suite de la page 10)

Le mouvement lent de la paire de type prélude et fugue est habituellement écrit à trois voix et comporte des entrées en imitation. L’utilisation des diapasons dans un prélude indique généralement une écriture plus contrapuntique et davantage dans le registre grave qu’un prélude joué sur le full organ. La fugue qui suit est presque toujours dans la même tonalité.

Même si la majorité des pièces du MOCAQ sont des compositions anglaises, quelques-unes sont écrites par des Italiens. L’intégration du répertoire italien démontre l’importante influence des compositeurs du Sud de l’Europe sur les œuvres anglaises pour clavier, spécialement celles de la première demie du XVIIIe siècle. En fait, la quatrième section contient une pièce de Domenico Zipoli : All’Offertorio. Cette composition est publiée à Rome en 1716, dans le recueil Sonata d’involatura per organo e cimbalo. Six ans plus tard, John Walsh publie le recueil de Zipoli à Londres en changeant le titre original par A Third Collections of Toccatas, Vollentarys and Fugues. Même si All’Offertorio n’est pas composée par un Anglais, l’éditeur londonien qualifie la pièce de voluntary, car il s’agit d’une œuvre contrapuntique destinée à l’orgue. Pour cette même raison, les adaptations pour orgue des deuxièmes mouvements des sonates pour violon et basse n° 2, 4 et 6, opus 5 d’Arcangello Corelli, copiées dans la quatrième section, sont également considérées comme des voluntaries.

Le mouvement avec le jeu solo est souvent écrit en forme rondo en raison de la présence d’une ritournelle. Cette technique, tirée du concerto, rappelle l’influence de Vivaldi; ses concertos ayant été publiés en Angleterre dès 1712. D’autres techniques d’écriture rappellent le concerto : les effets d’écho par le changement de clavier, les thèmes basés sur des traits de gammes, les figurations dérivées des compositions de violon et les séquences bâties sur le cycle des quintes. Notons également que le solo est joué presque toujours par la main droite, et non plus par la main gauche comme dans plusieurs voluntaries de la fin du XVIIe siècle.

Toutes les pièces d’orgue du MOCAQ conviennent au premier orgue de la Cathédrale anglicane de Québec. Cet instrument, un Thomas Elliot installé en 1804, possède 15 jeux répartis sur trois claviers et, comme les orgues anglais de l’époque, il ne comporte pas de pédalier. Des registrations sont indiquées dans la majorité des pièces de cette section. Les jeux utilisés sont la trumpett, le cornett, les diapasons, le flauto, le principall ainsi que le full organ (plein jeu), tous des jeux de l’ancien Elliot de la cathédrale. Les changements de clavier sont également notés. Les mots chaire (positif), eccho et greate organ reviennent quelquefois.

Les trois voluntaries en deux mouvements de Maurice Greene qui sont transcrits dans le MOCAQ présentent les deux possibilités d’organisation formelle. Le voluntary en ré mineur est constitué d’un premier mouvement lent et bref, suivi d’une fugue. Le copiste a d’ailleurs retranscrit la registration full organ au début de la partition. Les deux autres voluntaries de Greene sont des exemples de l’autre type; le premier mouvement étant entièrement joué sur les jeux de diapasons et la mélodie solo du second est interprétée sur la trompette ou le cornet.

Bien qu’aucun nom de propriétaire ne figure dans le MOCAQ, plusieurs indices portent à croire que John Bentley (v.1756-1813) - musicien, fonctionnaire et homme de théâtre - aurait utilisé le document. Organiste de l’Église d’Angleterre à Québec depuis 1801, Bentley jouera de l’orgue à la Cathédrale anglicane de Québec jusqu’à son décès en 1813. Or, un filigrane du MOCAQ atteste que le papier est fabriqué en 1804. Comme les papiers sont généralement utilisés à l’intérieur des six années suivant leur confection, le MOCAQ serait rédigé durant la période d’embauche de Bentley à la Cathédrale Holy Trinity. De plus, la calligraphie du premier des cinq scribes du MOCAQ, qui a écrit le traité didactique, s’apparente à celle de John Bentley. Malgré plusieurs spéculations et évidences, aucune preuve ne permet de confirmer hors de tout doute que John Bentley aurait joué les voluntaries du manuscrit à la Cathédrale anglicane de Québec. Il n’en demeure pas moins que le MOCAQ est un des seuls manuscrits canadiens comportant des voluntaries et qu’il nous apporte de précieuses informations sur l’art de la pratique « organistique » au début du XIXe siècle.

À partir du deuxième quart du XVIIIe siècle, le voluntary adopte la forme standard en deux mouvements. La première des deux paires de mouvements les plus communes est formée par une introduction jouée avec les diapasons du clavier choir suivi d’un mouvement qui fait entendre un jeu soliste. La deuxième paire possible est constituée d’un prélude joué avec les diapasons ou un full organ, suivi par une fugue, également sur le full organ.

Dans les années 1740, parallèlement à la vogue du voluntary bipartite, des voluntaries à trois ou quatre mouvements sont composés. Le format en trois parties comprend une introduction lente, un mouvement pour un jeu solo et une fugue. La pièce anonyme pour orgue des pages 82-84 du MOCAQ suit d’ailleurs cette organisation formelle. Les voluntaries en quatre mouvements reproduisent généralement les relations de tempo de la sonata da chiesa de Corelli : lent-viflent-vif. Aucune œuvre de ce format n’est incluse dans le MOCAQ, à moins qu’un mouvement isolé de cette forme n’y soit reproduit. Page 12

Mixtures, numéro 26, avril 2007

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Mixtures #26, avril 2007  

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