Page 10

Le Manuscrit de la Cathédrale anglicane de Québec par Louis Brouillette

Au début des années 1980, la musicologue Louise Courville découvrait dans les archives de la Cthédrale anglicane de Québec un document exceptionnel : un manuscrit contenant des voluntaries pour orgue des XVIIe et XVIIIe siècles. Désigné sous l’appellation Manuscrit d’orgue de la Cathédrale anglicane de Québec (MOCAQ), ce document contient non seulement des pièces pour orgue, mais aussi des œuvres vocales et de la musique pour clavecin. Après une brève description du MOCAQ, le genre musical nommé voluntary, qui constitue une des spécificités de ce livre d’orgue, sera décrit et analysé en lien avec le répertoire copié dans le manuscrit. Le MOCAQ contient 198 pages de musique et d’annotations, dont 185 pages de musique vocale et de pièces pour clavier. Sept sections différentes forment ce manuscrit. La première contient un traité didactique sur le continuo, l’écriture modulante et la transposition. La deuxième section comprend trois œuvres du répertoire vocal de scène. Le troisième section est composée de cinq anthems. La quatrième est formée de dix-neuf voluntaries. La cinquième contient quatre psaumes. Enfin, les deux dernières sections comprennent des œuvres pour clavier. Seule la cinquième section comporte des pièces dont les noms des compositeurs sont indiqués. Les musiciens cités ont été actifs en Grande-Bretagne vers 1750 : William Boyce (1711-1779), Matthew Dubourg (1703-1767), William Felton (1715-1769), Maurice Greene (1696-1755), Niccolo Pasquali (1717/8-1757), John Randall (1717-1799), Franz Richter (1709-1789) et John Stanley (1712-1786). Jusqu’à présent, 33 pièces du MOCAQ ont pu être attribuées à des compositeurs, majoritairement des Britanniques et des Italiens du XVIIIe siècle. Parmi les vingt pièces pour orgue copiées dans le MOCAQ, aucune ne comportait le nom de son compositeur. Mon travail musicologique a permis d’attribuer plus de la moitié de ces œuvres à John Blow (16491708), Arcangelo Corelli (1653-1713), John James (?v.1745), Maurice Greene (1696-1755) et Domenico Zipoli (1688-1726). Dix-neuf de ces œuvres pour orgue forment la quatrième section du manuscrit et la vingtième se trouve dans la septième section. Seize des vingt pièces possèdent le titre Organ, une autre, Full Organ et deux autres, Fuge. Ces vingt œuvres peuvent être appelées voluntaries, car ce terme est utilisé pour désigner presque toutes les compositions Page 10

paraliturgiques anglaises pour orgue datant des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles et qui ne sont pas écrites à partir d’un cantus firmus ou d’une mélodie préexistante. Ces pièces, de nature souvent contrapuntique, se jouent soit avant la célébration anglicane, soit entre le psaume et la première lecture, ou à la sortie des fidèles. Les deux premières compositions titrées Voluntary se trouvent dans le Mulliner Book (1550-1570). Une de ces deux pièces est composée par Richard Allwood et l’autre par Richard Farrant. Ces deux courtes compositions sont construites à partir de procédés d’imitation. Dans le même livre de musique pour clavier, une pièce d’un dénommé Newman intitulée Fansye est écrite dans un style similaire à celui des compositions d’Allwood et de Farrant, ce qui démontre l’ambiguïté et le caractère interchangeable des termes fancy et voluntary à la fin du XVIe siècle. Avec le retour de la monarchie en 1660, la musique pour orgue connaît un nouvel essor et la nouvelle facture des orgues anglais influence rapidement la composition des œuvres pour cet instrument. Ainsi, plusieurs compositeurs écrivent des double voluntaries, œuvres jouées sur deux claviers, en spécifiant l’utilisation du cornet ou de la trompette - deux nouveaux jeux à l’époque - pour jouer la voix solo. Le premier musicien à écrire de telles indications est Christopher Gibbons (1615-1676) pour son Double Voluntary in A. À la fin du XVIIe siècle, John Blow (1649-1708) et Henry Purcell (1659-1695) deviennent les principaux compositeurs de voluntaries. L’importance de John Blow demeure dans l’écriture des premiers voluntaries à deux mouvements et des premiers voluntaries pour le cornet. Son élève, Henry Purcell, a composé seulement cinq pièces pour orgue. Comme les œuvres de son maître, celles de Purcell sont teintées d’une forte influence italienne avec des dissonances soutenues, du chromatisme, des traits de gamme en triples croches et l’utilisation fréquente du rythme lombard. Le Voluntary on the Old Hundredth semble le seul voluntary des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles à échapper à la nature fondamentale du voluntary, car il est basé sur une mélodie préexistante. Aucune œuvre de Purcell ne se trouve dans le MOCAQ, tandis que deux des 33 voluntaries de Blow s’y retrouvent. Il s’agit de deux œuvres de style fugué en un seul mouvement. (suite à la page 12)

Mixtures, numéro 26, avril 2007

Profile for FQAO

Mixtures #26, avril 2007  

Mixtures #26, avril 2007  

Profile for fqao
Advertisement