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De retour à Biarritz après des mois de missions humanitaires, Inès angoisse en sentant poindre l’été. La saison des amours réveille toujours ses vieux démons physiques et affectifs. Même si elle a littéralement fondu, elle n’apprécit toujours pas son reflet dans le miroir. Elle sait que c’est dans sa tête, mais elle se trouve toujours trop grosse, et pas assez jolie. Heureusement, le destin frappe à sa porte en la personne d’Angus. Pour une raison mystérieuse, ce séduisant surfeur qui gagne sa vie en massant des femmes d’affaires selon la tradition tantrique tient absolument à acheter la maison de notre célibataire complexée. Inès l’éconduit froidement. Mais sur les conseils de sa vieille amie Luxia, elle le rappelle bien vite pour lui proposer un marché insolite : si Angus l’aide à se forger le corps de ses rêves et à plaire aux hommes, elle lui offrira d’emménager au premier étage de sa villa. Bien qu’habitué aux caprices de ses très riches clientes, Angus acceptera-t-il de jouer le Pygmalion et le Cupidon d’Inès ? Et si c’est le cas, comment va-t-il faire d’elle une fille séduisante et sûre de ses charmes ? On peut porter le nom d’un ange et se comporter comme un coach diabolique, surtout si l’on porte de lourds secrets dans son cœur...

15 € ISBN : 978-2-9532331-2-4

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1 11 juin. Quelque part en Antarctique – 13 h 13 Inès Etchegoyen poussa la manette des gaz à fond pour dépasser les canons à eau que l’énorme baleinier japonais pointait désormais vers son zodiac. Les deux gros moteurs jumelés du petit Sea Hawk hurlèrent en propulsant l’embarcation à structure gonflable à la proue d’acier du Shonan Maru 2. En précédant ainsi le bateau braconnier, les membres de l’association Sea Shepherd se trouvaient hors de portée des lances à incendie capables de projeter un homme à la mer sans difficulté. Le Shonan pourchassait une baleine de Mink. Cela faisait quinze minutes qu’Inès et l’équipage du Sea Hawk l’empêchaient de tirer son fichu harpon, en zigzaguant devant lui. Dans leurs tenues noires de grand froid, les trois activistes de l’ONG de protection des mammifères marins ressemblaient à un groupe de guerriers pacifiques refusant de voir l’océan se transformer à nouveau en bain de sang. Curtis, le plus corpulent des deux hommes, s’accrocha au filet de maintien à l’avant du Zodiac et leva un poing rageur en direction de la cabine du baleinier. Il pointa son laser sur le tireur abrité derrière la vitre. C’était la meilleure technique pour l’aveugler et lui faire rater le rorqual bleu fuyant à 60 brasses de là. 9


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Sur leur gauche, leurs coéquipiers de l’Ady-Gil, le magnifique trimaran futuriste de l’association de protection des océans, les imitèrent. Ainsi, comme contaminée par la varicelle, la superstructure du baleinier fut bientôt mouchetée de centaines de boutons rouges. Il fallait être malade pour braver les traités… La pêche commerciale des cétacés était interdite depuis 1986, mais les Japonais continuaient à chasser dans le sanctuaire de l’Antarctique en contournant les lois au prétexte que leur activité avait des mobiles scientifiques… Absurde, car loin de finir dans des laboratoires, le produit de leur traque était vendu sur les étals clandestins des poissonniers nippons ou chinois. Le capitaine Paul Watson avait créé la Sea Shepherd Conservation Society à la fin des années 70 afin de mettre un terme au massacre annuel de plus de 50 000 mammifères marins. Ceci grâce à des recours en justice, mais surtout par le biais d’actions spectaculaires où les vaisseaux de la fondation Sea Shepherd s’interposaient entre les baleiniers et leurs proies. Inès vira pour s’aligner entre la proue du Shonan Maru 2 et la cible qu’il pourchassait. Malgré cela, une détonation retentit et libéra le harpon à tête explosive qui fila dans la direction de leur embarcation. Curtis cria quelque chose, probablement l’ordre de dégager, mais Inès maintint son cap en faisant vrombir les hélices. Elle espérait ainsi effrayer le rorqual qui nageait devant eux, afin qu’il plonge. La lance d’acier de près de deux mètres passa a­ u-dessus d’eux dans un sifflement sinistre, en tirant son câble métallique derrière lui. Inès entendit Curtis jurer en anglais et le vit baisser la tête par réflexe, en même temps que Stromboli, l’Italien trapu engoncé dans sa combinaison à cagoule, qui composait le trio. Malgré sa tenue et ses gants 10


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spéciaux, Inès sentit soudain la morsure du froid. Elle savait que s’ils t­ ombaient dans cette eau à sept degrés, ils se transformeraient vite en bâtonnets glacés humains. Comme alerté par son sixième sens, le petit balénoptère dévia de sa course au dernier moment puis plongea. Le harpon atteint la surface à l’instant où la queue du mammifère marin disparaissait dans un bouillon d’écume à quelques mètres de lui. Curtis arriva à la hauteur d’Inès, la poussa de côté, prit le volant de l’embarcation rapide et les sortit de la trajectoire du navire-braconnier qui les poursuivait. — You’re crazy Inès ! You will kill us ! 1 Inès le regarda sans broncher. Elle savait qu’à aucun moment elle n’avait risqué leur vie et que ce macho ­d’Australien lui faisait juste payer le fait qu’elle ait refusé ses avances la veille. Ce type était tellement crétin que son argument pour la séduire avait été qu’il aimait les filles rondes comme elle ; le meilleur moyen de la glacer davantage que les icebergs qui se dressaient à l’horizon. Inès s’était enrôlée au sein de l’ONG Sea Shepherd pour s’acquitter d’une vieille dette familiale. Un de ses ancêtres avait été un célèbre pêcheur de baleines basque. Elle ne croyait pas vraiment à la réincarnation, mais elle y avait vu l’opportunité d’accomplir une bonne action tout en évitant un mauvais karma. —  Fuck you Curtis ! fit-elle à ce dernier, assez stupide pour se tatouer le logo de l’association sur le front. Il voulait jouer le guerrier écologiste, mais elle était certaine qu’il s’était pissé dessus quand le harpon les avait survolés. Curtis fit une grimace haineuse et Inès pensa qu’il allait la frapper quand ils entendirent un grand craquement ­derrière  eux. 1. Tu es folle Inès ! Tu vas nous tuer !

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Probablement en signe de représailles, le baleinier japonais venait d’éperonner l’Ady-Gil. Les restes du nez en kevlar du trimaran le plus véloce du monde étaient en train de sombrer tandis que les hommes d’équipage s’étaient réfugiés à l’arrière du pont de ce vaisseau spatial des mers. Il fallait les transborder au plus vite sur le Bob Barker, un des navires de l’organisation participant à l’Opération Waltzing Matilda. Inès mit un coup d’épaule à Curtis et reprit les commandes. Il serra les poings puis se renfrogna. Il savait qu’elle manœuvrait mieux l’embarcation rapide que lui et l’urgence était au sauvetage des gars. Inès tourna le volant et relança les moteurs. L’Ady-Gil était à cinquante mètres du Zodiac. Il sombrait, alors que le Shonan Maru 2 continuait sa route sans lui porter secours. Inès espérait que cet acte de piraterie allait traîner le capitaine devant les tribunaux. Un procès retentissant permettrait de révéler le vrai visage de la pêche industrielle nippone. Ce serait le coup de grâce pour les filières clandestines ; car si l’opération Matilda aboutissait, les prises illégales des Japonais seraient réduites de moitié. Inès dirigea le Zodiac vers l’Ady-Gil et les six hommes d’équipage qui les attendaient les nerfs à vif. Elle croisa à nouveau le regard haineux de Curtis, et comprit qu’en dépit de ses qualités de pilote, ses chances de demeurer dans l’équipe étaient aussi minces que celles de l’épave du trimaran de rester à flot. Curtis était un redoutable connard tout en muscles et en testostérone qui aidait l’organisation depuis des années, et elle, juste une gentille fille un peu boulotte qui venait de s’engager pour trois mois de campagne. Les membres de Sea Shepherd étaient des gens efficaces et charmants, mais, même s’ils lui donnaient raison, Inès savait qu’elle devrait se méfier des coups bas de Curtis et 12


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de ses potes. Elle connaissait trop ce genre de sales types arrogants pour espérer qu’ils la laissent tranquille et le jeu n’en valait pas la chandelle. Elle était certaine que Curtis allait faire le faux gentil devant les responsables en débriefing, et noircir le tableau en la dépeignant comme une fille impulsive et dangereuse. Si elle osait révéler qu’il avait été mort de trouille en pleine opération, et qu’elle avait eu à le repousser la veille dans sa couchette, il la traiterait d’affabulatrice, c’était sûr. Ce serait alors sa parole contre la sienne. Or, Inès avait un déficit de crédibilité de ce côté-là : Curtis était un homme gorgé d’assurance qui avait du succès avec les femmes, surtout les plus belles. Pas les filles comme moi, dont la dernière histoire d’amour remonte au collège ! C’était ça le hic de ce monde : les baleines étaient des espèces protégées, mais pas les trentenaires un peu boulottes comme elle…

Biarritz in love  

Le premier chapitre de cette comédie romantique qui se déroule à Biarritz

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